Cela faisait bien longtemps que je n’avais pas partagé avec vous mes toutes dernières acquisitions livresques. Ma Pal va d’ailleurs encore s’agrandir dans les jours prochains, j’ai repéré d’autres œuvres qui me tentent grandement… Ce mois-ci, j’ai pu profiter pleinement des vacances pour flâner au gré de mes envies dans mes librairies préférées. Bien entendu, l’acheteuse de livres compulsive que je suis n’a pas pu résister à la tentation. J’ai ainsi fait des petites folies, je me suis acheté quelques romans classiques et contemporains qui devraient me fournir matière à écrire durant les prochains mois :
Comme je vous le disais ici dans l’un de mes derniers billets consacrés aux excursions littéraires, j’ai rapporté de la boutique de souvenirs du château de Monte-Cristo, Mille et un fantômes, un recueil d’histoires fantastique d’Alexandre Dumas que je lirai avec plaisir en prévision du mois « Halloween » organisé par Lou et Hilde dès le début d’octobre.
Je me suis aussi procuré pour cet événement que j’attends avec grande impatience, le titre Dolly, une novella écrite par Susan Hill. J’avais adoré frissonner à la lecture de The woman in black. (ma chronique passionnée ici), un super coup de cœur. Ce court récit fantastique en version originale me tentait depuis de nombreuses semaines, l’ayant repéré sur la liste de suggestions alléchantes de lectures d’Amazon.
Depuis la superbe découverte de Loin de la foule déchaînée de Thomas Hardy dont je vous parlais avec enthousiasme ici, j’ai eu envie de renouer avec ce grand auteur britannique et ai acheté Les forestiers que je lirai sans-doute dans les semaines à venir. Impossible de résister, cette édition est juste magnifique!
Enfin, étant sur le point d’achever la lecture de Manderley forever de Tatiana de Rosnay dont je vous parlerai dès la semaine prochaine, je me suis racheté Rebecca dans sa nouvelle traduction française. Peut-être garderais-je aussi ce roman gothique pour octobre. Sauf, si je craque avant, ce qui est fort probable puisqu’il a été sélectionné pour mon club de lecture.
J’ai donc hâte de partager avec vous mes avis sur ces œuvres. En attendant, je commence à préparer ma PAL d’Halloween pour le mois prochain et poursuis la rédaction de futurs billets sur mes derniers coups de cœur mais pas que, je pense également vous préparer un florilège des derniers flops littéraires de cet été… Et il y en a pas mal, croyez-moi!
Vous remarquerez que cette liste d’achats ne présente pas de livres de la rentrée littéraire. J’aime l’esprit de contradiction et je dois avouer que ces nouveaux titres ne me tentent guère pour le moment (pas facile de s’y retrouver dans ce large choix de publications). Nous verrons avec le temps. J’attendrai sûrement de les voir sortir en poche pour me décider à y jeter un œil avant de les acheter car je les trouve trop chers en grand format. De plus, je n’ai pas encore digéré les daubes coûteuses de l’année dernière… Je ne suis donc pas sûre de vouloir tout de suite réitérer cette expérience amère. A voir.
Sous la chaleur suffocante d’une journée d’été américaine, Henry, un jeune garçon de treize ans accompagné de sa mère Adele, célibataire-divorcée et dépressive chronique, se rend comme chaque année au supermarché de sa petite bourgade isolée du New Hampshire pour effectuer les dernières emplettes de la rentrée. Une perspective ennuyeuse qui ne le tente guère. Mais au détour d’un rayon, un fugitif blessé accusé pour meurtre de sang-froid, les prend en otage. Adele et son fils n’auront d’autres choix que de le ramener clandestinement avec eux dans leur bungalow familial où ils cohabiteront sous le même toit durant quatre jours. Cette brève rencontre d’abord appréhendée, bouleversera finalement le cours de leur existence…
Il me tardait de vous parler de ce beau roman lu dans sa version originale ! Certaines lectures sans prétention réussissent à nous ébranler sans qu’elles soient pour autant qualifiées de chef-d’œuvre. C’est ainsi le cas de Labor day, traduit en français sous le titre approximatif d’Un long weekend. Je suis en effet tombée sous le charme de ce petit bijou littéraire, une grande histoire d’amour émouvante perçue à travers le prisme du regard d’un adolescent. Moi qui de coutume rechigne à lire des romans contemporains, cette fois-ci, ce fut vraiment une bonne pioche !
Je dois bien l’admettre, j’ai été touchée par le courant de tendresse qui traverse ce récit et en particulier par ses personnages au caractère profondément humain, à l’instar d’Adele, cette femme brisée par les coups du sort, qui élève tant bien que mal son fils unique sans l’appui rassurant d’une présence masculine. Frank, ce détenu séduisant en cavale, deviendra une figure temporaire paternelle de substitution pour Henry, négligé par un père trop absent. Quant à Adele, cette trentenaire agoraphobe encore belle malgré son manque de confiance, elle trouvera enfin grâce à lui la force de se tourner vers le futur, d’affronter la vie, elle qui vivait emprisonnée avec les fantômes de son passé : la perte traumatisante d’un nouveau-né, une succession humiliante de fausse-couches puis la désertion d’un mari trop faible pour l’épauler dans ce lourd chagrin.
Tissé d’allers-retours dans le temps, ce roman brosse de ce fait la passion ardente et interdite de Frank, ravisseur présumé, et d’Adele, mère solitaire, deux êtres abîmés par la vie. D’un style concis, l’auteure dissèque également avec brio les émois amoureux d’Henry encore adolescent. Les descriptions sensorielles teintées de naïveté sont d’ailleurs sublimes. Cette sensualité dépeinte toute en retenue respecte admirablement bien le contexte de l’époque : les années 80, où l’on savait encore savourer sans contrainte des téléphones portables ou autres objets parasites, les petits plaisirs simples que nous offre la vie, comme profiter du soleil pour jouer au baseball en famille, danser dans la cuisine au son grésillant d’un antique tourne-disque, ou même se lancer dans la confection d’une tarte aux pêches succulente avec les fruits mûrs du jardin.
La relation mère-fils qu’entretient aussi Henry avec Adele est touchante. Henry tente désespérément de sortir sa maman de la léthargie dans laquelle elle s’est plongée depuis son divorce. Pour soulager les tâches quotidiennes d’Adele, il fabrique des « coupons-mari » qu’il offre à sa mère. En échange, il se propose de faire la vaisselle à sa place durant une semaine, de lui concocter un repas mais aussi de lui servir de cavalier durant une soirée, ou même de lui promulguer des massages de dos. Henry espère ainsi pouvoir compenser l’absence douloureuse de son père, un geste attendrissant et en même temps pathétique qui a réussi à m’émouvoir jusqu’aux larmes.
Bien entendu, j’ai très vite visionné dès sa sortie en salle l’adaptation cinématographique. Dans la lignée de Sur la route de Madison, ce film sans effet de manche réalisé à l’image du roman fut un vrai coup de cœur. Les critiques ont été, à mon sens, trop durs avec ce film qu’ils ont qualifié injustement d’une pointe méprisante de « gentille bluette » ! Je ne suis pas d’accord. Je n’ai pas boudé mon plaisir.
Certes, Jason Reitman, le réalisateur célèbre de Juno, signe un drame hautement romantique à suspens, un choix assez surprenant qui diffère grandement de la comédie douce-amère qui fut initialement son succès ; cependant, Last days of summer reste un film réussi, à la réalisation sobre mais efficace. L’intérêt ne réside pas de toute façon dans la trame qui est ici minimale, mais plutôt dans la description de l’éclosion des sentiments passionnés de Frank et d’Adele, rendus avec justesse à l’écran grâce à la complicité de Kate Winslet et de Josh Brolin. J’ai été surprise de découvrir que cet acteur au sex-appeal affolant avait été repéré initialement dans Les Goonies, un film d’aventure de Stephen Spielberg que j’adore revoir encore aujourd’hui, et une référence cinématographique mémorable de mon enfance ! Au risque de faire gronder les puristes (on s’en fiche !), j’ai trouvé que Josh Brolin, déjà dans la force de l’âge crédibilisant parfaitement ce rôle masculin d’homme déchu, avait autant de charisme que Clint Eastwood dans le film Sur la route de Madison. Par ailleurs, Kate Winslet qui incarne admirablement bien Adele, représente le même type de femme au foyer que le personnage féminin interprété par Meryl Streep. Ce sont toutes les deux, de surcroît, des actrices talentueuses, capables de jouer une palette d’émotions considérable, même si Kate Winslet excelle davantage dans le drame romantique.
En bref : ce huis-clos émouvant et rafraîchissant met du baume au cœur. Joyce Maynard aborde avec tact et pudeur les thèmes principaux de la famille recomposée, du divorce, tout comme de la rédemption. Une ode magnifique à la vie et aux plaisirs des choses simples en mode sépia à ne surtout pas manquer !
La bande-annonce du film:
Seconde participation au challenge « Le mois américain » organisé par Titine, pour y participer, c’est ici!
Ma visite récente au château de Monte-Cristo a suscité chez moi un regain d’intérêt pour l’œuvre complète d’Alexandre Dumas. J’ai ainsi décidé d’explorer davantage son univers littéraire en me plongeant de temps à autre dans l’un de ses meilleurs romans. J’ai de ce fait jeté cette semaine mon dévolu sur Pauline, une œuvre de jeunesse publiée en 1838 qui trônait depuis plusieurs années sur mes étagères. A l’occasion d’Halloween il y a déjà deux ans, j’avais découvert, enchantée, Le château d’Eppstein, un autre roman noir dantesque et captivant dont j’avais fait une critique enthousiaste et un tantinet dithyrambique (ma chronique ici)… Une fois encore, le style ébouriffant de Dumas m’a séduite. Cette nouvelle lecture savoureuse m’a en effet permis de renouer avec les classiques français qui se faisaient de plus en plus rares sur mon blog, préférant privilégier la littérature anglo-saxonne que j’affectionne particulièrement.
L’ensemble du roman est narré à travers trois récits enchâssés : celui de prime abord d’Alexandre Dumas, puis celui d’Alfred de Nerval, enfin, celui de Pauline, qui nous contera elle-même ses infortunes. Difficile de vous résumer l’intrigue de ce roman sans trop en dévoiler. Un résumé détaillé de l’histoire risquerait de vous gâcher tout le plaisir de cette lecture enfiévrée. En effet, le livre fourmille de rebondissements truculents.
Je ne vous donnerai donc que son pitch :
Alfred de Nerval, un jeune dandy sans ambition, qui voyage au gré de ses envies pour tromper son ennui, découvre par le plus grand des hasards au cours d’une promenade nocturne dans la campagne normande, Pauline, son amour d’antan, séquestrée vivante dans un caveau. Comment sa tendre aimée a-t-elle atterri dans cette prison effroyable ?
De là, découle le récit alambiqué des mésaventures de Pauline, qui fut pour son plus grand malheur séduite par la beauté diabolique du comte Horace de Beuzeval. Ce gentilhomme pourtant auréolé de scandale n’est autre qu’un bandit de grand chemin, un coureur de dot dépravé, et un assassin impitoyable… Alfred de Nerval tentera de gagner le cœur de cette triste martyre, au risque de brûler ses propres ailes…
Quelques jours seulement m’auront suffi pour venir à bout de cette œuvre romanesque passionnante. Alexandre Dumas trempe sa plume dans l’encre sombre du roman gothique, un genre populaire, dont les lecteurs britanniques du XIXème siècle raffolaient. Ce genre fut initialement amorcé cent ans plus tôt par des écrivains pour la plupart anglais tels qu’Horace Walpole ou Ann Radcliff. Leurs romans ont, sans conteste, ouvert la voie aux sœurs Brontë tout comme à Daphne du Maurier. La parenté s’annonce d’emblée dans ce roman : à l’instar de Jane Eyre, personnage éponyme féminin du roman de Charlotte Brontë, ou même de l’héroïne insipide de Rebecca, Pauline est une jeune femme frêle et sans défense, tombée sous la coupe d’un homme plus âgé qu’elle. Bien entendu, comme Rochester, ce dernier vit aussi reclus dans un château ancestral, situé ici sur une terre aride balayée par les vents marins. En l’occurrence, le décor sinistre de cette intrigue compliquée est planté au cœur de la Basse-Normandie, en bord de mer, non loin de la ville de Caen. Etant moi-même installée dans un petit village normand, ce détail scénique m’a bien fait sourire.
Cependant, le Gothique qui n’apparaît finalement que dans les premiers chapitres, n’est pas l’unique influence d’Alexandre Dumas. Le drame romantique est davantage présent dans ce roman. De surcroît, cette œuvre est marquée par l’incapacité à vivre de ses personnages toujours enlisés dans une profonde mélancolie. Par ailleurs, Alfred de Nerval, qui rappelle étrangement le héros neurasthénique des Souffrances de Werther, tout comme Pauline, une figure virginale et souffreteuse, incarnent ainsi à merveille le « Mal du siècle ». Jeune rentier follement épris, Nerval ne voit pas qu’il est déjà trop tard. Pauline ne prend plus goût à la vie et s’abîme un peu plus chaque jour dans une tristesse catatonique. Se désolant de la voir ainsi dépérir, il se donnera pour mission de rétablir sa santé et l’emmènera avec lui parcourir l’Europe. A sa disparition, lui-même s’enfermera dans un puits de solitude sans fond.
J’ai été déstabilisée par la construction narrative circulaire du roman. Le lecteur apprenant dès les toutes premières pages la mort de Pauline, il n’ y a point de surprise, car Dumas préfère se focaliser davantage sur les péripéties. Néanmoins, malgré cette structure qui peut paraître déroutante pour un lecteur moderne, les pages ont défilé à un rythme effréné. Je dois l’admettre, l’ennui ne m’a pas gagné une seule fois ! Lisez-le !!! C’est une petite pépite littéraire.
En outre, ce livre introduit déjà les ingrédients essentiels de la recette du succès de Dumas, repris avec plus d’habileté dans Le comte de Monte-Cristo, l’œuvre qui le portera véritablement au firmament de la gloire : l’usurpation d’identité, la substitution de cadavres, les portes qui se dérobent dans une bibliothèque dévoilant une cachette secrète, des passions éthérées, une jeune femme, à la pureté d’âme délicate, qui ne cesse de tomber en pâmoison, des soupirs en veux-tu en voilà, et de l’aventure pardi ! De quoi tenir le lecteur en haleine jusqu’à la dernière page tournée !
En bref, un classique incontournable du genre qui fait frissonner sans toutefois verser dans l’horreur. Dumas reprend le filon gothique britannique et l’exploite avec brio, en le densifiant par l’ajout d’une touche romantique très française. J’ai désormais hâte d’attaquer la lecture des Mille et un fantômes…
Lu dans le cadre du Challenge XIXème siècle organisé par Fanny sur le blog Le manoir aux livres. Pour y participer c’est ici!
Halloween se profile doucement à l’horizon. Qu’on le veuille ou non, la fin de l’été est malheureusement bel et bien arrivée! Les soirées se sont rafraichies et la grisaille s’installe progressivement. L’heure de reprendre mes lectures au coin du feu, emmitouflée dans un plaid, a sonné. Comme chaque année, je me suis prise au jeu pour célébrer en bonne et due forme cet événement tant attendu. J’ai de ce fait fouiné dans ma bibliothèque pour y déterrer quelques trésors d’écriture.
C’est durant ces recherches que je suis tombée sur ce minuscule recueil comportant deux nouvelles d’Edith Warthon, une romancière new-yorkaise que j’affectionne particulièrement, ayant lu et adoré il y a quelques années, Les Boucanières, oeuvre posthume inachevée. Cette romancière renommée dépeint toujours avec maestria une aristocratie américaine sur le déclin, accablée par l’émergence d’une nouvelle classe que l’on surnomme avec dédain : les nouveaux riches. Ces derniers sont bien entendu une fois de plus au cœur de ces deux nouvelles, portraiturés ici sous les traits de Mrs Clingsland dans Le Miroir, une femme richissime aux préoccupations bien triviales : sa peur effroyable d’apercevoir le reflet de sa beauté flétrissante.
Cette classe frivole est aussi perçue à travers le récit pathétique que fait le narrateur, un peintre à l’identité inconnue, dans la nouvelle Miss Mary Pask. Dans un élan de sympathie, ce peintre bien intentionné, décide d’honorer la mission charmante que lui a confiée Mrs Grace Bridgeworth, l’épouse dévouée de son ami, en rendant visite à sa sœur adorée, Miss Mary Pask, une vieille fille insignifiante qui s’est retirée en Bretagne par « amour de l’art » afin d’oublier les déconvenues de sa morne existence. Une rencontre pour le moins traumatisante qui mettra les nerfs de notre peintre-narrateur à rude épreuve !
On retrouve ici le thème de prédilection des œuvres d’Edith Warthon, la femme vieillissante à l’automne de sa vie, à l’image féroce de Mrs Clingsland, une vieille dame bercée d’illusions et désormais dépourvue de ses armes de séduction, qui préfère se réfugier dans son passé de midinette pour éviter d’affronter la dure vérité: le reflet de son visage fané que lui renvoie impitoyablement son miroir. Mrs Clingsland se laisse duper par sa masseuse et confidente, Mrs Attlee, férue de spiritisme à ses heures perdues, qui, pour la sortir de sa mélancolie, imaginera un subterfuge des plus farfelus : elle lui fera parvenir des lettres d’amour de l’au-delà, que lui aurait confiées Harry, un jeune admirateur secret, disparu durant le naufrage du célèbre Titanic.
Ces deux nouvelles d’une cruauté grinçante, intitulées respectivement Le miroir et Miss Mary Pask, sont plutôt originales car elles prennent pour une fois le genre fantastique et notamment le récit de fantôme à contre-pied. Si ces deux histoires pourtant inégales m’ont plu dans l’ensemble, j’ai toute de même eu une petite préférence pour la seconde, l’intrigue de la première s’étant révélée à mon sens trop prévisible. C’est donc avec une petite pointe de déception que j’ai découvert la chute du Miroir. Je dois bien l’admettre, étant devenue au fil des années une lectrice de plus en plus tatillonne, la nouvelle n’est pas vraiment mon support littéraire favori. Soyons francs, ce recueil n’est pas un chef-d’œuvre du genre. Loin de là. Certes, l’ironie mordante d’Edith Warthon est bel et bien présente dans chacune de ces pages, et je n’ai fait qu’une bouchée de ces histoires atypiques, cependant, l’ensemble reste trop superficiel à mon goût. Sans-doute est-ce la limite de la nouvelle, un genre à la structure trop lisse et contraignante qui ne permet pas d’approfondir véritablement l’histoire ?
Néanmoins, malgré ces petits points noirs, il faut bien le reconnaître, l’auteure distille d’une main de maître l’angoisse diffuse du récit fantastique traditionnel. Tout son talent s’exprime en effet dans les descriptions détaillées que fait la romancière du cadre inquiétant de la Bretagne où vit recluse Miss Mary Pask, tout comme dans l’atmosphère lugubre qui s’en dégage, à l’instar de la demeure vétuste de cette triste vieille dame, aux tapisseries poussiéreuses et au charme désuet, semblant suspendue dans le temps depuis sa disparition… Par ailleurs, cette dextérité d’écriture est également décelée dans la psychologie des personnages qui reste bien esquissée. Un tour de force littéraire que l’on ne peut que saluer ! Comment ne pas éprouver un certain malaise devant la mine contrite de ce peintre berné par une terreur irrationnelle, le fruit d’une imagination trop fertile? Ce pauvre homme, devant la vision cadavérique de Miss Mary Pask qui est accentuée par le jeu d’ombre de la nuit, est convaincu d’avoir été confronté à une authentique expérience paranormale. Cette deuxième nouvelle plutôt enlevée fut d’ailleurs un régal de lecture !
Dans ce modeste recueil, Edith Warthon souligne ainsi les dangers des croyances folkloriques tout comme le pouvoir parfois néfaste de l’imagination collective qui déforme souvent la réalité. J’ai aimé cette plume ironique et moqueuse qui n’hésite pas à fustiger ces « contes de bonne femme » absurdes et à ridiculiser ses personnages grotesques, victimes de leurs propres fantasmes, et au pathétisme souvent caricatural. Point de frissons donc ici, puisque ce ne sont pas des histoires de fantômes à proprement parler, mais plutôt une parodie du genre assez réjouissante malgré tout. Au final, cette petite immersion dans l’univers d’Edith Warthon m’encourage tout de même à poursuivre mon exploration littéraire. Cependant, je compte m’intéresser davantage à la forme du roman dans laquelle le talent d’écriture de l’écrivaine semble avoir réellement pris tout son éclat…
Première participation au challenge Le mois américain organisé par Titine, pour vous y inscrire c’est ici!
Pour célébrer mes vacances, je suis partie hier avec mon Père sur les pas d’Alexandre Dumas en visitant le château de Monte-Cristo, un lieu magique, suspendu dans le temps et au cœur même de la ville de Port-Marly dans les Yvelines. Nous avons quitté Cambremer dans la matinée et sommes arrivés à l’ouverture. Le château de Monte Cristo, situé à l’ouest de Paris, n’est pas facile d’accès, il nous aura fallu du temps avant de pouvoir trouver l’emplacement du parking. A notre grande surprise, l’endroit était pratiquement désert. Il semblerait que les touristes se soient volatilisés avec la rentrée des classes.
La visite a donc été très agréable. Nous avons pu vagabonder au gré de nos envies dans le magnifique jardin anglais dessiné par Dumas lui-même et prendre en toute tranquillité de nombreux clichés de cette bâtisse somptueuse. Le château édifié en 1846 avait été menacé de démolition en 1969, il fut sauvé in extremis par la Société des Amis d’Alexandre Dumas qui s’était mobilisée pour préserver ce patrimoine trop longtemps dédaigné. Le château de Monte-Cristo, initialement baptisé « le pavillon de l’île » en l’honneur de Saint-Domingue dont était originaire sa famille, fut ouvert définitivement au public en 1994.
J’ai trouvé cette visite passionnante, le musée recèle nombre d’anecdotes croustillantes sur cet auteur français remarquable et sa « modeste » maison de campagne de style Renaissance. On apprend ainsi que Dumas mena la vie de pacha et avait même construit un salon mauresque en souvenir de ses voyages passés en Tunisie. Le roi du Maroc, Hassan II, mécène, a financé une grande partie des travaux de restauration.
Une galerie dans la salle de séjour principale dévoile les portraits de son unique épouse, Ida Ferrier, une ancienne actrice, ainsi que de ses innombrables maîtresses. L’écrivain flambeur à la vie pour le moins dissolue eut en effet de multiples conquêtes féminines et un grand nombre d’enfants (dont seulement trois furent reconnus légitimes !). Lui-même taquin, il se plaisait à se vanter d’en avoir eu plus de cinq cent au total ! De quoi faire rêver les potentiels descendants…
Un tantinet mégalo, Alexandre Dumas, fatigué des mondanités, se construira au sein même du domaine, une écritoire néo-gothique à l’image de sa démesure : le château d’If, son cabinet de travail où il pouvait se réfugier dans l’écriture sans crainte d’être dérangé. La bâtisse est entourée de petites grottes et de ruisseaux qui apportent un cachet supplémentaire au jardin déjà splendide. Quant à la façade, elle est ornée de petites sculptures où l’on peut y lire encore gravés les quatre-vingt-huit titres que comporte l’œuvre foisonnante de l’écrivain. Impressionnant!
Dumas étant un amateur de bonne cuisine, un festin était toujours prêt à être servi dans sa demeure pour l’arrivée d’invités impromptus. On peut d’ailleurs trouver dans la salle à manger un extrait d’une recette de cuisine pour le moins exotique et farfelue pour la cuisson de pieds et de trompes d’éléphant ! Alexandre Dumas était réputé bon vivant et travaillait à la rédaction d’un dictionnaire culinaire. Malheureusement, trop affaibli par la maladie, cet ouvrage ne sera pas achevé de son vivant, et c’est Anatole France qui s’attellera à la tâche pour le finaliser.
On découvre également à travers les portraits et lithographies du romancier français, un homme à l’humour mordant fier de ses origines. Cette joute oratoire, l’une des plus célèbres, entre un journaliste méprisant et lui, en témoigne :
« Au fait, cher maître, vous devez bien vous y connaître vous en nègres… »
Il rétorquera avec une pointe de malice : « Mais très certainement, mon père était un mulâtre, mon grand-père un nègre et mon arrière-grand-père un singe. Vous voyez Monsieur, ma famille commence là où la vôtre finit ! »
L’œuvre grandiose que nous a léguée Alexandre Dumas est exceptionnelle, elle aura nourri et inspiré de nombreuses créations littéraires, théâtrales comme cinématographiques donnant naissance à des pastiches, parodies ou plagiats en tout genre. Résumer dans un seul billet Dumas, ce personnage haut en couleur au destin admirable, serait trop présomptueux, c’est pourquoi je ne vous présenterai pas ici une énième biographie de l’auteur. Cette excursion littéraire m’aura tout de même permis d’entrevoir un peu plus la personnalité de l’écrivain tout comme son parcours professionnel extraordinaire. Alphonse Lamartine dira de lui lorsqu’il lui écrira : « On avait cherché le mouvement perpétuel, vous avez fait mieux, vous avez créé l’étonnement perpétuel ! »
Et je dois bien l’admettre moi-même, à chaque nouvelle lecture, je découvre avec émerveillement une nouvelle facette de l’écrivain. Dumas excelle dans tous les genres et maîtrise à la perfection le gothique, le fantastique, le genre romantique et en particulier historique. Ses œuvres d’une richesse inouïe sont une source intarissable de culture dans laquelle je ne me lasse toujours pas de puiser !
Bien entendu, après cette visite mémorable, un petit tour dans la petite boutique « souvenirs » s’imposait. J’ai ainsi fait l’acquisition d’un nouveau titre qui est venu s’ajouter à ma bibliothèque : LesMille et un fantômes, un recueil d’histoires fantastiques qui me faisait de l’œil depuis de nombreuses années, et que je lirai sans aucun doute avec plaisir pour Halloween, dès que j’aurai terminé la lecture actuelle de Pauline que je chroniquerai pour la même occasion.
J’ai déjà repéré de nouveaux lieux à visiter, peut-être irai-je aussi prochainement jeter un œil au domaine de la comtesse de Ségur… Affaire à suivre.
J’ai longtemps gardé un souvenir traumatisant des œuvres de Thomas Hardy. Il faut dire que j’étais partie d’un très mauvais pied. Jude l’obscur et Tess d’Uberville, deux œuvres à la fois déprimantes et claustrophobes m’avaient refilé le bourdon au point de me laisser une impression moite franchement déplaisante (suicidaires s’abstenir). D’ailleurs, ces lectures me hantent encore aujourd’hui. Je n’avais donc nullement envie de réitérer l’expérience en me replongeant dans cet univers trop sombre à mon goût. Mais le désir de découvrir Loin de la foule déchaînée, dont je n’avais lu que des critiques élogieuses sur la toile, me titillait tant depuis quelques mois qu’à l’annonce de sa sortie en salle cette année, ma patience a finalement flanché. Malgré mes réticences à l’égard de cet écrivain anglais, je n’ai finalement pu m’empêcher d’acquérir cette nouvelle édition de poche.
A ma grande surprise, j’ai pris une sacrée claque ! Non seulement j’ai dévoré chaque page de cette œuvre de jeunesse de l’auteur étonnement optimiste, mais en plus, ce dernier est bel et bien devenu l’un de mes romans de chevet favoris au même titre qu’Autant en emporte le vent ! Cette lecture m’a regonflée à bloc ! Incroyable que cette œuvre romanesque pourtant catégorisée comme un classique « poussiéreux » puisse encore toucher les lecteurs du XXIème siècle ! Thomas Hardy nous livre une œuvre sublime hautement romantique prenant pour décor le Wessex du XIXème siècle, une contrée fictive inspirée de sa propre région natale le Sussex.
Nous suivons au fil des pages les péripéties de Gabriel Oak, un jeune berger prospère qui caresse le projet fou d’épouser sa ravissante voisine, l’impétueuse Bathsheba Everdene. A son grand dam, cet homme séduisant à l’âme de poète sera éconduit par la belle qui lui rira au nez préférant tourner sa proposition en une vulgaire plaisanterie. En effet, la belle orgueilleuse ne voit en lui qu’un rustre paysan. L’infortuné n’est pas au bout de ses peines et rencontrera encore de nouvelles épreuves. Il perdra ainsi l’intégralité de son troupeau de moutons après que l’un de ses chiens mal dressé les ait malencontreusement précipités du haut d’une falaise. Sans ressource, notre héros parcourra la campagne anglaise à la recherche d’un nouvel emploi. Sur sa route, il prêtera main forte à un groupe de paysans pour sauver leur ferme d’un incendie sans savoir que la propriétaire des lieux n’est autre que Bathsheba, son amour de jeunesse plus belle que jamais, qui l’avait jadis repoussé sans ménagement. Cette dernière, devenue héritière du commerce ovin florissant de son oncle qui lui a légué sa ferme, a désormais la réputation de croqueuse d’hommes, et est sollicitée par de nombreux prétendants. De ce fait, notre modeste berger Gabriel peut-t-il encore loin de cette foule déchaînée se faire aimer de cette femme tant convoitée et ce, malgré le fossé social qui semble toujours d’avantage les séparer ?
Cela faisait bien longtemps que je ne m’étais pas autant attachée à des personnages de romans. Thomas Hardy nous portraiture des protagonistes empathiques. J’ai d’ailleurs eu une petite préférence pour Bathsheba, une héroïne vibrante de ses défauts et pétrie de contradictions, digne de Scarlett O’Hara. Loin d’être parfaite, cette beauté ténébreuse un tantinet caractérielle reste malgré tout profondément humaine. Si Bathsheba multiplie les faux pas au grand désarroi du lecteur en prenant bien souvent de mauvaises décisions et en faisant preuve parfois d’une naïveté déconcertante, elle assume cependant toujours ses erreurs et s’investit corps et âme dans tout ce qu’elle entreprend. Qu’importe les obstacles qui jalonnent son parcours, elle ne courbe jamais le dos sous le poids de ses infortunes. Bien qu’inexpérimentée, elle se retrouvera pourtant à la tête d’une immense fortune et travaillera d’arrache-pied à l’égal de n’importe quel métayer de sa ferme pour faire fructifier son entreprise. Cet aspect ambitieux de l’héroïne est d’ailleurs admirable. En somme, c’est une femme de tête déjà résolument moderne pour son époque. On retrouve d’ailleurs ici des thèmes analogues aux romans d’Henry James et en particulier à The Bostonians. Comme le personnage principal féminin exalté de cette œuvre, Bathsheba est elle aussi tiraillée entre son désir inavoué de devenir l’épouse comblée qui sied à son statut social et sa peur constante de perdre son indépendance. Malheureusement, la demoiselle trop influençable se prendra finalement dans le piège d’un mariage trop précipité. Je n’en dévoilerai pas davantage. Autour d’elle gravitent de nombreux soupirants dont Gabriel Oak, William Boldwood et Francis Troy. Son cœur balancera au fil des pages entre ces trois prétendants. A vous de lire le livre si vous souhaitez savoir sur lequel de ces gentlemen la belle jettera finalement son dévolu… Tout l’intérêt de ce roman réside de toute façon dans ce principal mystère.
Si Bathsheba a certes un besoin viscéral de plaire, une coquetterie qui lui nuira à plusieurs reprises, cette femme parfois vaniteuse et versatile reste néanmoins à mes yeux une figure féminine emblématique des plus touchantes de la littérature classique anglo-saxonne car dotée d’une nature particulièrement émotive et passionnée.
Que dire des protagonistes masculins ? Tous parviennent à nous émouvoir. J’ai eu un petit coup de cœur pour Boldwood, un fermier prospère séduisant qui succombera lui aussi au charme redoutable de Bathsheba. La belle brune aux yeux noirs le fait chavirer si bien qu’il perd toute contenance à son contact. C’est sans conteste le personnage le plus romantique du livre, une figure initialement austère et collet monté, pur produit de la société anglaise puritaine qui versera progressivement dans la folie. Par ailleurs, on retrouve déjà dans cette œuvre de jeunesse quelques passages d’une cruauté intense propres aux œuvres futures de Thomas Hardy. Ainsi ces personnages principaux sont souvent victimes de leurs propres sentiments, c’est le cas de Boldwood dont les émotions sont principalement gouvernées par ses impulsions et en particulier par son désir irrépressible pour Bathsheba. A l’instar de Tess d’Uberville, l’héroïne éponyme du roman le plus célèbre de Thomas Hardy qui assassine dans un accès de désespoir son ancien amant et se condamne ainsi à la potence, les actions de Boldwood sont elles aussi excessives et illogiques.
Thomas Hardy dresse ainsi le portrait poignant d’un homme malade d’amour incarné à l’écran par Michael Sheen dans la nouvelle adaptation de Thomas Vinterberg. Chapeau bas à cet acteur de théâtre exceptionnel capable de nous émouvoir jusqu’aux larmes. Le docteur cynique de Masters of sex prend en effet dans ce film un rôle à contre-pied campant un amoureux transi des plus touchant. Je l’avais déjà repéré il y a quelques années dans Underworld où il interprétait le rôle d’un loup-garou tourmenté particulièrement sexy. Que voulez-vous, le charme british est redoutable !!! Pour ma part, je fonds complètement !
Bien entendu, Gabriel, ce berger attentionné à la sagesse exemplaire, est lui aussi un prétendant irrésistible. Ange gardien de Bathsheba, il l’épaulera dans son entreprise et deviendra son confident le plus intime. Gabriel Oak, dont le nom fait référence au chêne, un arbre aux racines robustes qui résiste aux épreuves du temps avec dignité, incarne la loyauté et l’honnêteté inflexible. A la différence de notre héroïne qui parait quelques fois inconstante, les sentiments de Gabriel ne dévient jamais de leur trajectoire.
Si j’ai eu à la fois un faible pour Boldwood tout comme pour Gabriel, je dois dire que je suis restée de marbre face à la personnalité de Francis Troy, un officier arrogant, joueur et flambeur, qui n’est pas sans rappeler le personnage de Wickam dans Orgueil et préjugés de Jane Austen. Ce prétentiard opportuniste sans conscience morale est méprisable. Je ne m’étendrai d’ailleurs pas à son sujet, il m’a agacée d’un bout à l’autre du livre même si, au fond, il n’est pas foncièrement mauvais.
Pour finir, un dernier mot sur l’adaptation cinématographique de Thomas Vinterbeg sortie en salle cette année :
Ce film à la photographie magnifique et servi par une distribution des plus séduisantes est un petit bijou. Michael Sheen est exceptionnel tout comme Matthias Schoenaerts, (mon chouchou du moment au nom imprononçable!), un séduisant flamand et une star montante d’Hollywood remarqué dans Suite française, une autre pépite littéraire, cette fois-ci écrite par Irène Némirowski et une œuvre cinématographique magnifique récemment produite par la BBC. Le scénario ayant été adapté par David Nicholls, auteur d’Un jour, le film ne pouvait qu’être de qualité. Toutefois, j’ai été de prime abord un peu surprise et un tantinet déçue de découvrir Bathsheba sous les traits de Carey Mulligan dont je trouve le charme un peu terne à mon goût. Cette actrice me paraissait déjà trop effacée en Daisy dans The Great Gatsby réalisé en 2013 par Baz Lurhmann. J’imaginais Bathsheba plus impérieuse, peut-être à l’image d’une actrice à la beauté plus insolite comme Keira Knightley. Malgré cette petite contrariété de courte durée, j’ai tout de même beaucoup apprécié cette adaptation plutôt fidèle de l’œuvre de Thomas Hardy. Ainsi donc, la substantifique moelle du roman a bel et bien été respectée. Le canevas étant déjà remarquablement bon, le film ne pouvait qu’être réussi. Les descriptions de l’orage qui gronde sur la campagne anglaise, la luminosité du paysage rural changeant, nous donnaient déjà l’impression de voir un film défiler sous nos yeux. Dans l’ensemble, ce mélodrame de la même veine que l’adaptation excellente de Joe Wright de Pride and prejudice est également une pure merveille.
J’ai cependant noté quelques petits anachronismes au début du film et en particulier dans le choix bizarre des costumes de Bathsheba. L’héroïne est une vraie rockeuse, elle porte du cuir ! C’était pourtant une denrée rare à l’époque et qui n’était en aucun cas utilisée dans son intégralité pour la confection de robes ou de vestes. Bien que ce matériel ait bel et bien pris son essor à cette époque, il n’était encore que partiellement utilisé pour la fabrication d’accessoires tels que les sacs ou les chaussures. Un détail, certes, mais qui m’a tout de même un peu gênée.
Au final, cette lecture enfiévrée m’a finalement réconciliée avec ce romancier anglais que j’avais trop longtemps dédaigné. D’une écriture virtuose, Thomas Hardy dépeint une romance rurale magnifique qui évoque avec maestria les qualités d’abnégation, la vertu toujours triomphante tout comme la patience inébranlable. Cette construction éblouissante associée à une grande poésie du langage illustre également avec subtilité les prémices du féminisme au XIXème siècle. Malgré l’atmosphère sombre qui s’en dégage dans certains passages, cette œuvre romanesque conserve néanmoins toujours une pointe d’optimisme rafraîchissante. C’est dit, je relirai sans aucun doute avec plaisir ce roman époustouflant dans quelques années. Un gros coup de cœur! A lire et à relire sans modération!
P149: « You want to understand why people can do such terrible things … »
Il m’a fallu du temps pour pouvoir vous parler de The reader. Non pas que la lecture fut laborieuse loin de là, seulement en le lisant j’ai été traversée par pas mal d’émotions contradictoires. Ma première impression fut la distance, accentuée par la barrière de la langue. Ayant été écrit en allemand, j’aurais dû sans doute le lire en français et non en anglais. Cette expérience a eu au moins le mérite de renforcer mon opinion sur les romans modernes que je rechigne de plus en plus à ouvrir. Je relisais en parallèle Alabama Song, une belle exception, le vocabulaire étant très riche et je dois le reconnaître, j’ai été profondément déçue par le manque de cachet littéraire de TheReader.
Toutefois cette histoire singulière a suscité chez les lecteurs britanniques un certain engouement depuis sa publication en 1995 et a été le premier roman allemand à paraître dès sa sortie en librairie sur la liste des best-sellers de l’année du New-York times. Doit-on pour autant le considérer comme un grand roman? J’en doute, un bon script c’est certain. Mais est-ce réellement ce que l’on attend d’une œuvre littéraire? Les lecteurs souhaitent-ils vraiment lire un scénario?
Michaël Berg un magistrat dans la force de l’âge, relate sa rencontre avec Hanna Schmitz une mystérieuse conductrice de tram. Il se remémore la liaison qu’il entretenait à l’adolescence avec cette femme sensuelle plus âgée. Michaël avait pour habitude de lui faire la lecture. A quinze ans, il n’a jamais su pourquoi un jour son amante s’est volatilisée, sans même lui avoir laissé un mot d’adieu. Ce n’est que bien plus tard- alors qu’étudiant en droit il assiste en compagnie de son professeur et de ses condisciples, au procès d’anciens officiers nazis jugés pour crimes de guerre- qu’il découvre avec effroi la vérité. Sur le banc des accusés se trouve Hanna, les traits tirés et le regard éteint. Est-ce donc la raison de sa disparition brutale? Fuyait-elle son passé effroyable ou tentait-t-elle de dissimuler un secret bien plus honteux à ses yeux?
Se dissimulant derrière une relation de mère-fils au vu de tous, Michaël et Hanna entretiennent une relation amoureuse particulière établie sur les livres. Peut-on s’attacher à ce personnage féminin? Difficile car notre raison tout comme notre conscience nous l’interdit, on est torturé entre la pitié et le dégoût. Dégoût parce que le drame pointe dès les premières pages et que l’on sait déjà à quoi s’attendre sur la véritable identité d’Hanna. Pas de mystères donc. Mais de la pitié en revanche pour cet homme au destin brisé, incapable d’oublier son premier amour malgré cette vérité hideuse qui pèse entre les deux protagonistes. Michaël tente tout pour saisir l’horreur et comprendre les choix de son ancienne amante. Cette quête d’identité le mènera sur les traces des disparus, victimes de la guerre.
L’auteur philosophe Bernhard Schlink aborde avec beaucoup de tact le conflit intergénérationnel allemand, la culpabilité pesante, le regret tout comme la honte d’une société qui s’efforce d’avancer pour ne pas regarder en arrière.
D’une plume économe l’écrivain a voulu tordre le cou aux clichés du cinéma et de la littérature qui font de la Shoah une source d’inspiration ou un prétexte d’écriture. Il nous offre une réflexion mature toute en nuance sur les connections entre le passé allemand et son présent, loin des stéréotypes littéraires, fruits de notre imagination collective qui souvent tendent à embellir l’horreur des camps de concentration. Il cite les exemples de Le choix de Sophie et de La liste de Schindler. Pour ne pas tomber dans la dénonciation, le romancier n’émet aucun jugement sur les massacres de l’Holocauste mais se contente de soulever d’autres interrogations sur le regard d’autrui. S’il prend pour décor le contexte de l’après-guerre de 1945, à mon sens le thème du nazisme est plus une excuse pour évoquer l’illettrisme et ses dangers.
Bien que le livre m’ait un peu déçu par son écriture proche de la langue orale, le film en revanche m’a bouleversé. Il y a quelques scènes émouvantes et en particulier dans la dernière partie. Il est rare qu’une adaptation cinématographique surpasse l’œuvre littéraire. Je vous conseille de le voir si ce n’est pas déjà fait. Une fois encore, la performance de Kate Winslet est remarquable. Elle m’a touchée et je dois admettre que j’ai terminé ce film magnifique les larmes aux yeux. Une histoire d’amour déchirante et perturbante à voir absolument.
Un extrait: [I asked her about her life, and it was as she rummaged around in a dusty chest to get me the answers. She had grown up in Rumania, then came to Berlin at the age of sixteen, taken a job at the Siemens factory, and ended up in the army at twenty-one. Since the end of war, she had done all manner of jobs to get by. She had been a tram conductor for several years; what she liked about the job was the uniform and the constant motion, the changing scenery and the wheels rolling under her feet. But that was all she liked about it…]
« En ces temps-là, des jeunes gens héroïques et quelque peu niais défendaient la gloire de la couronne aux frontières de l’Empire, avec à leur pommeau les couleurs de leurs belles (…) Des colonels à la retraite soignaient leurs rhumatismes au punch et au brandy dans les salons de quelque club londonien sentant fort le vieux cuir et le tabac d’Egypte (…) Des « spinsters » allumées, toutes voilettes au vent, se risquaient sans trembler, avec pour seule arme leur ombrelle, en plein pays anthropophage, sur les pas de Mary Kinsley. Et le terrible Gordon, défiant le ministère, s’en allait seul affronter le Soudan insurgé… ».
(Extrait de l’introduction de Michel Lebris)
Décidemment, la littérature anglo-saxonne du XIXème siècle est un vivier prodigieux dans lequel je ne me lasse pas de puiser, et il nous réserve encore de belles surprises ! Voici sans conteste l’un de mes plus gros coups de cœur de ces tous derniers mois ! Pour notre plus grand bonheur, Michel Lebris, aura eu la brillante idée d’exhumer cette fresque splendide de l’ombre. L’introduction romancée par le directeur du Festival des Etonnants voyageurs m’a passionnée (quelle plume extraordinaire !). L’éditeur nous dévoile beaucoup sur Alfred Mason, cet auteur extravagant, un tantinet dilettante, qui préférait souvent délaisser ses travaux d’écriture pour se consacrer à ses passions : l’alpinisme, les croisières sur la mer méditerranéenne et la chasse en Afrique du nord. Un homme singulier qui plaisait tout particulièrement à son roi, et qui vécut une vie aussi palpitante que ses romans d’aventure !
Ce livre exceptionnel appartient à la collection Phebus, une maison d’édition française qui publie régulièrement des pépites de la littérature « aventureuse » tombées dans l’oubli. Souvent comparé à Joseph Conrad et à Rudyard Kipling, voire même qualifié d’Alexandre Dumas britannique de la Belle Epoque, A.E.W. Mason est peu connu du lectorat français, ce qui est bien regrettable, ce romancier ayant autant de talent (si ce n’est peut-être même plus !) que ses compatriotes écrivains.
Les quatre plumes blanches, roman d’aventure impérial qui se déroule au cours de la révolte du Mahadi (1881-1898), est encore considéré aujourd’hui comme l’œuvre-phare d’Alfred Mason. Le thème principal de ce livre captivant ? La peur, ce sentiment moite qui tenaille notre héros Harry Feversham d’un bout à l’autre du livre, l’accompagnant à chaque étape de son voyage et qui sera le point d’amorce de cette grande épopée romanesque…
A Lennon House, la demeure huppée du respectueux Général Feversham, on célèbre les fiançailles de son fils prodige, Harry, un jeune et fringuant officier de l’armée impériale, et de sa ravissante promise, Ethne. La fête bat son plein quand Harry reçoit au cours de la soirée une mystérieuse petite boîte contenant trois plumes blanches en signe de disgrâce et de couardise, accompagnées des cartes de visite de ses compagnons de régiment. Ethne s’indigne, ce ne peut être qu’une plaisanterie de mauvais goût. Pourtant, devant la mine accablée d’Harry, elle commence à douter. La belle exige des explications sur le champ. Harry n’aura d’autre choix que de lui révéler son secret honteux. Après cette confession humiliante, la fière Ethne rompt sa promesse de mariage sans auparavant ajouter également une plume qu’elle a extraite dans un accès de colère de son éventail. Qu’a-pu donc lui révéler de si ignoble Harry Feversham pour que cette femme aux sentiments jusqu’alors constants le traite soudainement avec autant de mépris ?
Le lecteur découvrira que la veille, à l’annonce du départ imminent de son escadron pour le Soudan, le jeune officier, la peur au ventre à l’idée de prendre les armes, s’est empressé de démissionner… Désormais ostracisé par la société victorienne, Henry disparaîtra sans laisser aucune trace…
D’emblée, j’ai été passionnée par cette œuvre originale qui oscille brillamment entre le réalisme psychologique et le grand roman historique. Je raffole des romans d’aventure en tout genre et en particulier lorsqu’ils prennent pour toile de fond l’épopée des guerres impériales britanniques de cette fin du XIXème siècle. J’ai été également impressionnée par la construction narrative originale de l’œuvre qui est parfaitement rôdée. En effet, le lecteur ne suit pour ainsi dire jamais directement les actions d’Harry Feversham et pourtant ce dernier reste bien le pilier de l’intrigue. On ne l’entrevoit finalement qu’à travers les propos rapportés par les autres protagonistes qui ne nous dévoilent que des bribes d’informations sur le parcours du héros. De ce fait, le lecteur se retrouve embarqué dans un jeu de piste passionnant.
D’ailleurs, cet anti-héros est tout simplement extraordinaire. Si les romans d’aventure ont coutume de négliger la psychologie des personnages pour se focaliser d’avantage sur l’action, ce roman sort pourtant des sentiers battus. De surcroît, certaines personnalités sont très bien esquissés, telles que celles d’Harry Feversham, ce héros qui n’en est pas véritablement un au départ. Le jeune homme m’a beaucoup touchée par son caractère avant tout profondément humain.
Malgré sa maigre expérience de l’armée, Harry porte déjà un regard lucide sur l’issue fatale de la guerre. Il n’est pas dupe et sait qu’au Soudan, il sera confronté au barbarisme de l’homme, que le prestige de l’uniforme ne le préservera pas de périr sous les coups des tribus sauvages et sanguinaires qui peuplent cette contrée lointaine et inquiétante.
Harry, qui craint tellement de se découvrir lâche durant la bataille, le devient véritablement aux yeux de son entourage. Cette peur irrationnelle de sa potentielle lâcheté le paralyse et pourtant, ce sentiment qu’il considère détestable déclenchera chez lui une vraie prise de conscience. De ce fait, elle lui insufflera la fibre héroïque qu’il lui manquait tant initialement pour rétablir son honneur bafoué. La voie de la rédemption se fera bien évidemment dans la douleur.
Si Harry est considéré comme le principal héros de ce roman, il n’est néanmoins pas l’unique. Autour de lui gravitent d’autres figures attachantes telles que son meilleur ami, Jack, un militaire dans l’âme, de prime abord un peu bourru et à l’esprit étroit, qui, à la suite d’une embuscade, perdra la vue et développera des qualités intuitives exceptionnelles lui donnant la capacité de sonder l’âme humaine. En somme, quelqu’un d’extra-lucide. Je ne me pencherai pas ici sur le personnage d’Ethne Eustace, la fiancée d’Harry, dont j’ai trouvé l’orgueil méprisable bien qu’elle représente les codes de la société victorienne impitoyable dans laquelle elle évolue et qu’elle soit l’élément catalyseur de cette épopée…
Certes, la morale corsetée de ce roman pourrait de nos jours paraître un tantinet poussiéreuse. Cependant, rappelons qu’elle reflète parfaitement bien le cadre historique de l’intrigue : l’impérialisme britannique. Les jeunes hommes devaient avant tout combattre pour s’affirmer dans la société où le patriotisme synonyme d’héroïsme était souvent poussé jusqu’au sacrifice. Se battre et mourir pour sa reine ou son empire « sur lequel le soleil ne se couchait jamais » étaient alors considérés comme un grand honneur.
Les lecteurs ainsi admiratifs d’Edith Warthon et de Joseph Conrad qui dépeignent si bien la psychologie de leurs personnages aimeront sans aucun doute ce chef-d’œuvre oublié.
Lisez-le ! Les quatre plumes blanches est un pur bijou de la littérature qui, la dernière page tournée, m’a laissée un sentiment nostalgique de manque. Cette œuvre au souffle épique que j’ai lue d’une traite, reste sans conteste l’un de mes romans favoris. Il appartient à cette catégorie de livres inoubliables que l’on garde toujours précieusement dans sa bibliothèque pour pouvoir en relire des passages au gré de nos envies. Le style de l’auteur est d’une fluidité exceptionnelle. Croyez-moi, je viens d’achever un roman d’une toute autre nature au style très rébarbatif, un calvaire de lecture dont je vous parlerai peut-être dans un prochain billet (quand je l’aurais digéré !)…
Zoom sur le film :
Porté à l’écran en 2003 par Shekhar Kapur, cette adaptation cinématographique récente des quatre plumes blanches, rebaptisée Frères du désert pour le public français, est tout simplement sublime. Si le film n’égale bien entendu pas le roman original, il reste tout de même très bon. Je l’ai particulièrement apprécié. Il y a peu de temps mort dans cette fresque incroyable qui mêle habilement le récit de guerre à l’épopée romanesque. Le très regretté Heath Ledger encore si jeune et si séduisant incarne d’ailleurs avec talent Harry Feversham. A voir absolument si vous êtes passionnés de l’épopée impériale britannique !
Le mois anglais est de retour !!
Et hop ! Et une première participation au challenge le « Mois anglais » organisé par Titine, Cryssilda et Lou. Les demoiselles nous ont préparé un programme passionnant pour juin autour de journées thématiques. Je vous encourage à vous inscrire ici pour participer à l’événement. De nombreuses LC sont proposées sur leur site à cette occasion, autour d’auteurs britanniques tels que Sir Arthur Conan Doyle ou même Anthony Trollope. Pour ma part, je tenterai d’en lire quelques-unes. Je suis déjà plongée dans Expiation de Ian McEwan que j’espère pouvoir chroniquer à temps pour la lecture commune du 24 juin.
Suivant les avis enthousiastes de ma mère, j’ai lu dernièrement une œuvre de jeunesse de Carlos Ruiz Zafón pour varier un peu mes lectures de vacances. Une façon pour moi de faire une petite trêve dans ma liste de billets déjà programmés pour ces prochains mois. D’abord réticente à l’idée de lire un roman plus « léger », je me suis finalement prêtée au jeu. A ma grande surprise cette parenthèse littéraire s’est avérée particulièrement gratifiante puisqu’elle m’aura permis de découvrir un auteur contemporain original. Pour ma défense, il faut dire que j’étais partie avec un sérieux a priori. En effet, le martèlement médiatique m’avait initialement dissuadée de lire cet auteur. Ses livres envahissaient trop à mon goût les étalages des librairies. Dans mon esprit, je l’associais à la même catégorie littéraire que Guillaume Musso ou Marc Levy qui produisent principalement selon moi des romans « jetables », une littérature de hall de gare agréable sans du moins être mémorable et dont j’évite de parler sur mon blog, préférant privilégier des œuvres plus insolites et au style plus fouillé. En somme, des livres qui sollicitent plus l’intellect du lecteur.
De ce fait, étant de plus en plus exigeante quant au choix de mes livres (peut-être suis-je devenue un peu blasée?), la plume poétique de ce romancier hispanique m’a tout de suite conquise, tout comme ses nombreux hommages rendus au fil des pages aux grands classiques littéraires. L’histoire elle-même puise principalement son inspiration dans les célèbres contes d’Hoffmann, une œuvre que j’avais particulièrement appréciée durant mes études de lettres.
Le point de départ de ce roman fantastique est l’année 1937.
Jeune veuve, Simone Sauvelle quitte Paris avec ses deux enfants, Irène et Dorian, pour la campagne normande après avoir accepté un poste de femme de charge que lui a proposé Lazarre Yann, un olibrius qui vit isolé dans un grand manoir depuis que son épouse s’est retrouvée atteinte d’une mystérieuse maladie. Ce maître, un fabriquant et marchand de jouets génial surnommé aussi Lazarus lui offre en échange de ses services de résider dans une petite bâtisse coquette, la Maison du Cap, située en face de sa propre demeure. La famille désargentée prend vite ses aises dans ses nouveaux appartements. Tandis que Dorian se prend de passion pour les créations de l’inventeur, qu’Irène, s’amourache d’un séduisant pêcheur, Simone quant à elle succombe rapidement au charme de son employeur tout comme de Cravenmoore, son étrange demeure occupée par de curieux pantins animés. Les deux personnages se découvrent aussi une passion commune : les livres.
Mais cette atmosphère idyllique ne sera que de courte durée. Une ombre diabolique s’abat sur les nouveaux arrivants. Cette présence maléfique se fait de plus en plus prégnante à mesure que Simone s’attache à son maître. Pourquoi donc tant de haine envers elle et les siens ? Quelle mystérieuse force ont-ils donc réveillée ? Et à quelles expériences bizarres se prêtent Lazarus dans son atelier secret ? Toutes ces réponses se trouvent dans ce roman palpitant !
J’ai été d’emblée séduite par l’ambiance fantasmagorique de cette histoire. Le lecteur bascule dans un conte étrange et inquiétant où les jouets, de véritables marionnettes maléfiques, s’animent au gré de leurs envies pour terroriser leur propriétaire, et où un esprit particulièrement belliqueux hante les recoins de Cravenmoore, cette demeure ancienne aux innombrables chambres, toujours plongée dans une obscurité inquiétante. Je me suis attachée également aux protagonistes et tout particulièrement à Lazarus, un personnage romantique tourmenté qui s’est inventé un monde d’automates pour combler sa solitude.
Le roman gothique est une fois de plus ici à l’honneur. Cette lecture sans prétention, initialement destinée à un jeune lectorat, est une petite perle littéraire. L’écriture est soignée. On est en effet loin de la littérature « prémâchée » que nous proposent malheureusement souvent les maisons d’édition, à l’instar de Twilight ou d’Hunger Games, des romans pour teenagers paresseux, au style médiocre. L’auteur, fervent admirateur des œuvres d’Alexandre Dumas, confie lui-même dans la préface qu’il a tenté d’écrire les romans qu’il aurait bien aimé lire adolescent. Une belle initiative ! Même si les héros sont bel et bien des enfants, on oublie aisément le but initial de l’auteur, le langage étant tout de même assez soutenu.
Malgré quelques répétitions de ci de là, Les lumières de septembre n’est nullement redondant. Je n’en ai fait qu’une bouchée et me suis régalée ! L’ambiance nimbée de mystères m’a rappelé étrangement Les brumes de Riverton de Kate Morton, une lecture en version originale pour laquelle j’avais eu un véritable coup de cœur. Je regrette amèrement aujourd’hui de ne l’avoir jamais chroniqué sur le blog. Il faudrait que je le relise un jour. J’ai d’ailleurs plusieurs œuvres de cette romancière britannique sous le coude, j’en lirai sûrement une prochainement. L’atmosphère du roman n’est pas non plus sans rappeler Rebecca de Daphne du Maurier ou même de La dame noire de Susan Hill, une histoire de fantôme que j’avais adoré lire pour Halloween (ma chronique ici).
La bibliomaniaque que je suis voudrait désormais réunir sa propre collection des romans de Carlos Ruiz Zafón au format poche. J’ai découvert que ce volume constituait en fait le troisième volet d’une trilogie dont les deux premiers titres sont Le Prince de la brume et Le Palais de minuit…
Un grand merci à ma mère pour m’avoir prêté ce livre et fait découvrir cet écrivain au talent inné de conteur, un romancier que je n’aurais sans-doute pas pris l’initiative de lire seule. Je réitérerai l’expérience avec plaisir… Peut-être en lisant L‘Ombre du vent qui me tente grandement…
En panne de lectures ? Pourquoi ne pas se plonger dans ces romans aux thèmes analogues tels que L’Eve future de Villers l’Isle-Adam, Les contes d’Hoffmann ou bien encore La dame en noir de Susan Hill ?
Mon admiration sans bornes pour la littérature gothique anglo-saxonne n’est depuis longtemps plus un secret pour vous blogueurs, et je suis toujours à l’affût de nouvelles trouvailles littéraires pour compléter ma « petite » collection. En faisant mes cartons de déménagement, j’ai dégoté ainsi dernièrement ce roman américain original, un complément au célèbre classique de Robert Louis Stevenson, le Docteur Jekyll et Mr Hyde ! Cette couverture vintage couleur sépia, que j’avais repérée il y a quelques années dans la vitrine de la grande librairie d’Exeter, durant mon séjour en Angleterre, avait tout de suite titillé ma curiosité. Je m’étais bien évidemment empressée de me procurer ce roman fantastique.
Le livre étant en version originale, j’ai attendu le moment propice (soit plus d’un an après son acquisition !) pour pouvoir le lire en toute tranquillité. L’occasion s’est enfin présentée durant ces dernières semaines moroses et grisâtres au cours desquelles j’ai pu profiter calmement de mon nouvel intérieur. Au final, mes efforts ont été récompensés. Ce fut plutôt une bonne pioche !
Narrée sous forme autobiographique, cette histoire dont nous connaissons tous l’issue, est perçue à travers le regard affûté de Mary Reilly, une domestique lettrée au service d’un ténébreux médecin renommé, le Docteur Jekyll. La jeune domestique relate dans son journal intime son quotidien, sa vie dans une maison respectable d’un quartier londonien huppé, l’attitude étrange de son maître tout comme l’accomplissement de ses tâches ménagères. Traumatisée par une enfance malheureuse, la jeune femme croit avoir finalement trouvé dans cette demeure rassurante, un foyer accueillant et protecteur. Malheureusement, cette existence paisible est vite bouleversée par l’arrivée d’un nouvel occupant. En effet, le docteur Jekyll, éreinté par des travaux scientifiques mystérieux, a pris la décision d’engager un assistant, Monsieur Edward Hyde, pour l’épauler dans sa tâche secrète. Mary ne tarde pas à découvrir qu’un halo de scandale entoure cet homme à l’attitude exécrable et vulgaire. Une ombre sinistre plane désormais sur la propriété et ses environs. Mary décèle ainsi un changement notable dans l’attitude de son maître. Ce dernier, dont la santé s’est nettement dégradée, s’isole de plus en plus dans son cabinet, laissant Monsieur Hyde s’aventurer au gré de ses envies dans la maison pour semer la terreur au sein du personnel. De nombreux décès suspects surviennent également dans la localité. Ce cortège de meurtres horribles ne semble rien présager de bon. Mary qui rend compte chaque jour dans son journal de la métamorphose progressive de son protecteur ne tardera pas à en tirer des conclusions inquiétantes…
Si ce récit aux accents gothiques suit plus ou moins la trame du roman de Robert Louis Stevenson, tout cela sert avant tout de décor pour restituer l’ère victorienne, une période historique particulièrement sombre. L’ambiance est d’ailleurs plutôt dickensienne ; les rues londoniennes sont sales et infestées de vermine, la misère est d’une cruauté impitoyable, les enfants sont livrés à eux-mêmes et les maisons closes tout comme les orphelinats ont le vent en poupe. N’oublions pas que trois ans plus tard, dans ces mêmes rues, sévira l’un des meurtriers les plus sanglants connus jusqu’à ce jour, véritable cauchemar des détectives de Scotland Yard : Jack l’éventreur ! Le meurtrier se serait-il d’ailleurs inspiré de l’œuvre fantastique de Sir Arthur Conan Doyle pour marquer les esprits futurs ?
Sans-doute car Mr Hyde reste l’un des personnages tourmentés les plus fascinants de la littérature anglaise du XIXème siècle. A l’instar de Dracula de Bram Stocker ou de la créature anonyme de Frankenstein de Mary Shelley, Jekyll est en proie à une véritable vampirisation intérieure qui le conduit inexorablement à la folie destructrice. Hyde, le vampire psychique qui vit tapi en lui est un véritable parasite qui se nourrit de sa haine dissimulée. Cet alter ego maléfique est un personnage transgressif méprisable qui s’accapare ses richesses, occupe son bureau et s’approprie même ses livres. Jekyll est-il de ce fait victime d’un simple dédoublement de la personnalité, une schizophrénie volontairement ignorée, ou bien est-il, au contraire, parvenu à créer sa propre créature de l’ombre ? Le lecteur finit lui-même par en douter.
Quoiqu’il en soit, cette expérimentation, manifestement ratée, entraîne une étrange forme de régénérescence chez le docteur, une sorte de cure de jouvence maléfique, décuplant sa force tout comme sa taille. Le docteur Jekyll, un scientifique émérite aux idées utopistes souhaitait initialement trouver un remède pour vaincre l’hypocrisie afin de rendre l’homme plus pur ; malheureusement, le résultat sera tout autre. Cette expérience donnera naissance à un monstre de franchise et de méchanceté, à un être marginal malveillant, chaotique et irrévérencieux. En somme, un individualiste égoïste évoluant selon ses propres règles, bafouant sans vergogne sur son passage les lois de d’une société qu’il hait. Serait-ce donc le message décrypté de l’Etrange cas du docteur Jekyll et de Mr Hyde ? Cette œuvre littéraire si brève et innocente en apparence recèlerait donc une critique virulente de la société anglaise contemporaine de l’auteur. Hyde, le monstre qui sommeille en Jekyll, serait ainsi le symbole de la décadence d’un système éculé et en particulier d’une société pourrie dans l’âme, étouffée par trop de retenue. Cette société méprisante composée d’une aristocratie souffreteuse qui écrase une population miséreuse, celle dont est issue la pauvre Mary.
On s’attache d’ailleurs aisément à cette figure féminine bienveillante tiraillée entre son devoir de servante et son désir inavoué pour son protecteur. La douce Mary Reilly, dont l’existence fut toujours ponctuée de drames familiaux, voit en lui un protecteur ainsi qu’une figure paternelle de substitution, même si, il faut bien l’admettre, cette idolâtrie servile est parfois dérangeante. La relation qu’entretient Mary avec le docteur Jekyll est en effet toujours teintée d’ambiguïté. Le médecin dérangé est ainsi fasciné par le passé glauque de sa petite protégée. Malmenée par un père abusif et alcoolique, Mary a gardé les séquelles de cette maltraitance, des cicatrices hideuses qu’elle dissimule sous ses vêtements. Ces traces laissées sur son corps attirent tout particulièrement l’œil scrutateur du docteur.
Si la personnalité de Mary Reilly est touchante, elle est néanmoins un peu trop effacée à mon goût. Ce protagoniste féminin de prime abord sensible et intelligent, n’est au final nullement héroïque puisque son caractère agaçant reste la plupart du temps passif. Au fond, elle n’est qu’un prétexte d’écriture de l’écrivaine pour restituer l’austérité du décor victorien dans lequel l’intrigue est plantée et étoffer un peu plus le caractère romantique de Jekyll qui prend ici beaucoup plus de dimension. A travers, ce personnage, l’auteure souligne aussi l’importance des classes sociales au XIXème siècle et en particulier la nécessité de conserver son rang coûte que coûte. Un aspect qui m’a particulièrement plu dans ce roman.
Par ailleurs, j’ai été happée par ce récit et en particulier par l’atmosphère mystérieuse qui s’en dégageait. Cette ambiance inquiétante rappelle beaucoup l’œuvre de Charlotte Brontë, Jane Eyre. La romancière nous livre ici un conte singulièrement macabre. On déplore, cependant, une intrigue traitée trop superficiellement dans les derniers chapitres. A mon grand regret, j’ai eu l’impression désagréable que l’histoire s’était un peu essoufflée. De plus, j’aurais aimé que la relation du Docteur Jekyll et de Mary Reilly prenne une tournure différente, peut-être plus passionnée, même si elle reste logique en respectant le contexte historique de l’époque, une période où les sentiments entre hommes et femmes sont déclarés et exprimés de manière toujours très pudique, étouffés, voire asphyxiés par des conventions vétustes et où il ne peut y avoir d’amour entre un maître et sa servante, le fossé social étant trop vaste.
Toutefois, malgré ces quelques désagréments, il faut bien le reconnaître les descriptions restent crédibles et ne sombrent jamais dans le grotesque. Qu’on ne s’y trompe pas, ce livre est bon et j’ai passé un agréable moment, mais il est loin d’être un coup de cœur. Le romantisme pointe trop timidement à mon goût. Mon avis a été un peu influencé par mes dernières lectures et en particulier par le Chardon et le tartan, une histoire d’amour nettement plus satisfaisante ! (et beaucoup plus sexy !!!).
Mary Reilly est finalement plus proche du docu-fiction que d’un véritable roman d’épouvante ou d’une romance historique. Le roman verse d’avantage dans le portrait social d’une femme de chambre au XIXème siècle. Nonobstant, les lecteurs d’Une saison à Longbourn de Jo Baker devraient y trouver leur compte, tout comme les aficionados de classiques victoriens tels que David Copperfield de Charles Dickens ou de romans gothiques tels que Jane Eyre de Charlotte Brontë.
Pour conclure, il faut bien l’admettre, revisiter ce classique victorien était une idée fort intéressante. Le défi était de taille et bien que le livre pêche parfois par quelques maladresses d’écriture, la romancière new-yorkaise s’en est tout de même sortie avec panache ! L’exercice de style est réussi.
Un roman original à la frontière de l’Histoire et du fantastique que je vous enjoins de découvrir vite si ce n’est pas déjà fait ! Robert Louis Stevenson peut dormir tranquille, la relève semble assurée !
Un dernier mot sur le film tiré de cette œuvre.
Lors de sa première parution en 1990, Mary Reilly connut tout de suite une bonne critique aux Etats-Unis tout comme en Grande-Bretagne, si bien que le livre fut promptement porté à l’écran par le réalisateur des Liaisons dangereuses. J’ai bien évidemment visionné dans la foulée l’adaptation que j’ai trouvée malgré le casting de premier choix (Julia Roberts et John Malkovich) à ma grande surprise assez médiocre. L’alchimie n’a, du reste, pas pris entre les deux acteurs. L’actrice, pourtant si talentueuse, était aussi à ma grande déception plutôt insipide à l’écran.
Néanmoins, quelques petites trouvailles du réalisateur: le personnage de Jekyll s’érotise d’avantage à l’écran et est finalement présenté comme un dandy, un aspect qui m’a spécialement intéressée. Il est regrettable malgré cela que ce médecin séduisant soit incarné par John Malkovich qui nous présente, d’un bout à l’autre du film, une réplique caricaturale de Valmont. L’acteur campe un romantique tourmenté moyennement convaincant, et son air lubrique est franchement déplaisant, voire trop insistant ; en fait, je raffole peu des yeux torves de Malkovich (on dirait un vieux pervers). En revanche, seul point positif selon moi, j’ai trouvé Glen Close en maquerelle douteuse vraiment ignoble. Quelle actrice!
Finalement, à ma grande surprise, même si la photographie était belle, le film s’est révélé tout de même un échec. Il est loin d’être une œuvre cinématographique magistrale. La réalisation est trop sobre, voire même trop classique. C’est un bon téléfilm tout au plus qui n’égale même pas les adaptations télévisées de la BBC.
Je m’épanche rarement sur ma vie privée et pourtant, je vous considère, vous blogueurs, comme des amis de longue date, même si je ne sais rien de votre quotidien. Certains d’entre vous ont disparu au fil des années sans explications, leur site s’est du jour au lendemain volatilisé sans crier gare, laissant aux habitués une impression curieuse de vide, ce malaise douloureux que l’on éprouve bien souvent à la disparition d’une personne chère, une personne qui aurait compté à une période de notre existence, et dons les traits se seraient progressivement effacés de notre mémoire, à la manière d’un portrait ancien qui n’aurait pas survécu aux épreuves du temps. Je me souviens encore du site La Grotte des livres que je suivais avec plaisir. Qu’est-il advenu aujourd’hui de la blogueuse chroniqueuse qui l’animait ? Ce blog existe-il encore sous un autre nom ? Je n’en ai pas la moindre idée.
N’ayez crainte, pour ma part je n’ai nullement l’intention de déserter définitivement mon blog. J’ai simplement choisi de donner pour un temps la priorité à la réalité. Après une longue absence due aussi à un déménagement éreintant d’Angleterre, le besoin de revenir vers vous blogueurs, s’est imposé et j’ai eu à nouveau envie d’échanger avec vous sur notre passion respective : les livres.
Il est vrai que durant ces deux dernières années je vous ai fait de nombreuses infidélités ; néanmoins, comme un amant coupable et fautif qui aurait regretté l’épouse admirable délaissée, je reviens toujours vers mes premières amours : la lecture et l’écriture. Dans ce cas, pourquoi diantre cet abandon sans cesse réitéré me direz-vous ? Je vous répondrai pour ma défense que la vie n’est pas un long fleuve tranquille, que l’on ne peut pas toujours se prélasser dans la contemplation à rêver sa destinée, assis bien confortablement et en sécurité à son bureau. Ainsi, mon quotidien, comme le vôtre sans-doute a dû l’être à plusieurs reprises au cours de votre existence, a été bouleversé par de nombreux imprévus, des changements dramatiques de mon mode de vie, une sérieuse remise en question de mon parcours professionnel qui m’a de prime abord paru décourageant, et un travail qui, même s’il n’est pas celui dont je rêvais initialement se révèle, malgré les mauvaises langues, gratifiant et formateur, et m’a tout de même permis de gagner une indépendance depuis si longtemps convoitée.
Vous connaissez ma lenteur à rédiger des billets, je suis une véritable tortue et écris au gré de mes envies, selon l’humeur du moment. Les plus fidèles d’entre vous savent mon caractère, je ne suis pas une blogueuse assidue et suis facilement distraite, c’est pourquoi j’apprécie le calme et la tranquillité d’une maison douillette et relativement silencieuse, un endroit où je peux siroter une tasse de thé tout en pianotant sur mon clavier, seule, sans peur d’être interrompue dans mes pensées ou tout simplement distraite par des activités moins exigeantes comme paresser amoureusement devant la télévision avec mon homme pour visionner des après-midis entiers des séries addictives telles que Walking dead, New girl ou encore Modern Family.
Ceci dit, je prends aussi beaucoup de plaisir à pratiquer la course à pied et il est vrai que je consacre un temps considérable à cette seconde passion dévorante, souvent au détriment du blog, malheureusement. Etant de nature inquiète et nerveuse, cette activité est idéale pour décompresser.
Enfin, passons, ne nous égarons pas, tout ce bavardage intempestif n’a qu’un seul but au final, vous dire simplement que je ne vous oublie pas et que j’ai finalement trouvé l’endroit idéal pour chroniquer sereinement : ma maison.
Je parle rarement de ma vie privée sur ce blog et ne m’étendrai pas davantage sur ce sujet dans les prochains billets ; sachez seulement que je suis revenue en France pour m’installer en Normandie non loin de ma famille dans une petite maison de bourg charmante où mes livres ont déjà pris possession des lieux. Je lis beaucoup et ai d’ailleurs repris activement cette année mes lectures en version originale pour améliorer mon vocabulaire anglais qui me paraît toujours insatisfaisant. Malheureusement, je me suis vite aperçue que retranscrire ensuite mon ressenti sur la toile en français n’étais pas chose aisée. En effet, la transposition dans la langue de Voltaire s’est révélée pour le moins complexe. Il m’a donc fallu du temps (et beaucoup de motivation) pour pouvoir reprendre pleinement l’exercice de rédaction. Avoir un époux britannique n’a pas que des avantages pour une littéraire ! J’ai fait plusieurs tentatives d’écriture ces derniers mois qui se sont révélées assez pitoyables à mon grand découragement. Des fautes grossières de grammaire, pas mal d’anglicismes qui donnaient à penser que Jean- Claude Vandamme s’était soudainement emparé de ma plume.
Enfin, passons, les chroniques reviennent tout doucement. Deux sont en préparation, elles arrivent, patience ! Au plaisir de vous retrouver…
Ces derniers mois, j’ai lu de nombreux ouvrages et je me suis ainsi découvert une passion pour l’époque des Tudors, dévorant en une semaine le troisième volet de la saga de Philippa Gregory, The Boleyn Inheritance (L’héritage des Boleyn) dédiée à cette période de l’histoire. Depuis, je n’ai pas pu résister longtemps et me suis procuré le premier et le second tome qui manquaient à ma collection. Naturellement, un billet est en prévision car je suis fan du roman et ai débuté aujourd’hui même le premier livre The Constant Princess. Bien entendu, ces œuvres sont disponibles en français, et l’une d’entre elles a de surcroît été adaptée par la BBC pour le grand écran, mettant en vedettes Eric Bana, Scarlett Johansson et Nathalie Portman dans les rôles respectifs du roi Henri VIII, Mary Boleyn, sa maîtresse, et Anne Boleyn, la sœur de la précédente, qui connaîtra un destin pour le moins funeste. Je n’en dis pas plus pour le moment! Je vais sûrement visionner également la petite série subversive de la BBC qui a l’air passionnante !
Voici la bande-annonce du second volet que je n’ai encore eu l’occasion de lire :
Je signale au passage la parution ce mois-ci d’un hors-série dédié à la famille Tudors. Mes parents me l’ont acheté cette semaine pour que je puisse le parcourir en parallèle de mes lectures. Les articles sont très instructifs. A noter qu’il y a actuellement une exposition au musée du Luxembourg dévoilant tous les portraits de la dynastie de cette famille incroyable. Elle a débuté en mars dernier et s’achèvera le 19 juillet 2015. Je pense me rendre à Paris le mois prochain pour la voir. Je consacrerai sûrement un billet à cette sortie culturelle.
En ce moment, je prends plaisir aussi à regarder en famille la série télévisée Lespetits meurtres d’Agatha Christie, une adaptation française datant de 2010 des romans de la romancière anglaise, qui est un vrai régal ! (peut-être vais-je me laisser tenter par l’un de ses romans…). Les intrigues policières prennent principalement pour toile de fond les années 1930, et les personnages féminins ont toujours des tenues somptueuses. Les acteurs sont tous très bons ce qui, avouez-le, est tout de même rare à la télévision française (franchement c’est souvent le désert ! Cf. la version apocalyptique de Nina Companeez de l’œuvre de Marcel Proust, A la recherche du temps perdu ) !! L’un des héros, l’inspecteur Emile Lampion est incarné par le fils de Coluche en personne, Marius Colucci. Je trouve qu’il joue remarquablement bien et qu’il a beaucoup de charme ! Dommage qu’il soit peu connu ! A voir en tout cas pour tous les fans de period dramas qui se sont jetés sur Downtown Abbey.
Je poursuis aussi mes études de lettres par correspondance (en dilettante, du fait de ma charge de travail) et lis actuellement les nouvelles d’Hemingway, Paradis perdu. Je dois bien l’admettre ce n’est pas trop mal même si je n’aime pas particulièrement la personnalité de l’auteur misogyne, qui suinte à travers les pages. Hemingway a aussi un rapport à l’animal qui me déplaît grandement. Son style journalistique un peu impersonnel me rebute, et sa grande passion pour la pêche à la truite, décrite dans le menu détail, m’ennuie profondément. C’est dit, je ne le porte pas particulièrement dans mon cœur. Toutefois, les témoignages de guerre sont relativement intéressants. En bref, ce n’est pas vraiment ma tasse de thé (je suis difficilement objective !) même si je chroniquerai ce recueil de nouvelles (peut-être) un peu pour varier les plaisirs.
Une note plus positive. La fièvre acheteuse me titille dangereusement. J’ai repéré à la librairie un nouveau livre dont il me tarde de faire l’acquisition : Menderley for ever de Tatiana de Rosnay. L’auteur nous propose une biographie romancée de Daphné du Maurier, une écrivaine anglaise que j’adore et dont le parcours littéraire me passionne. Rebecca reste l’un de mes premiers coups de cœurs littéraires et a sûrement contribué à développer mon intérêt pour la lecture. A mon arrivée en Angleterre, il y a cinq ans, j’étais partie dare-dare sur les traces de cette auteure, et avais visité la fameuse auberge de la Jamaïque située en Cornouailles. Un souvenir mémorable qui m’avait convaincue de revenir en Grande-Bretagne pour un jour m’y installer et apprendre sérieusement la langue de Shakespeare.
Je profite de ce pot-pourri pour vous annoncer la sortie imminente de la saison 2 d’Outlander (Le chardon et le tartan) en avril. On a hâte !! En ce moment, vous le remarquerez je suis complètement accro aux séries historiques. Jamie et Claire reviennent pour notre plus grand bonheur. Cette série télévisée sexy est palpitante (Je trouve que Franck, le mari de Claire, a un charme redoutable, hé ! hé !) Le réalisateur est resté plutôt fidèle à la saga littéraire de Diana Gabaldon. Je suis aux anges, j’ai lu les trois premiers tomes à l’âge de quinze ans ! (j’en ai 26 aujourd’hui !!) et j’en garde un souvenir indélébile. Je vivais alors au Zimbabwe et mes parents faisaient parvenir les livres une fois par mois par la valise diplomatique. Ma compréhension de l’anglais était à cette époque pour le moins lacunaire, et je ne fréquentais donc pas les rares librairies « rhodésiennes ». Nous commandions donc nos romans via le Club, une enseigne similaire à France Loisir qui faisait parvenir des livres à l’international une fois par mois. Je suis donc contente de redécouvrir la saga du Cercle de pierre ! Je viens ainsi d’achever la lecture du premier tome et ai commencé le second. A l’évidence je ne pourrai faire l’impasse, aussi ces œuvres seront-elles bientôt chroniqués ici sur le site.
Voilà donc le premier pot-pourri littéraire dans lequel je vous ai fait part de mes dernières découvertes livresques, tout comme de mes envies du moment, le premier d’une nouvelle série, je l’espère. Je vous retrouve prochainement pour papoter autour de Mary Reilly et de L’héritage des Boleyn. Sur ce, je vous souhaite à tous et à toutes une très bonne semaine riche en lectures passionnantes !!!
J’espère que vous avez tous passé une agréable fête d’Halloween. Ma famille et moi n’avons malheureusement pas pu célébrer la fête le soir du 31 octobre, mon travail ne me le permettant pas. Ce n’était bien entendu que partie remise puisque notre petite fiesta fut reportée le lendemain même. La soirée fut inoubliable !! Tout le monde (sauf moi qui travaillait encore une fois durant les préparatifs !) a mis la main à la pâte. Je suis rentrée tard pour trouver une maison silencieuse, plongée dans une obscurité totale. Ma sœur avait préparé une playlist angoissante… Toute la famille s’était déguisée pour l’occasion. Nous nous sommes goinfrés de cupcakes oranges et noirs, de tarte de noix de pécan accompagnée de glace vanille (cuisinée avec amour par mon tendre!!) et d’autres friandises irrésistibles. Il y avait également du punch concocté par ma sœur la Gueuse et sa copine. Enfin, nous avons choisi de visionner en famille un film soft, Les sorcières d’Eastwick (pas si soft que ça puisque le film s’est avéré finalement bien dérangeant). Bref, Halloween s’est tout de même terminé pour nous en beauté et nous nous sommes bien amusés !
Quelques clichés à l’appui :
J’en profite pour vous faire part de l’évolution de mes chroniques ; je pense qu’un petit bilan des dernières lectures s’impose… Mon petit challenge personnel « la PAL diabolique »n’est pas encore fini mais il a bien avancé. J’ai ainsi lu 6 livres sur les 8 que je m’étais initialement fixés, ce qui n’est pas trop mal ! Je suis en ce moment un peu plus lente pour poster mes billets, n’en ayant publié que deux depuis le mois dernier. Rassurez-vous, un troisième est en préparation, Mary Reilly, une adaptation en anglais du DocteurJekill et Mister Hyde. Il me reste à lire la petite nouvelle d’Edith Warthon, Le miroir et le roman de jeunesse Le prince de la brume de Carlos Ruiz Zafon.
Je vous retrouve dès ce weekend pour mon troisième billet !!! Bonnes lectures !!!
« Si l’implication d’un enfant donne un tour d’écrou supplémentaire, que diriez-vous de celle de deux enfants…
-Nous dirions bien entendu, répondit quelqu’un qu’elle donne deux tours d’écrou ! Et aussi que nous aimerions en entendre parler ! »
A l’affût d’une nouvelle étrangeté littéraire pour cette époque particulière de l’année, j’ai parcouru les étagères débordant d’ouvrages de ma bibliothèque. Mon attention s’est finalement portée sur ce titre énigmatique qui me faisait de l’œil depuis quelques semaines. J’ai bien fait de l’exhumer de ma pile de livres ! Cette œuvre majeure du genre fantastique britannique du XIXème siècle est un petit joyau littéraire qu’il aurait été dommage de manquer cet automne.
L’histoire débute à la veille de Noël. Dans une vieille maison anglaise, un petit comité rassemblé au coin du feu se délecte de récits macabres pour pimenter ses soirées. Le narrateur anonyme nous rapporte ainsi la lecture dérangeante du journal intime d’une gouvernante, que lui avait faite, durant l’une de ces réunions son ami Douglas.
A vingt ans, cette fille de pasteur avait décroché à sa grande surprise son premier poste de gouvernante. Après s’être présentée à Londres sans grande conviction, elle avait rencontré son futur maître, un homme dans la force de l’âge diablement séduisant dont elle s’était rapidement éprise. Elle avait accepté avec appréhension l’offre surprenante qu’il lui avait faite, celle de prendre entièrement sous sa garde sa nièce Flora et son neveu Miles, deux orphelins adorables, à la seule condition de ne le déranger sous aucun prétexte, une perspective sinistre qu’elle ne pouvait néanmoins refuser étant sans le sou. Dans ce but, elle s’était rendue au manoir de Bly, une vaste propriété de l’Essex perdue en pleine campagne. Là, la jeune gouvernante était tombée finalement sous le charme ensorcelant de l’ancienne demeure familiale tout comme de ses protégés, deux adorables têtes blondes aux visages angéliques. Malheureusement, cette bulle accueillante avait fini par éclater subitement après que la demoiselle ait été confrontée à une force malfaisante des plus redoutables, revêtant les traits innocents de ses chers bambins. En effet, la jeune gouvernante horrifiée avait découvert la maison « habitée ». Les langues s’étaient peu à peu déliées pour lui dévoiler un terrible secret : Bly avait été longtemps sous la coupe de Peter Quint, un valet réputé tyrannique et pervers qui aurait été aussi l’amant destructeur de Miss Jessel, la précédente gouvernante. Après avoir mené une vie de débauche sous les yeux admiratifs des deux chérubins, ce couple vicieux avait finalement péri dans d’étranges circonstances laissant derrière lui son empreinte maléfique indélébile.
Ce récit enchâssé au cœur de l’époque victorienne n’est pas sans rappeler le chef-d’œuvre gothique de Charlotte Brontë, Jane Eyre publié en 1847. En effet, la parenté s’impose d’emblée.
Comme Jane Eyre, l’héroïne du Tour d’écrou est un personnage de l’enfermement. Elle est issue d’un milieu modeste et a reçu une éducation rigide très puritaine. La jeune fille inexpérimentée aime aussi secrètement son maître qui est bien plus âgé qu’elle. Cependant, son attachement précipité pour ce bellâtre grotesque qui ne se soucie guère que de lui-même et qui ne possède pas le quart du charme redoutable de Monsieur Rochester, témoigne d’un caractère plutôt naïf. En contraste, Jane Eyre semble plus raisonnable et posée. Elle ne s’attache d’ailleurs pas outre mesure à son élève, cette petite Française dont elle trouve la frivolité consternante.
Henry James dépeint une gouvernante plus romanesque comme celle que portraiture du reste Jane Austen sous les traits de Catherine Morland dans son roman parodique Northanger Abbey datant de 1817. L’écrivain fait d’ailleurs de nombreuses allusions aux Mystères d’Udolphe, l’œuvre emblématique du roman gothique. Il a ainsi repris les principaux codes du genre : jeune et ravissante, son héroïne se retrouve malgré elle prisonnière d’une demeure vétuste parée d’une aura maléfique dont elle ne semble pouvoir échapper.
Outre ces inspirations littéraires, Henry James y a distillé avec maestria des éléments du fantastique : bruits sourds, pleurs et murmures étouffés derrière une porte scellée, boîte à musique qui se déclenche toute seule, fenêtres qui s’ouvrent soudainement poussées par un vent terrible, ou lumière vacillante d’un chandelier, projetée sur les murs dessinant des ombres fantasmagoriques angoissantes. De ce fait, cette œuvre baroque oscille subtilement entre le rationnel et l’irrationnel, rendant ce récit rapporté somme toute plausible.
Rien d’étonnant à cela puisque, faut-il le rappeler, cette nouvelle prend pour toile de fond l’époque victorienne qui débute en 1837 et s’achève en 1901. Sous l’influence new-yorkaise, on assiste durant cette période à un regain d’intérêt de la culture anglo-saxonne pour les sciences occultes. Le spiritisme moderne, l’écriture automatique tout comme les tables tournantes sont particulièrement en vogue. L’œuvre d’Henry James, parue pour la toute première fois en 1898, a dû naturellement être influencée par ce contexte troublant.
Je vous le confesse sans ambages, j’ai été subjuguée par le talent d’écriture d’Henry James. Cette nouvelle offre de multiples interprétations. Certes, la plume digressive de l’auteur peut parfois irriter le lecteur qui doit s’armer de patience pour découvrir le fin de mot de l’histoire. On avance en effet à tâtons dans ce récit à l’écriture alambiquée et pourtant, étrangement, on ne peut qu’être fasciné par cette œuvre paranoïaque. Ces mystères ne font qu’exacerber un peu plus la tension.
Que dire de ces enfants inquiétants, les piliers de cette intrigue sordide? Leur attitude déviante frisant parfois l’inceste interroge le lecteur : ont-ils été influencés par le comportement vulgaire de Miss Jessel et de Peter Quint qui auraient dans le passé affiché devant eux leur liaison illicite, ou sont-ils bel et bien possédés par les fantômes de ces défunts ? Comment ne pas en douter quand leurs regards se font brusquement durs, trahissant la véritable noirceur de leurs âmes damnées. Miles semble lui le plus atteint ; la relation qu’il tisse peu à peu avec sa gouvernante devient au fil des pages de plus en plus malsaine comme si l’âme de Peter Quint suintait à travers son corps.
Quoiqu’il en soit, Miles et Flora sont-ils anges ou démons ? La gouvernante verserait-t-elle doucement dans la folie ou assisterait-elle à une vraie possession ? Au final, ne serait-ce qu’une histoire banale ? Celle d’une gouvernante lubrique aux fantasmes refoulés qui aurait dévoilé son attirance sexuelle morbide pour Peter Quint à travers le souvenir de Miles? A vous de décider !
Un dernier mot concernant deux adaptations très intéressantes de l’œuvre d’Henry James que j’ai visionnées en une soirée :
la première, The Innocents, est la plus célèbre. Ce film britannique en noir et blanc de 1961 est un pur chef-d’œuvre. Deborah Kerr incarne parfaitement Miss Giddens (la gouvernante dont l’identité demeure toujours nimbée de mystère dans la nouvelle d’Henry James). Le physique lisse de cette femme collet monté aux sentiments pourtant ambivalents est une très bonne idée d’interprétation. En revanche, la dernière scène du film m’a choquée, même pour notre époque, elle reste hautement subversive. Je ne vous en dévoile pas davantage, à vous de visionner le film si vous souhaitez découvrir pourquoi ;
la deuxième version, produite par la BBC en 2009, est peu connue en France, ce qui est regrettable car elle est aussi très originale. Je l’ai particulièrement aimée. L’intrigue débute dans un asile d’aliénés où la gouvernante Ann a été internée à la suite du drame. L’histoire se délie par le biais de flash-backs donnant finalement plus de rythme à l’œuvre d’Henry James. En définitive, cette lecture initialement fastidieuse s’est révélée passionnante ! Henry James joue avec nos nerfs dans cette histoire de fantôme teintée d’une angoisse diffuse. Le tour d’écrou, d’une puissance indiscutable, n’est pas seulement brillant, il est aussi très culotté !
Et en prime, la bande annonce de The innocents, ma version préférée!
Si vous aimez ce genre de roman, je vous conseille également de découvrir The Woman in blackde Susan Hill, un bel hommage au Tour d’écrou. Pour voir l’article c’est ici. Bonnes lectures frissonnantes!
Pour amorcer cette nouvelle saison halloweenienne, j’ai choisi de débuter ma chronique diabolique avec ce roman incontournable de la fin des années soixante, une œuvre inquiétante qui avait fait fureur dès sa première parution aux Etats-Unis, en 1967. Grâce à son succès retentissant, le livre sera transposé un an plus tard à l’écran par le réalisateur slave Roman Polanski, l’un des plus grands maîtres du film d’épouvante. Cette excellente adaptation, bien que particulièrement éprouvante, marquera une décennie de lecteurs et de spectateurs. Impossible de ne pas être hanté par cette histoire infâme, celle d’une jeune femme enceinte pensant être la proie des forces du Mal.
Ignorant les avertissements de Hutch, son ami et protecteur de toujours, Rosemary, fraîchement mariée à Guy, un acteur ambitieux, décide d’emménager dans un appartement coquet du Bradford, un ancien immeuble new-yorkais de l’époque victorienne, qu’elle convoite depuis longtemps. On dit de cette bâtisse vétuste qu’elle est marquée par le sceau du diable. Elle aurait hébergé de nombreux criminels, au nombre desquels les ignobles sœurs Trench, des vieilles dames qui affectionnaient les sacrifices en tout genre et se délectaient spécialement de chair humaine ; un sorcier malveillant qui aurait été également lynché dans le vestibule de l’immeuble, et le cadavre d’un nouveau-né qui aurait été retrouvé dans la cave de l’établissement. Rosemary n’a que faire de ces faits-divers effroyables car la jeune femme est bien trop préoccupée par la décoration de son intérieur. Mais le suicide brutal de sa voisine de palier vient perturber ses projets. Rosemary constate alors un étrange changement chez son époux désormais pressé d’avoir un enfant. Elle se découvre finalement enceinte. Malheureusement, son bonheur est de courte durée. Sa grossesse ne semble en effet rien présager de bon. La jeune femme maigrit a vu d’œil et est prise d’horribles spasmes qui la laissent un peu plus frêle chaque jour. Quant à son époux, lui préfère passer la majeure partie de son temps chez leurs voisins, les Castevet, un couple à la gentillesse désarmante qui ne cesse de s’immiscer dans leur vie. La jeune épouse voit dès lors sa liberté lui échapper. Pourquoi Guy son mari, tout comme son médecin ne s’inquiètent-t-ils pas outre mesure de sa santé ? Et pourquoi se voit-elle forcée de prendre tous les jours cette solution médicamenteuse âpre, à base de plante, que lui concocte sa voisine excentrique ? Rosemary doute. Est-elle devenue paranoïaque ou serait-elle réellement victime d’une terrible machination? Dans ces circonstances alarmantes, que peut-il bien advenir de son enfant ?
L’intérêt de ce livre réside principalement dans sa construction narrative brillante. Ira Levin a un talent manifeste pour attiser la tension en créant avec brio une atmosphère à la fois anxiogène et claustrophobe qui fait particulièrement froid dans le dos. Si le suspense s’est quelque peu érodé dans les dernières pages, je dois bien admettre qu’il m’a tout de même tenue en haleine deux après-midis complets. Il est cependant regrettable que le dénouement soit si prévisible, voire même médiocre en comparaison du début pourtant si prometteur. Même si le Mal est victorieux, une fin franchement irrévérencieuse, l’issue n’est pas pour autant aussi ignoble que les premières pages du livre le laissaient présager. Il semble que la série American Horror Story, une véritable bouffonnerie horrifique, qui s’était emparée de cette même intrigue dans ses premiers épisodes, ait mieux réussi à exploiter l’idée à peine esquivée d’Ira Levin : la grossesse monstrueuse de Rosemary. L’horreur est d’ailleurs à son apogée dans cette série dérangeante qui n’épargne aucun de ses protagonistes luttant de bout en bout vainement pour leur survie. Point d’échappatoire donc pour l’héroïne qui succombera dans d’atroces souffrances, en accouchant d’un bébé satanique, l’antéchrist personnifié.
Je regrette d’ailleurs que mon ressenti ait été altéré après avoir visionné le premier volet de cette série effroyable dont l’idée m’avait pourtant paru nettement plus intéressante. Les plus vaillants pourront se ruer sur cette production télévisée terrifiante. Pour ma part, je n’ai pu poursuivre le visionnage n’ayant pu supporter le gore excessif dont semble se délecter le réalisateur. Mon courage a en effet défailli après avoir vu la première saison qui m’avait fait cauchemarder. Au risque de vouloir trop verser dans l’horreur innommable, le concept s’essouffle, les scènes deviennent insoutenables et finalement dégoûtent d’avantage le spectateur qu’elles effraient. Néanmoins cette adaptation libre a eu le mérite de faire parler d’elle dans les chaumières !
A mon sens, l’auteur de Rosemary’s baby, n’est pas allé au bout de son projet d’écriture comme si l’écrivain s’était effrayé à l’idée de coucher sur papier ses propres pensées macabres, ce qui finalement est déplorable. Quant à l’héroïne, Rosemary peu combative m’a paru initialement bien trop faible au point de devenir franchement agaçante dans les dernières pages. Cette figure féminine égocentrique d’une petite ménagère toujours propre sur elle semblait initialement trop vulnérable à mon goût. Toutefois, elle représente parfaitement son temps, les années 60, une époque où les femmes plutôt dociles et soumises (en apparence) étaient encore souvent sous la coupe d’époux dominateurs. Rosemary ne vit ainsi qu’à travers les yeux de son mari qu’elle idolâtre, un acteur pourtant médiocre, veule et prêt à tout pour percer à Hollywood. Guy n’a d’ailleurs aucun scrupule pour arriver à ses fins, quitte à sacrifier sa tendre épouse.
La fin du livre se veut vaguement philosophique bien qu’elle m’ait laissé un peu dubitative. Le lecteur ne pourra ignorer une similitude fumeuse et franchement discutable voire choquante entre « l’héroïne » et la vierge Marie qui toutes deux éprouvent un amour infini pour leur enfant. Si Levin s’est inspiré de la Nativité, cette symbolique n’est cependant pas la plus intéressante de l’œuvre. L’émancipation presque sournoise de Rosemary, une jeune femme aux faux-airs de sainte-ni-touche, m’a davantage fasciné. Elle est de prime abord perçue à travers sa métamorphose physique et en particulier lorsqu’elle décide dès le début de sa grossesse de troquer pour de bon sa belle chevelure blonde toujours impeccablement soignée pour une coiffure à la garçonne résolument moderne, car ne nous méprenons pas, Rosemary est loin d’être une victime sans défense. Malgré les trahisons multiples qu’elle aura endurées au cours de sa grossesse difficile, l’héroïne ressortira de cette épreuve triomphante, libre d’éduquer selon sa guise sa progéniture, qu’elle soit démoniaque ou non. En somme, cette œuvre soulève une question essentielle: la liberté féminine serait-elle diabolique comme le suggère l’auteur ?
En bref, je n’ai pas boudé mon plaisir. Même si cette idée d’écriture est malheureusement aujourd’hui éculée, je dois bien le reconnaître, je n’ai fait qu’une bouchée de ce livre ! Une lecture fébrile d’un roman noir culte diablement palpitant que je vous enjoins de découvrir au plus tôt si cela n’est pas déjà fait ! Attention cependant, femmes enceintes s’abstenir !
Un dernier mot sur le film : peu de changements, l’esprit du roman a bel et bien été conservé. Difficile d’ailleurs de dissocier l’œuvre d’Ira Levin de l’adaptation cinématographique proposée par Polanski. Le livre était de toute façon déjà une ébauche parfaite pour un scénario.
Ce long métrage de 1968 est un pur chef d’œuvre, tout y est : la luminosité presque aveuglante de l’appartement de Guy et de Rosemary, les tentures sombres du salon suranné et désordonné des Castevet, les couloirs étroits et sinueux du bâtiment renforçant un peu plus cette impression caractéristique d’abandon des vieilles bâtisses. Et que dire de la froideur de cette caméra implacable captant avec virtuosité les expressions pleines de terreur de Mia Farrow, l’actrice principale ? Magistral ! Quant à cette jeune interprète, elle est à mes yeux, sublime, d’une beauté hitchcockienne troublante. Bien que son jeu frôle souvent l’hystérie, (des maladresses sans-doute de débutante) la jeune femme demeure toujours poignante.
Pour finir, la berceuse entêtante de Mia Farrow donnant le ton de l’ambiance malsaine du livre des premières scènes du film est une trouvaille épatante… Le réalisateur réussit insidieusement à communiquer la peur paranoïaque de Rosemary au spectateur. Impossible de rester de marbre devant ses crises de panique. Au final, l’histoire n’a pas pris une ride ; preuve à l’appui, Scott Abott, réalisateur de série a tenté avec maladresse une reprise au début de l’année pour la télévision. Cette nouvelle adaptation libre sans originalité n’a bien évidemment pu égaler le génie de Polanski. N’est pas grand cinéaste qui veut !
Longtemps je me suis interrogée sur les raisons qui nous poussent à lire des histoires effroyables tout comme à éprouver malgré nous un certain plaisir coupable, quasi-malsain mais néanmoins délectable, pour ressentir cette sensation moite de la peur, voire même de la frayeur, comme si nous cherchions grâce à cette méthode brutale à exorciser enfin nos vieux démons, ces angoisses enfantines tapies dans l’ombre de notre subconscient et dont nous n’avons pu nous défaire même à l’âge adulte. Un moyen, en somme, de vaincre pour de bon notre phobie absurde du noir et de ce qui pourrait bien être dissimulé sous notre lit ou même derrière le rideau de notre chambre…
Toutes les œuvres de cette chronique diabolique ne traitent que d’un seul et même thème : la peur, celle de l’autre ou de ce que nous ignorons. Cette thématique évoque ainsi les mondes parallèles comme dans les nouvelles de Lovecraft (cf. l’Abomination de Dunwich où des créatures exterminatrices se meuvent parmi les humains). Elle évoque aussi la possibilité d’un au-delà et donc l’existence de revenants, des esprits qui, vous le verrez, sont le plus souvent nuisibles et dont le principal but est avant tout de causer la perte des vivants, comme dans la nouvelle excellente du Tour d’écrou d’Henry James. Enfin, cette introspection littéraire au cœur du gothique et du fantastique, nous pousse à nous interroger sur la notion abstraite que nous avons du Mal. Et si, au contraire, comme le laisse supposer Ira Levin dans son roman macabre Rosemary’s baby, celui-ci était bien palpable ? Peut-être même se trouve-t-il au seuil de votre porte, ou hante-t-il les murs de votre demeure, à moins qu’il ne se soit déjà emparé d’une part obscure de vous-même. Mary Reilly, l’héroïne éponyme du remake original du Docteur Jekill et Mr Hyde pourrait vous le confirmer…
Qu’importe finalement si toutes ces questions demeurent sans réponse ou si elles sont souvent réfutées par de nombreux sceptiques ; la littérature, elle, n’a pas fini de nous étonner, et est toujours autant productive pour nourrir notre imagination.
Alors, lecteurs, si vous êtes suffisamment téméraires, installez-vous confortablement dans votre fauteuil, et suivez le guide en poussant les portes de La Maison des Damnés… Vous êtes prévenus, le cauchemar ne fait que commencer… Rendez-vous en octobre pour débuter l’aventure!
Je vous invite à découvrir cette B.O angoissante d’une série effroyable. Si je n’ai pas adhéré au concept trouvant la série bien trop gore à mon goût après avoir terminé la première saison, je dois tout de même saluer cette introduction percutante. Quelle musique !! Parfaite pour se mettre dans l’ambiance d’Halloween ! Peur bleue garantie !
Cette année, pour plus de frissons Halloween se prolongera jusqu’à fin novembre sur Artdelire. Au programme des lectures délicieusement angoissantes peu connues voire tombées dans l’oubli qui devraient vous donner la chair de poule et vous faire passer quelques nuits d’insomnies !
Deux ans après avoir passé une première année de licence de lettres modernes par correspondance, me voici à nouveau étudiante, prête (ou presque !) à réitérer l’aventure !
L’inscription est en cours et cette fois-ci j’ai bien l’intention de prendre une longueur d’avance sur les cours avant de débuter l’année officiellement en septembre.
Pour me mettre à nouveau dans le bain, je suis allée faire un tour sur le site de l’université afin de noter les livres au programme. La liste est longue ! Il semble qu’il y ait beaucoup d’œuvres « obscures »… Pour le moment, je ne me suis procuré que quelques titres que j’espère pouvoir lire durant les grandes vacances. J’ajouterais les autres après avoir terminé cette petite PAL.
Voici donc la liste des ouvrages en ma possession, j’espère pouvoir les chroniquer tous. Nous verrons bien.
Crebillon fils : Les égarements du cœur et de l’esprit (obligatoire)
Hemingway : Paradis Perdu (obligatoire)
Malraux : L’espoir (obligatoire)
Erich Maria Remarque : A l’ouest rien de nouveau (obligatoire)
N’hésitez pas à me proposer une lecture commune! Allez hop on est motivé!
Les malheurs de Sophie ont toujours été associés pour moi à la saveur douce et réconfortante d’un pain au lait et à un parfum chocolaté irrésistible, celui qui embaumait ma cuisine en Normandie à l’heure du goûter. Ma sœur et moi avions coutume de visionner le dessin-animé chaque jour après l’école sur notre petit poste de télévision rustique qui était installé près de l’évier.
Lire les œuvres de la comtesse de Ségur c’est replonger dans cette période insouciante de mon enfance où je ne devais pas avoir plus de huit ans ! Cette immersion délicieuse dans l’enfance au XIXème siècle fut donc teintée de réminiscences nostalgiques.
Il y a des petites filles adorables et admirables comme la jolie Sara, l’héroïne du roman américain La petite princesse, véritable parangon de vertu,que dépeint dans son roman larmoyant mais néanmoins magnifique Frances Hodgson Burnett (ma chronique ici), et puis, il y a aussi l’autre petite fille, celle que tous les parents redoutent un jour d’avoir. Sophie l’incorrigible, toujours en quête d’une nouvelle bêtise. Ne vous fiez pas à son jeune âge, la demoiselle est aussi redoutable que créative. Madame Réan sa mère, a beau lui faire la morale, la petite est une vraie tête de linotte.
La comtesse de Ségur, née Sophie Rostopchine, se serait inspirée de ses propres souvenirs d’enfance pour relater Les malheurs de Sophie. Avant qu’ils ne deviennent les classiques incontournables que nous connaissons tous dans la collection illustrée de la Bibliothèque rose, ces contes auraient été initialement destinés à ses petites-filles, Camille et Madeleine, (toutes deux prêtent leurs noms aux amies de Sophie dans le premier tome) parties s’établir à Londres avec leurs parents.
Le premier volume de cette trilogie comportant Les malheurs de Sophie, Les petites filles modèles et Les vacances, se déroule principalement sous le second empire, dans un château de la campagne française.
Entre son père, Monsieur Réan, la majeure partie du temps absent et effacé, et sa mère trop occupée par le rôle de dame qui sied à sa condition, Sophie est souvent livrée à elle-même. Turbulente et intrépide, la petite fille prend un malin plaisir à désobéir à ses parents dès qu’elle en a l’occasion.
Paul, son cousin de deux ans son aîné, qui réside dans une propriété voisine, est bien sage en comparaison. Cela n’empêche bien évidemment pas Sophie, aussi tyrannique que malicieuse, de tout mettre en œuvre pour l’entraîner dans de mauvais tours, comme lorsqu’elle l’encourage à faire le guet pendant qu’elle s’affaire à mettre une pointe de clou au soulier de sa chaussure et qu’elle frappe de son talon son pauvre âne pour qu’il trottine plus. Mais Madame Réan n’est jamais bien loin pour rappeler à l’ordre sa fille, quitte à lui donner le fouet si elle dépasse un peu trop les bornes. Beaucoup de lecteurs modernes désapprouveront sans-doute ces scènes de châtiments corporels, une méthode punitive aujourd’hui passée de mode. J’avoue ne pas avoir été choquée outre mesure par ces passages car non seulement je trouve Sophie franchement odieuse mais aussi parce que ces anecdotes témoignent d’une époque antérieure, le XIXème siècle. Rappelons que le fouet était un moyen de correction très répandu dans le milieu aristocratique de ce temps. L’éducation des enfants a heureusement nettement évolué depuis, tout comme nos valeurs vis-vis des bêtes (quoique pour certains cas ce sujet reste assez discutable). Il est douloureux de constater en effet que les animaux dans ces histoires n’aient pas plus de valeurs que de vulgaires jouets animés.
Le décompte des victimes de Sophie est impressionnant. Au fil de la lecture, j’ai fini par redouter l’issu des chapitres suivant, ne supportant plus d’assister aux souffrances des bêtes que décrit la comtesse de Ségur avec une pointe d’ironie : une tortue terrestre noyée dans un bassin, un écureuil lapidé à coups de pierre, un âne battu, un cheval affamé, sans oublier les poissons rouges de sa mère qu’elle découpe consciencieusement en morceaux ! Cette scène m’a d’ailleurs retourné l’estomac. Sophie fait souvent preuve d’une cruauté ignoble envers les animaux. La demoiselle un brin sadique, s’est mis dans la tête d’assaisonner sa salade qu’elle trouve trop fade et décide, après mûre réflexion, de saler les poissons vivants avant de les charcuter à coups de canif ! Une vraie boucherie ! Bien entendu, la petite pas si méchante que ça, est finalement prise de remord (et surtout de panique!) en les voyant agoniser silencieusement. Madame Réan lui pardonnera néanmoins ce massacre après avoir entendu la confession attendrissante de sa progéniture. Il semble que la devise « pêcher avoué, à demi-pardonné » soit très affectionnée dans la demeure des Réan.
Certes, il arrive à Sophie de regretter réellement ses mauvaises actions, de fondre en larmes en se réfugiant le visage contrit dans les jupes de sa mère mais cela ne dure jamais bien longtemps, le désir de transgresser les règles est trop jouissif et la voilà une fois de plus à l’ouvrage ! Autant vous dire que cette petite fille têtue qui accumule les bêtises à un rythme effréné m’a agacé. J’ai bien eu du mal à m’attacher à elle car elle tire rarement des leçons de ses infortunes qui sont d’ailleurs toujours le résultat de son caractère entêté. Le chemin vers sa rédemption reste donc tortueux…
Sophie a d’ailleurs presque tous les vices, elle est à la fois gourmande, paresseuse, voleuse et menteuse. Si le ton est avant tout guilleret, ces fables, tempérées par une morale très catholique, se révèlent le plus souvent acides. Malgré son ancienneté, cette œuvre de jeunesse n’a étonnamment rien perdu de son mordant. Le style de la comtesse de Ségur est gai et plein de légèreté, ce qui rend la lecture plaisante. Destinée aux petits comme aux grands enfants, cette lecture en apparence innocente s’est révélée riche de sens. L’apprentissage de la vie par Sophie n’est pas facile, les dérapages sont nombreux et pourtant, oui pourtant! Etrangement on ne peut que vouloir poursuivre la lecture des infortunes de ce petit démon, espérant la voir enfin devenir une enfant sage.
Il me tarde à présent de lire la suite de ses mésaventures que j’ai déjà commandé via Price Minister. Je guette le courrier!
Un extrait : «Sophie tout à fait en colère lance de l’eau à la figure de Paul, qui, se fâchant à son tour, donne un coup de pied à la table et renverse tout ce qui était dessus. Sophie s’élance sur Paul et lui griffe si fort la figure, que le sang coule de sa joue. Paul crie ; Sophie, hors d’elle-même, continue à lui donner des tapes et des coups de poing. »
Depuis mon retour de France, j’ai fait pas mal d’emplettes livresques et ai omis de vous en parler. Pour faire durer le plaisir de la nouveauté, j’ai conservé ces livres dans leur sachet d’emballage mais vous les dévoile exceptionnellement ici:
Ainsi, si la fièvre acheteuse me prend, je n’ai qu’à piocher dans cette « petite » réserve. De quoi calmer pour un temps mes pulsions de book addict. Tous me tentent grandement, beaucoup d’entre eux sont en version originale ce qui me permettra d’entretenir un peu plus mon niveau d’anglais. Peux-être aurais-je le plaisir de partager certaines lectures avec vous au cours d’une LC… Si l’envie vous titille, n’hésitez pas à me proposer une lecture commune. J’en serais ravie !
J’ai eu aussi l’agréable surprise de recevoir via ma boîte mail un coupon de dix euros offert par Price Minister. Cela m’a permis d’acheter pour la somme ridicule d’un euro, la trilogie des Malheurs de Sophie dans une jolie édition de poche. Un petit cadeau qui tombe à pic puisque je cherchais justement à convaincre la bibliothèque de les commander !
Ma sœur la Gueuse m’a proposé de racheter son excellent ordinateur portable (qui possède un grand écran et est d’une rapidité phénoménale), j’ai bien entendu accepté cette offre providentielle et devrais donc pourvoir écrire davantage d’ici la semaine prochaine (plus d’ordi qui plante!)… J’ai hâte! Et même (soyons optimistes!) poster mes billets depuis ma table de jardin si le soleil veut bien enfin pointer le bout de son nez. Vive la modernité !
Enfin, j’ai comme toujours de nombreux billets à préparer. Certains livres sont en cours de lecture tels que Le jardin d’incertitude et Martin Eden. Je vais tâcher de garder mes bonnes résolutions et donc de ne pas trop m’éparpiller. Pour ces deux romans, je ne veux pas me précipiter, leur style est très littéraire, ce qui est un régal à lire et mérite donc une attention toute particulière. Ils relatent tout deux le parcours initiatique d’écrivains. Je ne vous en dévoile pas trop, vous en apprendrez davantage dans un billet ultérieur… Patience, d’autres chroniques sont prévues avant, telles que Les malheurs de Sophie, Candide ou l’optimisme, Le colonel Chabert, La Curée, Ce qu’il advint du sauvage blanc ainsi que Madame Hemingway. Tout un programme !
Je reviens très vite pour partager avec vous mon avis sur Les malheurs de Sophie. Bonne journée!
Vous trouverez ici les billets en tous genres d’une prof d’anglais passionnée, des papotages littéraires et cinématographiques. Bref, une bonne dose de culture! Bonne visite !
Le jeu de rôle est un loisir qui consiste à s’installer avec quelques amis autour d’une table pour décrire de façon collaborative les aventures de personnages fictifs évoluant dans un monde imaginaire.