A la lumière des étoiles de Thomas Hardy

M2910-31XIXème siècle. Une jeune châtelaine, Lady Viviette Constantine, esseulée depuis que son époux l’a abandonnée pour la chasse au lion en Afrique, parcourt son domaine en quête d’une possible distraction.  Dans une tour désertée, une lumière jaillit d’un interstice. Une présence humaine semble y avoir pris ses quartiers. Lady Viviette décide d’y jeter un œil et découvre à son émerveillement un jeune astronome séduisant qui vient chaque nuit observer les astres pour les étudier. Les protagonistes de cet étrange couple vont peu à peu nouer des liens amoureux et tenter malgré leur place dans la société de s’unir secrètement… Mais ces deux êtres, que tout semble éloigner se trouvant pourtant attirés l’un à l’autre malgré leurs différences sociales, peuvent-ils vraiment s’opposer aux tumultes de la vie et au fossé grandissant creusé par la différence de leurs âges ? Cet amour pourra t-il surmonter les obstacles qui semblent continuellement les séparer à mesure qu’ils tentent de se rapprocher?

Pour la lecture de mon Book club du mois d’août dédié au classique littéraire, mon choix s’est porté sur un titre appartenant à la collection sublime et raffinée “Les romans éternels”. J’ai ainsi sélectionné pour l’occasion un roman assez méconnu de Thomas Hardy, A la lumière des étoiles, dont le titre évocateur m’avait d’emblée plu. Étant une fervente admiratrice de ce brillant romancier britannique depuis mon coup de foudre pour Loin de la foule déchaînée (un pur joyau littéraire), je n’avais qu’une hâte : me plonger dès son acquisition dans ce merveilleux livre pour une fois de plus laisser la magie opérer. Finalement, une fois la dernière page terminée, que reste t-il vraiment de cette lecture? Eh bien, à mon grand regret, je dois bien l’admettre pas grand-chose. Cette découverte livresque demeure à ma grande déception en dents de scie. J’ai trouvé ce roman bien moins abouti que les précédents et je me suis d’ailleurs demandée si ce livre avait vraiment rencontré un franc succès lors de sa première parution, en 1882, et s’il ne s’agissait pas plutôt d’un manuscrit posthume. Ne vous détrompez pas lecteurs, ce roman est bien évidemment bon, mais il n’égale en rien Tess d’Uberville ni Jude l’Obscure. Cette jolie romance un peu mièvre m’a semblé bien trop forcée et fait pâle figure face à ces chef-d’œuvre d’écriture. Certes, on retrouve ici la noirceur et le pessimisme propres aux écrits de Thomas Hardy, dont l’action a lieu dans une campagne étriquée et un peu étouffante, où les espoirs semblent s’anéantir dans ce climat morose et isolé. Qui plus est, la relation qu’entretiennent Lady Constantine et Swithin sonne fausse. 

La première partie consacrée à la rencontre de la jeune châtelaine et de cet astronome un peu étourdi m’a particulièrement ennuyée, tout comme les considérations scientifiques du jeune astronome qui aime noyer son discours dans des élucubrations parfois un tantinet nébuleuses. En fait, j’espérais découvrir une histoire d’amour échevelée où les passions des personnages s’enflamment à mesure que l’histoire se déplie… Mais cet amour semble toujours “artificiel”, comme illusoire.

Je n’ai d’ailleurs pu apprécier véritablement Swithin qui m’a agacée d’un bout à l’autre du livre. Je le trouve assez inconstant et peut-être bien un peu opportuniste sous des dehors pourtant innocents … Swithin fait en effet  preuve de peu d’initiative et bien entendu c’est en conséquence l’héroïne qui subit silencieusement son sort. Lady Constantine est une femme d’une droiture exemplaire mais inlassablement confrontée à ses principes moraux et religieux, aussi tente-telle vainement de conserver une certaine dignité malgré son amour un peu “honteux” pour un homme de dix ans son cadet. Une fois encore, cette histoire d’amour avorté qui s’achève par une tragédie excessive, presque risible, est d’une grande cruauté.

Au fond, Swithin poursuit son chemin et sa carrière sans avoir été vraiment bouleversé par la disparition de son amante dont il semble peu se soucier. Cet aspect du roman m’a rendu le personnage masculin égoïste et hypocrite, et pour tout dire je l’ai trouvé peu digne d’une telle femme qui, malgré sa situation de veuve désargentée, s’est acharnée à l’épauler dans son entreprise scientifique en finançant comme une mécène une grande partie de ses projets. Swithin est-il vraiment attiré par la jeune dame ou par ce qu’elle possède? Sans-doute un peu des deux mais je doute que son amour ait été désintéressé. 

R (6)Lady Constantine m’a en revanche fait beaucoup de peine. La trentaine, cette jolie veuve est encore considérée dans sa société comme un parti plutôt attractif. Follement éprise de Swithin, elle est en effet prête à renoncer à tout pour le satisfaire et ne pas devenir une entrave à sa progression, quitte à sacrifier ce qu’elle a de plus cher… Mais ce jeu en vaut-il vraiment la chandelle quand c’est elle qui sans cesse cherche du regard Swithin? Trop absorbé par ses étoiles, ce dernier ne voit pas vraiment les sacrifices de cette femme étincelante, et ce n’est qu’en attendant son entourage évoquer une possible liaison illicite avec elle qu’il finit vraiment par la considérer comme une éventuelle conquête. Le dénouement m’a bouleversée malgré tout car Lady Constantine, bien trop vulnérable, est une fois encore une victime de l’égoïsme pur masculin. Elle s’éteindra pourtant le sourire aux lèvres avec la certitude d’être aimée et chérie par un homme faible qui ne voit au fond en elle qu’une triste femme à la beauté déjà fanée …  Une fin pour le moins amère … Était-ce intentionnel de la part de l’auteur? Sans aucun doute !

Pour conclure, malgré des longueurs et une première partie un brin brouillonne et trop lente à mon goût, Thomas Hardy maîtrise toujours à la perfection la finesse psychologique de ses personnages fictifs qui deviennent progressivement au fil de l’intrigue des êtres d’une humanité rare, oscillant inlassablement entre leur désir d’amour et la place qui leur est assignée dans une société inflexible et cloisonnée. Cette lecture demeure cependant mitigée et manque à mon sens d’un certain souffle romanesque …  J’ai tout de même lu des critiques très élogieuses à son sujet, et je ne dénigre en rien la qualité d’écriture de ce roman, mais il pêche selon moi dans le découpage de l’intrigue. Je compte d’ailleurs poursuivre à présent mon incursion littéraire dans l’œuvre de Thomas Hardy en attaquant le beau roman Les forestiers, qui trône depuis déjà un an sur mes étagères … Je me le réserve pour cette rentrée, la couverture aux tons ocres étant tout à fait idéale pour l’automne naissant … J’en profiterai avec plaisir au coin du feu. Pour l’heure, je suis plongée dans des sagas littéraires un peu plus légères qui s’accordent à merveille avec la saison estivale …

Lecture dans le cadre du challenge Cottage core dans la catégorie: Retour aux sources

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Participation également au challenge A year in England

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8 commentaires pour A la lumière des étoiles de Thomas Hardy

  1. Chicky Poo dit :

    Quelle chronique ! Effectivement, je ne connais pas du tout le roman (ni l’auteur d’ailleurs). J’ai l’impression que nos goûts sont souvent diamétralement opposés, car je pense que ce roman ne me plairait pas du tout… Longueurs et lenteurs ont souvent raison de moi, que ce soit dans les livres ou dans les films et séries ^^

  2. Marjorie de Bazouges dit :

    Tu me donnes envie de lire loin de la foule déchaînée. J’avais adoré Tess D’Urberville. Aussi bien le livre que le film.

  3. rachel dit :

    Et bin il y a de quoi reflechir avant de se lancer dans ce roman….peut-etre commencer par une autre de Thomas Hardy alors…mais la couverture est superbe

  4. Steven dit :

    J’attendais cet avis avec impatience même si celui ne brille pas comme je l’aurais souhaité 😉
    J’en suis même allé relire ma chronique tellement elle diffère de la tienne et je dois bien admettre que finalement nos avis se rejoignent. Ce roman est bien différent de ce à quoi nous a habitué Thomas Hardy et c’est ce que j’ai particulièrement apprécié.
    En ce qui concerne la fin de ce roman, elle reste dans la continuité de ce qu’offre l’auteur dans une majorité de ses œuvres et c’est ce que j’apprécie chez ce dernier, il ne prend jamais la peine de faire preuve de facilité et offre des finalités des plus respectueuses à son lectorat.

    J’espère que Les Forestiers qui me tente aussi te ‘réconciliera’ avec sa plume 😉

    • missycornish dit :

      Oui je l’espère aussi. Les Forestiers apparemment est l’un de ses plus beaux romans. A voir. Je suis pour l’instant plongée dans l’éveil. On verra si le charme opère. Je n’en avais jamais entendu parler. Je ne connaissais même pas l’auteur.

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