Challenge Cottagecore 2022, c’est parti pour une nouvelle saison!

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Les beaux jours sont enfin de retour ! Une brise légère qui n’est pas pour déplaire souffle doucement sur notre jardin. Le soleil est aussi de la partie et les cerisiers fleurissent progressivement. J’ai une furieuse envie de sortir le … Lire la suite

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le poids des secretsTsubaki, le poids des secrets.

A sa mort, Yukiko, survivante de la bombe atomique, révèle dans deux lettres à sa fille l’existence de son beau-frère inconnu et confesse à travers le récit d’épisodes de son enfance tout comme de son adolescence un terrible secret qui a pesé sur son âme tout au long de son existence. En évoquant son passé, sa vie d’abord à Tokyo, puis à Nagasaki, Yukiko fait resurgir les fantômes de sa jeunesse et plus particulièrement celui de son père, un homme cruel et égoïste… Elle reviendra ainsi sur la duplicité de cette figure paternelle dont les actions irréfléchies conduiront la narratrice à commettre l’irréparable…

Ce récit lumineux, sans fioriture ni effet de manche, mêle habilement les parfums entêtants de camélias (les fameux Tsubaki) à l’odeur âcre du cyanure. L’auteur réussit à toucher son lecteur en quelques phrases percutantes. Il faut dire que l’écrivaine possède un talent indéniable de conteuse. J’ai été émerveillée par cette plume fluide et légère qui nous envoûte dès la première page tournée. J’ai été d’ailleurs surprise par ce texte pourtant concis et dépouillé mais d’une puissance indiscutable. Cette histoire poétique m’a étrangement rappelée par certains aspects le roman L’été de la sorcière bien qu’il soit en comparaison nettement plus abouti (ma critique ici).

J’ai été en effet émue par cette pauvre famille prise en étau entre un père égoïste et désabusé qui ne se soucie que de son propre plaisir et une guerre particulièrement meurtrière ; tout comme par le personnage féminin de Yukiko qui garde enfoui au plus profond d’elle-même un secret inavouable qu’elle finira par se résoudre à confesser dans un récit épistolaire post mortem particulièrement bouleversant.Ce secret enfouie au plus profond de son cœur finira par l’achever. Quelle tristesse!

Par la voix de Yukiko, l’auteure revient en outre sur la tragédie des bombes atomiques qui anéantirent Nagasaki et Hiroshima, étroitement liée avec l’histoire dramatique de sa famille tout comme la mort de son père disparu parmi les décombres. Ce récit complète merveilleusement bien mon dernier billet consacré au soldat Onoda qui demeura une trentaine d’années dans la jungle en refusant de capituler face au GIs (mon billet ici). Si je n’avais pas été profondément touchée par l’histoire peu glorieuse et froide de cet homme aux obsessions belliqueuses, j’ai été, a contrario, admirative du personnage féminin de ce court roman d’une sagesse exemplaire. Lorsque Yukiko raconte sa jeunesse sous les bombardements américains à son petit-fils, aucun remord ne semble transparaître dans son discours et pourtant elle fut elle-même frappée de plein fouet par l’horreur de cette seconde guerre mondiale. Yukiko offre en outre, une réflexion profonde et intéressante sur ce qui pousse l’homme à faire inlassablement la guerre, un questionnement qui fait étonnamment écho à la situation actuelle ukrainienne et à l’implication de près ou de loin des Etats-Unis dans ce conflit si complexe. Après tout, une guerre n’est jamais faite par charité… On réalise au fil de la lecture que rien n’a vraiment changé, l’Histoire avec un grand H est toujours un éternel recommencement. Nul reproche n’est ainsi fait envers le gouvernement américain pour la tragédie qui chamboulera pourtant sa propre vie. Pour elle, personne ne peut échapper à son destin, tout est écrit d’avance, une pensée empreinte d’une philosophie finalement très bouddhiste qui laisse songeur… Toutefois, Yukiko reste une femme d’une résilience à toute épreuve remarquable, une femme qui s’est contentée de survivre coûte que coûte malgré toutes les épreuves qui n’ont cessé de jalonner sa vie.

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Ce premier volet de cette pentalogie originale est donc plutôt prometteur. Je garderai longtemps en mémoire la belle complicité toute particulière et émouvante qui lie Yukiko à son voisin, cet ami d’enfance dont elle conservera le souvenir jusqu’à son dernier souffle… De la belle littérature.

Pour conclure, l’auteur offre un tableau bouleversant d’une famille qui vit son propre drame intérieur alors que le monde autour d’elle se délite en plein cataclysme. Ce court roman, plein de pudeur, est tout simplement sublime. Je ne peux en dévoiler davantage de peur de vous gâcher le plaisir de cette lecture dont l’intérêt repose avant tout essentiellement sur la confession de ce fameux secret de famille.

J’ai très envie d’en apprendre davantage en lisant la suite de cette saga familiale japonaise. A noter que chaque volume peut finalement se lire indépendamment des autres. Je compte bien entendu découvrir la suite lorsque j’aurai terminé mes lectures consacrées au Mois anglais, je suis en effet actuellement plongée dans un roman tout aussi captivant bien qu’il soit plus dense, dont l’intrigue plante son décor dans un cadre victorien, imprégné de l’univers fantastique de HG Wells. Je vous en parlerai très prochainement cette semaine.

Un billet qui aurait dû être programmé pour le challenge Un mois au Japon. Mieux vaut tard que jamais!

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Publié le par missycornish | 7 commentaires

M02253078328-largeLe challenge “Un mois au Japon” a rempilé pour une nouvelle saison et ce depuis début avril. Il se poursuivra encore tout au long du mois à mon grand soulagement puisque je souhaitais y participer !  Je profite donc d’un court moment de répit pour partager avec vous une lecture niponne troublante sur un soldat japonais qui, à la fin de la Seconde guerre mondiale, a refusé de déposer les armes malgré la reddition de son pays. Hiro Onoda a fait couler beaucoup d’encre et s’il a été adulé et érigé en véritable héros à son retour au Japon, il n’en demeure pas moins un personnage historique très controversé.

L’histoire incroyable de ce soldat débute en 1945 lorsque la Seconde Guerre mondiale s’achève ; Onoda est alors stationné aux Philippines avec son unité pour organiser des guérillas dont le but principal est avant tout de décourager les troupes américaines qui ont progressivement envahi les îles. Ce soldat aux rêves de grandeur aspire à devenir un héros légendaire.

Au fil du temps, ses compagnons disparaissent un à un tandis que lui s’agrippe corps et âme à son devoir, celui de résister coûte que coûte à l’asservissement américain. Il finit par demeurer seul et complètement isolé du reste du monde, incapable d’accepter l’impensable, la défaite cuisante du Japon. Durant presque une trentaine d’années de solitude assumée, Onoda aura attendu patiemment un signe, un ordre de son commandement… Ce roman est le témoignage authentique de son parcours tumultueux. 

J’attendais peut-être trop de ce journal de bord magnifié par les critiques car je pensais découvrir un récit épique émaillé d’une réflexion profonde sur la condition humaine, mais à mon grand regret, cette lecture s’est révélée par moment et ce malgré sa brièveté, plutôt indigeste et d’un ennui mortel. En effet,  les désirs belliqueux obsessionnels de ce personnage m’ont à ma grande déception laissée de marbre. Si cette robinsonnade sidérante offre des pistes intéressantes pour se familiariser avec la culture des samouraï, le dernier vestige d’une tradition féodale incapable de survivre aux bouleversements sociétaux que connut le Japon après la défaite de 1945 et les deux bombardements atomiques successifs des villes respectives de Nagasaki et d’Hiroshima, Onoda demeure cependant malgré tout peu attachant. Il m’a été en effet impossible d’éprouver une quelconque empathie pour cet homme entêté et un brin grotesque dans sa volonté inflexible d’exercer son  devoir de soldat. 

Ce journal de bord dessert en outre à mon sens l’image héroïque et humaine que les médias tentent inlassablement de portraiturer. Aucune émotion ne transpire de ces pages. Rien. Onoda complètement endoctriné affirme qu’il aurait pu poursuivre cette folie jusqu’à son dernier souffle, quelle absurdité ! Pourquoi s’est-il infligé un tel calvaire?  Cette retraite choisie était-elle indispensable ? J’en doute fort. En tournant la dernière page, on constate qu’ aucun regret ne semble découler de cette expérience. Est-ce par pur pudeur? Le soldat aura tout de même réussi à convaincre trois de ses camarades de le suivre jusqu’à la mort malgré leurs doutes persistants, et à tuer une trentaine de civils alors que la guerre était bel et bien terminée. 

29 ans dans la jungle, ça fait tout de même une partie de cache cache fichtrement longue !

Si les considérations matérielles trouvent naturellement leur place dans ce carnet de bord relatant le parcours difficile d’Onoda dans cette jungle hostile, force est de constater qu’en trente ans, il ne s’est pas passé grand-chose dans sa vie de soldat. D’emblée, on s’interroge sur les capacités intellectuelles réelles d’un tel personnage qui commettra d’innombrables monstruosités au nom de la patrie et donc du devoir… Le soldat persiste à faire la sourde oreille. Le gouvernement japonais ira jusqu’à faire venir le propre frère d’Onoda qui s’adressera à lui dans un micro pour le faire rentrer. Ce dernier y verra encore une tromperie sournoise des Américains pour le faire sortir de sa cachette… Mais quel crédule ! Des indices de bouleversements économiques, culturels et historiques du Japon après le passage effroyable et meurtrier de la bombe atomique sont pourtant distillés au fil des années à son équipée par les autorités japonaises. Comment a-t-il pu se bercer autant d’illusions ? Était-il déjà brisé mentalement par les événements dont il avait été témoin ?  Des distributions de tracts au fil des années seront également effectuées par hélicoptère pour le tenir au courant des événements, sans grand succès. Onoda est même convaincu que la presse a falsifié à son insu les journaux… Rien que pour lui ! Un bel exemple de complotisme avant l’heure ! 

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Bien que le doute s’immisce parfois dans son esprit brumeux,  la certitude de remplir une mission qui le dépasse l’emportera toujours sur la raison. On plonge finalement avec une certaine gêne dans la psyché déconcertante de ce personnage érigé en héros ou en idiot selon la culture.

Onoda a survécu dans la jungle impitoyable en se nourrissant du bétail des civils, quelques buffles d’eau, de lait de coco pour les grandes occasions et de bananes, un régime qui le conduira lui et ses derniers compagnons d’infortune à des carences effroyables et à une maigreur décharnée. Alors que ses vêtements tombent progressivement en lambeaux, que la faim le tenaille sans cesse et que la civilisation se trouve pourtant à un jet de pierre, Onoda poursuit aveuglément sa mission, effectuant des petites actions finalement assez pitoyables sur la population civile. Ainsi, il brûlera régulièrement et saccagera les récoltes de riz des pauvres paysans pour les punir de pactiser avec l’ennemi américain.

En bref, voici donc le récit hallucinant bien que peu captivant d’un héros de pacotille fagocité par la presse qui s’est emparée de son histoire pour créer son propre mythe et encourager finalement une certaine propagande au Japon. Un article dans la rubrique « faits divers » aurait amplement suffi puisque ce journal n’apporte rien de nouveau… Ce rapport factuel est en outre mal écrit et présente peu d’intérêt pour comprendre la mentalité d’Onoda au patriotisme exacerbé et dont la personnalité demeure nébuleuse jusqu’à la dernière page. Trente ans de vie condensés dans un journal de bord de 250 pages fadasses, c’est assez désolant et quand on sait que les crimes d’Hiro Onoda sont demeurés impunis (certains ont tout de même été fusillés pour moins que ça), qu’après son retour à la civilisation, il a ouvert sa propre école de survie pour formater à son tour des enfants à son mode de pensée, on reste d’autant plus interloqué ! 

Onoda aurait continué longtemps à errer dans la jungle si Norio Suzuki, sorte d’étudiant hippie venu planter sa tante sur son territoire ne l’avait pas trouvé hagard dans les champs… La paranoïa de ce soldat est effarante. Onoda demandera malgré tout encore au jeune homme des preuves irréfutables de la défaite nippone. Comment un homme mentalement constitué a pu s’enferrer dans tant de bêtise ou d’aveuglement ?  Il aurait été jugé irresponsable, même le cas de démence n’a jamais véritablement été exprimé. Les autorités japonaises comme américaines ont pu néanmoins juger de ses troubles obsessionnels. Somme toute, une fois élevée sur un piédestal par la presse internationale, vingt-cinq ans après, il n’était plus question de l’en faire descendre… Les japonais peuvent ainsi continuer d’honorer cette époque révolue où des soldats donnaient leur vie sans contrepartie pour la gloire de l’armée impériale du soleil levant.

un-mois-au-jp-2022-4Un dernier mot sur le long-métrage, 10 000 nuits dans la jungle, inspiré de sa vie et réalisé par Arthur Harari en 2021. Ce film d’une lenteur malheureusement effroyable tente vainement d’humaniser le personnage. Bien qu’un tantinet trop contemplatif à mon goût, il a au moins le mérite de nous faire voyager en beauté grâce à des images somptueuses des Philippines.

La bande-annonce:

Publié le par missycornish | 13 commentaires

Deux ans de Vacances

“… Que tous les enfants le sachent bien, avec de l’ordre, du zèle, du courage, il n’est pas de situations, si périlleuses soient-elles, dont on ne puisse se tirer”.

deux ans de vacances pocheMilieu du XIXème siècle. Dans le Pacifique, le Sloughi, un yacht luxueux est à la dérive après qu’une terrible bourrasque l’ai poussé sur des écueils. A son bord se trouve un drôle d’équipage, une petite bande de collégiens d’un pensionnat anglais de Nouvelle-Zélande, sans aucune escorte adulte, que la perspective d’un voyage en mer avait initialement pourtant enchantée. Les voilà à leur grande surprise précipités sur des récifs inconnus. Ces jeunes gens, désormais naufragés, débarquent sur une île déserte. La croisière de rêve se révèle bien plus longue que prévu car les vacances devaient durer six semaines ; elles se prolongeront finalement deux ans les enfants n’ayant d’autres choix que de s’établir sur cette terre hostile et isolée pour pouvoir survivre dans l’attente d’un possible sauvetage…  Cette robinsonnade extraordinaire fera mûrir ces aventuriers en herbe qui devront affronter la dureté des éléments, la solitude, les tensions au sein du groupe tout comme l’arrivée impromptue de bandits sans foi ni loi envieux de leur petit coin de paradis… Dès lors, une lutte sans merci semble inévitable.

deux-ans-vacances-L-4Plébiscité depuis près de deux siècles à travers le monde par un nombre incalculable de lecteurs enthousiastes, Jules Verne continue de passionner autant qu’il fascine. J’ai rejoint le club des aficionados adeptes de ses récits d’explorations fleurant bon l’aventure et l’appel du grand large. Paru en 1888, Deux ans de vacances est l’ultime roman du cycle des robinsonnades de ce grand écrivain français. Mon père m’a toujours dit avec une petite pointe de nostalgie que les romans de Jules Verne étaient des trésors inestimables de notre patrimoine littéraire français, des livres “formidables”. Je dois l’admettre, cette première incursion dans l’univers vernien ne déçoit pas, j’ai en effet savouré chacune des pages de ce roman. Agrémenté de magnifiques illustrations en noir et blanc qui permettent de visualiser la faune sauvage tout comme les inventions des enfants, cette édition de poche rouge écarlate est un très bel écrin pour ces romans verniens. Je compte bien me faire ma propre petite collection dans ce format. 

J’ai en effet adoré suivre les péripéties vécues par ces enfants débrouillards et intrépides sur l’île Chairman baptisée en souvenir de leur pensionnat britannique établi à Auckland. 

Fils de propriétaires, négociants, lords, rentiers et fonctionnaires, tous sont d’une résilience exemplaire. Les enfants doivent souvent affronter les créatures de la nuit comme les jaguars et les couguars qui sommeillent au cœur de cette nature hostile et luxuriante. Ils découvrent en outre le principe de cohésion et font preuve d’une grande ingéniosité pour subvenir à leurs besoins. Cette petite troupe hardie élabore d’ailleurs avec maestria des pièges, dresse des cartes et découvre même les traces d’un ancien naufragé mort sur l’île! Sans peine, ils affrontent les nombreuses épreuves qui jalonnent leur séjour. Leur quotidien est en outre réglé comme du papier à musique. Le flegme et la rigueur typiquement britanniques tiennent une place prépondérante dans leur quotidien. Des enfants du même âge seraient-ils aujourd’hui capables de survivre ainsi si longtemps sur une île au climat continental? J’en doute fort… L’auteur met ainsi également en exergue l’éducation quasi-infaillible et irréprochable anglo-saxonne.

Si les valeurs britanniques inculquées dès le plus jeune âge sont souvent décriées pour leur rigidité, Jules Verne reconnaît néanmoins ses qualités formatrices indéniables ; en effet, les Anglais apprennent à devenir promptement des hommes grâce à la liberté d’initiative associée à la plus grande discipline.

Il dénonce par ailleurs sous cape le bizutage et l’exploitation des plus petits par les plus grands dans les pensionnats traditionnels, le fameux “faggisme”, cette pratique quelque peu honteuse en vertu de laquelle les plus âgés tiennent en dépendance les plus faibles ou les plus jeunes dans un état proche de l’esclavage pour les accabler des pires misères. A leur arrivée sur l’île Chairman, les enfants pourtant délaissent cette coutume. On s’attend étrangement à ce qu’ils deviennent de véritables barbares comme semblait vouloir le démontrer Lord of the flies, or il n’en est rien. J’ai particulièrement détesté ce dernier livre que j’ai abandonné à mi-parcours, lui préférant Deux ans de vacances, une robinsonnade au ton bien plus optimiste. 

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J’y ai d’ailleurs également retrouvé une ambiance analogue au Club des cinq. Eux aussi ont leur propre mascotte, leur fidèle compagnon, le chien de chasse Phann.

Ces jeunes protagonistes se sont donc révélés très attachants et leurs traits de caractères bien portraiturés, comme la passion patriotique qui anime les trois nationalités qui composent cette petite bande à l’image de Gordon, l’Américain pragmatique, Doniphan, l’Anglais suffisant, et enfin Briant le Français modérateur et diplomate. J’ai pris plaisir à suivre leurs démêlés et en particulier les rivalités des deux protagonistes principaux, Doniphan et Briant. Le premier au tempérament querelleur et borné est un jeune garçon studieux mais d’une arrogance crasse. Doniphan est en outre adepte de la gâchette, et s’adonne à de véritables carnages animaliers. On s’agace parfois de cette multitude de bêtes massacrées pour son seul plaisir personnel. Quant à Briant, ce fils d’ingénieur français, il remporte naturellement la palme de l’héroïsme et de la droiture.

Enfin, le choix original du décor m’a particulièrement plu. Le récit plante son aventure non pas dans un climat tropical comme il est souvent coutume dans les robinsonnades modernes mais plutôt dans un environnement continental. L’île semble perdue non loin de la Nouvelle-Zélande et de l’Antarctique… Elle est caractérisée par des hivers rigoureux et des étés particulièrement chauds. Point de cocotiers ou de bananiers mais des arbres à pains et des érables sur ses terres. Si j’ai beaucoup apprécié les descriptions de la faune et de la flore, j’ai trouvé cependant certains passages un peu redondants au milieu du roman. L’arrivée inopportune de mutins dans le dernier tiers du livre, ces naufragés sans foi ni loi qui menacent l’équilibre de leur petite colonie, a donc de ce fait apporté un regain d’intérêt pour l’histoire parfois un peu digressive mais aux vertus toujours aussi pédagogiques.

Pour conclure, voici donc mon tout premier Jules Verne découvert et mon tout premier coup de foudre. Je relirai avec plaisir dans quelques années ce superbe roman d’initiation sur le rite de passage de l’enfance à l’âge adulte. J’ai toujours affectionné les robinsonnades et celle-ci remplit pleinement le cahier des charges de ce genre littéraire. J’ai ainsi donc lu avec avidité ce roman d’aventure un brin suranné tout en prenant malgré tout mon temps pour savourer la plume parfois quelque peu ampoulée de Jules Verne mais étonnamment addictive.

Il me tarde désormais de découvrir d’autres titres… Mon cœur oscille entre deux lectures: Le château des Carpathes et Le Capitaine Grant que ma sœur m’a chaudement recommandée, ou La Maison à vapeur, un des grands favoris de mon père.

71YgHsFpudL._AC_SL1500_Un dernier mot sur le feuilleton de 1976 que je suis actuellement en train de visionner :  Doniphan est ici davantage le héros de cette série. Cette belle adaptation intelligente réussit brillamment à converser l’esprit de l’œuvre originale de Jules Verne bien que la pellicule soit un peu passée. Il faudrait la remastériser. Il est bien dommage qu’une nouvelle adaptation n’ait pas vu récemment le jour, car elle donnerait pourtant matière à un très bon film d’aventure… Il est surprenant que personne ne se soit encore attelé à cette tâche.


 Les épisodes de cette série sont tous disponibles en accès libre sur Youtube, bonne soirée Ciné popcorn! Voici le premier épisode:
Publié le par missycornish | 17 commentaires

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Désirer de Richard Flanagan

Milieu du XIXème siècle.

Au large de la Tasmanie, sur l’île de Van Diemen, vivent les derniers autochtones déportés. Ces déracinés ont été placés sous la protection de Sir John Franklin, gouverneur de cet îlot isolé, et de son épouse Lady Jane. Le couple, très enclin à civiliser cette population noire sauvage quelque peu réfractaire à l’éducation anglo-saxonne, se prend d’affection pour une jeune aborigène prénommée Mathinna, et décide de l’adopter malgré leur âge avancé et le peu d’expérience qu’ils possèdent en matière d’éducation, n’ayant jamais eu d’enfants. La petite fille sera traitée avec tous les égards dus à son nouveau rang, jusqu’au départ du couple précipité pour l’Angleterre, Sir Franklin et sa femme prenant soudainement et sans scrupule la décision irrévocable de tout quitter, y compris leur propre fille aborigène désormais abandonnée à son triste sort dans un orphelinat insalubre pour pauvres…

Quelques années plus tard, c’est au tour de John Franklin de connaître une destinée pour le moins dramatique… Disparu à la suite d’une expédition maritime et polaire chaotique aux confins de  l’Arctique, le voilà accusé des calamités les plus ignobles par la société londonienne très collet monté. Il aurait cédé à la pire des bassesses en s’adonnant au cannibalisme avant de s’être totalement volatilisé, ainsi que son équipage. Sa femme, Lady Jane, refuse bien évidemment cette théorie honteuse qui entache la réputation de son époux. Charles Dickens, auteur victorien à succès et tourmenté par une vie conjugale décevante, s’empare de ce fait-divers insolite pour se distraire et relancer sa veine créatrice. Le voilà donc chargé de convaincre son lectorat de l’innocence et du caractère irréprochable de cet explorateur malchanceux… Cette prise de position impactera à jamais son existence qui prendra, dans sa sphère professionnelle comme privée, un tournant pour le moins inattendu.

Roman cynique par excellence sur les supposées vertus du colonialisme, Désirer s’est révélée à ma grande surprise une œuvre d’exception, un ovni littéraire qui m’a d’emblée séduite. J’ai été en effet happée par cet étrange livre qui alterne constamment deux récits semblant à première vue diamétralement opposés mais qui pourtant conservent d’un bout à l’autre un lien ténu. Richard Flanagan, écrivain australien de renom, nous propose une réflexion étonnamment profonde et presque métaphysique sur les conséquences désastreuses de l’arrivée des colons britanniques en Tasmanie, qui conduira notamment à l’extinction quasi-complète du peuple aborigène asservi et massacré en l’espace d’une trentaine d’années seulement. Un sujet qui dérange encore aujourd’hui mais qui, à l’image du génocide des Indiens d’Amérique, fait couler de plus en plus d’encre. Les aborigènes ont ainsi progressivement disparu, atteints par des maladies transmises par les colons britanniques mais aussi par le mauvais traitement qu’on leur infligea. 

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Il était par ailleurs habituel de kidnapper des tribus entières pour les “civiliser” et les convertir  de gré ou de force à la chrétienté. Des missionnaires sanguinaires œuvrant pour le bien de tous étaient chargés de cette triste besogne.

Des passages d’une brutalité insoutenable tels que ces scènes d’autopsie réalisées sur les cadavres d’aborigènes, m’ont de ce fait glacé le sang. Ces pauvres âmes étaient dépecés comme de vulgaires carcasses animales. Il était également coutume de conserver des têtes décapitées de célèbres chefs de tribus pour les exposer dans des musées privés. Quelle horreur! 

L’auteur n’y va donc pas avec le dos de la cuillère pour décrire l’hypocrisie sous-jacente des colons anglais donneurs de leçons. Cette aristocratie décadente a été capable de commettre les pires exactions pour “civiliser” un peuple qui au fond n’avait rien demandé …

Si le désir malsain d’expansion de l’impérialisme est bien évidemment l’un des principaux thèmes de Désirer, il ne faudrait cependant pas réduire ce roman pastiche et quelque peu malaisant à cette simple fonction. L’auteur s’intéresse en outre  à la passion vorace de l’homme et à ses désirs secrets les plus refoulés, ses passions écrasées et asphyxiées sous un vernis de bienséance et de flegme somme toute britannique. C’est le cas de Lady Jane qui s’évertue à refouler ses désirs maternels tout comme cet amour naissant mais avilissant pour une petite sauvage aborigène ou bien encore le cas de Charles Dickens, vieillissant, qui refuse de laisser parler ses sentiments pour la belle actrice Ellen Ternan au point de s’en rendre physiquement malade, voire mourant.

Richard Flanagan jongle avec maestria entre le récit poignant de Mathinna et les conséquences malheureuses de son abandon ; et celui de l’écrivain victorien, obsédé par la disparition de Sir Franklin. Ces deux histoires sont imbriquées dans une progression savamment agencée.

HMS Erebus in the Ice by Francois Etienne Musin. Image shot 1846. Exact date unknown.

EJDPNF HMS Erebus in the Ice by Francois Etienne Musin. Image shot 1846. Exact date unknown.

En outre, il réussit à faire revivre sous sa plume un épisode sombre et plutôt méconnu du lectorat français : cette expédition polaire ambitieuse mais pour le moins cauchemardesque. Les membres de l’équipage, à l’instar du radeau de la Méduse, s’entre-dévoreront. Ce fameux récit glaçant et terrifiant du sombre destin de l’Erebus (nom comme marqué par le saut de la mort faisant référence aux ténèbres et au chaos dans la mythologie grecque), un navire maudit qui finira emprisonné dans les glaces de l’Antarctique, m’a toujours fascinée. J’ai lu quantité d’articles cauchemardesques à ce sujet, et en particulier sur John Franklin, un héros qui n’en fut pas véritablement un. Ce célèbre officier de la marine anglaise fut surtout connu pour avoir bêtement survécu en mangeant ses propres bottes durant une première expédition polaire (cela ne présageait déjà rien de bon…), une anecdote grotesque qui lui collera à la peau jusqu’à son dernier souffle. Ses rêves de grandeur chevillés au corps le conduiront inexorablement à sa propre perte. 

images (1)Ce roman me laissera sans doute un souvenir impérissable. Je n’oublierai jamais l’existence fracassée de Mathinna, cette jeune et jolie aborigène, incontestablement trop jolie pour son bien, prise sous l’aile faussement protectrice du couple Franklin, en apparence pétrie de bons sentiments, et encore moins le caractère faible et volatile de Lady Jane, une femme au cœur de pierre incapable de surmonter ses convictions racistes, ou même cet horrible missionnaire qui se fait surnommer le “Protecteur”, un véritable boucher œuvrant pour le bien de l’église.

Pour conclure, voici donc un drôle de roman claustrophobe à la fois hypnotisant et d’une noirceur peu commune… Une prouesse d’écriture pour ce récit emprunt d’âpres échos primitifs.  Cette œuvre insaisissable qui échappe aux étiquettes m’a totalement envoûtée. J’ai désormais très envie de découvrir Terreur, le roman d’horreur de Dan Simmons qui s’inspire de cet épisode macabre de l’époque victorienne, et qui a dernièrement été adapté en une série télévisée d’anthologie effroyable et produite en 2018 par Ridley Scott lui-même. 

À signaler donc cette brillante et dérangeante série d’épouvante. Pour ma part, je l’ai regardée d’une traite et je dois l’avouer, j’ai été bel et bien terrifiée par l’histoire. Les ajouts fantastiques n’apportent finalement guère grand-chose au récit initial qui est déjà effroyable. Imaginez donc un naufrage insolite et un équipage qui sombre peu à peu dans une folie destructrice dans un huit-clos haletant…L’horreur monte crescendo. Sueurs froides garanties. Le scénario est excellent tout comme la performance des acteurs qui reste inoubliable. La série est actuellement disponible sur Amazon. La bande-annonce:

Et un petit documentaire très bien ficelé et original sur L’expédition Franklin :
Publié le par missycornish | 19 commentaires

Carnet de lectures #2 (British Mysteries+ Thématique du naufrage)

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Après une absence de cinq jours à Lille pour une formation de préparation au concours du Capes extrêmement dense mais passionnante et enrichissante, me voici de retour chez moi en Normandie. Je suis arrivée hier soir à la nuit tombée. … Lire la suite

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OIPCamille et Georges forment avec leur jeune fils une famille excentrique et improbable. Chaque soir, ils dansent sur des rythmes endiablés mais leur chanson préférée reste encore la mélodie rythmée et entêtante d’En attendant Bojangles. Chez eux, il n’y a de place que pour la fantaisie et les rires. D’ailleurs, ce joyeux couple n’ouvre jamais son courrier… Jusqu’au jour où la mère dépasse les bornes, mettant en péril la bulle protectrice familiale qui s’effrite peu à peu face à sa folie destructrice… L’amour indéfectible que porte George pour sa femme peut-il surmonter cette terrible épreuve ?

J’ai découvert par hasard ce roman étrange et loufoque sur la folie amoureuse en visionnant la bande-annonce de l’adaptation du film avec Virginie Efira. L’histoire initiale me faisait grandement envie. Malheureusement, si la photographie était bel et bien sublime, l’adaptation tout comme le livre se sont révélés un brin trop déprimants à mon goût. J’ai pu toutefois admirer la performance remarquable et toute en nuance de Virgine Effira qui incarne à l’écran Camille (un rôle de composition qui semble taillé pour elle), cette femme ravissante et pétillante atteinte d’une forme de bipolarité incurable. Je suis d’ailleurs allée voir le film pour me faire une meilleure idée du livre qui m’avait laissé un sentiment amer et dérangeant. A mon grand regret, le film m’a moyennement plu. J’ai d’ailleurs quitté la salle avant le générique de fin.

Le dénouement est en effet d’une tristesse désespérante a contrario du ton léger que souhaite emprunter le réalisateur. Il ne semble y avoir aucune échappatoire pour Camille qui dérive peu à peu pour s’enfermer dans une folie de plus en plus dégradante pour son entourage. Ce roman complètement décousu est en somme déstabilisant.

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Il m’a en outre été difficile de rentrer véritablement dans l’histoire car certaines scènes extravagantes semblent presque artificielles et frôlent parfois trop le grotesque. Les délires des deux protagonistes m’ont laissée souvent de marbre tout comme leurs choix de vie particulièrement fantaisistes et irresponsables. Comment ne pas penser à ce pauvre petit garçon vulnérable, élevé entre un père fantasque et infantile et une mère capricieuse et instable psychologiquement ? Camille est tout bonnement folle à lier. Son déséquilibre mental rend tous ses actes imprévisibles et inquiétants, c’est pourquoi le livre m’a finalement mise profondément mal à l’aise. Je n’ai pas du tout trouvé cette histoire belle et émouvante, au contraire elle s’est révélée au fil des pages terrifiante. L’amour aveugle tout comme l’admiration sans bornes que porte le petit garçon au centre de cette tragi-comédie pour sa mère est à mon sens l’aspect le plus sombre de l’histoire. Le père est complice de cette folie. Il l’a portée à bout de bras. Pourquoi ne protège-t-il pas davantage son fils qui est toujours témoin de la décadence de sa mère? Ce point noir rend la lecture d’autant plus difficile. On attend de la part du père un sursaut de lucidité qui ne vient tristement jamais… Quel gâchis !

Pour conclure, En attendant Bojangles, un récit doux-amer alternant les mémoires d’un enfant et le journal secret d’un père tourmenté et malheureux, s’est révélé moyennement convainquant. Cette histoire abracadabrante, un tantinet tirée par les cheveux manque de profondeur. Tout semble assez invraisemblable. Si l’écriture de l’auteur est assez poétique, elle présente néanmoins peu d’envolées. Le dénouement suit par ailleurs la logique du livre, la descente aux enfers est lente mais inévitable.

En bref : A travers ce petit roman percutant et parfois malgré tout lumineux, l’auteur relate avec un certain talent mais sans grand éclat le naufrage douloureux d’un couple passionné qui tente vainement de préserver l’équilibre de sa famille.

On sort finalement de cette lecture, écœuré et quelque peu déprimé. Dommage pour ce rendez-vous manqué… Pour ma part, ce récit m’a davantage plombée qu’émerveillée. Mon avis est assez mitigé. Le film est en revanche bien plus réussi grâce notamment à l’alchimie convaincante du couple Duris/Efira. A voir tout de même pour se faire son propre avis. Je serais curieuse de connaître votre ressenti.

La bande-annonce du film:

Publié le par missycornish | 21 commentaires

IMG-20210211-WA0006Et voilà, les beaux jours reviennent progressivement, la grisaille disparaît peu à peu pour laisser place à une luminosité plus chaleureuse. Le printemps n’est pas loin tout comme le Challenge Cottagecore qui débutera à nouveau aux alentours du 20 mars. Préparez-vous pour cette nouvelle saison (le programme est en cours de développement) ! Je suis déjà sur les starting-blocks, ma PAL est presque prête! Si je suis pour le moment débordée par mon travail, je ne vous oublie pas pour autant.

Un programme d’une quinzaine de jours de lectures prévu dans le cadre du British Mysteries a débuté ce mois-ci! J’ai failli le manquer de peu… Merci les filles pour cette proposition alléchante! J’ai d’abord cru qu’il y avait un read-a-thon ce week-end mais il semblerait que non. Pas grave! Je vous propose ce petit journal de lectures. Cette année, je compte bien participer à l’événement! Je suis bien entendu en retard (comme d’habitude) mais j’ai tout de même décidé d’apporter ma maigre contribution au défi en lisant trois petits romans ce week-end: Ils étaient dix d’Agatha Christie, L’hôtel hanté de Wilkie Collins ainsi que La nuit du tigre de Margery Allingham. Ce format de billet « fourre-tout » devrait pouvoir me motiver à reprendre mes petites activités bloguesques. Je vous embarque donc exceptionnellement avec moi ce week-end pour vous proposer ce concept un peu différent et plus léger en attendant un billet plus élaboré et soigné.

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13h50: Levée aux aurores, je n’ai malheureusement pu commencer ma lecture de bon matin. Ma Poupouche de deux ans et demi était déjà réveillée et particulièrement tonique. J’ai tenté un ménage éclair sans grand succès. La maison ressemble actuellement à Beyrouth. Catastrophe. Deux pages lues tout au plus au petit-déjeuner, une connexion défectueuse et un rendez-vous important chez le garagiste ont retardé la progression de ma première lecture. Pas grave, je reviendrai plus tard. Étant également en train de finaliser mes dernières appréciations pour la fin du second trimestre scolaire, je doute pouvoir lire beaucoup. J’alterne entre les appréciations de bulletins, le ménage par petites touches (rien de bien palpitant, ma pile de linge a atteint des sommets inquiétants…) les pauses brèves de lectures pendant que la Poupouche déménage et retourne l’intégralité de sa chambre… Aïe… Je vais essayer d’être le plus efficace possible … 

 Le 13 mars, un billet sur Agatha Christie est en principe prévu si je ne me suis pas trompée, c’est pourquoi mon premier choix s’est naturellement porté sur le livre Les dix petits nègres, Ils étaient dix pour son nouveau titre de réédition. La lecture est aisée et rythmée. J’étais déjà familière avec l’histoire originale ayant visionné à plusieurs reprises la brillante adaptation moderne du roman en série télévisée par la BBC en 2015. Les épisodes étaient haletants et le casting exceptionnel. 

Voici la bande-annonce, je vous conseille chaudement de visionner la série, c’est une petite pépite dont je ne me lasse pas. J’adore l’atmosphère gothique qui s’en dégage! A toute!

17h13: La maison est propre, le ménage est fait. Il me reste encore une chambre à terminer. J’en profite pour me pauser enfin avec une tisane et mon livre. Je n’ai pas arrêté depuis ma dernière visite sur le blog. J’ai pu malgré tout lire quelques pages de mon livre. La galerie de personnages des Dix petits nègres est extrêment bien esquissée. Les protagonistes sont détestables dès les premières pages. On sait déjà que tous ont eu leur réputation entâchée à la suite d’un scandale mystérieux étouffé par la bonne société anglaise qui souhaite toujours préserver coûte que coûte les apparences … Cela donne envie de revoir la série T.V de la BBC. Si j’ai le temps je le ferai peut-être demain soir pour compléter mon billet. Le livre se dévore facilement et la traduction est riche et d’une grande fluidité. J’adore cette vieille édition au papier jaunie, je pense qu’elle devait provenir de la bibliothèque familiale. Je vous avoue que je n’avais jamais auparavant ouvert un seul Agatha Christie, je la découvre enfin avec bonheur! Cela me donne des idées pour éventuellement exploiter quelques extraits du roman en version originale en classe avec mes Troisième. J’ai en effet le livre en ma possession. Je lis des passages en parallèle pour le plaisir. 

13 mars 2022

7h54: J’ai passé une jolie soirée à l’extérieur pour célébrer l’anniversaire de ma mère à la Bergerie du doux marais à Sainte-Marie Les anglais, un endroit cosy et chaleureux en pleine campagne normande où je me suis d’ailleurs mariée il y a quelques années déjà. Cela m’a rappelé de très beaux souvenirs. L’ambiance était très notaslagique. Le thème de la fête était les années 70. Il était étrange de se retrouver dans un restaurant et de danser sans masque après deux ans de Covid. Il y avait quelque chose de surréaliste d’arriver dans le restaurant et de voir que personne n’était masqué… Je dois avoir le syndrome de la cabane, je n’étais au départ pas très à l’aise de voir tous ses visages. Nous n’étions plus habitués à veiller tard et sommes rentrés relativement tôt mais quelle soirée! Nous avons bien profité! Nous avons un peu dansé. Il y avait des valses, des tangos, des pasos et quelques madisons. L’ambiance était familiale et bon enfant et le repas succulent.

J’ai repris dès le réveil la lecture de mon roman Les dix petits nègres. Il y a une atmosphère particulièrement claustrophobe. Les personnages sont reclus sur une île désolée du Devon durant un été étonnement ensoleillé pour cette région anglaise qui m’est familière, ayant vécu quatre ans et demi là-bàs. Tous les protagonistes semblent, comme je l’avais dit précédemment, dissimuler un secret honteux. Au fil des pages, on découvre que ces personnes si différentes ont été invitées par un couple énigmatique, les Owen, de riches extravagants. Bien entendu, à leur arrivée, aucune trace des hôtes qu’ils ne connaissent d’ailleurs évidemment pas ne les ayant jamais rencontrés auparavant. Les invités sont seuls et livrés à eux-mêmes. La maison en apparence splendide et luxueuse, perchée en haut d’une colline balayée par les vents se révèle peu à peu lugubre et asphyxiante. Les portes grincent et cette histoire aux accents gothiques devient de plus en plus inquiétante et malaisante. Bref, j’adore! Ce livre trône dans ma bibliothèque depuis des années et je ne comprends vraiment pas pourquoi je ne l’ai pas déterrer plus tôt. C’est une pépite d’écriture, un roman glaçant, abrasif et cynique teinté d’une ironie anglaise délicieuse. Je vais tenté de le finir aujourd’hui.

13h21: Je dévore toujours mon petit roman policier. J’ai dû faire quelques pauses pour jouer avec la Poupouche qui n’est pas en grande forme. Elle a attrapé froid et est relativement calme. Le temps est morose et se prête parfaitement pour des séances de lecture au coin du feu. C’est la Normandie que voulez-vous! Il fait frisquet par ici.

Je suis impressionnée par la qualité d’écriture des Dix petits nègres. Je me demande si Stephen King ne s’est pas aussi inspiré des romans d’Agatha Christie pour créer des ambiances glauques et morbides. En effet, les passages les plus effrayants se déroulent souvent de jour. C’est également le cas, dans ce récit pour le moins sombre. La demeure qui sert de théâtre aux meurtres des convives n’est étrangement jamais plongée dans les ténèbres. Au contraire, la lumière y est aveuglante, les pièces sont quasiment vides, les murs peints dans des couleurs pastelles claires et le mobilier est relativement moderne. Il ne se dégage de cette propriété luxueuse aucune vétusté propre au décor d’un roman gothique traditionnel. Et pourtant… Bien que le décor soit donc aseptisé, nous sommes bel et bien dans un roman sombre et pour le moins inquiétant. L’île du nègre se retrouve régulièrement isolée et déconnectée du reste du monde quand la mer se déchaîne sur ses rochers épurés. Face aux caprices des éléments et à leur isolement forcé, les invités ne sont que des proies faciles pour un potentiel meurtrier. 

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J’adore ce principe de cluedo où les personnages se soupçonnent et disparaissent l’un après l’autre. La comptine enfantine en apparence gentillette placée innocemment sur la cheminée de marbre est une trouvaille géniale. Elle apporte une touche presque comique à cette situation effroyable et se révèle au fil des pages de plus en plus morbide et glaçante… J’ai presque terminé le roman! 

Un extrait de cette chanson pour enfants:

“Dix petits nègres s’en allèrent dîner. L’un d’eux étouffa et il n’en resta plus que neuf…”

21h38: Je profite d’un moment de calme pour revenir vers vous. La Poupouche dort tranquillement, j’ai effectué un petit ménage avant d’aller me coucher pour tout remettre en ordre. Je suis partie dîner chez mes parents pour célébrer une fois encore l’anniversaire de ma mère en famille et lui apporter son présent. Nous ne nous sommes pas éternisés étant tous malades. 

Je suis contente d’avoir pu finir mon petit roman d’Agatha Christie. Un vrai régal. La finesse psychologique des personnages est aussi admirablement bien maîtrisée. Rien d’étonnant à ce que les critiques aient discerné le titre de reine du crime à cette brillante romancière.

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Aucun personnage n’est vraiment attachant. On sait pertinemment bien que tous les protagonistes sont des monstres de cruauté dissimulés derrière des masques de fausse modestie. C’est ce qui est finalement le plus réjouissant. On attend avec impatience le prochain meurtre et on se plaît à tenter de deviner quel sera le destin funeste que leur réserve ce mystérieux meurtrier en quête d’une justice divine. Tous méritent en somme leur sort macabre. Agatha Christie en profite sous couvert d’un petit roman policier divertissant pour dépeindre au vitriol l’hypocrisie crasse d’une société anglaise finalement très snob et corsetée. Derrière une morale en apparence inflexible se cache des personnalités fourbes et opportunistes qui n’hésitent pas à tuer père et mère pour obtenir une place de choix dans leur petite société bien polissée. Agatha Christie n’est ainsi donc jamais tendre avec ses héros de papiers. Personne n’est épargné, que ce soit la jeune secrétaire au physique de pin-up mais à l’allure austère, la dame vieillissante respectable qui pour se distraire lis la bible, son livre de chevet par excellence, ou encore ce bon vieux colonel retraité, vétéran de guerre à la réputation irréprochable. Tous en prennent pour leur grade.  Bref, cette lecture est une très belle pioche! J’ai bien fait de dépoussiérer ce livre!  

Un peu déçue tout de même de ne pas avoir pu lire davantage mais mes activités professionnelles tout comme personnelles ont eu raison de ma motivation tout comme de mon temps. Je vais devoir mettre de côté Wilkie Collins pour ce week-end. Demain soir, je pars pour cinq jours de formation à Lille dans le cadre de mon travail, je tenterai de le lire durant mes soirées solitaires si j’en ai le courage et l’énergie. 

Un dernier mot sur mon club de lecture : nous avons décidé ensemble de sélectionner une nouvelle thématique pour notre rendez-vous mensuel habituel. Ce sera donc les Robinsonnades, un thème que j’affectionne particulièrement. J’ai plein d’idées mais si vous en avez d’autres à me soumettre n’hésitez pas à me les partager. Je viens de débuter La légende de Tarzan qui comporte en fait cinq tomes essentiels pour comprendre l’univers de ce héros mythique. Je doute lire l’intégralité d’une traite, peut-être en lirai-je deux tout au plus selon le temps que je pourrais y consacrer. J’ai tenté de lire Sa majesté des mouches mais le ton pessimiste du livre tout comme sa thématique, cette cruauté enfantine ignoble me rebutent franchement. J’ai un peu délaissé cette lecture au profit d’autres plus passionnantes. Deux ans de vacances semble beaucoup plus alléchant et attrayant. Voilà en tout cas ma Pal pour l’occasion. Il ne me reste plus qu’à piocher parmi ces titres :

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C’est tout pour ce week-end! Je vous souhaite une belle soirée. Je vais essayer de bouquiner un peu et de profiter de mes bêtes en manque de câlins. Elles sont actuellement toutes autour de moi. Ma minette Eclipse ronronne sur mes genoux et je souffle enfin ! Merci de m’avoir suivi pour ce billet un peu particulier. Je vous en proposerai peut-être un autre durant les semaines à venir pour vous tenir au courant de la progression de mes lectures si le concept vous plaît. Et je vous retrouve cette semaine pour un billet complet !

Publié le par missycornish | 13 commentaires

R (11)Début du vingtième siècle dans les îles Salomon. Un jeune aventurier et planteur britannique, David Sheldon se retrouve perdu sur un petit bout de terre désolée au milieu du Pacifique. Loin de toute civilisation et dévoré par une fièvre tropicale, il accuse coups sur coups, d’abord avec la perte de son navire de marchandise puis avec la mutinerie de ses employés, des autochtones anthropophages au caractère particulièrement réfractaire. Seul sur son îlot isolé, son destin semble scellé. Pourtant, l’arrivée d’une séduisante Américaine, Joan Lackland, au caractère indépendant et aux idées fort novatrices, bouleverse sa routine de vieux célibataire … 

Écrit en 1911 au cours d’une croisière mouvementée sur les mers du Sud qui se clôtura malheureusement par un échec cuisant, l’Aventureuse est un drôle de roman d’aventure maritime aujourd’hui passé de mode … Cette œuvre bancale mais néanmoins pleine de charme aura au moins eu le mérite d’insuffler une nouvelle dynamique aux écrits de Jack London, qui à cette période de sa carrière, manque cruellement d’inspiration. En effet, ses romans sur le Grand Nord ont eu un succès international retentissant grâce notamment aux magnifiques chef-d’oeuvre de Croc-blanc ou de l’Appel de la forêt devenus des classiques intemporels. Cependant, ces contrées lointaines et glacées n’attirent plus vraiment son lectorat qui commence à s’en lasser tout comme l’auteur lui-même qui a désormais soif de nouvelles évasions. Ce roman né, de ce fait, de son second courant d’inspiration. Jack London, vieux baroudeur, s’engage donc dans une croisière prometteuse, à bord d’un navire de fortune qu’il a lui-même conçu, le fameux Snark. Cette expédition maritime avait originellement pour but de partir à la découverte des îles du Pacifique et de l’Océanie. Jack London était en effet un adepte du vagabondage. Intrépide, il avait pour projet de visiter entre autres les îles Salomon, lieu où se situe principalement l’intrigue. 

nc-p-64_lg-e1457505633538Alors que ce roman aurait dû consolider sa renommée, l’accueil du public se révèle finalement assez tiède. Le livre passe quasiment inaperçu à sa sortie en librairie. La critique semble dès lors le bouder. Pourquoi donc ce revirement de situation? Et pourquoi la réputation de Jack London semble désormais entachée? Tout simplement parce que cet écrivain remarquable a toujours jusqu’à présent été avant tout considéré comme un romancier social, un grand humaniste, depuis notamment le succès d’édition de son roman Le peuple d’en bas en 1903, un témoignage édifiant sur les conditions rudes et effroyables de la classe ouvrière londonienne. Il est dès lors étrange de découvrir à travers l’Aventureuse, la voix d’un planteur anglais pour le moins raciste, une vision quelque peu nauséabonde inspirée des idées colonialistes de l’empire britannique que l’auteur semble lui-même partager… Toutefois, il est toujours bon de rappeler que Jack London était avant toute chose un écrivain de son temps. Cette lecture doit donc être contextualisée pour être appréciée ou plutôt tolérée. On note par ailleurs que certains éditeurs ont déjà pris les devants pour éviter tout scandale éditorial en ajoutant même sur Amazon un petit commentaire en guise d’avertissement pour les lecteurs modernes qui pourraient adhérer à ces idées quelque peu réductrices .  

Follows the adventures of a plantation owner in the Solomon Islands. Be warned, quite a bit of racism, and it doesn’t seem to have any underlying message about that being a bad thing. Definitely one of those books that is a product of its time.”/  Traduction: ce roman suit les aventures d’un planteur dans les îles Salomon. Prenez garde, on y trouve une certaine dose de racisme, et il semble qu’il n’y ait aucun message sous-jacent pour le dénoncer.  Assurément un roman qui est un pur produit de son temps …

J’ai d’ailleurs pu remarquer, avec une certaine sidération, que le roman vendu sur le site Amazon britannique sous le titre original Adventure ne comporte aucune autre remarque, comme si ce livre ne méritait pas la moindre mention … Cela en dit long …

Sait-on jamais, un public ignare pourrait en douter et prendre à la lettre les idées de ses héros de papier. J’ai toujours apprécié Autant en emporte le vent (mon livre de chevet par excellence, dois-je avoir honte de l’admettre?) étant encore aujourd’hui une fervente admiratrice de la plume acérée de Margaret Mitchell. J’adore Scarlett, une punaise assumée qui se prend claque sur claque tout comme son histoire d’amour impossible avec le séduisant forceur de blocus Rhett Butler, mais ai-je été pour autant influencée par les idées racistes de cette héroïne capricieuse sudiste? Bien sûr que non ! Il en va de même bien évidemment pour ce roman d’aventure un peu suranné.

Si le roman comporte incontestablement des faiblesses d’écriture, il a malgré tout des qualités littéraires indéniables offrant par la même occasion des pistes de réflexion pertinentes sur les idées colonialistes de son temps.

Il est ainsi intéressant de noter les opinions divergentes des deux personnages principaux qui sont au final tous deux colonialistes même si l’un se croit plus humaniste et s’évertue à se donner bonne conscience en traitant ses ouvriers noirs avec davantage de considération …  Joan déchante néanmoins car la population autochtone est particulièrement sauvage et évolue selon ses propres codes. La leçon se révèle amère pour cette jeune femme trop naïve et insouciante. C’est pourquoi, je ne suis pas entièrement d’accord avec le commentaire quelque peu sommaire d’Amazon sur ce livre. Il y a bien une conclusion et un message (discutable) que les Occidentaux ne sont pas prêts à entendre, notre vision du monde n’appartient qu’à nous, considérant que chaque culture possède ses propres croyances et ses modes de vie. Sheldon l’apprendra à ses dépends. Sa plantation est un échec total et sa vision colonialiste se heurte quotidiennement à la pensée primaire des autochtones… C’est ce que semble du moins vouloir sous-entendre Jack London …

L’auteur portraiture par ailleurs une héroïne fantasmée (par Jack London?) un brin excessive et peu crédible. Joan incarne l’émancipation féminine à l’américaine. Elle côtoie les hommes d’égal à égal (rappelons que le mouvement des suffragettes a pris son essor moins d’une dizaine d’années auparavant soit en 1903, huit ans avant la publication de ce roman…) et aime se travestir pour pouvoir accéder à cette liberté précieuse réservée essentiellement à la gente masculine. La demoiselle rappelle par bien des égards le caractère impétueux de la célèbre pirate et maîtresse de Jack Rackam, la belle Anne Bonny qui sillonna les mers aux côtés de son amant. Quant au héros masculin, Sheldon incarne un gentleman typiquement britannique. Ce célibataire endurci, buté et routinier, ne souhaite guère initialement s’encombrer d’une présence féminine. D’autant plus si cette dernière n’a d’autre dessein que de révolutionner toute sa plantation en apportant avec elle ses idées pour le moins progressistes. Sheldon traite Joan comme une demoiselle vulnérable. S’il est sans aucun doute paternaliste envers les noirs, sa vision de la femme est tout aussi insultante, sa fonction principale demeurant avant tout ornementale. 

Pour conclure, sans être une grande œuvre romanesque exceptionnelle, ce petit roman d’aventures fut toutefois divertissant. Dommage que certains passages racistes ternissent un peu trop le récit comme ce chapitre d’introduction dont on se passerait franchement il est vrai tant la description est désolante. Un homme noir y est dépeint de façon péjorative en étant comparé à un destrier crépu … Affligeant.

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L’un des rares clichés existant encore de Jack London durant l’expédition du Snark dans les îles  du Pacifique aux côtés d’un autochtone (années 1910).

Dans un climat de touffeur moite, Jack London nous offre cependant un périple exotique savoureux. Certes, sa vision colonialiste un brin poussiéreuse reste quelque peu déroutante pour nous lecteurs occidentaux modernes. Néanmoins, ce livre est idéal pour les férus de littérature maritime. Il n’est en outre pas avare de rebondissements (chasse à l’homme, duels à mort, petite romance et j’en passe). Les héros enchaînent des aventures toutes plus invraisemblables les unes que les autres et se retrouvent même confrontés à une mutinerie de cannibales particulièrement glaçante. 

En bref: un roman d’aventures à mi-chemin entre Mogambo et les récits flibustiers du XIXème siècle que j’affectionne particulièrement tels que Le faucon des mers ou Les quatre plumes blanches (mon billet ici) avec certes, moins de panache. Jack London ne maîtrise d’ailleurs pas particulièrement le genre romantique. Ses tentatives de romance sont maladroites et superficielles par moment comme cette fin qui demeure quelque peu expéditive et prévisible. L’aventureuse moins aboutie que l’œuvre phare, Martin Eden, de ce romancier pourtant génial semble avoir été achevée trop hâtivement. 

Un dernier commentaire concernant Jack London : 

R (12)A mon sens, on ne devrait pas ignorer cette part d’ombre de l’écrivain, ses zones grises de son œuvre sont nécessaires si on souhaite connaître la véritable personnalité de Jack London. Bien que ce roman insolite ne trouve guère sa place aujourd’hui dans le courant de pensée actuelle, il nous permet d’en apprendre davantage sur l’homme qui s’est longtemps caché derrière ses écrits et non la légende que le monde littéraire a forgé de toute pièce autour de lui. Jack London était au fond, un homme pétri de contradictions, avec ses qualités tout comme ses défauts et ses faiblesses, capable de défendre la veuve et l’orphelin dans Le peuple d’en bas, d’éprouver une empathie admirable envers les bêtes, la preuve avec son magnifique roman Croc-blanc (ma toute prochaine lecture) et a contrario prêchant un darwinisme social convaincu, une pensée malheureusement très courante à la fin du XIX siècle tout comme au début du XXème siècle.  

Publié le par missycornish | 7 commentaires

fr-img-2918-Bonne-annee-2022-1536x1536Je vous souhaite à tous une très belle année ! J’espère que vous avez passé de très bonnes fêtes en famille ou avec vos amis, que vous avez bien ripaillé et que vous avez été raisonnablement gâtés ! Je vous souhaite également du bonheur et une santé mentale comme physique de fer pour ces prochains mois (nous en aurons bien besoin ! Satané Covid qui n’en finit plus… ). La lecture demeure encore un bel échappatoire et un refuge vital pour moi, quel meilleur moyen pour contrer ce quotidien tristounet qui ne nous quitte plus depuis ces deux dernières années? C’est pourquoi je compte bien poursuivre encore et toujours mes explorations littéraires et ne pas me laisser impacter par l’atmosphère pessimiste qui nous entoure et nous pollue chaque jour. La vie est belle, il faut profiter de l’instant. Le temps est précieux. J’ai encore pas mal de livres que j’aimerais découvrir. Je doute de prendre des résolutions inatteignables pour cette nouvelle année. Certes, j’aimerais reprendre avec davantage d’assiduité mon sport en me tenant à une session d’exercices quotidienne, lire un peu plus, regarder moins la télévision qui est de plus en plus plombante (surtout Netflix…) et écrire bien sûr plus de chroniques sur mes lectures. J’ai été cette année plutôt paresseuse de ce côté. 

Toutefois, j’aimerais aussi limiter mes achats livresques compulsifs et piocher davantage dans ma bibliothèque actuelle qui regorge de trésors. J’ai de nombreux romans sous le coude fort alléchants qu’il me tarde de lire ou de relire et je souhaiterais aussi éviter l’accumulation de romans modernes sous prétexte qu’ils sont à la mode et qu’ils plaisent davantage à la blogosphère.

Le père Noël m’a gâtée même s’il est resté raisonnable, j’ai réçu quelques beaux livres: les magnifiques ouvrages illustrés Princesse Sarah et Le vent dans les saules, ainsi qu’un roman graphique Green Manor dans une éditions vieillote très originale, enfin le dernier roman de Jenny Colgan, L’hôtel du bord de l’eau sous la neige. Il ne me reste plus qu’à parcourir ces petits merveilles. Et vous, avez-vous reçu de jolis livres? Quelles sont vos bonnes résolutions pour l’année 2022?

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Comme je vous le disais précédemment je lirai donc désormais cette année à mon rythme, sans pression et je posterai ainsi de nouveaux billets lectures ou cinéma selon mes envies du moment. Qu’importe si le film est daté ou le roman poussiéreux. Bloguer reste avant-tout un passe-temps pour me détendre et partager ma passion de la culture.

Aucun désir non plus de suivre les diktats littéraires à la mode ou la pensée wokiste du moment pour appâter des lecteurs sur le blog. Je préfère avant tout vous livrer des avis honnêtes, sans langue de bois. C’est ma manière à moi de résister. Mes avis sont bien sûr subjectifs. 

Je ne compte pas non plus vous faire part d’un énième bilan ni vous dévoiler le nombre de pages lues cette année ni ce dernier mois, ce que je trouve parfaitement inutile. Comme je l’ai écrit précédemment, je ne lis pas pour impressionner la galerie mais par pur plaisir.

Alors si vous êtes toujours intéressés pour me suivre dans cette belle aventure bloguesque, je vous promets de belles rencontres littéraires enrichissantes et passionnantes, des discussions enflammées et passionnées sans prétention sur des sujets variés. 

Merci pour votre fidélité! Bon courage pour la reprise ! 

Publié le par missycornish | 27 commentaires

R (9)Et voilà, Noël approche à grands pas ! J-2 avant le réveillon ! Le temps a filé tellement vite que je n’ai pu bloguer comme je l’avais initialement prévu. Qu’importe, me voici à nouveau de retour parmi vous après une longue pause qui m’a fait le plus grand bien. Bien entendu, si je n’ai pas été très présente par ici, je n’ai pas pour autant négligé mes lectures. J’ai en effet fait malgré tout quelques petites trouvailles littéraires dont j’aimerais beaucoup vous parler dans les prochains jours. Et quel meilleur moyen de patienter en attendant Noël qu’en lisant tranquillement au coin du feu !

Cette année, dans le cadre du Book club auquel j’appartiens depuis presque un an et demi (et qui m’a permis de faire la découverte de nombreuses pépites livresques), j’ai eu grâce à ce rendez-vous mensuel l’occasion de faire une toute petite incursion dans la littérature nordique (le thème du club de lectures étant consacré ce mois-ci à l’hiver et à la neige, cela tombait à pic !). J’ai ainsi savouré un petit polar islandais bien sympathique aux accents de cosy crime d’une série policière addictive de Ragnar Jónasson qui s’intitule Les enquêtes de Siglufjördur (nom imprononçable par excellence…). Le premier tome Snjór (qui veut dire neige en français) m’intriguait depuis belle lurette mais je rechigne toujours à me lancer dans le polar qui n’est vraiment pas ma tasse de thé (je suis en général moyennement attirée par ce genre littéraire étant peu encline à lire des scènes violentes ou gores). Toutefois, il n’y a que les imbéciles qui ne changent pas d’avis et c’est pourquoi il ne faut jamais dire jamais ! Parfois il y a du bon à sortir des sentiers battus. Cette série est à l’évidence de qualité (aucune scène de violence excessive ni malsaine fort heureusement) et m’a fait passer un agréable moment. Cet auteur islandais à suivre aurait été repéré par l’agent littéraire d’Henning Mankell lui-même, un auteur brillant que je vous conseille chaudement de découvrir si cela n’est pas déjà fait. J’avais trouvé son roman L’œil du léopard particulièrement insolite et déroutant mais pour autant fascinant (mon billet ici).

Ce premier tome Snjór débute avec l’arrivée d’un jeune policier de Reykjavík, Ari Thór, fraîchement diplômé, dans une petite bourgade isolée, la ville de Siglufjördur (atchoum!) dans le nord de l’Islande. En d’autres termes, “là où ça craint” et où peu de touristes aiment s’aventurer. Le climat y est plutôt rude, il y neige en effet sans discontinuer. Pour une première affectation, c’est bien entendu une grande déception… Le policier n’est pas au bout de ses peines lorsqu’on lui annonce que son travail risque d’être assez monotone, l’endroit étant réputé paisible voire même ennuyeux. En somme, cette ville gentillette semble bien un cul de basse-fosse … Du moins, c’est ce que pense tout d’abord Ari Thór en arrivant dans ce coin perdu. Cependant la chute mortelle d’un vieillard alcoolique, une vieille éminence grisonnante, dans le petit théâtre du quartier tout comme le corps d’une femme poignardée et retrouvée à moitié-nue dans la neige ensanglantée, viennent finalement bouleverser son quotidien soporifique. Les habitants de Siglufjördur n’en croient pas leurs yeux, les voilà au cœur d’une enquête policière haletante ! Il n’en faut pas plus au policier novice pour retrouver confiance. Il décide de mener l’enquête contre l’avis de son supérieur. Et c’est ainsi que les langues des habitants en apparence bien innocents, vont peu à peu se délier pour révéler de terribles secrets …

Par bien des aspects ce livre rappelle l’intrigue du roman policier Le spectacle de Noël d’Anne Perry lu l’année dernière (ma critique ici). Une fois encore, une petite troupe amateure de théâtre se réunit pour répéter quand un accident effroyable survient, précipitant la petite communauté dans le chaos. Cet incident déstabilise l’équilibre finalement assez vacillant de cette petite société routinière. Outre une intrigue plutôt bien ficelée, le style limpide de l’auteur de cette série de polars se lit agréablement bien. J’ai trouvé le personnage masculin assez bien portraituré bien qu’il soit parfois un brin trop indécis à mon goût et quelque peu égoïste. Si l’histoire se dévore, il manque cependant à mon sens ce trait d’humour particulier des cosy crime truculents de la série d’Agatha Raisin qui m’avait charmée. Les auteurs britanniques ont cette capacité originale de tourner n’importe quelle scène dramatique en dérision (voir mon billet ici sur le premier tome des aventures de cette quinquagénaire agaçante mais tellement attachante au final). Ici, le ton demeure plutôt sérieux d’un bout à l’autre de l’intrigue, il est vrai que le climat ambiant ne se prête guère à la plaisanterie. Snjór est avant tout un huis-clos prenant où le sentiment de claustrophobie gagne peu à peu le héros du roman.  Tout comme ce dernier, le lecteur se sent à son tour au fil des pages prisonnier de ce paysage froid de carte postale qui semble éternellement figé dans la glace.

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Le personnage principal souffre lui-même de cette sensation d’isolement typique de cet environnement hostile où la nature semble avoir repris ses droits sur l’être humain. La neige est partout dans les fjords et la luminosité peu présente en hiver. Je ne savais pour ainsi dire rien de la culture islandaise. J’ai ainsi appris que pour les habitants de Reykjavík, le nord de l’Islande est aux antipodes de cette ville très cosmopolite, c’est pourquoi les citadins habitués à la modernité et au confort considèrent les régions du nord comme le bout du monde. On découvre aussi à travers cette lecture une tradition bien particulière de Noël propre à la culture islandaise. Durant le réveillon, les habitants ont coutume de passer la nuit à lire des livres pour tromper leur ennui et attendre sagement l’arrivée de Santa. On s’offre donc en Islande des romans ou ouvrages illustrés la veille de Noël pour passer un agréable moment en famille. Une tradition intelligente et efficace qui a le mérite de faire tourner l’industrie du livre papier et qui me donne bien envie de faire de même chez moi.

Pour finir, cette lecture détente de saison, où les pages défilent sans effort, est une très bonne pioche. On quitte à la fin de ce premier opus notre jeune héros tiraillé entre deux femmes séduisantes : la douce Ugla, une jolie pianiste et actrice en herbe un peu bohème et son opposé, l’ex petite amie Kristin, une étudiante en médecine ambitieuse et très citadine. Ari Thór arrivera t-il à faire son nid dans cette nouvelle ville et pourra t-il s’adapter aux températures rudes du nord ? La suite au prochain épisode !

En bref: ce polar islandais est un régal. Je doute patienter longtemps pour lire le deuxième tome Nátt dont j’ai déjà fait l’acquisition. Une lecture idéale pour les vacances et les soirées cocooning sous un plaid. 

Publié le par missycornish | 10 commentaires

L’abomination de Dunwich de H.P Lovecraft

R (8)Halloween s’est officiellement achevé ce week-end, toutefois ma famille et moi n’avons pu célébrer dignement cette fête dont nous raffolons tant, faute de disponibilité. Nous avons cependant tenté de rattraper ce petit contretemps en improvisant une petite célébration mais étant tous malades de la grippe et fatigués, la soirée fut de courte durée. Pas grave, nous nous rattraperons l’année prochaine.

Le mois Halloween continuant jusqu’à mi-novembre et n’étant pas tout à fait prête à exhumer de ma bibliothèque des lectures de Noël ni à visionner des téléfilms mièvres pour l’occasion, les billets frissonnants vont donc pour le moment se poursuivre pendant quelques semaines. De plus, le défi du Black November vient tout juste de débuter, une bonne excuse pour faire durer un peu plus le plaisir. Cela devrait me laisser suffisamment de temps pour chroniquer encore quelques billets en retard.

J’ai dernièrement découvert avec émerveillement l’univers étrange et cosmique d’un auteur fabuleux, le grand maître du fantastique, Howard Phillips Lovecraft et il me tardait de vous partager mon ressenti sur L’abomination de Dunwich. Comment suis-je passée durant toutes ces années à côté de l’œuvre exceptionnelle de cet auteur pourtant incontournable dans le domaine du fantastique?

Je ne connaissais pour ainsi dire rien de cet écrivain extravagant. J’avais depuis de nombreuses années un petit recueil de ses nouvelles les plus illustres dans ma PAL mais je ne sais même pas comment ce livre a atterri chez moi. Sa provenance relève du mystère n’ayant jamais réellement éprouvé jusqu’à aujourd’hui un intérêt quelconque pour cet écrivain (merci le mois Halloween pour cette découverte!). J’ai failli à plusieurs reprises m’en défaire pour le déposer dans une boîte à livre. Quelle folie ! J’ai bien fait de l’avoir conservé, c’est une excellente pioche. Autant l’avouer sans détour, je suis devenue une fan inconditionnelle de Lovecraft, si bien que j’ai depuis englouti la quasi-totalité de ses nouvelles tout comme ces quelques romans courts (une vraie accro!). Mon enthousiasme ne s’est pour le moment pas tarit. Même si le style peut parfois sembler répétitif, l’univers riche de Lovecraft nous surprend toujours par son originalité. Dans un va-et-vient avec la science, l’auteur se nourrit en outre de sa fascination malsaine pour l’eugénisme et l’occultisme, offrant des possibilités infinies de constructions narratives passionnantes.

Ainsi donc, ce recueil intitulé L’abomination de Dunwich, en référence à l’une de ses nouvelles les plus puissantes, est un condensé remarquable de l’œuvre lovecraftienne. Il comporte neuf histoires toutes plus effroyables les unes que les autres car cet auteur a un talent inné de conteur et réussit avec maestria à mêler le surnaturel, la science tout comme le mystique. Cette combinaison a priori improbable est pourtant gagnante ici ! Un vrai tour de force, j’en suis restée bluffée. Certaines chutes sont par ailleurs surprenantes.

Parmi les neuf nouvelles proposées dans ce recueil, trois ont particulièrement retenu mon attention:

♣ Le molosse est incontestablement l’une de mes favorites. Elle aurait très bien pu être écrite par le grand précurseur de la littérature vampirique Bram Stoker. Je l’ai trouvé glaçante. L’intrigue est originale car elle est circulaire. Deux jeunes passionnés d’occultisme se rendent en Hollande pour y entreprendre des fouilles illégales et déterrer le cadavre d’un puissant sorcier. Cet acte abominable et blasphématoire n’est bien évidemment pas sans conséquence car dans la sépulture, une amulette en forme de chien et aux dangereux pouvoirs y est dissimulée. Les deux jeunes gens s’en emparent sans scrupule, c’est alors qu’une créature étrange et assoiffée de sang, venue tout droit des entrailles de la terre les traque, démembrant l’un des deux chercheurs… La fuite semble dès lors impossible pour le narrateur qui nous raconte son funeste destin …

Cette nouvelle publiée en 1924 est l’une des premières références au Necronomicon, ce grimoire maléfique qui renferme les formules magiques et secrètes permettant d’ouvrir un portail sur un autre monde peuplé de créatures ignobles et abominables … Le sorcier arabe fou, Abdul Alhazred, mentionné dans de nombreuses nouvelles est également évoqué. Comme pour celui dont on ne doit jamais prononcer le nom dans Harry Potter, sa seule allusion nous fait frémir lecteurs d’horreur … 

La maison maudite (The shunned house pour son titre original) parue pour la toute première fois en 1928 est l’une des histoires les plus dérangeantes du recueil. L’horreur s’immisce dès les premières pages puisque l’auteur fait, avec une ironie grinçante, une allusion évidente à Edgar Allan Poe … Ce détail réjouissant pose d’emblée le climat angoissant de la nouvelle.  Lovecraft s’attarde en outre sur les origines d’une lignée souffreteuse sous le joug d’une malédiction mystérieuse. En effet, tous les membres de la famille ayant vécu dans cet habitacle insalubre ont été disséminés au fil des ans comme atteint d’une maladie dégénérative inconnue… La plupart serait mort d’épuisement … Des émanations jaunâtres sont découvertes dans la cave moisie du taudis … et c’est ainsi que le narrateur découvre avec dégoût l’horrible vérité …

Cette nouvelle est particulièrement originale et inquiétante. Lovecraft puise ici son inspiration dans des théories pseudo-scientifiques plausibles … Il n’est point ici question de créatures surnaturelles mais bien d’une matière trouble envahissante et parasitaire … Une fois encore, la thématique du vampirisme tout comme l’influence de Bram Stoker n’est jamais bien loin même si cette dernière est davantage exploitée et est renforcée par un cadre scientifique presque crédible… 

Comment ne pas penser dès lors à la nouvelle horrifique de Stephen King, Le ver qui a d’ailleurs été adaptée ce mois-ci en série produite par Amazon, Chapelwaite

On y trouve des thèmes analogues. Stephen King étant lui-même un fervent admirateur de Lovecraft, l’inspiration n’est bien évidemment pas anodine. Je vous parlerai ultérieurement de cette brillante série (à voir d’urgence!) dans un billet.

♣ L’abomination de Dunwich est bien entendu l’une des nouvelles les plus célèbres de l’univers Lovecraftien. Publiée en 1929, elle prend pour cadre l’univers du mythe de Cthulhu. 

Dans une région reculée du Massachusetts, une femme albinos en carence éducative met au monde un être étrange, Wilbur. Ce petit bâtard d’une branche dégénérative de la famille Whateley grandit anormalement vite. Apprenant donc à marcher, s’exprimer et lire à une vitesse vertigineuse grâce à son grand-père, le vieux Whateley qui lui apprend les rudiments de son savoir interdit, en autre, la magie noire, Wilbur devient à l’âge de quatre ans, un jeune géant robuste à l’allure de bouc et au physique difforme… Cet étrange garnement se prend de passion pour les forces occultes et met la main sur un curieux ouvrage, le Nécronomicon, un grimoire permettant d’ouvrir une fenêtre sur un monde multidimensionnel …  À la mort de son grand-père et de sa mère, une présence malsaine et néfaste prend quartier dans la vieille ferme Whateley alors que du bétail disparaît progressivement. Lorsque la ferme finit par exploser, une entité effroyable s’abat sur les environs, détruisant et engloutissant tout ce qui se trouve sur son passage comme toute forme de vie, qu’elle soit animale ou humaine … Wilbur est-il lié à cette créature invisible destructrice? Où l’ont donc mené ses recherches morbides?

Cette nouvelle est tout simplement brillante. Lovecraft revient sur la théorie des mondes parallèles. On se croirait presque dans un épisode sombre de la quatrième dimension. La chute est terrible, le lecteur est partagé entre un sentiment d’angoisse et un dégoût croissant pour cette révélation finale innommable. Du grand art !

Un petit zoom sur l’auteur: 

OIP (9)Lovecraft fut un auteur torturé, atteint de terreurs nocturnes et sans doute agoraphobe. Calfeutré constamment entre quatre murs et terrifié par le monde environnant, il aurait été obsédé dans sa jeunesse par des idées plutôt nauséabondes sur la supériorité de certaines races… (d’où l’exploitation un peu farfelue et réductrice de ce trait de caractère de l’auteur dans Lovecraft Country). L’écrivain fut par ailleurs longtemps vilipendé pour ses convictions racistes qui fort heureusement évoluent à la fin de sa vie (il aurait soutenu en autre la théorie fétide de la race aryenne). Lovecraft, honteux, aurait par la suite renié ses premiers écrits espérant faire ainsi amende honorable sur son passé controversé en s’intéressant de prêt à la monstruosité tout comme à la dégénérescence de certaines lignée pourrissante (que l’on retrouve en outre dans L’abomination de Dunwich). Tombé dans l’oubli à sa disparition, cet écrivain remarquable a suscité un regain d’intérêt au XXème siècle. Son imaginaire fantastique extraordinaire est finalement devenu culte. Il a depuis été reconnu comme un auteur incontournable du fantastique et de l’horreur aussi génial que son propre modèle, Edgar Allan Poe. Lovecraft a ainsi donné naissance à une littérature fantastique incroyable et à la Cosmogonie (un ensemble de mythes décrivant l’évolution de l’univers). Il exhume les terreurs de l’infini du cosmos et la place ridicule de l’homme au sein de cet univers abyssal. Je vous invite à vous plonger dans ce monde mythique immersif. Vous ne serez pas déçus du voyage !

Et en prime un petit documentaire fort intéressant sur Lovecraft et son oeuvre:

Nouvelle participation au challenge Le mois Halloween

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Seule en sa demeure de Céline Coulon

OIP (7)Milieu du XIXème siècle.

Aimée, jeune femme insouciante, épouse par convenance, Candre, un veuf taciturne et mystérieux. Ce propriétaire jurassien aux allures de curé possède une demeure somptueuse dans le domaine de Marchère, un lieu intriguant et oppressant, enserré dans une forêt opaque et brumeuse. La jeune femme de prime abord confiante à l’idée de devenir la maîtresse du logis déchante très vite à son arrivée. L’endroit est lugubre. En effet, on ne s’y amuse guère. Elle qui pensait y découvrir un foyer chaleureux où elle pourrait s’épanouir et peut-être fonder sa propre famille se heurte à l’influence omniprésente d’une servante intrusive et d’un mari au caractère insondable. Alors que Aimée sombre peu à peu dans la dépression, la venue d’une professeure de musique à la beauté néfaste apporte une ouverture sur le monde extérieur, une légère bouffée d’oxygène dans ce cadre oppressant et claustrophobe… Elle incite malgré elle Aimée à s’interroger peu à peu sur sa position de femme et à tenter de percer le mystère qui entoure la mort de la première épouse de Candre, une ombre malheureuse qui plane toujours sur son mariage …

Il est difficile de ne pas d’emblée établir un lien connexe avec Rebecca (mon billet ici) dès les premières pages. L’inspiration est en effet flagrante. La première moitié du roman m’avait véritablement happée, je l’avais lu avec avidité. J’étais confiante, convaincue de tenir entre mes mains une petite pépite d’écriture. Malheureusement mes espoirs furent illusoires, la seconde partie est un désastre.

OIP (8)L’introduction d’un personnage féminin (une professeure de musique) moyennement convainquant a, à mon sens, ruiné la dynamique du roman. Une histoire d’amour saphique naît en effet progressivement entre Aimée et cette professeure, ce qui a priori ne devrait pas vraiment gêner (c’est dans l’ère du temps me direz-vous). Cependant, cette idylle peu crédible semble étrangement forcée et est finalement traitée avec maladresse, comme si l’auteure elle-même ne savait comment vraiment l’aborder et s’était pliée à la politique du “en même temps”, une manière bancale de répondre au quota actuel imposé dans la littérature contemporaine comme dans le cinéma. Voilà encore un moyen peu honnête et mercantile d’appâter le lecteur. Tant qu’à lire de la littérature inclusive, je préfèrerais encore me plonger dans un excellent roman de Sarah Waters. Cette dernière maîtrise à la perfection le thème de l’homosexualité tout comme la psychologie ambiguë de ses figures féminines. Son roman victorien Affinités sur le spiritisme qui trône depuis plusieurs mois sur mes étagères me tente d’ailleurs grandement. Il sera sans doute l’une de mes prochaines lectures. 

Dans la seconde partie du roman, on se retrouve donc peu à peu plongé dans une histoire de plus en plus farfelue et tordue, complètement brouillonne. Je me suis ainsi fait violence pour la terminer, profondément déçue et avec la sérieuse impression de m’être fait berner par ce petit roman gothique français franchement mauvais. 

Tous les ingrédients étaient pourtant présents pour nous fournir un roman gothique efficace, or, rien ici ne fonctionne. Crimson Peak qui mêlait habilement le baroque hispanique et le gothique anglo-saxon était une belle réussite (ma critique ici). Le gothique français est quant à lui, en vérité, profondément ennuyeux. On se fait au final très “suer” dans le Jura… Il semble que les français soient incapables d’ébaucher des personnages d’une finesse psychologique analogue aux romans gothiques britanniques. N’est pas Charlotte Brontë qui veut… Les personnages ont par ailleurs des noms à coucher dehors (Aimée passons, mais Candre honnêtement quelle idée ! Ils sont également trop caricaturaux comme emprisonnés dans une personnalité-type. On a ainsi le cousin  avide de conquêtes féminines comme de batailles glorieuses, la jeune gourde un tantinet écervelée (Aimée), la femme adultérine, le muet au visage d’ange qui pour se faire entendre gesticule comme un fou furieux et j’en passe … 

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Céline Coulon dans La grande librairie

Si les références littéraires à Daphné du Maurier sont également nombreuses, à la différence de cette romancière exceptionnelle, Céline Colon porte, elle, un regard bien trop moderne sur ses personnages qui, rappelons-le, sont censés évoluer dans un cadre temporel bien déterminé, le XIXème siècle (où sont donc passées les références à cette époque?). On se retrouve ainsi avec un personnage masculin qui ne nie pas sa part de féminité mais est-ce vraiment ce qu’on attend d’un héros masculin de livre? Les femmes fantasment-elles vraiment sur des hommes métrosexuels? On est de ce fait loin du personnage ténébreux et charismatique de Charlotte Brontë. Rochester évoquait de ce fait une certaine puissance masculine assumée (peut-être trop misogyne pour le lectorat moderne féminin… pas pour moi en tout cas!). Candre est aux antipodes de ce héros. Il est d’une beauté frêle et insolite mais dissimule derrière son physique de brindille (dixit), une force inattendue… (qu’on attend toujours à la fin du livre… bof bof tout de même). En somme, on ne peut pas dire qu’il respire la virilité. Candre est en fait dépourvu de tout sex-appeal … Si vous espériez des scènes torrides, passez aussi votre chemin; d’après Aimée, il n’est pas très doué dans ce domaine … Je me suis interrogée sur le rôle de ce personnage dans le livre. L’auteure a-t-elle volontairement décidé de le portraiturer de la sorte ou s’est-elle fait rattraper par son époque? Le roman ratisse large en tout cas, c’est indéniable. 

Pour conclure, il semble que le talent d’écriture ne fait pas tout pour faire un bon roman, encore faut-il avoir une histoire qui tienne la route et ne s’achève pas en eau de boudin. Certains passages se sont révélés particulièrement affligeants. Les trois personnages féminins sont (presque) interchangeables (il y a en a au moins une de trop, la professeure à mon avis aurait pu sauter).

Si l’écriture est assez belle et poétique, ce roman pêche par de multiples maladresses et faiblesses d’écriture. Il est saupoudré d’une culture woke à peine dissimulée qui au final ne s’assume pas vraiment. L’histoire pseudo-lesbienne m’a laissé de marbre, elle arrive comme un cheveu sur la soupe et n’apporte finalement pas grand-chose au développement de l’intrigue qui en devient parfois grotesque. Le clou du spectacle reste la langue sectionnée du frère de lait de Candre, une idée franchement immonde, d’autant plus lorsqu’on sait les véritables raisons de cette mutilation. Quelle idée franchement a traversé la romancière pour nous servir une telle bêtise? 

En bref: cette histoire d’amour refoulée et avortée s’est révélée peu intéressante. Ce roman creux et vain, peu rentable pour mon porte-monnaie, a eu le mérite de me rappeler les raisons pour lesquelles je ne devrais pas trop vite me précipiter sur les nouvelles parutions françaises en grands formats. Dommage car les éditions Iconoclaste nous avaient fourni un écrin des plus somptueux pour ce roman. C’est d’ailleurs la couverture flamboyante qui m’avait fait chavirer. Quel gâchis !

Une nouvelle participation un peu en retard au challenge Le mois Halloween et en partenariat avec Le challenge Cottagecore et une lecture commune avec ma copinaute Lou. Je vous retrouve très vite pour vous parler d’une meilleure pioche, un livre de Lovecraft.

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Chambre 1408 de Stephen King

514cyle-jNL._SX327_BO1,204,203,200_Mike est un écrivain désabusé et chasseur de fantômes étonnement sceptique. Pour lui, les esprits appartiennent au domaine de la fiction. Il a d’ailleurs passé suffisamment de temps dans des endroits réputés hantés pour le confirmer… Jusqu’à ce qu’il enquête sur l’existence de la chambre 1408 du Dolphin Hotel où d’étranges phénomènes pour le moins inquiétants se seraient produits. L’endroit maudit aurait en effet provoqué la mort de nombreuses personnes au fil des années… Mike qui a dans l’idée de fournir à son éditeur un recueil de nouvelles de fantômes à la manière d’un “guide du routard” souhaite y ajouter un récit inédit et juteux, une anecdote croustillante sur cette chambre troublante dont le directeur persiste pourtant à lui refuser l’entrée … Lorsque ce dernier cède enfin, l’écrivain blasé décide d’y séjourner une nuit… à ses risques et périls …

Fervente admiratrice de Stephen King, cette nouvelle m’a d’emblée séduite tout comme cette édition à la couverture mauve très soignée et initialement destinée à un jeune lectorat. La collection Wiz chez Albin Michel nous propose de découvrir ou de redécouvrir les nouvelles qui ont le plus marqué la carrière excellente du maître de l’horreur dans un format très attrayant. Une initiative que je ne peux que saluer (je compte bien entendu me faire toute la collection, j’ai déjà jeté mon dévolu sur la nouvelle Le corps adaptée par Steven Spielberg dans le film Stand by me !) Ce court roman publié pour la première fois en 1999 et qui a été réédité en septembre dernier est une pépite qu’il me tardait de lire.

Bien que l’histoire ne soit pas, à proprement parler vraiment effrayante, elle a du moins le mérite de nous plonger dans un certain malaise, un malaise qui dure même bien après avoir refermé le livre. Comment ne pas penser à l’hôtel de Shining? Il y règne le même climat oppressant. On semble en effet dès les premières pages pénétrer dans un univers parallèle. D’ailleurs, cette nouvelle aurait fait un épisode parfait de La quatrième dimension. … Lorsque Mike franchit la porte tordue de la suite 1408, il n’imagine pas ce qui l’attend derrière … Pour lui, les histoires de revenants sont avant tout une source d’inspiration intarissable et un gagne-pain attractif pour pouvoir produire les histoires à dormir debout dont ses fans crédules et amateurs sont si friands. Il déchante très vite au contact de cette pièce maléfique, car comme le dit si bien le directeur Olin du Dolphin Hotel, s’il est bien question de hantise, cet endroit tristement célèbre ne semble pas habité par des esprits frappeurs mais par une entité bien plus diabolique et puissante … Le dialogue entre Olin et Mike où le directeur tente désespérément de convaincre l’auteur fanfaron d’abandonner ses recherches demeure pour moi un passage particulièrement glaçant (et réjouissant). A travers une conversation au départ apriori anodine,  Stephen King réussit brillamment à instaurer progressivement un climat de terreur qui s’intensifie au fil des pages:

 -Dans ce cas, je n’aurai rien à redouter dans la chambre 1408, n’est-ce pas?

-Et pourtant, si, répondit Olin. Vous aurez quelque chose à redouter. Parce qu’il n’y a pas de fantômes, dans la chambre 1408, et il n’y en a jamais eu. Il s’y trouve par contre quelque chose, une chose dont j’ai moi-même ressenti la présence, mais il ne s’agit pas d’une présence spirituelle. Dans une maison abandonnée ou dans le donjon d’un vieux château, votre incrédulité peut vous servir de protection. Dans la chambre 1408, elle ne fera que vous rendre encore plus vulnérable. Renoncez, monsieur Enslin. C’est pour cette raison que je vous ai attendu ce soir, pour vous demander, pour vous supplier de ne pas y aller. Parmi toutes les personnes qui doivent se tenir le plus possible à l’écart de cette chambre, l’homme qui a écrit ces ouvrages jubilatoires exploitant des histoires de fantômes vient sans aucun doute en tête de liste.” J’adore !

Voilà le génie de l’auteur, cette capacité extraordinaire à nous faire ressentir l’atmosphère pesante  et imprégnée d’une moiteur gluante de cette chambre 1408 qui nous colle à la peau d’un bout à l’autre de la lecture.  L’histoire contée n’en devient que plus claustrophobe. 

1408-poster2Si ce récit fantastique d’épouvante est excellent, je dois admettre avoir eu une petite préférence pour son adaptation cinématographique de 2002 qui reprend d’ailleurs certains passages légendaires de la novella, comme le dialogue alarmant du directeur Olin, incarné par un Samuel L.Jackson impeccable. Ce personnage trouble et ambigu m’a donné la chair de poule. Quant à John Cusack, un grand acteur des années 90 que j’affectionnais particulièrement adolescente, ce rôle de romancier alcoolique un tantinet méprisant et imbu de lui-même semblait parfaitement taillé pour lui.  Dommage que ce dernier ait lui aussi sombrer dans l’alcool tout comme son personnage mettant ainsi fin à une carrière pourtant brillante… Où est-il aujourd’hui?

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En lisant les critiques peu indulgentes sur ce film devenu pourtant culte, je me suis demandé pourquoi tant de mépris? Cette adaptation reste à mes yeux “diablement” réussie ! Point de gore ici mais des passages malgré tout bien inquiétants. J’ai sursauté à de nombreuses reprises, le film m’a en outre procuré quelques sueurs froides et les dernières scènes du dénouement m’ont marqué. Il semble que pour ce film tout comme cette novella les avis diffèrent grandement. Soit on aime, soit on déteste.

Pour ma part, cela reste un coup de cœur. Ce petit film d’épouvante efficace est un très bon divertissement, idéal pour une soirée frissonnante en famille. C’est devenu une tradition pour nous, chaque année pour Halloween nous le visionnons. Il y a aussi de belles trouvailles dans le scénario qui est plutôt surprenant et bien ficelé. Les effets spéciaux ont par ailleurs plutôt bien vieilli et les “jumps scares”, ces fameuses scènes de “sauts de peur” sont au rendez-vous. Il existe en outre deux fins alternatives, celle officielle où Mike Enslin réécoute l’enregistrement de son magnétophone est plus convaincante que la deuxième trop macabre à mon goût. Elle gâche un peu la qualité de l’adaptation en rendant l’histoire trop grotesque. Je vous laisse le soin d’en juger par vous-même …

En bref : un huis-clos claustrophobe inquiétant pour les amateurs de terreur à ne pas manquer ! Stephen King joue habilement avec nos nerfs dans cette histoire de hantise glaçante. Oserez-vous à votre tour franchir la porte de la suite 1408 ou passerez-vous votre chemin?

La bande-annonce de l’adaptation:

Voici donc une nouvelle contribution au Challenge Le mois Halloween et ma première participation au bingo du défi dans la catégorie Demeures et campagnes hantées.

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L’auberge de la Jamaïque

md18227019468Marie Yellan, une jeune fermière, se retrouve sans le sou après que sa mère ait succombé d’épuisement. Sur son lit de mort, cette dernière lui a fait promettre de rejoindre sa jolie tante Patience, l’épouse d’un aubergiste au commerce florissant. Là-bas, à l’auberge de la Jamaïque, l’attend une vie meilleure, loin du labeur éreintant de sa modeste condition. Mais à son arrivée, la jeune femme déchante promptement, l’endroit est lugubre, les cochers ne tardent guère dans ce lieu infâme à la réputation plus que douteuse. L’auberge sinistre se dresse en effet sur une colline déserte, balayée par des bourrasques infernales… Dans ce lieu reculé, Marie Yellan découvre plein d’effroi un climat des plus austère, et son oncle, Joss Merlyn, un homme rustre et vulgaire au tempérament colérique et brutal. Quant à sa tante, ce petit bout de femme fragile et larmoyante, elle semble terrifiée par son environnement. Que se passe-t-il vraiment au sein de cette auberge? Où sont donc passés les clients? Et pourquoi l’endroit n’est pas davantage entretenu? La jeune héroïne se retrouve malgré elle prisonnière de ce lieu effroyable qui lui révèle peu à peu les terribles secrets des naufrageurs, ces brigands qui parcourent la nuit les dunes de sables pour y commettre des crimes abominables …

Publié pour la toute première fois en 1936, ce roman noir aux accents gothiques n’a pas pris une ride ! Quelle intrigue haletante!  Il reste encore aujourd’hui un pur joyau de la littérature britannique et un classique indétrônable. C’est un sans faute pour cette œuvre ensorcelante qui nous transporte à travers les siècles en nous faisant découvrir les Cornouailles d’antan. L’auberge de la Jamaïque est un endroit fantomatique et hypnotique inlassablement cinglé par une pluie froide et fine qui recouvre l’ensemble de ce paysage morne et à demi-sauvage. C’est aussi le théâtre de nombreux crimes sinistres. Le lecteur sent bien qu’il s’y passe de terribles méfaits mais ne voit pour ainsi dire rien. L’écrivaine fait perdurer le mystère presque jusqu’aux derniers chapitres en distillant au fil du récit des indices comme pour renforcer un peu plus le malaise déjà pesant de cette atmosphère pour le moins asphyxiante. Ainsi, une corde pendue à une poutre se balance doucement dans une pièce sale et déserte, quelques taches de sang ont coulé sur le sol… Qui donc a bien pu être exécuté dans l’auberge un soir de pleine lune? Car si le jour, l’endroit semble complètement abandonné, la nuit, des rôdeurs viennent y déposer des cargaisons suspectes, certaines en bois ont même la forme de cercueils… Marie Yellan pense d’abord innocemment à des produits de contrebande mais l’horreur s’accentue peu à peu, jusqu’à atteindre son paroxysme dans les dernières pages du livre et c’est ainsi que cette demeure insalubre, auréolée de mystères, livre au fur et à mesure ses secrets …

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Ces secrets sont d’ailleurs révélés de la bouche du tavernier lui-même qui, lorsqu’il succombe à ses vices en s’adonnant à la boisson, est soudainement pris de remords et tente d’absoudre ses péchés en les confessant dans une transe macabre pour finalement oublier dès son réveil sa faible conscience. Une trouvaille d’écriture tout simplement géniale de la romancière ! Quel style fluide et rythmé ! 

Rien de surprenant à ce que Hitchcock, le grand maître du supsence, se soit intéressé de prêt à l’œuvre de Daphne du Maurier et ait même adapté plusieurs de ses livres. Il avait reconnu le talent indéniable de cette grande romancière britannique. Il est cependant regrettable que l’adaptation de 1939 de l’auberge de la Jamaïque pour le grand écran (la plus célèbre) soit si dépassée et finalement devenue aujourd’hui une parodie grotesque du genre. Le film a en effet très mal vieilli (je n’ai pas réussi à aller jusqu’au bout) a contrario de Rebecca (ma chronique ici) qui reste à mon sens encore un chef-d’œuvre intemporel du genre. A quand d’ailleurs une nouvelle adaptation?  J’ai vu qu’une adaptation pour la télévision en mini-séries a vu le jour en 2015, je ne sais cependant si elle est de qualité (je compte bien la voir prochainement). La réalisation magistrale de Ma cousine Rachel de 2017 avec Rachel Weisz dans le rôle-titre, a prouvé que l’œuvre de Daphne du Maurier pouvait encore résonner aujourd’hui dans notre époque. La place de la femme dans sa société étant également au coeur de ses livres.

Marie Yellan est par ailleurs avant tout un personnage féminin étonnement féministe pour son temps. Mais ce qui rend aussi ce récit particulièrement intéressant et original est cette vision de l’auteure très documentée et réaliste qui met en lumière une femme évoluant toujours selon les codes de son époque. Cet aspect du roman renforce un plus encore le caractère authentique de l’histoire. Nous sommes de ce fait plongé dans le milieu du XVIIIème siècle, la place de la femme est soit aux fourneaux soit aux côté de son homme ou les deux à la fois ! Sans complaisance, l’auteure en fait le constat. Notre héroïne est toutefois bien consciente des limites que son rang lui impose tout comme de ses propres faiblesses et pourtant, elle fait toujours preuve d’un courage inébranlable face aux terribles événements qui la submerge sans cesse. Elle sait également que l’amour la perdra irrevocablement comme elle a perdu sa tante Patience, désormais devenue une loque humaine. Elle qui était si belle et pimpante a ainsi donc perdu tout éclat. Les feux de sa jeunesse se sont éteints, détruits par la tyrannie de son époux Joss Merlyn, un homme séduisant devenu en un rien de temps un rustre effroyable, ivrogne et brutal. 

R (3)L’écrivaine se frotte ainsi donc toujours à la question du mariage et au rôle de la femme dans cette société. Elle souligne le caractère faible de son sexe incapable selon elle de vivre indépendamment de l’homme. Pour elle, la femme aspire à une liberté toute masculine mais sa position de femme freine inexorablement ses désirs d’évasion. Certains dialogues entre Marie Yellan et le héros ténébreux et ambigu du roman Jem incarnent parfaitement cette vision et ce questionnement :

« Si vous étiez un homme, je vous demanderais de venir avec moi, vous grimperiez sur le siège, vous enfonceriez vos mains dans vos poches et nous resterions ensemble aussi longtemps qu’il vous plairait. (…) vous n’êtes pas un homme. Vous n’êtes qu’une femme, ainsi si comme vous l’apprendriez à vos dépens si vous veniez avec moi.”

Rappelons-que Daphné du Maurier elle-même s’était résignée à un mariage de convenance et que comme ses héroïnes de papier elle subissait elle aussi les conventions de sa propre époque, malgré sa soif d’indépendance et son caractère bien trempé ! Pour plus d’informations sur ce sujet, je ne peux que vous encourager à lire Manderley Forever, la magnifique biographie romancée de Tatiana de Rosnay (ma critique ici).

Pour conclure, j’ai adoré ce roman sombre et inquiétant, un énorme coup de cœur que j’avais découvert pour la toute première fois il y a une quinzaine d’années et dont je gardais un souvenir impérissable. Daphne du Maurier nous embarque dans une aventure maritime haletante nous contant l’Histoire terrible des naufrageurs, ses assassins de grands chemins, sans foi ni loi, qui attiraient des navires sur le rivage pour les laisser se fracasser contre les récifs. Lorsque ces bateaux étaient enfin à terre, ils mettaient en place des expéditions diaboliques pour piller et éliminer tout survivant. Attirés par des feux illusoires comme des papillons de nuit à la lueur d’une bougie, les victimes se retrouvaient prises au piège.

En bref : de la grande littérature comme on l’aime avec en prime une belle romance gothique bien satisfaisante (on est jamais loin de l’atmosphère envoûtante des Hauts de Hurlevent)! On frémit d’horreur aux côtés de notre héroïne, on tremble pour elle et on achève la lecture dans un soupir de contentement, en se disant que, tout de même, on a tenu entre nos mains, un sacré bon bouquin !

Un dernier mot sur les origines de L’auberge de la Jamaïque : Daphne du Maurier s’est inspirée d’un endroit réel du même nom, situé dans le sud-ouest de l’Angleterre qui est encore aujourd’hui réputé… hanté ! De nombreux touristes y séjournent chaque année pour se donner quelques frissons, un musée est même consacré à l’écrivaine. J’y suis allée il y a quelques années pour rêver, je n’ai pas été déçue. Ce lieu plein de charme est une excursion incontournable en Cornouailles. Je vous invite à découvrir le site internet de l’hôtel qui regorge d’informations croustillantes sur l’oeuvre de Du Maurier ainsi si que sur les origines de l’auberge : https://www.jamaicainn.co.uk/daphne-du-maurier

Et la bande-annonce de la version télévisée de 2015 de Jamaïca Inn qu’il me tarde de voir (elle a l’air tout de même prometteuse) avec la belle actrice de Downtown Abbey, Jessica Brown Findlay qui incarnait merveilleusement la douce Sybil Crawley. Je vous en parlerai dans un prochain billet …

Nouvelle participation au Mois Halloween en partenariat avec Le Challenge Cottagecore !

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Le Challenge Cottagecore et le Mois Halloween s’associent !

Place aux lectures cocooning ! Bienvenue au mois d’Octobre ! Nous y voilà enfin ! La saison des lectures frémissantes est ouverte. J’ai d’ores et déjà débuté les soirées au coin du feu à lire et à engloutir quantités de livres pour l’occasion. Je suis actuellement plongée dans l’univers ésotérique et fantastique de H.P Lovecraft que je dévore ! Je vous en parlerai très prochainement … Il y a temps à dire sur ce sujet!

Challenge Cotagecore 2021 2 (1)Le Challenge Cottagecore s’est officiellement achevé hier et il est grand temps de vous faire un tout petit bilan de ces dernières lectures. Si je n’ai malheureusement pu honorer toutes les catégories, j’ai réussi, malgré la charge de travail habituelle, à lire un peu plus que de coutume, une douzaine de livres, ce qui n’est pas si mal si on connait ma vitesse de lecture, celle d’un escargot au repos … J’ai même découvert quelques pépites telles que Souvenirs de Marnie, Miss Charity, Là où chantent les écrevisses, La chambre aux papillons ainsi que Mandy, des lectures inoubliables qui m’ont enchantées. Je ne peux que vous les conseiller, elles se sont en effet révélées de très belles surprises.

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Comme promis, trois des participants au challenge recevront une petite surprise : Jojo en herbe, Steven et Blandine sont les gagnants cette année (j’attends votre message sur le groupe Facebook du Challenge Cottagecore pour que vous puissiez me fournir vos adresses). Bravo pour votre motivation ! 

Bien que je ne puisse récompenser tout le monde. Je tiens à tous vous remercier pour votre participation. J’ai aimé lire vos chroniques et vos impressions. Nos échanges m’ont passionnée et donné l’envie de lire toujours plus. Vous étiez aussi de grands tentateurs car de nombreux livres ont rejoint ma PAL grâce à vous ! Bien entendu, avec un tel succès, je compte bien rempiler pour une nouvelle année. Aussi le challenge reprendra-t-il dès le mois de mai prochain avec un tout nouveau programme.

Lou et Hilde m’ont proposées d’associer le Challenge Cottagecore au Mois Halloween et bien entendu je n’ai pu résister à cette belle idée, c’est pourquoi le défi jouera les prolongations ce mois-ci et jusqu’à la mi- novembre. Vous pouvez publier et partager des billets libres selon vos envies sur ce blog et sur celui du Mois Halloween (les filles ont un groupe Facebook particulièrement actif).

On mettra donc ici à l’honneur les demeures isolées en pleine campagne des romans gothiques tout comme les ambiances cosy du style Cottagecore. Les filles ont d’ailleurs créé pour l’occasion ce superbe logo ! Merci ! 

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Que les festivités commencent ! Je vous souhaite de très bonnes lectures automnales et vous donne rendez-vous dès demain pour mon prochain billet dédié à un roman noir de la littérature anglaise, un petit bijou parfait pour le Mois Halloween...

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4 histoires fantastiques d’Edgar Allan Poe

R (2)L’heure des soirées lectures cocooning a enfin sonné! Je déclare officiellement la saison des billets frissonnants ouverte ! Les températures chutent progressivement à la tombée de la nuit, ce matin à l’aube, j’ai d’ailleurs pu constater que le gel avait fait son retour. Les jours rétrécissent aussi de plus en plus et les feuilles de nos arbres fruitiers commencent peu à peu à roussir. Quant à ma garde-robe, les couleurs bariolées de l’été ont fait place à des teintes  principalement ocres et bleu indigo, des tons que j’affectionne tout particulièrement et qui m’aident à affronter la grisaille saisonnière. Me voilà donc parée pour accueillir comme il se doit l’Automne ! 

Je suis fin prête à pousser les portes grinçantes du manoir hanté de Lou et Hilde pour y découvrir si d’étranges et inquiétantes créatures ne sont pas tapis dans l’ombre … Bien que cette année, les ambiances cosy et réconfortantes au coin du feu sont avant tout mises à l’honneur pour cette nouvelle édition du Challenge le mois Halloween (pour la période du 15 septembre au 15 novembre 2021), sur Art De Lire on aime toujours autant se faire peur…  Toutefois, c’est promis, point d’effusions de sang dégoulinant par ici, nous nous efforcerons de nous concentrer sur des histoires fantastiques un brin étranges (en gardant une toute petite place aux récits d’épouvante) … Les lectures angoissantes se mêleront donc aux ambiances chaleureuses du Pumkin Autumn challenge, des atmosphères  qui finalement ne sont pas autant incompatibles qu’elles n’y paraissent.  Voilà donc le petit programme prévu, un programme qui je l’espère vous réjouira tout autant que moi. 

Alors installez-vous confortablement sur votre canapé, allumez une jolie bougie parfumée, enfilez votre plus beau pyjama d’intérieur et préparez-vous un breuvage bien chaud. Il ne vous reste plus qu’à suivre le guide !

Pour inaugurer cette période merveilleuse, une petite incursion dans l’univers sombre et un tantinet macabre d’Edgar Allan Poe me semblait une belle façon d’introduire en douceur le Mois Halloween… Ce petit recueil de nouvelles semblait à première vue bien innocent puisqu’il se destinait initialement à un jeune lectorat. Je pensais ainsi rester dans une catégorie gentillette. Toutefois, il ne faut jamais se fier aux apparences. Ce petit échantillon adapté des histoires d’Edgar Allan Poe s’est révélé extrêmement dérangeant. Ma connaissance de son oeuvre étant très lacunaire, j’ai fait la découverte inattendue d’un univers complètement fou et tordu où des personnages névrosés, aux comportements souvent imprévisibles, mués par un instinct bestial, sont capables des pires bassesses pour arriver à leur fin. 

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Ce petit condensé, davantage une mise en bouche qu’un vrai recueil abouti, inclut quatre nouvelles incontournables d’Edgar Allan Poe.

♠La première intitulée Le chat noir est incontestablement ma nouvelle préférée. Un homme amoureux des bêtes, versant peu à peu dans la boisson, est poussé jusqu’à la folie par un félin aux griffes acérées… La chute de cette histoire est terrible et m’a donné la chair de poule. Je l’ai depuis relue dans sa version intégrale pour le plaisir de découvrir la plume acérée tout comme l’ambiance sinistre mais néanmoins hypnotisante que décrit Edgar Allan Poe avec maestria. 

♠La deuxième nouvelle plante son décor dans un cadre moyenâgeux où la peste que l’on nomme “La mort rouge” s’invite à un bal masqué. Tandis que ce terrible fléau ravage les campagnes environnantes d’un château prospère, un prince noceur d’un égoïsme crasse, décide de se confiner dans son royaume. Barricadé avec sa cour, il a déserté sans scrupule son pauvre peuple  qui se retrouve abandonné à son triste sort… Mais la faucheuse avide d’âmes en déroute ne se soucie guère des classes sociales, elle balaie sans vergogne tout sur son passage et s’immisce par tous les interstices, rien ne peut lui résister …

♠La troisième nouvelle, Hop-Frog,est celle que j’ai le moins aimée. Les protagonistes et le dénouement sont particulièrement glauques. Cette courte histoire morbide m’a mise profondément mal à l’aise. Un  nain, bouffon du roi, lassé d’être constamment humilié, décide de se venger de son oppresseur et de sa cour en leur jouant un vilain tour … L’expression “les plaisanteries les plus courtes sont toujours les meilleures” prend ici tout son sens. La conclusion est d’une violence inouïe, j’en tremble encore… Je doute de la relire un jour même dans son intégralité. Je ne suis pas sûre qu’elle soit adaptée à un jeune lectorat… Bien que l’illustrateur américain Gris Grimly ait réussi brillamment l’exploit de ne jamais versé dans le gore, ses esquisses conservant toujours une part d’humour noir savoureuse. Par ailleurs, il ne dévoile jamais à travers ses dessins les scènes brutales de torture et de meurtres en préférant avant tout croquer le portrait de ses personnages qui frisent parfois la caricature.

♠Enfin, l’ultime nouvelle La chute de la Maison Usher me plait beaucoup. Je ne l’ai pas tout à fait achevée, aussi reviendrai-je vous en parler lorsque j’aurais lu cette nouvelle dans une version non abrégée, appréciant assez peu celle que je possède. Dès les premières pages, l’atmosphère sombre et gothique est néanmoins admirablement bien restituée. Le curieux propriétaire du logis, à l’aspect cadavérique et au teint cireux fait froid dans le dos. Cette histoire de maison hantée m’a d’emblée conquise mais je compte bien la relire dans son texte en version originale, même si bien évidemment cette traduction de Charles Baudelaire est de qualité car la langue d’Edgar Allan Poe doit être indubitablement exquise. J’ai aussi dans l’idée d’étudier des extraits en anglais avec mes élèves … Une version abrégée en édition bilingue existe a priori pour les collégiens.

Pour conclure, si les illustrations originales, qui rappellent entre autre l’univers fantasmagorique des Orphelins Baudelaire ainsi que l’atmosphère sinistre et morbide de Tim Burton sont très belles, cet album illustré donne avant tout plutôt l’envie de se plonger dans l’œuvre originale d’Edgar Allan Poe. Ce conteur hors pair intrigant m’a charmé même s’il faut l’avouer, on est à la fois fasciné et répugné par ses histoires. Si effroyables et farfelues, elles n’en demeurent pas moins extraordinaires ! J’ai déjà craqué en faisant l’acquisition de la somptueuse édition pour adulte de luxe des « Maîtres du fantastique » dont la couverture noir agrémentée de gravures de l’époque est exceptionnellement réussie et soignée. Le texte intégral étant dense et touffu, je prends mon temps pour lire et relire chaque nouvelle afin de pouvoir m’imprégner pleinement de cette atmosphère si particulière où l’épouvante suinte à chaque page.

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Un dernier mot concernant cette édition jeunesse parue aux Éditions Flammarion en 2004. Il est regrettable que la couverture de l’album soit si peu attirante et donc si peu vendeuse. Les illustrations de Gris Grimly sont pourtant surprenantes. En outre, cet artiste américain renommé a reçu de nombreuses distinctions tout au long de sa brillante carrière d’artiste pour ses travaux. Ses illustrations auraient de ce fait mérité un meilleur écrin… Cette édition ne rend ainsi donc pas justice à son contenu et manque à mon sens d’originalité tout comme de pep’s.  J’ai bien l’intention de poursuivre durant ces prochaines semaines mon exploration livresque de l’œuvre d’Edgar Allan Poe, c’est pourquoi le premier tome illustré de ses nouvelles par Benjamin Lacombe devrait rejoindre très prochainement les étagères de ma bibliothèque … Je partagerai aussi mon ressenti sur cette énième adaptation dans les jours à venir, en espérant que cette fois-ci le texte n’ait pas été trop tronqué …

Première participation au Challenge Le Mois Halloween (merci les filles pour ce superbe logo qui me donne envie de ressortir mes écharpes et plaids en tartan ) et au Pumpkin Autumn challenge dans le menu Automne frissonant, le Folklore de Chipenden (fantastique et obscure).

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La bicyclette bleue/tome 1 de Régine Desforges

Avant de me lancer pour de bon dans le Pumpkin Autumn Challenge et de débuter enfin ma saison favorite en amorçant une première lecture pour le Mois Halloween que j’attends avec fébrilité depuis plusieurs semaines déjà (les portes du manoir hanté s’ouvriront le 15 septembre, plus que quelques jours à patienter sagement!), je souhaitais partager avec vous mon ressenti sur une petite lecture de vacances, La bicyclette bleue, un roman de hall de gare par excellence que j’ai lu quasiment d’une traite.

J’avais entendu de nombreuses critiques mitigées et partagées quant à la véritable qualité de cette saga littéraire. La romancière avait d’ailleurs été fortement vilipendée à la publication de son premier roman (à juste titre…). Elle s’était, en outre, retrouvée au cœur d’un gigantesque procès pour plagiat mais avait réussi par je ne sais quelle prouesse à être innocentée… En effet, en lisant les tous premiers chapitres du livre, il est bien difficile de ne pas penser au chef d’œuvre de Margaret Mitchell, Autant en emporte le vent dont l’intrigue a été sans aucun scrupule calquée et copiée dans La bicyclette bleue. L’auteur s’est initialement bien gardé d’assumer ce plagiat éhonté… Et pourtant, il est bel et bien réel, impossible de pas y songer au fil de la lecture… Et en particulier dans la scène d’ouverture qui est parfois à quelques mots près la même !

L’histoire de ce roman de piètre qualité littéraire est somme toute assez simpliste, une jeune fille capricieuse et insouciante, amoureuse du fiancé de son amie se retrouve malgré elle au cœur d’une guerre qui va bien évidemment bouleverser sa vie tout comme son cocon familial. Ici, il n’est plus question de guerre de Sécession mais de la Seconde Guerre mondiale. Léa est tout bonnement Scarlett en plus garce et l’histoire plante son décor non plus à Tara, une plantation sudiste de coton mais dans un vignoble du sud de la France nommé Montillac, une propriété familiale florissante qui évoque à elle seule une vieille société bourgeoise bien franchouillarde et prospère…

Je dois avouer avoir eu du mal à m’attacher au personnage féminin principal, une jeune fille gâtée à son papa et dépourvue de toute bonté. Léa est tout bonnement infecte. Son joli minois lui permet cependant de séduire son entourage, admiratif devant ses charmes soit-disant exquis… mais cela suffit-il pour la rendre agréable aux yeux du lecteur? Certes non. C’est avant tout une pimbêche narcissique.

Ce petit roman m’a d’abord, à ma grande honte et consternation, bien divertit. J’ai passé un agréable moment mais, une fois la dernière page tournée,  je me suis aperçue qu’il ne me restait plus grand-chose de cette lecture trop légère. Les personnages ont retrouvé des contours flous et brumeux. Il m’était dès lors impossible de me souvenir d’eux clairement, mes pensées revenaient en outre toujours à Autant en emporte le vent. J’ai par ailleurs eu une envie furieuse de retrouver la verve brillante de l’écrivaine tout comme son héroïne quelque peu controversée, cette fameuse Scarlett au caractère bien trempé, bien plus complexe, que cette midinette de Léa si agaçante.

Pour conclure, cette découverte du premier tome de cette saga s’est révélée un tantinet mitigée car l’auteure manque à mon sens d’honnêteté. Aujourd’hui, on évoque davantage une transposition moderne de l’œuvre originale plutôt qu’une contrefaçon, une sorte d’hommage déguisé, suis-je vraiment néanmoins convaincue? Ce roman trop inspiré manque malgré tout de finesse.

Je n’ai néanmoins pas boudé mon plaisir en le lisant car Régine Deforges, plutôt futée et culottée, a tenté avec plus ou moins de talent (et de lourdeur…) d’apporter une petite touche d’originalité en pimentant son récit de scènes érotiques bien racoleuses. L’époque de la Résistance ainsi que de la Collaboration en France est aussi bien documentée et semble plutôt authentique. J’ai aimé le passage consacré à l’exode des français vers le sud (un exode qu’à connu ma propre grand-mère jusqu’à Montargis sous les attaques des Stukas, ces avions de guerre impitoyables). Les scènes de bombardements sont très bien décrites et éprouvantes. Elles sont particulièrement vives. On à l’impression d’y être. Malgré ces petits points positifs, le lecteur ne peut cependant être dupe. La contrefaçon est flagrante.

Je ne souhaite pas m’étendre davantage sur cette œuvre qui a déjà bénéficié d’une publicité importante bien qu’extrêmement malhonnête de la part de la presse française qui s’est empressée d’évoquer un “bijou du patrimoine français original”! On repassera pour cette dernière qualité.

En bref: les pages ont bien entendu défilé à un rythme effréné mais comment ne pas aimer le roman quant l’intrigue quasi-identique à Autant en emporte le vent y est “pompée”? Je suis une fan incontournable de ce chef-d’œuvre littéraire que j’ai lu à deux reprises dans son intégralité. Si comme je l’ai dit précédemment, j’ai donc  passé un agréable moment de lecture sur le moment, cela n’a malheureusement pas été suffisant pour me donner l’envie de me plonger dar dar dans le deuxième tome qui devra attendre la fin de l’automne pour être ouvert… Je suis curieuse de savoir si l’auteure parviendra à se détacher de l’œuvre originale ou si elle persistera dans sa supercherie. Affaire à suivre…

Un dernier mot sur l’adaptation télévisée de 1999 qui prend de nombreuses libertés d’écriture une fois encore dans l’intrigue, comme pour tenter de faire oublier le plagiat trop évident des romans. Les costumes sont somptueux et l’époque est plutôt bien restituée mais la qualité de son est tout bonnement catastrophique. Il m’a fallu beaucoup de concentration pour entendre les dialogues. Pourquoi a-t-on toujours autant de difficultés à entendre les acteurs français qui parlent souvent dans leur barbe?

Toutefois, j’ai trouvé que pour une fois le héros masculin, François Tavernier, était bien appétissant. L’acteur masculin choisi pour le rôle est charismatique et séduisant, ce qui reconnaissons-le ne gâche rien… Quant à Laetitia Casta qui incarne avec maladresse Léa, si elle est bien entendu toujours sublime et possède une plastique de rêve, à mon grand regret, elle joue comme un pied. Quel dommage ! Un extrait:

Je n’ai pas tenu et n’ai pu me résoudre à voir le téléfilm dans son intégralité, ce petit nanar agréable mais sans éclat, en deux parties ne m’a pas particulièrement captivée… Je me suis arrêtée au premier épisode. Tant pis, une autre fois peut-être ou pas !

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Agatha Raisin et La quiche fatale

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Papotages littéraires en vrac #2

OIP (5)Les vacances estivales touchent à leur fin…  Pour moi, elles n’ont pas été des plus joyeuses. Espérons que les prochaines seront meilleures. La vitamine C m’a manqué cette année et les mauvaises nouvelles se sont accumulées au point de me laisser complètement rincée. Même plus l’envie de lire… Ceux et celles qui me suivent sur Instagram comprendront. Mais il est grand temps de positiver ! N’est-ce pas là la recette secrète du bonheur?

Cela tombe bien, le Pumpkin Autumn Challenge revient pour ma plus grande joie et m’aidera à chasser les ondes négatives et à me remettre le pied à l’étrier. Je suis actuellement en train de préparer mon « petit » menu et vous partagerez ma page de Bullet Journal dédiée à l’élaboration de ma liste de futures lectures pour l’occasion. Le thème est Le grenier des mystères. Allez-vous, vous aussi, y participer? Voici le lien de la vidéo de présentation ici. Je suis fin prête ! Reste, à ne pas succomber à la tentation d’ajouter encore et toujours de nouveaux titres à ma PAL déjà bien fournie ! (j’ai déjà craqué ce mois-ci, le troisième tome d’Anne de Green Gables va venir rejoindre mes étagères…) Je vous laisse un petit aperçu de mes envies de lectures avec en prime mon gros matou Ramsès qui s’est invité pour la photo :

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Quant au challenge Cottagecore, il s’achèvera le mois prochain, à temps pour me permettre de me focaliser davantage sur la thématique de L’Automne et sur le Challenge Halloween de mes copinautes que je guette déjà avec fébrilité … Les trois premiers lauréats du challenge Cottagecore recevront chacun une petite surprise pour les remercier de leur participation. Alors à vos livres ! Vous avez encore un mois pour poster vos billets ! Le groupe Facebook demeurera aussi ouvert tout au long de l’année pour permettre à tous et toutes de continuer d’échanger et bien entendu ce challenge consacré à l’amour de la campagne et aux atmosphères bucoliques et romantiques devrait revenir l’année prochaine pour une seconde saison car il a bien fonctionné grâce à vous tous qui avait été au taquet ! Un grand merci à vous pour ce bel accueil ! 

Je publierai donc un petit récapitulatif des billets, ainsi que les résultats du défi le 22 septembre, soit la date officielle de l’arrivée de l’Automne. Je reviendrai dès ce soir vers vous pour partager ma dernière lecture de l’été. Je vous donne un indice, il s’agit d’un Cosy mystery bien sympathique qui plante son décor dans un cadre campagnard bien britannique…  Après avoir été en pause ce été, le blog reprend doucement son rythme habituel pour se préparer progressivement à la rentrée qui ne va pas tarder  …

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