Shikanoko : l’enfant cerf

Rd340cc39ee8623ed6c4614837bcdb374Abandonné par son oncle qui convoite son titre tout comme ses terres, puis laissé pour mort dans une forêt enchantée, le jeune Shikanoko est recueilli par un sorcier mystérieux. Ce dernier lui façonne un étrange masque aux pouvoirs inquiétants, à partir d’un crâne d’animal sauvage. Il devient dès lors “l’enfant cerf”. Grâce à ses nouveaux dons qu’il doit encore apprendre à maîtriser, Shikanoko peut désormais parler aux créatures de la forêt tout comme aux fantômes. Lorsqu’il se retrouve malgré lui plongé en pleine débâcle politique, alors que le puissant empereur vieillissant se meurt et que deux clans s’affrontent pour obtenir le trône, les Kakizuki encore au pouvoir, et les Miboshi, Shikanoko n’a d’autre choix que de ruser en mettant sa magie au service des puissants pour pouvoir naviguer à travers les multiples complots qui menacent l’équilibre déjà fragile du royaume…

Résumer un livre d’une telle envergure n’est pas une tâche aisée car les personnages y fourmillent comme les intrigues d’alcôves. Ainsi, chaque chapitre alterne entre le destin des multiples protagonistes qui peuplent ce roman.

J’avais adoré lire, il y a une quinzaine d’années déjà, l’illustre saga Le clan des Otoris qui reste incontestablement l’une des mes lectures de jeunesse favorites. Aussi, lorsque j’ai découvert qu’un préquel à cette série de livres extraordinaires avait vu le jour, je me suis empressée de me procurer le premier tome pour renouer avec ce plaisir de lecture nostalgique.

Si j’ai d’emblée retrouvé la plume fluide et poétique des romans précédents de Lian Hearn, ce premier volet m’a pourtant, à mon grand regret, paru quelque peu ardu. Il faut en effet s’armer d’une grande patience pour pouvoir réussir à mémoriser les noms et se familiariser avec tous ces personnages. Et il y en a tant qu’il est parfois difficile de ne pas perdre le fil de l’intrigue ! Il m’a fallu une bonne centaine de pages pour vraiment saisir les relations entre les multiples protagonistes. Les enjeux politiques m’ont par ailleurs parfois semblé flous et un peu nébuleux. Je dois avouer avoir dû relire quelques passages pour m’assurer de n’avoir rien manqué … Cette lecture nécessite donc plus qu’un minimum d’attention… 

Ce manque de fluidité dans l’histoire s’est de ce fait révélé au départ un brin frustrant… L’univers est également particulier car l’auteure a puisé sa principale inspiration dans la mythologie tout comme dans les contes ancestraux japonais. Il faut s’habituer à cette ambiance étrange teintée de mysticisme où de puissants sorciers ont la capacité de réanimer à la vie les morts et d’invoquer des esprits délétères capables de tuer les vivants pour protéger la demeure d’un seigneur. Il semble que l’auteure ait davantage accentué la part fantastique déjà présente dans ses premiers romans et qu’elle lui ait donné une place plus prépondérante dans ce récit, ce qui m’a un peu déstabilisée de prime abord, puis finalement séduite à mesure que l’intrigue se développait. Il faut finalement prendre le temps d’apprivoiser cet univers et de connaître tous ses codes pour l’apprécier pleinement.

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La romancière dépeint en outre avec maestria un monde médiéval nourri de combats épiques, de complots secrets, d’honneur exacerbé ainsi que d’amours sacrifiés. Tous les ingrédients d’un roman d’aventure efficace ! Je dois admettre que Lian Hearn n’est pas avare d’idées pour relancer et captiver l’attention de son lectorat grâce à une imagination débordante. Malgré la complexité des relations des protagonistes, il faut bien l’admettre, on ne s’ennuie guère au fil de la lecture.

Certes, Shikanoko n’égale pour l’instant en rien le valeureux héros du Clan des Otoris, Takéo, dont je garde encore aujourd’hui un souvenir impérissable. Toutefois, on retrouve quelques traits familiers dans sa personnalité tout comme dans ses origines. Shikanoko est lui aussi d’une certaine manière un orphelin, contraint de renoncer à ses principes et à ses racines pour adopter ceux d’un nouveau clan. Il possède également des dons exceptionnels qui feront de lui un grand guerrier… Ces similitudes poussent le lecteur à vouloir en découvrir davantage sur son destin futur…

J’ai été en revanche surprise de voir que cette série de romans avait été éditée pour la jeunesse. Non seulement elle s’adresse à un lectorat averti et rodé de par son écriture ambitieuse, mais certaines scènes sont de plus quelque peu « gores » et d’une brutalité parfois un tantinet excessive. Les effusions de sang ne manquent pas, et les têtes volent décapitées par les sabres aiguisés des seigneurs impitoyables. En somme, ça découpe à tour de bras ! Enfin, des seigneurs sont traqués pour leurs crânes et utilisés dans des cérémonies cannibales… Bref, âmes trop sensibles s’abstenir … 

Pour finir : bien que ce premier tome m’ait paru un peu trop longuet et parfois complexe à lire, ce livre semblait néanmoins nécessaire pour planter le décor et introduire l’intrigue de cette nouvelle saga féodale épique. Ce roman foisonnant reste néanmoins prometteur, c’est pourquoi j’ai décidé de persévérer en poursuivant la lecture du deuxième tome, qui est d’ailleurs déjà bien plus accessible et rythmée.

Je vous en parlerai donc dans un prochain billet. Affaire à suivre.


Et une nouvelle participation au challenge Un mois au Japon !

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11 commentaires pour Shikanoko : l’enfant cerf

  1. Chicky Poo dit :

    Hum, ça ne me tente pas tellement, comme le Clan des Ottori d’ailleurs. Mais je sais que c’est un grand classique et je pense qu’un jour je finirai par les lire !

  2. Marjorie de Bazouges dit :

    Oula ! Je ne suis pas certaine d’avoir ta patience…

  3. rachel dit :

    Et bin toute une saga a decouvir….;)

  4. maggie dit :

    C’est un auteur qu’il faut que je découvre ! Tu n’es pas la seule à conseiller le cland es otoris 🙂

  5. Hilde dit :

    L’univers m’attire. Je commencerai peut-être par Le Clan des Otori, ça fait longtemps que j’y songe. Merci pour la découverte et bonne lecture avec le tome 2.

    • missycornish dit :

      Ah tu ne seras pas déçue! 😊Le clan des Otoris est extraordinaire ! C’est une petite merveille ! Je compte le relire aussi ! J’espère que tu aimeras. La couverture en grand format est aussi superbe, ça fait un objet. ❤️

      • Marjorie de Bazouges dit :

        Je confirme que le Clan des Otori est vraiment un livre magique. Le genre que l’on redécouvre avec plaisir.

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