Le miroir, suivi de Miss Mary Pask

le miroir edith warthon imageHalloween se profile doucement à l’horizon. Qu’on le veuille ou non, la fin de l’été est malheureusement bel et bien arrivée! Les soirées se sont rafraichies et la grisaille s’installe progressivement. L’heure de reprendre mes lectures au coin du feu, emmitouflée dans un plaid, a sonné. Comme chaque année, je me suis prise au jeu pour célébrer en bonne et due forme cet événement tant attendu. J’ai de ce fait fouiné dans ma bibliothèque pour y déterrer quelques trésors d’écriture.

C’est durant ces recherches que je suis tombée sur ce minuscule recueil comportant deux nouvelles d’Edith Warthon, une romancière new-yorkaise que j’affectionne particulièrement, ayant lu et adoré il y a quelques années, Les Boucanières, oeuvre posthume inachevée. Cette romancière renommée dépeint toujours avec maestria une aristocratie américaine sur le déclin, accablée par l’émergence d’une nouvelle classe que l’on surnomme avec dédain : les nouveaux riches. Ces derniers sont bien entendu une fois de plus au cœur de ces deux nouvelles, portraiturés ici sous les traits de Mrs Clingsland dans Le Miroir, une femme richissime aux préoccupations bien triviales : sa peur effroyable d’apercevoir le reflet de sa beauté flétrissante.

Cette classe frivole est aussi perçue à travers le récit pathétique que fait le narrateur, un peintre à l’identité inconnue, dans la nouvelle Miss Mary Pask. Dans un élan de sympathie, ce peintre bien intentionné, décide d’honorer la mission charmante que lui a confiée Mrs Grace Bridgeworth, l’épouse dévouée de son ami, en rendant visite à sa sœur adorée, Miss Mary Pask, une vieille fille insignifiante qui s’est retirée en Bretagne par « amour de l’art » afin d’oublier les déconvenues de sa morne existence. Une rencontre pour le moins traumatisante qui mettra les nerfs de notre peintre-narrateur à rude épreuve !

On retrouve ici le thème de prédilection des œuvres d’Edith Warthon, la femme vieillissante à l’automne de sa vie, à l’image féroce de Mrs Clingsland, une vieille dame bercée d’illusions et désormais dépourvue de ses armes de séduction, qui préfère se réfugier dans son passé de midinette pour éviter d’affronter la dure vérité: le reflet de son visage fané que lui renvoie impitoyablement son miroir. Mrs Clingsland se laisse duper par sa masseuse et confidente, Mrs Attlee, férue de spiritisme à ses heures perdues, qui, pour la sortir de sa mélancolie, imaginera un subterfuge des plus farfelus : elle lui fera parvenir des lettres d’amour de l’au-delà, que lui aurait confiées Harry, un jeune admirateur secret, disparu durant le naufrage du célèbre Titanic.

Ces deux nouvelles d’une cruauté grinçante, intitulées respectivement Le miroir et Miss Mary Pask, sont plutôt originales car elles prennent pour une fois le genre fantastique et notamment le récit de fantôme à contre-pied. Si ces deux histoires pourtant inégales m’ont plu dans l’ensemble, j’ai toute de même eu une petite préférence pour la seconde, l’intrigue de la première s’étant révélée à mon sens trop prévisible. C’est donc avec une petite pointe de déception que j’ai découvert la chute du Miroir. Je dois bien l’admettre, étant devenue au fil des années une lectrice de plus en plus tatillonne, la nouvelle n’est pas vraiment mon support littéraire favori. Soyons francs, ce recueil n’est pas un chef-d’œuvre du genre. Loin de là. Certes, l’ironie mordante d’Edith Warthon est bel et bien présente dans chacune de ces pages, et je n’ai fait qu’une bouchée de ces histoires atypiques, cependant, l’ensemble reste trop superficiel à mon goût. Sans-doute est-ce la limite de la nouvelle, un genre à la structure trop lisse et contraignante qui ne permet pas d’approfondir véritablement l’histoire ?

edith warthonNéanmoins, malgré ces petits points noirs, il faut bien le reconnaître, l’auteure distille d’une main de maître l’angoisse diffuse du récit fantastique traditionnel. Tout son talent s’exprime en effet dans les descriptions détaillées que fait la romancière du cadre inquiétant de la Bretagne où vit recluse Miss Mary Pask, tout comme dans l’atmosphère lugubre qui s’en dégage, à l’instar de la demeure vétuste de cette triste vieille dame, aux tapisseries poussiéreuses et au charme désuet, semblant suspendue dans le temps depuis sa disparition… Par ailleurs, cette dextérité d’écriture est également décelée dans la psychologie des personnages qui reste bien esquissée. Un tour de force littéraire que l’on ne peut que saluer ! Comment ne pas éprouver un certain malaise devant la mine contrite de ce peintre berné par une terreur irrationnelle, le fruit d’une imagination trop fertile? Ce pauvre homme, devant la vision cadavérique de Miss Mary Pask qui est accentuée par le jeu d’ombre de la nuit, est convaincu d’avoir été confronté à une authentique expérience paranormale. Cette deuxième nouvelle plutôt enlevée fut d’ailleurs un régal de lecture !

Dans ce modeste recueil, Edith Warthon souligne ainsi les dangers des croyances folkloriques tout comme le pouvoir parfois néfaste de l’imagination collective qui déforme souvent la réalité. J’ai aimé cette plume ironique et moqueuse qui n’hésite pas à fustiger ces « contes de bonne femme » absurdes et à ridiculiser ses personnages grotesques, victimes de leurs propres fantasmes, et au pathétisme souvent caricatural. Point de frissons donc ici, puisque ce ne sont pas des histoires de fantômes à proprement parler, mais plutôt une parodie du genre assez réjouissante malgré tout. Au final, cette petite immersion dans l’univers d’Edith Warthon m’encourage tout de même à poursuivre mon exploration littéraire. Cependant, je compte m’intéresser davantage à la forme du roman dans laquelle le talent d’écriture de l’écrivaine semble avoir réellement pris tout son éclat…

le mois américain

Première participation au challenge Le mois américain organisé  par Titine, pour vous y inscrire c’est ici!

Publicités
Cet article a été publié dans la nouvelle, Lire du fantastique, Littérature américaine. Ajoutez ce permalien à vos favoris.

9 commentaires pour Le miroir, suivi de Miss Mary Pask

  1. Malgré ton avis bien argumenté je me laisserai tenter par ce petit livre. Je voudrais aussi découvrir les oeuvres de cette auteure car je n’ai jamais rien lu d’elle !

  2. M de Brigadoon Cottage dit :

    IL me semble que j’avais lu ce texte il y a très longtemps en Anglais à l’occasion de nos études de langues . Personnellement j’aime assez la nouvelle , même si dans bien des cas la chute n’est pas toujours au rendez-vous ….. Ce qui on est d’accord , est un comble !!!!!

    Le temps de l’innocence ….. Quelle petite merveille !!!

    • missycornish dit :

      Je n’ai toujours pas le Temps de l’innocence. Je me le réserve pour novembre dès que j’aurais terminé la Pal diabolique d’Halloween avec Les bostoniennes, The house of Mirth et l’amant Chartterley. En bref, ce sera un mois classiques anglais. Sans-doute y ajouterais-je North and South…

  3. titine75 dit :

    Je ne peux que te conseiller de lire ses romans qui sont des bijoux. Edith Wharton est l’un de mes écrivains favoris. As-tu lu « Ethan From » ? C’est un roman court et glaçant, je l’avais adoré. Sinon, tu as l’extraordinaire « Temps de l’innocence » et « Chez les heureux du monde » qui est également un très grand roman.

    • missycornish dit :

      J’ai « Le temps de l’innocence » et « Chez les heureux du monde » dans ma bibliothèque, je n’ai pas lu non « Ethan From « dont je n’ai entendu que des critiques élogieuses. Il faut que j’y jette un oeil c’est certain.

  4. cora85 dit :

    Tu m’as donné envie de lire cette dame !
    Moi aussi j’attends Halloween avec impatience, bien que je préfère le beau temps.
    J’ai envie de lire pour cette occasion des « Ghost stories », en édition bilingue. Je commencerais sans doute début octobre.

    Ondine
    http://sable.skyrock.com/

    • missycornish dit :

      Super! Moi je m’y prépare doucement, je viens tout juste de terminer Pauline d’Alexandre Dumas, un super roman! Et je poursuis mon exploration du genre gothique avec Dragonwick en anglais, une romance gothique qui se déroule au XIXème siècle en Amérique qui rappelle beaucoup Jane Eyre. Bref, je me régale en attendant sagement Halloween.

  5. denis dit :

    Elle fait partie des auteures que je voudrais découvrir.

    • missycornish dit :

      Moi je l’avais découvert avec les Boucanières et depuis je me suis acheté une belle édition deluxe de ses trois principales œuvres en anglais. Je chroniquerai sûrement prochainement The house of Mirth.

On papote?

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s