L’aviatrice de Paula Mclain

Après la lecture en demie-teinte de Baronne Blixen, j’étais assez frileuse à l’idée de poursuivre une quelconque incursion dans l’œuvre de l’auteure de La ferme africaine et pourtant, ce roman magnifique, paru presque simultanément avec celui de Dominique de Saint Pern (à un an près !), a eu raison de mes préjugés. Une fois le livre ouvert, impossible de m’en détacher…

On retrouve avec plaisir dans L’aviatrice les mêmes personnages entrevus dans la Baronne, à la différence près que l’oeuvre se focalise ici principalement sur une autre figure féminine populaire contemporaine de Blixen, la célèbre Beryl Markam, qui fut la première pilote a avoir réussi le pari fou de traverser en avion et en solitaire, l’Atlantique d’est en ouest.  Mais également la toute première entraîneuse féminine de courses hippiques dans un milieu à cette époque essentiellement masculin. Un sacré bout de femme !

Le décor est également planté dans le Kenya des années 20, un pays de cocagne sous le protectorat britannique, offrant encore de multiples opportunités d’enrichissement et d’expansion. Beryl Markham débarque à l’âge de deux ans sur ces terres africaines. Les colons affluent pour se lancer dans l’aventure des plantations, entre autres de café. C’est ce que son père tentera lui aussi de faire en entraînant sa famille à l’autre bout du globe mais les conditions spartiates de leur vie ternissent peu à peu les relations avec son épouse qui décide finalement de jeter l’éponge et de retourner en Angleterre avec son fils aîné. La petite Beryl Markham est dès lors abandonnée derrière, à l’âge de quatre ans. Quel crève-cœur ! Livrée à elle-même dans un univers rude et sauvage, elle mène une vie assez solitaire ce qui renforcera un peu plus son caractère indépendant. 

Beryl aura donc une enfance non conventionnelle mais extrêmement enrichissante qui fera d’elle un être à part. Elle n’appartient en effet pas vraiment au milieu anglo-saxon et n’est pas sensible à la culture occidentale. Son éducation, du reste, est plutôt chaotique. Elle ne trouve son équilibre qu’aux côtés de son père, un passionné de chevaux qui lui transmet sa passion, et près de la tribu Kipsigi, qui l’adopte lorsqu’elle se retrouve sans mère. La savane sera donc son aire de jeu préférée. 

Son amour des bêtes et sa philosophie de la vie m’ont par ailleurs profondément touchée. Lorsqu’un jour, petite fille, elle est attaquée par un fauve, un lion domestiqué ayant repris ses instincts sauvages, la jeune Markham n’éprouve aucune haine ni désir revanchard pour l’animal qui a bien failli l’estropier, elle est au contraire saisie d’une profonde tristesse, car la bête a été à ses yeux pervertie par l’homme. Une belle âme en soi. Alors que Karen Blixen aime les sensations que procure la chasse, Beryl quant à elle ne tue que par nécessité.

Sa vie est elle aussi marquée par de nombreuses déceptions amoureuses : trois divorces et un enfant frêle qu’on lui retire très vite pour l’élever en Angleterre loin d’elle. Elle aurait été le second grand amour de Denys Finch Hatton, celle pour laquelle ce célèbre chasseur, collectionneur de trophées, impliqué en son temps dans le commerce de l’ivoire (et oui aussi…) et pilote de brousse, aurait quitté l’énigmatique Baronne Blixen… La romance immortalisée dans les mémoires africaines de la Baronne s’écartent donc en effet quelque peu de la réalité. 

Paula Mclain revient d’ailleurs sur cet étrange triangle amoureux : Beryl Markham, Denys Finch Hatton et Karen Blixen. Quelle drôle d’époque où les couples se faisaient et se défaisaient inlassablement dans la chaleur et la poussière des colonies africaines… La relation qu’entretenait Karen avec Beryl est fascinante. Si elles étaient toutes deux rivales, elles étaient cependant aussi de grandes amies qui se vouaient une admiration sans faille. Elles se sont partagées les faveurs du même homme sans se l’avouer …

De gauche à droite: Beryl Markham, Denys Finch Hatton et Karen Blixen avec ses Kikuyus…

Il est intéressant de noter le contraste de personnalités entre les deux femmes. Bien que Karen Blixen, mondaine, fût incontestablement l’âme sœur spirituelle de Denys, Beryl, au caractère indomptable, fût peut-être finalement son seul vrai grand amour. Elle aurait en effet été éprise de ce curieux romantique, un homme sans frontières ni attaches, incapable de vraiment se fixer. En somme, une énigme indéchiffrable. Elle deviendra d’ailleurs, tout comme lui après sa disparition, pilote de brousse.

Le portrait de Beryl Markham que dépeint avec finesse Paula Mclain, est étonnement touchant. Son parcours de femme libre dans un monde fait pour les hommes est inspirant tout comme ce désir chevillé au corps de vivre pleinement sans contrainte ni restriction. Elle aura réussi, à l’instar de Karen Blixen, à se réinventer elle aussi à maintes reprises. Elle était également écrivaine même si son roman fut qualifié à sa sortie de piètre qualité littéraire… J’ai déjà commandé son livre, Vers l’ouest avec la nuit, et compte bien le lire pour me faire ma propre opinion. 

Si j’ai adoré suivre le destin légendaire de cette femme exceptionnelle, j’ai également été époustouflée par la description des paysages majestueux de l’Afrique dans ce roman. Elles m’ont rappelé mon expérience personnelle lorsque je vivais adolescente au Zimbabwe. Le roman foisonne d’informations épatantes sur cette époque incroyable. On assiste de ce fait aux balbutiements de l’aviation, les premiers vols et l’arrivée en masse des touristes européens en quête de frissons et d’adrénaline. J’avais visionné avec un certain dégoût Mogambo, un film de John  Ford, qui même s’il était considéré comme un grand classique du cinéma avec Ava Garner, Clark Gable et Grace Kelly, m’avait malgré tout un peu révoltée. Il m’aura au moins permis d’avoir une vision claire de cette époque. Les animaux étaient traités sans égard, chassés pour le seul plaisir du sport, ou capturés pour l’étude dans des zoos animaliers. J’avais par ailleurs découvert avec effroi que la direction du film sur le tournage de Mogambo avait elle-même maltraité d’innombrables bêtes sans trucage pour renforcer l’authenticité du contexte historique. Navrant. 

Je dois l’avouer, j’ai tout de même eu une furieuse envie de revoir le film Out of Africa (encore me direz-vous !) et de relire La ferme africaine dont je garde un souvenir malheureusement flou. Peut-être étais-je trop jeune alors pour savourer l’écriture contemplative de Blixen, je trouvais les descriptions interminables et j’attendais avec une impatience fébrile, le passage consacré à sa liaison avec le mystérieux Denys Finch Hatton. J’avais été déçue de découvrir que son accident tragique en avion dans le roman n’était qu’anecdotique. J’ai donc l’intention de réparer cette déconvenue en relisant cette année le livre. 

En bref : Beryl Markam semble indéniablement aux yeux de Paula Mclain, la vraie héroïne de l’histoire, (une prise de position assez culottée mais très intéressante), celle qui fut volontairement oubliée. Karen Blixen ayant repris ses droits sur son ancien amant à sa mort, enterre les restes de sa dépouille sur ses propres terres et conserve jalousement son souvenir pour devenir l’amante éplorée.

Ainsi donc, L’aviatrice est un très bon complément au roman de Dominique de Saint Pern. Cette biographie romancée apporte une touche plus humaine au personnage de Karen Blixen qui me paraissait un tantinet trop froid dans cette dernière lecture (voir critique ici)

Pour conclure, cette aventure humaine époustouflante donne le tournis, elle retrace avec panache les destins hors du commun de deux femmes admirables et audacieuses. Cette fresque romanesque remarquable est un grand coup de cœur et ravira les lecteurs en quête d’évasion. D’une plume fluide et efficace, Paula Mclain fait renaître avec maestria le Kenya colonial, joyau alors encore intact de la couronne britannique.  A lire sans plus tarder !

Je vous invite à découvrir aussi cette courte vidéo qui nous propose une petite visite guidée dans le musée consacré à l’ancienne ferme de Karen Blixen où aimaient se retrouver les trois héros de L’aviatrice. Ce court documentaire de 2,59 minutes a été réalisé par la petite nièce de Blixen, ce qui apporte un caractère personnel des plus intéressant. Je ne rêve que d’une chose : partir un jour sur ses traces pour poursuivre le rêve…

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Home de Toni Morrison

Années 50

Frank, rescapé de la guerre de Corée et traumatisé par la mort de ses camarades tout comme par l’assassinat d’une petite fille autochtone, rentre au bercail, chez lui en Géorgie. Seul survivant de cette boucherie humaine, il dissimule un lourd secret qu’il traîne comme un fardeau. Des images de son passé trouble le hantent. Les morts se mêlent aux vivants comme prisonnier sans fin d’un sortilège. Ses crises hallucinatoires qui l’empêchent d’appréhender le présent en couleur l’affaiblissent toujours un peu plus, le coupant de la réalité. 

Lui qui souhaitait à tout prix oublier ce trou perdu, n’a d’autres choix que de revenir aux sources pour retrouver et secourir sa sœur cadette, souffrante. Un appel alarmant le convainc de rentrer car la jeune fille a subi des supplices infligés par un médecin, un homme en apparence doux et honnête qui s’est révélé être un ignoble boucher…

Ainsi s’entremêlent deux histoires étranges et dérangeantes, celle de Frank, ancien vétéran de la guerre, et celle de sa petite soeur Cee, une jeune femme qui a tout au long de son existence subit d’innombrables maltraitances. 

Ce court roman de 150 pages est assez déroutant, il est en effet parfois difficile de saisir toute la portée philosophique du livre. Si l’intrigue est circulaire, le fil de l’histoire se dévide cependant en plusieurs ellipses. Ce choix d’écriture déstabilise parfois le lecteur qui se retrouve confronté à l’élucidation d’un mystérieux puzzle dont les pièces s’imbriquent peu à peu pour former un roman au dénouement somme toute percutant. Pas étonnant puisque Toni Morrison est une excellente romancière afro-américaine et une ardente défenseuse de la lutte contre le racisme. Elle est encore à ce jour la seule écrivaine noire à avoir été récompensée du prix Nobel, une distinction littéraire prestigieuse qu’elle recevra en 1993. Son oeuvre est donc marquée par son combat sans fin contre toute forme d’oppression, celui des noirs américains qui ont subi et subissent encore les préjugés racistes à leur encontre, mais aussi celui de la femme, écrasée sous le machisme ambiant d’une époque toujours principalement dirigée par les hommes. Ces convictions morales sont ici bien présentes. Le roman prend de ce fait pour toile de fond une Amérique encore très ancrée dans la Ségrégation. C’est ainsi que les personnages principaux, tous deux afro-américains, sont toujours confrontés à ce système absurde et intraitable qui rythme leur vie. 

Cee se retrouve maltraitée par un médecin blanc sudiste.  Employée officiellement comme infirmière, elle est finalement traitée comme un vulgaire cobaye. Frank, quant à lui, est blessé et tabassé à plusieurs reprises durant son périple… Il est d’ailleurs emprisonné au début du roman et interné dans un asile d’aliénés malgré ses médailles de héros de guerre à cause de sa carnation. S’il a combattu et a risqué sa vie pour son pays, celui-ci lui reproche encore à son retour ses origines. Une situation paradoxale ridicule qui ne manque pas d’ironie !

Les passages de violences gratuites décrites avec une certaine acuité dans le livre sont particulièrement glaçantes et donnent à réfléchir sur cette époque honteuse … L’auteure évoque d’ailleurs une scène de lynchage. Le Ku Klux Klan n’est jamais bien loin. Le premier chapitre m’a ainsi mise profondément mal à l’aise. Les deux principaux protagonistes encore enfants, sont les témoins d’un événement morbide qui les marquera tout au long de leur vie d’adulte : le cadavre d’un homme de couleur, sorti d’une camionnette et enterré à l’abri des regards, une nuit à la lisière d’un haras. Sans véritable sépulture, il est jeté dans un trou béant comme une simple charogne. On ne sait ce qui est arrivé à ce misérable mais c’est à la fin du livre qu’on découvrira avec horreur, son triste sort. Ce passage m’a fait l’effet d’une claque, j’y ai retrouvé la plume acerbe et le goût aigre des romans précédents de Toni Morrison, cette étrange violence sous-jacente que j’avais déjà perçue dans les premières pages de Beloved. Le roman était assez malsain et il me hante encore aujourd’hui. Je doute de le relire de si tôt !

Certes, la puissance évocatrice de la prose poétique et sombre de l’auteure ferre le lecteur dès les premières pages. Impossible dès lors de lâcher le livre étant subjuguée par cette écriture envoûtante. Toutefois, le sujet m’a déstabilisé. Le récit demeure un peu trop alambiqué à mon goût.  Le titre de cette étrange œuvre, “Home”,  censé symboliser le retour aux sources et la dignité retrouvée, m’a finalement laissée songeuse. J’ai eu l’impression un peu frustrante d’être passé à côté du message final de l’écrivaine, qui demeure malheureusement, jusqu’à la dernière page, une énigme indéchiffrable. La portée philosophique de l’œuvre est à mon sens noyée dans un trop grand nombre d’ellipses plombant finalement le rythme du récit. 

Si derrière une économie du langage se cache un conte presque onirique puissant et marquant relatant la rédemption de Frank, un homme capable du pire comme du meilleur, je n’ai malheureusement pu apprécier cette lecture pleinement car les thématiques restent aussi trop pessimistes à mon goût. Traqué par les fantômes du passé qui s’immiscent sans cesse dans sa réalité, Frank n’est pas non plus, un personnage plus honnête. En découvrant son fameux secret, un secret en outre effroyable, j’ai éprouvé des difficultés à avoir de la sympathie pour lui. On éprouve plus de compassion pour le personnage féminin trop naïf de Cee. Dès sa naissance, elle est déjà condamnée par sa propre famille. Le déterminisme social semble avoir raison de son destin. Sa grand-mère Lénore, qui devrait être une figure protectrice, la maltraite et l’humilie constamment parce qu’elle n’est pas née dans une maison mais sur la route, aussi considère-t-elle qu’ elle n’a pas de vraies racines. Cee recherche elle aussi son foyer, sa maison. Le personnage de Lénore, une femme cruelle, acariâtre et ouvertement mesquine est particulièrement exécrable. On découvre au passage, la méchanceté féminine dans ce qu’elle a de plus vil. Toni Morrison n’y va pas avec le dos d’une cuillère pour dénoncer également les coups bas portés par les femmes à l’encontre de leur semblable. Cette thématique du roman porte à réfléchir sur les relations féminines.

En bref: Si cette parabole un tantinet complexe donne incontestablement du grain à moudre en offrant de multiples réflexions sur le racisme tout comme sur la position de la femme dans la société, elle demeure selon moi en dessous des précédents écrits de Toni Morrison et en particulier de Beloved, une oeuvre dont je garde encore un souvenir indélébile. Il est regrettable que ce roman bien trop bref s’apparente plus à une ébauche qu’à un livre abouti et soit dépourvu d’un véritable fil conducteur. Un avis donc plutôt en demi-teinte malgré des thématiques essentielles qui ne peuvent laisser indifférent… 

 

 

 

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Baronne Blixen de Dominique de Saint Pern

Il y a quelques semaines, j’ai revu avec nostalgie le film Out of Africa, un long métrage magnifique aux paysages grandioses qui m’a émerveillée autant qu’il m’a passionnée. Il m’a donné l’envie de me replonger dans des lectures consacrées à l’Afrique coloniale pour explorer un peu plus cette période toute particulière et si controversée de l’Histoire. J’avais conscience que la trame du film avait été quelque peu magnifiée pour séduire le public qui se nourrissait à l’époque de récits de voyages exotiques édulcorés. Mais j’étais néanmoins loin de me douter que cette vision romantique fantasmée de l’Afrique s’écartait autant de la réalité … 

Dominique de Saint Pern nous dévoile ici la face cachée de l’autrice de La ferme africaine, les coulisses de l’oeuvre de Karen Blixen, de sa jeunesse dorée, ses amours contrariées au Kenya avec son époux infidèle le Baron Bror Fredrik Von Blixen, son amant Denys Finch Hatton, jusqu’à son retour au Danemark où, démunie, elle se réinventera en écrivant ses fameux Contes gothiques qui l’élèvent au statut d’auteure renommée du XXème siècle. Un tel programme paraissait donc alléchant. La promesse d’une mise en abîme passionnante dans l’univers de cette romancière aventurière si complexe aurait dû m’enchanter… Or il n’en est rien, cette lecture s’est finalement révélée assez décevante. Le livre m’est littéralement tombé des mains et ce, à plusieurs reprises. Impossible de m’attacher à cette femme certes bien talentueuse, mais à la personnalité fort antipathique. 

Il vaut parfois mieux s’en tenir à la fiction et occulter la réalité pour faire perdurer le rêve. Pourquoi publier une telle biographie, même romancée? Quel intérêt de dévoiler la vérité? Etait-ce vraiment nécessaire de découvrir une telle femme? D’autant plus que ce document fiction n’apporte pas un éclairage inédit sur l’auteure. Certains passages et en particulier dans la première partie du livre semblent ainsi trop calqués sur le film Out of Africa. Mieux vaut dès lors revoir l’adaptation cinématographique de Sydney Pollack, d’une qualité artistique nettement supérieure, et oublier cette tentative de biographie ratée.  

Le récit manque également d’authenticité car il est censé être relaté par la secrétaire de Blixen, Clara Svendsen. Cette dernière est sollicitée par l’actrice Meryl Streep qui s’apprête à tourner au Kenya l’adaptation du livre La ferme africaine. La jeune comédienne a en effet du mal à saisir le caractère complexe de la Baronne et espère en savoir un peu plus sur elle en s’entretenant avec sa confidente et son amie la plus intime, celle qui est restée à ses côtés jusqu’à son dernier souffle. Cette secretaire, devenue au fil des années son esclave consentante, l’épaulera dans ses écrits et ne sera en contrepartie jamais rémunérée par Karen Blixen pour ses services ! 

Si la secrétaire est chargée de restituer fidélement l’histoire de la baronne, on apprend au fil de la lecture qu’elle n’a en vérité jamais mis les pieds en Afrique ! Elle base donc son témoignage sur des souvenirs que lui auraient racontés Karen Blixen… J’ai trouvé ce choix d’écriture un peu saugrenu car il crée encore plus une distanciation entre le lecteur et l’héroïne du roman dont les traits de personnalités sont par ailleurs floutés. 

En somme, cette lecture laborieuse m’a laissée un arrière- goût amer. 

Le visage de Meryl Streep a finalement embelli et modifié la réalité assez décadente du personnage originel. Karen Blixen n’était en effet pas une femme attachante. Elle était certes une survivante, sorte d’Amazone guerrière faisant parfois preuve d’une certaine bravoure, mais sa personnalité n’était nullement généreuse. Ainsi, le lecteur découvre avec effroi le véritable tempérament de l’écrivaine. A son arrivée en Afrique, Karen Blixen que l’on a longtemps dépeinte comme une chasseresse intrépide, a participé au massacre de plus d’une quarantaine d’animaux de la faune africaine à elle seule et pour son bon plaisir. La jeune femme alors fraîchement débarquée s’est ainsi donc adonnée à la chasse pour tromper son ennui… Certes, cette pratique était coutumière de l’époque, toutefois, elle ne peut que choquer le lecteur contemporain qui connaît désormais les conséquences désastreuses qu’ont entraînées ce loisir aujourd’hui. Quelle tristesse de savoir qu’elle a contribué volontairement à la disparition de ces animaux (lions, éléphants, cheetahs et autres). 

Le mythe romantique de la ferme africaine prend donc du plomb dans l’aile. Karen Blixen était par ailleurs une femme assez volage, elle était aussi une piètre fermière qui fera pérécliter sa fameuse fabrique de café au Kenya, par démesure et entêtement. Délaissée par un époux qui lui préfère les peaux d’ébène à la blancheur maladive de sa carnation tout comme les formes voluptueuses à sa silhouette chétive, Karen Blixen demeurera une figure solitaire. Son mariage aboutira malheureusement à un échec et lui laissera une blessure cuisante, l’empreinte des nombreuses infidélités de son époux volage: la syphilis, une maladie vénérienne qui l’accable tout au long de sa vie. Son amant Denys, qui inspirera le personnage séduisant fictif incarné par Robert Redford, l’abandonnera à son tour pour une femme plus jeune et plus saine de corps… Lorsque son avion s’écrase, l’aristocrate anglais a déjà tourné la page, il s’est épris d’une autre femme, Beryl Markham… 

Karen Blixen aux côtés de son amant Denys Finch Hatton en 1922 au Kenya

Capricieuse et colérique, Karen Blixen fera également vivre un enfer à son entourage et en particulier à son personnel lorsqu’elle se consacre à l’écriture au Danemark. Aussi sournoise qu’une mante religieuse, elle prend un malin plaisir à s’immiscer dans la vie de ses amis, brisant selon ses caprices leur mariage. Ainsi, la romancière danoise auréolée de succès en Europe tout comme en Amérique, se prend d’affection à son retour d’Afrique pour un jeune poète au talent prometteur, Thorkild. Karen Blixen tente tout pour éloigner le jeune homme de son épouse et de son petit garçon, le façonnant à sa guise comme un vulgaire pantin. Son épouse malheureusement tentera de mettre fin à ses jours de chagrin. 

En outre, Karen Blixen se révèle être, à l’instar de la Marquise de Merteuil qu’elle admire sans rougir, une grande manipulatrice, à la fois glaçante et redoutable. Cet aspect de sa personnalité est tout aussi déroutant. Elle terminera sa vie anorexique, éprouvant un plaisir jouissif mais profondément malsain à observer les autres manger, une manière pour elle de se sustenter par procuration. Cette femme aux allures de sorcière rachitique aime par ailleurs se grimer pour mieux déconcerter son entourage prenant volontiers les traits d’un pierrot décharné en accentuant un peu plus la lividité de son visage … 

Karen Blixen, romancière danoise (1885-1962 )

Au fond, cette écrivaine pleine de ressentiement était une énigme, un monstre sacré de la littérature du XXème siècle certes, mais aussi une figure monstrueuse tout court. Elle est indéniablement fascinante, cependant sa personnalité extravagante et tordue m’a mise profondément mal à l’aise. 

En tentant de rescussiter cette « diablesse » comme la romancière danoise aimait elle-même se décrire, Dominique de Saint Pern égratigne malheureusement à mon sens son image qui au final n’est pas des plus glorieuse…

Certaines anecdotes m’ont d’ailleurs laissée assez songeuse : où est l’intérêt de savoir que le véritable Denys avait le crâne dégarni, qu’il dissimulait, complexé, cette calvitie précoce sous des grands chapeaux ?  La crinière blonde de Robert Redford était de ce fait peu réaliste… (mince alors!) Leur relation était aussi davantage platonique et intellectuelle que physique. On est donc loin d’une passion torride suggérée dans Out of Africa… Une sacrée douche froide pour les fans inconditionnels du film !

En bref: ces bribes de souvenirs un peu épars et plutôt chaotiques se sont révélées parfois un brin indigestes. On s’y perd dans ce dédale de personnages. Les protagonistes sont ici à peine esquissés. Le livre s’adresse donc à un lectorat averti qui connaît déjà l’univers de Karen Blixen. Pour ma part, je me suis fait violence pour le terminer. Certains passages consacrés à l’Afrique étaient bien trop anecdotiques à mon goût pour véritablement susciter mon intérêt, et la partie dédiée à sa vie au Danemark m’a mortellement ennuyée. Dommage. Je doute de garder un souvenir impérissable de cette lecture… Le portrait de cette femme aux mille facettes s’effritera sans-doute avec le temps, cependant son oeuvre demeurera… N’est-ce pas finalement l’essentiel? 

Je préfère donc revoir Out of Africa, des étoiles plein les yeux et oublier cette déconvenue. 

La bande-annonce du film:

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Les secrets de Cloudesley de Hannah Richell

Et voilà, les vacances scolaires tant attendues débutent enfin ! L’occasion de souffler et de profiter pleinement de cette parenthèse pour se ressourcer un peu. Et quelle meilleure manière de savourer ces instants de calme et de tranquillité qu’au coin du feu une lecture cocooning à la main. Ce petit roman anglo-saxon élégant, mêlant avec finesse la romance gothique tout comme le suspens, tombait donc à pic ! La couverture est par ailleurs franchement suberbe ! J’ai été très contente d’acquérir ce livre en grand format grâce à Vinted où j’ai pu le dégoter d’occasion comme neuf, une aubaine ! 

Années 50.

Lilian, jeune et ravissante orpheline de la guerre, épouse Charles Obéron, un riche collectionneur veuf. Ce dernier lui promet une vie merveilleuse de fastes à Cloudesley. Mais derrière les portes de cette demeure splendide, le caractère rude et cruel de Charles se révèle, et les promesses d’amour ne sont plus que chimères. Le conte de fée devient cauchemar. Lilian se retrouve à la merci d’un homme tyrannique qui exerce sur elle une emprise malsaine et sournoise. Elle n’est guère plus qu’un joli bibelot ajouté à la collection de Charles, un caprice coûteux, une œuvre d’art qu’il garde jalousement à l’abri des regards envieux pour pouvoir la contempler à sa guise … Lorsque Charles engage Jack Fincher, un peintre prometteur pour décorer la nurserie du manoir, il ne se doute pas que cette rencontre chamboulera son existence comme celle de son épouse Lilian qui en restera marquée à jamais. 

Hannah Richell tisse ici une romance gothique plutôt bien troussée même si je dois l’avouer,  j’ai dernièrement lu des lectures bien plus abouties. Ce roman m’a en effet laissé un peu sur ma faim… Le style bien trop moderne n’était à mon sens pas à la hauteur du sujet. Les dialogues sont en outre un tantinet trop présents à mon goût et l’atmosphère gothique demeure au final trop superficielle. J’ai d’ailleurs éprouvé de la difficulté à situer l’histoire dans son contexte historique car les références à cette époque sont bien peu nombreuses. Parfois, l’ambiance se rapprochait davantage des années folles. Ainsi le décor dépeint manque selon moi de conviction tout comme d’un certain réalisme, c’est pourquoi on observe l’histoire se déplier avec une distance un peu froide sans vraiment parvenir à être touché par le sort tout comme le destin funeste de ces protagonistes. Ils ne réussissent d’ailleurs pas à susciter vraiment d’émotions. Les personnages n’évoluent pas particulièrement et demeurent embourbés comme statiques, ce qui rend parfois la lecture un brin frustrante. 

Le personnage de Charles Obéron, le mari violent, frise de ce fait parfois l’archétype grossier de l’homme tyrannique, dépourvu de nuances psychologiques. Il m’a d’ailleurs beaucoup fait penser à l’époux arriviste de Daisy, Tom Buchanan, dans Gasby le Magnifique. L’inspiration était d’ailleurs assez flagrante. Fabuleusement riche, Charles Obéron est un veuf dominateur qui collectionne les trophés en tout genre. Sa fortune indécente le pousse à tous les vices. Cet arriviste aux caprices extravagants a été blessé au plus profond de son âme par la guerre. Son passé le pèse et le rend colérique et brutal. Cet aspect de sa personnalité aurait pu être davantage exploité pour le rendre plus humain, plus torturé à la manière de Rochester dans Jane Eyre, malheureusement, son caractère demeure d’un bout à l’autre du roman détestable. Il est totalement dépourvu de qualités expiatoires…

Quant à Lilian, cette figure frêle et malléable qui rappelle bien évidemment l’héroïne anonyme de Rebecca de Daphne du Maurier, elle finit  elle aussi par agacer. On espère de ce fait qu’elle finira par se rebeller contre le caractère exécrable de son mari, en vain. Elle subira en silence, passive, les innombrables humiliations qui jalonnent son existence bien misérable.  Elle appartient au décor de Cloudesley comme les paons au plumage flamboyant de Charles Obéron qui embellissent le parc arboré de la propriété anglaise. Elle n’est qu’un vulgaire ornement, un bel oiseau exotique prisonnier d’une cage dorée. Si j’ai moyennement aimé son tempéramment docile, j’ai cependant été touchée par son amour indéfectible pour son beau-fils, Albie, un petit garçon vulnérable qui subit lui aussi la tyrannie de son père, tout comme la relation privilégiée qu’elle entretient avec sa petite-fille Maggie également délaissée par ses parents.

L’intrigue du roman alterne par ailleurs les sauts dans le temps, l’histoire suit ainsi le passé de Lilian et sa liaison adultérine avec le séduisant peintre Jack Fincher, un doux rêveur ; et le présent chaotique de la petite fille de Lilian, Maggie qui s’efforce tant bien que mal de préserver l’héritage de sa famille, la demeure de Cloudesley, qui croûle malheureusement sous les dettes. Je dois admettre que la partie du roman dite « contemporaine » était moyennement captivante. Elle avait tendance à plomber un peu le rythme du récit … J’avais eu le même problème à la lecture du roman tant adulé de Eve Chase, Un manoir en Cornouailles.  Finalement, je m’étais un peu ennuyée dans les derniers chapitres et j’avais achevé cette lecture, assez mitigée. 

En bref: Si cette petite romance se lit agréablement bien, elle demeure toutefois un tantinet trop fadasse à mon goût. Ce petit roman de vacances est loin d’être un chef-d’œuvre d’écriture. Il pêche parfois par un manque cruel de finesse psychologique et une dépiction d’un cadre temporel bien trop lisse. En outre, certaines thématiques abordées,  telles que l’art comme échapatoire à la banalité de l’existence, ouvrant une fenêtre sur un monde infini, la maternité refusée, le lien de l’amour plus profond que celui du sang, ou bien même la violence conjugale, étaient potentiellement intéressantes. Il est regrettable qu’une fois de plus, ces pistes d’écriture soient toujours survolées.

La principale caractéristique du roman gothique est  aussi sa capacité à planter un décor inquiétant, auréolé de mystère ainsi qu’une atmosphère sombre où la tension est palpable à chaque coin de page. Or, le principal bémol de ce livre est l’absence de véritables descriptions étoffées du lieu dans lequel l’histoire est censée évoluer. Les secrets de Cloudesley est bien trop axé sur la romance et moins finalement sur une véritable ambiance gothique. Le cadre devient ainsi plus un prétexte d’écriture, un moyen mercantile un peu bancal pour appâter le lecteur. 

Rebecca évoquait avant-tout l’histoire d’une demeure et moins celle de ses occupants, ici c’est tout le contraire. La demeure se révèle n’être qu’un joli écrin, une coquille vide ravissante certes, mais renfermant finalement un secret peu renversant.  

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R.A.T gourmand de la Saint-Valentin (billet de suivi)

Le Read-a-thon gourmand de la Saint-Valentin du 13 et 14 février et organisé à quatre mains par les copinautes Bidib et Fondant Grignote débute dès aujourd’hui et devrait s’achever dimanche à minuit ! L’occasion de  marquer le coup malgré cette période encore un peu trouble et un brin tristounette. Pour ma part, j’ai prévu de cocooner comme tous les weekends au coin du feu entourée de mes toutous, un livre sur les genoux et une tasse bien fumante à la main. Je ne sais pas encore si l’Homme de cro et moi allons vraiment célébrer la Saint-Valentin cette année… Ici, en Normandie, il fait un froid sibérien, je n’ai envie de rien et suis donc emmitouflée dans un plaid.

Ce read-a-thon tombe donc à pic pour clôturer cette fin de semaine qui a été à l’école pour ma part particulièrement chargée. Vivement les vacances ! Les participantes sont nombreuses: BidibFondantBlandineChicky PooHildeJojoL’Or RougeMarielleMyrtille  et Touloulou.

Le but de ce rendez-vous bien sympathique est de poster des billets d’humeurs cinéma et lectures autour de deux thématiques bien particulières : la cuisine et bien entendu l’amour.

En fouinant dans mes étagères, j’ai déniché ces quelques titres. Je suis actuellement plongée dans la lecture de L’Art de la Joie de Goliarda Sapienza, un ovni littéraire, j’aimerais poursuivre cette lecture étrange et envoûtante durant le weekend. Toutefois, j’ai également deux romans dans ma PAL qui me font de l’œil depuis plusieurs mois et que j’aimerais peut-être débuter durant ces deux jours de repos. Je n’ai pas non plus visionné Le Chocolat depuis plusieurs années, j’ai bien envie de le redécouvrir ce soir…

Nous voici donc partis pour un doux weekend de partage. Je compte participer modestement à l’événement étant particulièrement érintée ce weekend. Si je ne suis pas un fin cordon bleu, je tenterai aussi tout de même de préparer une petite tarte pomme, un crumble ou un banana bread pour le goûter.  A voir selon l’envie. Bon read-a-thon à tous et toutes ! Et à toute à l’heure !

13h07: L’après-midi commence et je n’ai pas pu lire une seule page de mon livre ! ça promet pour la suite. Ma petite Poupouche est intense ! J’ai donné un cours d’anglais ce matin puis j’ai eu juste le temps de remettre la maison à niveau pour pouvoir me poser… 

14h37: La Poupouche se repose et j’en ai profité pour commencer la lecture de Chocolat Amer, un drôle de roman entremêlant des recettes de cuisine mexicaines et l’histoire d’une jeune fille prénommée Tita. Cette dernière aime secrètement le fiancé de sa sœur aînée… La jolie Tita est la benjamine de sa famille. Selon la tradition, elle ne peut se marier car son rôle sera de s’occuper de sa mère durant ses vieux jours. Elle est donc destinée à rester vieille fille jusqu’à sa mort. Pour l’instant, l’histoire semble un peu anecdotique… Étant plongée en parallèle dans l’Art de la Joie, une lecture beaucoup plus dense, j’ai un peu de mal à rentrer dans Chocolat Amer même si le style est plutôt fluide. J’ai lu 50 pages. 

18h45: Je profite d’un petit moment de répit pour revenir vers vous. L’après-midi a filé à une vitesse vertigineuse. Après un passage éclair chez le coiffeur, une promenade dans le jardin avec la Poupouche et une séance papouillage de mes animaux dans ma petite ménagerie, nous sommes rentrés au chaud pour jouer un peu sur le nouveau tapis d’éveil de notre Poupouche. J’ai eu très peu de temps pour lire et n’ai au final réussi à parcourir qu’une trentaine de pages de Chocolat Amer. Le roman est assez étrange bien qu’agréable à lire. Les personnages sont un peu fantasques et certaines scènes sont plutôt rocambolesques parfois même un brin grotesques. 

Le personnage de Tita est une sorte d’enchanteresse mexicaine. De curieux phénomènes touchent tous ceux qui ont le plaisir tout comme le malheur de goûter à ses plats divins. Ainsi, lorsque Tita apprend le mariage de sa sœur avec l’homme de son cœur, elle s’empresse de concocter des mets délicieux pour les festivités. Au banquet du mariage, les invités se retrouvent victimes d’un étrange sortilège qui les rend mélancoliques. Au souvenir, de l’amour de leur vie, ils sont étonnement pris de sanglots… Les larmes que Tita a en effet versé durant la préparation du gâteau se sont mêlées à la pâte et se sont métamorphosées en un sort redoutable.

Si ces scènes teintées de réalisme magique propre à la littérature hispanique m’enchantent, les passages consacrés au gavage tout comme à l’abattage des bêtes destinées à passer à la casserole pour les plats de Tita me déplaisent franchement. Elles sont parfois trop crues à mon goût… Je vous retrouve toute à l’heure, le devoir m’appelle !

20h48: Et me revoilà ! La Poupouche s’est finalement endormie après un début de soirée mouvementé. Nous avons dansé sur des mélodies de Disney, jouait pendant une bonne heure dans sa chambre à la dinette avant qu’elle ne se couche. En ce moment, c’est un peu notre rituel du soir. Je profite de cette petite pause pour faire un tour sur les blogs des copinautes et jeter un oeil à leurs billets de suivi (mon passage préféré des read-a-thon :). Black s’est installé confortablement sur le canapé en attente de calîns. Il n’a pas eu sa dose et fait exprès de se coucher sur mon livre pour m’empêcher de lire… Comme vous pouvez le constater le pauvre, il a plus de panier, il n’a pas d’autre choix que de dormir, près de la cheminée sur le canapé… Quelle vie tout de même…

L’homme de cro vient tout juste de me rejoindre pour une soirée télé… Nous n’avons pas encore décidé de ce que nous allons voir ce soir… Je lirai peut-être quelques pages avant de me coucher si j’en ai le courage. Et vous qu’avez-vous prévu ce soir? 

21h01: L’homme de cro s’est finalement lancé dans une partie de jeu en ligne interminable… J’en profite donc pour lire quelques pages de Chocolat amer en patientant gentiement :). J’ai lu une cinquantaine de pages depuis que Poupouche s’est endormie. J’ai bien envie de me préparer un petit banana bread mais je doute que ce soit raisonnable à une heure aussi tardive. Tant pis, je me rattraperai demain pour cuisiner quelques gourmandises…

23h40: Je regarde Le Chocolat, l’Homme de cro est tout aussi captivé que moi par le film. J’avais oublié à quel point l’interprétation de Juliette Binoche était magistrale. J’ai réalisé que j’avais dans ma PAL le roman en version originale, j’ai dû l’acheter d’occasion il y a quelques années et l’oublier. Je pense commencer le livre dès demain. J’aime beaucoup l’ambiance du film. 

14 février 2021

8h20: Que vous ayez décidé de passer une journée en famille en toute simplicité, tout seul ou avec votre tendre, je vous souhaite une joyeuse Saint-Valentin ! Pour ma part, nous avons un repas avec des amis de la famille prévu ce midi (nous espérons pouvoir nous faire une petite séance en amoureux de rattrapage cette semaine). Nous serons donc sages:) Étant enrhumée, j’ai dû hier soir aller faire un test Covid de dernière minute pour être sûre de ne pas contaminer mes amis. Ouf, je suis négative, j’ai donc juste attrapé une vilaine grippe… Je frissonne, je n’ai pas de fièvre mais la tête un peu embrumée par manque de sommeil. 

Hier, j’étais bien trop fatiguée pour poursuivre mes lectures et j’ai malheureusement passé une grande partie de la nuit en apnée, le nez bouché :), aussi j’ai décidé de lire quelques pages ce matin pendant que Poupouche danse au rythme de la chanson “Sous l’océan” de La petite sirène, une mélodie qu’elle affectionne en ce moment. Je poursuis encore Chocolat Amer mais je compte alterner avec ma lecture en anglais de Le Chocolat de Joanne Harris pour poursuivre un petit peu la magie du film visionné hier…

8h53: Je n’ai toujours pas réussi à prendre mon petit dèj ni à lire quelques pages de mon roman. Notre ange à la queue fourchue s’est dit que ce matin, l’ambiance était bien trop calme, la maison était toute propre je m’étais lancée hier soir dans un gros ménage pour me réveiller dans un endroit sain… La Poupouche a donc décidé de courir à fond les ballons autour du canapé en éclatant de rire et d’asperger l’intégralité du salon avec de la compote (pompote pour être exacte)… Vous imaginez le carnage. Je viens de passer la dernière demie-heure à récurer l’ensemble de la pièce… Il y avait de la compote partout, y compris sur les jolis rideaux, les livres, mon sac de classe ainsi que la télévision. Poupouche ne fait en effet pas les choses à moitié ! Allez, maintenant que le salon est à nouveau propre, que notre diablotin semble un peu plus posé depuis que nous avons rouspété, (on dirait presque un ange, elle minaude, me fait les yeux doux et est en mode Koala), nous allons donc pouvoir déjeuner… en paix. 

18h38: Me revoilà enfin parmi vous ! La journée est passé bien trop vite. Comme je vous l’avez dit précédemment nous avons été invités chez des amis de la famille. Cela nous a fait un bien fou ! Nous nous sommes régalés au repas de midi. Au menu: une salade de noix et  de pâté à tomber, un gratin dauphinois succulent et un crumble aux fruits accompagné d’une glace vanille (préparé avec amour par l’Homme de cro), suicide diététique garanti ! Un vrai régal, de quoi nous tenir chaud. Nous avons traînasser un peu sur les sentiers de campagne et sommes partis juste avant le couvre-feu pour profiter un maximum du beau temps. Nous avons beaucoup marché pour essayer de digérer ce repas riche. Nous avons découvert près de Douvres-la- Délivrande un très joli parc de six kilomètres pour promener les chiens et permettre à la Poupouche de gambader en toute liberté. Le bonheur ! Elle a découvert aujourd’hui pour la toute première fois la balançoire tout comme le toboggan. Il n’y avait pratiquement personne dans le parc, aussi nous avons pu délaisser nos masques. Quel plaisir de marcher dans cet endroit magnifique et de pouvoir respirer autre chose que notre dioxyde de carbone habituel ! J’ai eu un petit moment de nostalgie en voyant des enfants et des adultes éparpillés un peu partout, le sourire aux lèvres et détendus. C’était étrange de voir les visages des gens. Bref, une belle journée qui fait du bien au moral. 

Le magnifique crumble aux fruits de l’Homme de cro que nous avons dégusté cette après-midi. 🙂

Si je n’ai pas pu bouquiner de la journée, je ne regrette pas d’être sortie un peu et d’avoir pu socialiser avec mes amis. La Poupouche a passé du temps avec sa marraine qui ne l’avait pas vu depuis plusieurs mois et nous sommes tous rentrés sereins comme requinqués. Le temps était sec mais il faisait un froid de canard. Malgré la petite brise qui nous piquait le visage, nous sommes restés au grand air bien une heure ! Nous avons fait le plein de vitamine D.

18h51: La Poupouche était claquée après cette longue journée. Même si elle a somnolé sur le chemin du retour en voiture, elle n’a pas pu vraiment se reposer. Le temps de rentrer, de s’occuper de mes petites bêtes (chiens, chats, poules, boucs et cochon nain) qui nous attendait avec impatience, elle ne désirait qu’une seule chose: un bibi et au lit ! Je viens à peine de me poser, je vais donc  pouvoir reprendre le fil de mes lectures en poursuivant Chocolat Amer. Je reviendrai toute à l’heure pour vous en parler un peu plus et rattraper la lecture des billets de suivi des copines ! 🙂 En attendant, je vais enfiler ma tenue de combat (mon pyj pilou pilou à la Bridget Jones) et me blottir contre l’homme de cro en sirotant une tisane chaude. A toute !

19h51: Je suis de plus en plus happée par ma lecture. Le personnage de Tita est profondément touchant. Son amour pour Pédro est désespérant. Certains passages du romans sont émouvants. L’enfant que Tita avait élevé comme le sien est mort faute de malnutrition. La scène où Tita décide de s’enfermer dans le pigeonnier de la maison pour pleurer tout son sou est magnifique et en particulier quand le médecin de famille vient la chercher pour l’emmener à l’asile parce qu’elle a perdu le goût de la vie et la parole. Ce dernier, par amour, se ravise et l’héberge chez lui pour tenter de panser ses plaies du cœur. 

Tita en ayant perdu la parole, semble avoir gagné des dons de médium et voit des esprits dans la maison du médecin et en particulier celui de son arrière-grand-mère qui veille sur sa descendance. Ces passages typiques du réalisme magique des romans hispaniques sont un vrai régal de lecture. Ce roman me rappelle un peu l’œuvre de Carole Martinez, Le coeur cousu. Bref, je suis finalement conquise. J’ai lu une vingtaine de pages.

22h30: Il est temps de  vous dire bonne nuit ! J’ai tenté de lire un peu plus. Finalement, je n’ai réussi à parcourir qu’une trentaine de pages supplémentaires… J’ai été un peu distraite par l’Homme de cro qui m’a tenté avec une série complètement loufoque à la télévision: What we do in the shadows (ce que l’on fait dans les ombres). Le ton n’est pas franchement sérieux. L’intrigue est assez farfelue, un groupe de vampires est suivi dans son quotidien par une équipe de journalistes qui effectue une sorte de documentaire. En gros, c’est du grand n’importe quoi. La série est une parodie de toutes les grandes œuvres littéraires tout comme cinématographiques liées au vampirisme. C’est de l’humour noir second degré à la sauce anglo-saxonne, c’est pas mal à petite dose 🙂 Bref, une série hautement intellectuelle (heureusement que je la visionne en anglais !) mais on rigole bien.

Je vous parlerai dans un billet spécifique de ma lecture de Chocolat Amer. Je compte terminer le roman demain si j’ai un peu de temps libre. En attendant, je vous remercie de m’avoir accompagné dans cette édition spéciale Saint-Valentin. Merci à Fondant et Bidib qui nous ont encore une fois concocté un super événement ! J’ai aimé vous lire, papoter avec vous et échanger un peu plus dans ce billet d’humeur particulier, un format qui nous permet de se connaître un peu plus et de découvrir également l’univers de chacune d’entre nous. 

Mon bilan pour ces deux jours n’est pas particulièrement brillant, mais cela importe peu au final. J’ai passé un très bon moment avec vous et c’est l’essentiel!

Je viendrai flâner demain matin sur les blogs de copinautes pour lire leur dernier bilan avant de dire adieu (du moins pour cette année) au Read-a-thon gourmand de la Saint-Valentin. Des bisous masqués ! Je vous retrouve très vite pour de nouveaux billets littéraires !

 

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Pachinko de Min Jin Lee

Les années 30.

Yangjin, une jeune coréenne sans le sou épouse Hoonie, un estropié au grand cœur qui l’accueille dans sa pension familiale. Malgré leurs différences, ce couple incongru mène une existence harmonieuse et a une jolie fille, Sunja, qui les comble de bonheur. Mais à la mort de Hoonie, la veuve Yangjin se retrouve démunie. Elle s’échine au travail pour subvenir au besoin de sa fille bien-aimée. Cette dernière peine elle aussi à ses côtés pour faire tourner leur petite pension chancelante.

Lorsque la jeune Sunja rencontre un riche étranger, elle succombe très vite à ses belles paroles et à son charme diabolique et débute avec lui une idylle illicite. Sunja est convaincue que Hansu l’épousera mais ses rêves illusoires se heurtent malheureusement très vite à la triste réalité : la jeune femme s’est fait berner, cet homme d’âge mûr et énigmatique est marié au Japon, et est aussi père de famille. Enceinte, la voilà face à un cruel dilemme : devenir la seconde épouse coréenne de son amant et entacher l’honneur de sa famille jusqu’ici respectable, ou épouser un pasteur chétif et tuberculeux aux idées romantiques pour dissimuler la honte d’un enfant bâtard de naissance… Sunja ne se doute pas que sa décision finale scellera à jamais son destin et aura des répercussions dramatiques sur sa lignée future…

Et c’est ainsi que débute ce roman formidable qui conte le destin inoubliable d’une petite famille coréenne partie de rien et qui se retrouvera malgré elle étroitement liée à l’expansion du Pachinko (un jeu d’argent et de hasard) au Japon. L’intrigue se déploie ainsi sur quatre générations (de 1932 à 1989).

Barack Obama s’est lui-même émerveillé à la lecture de cette histoire multi-générationnelle lors de la parution du roman en 2017. L’ancien président américain a eu le nez fin, cette œuvre est une vraie pépite ! Si le coût du livre m’a de prime abord fait hésiter, cet achat s’est révélé finalement une très bonne pioche !

Il aura fallu pas moins de quatre ans pour que les éditions françaises se décident enfin à traduire ce petit chef-d’œuvre d’écriture. L’attente fut longue mais elle en vaut la peine car les éditions Charleston nous ont produit un livre “écrin” somptueux et se sont également appliquées pour la traduction de cet ouvrage. La plume modeste et sans fioriture de l’auteure sert d’ailleurs parfaitement bien le caractère pudique des personnages de ce roman qui évoluent selon des us et coutumes ancestrales coréennes.

Si le livre est une sacré brique de 622 pages, une épaisseur qui peut sans-doute paraître intimidante, la lecture n’en reste pas moins passionnante. Les pages ont défilé à un rythme affolant. Impossible de lâcher ce livre ! J’étais complètement happée par cette histoire incroyable, au point d’en perdre la notion du temps. Certes, on peut parfois déplorer un manque de souffle romanesque, on est en effet peu habitué à tant de retenue, cependant, Min Jin Lee arrive tout de même à faire renaître avec brio une période historique longtemps passée sous silence: l’immigration de pauvres au Japon traités comme des pestiférés par la population locale durant et après la colonisation de l’Empire Coréen. 

Outre une toile de fond historique maîtrisée, la psychologie des personnages est particulièrement bien soignée. Si l’intrigue se focalise avant tout sur Sunja, un petit brin de femme courageuse et droite, l’histoire suit également le parcours tumultueux de ses enfants et petits enfants stationnés au Japon. On s’attache dès lors à cette galerie de personnages hauts en couleur et résilients qui grandit et évolue dans un univers parfois âpre et cruel. Cette petite tribu coréenne tente tant bien que mal de s’intégrer au Japon.  Ainsi l’amour indéfectible qui les lie est profondément touchant. L’auteure nous fait aussi découvrir deux cultures très peu connues de nous occidentaux, la culture coréenne et nipponne, où l’honneur prime sur la raison et est poussé jusqu’au sacrifice, à l’instar de Sunja dont l’entêtement tout comme sa droiture inflexible la poussent à faire des choix qui auront des conséquences dramatiques sur sa famille.

Derrière une fiction en apparence anodine se dissimule également un témoignage poignant des conditions de vie déplorables des “zainickis”, les coréens maltraités et constamment humiliés par les japonais qui ont été très tôt élevés dans la haine de ces immigrants (ces préjugés perdurent encore à l’heure actuelle). La Corée a en effet été très tôt écartelée entre l’Amérique et son pays voisin délétère, le Japon. Les coréens ont dû assimiler non pas une culture mais trois ! Les personnages de ce roman vont être ballotés d’un pays à l’autre en quête de leurs racines. Cet aspect est d’ailleurs admirablement bien traité par la romancière. On découvre un mode de pensée étonnamment éloigné du nôtre où l’esprit communautaire demeure la principale force de cette famille, c’est pourquoi, les aînés ne sont pas considérés comme un fardeau, ils doivent être traités avec égards et compassion. Tous les membres de cette tribu fonctionnent donc dans l’entraide. Les relations hommes-femmes évoluent aussi selon les générations. La femme est tenue de respecter son époux qui la domine et qui est le seul maître du pouvoir décisif. Cette facette un tantinet archaïque du couple s’effrite peu à peu au fil des chapitres, à mesure que les personnages se frottent progressivement à la culture américaine. Les filles se peignent les bouches d’un rouge écarlate et délaissent le kimono, ce vêtement traditionnel ample pour dévoiler leur courbe. 

Ce roman restera longtemps gravé dans ma mémoire, je n’oublierai jamais le destin tragique de ce pauvre pasteur emprisonné pour ses convictions, ni la résilience, tout comme le courage admirables des personnages de ce roman, des êtres ordinaires profondément humains, sans cesse accablés par les coups du sort et subissant inlassablement les préjugés racistes à leur encontre. La dureté de leur vie est désespérante. Les premières pages du roman sont de ce fait d’une tristesse désolante. 

On y trouve par ailleurs une petite pension familiale minuscule où les hommes s’entassent dans la promiscuité faute d’espace. Une rotation est d’ailleurs établie pour permettre à un grand nombre d’y dormir… On se croirait presque à certains moments dans une œuvre victorienne du XIXème siècle comme les romans sombres de Charles Dickens. Toutefois, j’ai regretté qu’il n’y ait pas davantage d’émotions dans l’histoire. Si j’ai adoré la première partie du roman consacré à Sunja, je dois avouer avoir moins aimé celle dédiée aux enfants car l’héroïne vieillie et avec elle, tout un monde disparaît progressivement…Le lecteur voit ainsi la culture coréenne doucement absorbée et gommée sous le poids de la culture occidentale et nipponne… Un bien triste constat. 

En bref: Voici donc un très bon roman, servi par une écriture tout en retenue. J’ai été complètement captivée par cette saga familiale historique. Min Jin Lee retrace avec maestria l’exil d’une petite famille coréenne sur quatre générations. Cette belle histoire de résilience et de compassion reste une bonne découverte, un véritable dépaysement !  

Une adaptation pour le petit écran serait actuellement en cours. Apple a en effet obtenu les droits et s’attaquerait à la réalisation d’une série télévisée qui devrait être diffusée très prochainement… La plateforme de vidéos souhaiterait par ce biais conquérir le marché asiatique… La série devrait également être tournée simultanément en anglais, coréen et japonais ! Un projet ambitieux ! On attend avec impatience le résultat !

L’annonce de la série t.v en préparation:

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Karaté Kid/ Soirée Pop Corn rétro #4

C’est le retour de notre rendez-vous mensuel, Les soirées pop corn avec Maguy pour partager avec vous (en toute légèreté et sans prétention) notre passion commune pour le cinéma. Nous avions sélectionné pour cette nouvelle édition des films rétros (je suis en retard !) J’avais tout d’abord l’intention de visionner un grand classique du cinéma (un film de John Ford), malheureusement, mon ordinateur n’en a fait qu’à sa tête, mon dvd s’est révélé illisible… Bref, qu’à cela ne tienne, je me suis rabattue sur une valeur sûre, un bon petit film de la culture pop qui a bercé mon enfance et les premières années de mon adolescence: Karaté Kid ! J’ai donc visionné ce weekend le premier volet. 

Et oui, cette sélection de film paraît à première vue improbable pour un blog de livres, mais, voyez-vous, Karaté Kid, c’est un peu ma madeleine de Proust. J’ai visionné les deux premiers films très jeune et j’en garde encore aujourd’hui un souvenir mémorable. Ma soeur et moi étions complètement fans. Nous avions visionné la série de films en boucle et nous connaissions les dialogues par cœur. 

Le héros, Daniel (dans lequel nous nous retrouvions un peu) découvre le Karaté et un moyen d’affronter les “bullies” de son lycée, ces élèves mesquins qui le brutalisent et l’humilient continuellement. A l’école, c’est la loi de la jungle et il n’a d’autre solution pour survivre que de se battre pour conserver sa dignité et se faire respecter (en gros, un pied dans la figure vaut bien mieux que de tendre l’autre joue (…). Ma sœur et moi n’avions malheureusement pas de cours de Karaté à disposition dans notre village, c’est pourquoi nos parents nous avaient finalement inscrits à des cours d’Aïkido. Pas grave, nous nous prenions pour des petits samouraïs (les “samouraïs en sucre” comme nous surnommait notre Sensei avec ironie…). Pendant de nombreuses années, nous pratiquions avec plus ou moins de sérieux et de talent cette noble discipline. Parfois, nous nous retrouvions trois fois par semaine pour tenter de maîtriser le Bokken (le sabre en bois japonais) tout comme le Nunchaku qui atterrissaient respectueusement bien souvent sur nos doigts de pieds, nous laissant au passage des marques violacés, ou en pleine tête, sonnés, avec des hématomes gros comme des oranges… Qu’importe, nous avions l’impression de combattre comme des pros.

Karaté Kid c’est aussi le début de mes tout premiers émois pour la littérature japonaise. Je découvrais dans la foulée avec émerveillement la magnifique fresque épique du Clan des Otoris, une série de romans d’aventure pleine de poésie qui contait le destin d’un jeune samouraï dans le Japon féodal. Cette saga m’a donc ouvert les portes de l’univers infini des livres… Depuis, presque une vingtaine d’années plus tard, je suis toujours aussi fascinée par la culture nippone tout comme par les arts martiaux. 

Aussi, lorsque j’ai eu l’occasion de revoir ces deux petits films d’anthologie, je n’ai pas boudé mon plaisir. L’histoire de Karaté kid tout le monde la connaît plus ou moins. Un jeune ado, Daniel Larusso, déménage en Californie à Reseda avec sa mère qui l’élève seule. Il est persécuté à l’école par ses nouveaux camarades de classe qui voient en lui un “plouc” texan. Comment peut-il supporter cette situation qui devient de plus en plus intolérable? Doit-il lui aussi se tourner vers la violence pour s’intégrer au sein d’un groupe? Sa rencontre avec un vieux sage japonais énigmatique transformera sa vision du monde… Daniel apprendra grâce au Karaté à maîtriser ses émotions et à affronter ses plus grandes peurs…

Sortie durant les années 80, cette série de films (qui en compte au total quatre !) est devenue au fil des années culte, au même titre que les Goonies. Elle aura marqué toute une génération. “Le coup du héron”, cette technique de Karaté pour mettre son adversaire K.O reste une scène de combat d’anthologie. Il faut dire que la réalisation a bien vieilli. En effet, les films tiennent aujourd’hui plutôt bien la route. Le réalisateur de Rocky s’était appliqué.  Les dialogues sont assez drôles et enlevés. On en redemande. Le personnage de Daniel Larusso est aussi touchant. Ce jeune garçon, doux et aimant, à la gueule d’ange, est plein d’insouciance. Sa gentillesse est son talon d’Achille, il devient malgré lui le souffre-douleur de ses camarades.

Si j’adore ce héros fort attachant, je lui ai cependant toujours préféré son maître aux allures de Yoda…  La scène des baguettes et de la mouche reste l’une de mes scènes favorites. J’ai d’ailleurs visionné dans la foulée le remake de 2010 avec Jackie Chan, qui calque l’intégralité de l’intrigue transposée cependant en Chine (le seul bon point du film reste le fameux clin d’oeil aux baguettes) et même si certaines scènes tentent d’égaler l’humour caustique des films originaux, je n’ai malheureusement pas retrouvé le souffle épique de Karaté Kid. Alors oui, les mauvaises langues diront aujourd’hui que les films originaux étaient un pot-pourri éhonté de stéréotypes ethniques et présentaient une vision manichéenne du monde, un brin trop tronquée (les gentils sont récompensés pour leur cœur pur, les méchants prennent une claque sur la main). Honnêtement, je m’en moque royalement ! Cette série de films ne prétend à rien d’autre que de divertir son audience et elle remplit à mon sens pleinement sa fonction. J’ai toutefois été un peu décontenancée par le dénouement abrupt de chaque film qui n’a pas vraiment de conclusion. Le méchant prend la poussière et boom ! Le rideau se ferme ! Générique et c’est plié ! Pas le temps de faire de la poésie et d’ajouter des dialogues bavards…  

D’ailleurs, j’ai découvert avec bonheur sur Netflix, une série savoureuse et jouissive, Cobra Kaï, qui raconte la suite de Karaté Kid et reprend avec brio son filon.  Le pitch est une trouvaille tout simplement géniale. L’histoire se focalise avant tout sur le bad boy des premiers films, Johnny, l’un des ennemis de Daniel Larusso et nous fait découvrir une autre facette de l’histoire originale. L’action se déroule une trentaine d’années plus tard, après la victoire de Daniel Larusso à un tournoi de Karaté. Le casting est explosif, on y retrouve quasiment tous les anciens acteurs de Karaté Kid (à l’exception malheureusement du professeur de Daniel, décédé depuis). 

Johnny, le perdant de ce tournoi, est devenu un homme paumé, un “traîne savate” qui noie ses regrets dans l’alcool. Lui qui appartenait dans sa jeunesse au club très sélect des golden boys se retrouve à la cinquantaine bien sonné à vivre, faute de moyens, dans le quartier pauvre de Reseda (là où ça craint…). Daniel Larusso quant à lui a tout réussi, il est désormais un business man réputé qui se sent malgré tout lui aussi un peu perdu sans les conseils de son mentor disparu… Lorsque Johnny décide de faire revivre le célèbre dojo Cobra Kaï, il ne se doute pas que sa rivalité avec son ennemi de toujours Daniel vient également de refaire surface. Ces deux adversaires pourront-ils parvenir à trouver un jour un terrain d’entente et ce, malgré la rancœur qu’ils gardent au fond d’eux depuis toutes ses années?

Voici une série à l’humour abrasif excellent. J’ai visionné l’intégralité des quatre saisons en quelques mois seulement et attend fiévreusement la suite. C’est devenu incontestablement l’une de mes séries fétiches. Le personnage de Johnny campé par William Zabka est un Senseï de prime abord raté mais complètement déjanté et qui se révèlera à sa propre surprise un bon professeur, à l’écoute de ses élèves. Je l’adore ! Il est infâme, vulgaire et un chouilla cracra mais aussi profondément humain et parfois même touchant. 

Enfin, la réussite de cette série nostalgique, réside principalement sur le ton moyennement politiquement correct des dialogues qui sont parfois quelque peu “fleuris”. Certains passages sont franchement hilarants. L’intrigue est aussi très rythmée et les scènes de combat sont un pur régal pour les yeux (ça bastonne dur d’un bout à l’autre). Le scénario ne manque d’ailleurs pas de rebondissements. Du divertissement comme on les aime ! 

En bref, une série qui dépote ! Cobra Kaï est un bel hommage à Karaté Kid et au kitch des années 80 ! A voir sans modération !  

Le teaser:

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L’oeil du léopard de Henning Mankell

Se sentant coupable de la disparition tragique de Janine, sa maîtresse, Hans décide d’honorer sa mémoire en partant pour l’Afrique en Zambie, à Mutshatsha, sur les traces d’un missionnaire suédois du XVIIème siècle qui aurait perdu l’intégralité des siens au cours d’un voyage sinistre dans les contrées sauvages africaines. A son arrivée, Hans déchante très vite, l’endroit est chaotique, la misère tout comme la mort règnent sans partage sur ce no man’s land. Hans, à la fois fasciné et effrayé par cette Afrique insaisissable, s’éternise et y pose finalement ses valises. Lorsque Judith, une femme un peu rêche qu’il connait à peine lui propose de reprendre la direction de sa ferme, il y voit l’opportunité de mettre en oeuvre ses idéaux dans un paradis terrestre où tout semble à reconstruire, et de réaliser aussi un rêve d’enfance. Se pourrait-il qu’il trouve également une réponse au sens de sa vie ?  Hans ne se doute pas de ce qui l’attend là-bas… Le réveil sera d’autant plus brutal…

Difficile de dire si j’ai vraiment aimé cette lecture ; l’atmosphère est en effet particulièrement sombre et oppréssante. Si le thème de l’Afrique m’a de prime abord attirée, j’ai été très vite décontenancée par le ton aigre du récit car il prend au fil des pages une tournure des plus glauques. L’histoire oscille par ailleurs toujours entre deux univers : l’un froid et claustrophobe de la Suède, l’autre aride et étouffant de la Zambie, au coeur de l’Afrique australe. On suit ainsi au fil des pages les pérégrinations de ce héros qui n’en est d’ailleurs pas véritablement un. Je n’ai malheureusement pas réussi à m’attacher à cet homme indécis qui est toujours entre deux eaux. En somme, c’est un lâche qui souhaite échapper à sa propre vie et se retrouve malgré lui précipité dans un monde âpre qu’il ne comprend pas lui-même. La Zambie semble de prime abord l’endroit idéal pour se “planquer”, un endroit où les jours s’égrènent avec lenteur et où on remet toujours au lendemain les grandes décisions… 

J’ai donc eu beaucoup de difficultés à rentrer dans ce livre. La première partie en Suède m’a de ce fait un tantinet ennuyée puisqu’il ne s’y passe pas grand-chose. Le narrateur nous relate des bribes de son enfance partagée entre le traumatisme de son abandon très jeune par une mère démissionnaire et son éducation bancale assurée par un père alcoolique et rustre qui ne rêve que d’une chose, reprendre la mer et s’évader de sa forêt opaque où il coupe inlassablement du bois. Hans mène ainsi une existence d’une tristesse désespérante. Quel étouffement !

Son amitié teintée d’envie avec son camarade Sture, un “gosse” de riche, semble lui apporter un temps une certaine quiétude, jusqu’au jour fatal où son ami est victime d’un accident stupide qui le laisse paralysé pour le restant de ses jours. Ce passage est particulièrement effroyable car Hans est en partie responsable de ce drame. Le poids de la culpabilité pèse sur ses épaules et il finira par abandonner son propre camarade à son triste sort… Hans a tout d’un anti-héros. Il est toujours fuyant dans tout ce qu’il entreprend et manque cruellement de courage. 

On rencontre également dans cet étrange récit pour le moins macabre, une drôle de femme, une dame qui, à la suite d’une opération hasardeuse a perdu son nez et se promène avec le nez rouge d’un clown pour dissimuler le trou béant situé au milieu de son visage… Un trait de la littérature nordique qui m’a laissée dubitative (…) Hans n’est alors qu’un jeune collégien lorsqu’il croise sa route. Il vibrera d’amour pour elle dès sa première rencontre et entretiendra une relation ambiguë avec cette dernière. Cette partie du roman est tout aussi malsaine et à mon sens déroutante car on se demande bien comment l’auteur va nous emmener en Afrique… La mort subite et effroyable de cette femme sans nez, Janine, qui se suicide après avoir été abandonnée par son jeune amant Hans, étant une fois encore en partie responsable, scelle son destin. Il décide dès lors de réaliser le rêve de cette défunte en partant à la découverte de la Zambie. 

Ce pèlerinage étrange ne lui apportera aucun réconfort. Il fuira finalement un champ de ruines pour un autre.

La partie africaine relate les années post-indépendance de la Zambie  (le roman s’achève avec les années 90) qui est une véritable poudrière prête à exploser à n’importe quel moment. Les colons blancs ont été en majorité chassés du pays, seuls quelques-uns fiers et entêtés ont conservé leurs fermes et leurs propriétés. Hans se croit différent de cette population blanche anglo-saxonne raciste et étriquée qui maltraite les noirs. Donneur de leçons arrogant, il est d’ailleurs convaincu de comprendre la mentalité des africains et de savoir ce qu’ils désirent vraiment tout comme de connaître leurs besoins. Ainsi, il se voit comme un bon sauveur venu redorer en quelque sorte son blason. Lorsqu’il se retrouve à la direction d’une ferme de poules pondeuses et de 200 employés, la tête lui tourne et les désirs de grandeur prennent petit à petit forme dans son esprit. Ses idéaux se heurtent malheureusement à la sombre réalité de l’Afrique, les africains n’ont pas besoin des blancs pour vivre et survivre, ils agissent selon leurs propres codes, influencés par des croyances et des superstitions incompréhensibles pour l’esprit trop terre à terre blanc. Ainsi donc Hans comprend qu’il est lui-même un intrus sur cette terre sauvage et indomptable. Après 17 ans de vie en Afrique, il n’a toujours pas trouvé réponse à ses interrogations… Il repartira lui-aussi les mains pleines de sang…

Voici donc une lecture qui ne laisse pas de marbre (ou plutôt de glace…). A travers ce récit un brin glauque et inquiétant, Henning Mankell nous fait découvrir la face cachée de l’Afrique où la corruption tout comme le fatalisme tiennent malheureusement une place prépondérante dans son destin. On en ressort un peu désillusionné (ou traumatisé) comme notre “héros” Hans. Si le jour, cette terre sublime semble tout droit sortie d’un rêve, la nuit, elle devient le théâtre des pires horreurs. La ferme de Hans se métamorphose progressivement en prison dorée, un vrai bunker où, pour se protéger de l’extérieur, il n’aura d’autre choix que de se calfeutrer. J’ai trouvé l’analyse de l’auteur particulièrement fine lorsqu’il dépeint le milieu des anciens colons blancs. Si les noirs cultivent la haine des blancs, ces derniers ne sont pas tout à fait innocents non plus puisqu’ils méprisent sans cesse les noirs. 

En bref: Mankell décrit avec un certain talent la solitude des expatriés et la complexité de leur relation avec les noirs, la moiteur du climat, l’angoisse diffuse d’un pays au bord du cataclysme tout comme l’avidité des hommes qui le gouvernent. L’œil du léopard, c’est cette fièvre délirante qui attaque et ronge l’âme d’Hans lorsqu’il est pris de crises de paludisme, c’est l’Afrique qui prend peu à peu possession de lui, tapie dans l’ombre prête à bondir à l’instant propice pour venger ses torts…

J’ai d’ailleurs découvert que dans certaines parties du continent, il existait (et existe toujours) des sociétés secrètes basées sur des croyances animistes (et parfois cannibales) où des chefs sorciers étaient entraînés comme guerriers impitoyables pour devenir des “hommes léopards”. Ces êtres aux habiletés extraordinaires auraient la capacité de projeter leur conscience dans celle d’un léopard ou de simuler les attaques de cette bête sauvage. Leurs crimes étaient la plupart du temps motivés par la vengeance… Cette trouvaille de l’auteur demeure, selon moi, la partie la plus intéressante du roman, dommage qu’il l’ait peu exploitée dans son intrigue. Si je n’ai fait qu’une bouchée de ce livre, cette lecture contemplative fascinante reste cependant un brin trop pessimiste à mon goût. Elle aura toutefois eu le mérite de me faire réfléchir et de me donner l’envie de me recentrer sur des lectures plus légères.

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L’île sous la mer

Après avoir lu Les Déracinés, une œuvre magnifique et passionnante qui m’a donné l’envie furieuse de m’évader à l’autre bout du globe, Catherine Bardon ayant un talent inné de conteuse, je me suis tournée vers l’une de mes romancières fétiches, la grande Isabel Allende, afin de poursuivre encore un peu plus l’exploration de cette terre énigmatique qu’est la République dominicaine. Si cette destination fait aujourd’hui rêver les touristes en mal de vitamine D et d’escales exotiques, cette terre n’a pourtant pas toujours été aussi paisible et accueillante car l’histoire de son peuple s’est principalement bâtie sur du sang, celui d’esclaves arrachés à leur pays d’origine: la Guinée, l’île sous la mer comme la nomme avec nostalgie ceux qui ont survécu à leur déracinement. 

Fin du XVIIIème siècle, Saint Domingue. Zarité, surnommée “Tété”, est vendue à l’âge de neuf ans à Toulouse Valmorain, un aristocrate français désargenté qui se voit confié, à la mort de son père, sa plantation de cannes à sucre de prime abord peu prometteuse. La petite Tété découvre alors qu’elle grandit, la rude vie des esclaves dans les champs, tout comme leur sort funeste: maltraités, torturés et inlassablement humiliés par des maîtres implacables qui ont le droit de vie ou de mort sur leur misérable existence, ces esclaves luttent chaque jour pour leur survie. Malgré cet univers infâme et d’une brutalité bestiale, Zarité survivra grâce à son courage et à une détermination chevillée au corps, celle d’accéder un jour à sa liberté… Lorsqu’une insurrection menace la disparition de sa plantation, Valmorain, qui échappe de justesse au massacre, n’a d’autre choix que de fuir à la Nouvelle-Orléans pour reconstruire son empire. Tété l’accompagne pour le servir une fois encore… Mais le combat pour l’émancipation des noirs est loin d’être terminé… Il ne fait que commencer. Zarité sans le vouloir se retrouvera au coeur de cette débâcle et participera elle aussi à l’effondrement progressif de l’esclavage…

Voilà un grand roman foisonnant et captivant ! Cette lecture formidable m’a transportée. Isabel Allende conte avec maestria la révolte progressive du peuple haïtien. Sans oeillères, elle fait revivre une époque incroyable qui semble presque plus proche d’un rêve (voire d’un cauchemar !) que de la réalité et pourtant, cette période effroyable et glaçante de l’histoire a bel et bien existé. J’ai été particulièrement abasourdie et révoltée de découvrir les horreurs commises sur les esclaves pour le profit. On oublie souvent quelles ont été leurs conditions de vie. Ils étaient considérés avec bien moins d’égard que de vulgaires bêtes de somme ; s’ils tentaient de s’enfuir, ils pouvaient subir la colère furieuse de leurs maîtres. Ainsi  les coups de fouets, tout comme l’amputation d’un membre pour donner une leçon à l’esclave insolent et récalcitrant, étaient monnaie courante. Les viols de petites filles noires par leurs maîtres qui engendraient des bâtards ou mulâtres à tour de bras faisaient également partie du quotidien des blancs établis dans les Caraïbes. Zarité appartient à son maître qui entretient avec elle une étrange relation de dominant à dominé. Valmorain, cet aristocrate sûr de son bon droit, violent et possessif, est un personnage qu’on aime détester. Il est raciste et est convaincu d’être un propriétaire terrien juste. Il rechigne à torturer excessivement ses esclaves et laisse la sale besogne à ses gérants plus cruels. Il ne souhaite pas s’embarrasser des ces vétilles qu’il considère nécessaires bien que vulgaires… En somme,  il est difficile de lui trouver des qualités expiatoires.  

A contrario, pour son époque, on le considère comme un homme bon et généreux, un tantinet sentimental !  Valmorain abuse de Zarité dès son plus jeune âge.  Violée et battue, elle lui restera cependant fidèle jusqu’à son émancipation. 

J’ai également découvert qu’il existait à cette époque une hiérarchie de couleurs aussi importante que les classes sociales dans les Antilles. Ce classement complètement incongru et absurde a encore des répercussions sur la population actuelle dominicaine. Saint-Domingue est composée d’une population assez hétéroclite. Les Grands Blancs (qui sont les colons européens blancs) dominent la société aristocrate de l’île, les Petits Blancs représentent la classe pauvre des blancs établie dans les Caraïbes, les mulâtres issus du mélange blancs et noirs, “dégradant” pour l’époque, vivent en retrait de la population noire qu’ils méprisent. Enfin, si la majorité des haïtiens est asservie, certains sont en revanche affranchis. Les raisons de leur émancipation ne sont malheureusement pas souvent louables car un esclave peut être libéré “généreusement” par son maître s’il ne représente plus aucun intérêt de rendement… Un infirme peut ainsi rejoindre la multitude d’affranchis condamnés à la mendicité faute d’opportunité d’emploi…

Enfin, j’ai appris avec surprise qu’il existait au sein même de la société mulâtre un classement d’importance. Plus la couleur de la peau était claire et se rapprochait de celle d’un blanc, et plus les possibilités d’un avenir prometteur étaient grandes. Certains colons blancs pouvaient ainsi par le recours d’un “plaçage” entretenir une maîtresse métissée et faire des enfants avec elle. Ses derniers pouvaient être selon le bon vouloir du blanc, vendus par leurs propres pères au plus offrant en tant qu’esclaves ou, s’ils étaient chanceux, être élevés comme des mulâtres aisés dans des pensions privées, en espérant un jour pouvoir être émancipés…

Pour conclure, ce roman dense à la fois sensible et déroutant fut une lecture formidable. J’ai englouti L’île sous la mer en l’espace de quelques jours malgré l’épaisseur du livre (611 pages)! J’ai à nouveau retrouvé la plume pleine de panache d’Isabel Allende qui m’avait enchantée il y a quelques années à la lecture de Zorro et de La maison aux esprits. J’ai ainsi aimé la suivre dans les coulisses de l’Histoire et trembler pour Zarité, une héroïne profondément touchante et humaine. Son destin tortueux m’a émue jusqu’aux larmes.

Ainsi donc, la romancière nous entraîne dans un tourbillon étourdissant de rebondissements palpitants où le lecteur rencontrera une multitude de personnages fantasques et hauts en couleurs, parfois inoubliables comme Toussaint Louverture, dans un univers teinté du réalisme magique propre à la littérature latino-américaine que j’adore. Si j’ai beaucoup aimé le personnage de Zarité, la grande héroïne du roman, je garde tout de même une préférence pour Violette Boisier, une cocotte mulâtre à la peau d’albâtre qui tentera avec ses propres “petits” moyens de venir en aide à Zarité…

En bref: Une grande saga historique envoûtante et inoubliable mêlant habilement le réalisme magique latino-américain emprunt d’exotisme. Je vous invite à suivre le périple extraordinaire de Zarité et ainsi découvrir la véritable histoire de l’indépendance d’Haïti et de la Louisiane, au XVIIIe siècle. Si vous aimez vous aussi Isabel Allende, n’hésitez pas à faire un tour ici  pour lire mon billet sur La maison aux esprits !

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Les déracinés de Catherine Bardon

Attention coup de coeur !

Dans le cadre du book club, j’ai dernièrement fait l’acquisition de ce roman magnifique. L’une de mes copines du club l’avait grandement apprécié, c’est pourquoi j’ai délaissé toutes mes lectures du moment pour me plonger complètement dans ce premier tome, celui d’une saga familiale déjà fort prometteuse ! Les déracinés conte l’incroyable aventure humaine d’une petite famille juive et bourgeoise d’origine autrichienne qui, pour fuir le nazisme galopant en Europe, s’embarque dans un voyage fou à l’autre bout du globe et atterrit malgré elle en République dominicaine où elle doit monter un Kibboutz (une exploitation agricole communautaire)… 

L’histoire débute de ce fait à l’aube de la Seconde Guerre mondiale à la fin des années 30. La première partie du roman suit l’effondrement progressif de l’Autriche et de sa capitale Vienne, cette ville lumière, noyau intellectuel de l’Europe. Almah et Wilhelm vivent le parfait amour, leur avenir semble tout écrit. Elle deviendra dentiste, quant à lui, il est promis à une brillante carrière de journaliste. Tous deux mènent une petite vie bourgeoise de bohême et observent la nazification de leur pays d’un œil distant. Ils ne se sentent pas vraiment concernés par la traque des juifs qui sont de plus en plus traités comme des pestiférés et mis au ban de la société autrichienne. Le couple appartient avant tout à une communauté de juifs assimilés, ils ne sont en effet pas vraiment pratiquants (ils ne parlent d’ailleurs pas l’hébreu comme leurs pairs) et refusent de circoncire leur propre fils pour satisfaire les coutumes ancestrales de leurs parents, qu’ils jugent particulièrement barbares. Ils célèbrent même Noël et ne dérogent jamais à la tradition du sapin. En somme, ils se considèrent avant tout autrichiens plutôt que juifs… Et pourtant l’Histoire se chargera de leur rappeler leurs origines. 

     En lisant cette œuvre foisonnante , j’ai eu l’impression de lire deux romans combinés en un seul tant les événements et bouleversements de ce livre sont multiples et riches. J’ai retrouvé dans la première partie une atmosphère romantique et désespérante analogue aux œuvres majeures de Stefan Zweig. L’aura de ce grand romancier est ainsi présente à chaque page, son suicide est par ailleurs suivi de prêt par le personnage de Wilhem qui voit l’écrivain comme son mentor. Les premiers chapitres sont particulièrement denses, un nombre important de termes allemands sont employés au fil de l’histoire, ce qui pourrait de prime abord déstabiliser un lecteur peu aguerri. Toutefois, l’écriture limpide de l’auteure rend cette lecture somme toute prenante.

L’atmosphère demeure dans la première partie assez oppressante puisque l’on suit les méandres de ce couple qui décidera trop tardivement de quitter son pays pour tenter d’échapper à la Shoah. Le couple est d’abord balloté d’un camp de déportation à un autre (Almah et Wilhelm resteront plus d’un an en Suisse à vivre et survivre dans des conditions spartiates) avant finalement de pouvoir arriver à bon port. 

J’ai découvert avec effroi que si certains juifs avaient pu fuir l’horreur des camps de concentration, ils n’étaient pas non plus les bienvenus à l’étranger, et étaient refoulés d’un pays à l’autre. Il existait, en effet, un quota de juifs autorisé pour chaque nation, ce que j’ignorais. Pour pouvoir obtenir un visa, il fallait pouvoir payer le prix fort des tarifs de contrebande, et beaucoup d’entre eux étaient malheureusement souvent victimes de malhonnêteté, et des fameux profiteurs de guerre qui n’hésitaient pas à les déposséder de tous leurs bien pour se remplir les poches. Quelle tristesse de voir nos deux héros vendrent jusqu’à leurs dernières toilettes pour pouvoir obtenir une éventuelle porte de sortie…

La seconde partie du roman prend un tournant on ne peut plus surprenant ; des ténèbres jaillit finalement une lumière et le jeune couple, à peine débarqués en Amérique, est ainsi la victime d’une arnaque et se trouve contraint à rebrousser chemin. Les visas se révèlent être en effet des faux.Wilhelm et Almah ont alors le choix entre retourner en Europe pour rejoindre à nouveau un camp de déportation où ils auront de fortes chances d’y moisir pendant plusieurs mois avant d’être inexorablement envoyé dans un camp de concentration pour être exterminés ; ou bien rejoindre une communauté d’illuminés à Sosua, en République dominicaine, pour bâtir un kibboutz, une idée farfelue de la “Joint », une organisation humanitaire chargée de protéger les juifs. On découvre finalement que ce projet n’a rien d’innocent, la communauté sert avant tout de cobayes pour la réalisation d’un kibboutz gigantesque en vue de la création de l’État juif en Palestine. 

   J’ai particulièrement aimé cette partie du roman car par certains aspects j’y ai retrouvé l’ambiance des expatriés que relatait ma grand-mère dans ses journaux intimes à Madagascar (qui faillit bien devenir une colonie de peuplement juif). Les personnages évoluent dans un univers suspendu dans le temps. Les jours s’égrènent avec lenteur, la touffeur du climat est amollissante. Je ne connaissais rien pour ainsi dire de l’histoire des Caraïbes.

En 1938, durant la conférence d’Evian organisée par les Américains, trente-deux pays sont conviés pour décider du sort des réfugiés juifs, or, aucun ne souhaite vraiment leur venir en aide (quelle honte et quel gâchis de pertes humaines !), la France incluse… Seul un petit pays perdu au milieu des mers des Antilles répondra à leur appel. Rafel Trujillo, un dictateur atteint de mégalomanie, leur propose en effet un refuge sur son île dominicaine. Ce mulâtre raciste voit l’opportunité de se refaire une réputation d’homme charitable en s’attirant les bonnes grâces de l’Amérique qui lui reproche le génocide à peine dissimulé de 30 000 Haïtiens. Il pense aussi par la même occasion pouvoir « blanchir » un peu plus sa population qu’il juge trop noire et marquée par le métissage. 

Quelle histoire incroyable tout de même ! Ce roman formidable aux accents de robinsonnade est étonnamment ambitieux. J’ai été happée dès les premières pages par ce récit. Si les événements semblent parfois rocambolesques, cette épopée extraordinaire reste tout de même réaliste car elle s’appuie sur des faits véridiques, bien que les personnages soient fictifs (au milieu du livre, l’auteure a pris soin d’ajouter de vieux clichés des habitants et du lieu pris sur le vif dans les années 30). Ainsi donc, il y a bel et bien eu des pionniers juifs envoyés en République dominicaine pour établir un kibboutz. La romancière aurait d’ailleurs rencontré l’un de ces premiers réfugiés sur l’île qui lui aurait conté l’histoire de sa famille lors de son arrivée en 1939. 

En bref: Pour conclure, ce roman nous transporte, c’est un pur chef-d’œuvre. Un témoignage magnifique et bouleversant. La romancière  Catherine Bardon fait revivre avec maestria un pan méconnu de l’histoire de l’exode juif. Plus de 900 000 juifs ont par ailleurs fui leur patrie originelle pour échapper à l’obscurantisme du nazisme. L’Autriche qui comptait un nombre incalculable de romanciers et d’artistes brillants a subi une véritable holocauste intellectuel. Les deux héros, apatrides,  de ce premier tome représentent bien cette élite contrainte de se réinventer en tant qu’exilés… Si j’ai particulièrement aimé le personnage d’Almah, c’est par ce qu’à mon sen, elle est la vraie héroïne de cette histoire, une femme extrêmement féminine et pourtant féministe, à la capacité d’adaptation phénoménale et une âme pure ; j’ai en revanche moyennement réussi à m’attacher à Wilhem trop ancré dans le passé et parfois trop pessimiste à mon goût.

Certes, le ton de ce roman demeure assez triste, mais malgré l’ombre persistante de la Shoah, les enfants de cette nouvelle génération de réfugiés juifs grandiront et s’épanouiront dans un endroit idyllique.  Loin du souvenir effroyable des camps de concentration, ils parviendront à faire le deuil de leur nation d’origine sans toutefois renier leur identité et trouveront enfin leur place en cultivant leur propre terre ailleurs, car comme le dit si bien Almah (un prénom qui lui va si bien), cette vieille âme qui est la sagesse incarnée: “sans racine, on n’est qu’une ombre” … Une belle leçon de vie à méditer !

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La p’tite PAL de Poupouche

Si les billets consacrés à la littérature sont légion sur ce blog, il était temps d’ouvrir une petite rubrique dédiée aux découvertes livresques des touts petits. Maman d’une toute petite fille de 18 mois, je m’intéresse de plus en plus aux ouvrages destinés à l’éveil des enfants, j’apprends au fur et à mesure que ma fille grandit et il m’arrive même de redécouvrir parfois des trésors de mon enfance que j’avais malheureusement oubliés au fil des années. En flânant sur les blogs des copinautes, j’ai  ainsi suivi avec plaisir les lectures qu’elles faisaient en compagnie de leurs petits bouts de choux, cela m’a donné envie de vous faire partager les nôtres.

A mon tour, je vous propose donc une petite sélection des livres et magazines qui sont venus s’ajouter à la PAL de ma Poupouche. Je pense vous en parler régulièrement. Les livres ont toujours eu une place de choix dans ma vie et j’espère de tout coeur transmettre cette même passion à ma fille, c’est pourquoi, j’ai cherché des idées de lectures d’éveil accessibles à son âge et à ses intérêts. 

Cette semaine, nous avons parcouru ensemble le magazine Abricot qui était dédié ce mois-ci à la galette des rois. Cela tombait bien puisque nous venions de célébrer cette tradition en famille autour d’un bon repas. La Poupouche a tout de suite repéré la couronne des rois et a indiqué de son petit doigt dodu sa tête ce qui m’a bien fait sourire. Elle commence à associer les images aux idées. Il y avait dans ce numéro, deux petits jouets qui ont remporté un franc succès à la maison, deux petits escargots sur roulettes pour jouer à la course. Ce cadeau original nous a occupé toute la soirée. La Poupouche a aussi aimé les petites histoires proposées. Il y a une bande-dessinée très sympathique sur les indiens. L’histoire était suffisamment simple et courte pour qu’elle puisse la suivre jusqu’au bout. En ce moment, nous aimons bien lire une petite histoire avant de se coucher. Sa durée de concentration s’améliore de jour en jour. Il y a une autre histoire sur les bisous que je trouve tout simplement adorable. Les dessins sont doux dans des couleurs pastelles relaxantes. Nous avons eu quelques éclats de rire en nous entraînant à reproduire le “bisous trompette” (ces vignettes garantissent de bons moments de complicités). 

Bien que ce magazine s’adresse en principe aux enfants de 2 à 3 ans, il s’est révélé tout à fait accessible pour ma fille, aussi je compte bien en acheter un à nouveau. J’aime qu’il soit à chaque fois thématique. J’ai hésité à prendre un abonnement mais j’ai déjà craqué pour un autre, la Poupouche est désormais abonné au Magazine Mikey Junior. Fondant m’a convaincue (merci à toi si tu passes par ici), elle en faisait l’éloge sur son blog dans cette chronique. Son petit lardon l’avait grandement apprécié. Je vous parlerai  donc prochainement de cette revue.

Nous avons aussi découvert le Hors-série de Petit ours brun qui paraît tous les mois. Ce magazine peut être abordé dès l’âge d’un an, il semblait donc tout à fait adapté à la Poupouche. J’ai beaucoup aimé le petit décor ainsi que les figurines qui complètent le numéro. La thématique de l’hiver est représentée avec des illustrations magnifiques et féériques. Des jeux permettent d’apprendre à l’enfant à repérer des objets ainsi que des personnages dans de jolis paysages. Nous allons le tester dans les semaines à venir. Pour le moment, la Poupouche a été davantage sensible aux figurines plutôt qu’au livret qui malheureusement l’a laissée assez de marbre. Pas grave, nous tenterons demain soir lorsqu’elle sera plus calme… Il a fallu d’ailleurs batailler pour maintenir le décor en un seul morceau, la tâche n’a pas été aisée ! 

Nous avons également acheté un hors série du magazine Popi, un régal pour les yeux. Ce numéro est aussi dédié à l’hiver et nous fait voyager dans le pays des esquimaux. Il y a une palette d’autocollants superbe et bien fournie, de quoi occuper la Miss durant les après-midis pluvieux. Faute de balade, elle pourra au moins s’amuser à jouer avec ses décors. Nous aimons beaucoup les stickers et elle en raffole particulièrement. 

Enfin, deux livres d’histoires Disney sont venus rejoindre la petite bibliothèque de bébé. La Poupouche est en effet passionnée par les dessins-animés (nous avons pris la plateforme Disney +). Si le temps de télévision à la maison est surveillé et restreint, notre farfadet adore les chansons de Vianna que nous écoutons aussi en boucle en français comme en anglais dans la voiture (seul moyen de calmer les pleurs durant les longs trajets…).  Elle chantonne et fredonne les mélodies devenues familières. Depuis quelques semaines, elle a aussi compris le sens des livres et pose son doigt sur l’écriture pour faire comme maman et faire semblant de lire comme une grande… Leclerc propose désormais des livres de seconde main dans notre ville et à des prix franchement imbattables. J’avais l’habitude de me fournir dans les points culturels, je compte bien profiter de cette aubaine pour renflouer la petite PAL de notre Miss. Pour moins de cinq euros, je suis repartie avec deux livres en excellent état et sans ratures ! La Poupouche vous tiendra au courant de ces lectures ! Pour l’heure, nous allons tenter de l’occuper, elle n’a nullement envie d’aller se coucher…. La nuit ne fait que commencer…

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L’ange de Marchmont Hall de Lucinda Riley

Nouvelle année et nouveaux objectifs de lecture ! Ces derniers mois ont été éprouvants moralement pour chacun d’entre nous et je dois bien l’avouer les livres ont été mon principal refuge pendant cette période trouble. J’ai retrouvé grâce à eux le goût de la curiosité, tout  comme celui de l’émerveillement. J’ai rêvé, pleuré, j’ai voyagé et j’ai été transportée d’un livre à l’autre. Je me suis de ce fait fixé un nouveau défi pour 2021: poursuivre cette grande aventure, en tentant coûte que coûte de rester régulière sur ce blog en essayant de partager avec vous, un maximum de lectures.

Lucinda Riley est une auteure irlandaise fantastique que je viens à peine de découvrir grâce à la lecture passionnante de L’ange de Marchmont Hall. C’est en effectuant en décembre, les dernières emplettes que j’ai déniché au détour d’un point culture, ce roman fabuleux… Quelle belle surprise ! Dès les premières pages, j’ai été complètement happée par cette lecture, au point de délaisser mes tâches ménagères ! Cette saga familiale suit le parcours cahoteux de trois générations de femmes. L’histoire oscille entre les années d’après-guerre (1945) et les années 80.  

1985. Greta retourne pour Noël à Marchmont Hall, une magnifique demeure située dans les collines de Monmouthshire au Pays de Galles. Elle n’y a pas mis les pieds depuis une trentaine d’années. David, un acteur talentueux et séduisant qui l’a invitée, espère pouvoir raviver la mémoire défaillante de sa vieille amie. Cette dernière est devenue amnésique à la suite d’un terrible accident de voiture qui a effacé de sa mémoire vingt ans de sa vie. Durant une promenade dans le parc, Greta trébuche sur une tombe dissimulée sous la neige, celle d’un petit garçon… Cette étrange découverte la bouleverse ; qui était donc ce petit ange trop tôt disparu? Peu à peu, ses souvenirs, par bribes fragmentaires refont surface… Des images douloureuses, celles notamment de sa fille Cheska qu’elle avait elle aussi oubliée. Greta parviendra-t-elle à faire le deuil de son passé pour réécrire son histoire et peut-être même envisager un possible futur?

Si vous êtes, lecteurs, à l’affût d’un “page turner” pour occuper vos soirées cet hiver, ne cherchez plus, ce livre est la solution ! Certes, ce roman est tout de même une belle brique de 700 pages, mais on ne s’ennuie jamais.  Derrière une histoire en apparence anodine, celle du récit d’une femme amnésique, un choix d’écriture qui pourrait paraître un brin sans surprise, se dissimule finalement un petit bijou d’inventivité. La trame de ce roman est en effet riche en émotions. L’intrigue est ainsi particulièrement bien troussée car Lucinda Riley a un talent inné de conteuse. J’ai aimé suivre le récit poignant de Greta, sa lente convalescence et l’évolution de sa relation avec David, cet homme foncièrement bon et généreux qui a tout tenté par amour pour veiller à son bonheur. Dans cette galerie foisonnante de personnages, je retiendrai le portrait glaçant et à la fois désespérant de Cheska, une femme-enfant trop tôt aspirée par Hollywood… L’auteure décrit d’ailleurs admirablement bien la descente aux enfers de ce personnage féminin ambivalent qui, schizophrène, sombre peu à peu dans une folie destructrice. Le lecteur suit ainsi les déconvenues de trois femmes: la mère, sa fille ainsi que sa petite-fille … Si l’héroïne Greta par son opportunisme et sa volonté obsessionnelle de faire de Cheska une star, (une erreur monumentale dont elle devra subir les conséquences tout au long de sa vie), est un personnage parfois un tantinet agaçant, elle demeure malgré tout bouleversante. Sa vulnérabilité tout comme son amour aveugle et démesuré pour sa fille est touchant.

En bref : cette lecture addictive est une merveilleuse découverte, un grand coup de cœur !  Par certains aspects, cette saga familiale alternant avec brio les sauts dans le temps m’a rappelé les romans de Kate Morton, bien que je me rends compte que Lucinda Riley maîtrise incontestablement mieux le genre … Je ne serais pas étonnée de voir son œuvre adaptée pour le petit écran dans une mini série so British … Elle serait un vivier d’inspiration prodigieux, et donnerait sans-doute naissance à un projet bien plus tentant  et abouti que la série Period drama de Bridgerton (qui devait soit-disant détrôner Downtown Abbey), une petite daube produite actuellement par Netflix et dont l’intrigue est malheureusement d’une superficialité désolante… Quel gâchis d’idées ! 

Qu’à cela ne tienne, j’ai encore quelques bons romans de Lucinda Riley sous le coude à découvrir. Je compte par ailleurs me procurer d’autres titres de cette romancière excellente. La saga Les sept sœurs me tente grandement tout comme La chambre aux papillons. Affaire à suivre !

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Attention énorme coup de coeur ! 

XIXème siècle, sur l’île du Prince Edward, Canada. Anne Shirley, jeune orpheline d’une dizaine d’années vient d’apprendre une nouvelle extraordinaire, la voilà enfin adoptée par un frère et sa sœur, tous deux âgés et sans enfants, dans la jolie ferme bucolique de Green Gables à Avonlea. A son arrivée, Anne n’en croit pas ses yeux, cet endroit enchanteur aux paysages romantiques semble tout droit sorti d’un rêve ou d’une carte postale… Se pourrait-il que cette orpheline, tant de fois maltraitée, ait enfin trouvé son foyer?  À son grand désarroi, l’orpheline déchante malheureusement très vite, elle n’est une fois de plus pas vraiment désirée, on attendait un garçon pour aider à la ferme et voilà que débarque à sa place à la gare, une petite rousse extravagante particulièrement bavarde… La fratrie Cuthbert d’abord réticente à l’idée de garder cette fille curieuse, un nouveau fardeau pour ce drôle de couple et une nouvelle bouche à nourrir, décide finalement contre toute attente et malgré les avertissements de leur entourage, d’accueillir l’orpheline sous leur toit. Cette décision étrange et étonnante marquera le début d’une grande aventure humaine pour ce frère et cette sœur qui depuis de nombreuses années vivent reclus et embourbés dans une réalité triste et routinière…

Comme j’ai aimé cette lecture, comme j’ai pleuré et comme je me suis émerveillée au fil des chapitres en découvrant le destin rocambolesque de ce petit bout de femme un brin féministe avant l’heure. J’ai en effet été profondément émue par le personnage d’Anne qui rappelle par certains aspects de sa personnalité la vaillante Jo des Quatre filles du Docteur March. Tout comme cette dernière, Anne est une petite fille fantasque à l’imagination fertile et à la langue bien pendue (dénuée de filtres…) qui commettra un nombre incalculable de bourdes pour enfin s’épanouir en une merveilleuse jeune femme à l’esprit vif. 

J’ai d’ailleurs eu l’agréable surprise de découvrir que ce roman était en vérité le premier tome d’une longue saga de huit livres qui avaient été publiés initialement entre 1908 et 1942 ( le deuxième tome devrait paraître en français en février 2021).

S’il est vrai que certains passages et en particulier dans la première partie du roman versent un tantinet trop dans le pathos, Anne étant malmenée et traitée initialement par sa famille adoptante sans véritable égard, (comment d’ailleurs ne pas penser aux romans sombres et à la fois lumineux de Dickens?), ce grand roman populaire canadien méconnu du lectorat français, n’a cependant rien à envier à Oliver Twist. Ses mésaventures sont tout aussi palpitantes et enrichissantes pour le lecteur. 

Bien que les coups du sort semblent de prime abord s’acharner sur elle, fort heureusement, une éclaircie jaillit promptement dans ce paysage sombre, notre héroïne attachante, grâce à un optimisme inébranlable et un courage admirable, parviendra bien évidemment à séduire son entourage pour le plus grand bonheur de ses lecteurs. Cette jolie histoire, une véritable madeleine de Proust, est ainsi une douce croisière, certes sans véritables remous, mais qui, malgré tout, a le pouvoir étonnant de nous transporter.

Anne de Green Gables (adaptation série T.V 1985)

Derrière une intrigue en apparence somme toute simpliste se cache de ce fait une véritable ode à la vie. Qu’importe si les méchants ne sont pas foncièrement mauvais, si le bien triomphe toujours, cette lecture nous dévoile avant-tout la recette du bonheur en profitant pleinement de l’instant présent, en croquant la vie à pleines dents comme on le ferait en savourant une pomme délicieuse et juteuse dans un verger verdoyant. A Green Gables, comme le nom l’indique si bien, la nature règne en maîtresse, elle possède un don quasi mystique et apaise l’âme de ses habitants.

C’est par ailleurs à travers le regard doux et rêveur d’Anne que les personnages de Marilla et de son frère Matthew vont peu à peu s’épanouir et trouver l’étincelle qui manquait à leur existence. Leur relation de prime abord dure avec la petite rouquine va progressivement s’adoucir pour se métamorphoser en un amour solide et pur. Cette évolution dans leurs sentiments est profondément touchante et parfois même bouleversante. J’ai adoré ces deux protagonistes.

Marilla et Matthew Cuthbert dans Ann with an E (2017-2019)

En terminant cet incroyable roman, je me suis questionnée sur le succès surprenant de ce classique. Pourquoi ce livre suscite-t-il de nos jours un regain d’intérêt depuis ces deux dernières années? A l’heure où l’humanité s’interroge sur son sort futur, où les incertitudes plombent nos espoirs de projets d’avenir, Anne de Green Gables (connu également sous le titre Anne, La maison aux pignons verts) nous ramène à mon sens à l’essentiel. Si nous sommes privés actuellement de nombreuses libertés, notre imagination tout comme notre capacité d’émerveillement demeurent encore les meilleurs remparts face aux malheurs qui semblent nous assaillir. En ce sens, ce roman est une bouffée d’air pur, un remède efficace à la déprime ambiante et au pessimisme crasse que nous renvoient les médias.

En bref : Je vous conseille de vous précipiter sur ce chef-d’œuvre intemporel d’écriture sans plus tarder, vous ne serez pas déçus du voyage. Anne de Green Gables, à l’instar de La petite Princesse, est un petit joyau qui illuminera vos après-midis moroses. Cette héroïne bourrée d’imperfections, et au romantisme certes parfois un tantinet trop exalté, est incontestablement adorable. Un dernier mot sur cette couverture somptueuse, ce bel écrin a été admirablement bien choisi par les éditions Monsieur Toussaint Louverture pour mettre en valeur cette pépite. Ayant terminé cette lecture avec regret, j’ai désormais hâte d’acquérir la suite pour compléter au fur et à mesure ma collection (je suis devenue une fan inconditionnelle !).

À noter qu’une énième adaptation télévisée de cette œuvre à vu le jour en 2017 (en trois saisons) sous le titre Ann with an E, et est actuellement toujours disponible sur la plateforme de Netflix. Si cette adaptation très libre qui reprend les préoccupations actuelles tout en conservant bien l’esprit de l’œuvre originale, est quelque peu divertissante, elle n’égale en rien les romans de Lucy Maud Montgomery. J’ai moyennement supporté l’actrice qui incarne Anne à l’écran, ses répliques bavardes m’ont irritée et j’ai eu bien du mal à aller au-delà de la première saison… En revanche, les personnages de Marilla et Matthew sont interprétés avec brio. Je pense donc persévérer et visionner la série jusqu’au bout !

Publié le par missycornish | 19 commentaires

Le Père Noël et ses lutins sont passés ! Merry Christmas !

Joyeux Noël à tous ! Je vous souhaite de passer d’excellentes fêtes en famille. J’espère que vous avez été tous gâtés, que vous avez bien ripaillé, et  que  vous profitez de la compagnie de vos proches en toute sécurité. Ici, malgré la pandémie, le Père Noël est tout de même venu nous rendre visite et une fois de plus, il nous a apporté de merveilleuses surprises. J’ai reçu de très beaux cadeaux, un parfum Miss Dior, une fragrance que je porte depuis plusieurs années offert par mon tendre et dont je ne me lasse pas, un ensemble pyjama pour traîner devant la télévision et jouer à Bridget Jones (je compte d’ailleurs me faire bientôt une petite après-midi marathon pour visionner les trois films), des jolis pulls en laine La Redoute, un très beau pantalon rouge grenat Grace & Mila, des mocassins en croûte de cuir Monoprix, un sac à main très élégant Camaïeu, un  Bullet Journal en cuir offert également par mon Homme pour débuter la nouvelle année et noter mes idées de rédaction de prochains billets, sans oublier une quantité impressionnante de livres à lire ! Je vous laisse la découvrir. Deux autres romans de Lucinda Riley sont en chemin et n’ont pu être déposés à temps sous le sapin mais ils devraient arriver à bon port dès lundi. De quoi, m’occuper au cas d’un éventuel troisième confinement… Ma pile de livres commençait doucement à diminuer, la voilà bien remplie ! 

De la gauche vers la droite: La bilbliothèque des coeurs cabossés (une lecture légère que je lirai sans-doute durant les vacances), Cornes de Joe Hill (un thriller fantastique), le troisième tome du comics, Locke & Key, une série de Joe Hill que je dévore actuellement, Le costume du mort (un roman terreur) de Joe Hill, la bande-dessinée rétro de Stephen King basée sur une série B télévisée d’histoires terrifiantes qui ont inspirées aussi Les contes de la crypte, la B.D After Life ( une histoire de zombie rétro au graphisme plein de peps), le roman d’aventure de ma soeur, La piste des Inlands, (un exemplaire original avant qu’elle ne l’envoie à la publication, j’ai hâte de découvrir ce premier tome de sa saga), enfin, une adaptation libre en roman graphique du chef-d’oeuvre de Bram Stocker, Dracula ! Je vais me régaler ! Et vous, votre PAL s’est-elle également agrandie? Quels nouveaux romans ou livres ont rempli vos étagères?

Publié dans blablas littéraires | 18 commentaires

Noël à la Librairie des Coeurs Brisés d’Annie Darling

Par l’entremise du défi “Il était huit fois Noël”, ce roman à la couverture de carte postale aguicheuse, tout comme son titre alléchant, est apparu sur mon fil d’actualité. Après avoir lu d’innombrables critiques enthousiastes et positives sur cette auteure, l’acheteuse compulsive que je suis n’a pu résister à la tentation de se précipiter avant les fêtes dans la première librairie de sa ville pour dénicher un exemplaire de son œuvre. J’ai par ailleurs profité de l’occasion pour participer à une lecture commune avec ma copinaute Syl. Cette édition joliment travaillée a paru exceptionnellement pour les fêtes sous forme de coffret collector, une merveille pour les yeux. Les éditions Hauteville ont ainsi donc soigné avec goût la forme mais quant est-il vraiment du fond?  Ce roman vaut-il vraiment la peine d’être lu? Au risque d’en décevoir plus d’un, ce livre m’a fait l’effet d’un véritable flop ! Il m’est littéralement tombé des mains… J’admet à ma grande honte l’avoir terminé en diagonale… Ce qui est une première. J’attendais avec impatience, une envolée, un éclair pour attiser ma curiosité mais les dialogues trop présents, le manque de descriptions m’ont rendu cette lecture somme toute insupportable.

J’ai beau avoir un faible pour les romances et ne pas bouder un petit téléfilm de Noël de temps en temps, je dois avouer l’avoir malheureusement  trouvé éprouvante… Je me suis ennuyée ferme d’un bout à l’autre du livre. A la page 50, mon agacement était à son apogée. Mattie m’était insupportable, son personnage de grincheuse blasée et aigrie de la vie qui déteste Noël m’a laissé dubitative. La raison de cette haine viscérale pour cette célébration m’a paru un tantinet tirée par les cheveux. Les protagonistes de ce roman sont  en effet particulièrement agaçants voire carrément antipathiques. Cette fameuse héroïne est une petite mijaurée insupportable et hautaine qui méprise ses collègues libraires.  Certains passages du roman sont tellement mal écrits qu’ils en deviennent risibles: le chapitre des croissants phalliques loin de me faire rougir m’a fait plutôt l’effet d’une douche froide… L’un des personnages décrit d’ailleurs « son bas ventre qui frétille » (oh secours !!!) à la vision de Tom, autre Grinch de Noël ronchon et péteux. Ce libraire aux lunettes d’écailles et aux costumes en tweed élimé est le stéréotype même du ténébreux mystérieux qui dissimule un passé lourd de secrets (dont finalement on se tamponne quelque peu…). Je ne voudrais pas spoiler cette intrigue déjà hautement palpitante…

Curieuse de nature, je tente souvent d’élargir un peu plus mes horizons littéraires en me tournant vers des lectures plus modernes… Les bluettes ne sont pas toujours désagréables, elles peuvent parfois nous transporter dans une petite parenthèse de bonheur somme toute plaisante. Néanmoins, lorsque le style d’écriture est déplorable, que les personnages ont des comportements ridicules et incohérents, que les dialogues sonnent faux, on a beau vouloir embrasser la magie de Noël et faire fi des préjugés, la lecture devient malgré tout  indigeste. 

Si vous êtes toutefois amateurs de cupcakes et de roulés de saucisses, ce livre est pour vous, en revanche si les trop nombreuses références culinaires qui monopolisent constamment une intrigue un brin trop prude, quasi-nulle et déjà vacillante vous horripile, fuyez pendant qu’il est encore tant ! Vous voilà prévenu !

Petite consolation, cette lecture commune m’aura tout de même valu quelques petits fous rires solitaires et en particulier durant une après-midi d’échange sur Facebook avec Syl à l’humour débridé. J’ai bien ri merci ! Nous  nous sommes dévouées jusqu’au bout mais quelle corvée ! Pour lire son billet c’est ici !

  Participation aux challenges de Noël : Mya’s Christmas et Il était huit fois Noël.

Publié dans Challenge cold winter, Littérature anglaise | 11 commentaires

Un jour en décembre de Silver Josie

Qu’il est bon parfois de lire des romans tendres et enlevés.  Lorsque autour de nous tout semble vaciller, le monde des livres nous réserve encore de jolies petites surprises comme cette bluette idéale pour attendre sagement Noël sous un plaid, une tasse de chocolat chaude fumante à la main. Je cherchais depuis plusieurs semaines une lecture légère mais distrayante, en somme une petite parenthèse littéraire relaxante qui me permettrait d’oublier les tracas quotidiens (et il semble y en avoir tellement ces temps-ci).

Si vous êtes tout comme moi une midinette dans l’âme avec un petit faible pour les romances de Noël, ce livre est fait pour vous ! 

Josie Silver est une conteuse née. Cette charmante histoire d’amour a eu d’ailleurs sur moi un effet thérapeuthique. J’ai volontairement ignoré mes préjugés habituels quant aux romans à l’eau de rose dégoulinant de mièvrerie, pour me plonger dans cette romance touchante. Il faut l’admettre, j’en avais grandement besoin. L’intrigue était pourtant assez simpliste au départ :

Par une journée de décembre enneigée, Laurie aperçoit à travers la buée de la vitre de son bus, le regard électrisant d’un jeune homme. C’est le coup de foudre… La jeune femme tout comme ce mystérieux bel inconnu semble tout deux envoûtés… Malheureusement, la réalité ne tarde pas à les ramener sur la terre ferme, ne dit-on pas d’ailleurs que les coups de foudre ne durent jamais que l’instant d’un éclair? Le bus redémarre avec Laurie à son bord laissant derrière lui, le beau jeune homme, tout comme la promesse possible d’un amour trop tôt avorté. Dès lors, Laurie n’aura de cesse de tenter de retrouver à travers la grisaille londonienne celui qu’elle croit être son véritable âme sœur, en vain. Alors que la jeune femme s’apprête à renoncer à ses chimères, le destin lui joue un tour des plus douteux…

Sa meilleure amie et colocataire lui présente le soir de Noël, l’homme qu’elle a l’intention d’épouser… Jack, qui n’est autre (oh surprise!) que le bel inconnu aux yeux verts du bus… 

Cette trame somme toute banale aurait pu donner naissance à une romance gnangnan à souhait, mais la romancière a décidé de faire durer le plaisir en inventant un chassé-croisé amoureux à la fois poignant et ancré dans un univers finalement plutôt réaliste. Cet aspect du roman est en outre intéressant car l’histoire d’amour n’est ni brève, ni expéditive, encore moins facile. L’intrigue se déplie en effet sur une dizaine d’années, ce qui permet au lecteur de découvrir peu à peu la personnalité de chaque protagoniste. Les personnages évoluent donc au fil du temps tout comme leur psychologie. Certes, cela reste avant tout une romance, l’amour triomphe toujours bien évidemment et certains passages sont un brin mièvres (l’héroïne chouine parfois un peu trop à mon goût et verse un torrent de larmes quasiment à chaque chapitre). Toutefois, l’auteure a tout de même tenté d’apporter une certaine épaisseur à l’ensemble. Ce roman a bien des égards présente quelques similitudes au livre One Day (Un jour, pour sa traduction française) qui, s’il m’avait grandement plu, m’avait tout de même un peu plombé, la fin gardant malgré tout une touche d’amertume. Un jour en décembre est davantage un roman feel-good et c’est ce qui le rend charmant. C’est un petit roman qui se savoure délicieusement et qui ne m’a pas ennuyé une seule seconde, au contraire il me tardait de retrouver mon livre chaque soir, ce qui avouons-le est tout de même un bon point !

J’ai aimé suivre les péripéties tout comme les mésaventures de nos héros. Bien qu’ils soient pétris de défauts, ils restent fort attachants malgré eux. Laurie est une femme adorable d’une grande loyauté. Quant à Jack sous ses dehors de bad boy torturé, il cache un cœur d’or. 

Digne d’un bon téléfilm de Noël, ce roman est un cocktail multivitaminé de bons sentiments, un shot d’optimisme et une bouffée d’air pour se regonfler à bloc. Si vous cherchez une lecture divertissante et lumineuse, une comédie romantique à la Bridget Jones dans une ambiance festive et décalée à la Love Actually, ne cherchez plus, le voici ! A savourer sans modération !

Et hop! Une nouvelle contribution au challenge Il était huit fois Noël et au défi Christmas time.

Publié dans Challenge cold winter, Littérature anglaise | 14 commentaires

Christmas Read-A-Thon (billet de suivi et bilan)

Et nous revoilà pour un nouveau marathon littéraire, cette fois-ci dédié à inaugurer la saison des fêtes ! J’avais tellement hâte de pouvoir y participer.  Le challenge Il était huit fois Noël a repris depuis début décembre et je vais m’efforcer d’honorer du mieux que possible ce défi ! Ce super Read-a-thon hivernal commence dès 21h ce soir et s’achèvera dimanche à minuit. Le concept est simple lire des livres autour de la thématique de Noël et de l’hiver et visionner des petites cucuteries bien sympathiques pour se plonger dans l’ambiance merveilleuse et festive de cette saison. J’ai bien l’intention d’en profiter pleinement même si une fois de plus, tout comme pour le challenge d’Halloween, je suis toujours accompagnée de ma Tornade rousse qui pour le moment n’a nullement envie de plisser l’œil ! (et hurle à plein poumon dans son lit… Je vais devoir écourter ce premier billet). La soirée s’annonce mouvementée. J’ai malgré tout préparé ma petite PAL pour ce mois-ci. J’ai d’ailleurs effectué quelques emplettes pour l’occasion. Certains livres ne sont pas encore arrivés, je guette donc le courrier. 

Je vous retrouve toute à l’heure, le devoir m’appelle, mon petit Gremlin est en colère ! La nuit ne fait que commencer…🤯😅 Pour découvrir le programme alléchant que nous ont concocté Samarian et ChickyPoo pour l’occasion, c’est ici ! Bon challenge à tous! 

21h50: mon petit elf vient enfin de s’endormir! Ouf! Je me suis installée confortablement auprès de l’Homme de cro sur le divan en mode Hygge. Mon homme m’a fait une tisane bien chaude, j’ai enfilé mon pyjama de Noël à carreaux façon Bridget Jones.  Je suis enfin prête pour débuter les festivités ! J’avais l’intention d’amorcer le marathon en lisant un Anne Perry, malheureusement, mon petit troll a mis le salon sens dessus dessous et je suis désormais incapable de le retrouver… Ce sera donc pour demain si le livre veut bien refaire surface… On reste zen… 

J’en profite pour vous présenter ma PAL, elle est particulièrement bien fournie cette année. Je doute tout lire bien entendu ce week-end mais j’espère bien pouvoir en découvrir un maximum avant la fin du défi qui devrait s’achever le 3 janvier. Challenge accepted !

Samedi 12 décembre

9h05: je suis levée depuis 4h30…  Bébé s’est réveillé tôt. Hier je n’ai pas pu lire trop épuisée pour pouvoir me concentrer sur mes pages. J’avais commencé à revoir sur Netflix, The Knight before Christmas mais j’ai somnolé devant l’écran. Au final, je me suis couchée à 22h30 complètement claquée. 

J’ai tenté de lire un petit peu mais bien évidemment la Tornade rousse en a décidé autrement… J’ai lu les toutes premières pages du Cupcake Café sous la neige (42 pages). J’ai pour l’instant du mal à rentrer dans le livre, c’est une suite qui peut apparemment être lue indépendemment des autres romans de l’autrice. Le style est par contre très fluide ce qui rend la lecture aisée. Je prends tranquillement mon petit déjeuner avant d’aller me préparer. J’ai un cours de conversation à donner à 11h ce matin. Je vous retrouve toute à l’heure. 

10h46: Ma fille est partie faire les courses avec ses grand-parents tandis que l’homme de cro prépare un bon feu dans la cheminée. La maison est propre et bien rangée. J’en profite pour bouquiner quelques pages avant ma leçon en visio-conférence. Je suis enfin rentrée dans le livre. Certains passages me font sourire. Le personnage féminin Izzy a une amie qui parle inlassablement de son bébé d’un an et qui a du mal à se détacher de ce sujet. Elle met sa fille sur un piédestal et est obsédée par les couches, l’allaitement… Izzy n’en peux plus, elle voudrait pouvoir aborder d’autres sujets de conversation… Ahaha. Je me demande si je suis pareille… Sans-doute. L’auteure en profite pour fustiger gentiment et avec humour les mamans trop autoritaires et possessives qu’elle trouve un peu malsain. J’ai lu 10 pages. J’y retourne! C’est pas mal du tout, ça fait réfléchir. 

11h27: les joies de l’informatique. La jeune fille à qui je devais donner une leçon a malheureusement rencontré des soucis de connexion. Après 30 min d’attente nous avons décidé de reporter. Pas grave! J’en ai profité pour poursuivre ma lecture et je dois dire que je suis finalement accro! J’adore le personnage d’Izzy, elle est vraiment sympathique et toujours enjouée.

17h38: Bon, la journée a été un peu chaotique même si nous avons passé un super moment en famille. Je n’ai quasiment rien lu… (Honte à moi) mais j’étais pourtant bien dans l’ambiance de Noël. Mon homme, la Tornade et moi avons fait les boutiques pour effectuer les derniers achats avant le réveillon. Nous sommes allés faire un petit tour en ville, il y avait un chalet en bois où l’on pouvait prendre un bon chocolat chaud et une délicieuse crêpe. Etant une grande gourmande, j’ai succombé… Impossible de faire régime en ce moment. Je ne pense qu’à manger du chocolat. J’ai au passage ajouté un nouveau roman à ma pile de livre, je suis tombée sur le titre Noël à la librairie des coeurs brisés qui me faisait de l’oeil depuis quelques temps déjà (la couverture est à tomber, elle est en relief!). Je poursuis donc enfin mes lectures. La Poupouche s’est endormie pour une sieste qui sera sans-doute de courte durée… Je vais donc tenter de glisser quelques pages de lectures avant son réveil. 

21h19: Bon j’ai finalement réussi à lire. J’ai délaissé Le cupcake café sous la neige qui finalement commençait à m’ennuyer (il ne s’y passe pas grand chose). Je trouve le style inégal et les recettes que l’autrice glissent au fil de l’histoire freinent un peu la narration. Je le lirai toutefois jusqu’au bout pour le challenge mais j’ai eu envie d’un autre type de lecture pour ce week-end. Je me suis donc tournée vers le roman de Lucinda Riley, L’ange de Marchmont Hall, une saga familiale. Et je dois dire que cette fois-ci, j’ai mieux accroché. J’ai lu 94 pages. Le style est très fluide et l’histoire prenante. L’intrigue plante son décor dans la campagne anglaise dans un petit cottage bien douillet où une jeune femme enceinte et lâchement délaissée par son amant vient se réfugier. Le roman fait des allez-retours dans le temps entre la fin des années 40 et le début des années 80. Je fais une pause pour rejoindre l’homme de cro. Nous allons regarder un petit film de Noël. 

Dimanche 13 décembre

9h45: je suis levée depuis 7h30 du matin. Pendant que l’homme de cro a gardé notre Tornade, j’en ai profité pour faire une petite séance sportive. J’ai couru sur mon tapis de course pendant 45 minutes histoire de me défouler un peu avant le petit déjeuner. J’étais initialement peu motivée mais finalement cela m’a fait un bien fou. Notre bébé a fait une nuit complète, je  suis donc en pleine forme, pleine d’énergie. Ensuite, petit ménage et douche. J’ai quand même réussi à lire 34 pages du roman de Lucinda Riley qui est très prenant. J’y retourne, la Poupouche est de bonne humeur et est toute gentille, elle joue calmement. Je retroune donc tranquillement à mes lectures. A toute à l’heure!

19h03: Je suis toujours de la partie même si je dois dire que je n’ai pas eu beaucoup de temps de disponible. La journée a filé a une vitesse inquiétante. Entre le ménage, les courses, la Poupouche qui a été intense. Nous n’avons pas arrêté. Nous sommes sortis pour gérer les courses de la semaine et avons fait un petit tour en ville pour voir le marché de Noël un peu tristounet cette année. Il n’y avait pas grand monde. J’ai tout de même pu acheter de nouvelles décorations en bois et me suis aussi achetée des chaussettes thermos pour cocooner à la maison. Cette après-midi, j’ai lu une trentaine de pages supplémentaires de mon roman. J’aime toujours autant le livre. Je fais une pause détente avec mon homme. Notre elf dort profondément et nous regardons un petit film sur Netflix, The Prom (qui m’a l’air moyennement réussi…). Je compte encore lire ce soir, la soirée n’est pas terminée. 

19h36: Bon, nous avons délaissé Netflix pour nous tourner vers la plateforme de Dinsey +. Nous nous sommes offert pour Noël l’abonnement annuel. Nous venons d’ouvrir le catalogue, il y a plein de petits films sympas. Nous commençons Godmothered, une comédie fantastique pleine de magie et de féérie qui a l’air parfaite pour nous plonger dans l’ambiance de Noël. Ce soir, c’est donc soirée en amoureux au coin du feu avant de reprendre mes lectures. A toute à l’heure! Voici la bande-annonce:

Lundi 14 décembre

Bilan du challenge: Et me revoilà pour un petit récapituatif du défi. Le score n’est pas mirobolant… J’ai quand même réussi à glisser quelques pages (55 pages) hier soir avant d’aller me coucher. J’étais malgré tout contente de participer une fois de plus avec vous à ce merveilleux R.A.T. Je poursuis bien entendu le challenge et vous retrouve dès demain pour partager avec vous mes billets de lectures. Bonne semaine! Bientôt les vacances, je vais pouvoir souffler un peu et me consacrer pleinement au blog. 

Total de pages lues: 235 pages. C’est peu mais c’est mieux que rien. Pour ce qui est des défis, j’en ai au moins relevé deux… J’ai pris une photo en train de lire même si on ne voit pas mon visage et j’ai lu une lecture qui se déroule à Noël. Bonne semaine!

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Swap hivernal


Quelle meilleure idée pour introduire les festivités de fin d’année que ce merveilleux swap de organisé avec ma copinaute Maggie !

Ce paquet bien sympathique est arrivé à point nommé. Je venais tout juste de terminer une matinée éreintante au collège et j’avais furieusement envie de retrouver la chaleur réconfortante de ma maison. Maggie m’a franchement gâtée. J’ai entamé dès réception les petits chocolats Kinder (qui sont déjà finis à l’heure où j’écris ce billet…) et me suis régalée en débutant mon tout premier manga! Je dois bien l’admettre, je suis agréablement surprise. Les premières minutes de lecture d’Isabella Bird ont été un tantinet laborieuses car il m’a fallu trouver le coup de main pour m’habituer à lire à l’envers mais j’ai très vite été happée par l’histoire, au point de cesser tout autre activité pour m’y plonger pleinement (je vous en parlerai dans un billet ce week-end). Je me suis donc installée confortablement sur mon canapé, emmitouflée dans un plaid de Noël, une tasse de tisane encore fumante sur ma table basse, prise en sandwich entre mes deux adorables toutous. Un pur bonheur ! Il ne me faut pas grand-chose pour être aux anges ! Ma maison ressemble au cottage douillet du film The Holiday, j’ai allumé une bougie à la cannelle, le sapin a retrouvé sa place familière prêt de la cheminée où les flammes crépitent dans l’âtre et apportent une lumière chaude au salon. Je me gave de cucuteries délicieuses de Noël (je compte vous concocter très prochainement une petite liste bien sympathique de films pour notre rendez-vous de soirées ciné mensuel). J’en profite pour vous faire un petit point de mes dernières lectures. Malgré la charge de travail qui ne cesse d’augmenter (les copies sont un véritable tonneau des Danaïdes), je m’octroie régulièrement des petites parenthèses littéraires. J’ai commencé quelques lectures de saison en prévision du challenge Il était huit fois Noël. J’espère pouvoir vous partager au moins une ou deux bonnes pioches ayant malheureusement déjà eu une petite déception à la lecture du roman Pas de Noël cette année de John Grisham dont je vous parle ici. Je suis actuellement en pleine lecture d’un nouveau roman d’Anne Perry (j’avais adoré Le spectacle de Noël  et il me tardait de retrouver cette romancière britannique). Ce livre est très original puisqu’il plante son intrigue dans un décor des plus exotique (mais chut ! C’est une surprise !) et j’ai presque terminé une comédie-romantique littéraire dans la même veine que Love Actually dont je vous parlerai j’espère dès ce weekend. Je compte participer au prochain read-a-thon de Noël (dont je ne connais toujours pas la date exacte, il va falloir que j’y jette un oeil). J’ai préparé une PAL assez conséquente pour ce défi. Je doute tout lire mais j’aurais au moins le choix ! Je vous retrouve très vite ! Bon challenge ! 

Encore un très grand merci Maggie pour ces délicieuses attentions qui ont enchantées mon après-midi et une longue vie j’espère à notre amitié bloguesque !  Mille fois merci, ça m’a réchauffé le coeur ! Allez hop ! Je m’en vais revoir mon film favori de cette saison… Vous avez deviné lequel ?

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The Boys/ Soirée Pop Corn #3

Maggie et moi sommes de retour pour notre Soirée Pop Corn ciné mensuelle. Ce mois-ci, nous avons décidé de visionner quelques films et séries télévisées de super-héros. N’ayant rien vu de transcendant ni d’innovant du côté des blockbusters, mon choix s’est finalement porté sur The boys, une série un tantinet irrévérencieuse mais diablement originale, adaptée d’un comics de 2006. Maggie a d’ailleurs elle aussi visionné cette série et vous en parle ici ! 

 

Écrite par Garth Ennis et Darick Robertson et diffusée pour la toute première fois l’année dernière sur Amazon Prime, cette série de science-fiction prend le contre-pied du mythe du super-héros, chevalier des temps modernes et justicier bienveillant. Les protagonistes aux pouvoirs extraordinaires sont ici des monstres pourris jusqu’à la moelle, avides de reconnaissance et à l’égo surdimensionné. En somme, ce sont des mégalo narcissiques dépourvus de tout scrupule, qui manipulent inlassablement la populace pour flatter leur image tout en réalisant sous cape d’innombrables méfaits: crimes et tortures en tout genre tels que des massacres impunis et ignorés voire même, parfois couverts par le gouvernement qui redoute les conséquences de leur colère.

Le concept de cette série de « méchants » super-héros complètement inédit m’a d’emblée séduite car elle offrait des possibilités infinies d’écriture… J’ai d’ailleurs Binge-watché l’intégralité de la saison 1 en l’espace de quelques jours, tellement accro à l’intrigue prenante et haletante des premiers épisodes !

The Boys évoque en effet l’émergence d’un nouveau type de héros, des êtres ordinaires dénués d’habiletés exceptionnelles mais profondément humains qui vont allier leur force malgré leurs origines éparses pour anéantir des supers-vilains.  Nos anti-héros plutôt “couillus” (n’ayons pas peur de le dire !), une bande de bras cassés complètement frappadingues, vont donc fomenter malgré eux une véritable rébellion qui, au fil des épisodes, finira par se mouvoir en une croisade pour le moins épique… 

Autant l’avouer, certaines scènes sont tout simplement génialissimes ! Le début m’a scotchée !

L’humour décapant des dialogues, teinté d’une petite touche d’arsenic, est par ailleurs franchement jouissif. Le personnage haut en couleur de Billy Butcher aux allures de loup de mer néo-zélandais et au vocabulaire fleuri demeure l’un de mes protagonistes favoris. J’ai également trouvé l’un de ses acolytes, le dénommé “Frenchy”, un petit malfrat français à l’âme romantique plutôt charmant et particulièrement bien brossé. Il est interprété avec brio par l’acteur Tomer Kapon, un acteur israélien prometteur à suivre de prêt…

Quant au personnage du super-vilain, “Homelander”, il est bien évidemment exécrable et particulièrement terrifiant. Antony Starr nous livre une performance époustouflante, incarnant un protagoniste aux allures aryennes inquiétantes… On a rarement vu de méchant aussi convaincant et à la psychologie si admirablement travaillée sur le petit écran ! Rien qu’à l’évoquer, j’en tremble !

Ainsi donc, cette série t.v étrange et un tantinet déjantée est indéniablement prometteuse. J’ai, dans l’ensemble, apprécié cette incursion farfelue dans cet univers parallèle de super-héros corrompus.

Cependant, certaines scènes trop violentes et extrêmes ont malheureusement quelque peu terni mon ressenti. Elles frisent parfois l’écoeurement et n’apportent finalement pas grand-chose à l’intrigue… Quel intérêt? De plus, les thématiques abordés en filigrane dans les derniers épisodes sont un chouilla trop convenus (dénonciation de la mysogénie contre la gente fémine à la sauce hashtag me too en autres) et parfois même trop politiquement correct à mon goût, au point d’en devenir presque caricaturaux. 

J’ai commencé la saison 2, je sens poindre malheureusement déjà quelques signes d’essoufflement dans la trame. Aïe ! … A voir si la suite tiendra vraiment ses promesses en matière de rebondissements. Je compte tout de même visionner l’ensemble pour ne rien manquer.. Affaire à suivre !

Le teaser:

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Le spectacle de Noël d’Anne Perry

Je déclare la saison des fêtes officiellement ouverte !  Pour mon grand bonheur, Le Cold winter challenge arrive à grand pas. Même si mes lectures sont encore pour le moment consacrées aux thrillers, afin de respecter la thématique du Black November, je n’ai qu’une hâte, attaquer les lectures de Noël et me réfugier dans un univers douillet et enchanteur, une bulle de bonheur rassurante qui nous déconnecterait de l’ambiance morose actuelle…  J’ai ainsi fait l’agréable découverte à l’occasion du R.A.T d’Halloween de ce petit bijou d’écriture, un roman policier court d’Anne Perry intitulé Le spectacle de Noël. Ce petit polar très original s’est révélé finalement le vrai coup de cœur de ce mois-ci. Je n’en ai fait qu’une bouchée. J’ai longtemps dédaigné les « cosy mystères ». Je ne sais pourquoi je trouvais cette catégorie littéraire un tantinet surannée et vieillotte, plutôt destinée à un lectorat « ancien »… Bien entendu, c’est complètement faux ! Il ne faut jamais se fier à une première impression !

Si cette autrice prolifique, à l’âge honorable de quatre-vingt deux ans, écrit depuis de nombreuses années (elle  produit toujours à un rythme effréné), ses séries de romans remportent encore aujourd’hui un franc succès à chaque parution. Elle a d’ailleurs un comité de fans très étendu (et pas seulement des lecteurs du troisième âge !). Je lorgne d’ailleurs la dernière publication en date, Un Noël au bord de la Tamise et compte bien l’acquérir dès la fin du mois. 

Le spectacle de Noël relate ici l’arrivée d’une petite troupe d’acteurs de théâtre dans une bourgade du York. La compagnie qui vit plutôt chichement a été engagée pour produire l’adaptation brouillonne de Dracula écrite par une petite aristocrate un brin capricieuse. L’occasion semble rêvée pour eux, le contrat est alléchant. Les parents de la demoiselle espèrent bien que le petit chef-d’œuvre de leur fille prodige donne naissance à une représentation magistrale devant un petit comité familial enthousiaste pour les fêtes de réveillon. Malheureusement, l’adaptation est un véritable casse-tête: entre les prises de bec des acteurs qui jouent les divas et les idylles qui se nouent et se dénouent provoquant des tensions au sein de la troupe, l’entreprise semble insurmontable… Le temps semble de plus jouer contre la troupe qui se retrouve bientôt prise au piège dans le manoir alors qu’à l’extérieur une tempête de neige fait rage, isolant l’ensemble des hôtes… L’arrivée impromptue d’un visiteur à l’identité énigmatique n’est pas non plus des plus rassurante…. Qui est donc cet étrange visiteur qui semble connaître intimement l’esprit créateur de Bram Stocker ? 

Celle que l’on nomme la reine du polar victorien prouve incontestablement son talent d’écriture. Dès les premières pages, il m’a, en effet, été impossible de délaisser cette lecture. Certes, l’intrigue n’est pas à proprement parler extrêment fouillée, le meurtre tarde un peu à poindre au fil des pages et l’enquête reste finalement avant tout un prétexte d’écriture pour appater le lecteur. Toutefois, cette méthode, peut-être un brin mercantile, ne m’a en rien dérangée. J’ai passé un très bon moment de lecture. C’est un roman d’atmosphère distrayant qui ferait une merveilleuse série de period dramas, je l’imagine bien adaptée pour le petit écran à l’occasion des fêtes de fin d’année en téléfilm, à la manière des aventures d’Aurora Teagarden ou de la série télévisée française très réussie des Petits meurtres d’Agatha Christie

J’ai cependant regretté que le filon fantastique ne soit pas davantage exploité tout au long de l’histoire. L’introduction inattendue d’un personnage énigmatique inquiétant au sein du manoir ; qui n’était pas sans rappeler le maître de la nuit Dracula lui-même, présageait une histoire aux accents gothiques particulièrement angoissante, versant peut-être aussi dans l’horreur propre à ce genre littéraire, or, il n’en est rien. L’autrice plante finalement son intrigue dans un décor bien réel et le dénouement, bien que farfelu, reste très terre-à-terre. 

Reste que ce petit bémol n’a en rien entâché mon plaisir de lecture, au contraire ! Cela reste un bon cru ! Anne Perry décrit habilement les coulisses du théâtre victorien au XIXème siècle. A travers les voix des protagonistes qui débattent et argumentent quant aux détails scéniques de l’adaptation de Dracula, l’auteure révèle quantité d’anecdotes passionnantes sur la création de l’oeuvre de Bram Stocker, tout comme les origines de son inspiration, un délice pour les passionnées de littérature gothique. De plus, l’idée de faire côtoyer deux atmosphères a priori diamétralement opposées, était à mon sens, particulièrement brillante. Le Spectacle de Noël combine merveilleusement bien l’ambiance inquiétante et mystérieuse d’Halloween tout comme le climat euphorique de l’expectative des fêtes de fin d’année… Une belle transition pour dire au revoir aux lectures automnales et introduire les premières lectures hivernales… Je n’ai qu’une envie, me replonger très prochainement dans une nouvelle petite enquête victorienne très cosy… Des suggestions ?

Une petite contribution au British Mysteries de Lou et Hilde !

Et ma deuxième contribution aux challenges Christmas Time 2020 (chez Mya) et Il était huit fois Noël (chez Samarian et Chicky Poo). Merci les filles pour ce super défi !

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