Mandy de Julie Andrews

OIP (5)Mandy, une adorable orpheline d’une dizaine d’années, très solitaire et un brin rêveuse, recherche désespérément un endroit qu’elle pourrait considérer comme son propre foyer. Un jour qu’elle flâne dans la cour de son orphelinat lugubre, elle décide d’escalader le mur de vieilles pierres dans l’idée de jeter un œil à ce qui pourrait bien se cacher derrière… Mandy découvre avec émerveillement un monde à part, suspendu dans le temps et qui abrite un petit bois dissimulé en pleine campagne ainsi qu’un adorable cottage qui semble abandonné. La petite fille a pris sa décision, elle deviendra la gardienne de ce jardin secret et en fera son repaire … Les saisons défilent et Mandy prend très à coeur cette nouvelle mission. Ce lieu merveilleux bien qu’en jachère, mérite un soin tout particulier. Notre orpheline travaille donc d’arrache-pied à désherber, débroussailler, tailler et planter pour redonner à cette propriété cachée son éclat d’antan. Parfois, elle n’a d’autre choix que “d’emprunter” des outils pour entretenir et aménager son petit monde devenu au fil des mois un véritable havre de paix. Malheureusement, un soir d’orage, Mandy attrape froid, la voilà souffrante dans son cottage glacial où l’humidité suinte à travers chacun de ses recoins. Personne ne semble connaître sa cachette. La petite fille intrépide est alors portée disparue … Mais un “admirateur” secret veille sur elle …  

Voici un joli roman à l’ambiance charmante et bucolique qui m’a grandement plu. C’est pour moi un petit coup de cœur. J’adore ce style de roman enfantin bourré d’optimisme qui réussit à nous mettre du baume au cœur dès la première page avalée. Malgré une atmosphère a priori un tantinet triste qui a parfois tendance à verser un peu trop dans le pathos (préparez les mouchoirs), cette œuvre douce demeure particulièrement rafraîchissante. Julie Andrews est une conteuse née.

OIP (6)Non seulement elle est une actrice talentueuse mais à ma grande surprise j’ai découvert qu’elle était aussi une romancière hors pair à la plume classique et d’une grande fluidité. Son roman est une friandise délicieuse dont je me suis délectée. En outre, cette lecture en version originale s’est révélée plutôt accessible. Certes, le vocabulaire peut parfois paraître un brin désuet pour un lecteur habitué aux lectures contemporaines, mais c’est aussi là que réside son originalité. Cette lecture paraît plus ancienne qu’elle ne l’est véritablement. On y décèle quelques clins d’oeil aux romans victoriens anglo-saxons, un choix d’écriture qui n’est sans doute pas anodin connaissant l’auteure classieuse qui l’a écrit…

Quant aux personnages, Mandy est incontestablement le point central de cette jolie histoire. C’est une petite fille très attachante. Sa détermination force le respect et son désir insatiable d’amour est poignant. On ne peut s’empêcher d’aimer cette orpheline si extravagante et différente des autres enfants. Même si on sait d’avance que l’issue du livre ne peut qu’être heureuse, on souffre et on s’inquiète malgré tout de son sort au fil des chapitres. J’ai ainsi retrouvé une atmosphère douce-amère analogue aux romans de Frances Hodgson Burnett tout comme la même personnalité fantasque et courageuse de l’adorable Sarah, l’héroïne principale de ce roman qui m’avait beaucoup marquée. J’en parle ici dans ce billet. Cependant, Mandy est plus chanceuse car autour d’elle ne gravitent que des personnages bienveillants et protecteurs. Point de vilains dans cette histoire somme toute innocente et où il ne se passe au fond pas grand-chose, car cette lecture récréative est avant tout destinée à un très jeune lectorat. Bien entendu, ce récit s’inscrit également dans les romans moralisateurs du XIXème siècle très dickensien où les âmes charitables sont toujours récompensées pour leur droiture et leur grande bonté, une vision quelque peu simpliste mais réconfortante et qui a par ailleurs le mérite de nous faire du bien en nous redonnant foi en l’être humain. Après tout, les pensées positives génèrent du bonheur … N’est-ce pas là la théorie controversée mais diablement intéressante du roman de développement personnel « Le secret » qui nous invite à développer la pensée positive pour accéder à la félicité? … Une théorie finalement plutôt pétrie de bon sens…

Enfin, les scènes paisibles et bucoliques dans le cottage où paresse Mandy durant de longs après-midis m’ont enchantée. Sans faire de véritables remous, elles m’ont tout bonnement donné envie de me ressourcer, en cultivant à mon tour mon propre jardin. Etrangement, ce livre a eu sur moi un pouvoir apaisant, bien plus que le roman « L’été de la sorcière » dont le message trop fumeux m’avait laissée assez dubitative (chacun sa sensibilité). J’ai depuis pris plaisir à soigner mes plantes et en particulier mes rosiers. Je compte bien moi aussi préparer un petit potager pour savourer les légumes de saison que mon jardin voudra bien m’offrir. Ce qui est une première, n’ayant jamais auparavant trouvé un plaisir quelconque à mettre les mains dans la terre. Finalement, je me rends compte que rien n’est jamais perdu. Mandy a réussi l’exploit de me transmettre son amour des plaisirs simples. On oublie souvent la chance que l’on a d’avoir un petit chez soi, il faut en profiter…

Pour conclure, ce roman joliment écrit paru dans les années 70 et au style un tantinet ampoulé reste un petit bijou, une merveille d’inventivité et un bel hommage aux classiques de la littérature enfantine britannique. Le vocabulaire en anglais est très accessible et le livre est agrémenté de très belles illustrations en mode sépia. 

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En bref : une douce lecture pleine d’espoir et de bons sentiments délicieusement revigorante. A mettre entre toutes les mains. Seul bémol, ce roman n’a, ne semble t-il, jamais été traduit en français ! Quel dommage ! Il pourrait pourtant faire l’objet d’une magnifique édition limitée et de luxe, à l’image des romans de Anne de Green Gables si bien mis en valeur par les Editions Toussaint Louverture…

Je vous partage en passant quelques photos prises ce soir des roses de mon jardin…  Les pétales sont en train d’éclore progressivement… Je n’ai pas vraiment la main verte mais j’apprends doucement à les entretenir. Si vous avez des conseils pour soigner les rosiers, n’hésitez-pas, je suis toujours preneuse !

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Cette lecture s’inscrit dans le challenge Cottagecore  dans les catégories Retour aux sources, Les propriétés et jardins dissimulés ainsi que The cottage lifestyle puisqu’on y trouve aussi de précieux conseils pour se lancer dans le jardinage. Ce roman participe également au Mois anglais !

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RIP Lucinda Riley

R4897b84342836d37f1e121f8baa67f96C’est avec une grande tristesse que ce soir en rentrant du travail, j’ouvre mon ordinateur pour apprendre cette terrible nouvelle. La grande Lucinda Riley, une romancière irlandaise prolifique que j’affectionne tellement, vient de s’éteindre. J’ai le coeur gros. J’avais d’emblée été prise sous le charme de sa plume saisissante en dévorant l’Ange de Marchmont Hall, un si beau roman émouvant sur une relation mère-fille compliquée. La récente découverte de La chambre des papillons avait confirmé mon enthousiasme pour cette auteure remarquable.

J’ai acheté dernièrement le premier volume de son immense saga Les sept sœurs qui a happé des millions de lecteurs et lectrices à travers le monde et me faisais déjà une joie de le lire prochainement. J’avais d’ailleurs commencé doucement à me constituer une petite collection de ses ouvrages et c’est étrange, hier en feuilletant les premières pages de La belle italienne, l’un de ses tout premiers romans, je m’étais justement dit que je n’avais pas lu d’écrivain aussi talentueux depuis des années, capable de garder une telle qualité d’écriture aussi consistante au fil du temps. Peu d’auteurs en sont vraiment capable et beaucoup s’essouflent en chemin. Je me demandais ce qui arriverait quant elle disparaitrait? Que lire ensuite quand tous ses romans seraient épuisés?

Elle laisse derrière elle de nombreux admirateurs malheureux et une famille dévastée. Une grande artiste est partie aujourd’hui … Son dernier tome vient à peine de paraître et on évoque déjà un manuscrit désormais inachevé… 

Je vous partage le texte poignant que sa famille a écrit à l’intention de sa communauté de lecteurs en anglais sur sa page Facebook :

« We are so sorry to have to tell you that Lucinda died peacefully this morning, surrounded by her family, who were so important to her. 

« We realise that this will be a terrible shock for most people, who wouldn’t have been aware that Lucinda had been battling cancer for four years. »

« Lucinda touched the lives of all those she met, and those who turned the pages of her stories. She radiated love and kindness in everything she did, and will continue to inspire us all forever, » her family said.

« Above all, Lucinda loved life, and lived every moment to the fullest, » 

Et sa traduction en français:

“Nous sommes désolés de vous apprendre que Lucinda est morte paisiblement ce matin entourée de sa famille qui était si importante à ses yeux. Nous réalisons à quel point cette nouvelle est un choc pour la plupart des gens qui ne savaient sans doute pas que Lucinda se battait contre un cancer depuis près de quatre ans. Lucinda a touché les vies de tous ceux qui l’ont rencontrée et de ceux qui ont tourné les pages de ses histoires. Elle rayonnait d’amour et de bonté dans tout ce qu’elle entreprenait et continuera de nous inspirer pour toujours. Plus que tout, Lucinda aimait la vie et profitait de chaque instant pleinement”.

Lucinda Riley a dit un jour cette phrase marquante reprise par les éditions Charleston pour annoncer sa mort :

“A travers la douleur et la joie du voyage, j’ai appris la leçon la plus importante que la vie peut nous offrir, et j’en suis heureuse. L’instant présent est tout ce que nous avons”… De belles paroles pleines de sagesse à méditer…

Merci Lucinda pour ses merveilleuses histoires … Et bon voyage, puisssiez-vous enfin vous reposer.

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The Serpent/ Soirée Ciné Popcorn#8

OIP (4)Cette semaine, pour honorer mon rendez-vous mensuel Soirée Ciné Pop corn, j’ai “binge-watché” The serpent, une mini-série policière britannique particulièrement haletante, en huit épisodes. Le filon du True Crimes semble avoir actuellement le vent en poupe sur Netflix. Dirty John suivi de Dirty Betty (mon billet ici) avait tous deux rencontré un certain succès lors de leurs premières diffusions en 2018 et 2020. Avec The Serpent produit par la BBC, Netflix monte encore d’un cran en nous proposant une série hautement addictive, d’une grande qualité et dont le scénario est étonnamment bien ficelé. Un tour de force !

Cette série anglaise très originale retrace le parcours invraisemblable de Charles Sobhraj, un négociant français en pierres précieuses ainsi que de sa compagne Marie-Andrée Leclerc, une Québécoise, accusés d’avoir commis une quinzaine de meurtres sanglants en Asie durant les années 70. Ce duo, qui rappelle bien évidemment le destin trouble de Bonnie & Clyde, avait détroussé des touristes occidentaux, pour la plupart de jeunes hippies, en les droguant, avant de les assassiner dans le seul but de prendre leurs identités. Le couple infernal accompagné de leur fidèle acolyte, Ayay Chowdhury, a sévi à travers toute l’Asie et en particulier en Thaïlande, au Népal et en Inde. Une gigantesque chasse à l’homme a  d’ailleurs été menée par Interpol durant les années 1975 et 1976. 

Traqué par un diplomate néerlandais ainsi qu’une poignée de touristes, Charles Sobhraj deviendra un personnage médiatique. La presse s’emparera de son histoire et en fera un héros à la notoriété discutable…

Autant l’avouer sans détour, cette série m’a happée d’un bout à l’autre ! Je suis restée scotchée sur mon divan. The Serpent revient sur la période tant controversée de “l’Hippie trail” quand de jeunes touristes quittaient l’Europe avec peu de sous en poche et un simple sac sur le dos pour s’embarquer vers l’Asie. Cette tendance qui a pris de l’ampleur dans les années 60 puis 70 consistait à fuir la sédentarité occidentale pour s’embarquer dans une aventure humaine mémorable. Malheureusement, cette épopée se clôturait bien souvent dans la mendicité, faute de moyens. Les jeunes touristes bien insouciants ont terminé la plupart dans des bouges insalubres … Charles Sobhraj a saisi cette chance pour dépouiller ces grands naïfs…

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Ce personnage masculin charismatique est par ailleurs franchement glaçant. Il hypnotise ses proies avec la même dextérité qu’un cobra. Plutôt bel homme, cultivé et d’une intelligence fine, le Serpent a ainsi donc nourri de nombreux fantasmes. Bien qu’il croupit encore actuellement dans les geôles népalaises, il continue pourtant de fasciner les médias qui gardent toujours un œil scrutateur sur ses frasques. Et croyez-le ou non, elles sont nombreuses… 

L’acteur français Tahar Rahim incarne à la perfection cet homme inquiétant. Charles Sobhraj alias Alain est un homme dangereux qui, sous des dehors amicaux et serviables, dissimule une personnalité fourbe et calculatrice. Détruire pour réussir, assassiner pour détrousser, tout est permis pour parvenir à ses fins. Le timbre de voix lent et hypnotisant, presque inhumain et dénué d’émotion qu’emprunte l’acteur est une trouvaille excellente. J’ai été bluffée par sa performance à l’écran, moi qui de coutume déplore le manque de professionnalisme des artistes français. L’acteur semble ici parfois même habité par l’âme noire de Charles Sobhraj. On en tremble d’effroi.

Si cet homme machiavélique est bien évidemment le principal pillier de cette mini-série, d’autres personnages ont eux aussi leur importance. Herman Knippenberg, ce jeune attaché d’ambassade néerlandais, épris de justice, force ainsi l’admiration. Certes, cet homme de l’ombre est davantage discret. Cependant, il est bel et bien le véritable héros de l’histoire. Grâce à lui, le Serpent sera finalement pris au piège. Sa traque infatigable se fera au détriment de sa vie de couple qui pâtira de cette obsession quelque peu malsaine. Lorsque Herman décide de s’attaquer à cette affaire non classée, il jette un sacré pavé dans la mare. Son ambassadeur tentera par ailleurs de décourager cette initiative qu’il juge inappropriée pour un fonctionnaire…

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J’ai de ce fait aimé le développement psychologique des personnages même secondaires, extrêmement bien fouillé et ambigu, en particulier la relation qu’entretient Monique avec Alain qui est franchement glauque. Ce dernier a une emprise presque diabolique sur elle. Il l’a façonné à son image et elle le suit aveuglément dans ses délires de mégalomaniaque. 

Jenna Colman, repérée dans Doctor Who est parfaite dans son rôle de femme si amoureuse qu’elle en frise la folie. Elle incarne à merveille la duplicité féminine. Son admiration et sa confiance quasi imperturbables en son amant sont déconcertantes. Monique se doute bien que son Alain n’est pas un ange et qu’elle flirte chaque jour avec la mort mais comment résister quand son amant possède le charme du diable? On comprend aisément qu’une femme ait pu tomber dans sa toile. 

Pour conclure, la BBC nous dévoile une fois de plus une brochette d’acteurs exceptionnels. La direction est impeccable et les stylistes ont fait un travail remarquable. Cette reconstitution fantasmée des années 70 est séduisante même si elle manque sûrement parfois d’authenticité. Reste que les costumes de Marie-Andrée alias Monique sont magnifiques. J’ai repéré quelques tenues dont j’aimerais m’inspirer. Lunettes de soleil teintées, cols pelles à tartes, blouses fluides et fleuries, tout y est. Des images d’archives ont par ailleurs été intégrées au fil de la série pour renforcer encore la crédibilité de l’histoire.

En outre, l’intrigue rythmée nous tient en haleine jusqu’au dernier épisode. Pas de scènes de sexe à tout va, ni de violence excessive, juste la dose nécessaire pour instiller le malaise et nous faire ressentir la touffeur d’un paradis qui finalement a tout l’air d’un enfer sur terre…. Nous voilà à notre tour subjugués. 

En bref : cette mini-série surprenante vaut sacrément le détour. Elle aborde également au passage avec beaucoup de finesse les déviances des voyages improvisés … On y réfléchira à deux fois avant de se lancer dans l’inconnu… Un sans faute pour ce thriller psychologique ébouriffant !

La bande-annonce:

Nouvelle participation au challenge Le mois anglais !

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Le charmant cottage d’Amelia par Abby Clements

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La chambre aux papillons

R88b9cb7fb9956ff99662557f46085635Suffolk dans la campagne anglaise. 

Posy Montague envisage de quitter son foyer, Amiral House, une demeure vétuste qui pourtant a abrité ses plus beaux souvenirs d’enfance. L’endroit accapare en effet toute son attention et la dame d’âge mûr ne se sent plus capable d’assumer les réparations de plus en plus coûteuses ni l’entretien fastidieux de cette bâtisse qui tombe malheureusement en décrépitude. Alors qu’elle s’apprête à prendre la plus grande décision de sa vie, un fantôme du passé refait surface à sa grande surprise. Cette réapparition surprenante la bouleverse d’autant plus qu’elle fait ressortir des souvenirs éprouvants qu’elle pensait pouvoir oublier à jamais … Pourquoi maintenant et quels secrets entourent cette soudaine réapparition? Posy pourra-t-elle affronter son passé afin de pouvoir enfin profiter sereinement du présent?

Voici ma deuxième rencontre avec cette romancière irlandaise et une fois encore la plume fluide et rythmée de Lucinda Riley a fait mouche ! J’admet sans rougir avoir été totalement bluffée par ce roman qui non seulement m’a procuré un plaisir de lecture immense comme je n’en avais pas ressenti depuis plusieurs mois, mis à l’exception peut-être de Miss Charity qui m’avait grandement plu, mais m’a également surprise par son retournement de situation inattendue. Ce roman s’est révélé une très belle surprise. J’ai en effet été ferrée dès les premières pages, impossible de détourner mes yeux de ce livre haletant (j’ai passé quelques nuits blanches agrippée à mon livre, les yeux rougis par la fatigue dans le seul but de connaître le fin mot de l’histoire). Je raffole des intrigues à tiroirs et il faut bien l’admettre, Lucinda Riley maîtrise à merveille ce genre tout particulier. Elle réussit avec brio à nous transporter d’une époque à l’autre sans jamais perdre un instant le fil conducteur de son intrigue qui est étonnamment riche. Je suis toujours admirative par tant de maîtrise. Les chapitres défilent de ce fait à une vitesse vertigineuse sans nous laisser vraiment le temps de pouvoir reprendre notre souffle. On ne s’ennuie guère à la lecture d’un roman de Lucinda Riley.

Cette lecture immersive hautement divertissante et addictive m’a d’ailleurs enchantée, bien plus que les derniers romans de Kate Morton qui m’ont paru un tantinet moins aboutis et finalement un peu ternes en comparaison. 

J’ai par ailleurs adoré suivre la jeunesse de Posy, l’héroïne principale du roman et en particulier son présent qui une fois n’est pas coutume m’a passionnée car cette femme d’âge mûr est tellement touchante ! Elle a ce je ne sais quoi de familier qui charme le lecteur dès les premières lignes. On s’attache à elle, on souffre pour elle et avec elle. J’ai aimé l’amour inflexible qu’elle ressent pour son père malgré les parts d’ombre de son passé. Sa mort soudaine est auréolée de mystère. Posy qui a grandi aux côtés de sa grand-mère, seule figure maternelle présente durant son enfance est une sorte de Jane Eyre moderne. Elle est à la fois vulnérable de par son triste passé, mais pourtant forte lorsqu’il s’agit de protéger les siens, ses fils tout comme leurs enfants et même sa bru pour qui elle éprouve un attachement tout particulier. Sa générosité est infinie. Le lien qu’elle entretient en outre avec Amy, sa belle-fille qu’elle sait pourtant délaissée et négligée par son propre fils, un rustre médiocre et brutal, est remarquable. Leur complicité est incontestablement l’un des points du roman qui m’a le plus touchée. Posy prouve bien que l’amour peut transcender les liens du sang. Une belle leçon de générosité.

Si la romance a bien entendu aussi une place prépondérante dans ce récit, elle n’empiète jamais sur l’intrigue. L’auteure évite ainsi toujours de sombrer dans les écueils des romans à l’eau de rose parfois trop mièvres à mon goût et dont je raffole peu. Certains passages sont cependant malgré tout bouleversants. J’avoue avoir versé ma petite larme en lisant les derniers chapitres.

OIP (3)Pour conclure, j’ai éprouvé étrangement une certaine mélancolie une fois la dernière page tournée. J’ai d’ailleurs eu du mal à me plonger dans une nouvelle lecture. Il m’a fallu du temps pour quitter cet univers so British tellement réconfortant. Je m’étais tant attachée à ces personnages de papier que j’en avais presque oublié la réalité. J’avais déjà eu la même expérience en lisant L’ange de Marchmont Hall que j’avais également adoré. J’ai dû de ce fait me faire violence pour remonter en selle, je me suis retrouvée confrontée à une curieuse panne de lecture. Tout me semblait fade. Le premier tome de la saga « Les Sept sœurs » m’attire depuis des semaines, je suis sous le charme… Vais-je faire une petite infidélité au mois anglais?… Le résumé est très alléchant, d’autant plus que les critiques élogieuses sur la toile sont légion. Affaire à suivre.  

En bref: si vous aimez les secrets de famille enfouis dans de vieilles demeures ancestrales, les histoires d’amour impossible dans un cadre bucolique particulièrement britannique, ce roman est fait pour vous. Cette lecture fut fabuleuse et m’a captivée au point d’en devenir insomniaque. Ponctuée de très belles surprises, l’intrigue est admirablement bien menée. Elle est par ailleurs servie par une écriture fluide et addictive.

Voici donc ma toute première lecture pour Le mois anglais. Si la romancière est officiellement irlandaise, l’intrigue de ce roman se déroule essentiellement en Angleterre. Les personnages sont par ailleurs tous britanniques. 

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Cette lecture s’inscrit également dans le Challenge Cottagecore dans la catégorie Les propriétés et jardins dissimulés. 

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Les dix ans du mois anglais/ Le Book club # auteurs irlandais

128534449_oLe mois anglais est enfin de retour et fête même ses dix ans cette année ! Les festivités reprennent ! Crissylda, Lou et Titine nous ont une fois encore concocté un menu très appétissant. J’attendais ce défi avec impatience. Ma Pal a d’ailleurs augmenté de façon exponentielle pour l’occasion ! Je ne sais plus où donner de la tête ni par où commencer tant les tentations sont grandes et les couvertures alléchantes ! J’ai en effet effectué pas mal d’emplettes sur la toile tout comme en librairie (certains titres sont en chemin). Je dois avouer que mon anniversaire a également contribué à faire encore augmenter ma liste de lectures déjà bien fournie. J’ai dû recevoir en cadeau pas moins d’une dizaine de livres (romans graphiques inclus neufs et de seconde main) de quoi tenir certainement jusqu’à l’année prochaine. Je suis aux anges ! Vous me connaissez néanmoins, il semble que je n’en ai jamais assez, à force de flâner à droite à gauche sur les blogs littéraires je me retrouve toujours avec de nouvelles idées d’achats compulsifs. C’est le porte-monnaie qui va une fois de plus souffrir !

Trêves de papotages, voici donc ma “modeste” PAL so british pour les semaines à venir, un petit échantillon (tout petit riquiqui…) :

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Bien entendu, je doute encore réussir à en venir à bout en l’espace d’un seul mois, qu’importe puisque le challenge A year in England nous permet de poursuivre notre incursion anglaise sans souci durant toute l’année ! Je trouverai bien le moyen de les placer… Je compte puiser au fil de mes envies dans cette liste. Les billets de cinéma seront également au rendez-vous. J’ai très envie de visionner enfin la série The Crown et de voir Bright Star, Miss Potter ainsi que Mary Shelley pour les soirées ciné Pop corn qui se poursuivent.

Challenge Cotagecore 2021 1Après le défi littéraire Un mois au Japon qui m’a tout de même permis de lire pas moins de sept livres et de découvrir trois films, tous chroniqués sur le blog, je me sens d’humeur à partir explorer de nouvelles contrées. La campagne anglaise me fait de l’œil depuis quelques semaines déjà, d’autant plus que j’ai aussi débuté pour la toute première fois mon défi le challenge Cottagecore qui met à l’honneur les ambiances champêtres et bucoliques. Me voilà donc parée pour de nouvelles aventures livresques ! Si vous souhaitez nous rejoindre c’est par ici ! Le mois anglais est tout à fait compatible avec ce dernier.

Pour cette nouvelle saison du mois anglais, j’ai décidé de suivre mes envies et de choisir le programme libre, ayant tendance à procrastiner lorsqu’il s’agit de poster mes billets en temps et en heure. De plus, les contraintes freinent souvent mes désirs de lecture qui varient inlassablement selon mes humeurs du moment. Il m’arrive de changer d’avis à la dernière minute… Je m’éparpille sans cesse c’est pourquoi il vaut mieux m’en tenir à mon rythme de croisière habituel.

Enfin, une fois n’est pas coutume j’avais grandement envie de partager avec vous mon programme de lecture du Book club auquel je participe activement chaque mois. Mes copines et moi nous retrouvons le 12 juin pour discuter autour d’une thématique précise. Nous avons sélectionné cette fois-ci les auteurs irlandais. Le Royaume-Uni sera donc au cœur de mes lectures. Heureusement, certains titres iront parfaitement bien dans le challenge Le mois anglais puisqu’il se déroule tous… en Angleterre ! (héhé voilà comment faire une pierre deux coups !) Voici une petite sélection pour l’occasion. N’ayant pas beaucoup de romans d’auteurs irlandais dans ma bibliothèque, j’en ai aussi profité pour faire un petit saut à la médiathèque :

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Je suis par ailleurs sur le point d’achever la lecture de La chambre aux papillons de Lucinda Riley, une auteure que j’affectionne énormément ! Peut-être même plus que Kate Morton… Je vous en parlerai dans mon tout prochain billet pour le rendez-vous du Cottagecore initialement programmé pour le 30 mai (une lecture qui met à l’honneur les animaux, insectes et fleurs) mais qui sera finalement repporté exceptionnelement demain pour ouvrir officiellement le bal du Mois anglais.

A défaut de pouvoir voyager ces prochains mois de l’autre côté de l’Atlantique puisque les frontières sont à nouveau fermées, je m’évaderai ce printemps ainsi que cet été à travers les livres et je profiterai pleinement des paysages reposants de ma campagne normande qui est si belle cette année… Je suis prête pour cette nouvelle aventure ! Et vous?

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L’été de la sorcière de Nashiki Naho

OIP (2)Mai, une petite fille de treize ans, timide et introvertie, manque de confiance en elle. Sa mère ne la reconnaît plus et s’inquiète de la voir de plus en plus sombrer dans la mélancolie. Elle se terre dans le silence et ne veut rien divulguer. Du jour au lendemain, la jeune fille a décidé qu’elle ne voulait plus franchir les grilles de son école. Qu’est-il arrivé à sa fille si joyeuse ? Désemparée, sa mère, décide de l’envoyer se ressourcer durant les vacances d’été à la campagne chez sa grand-mère d’origine anglaise. Celle que l’on surnomme dans la famille la “sorcière” possèderait des dons de guérison pouvant panser les plaies les plus profondes. D’abord réticente à l’idée de quitter son foyer, dernier rempart à la vie extérieure qui l’effraie, Mai ne se doute pas de ce qui l’attend là-bas… Cet été demeurera pourtant à jamais l’un des plus beaux souvenirs de son enfance…

Je ne sais comment aborder la critique de ce petit livre… J’en garde déjà étrangement un souvenir vague à peine terminé, ce qui m’arrive rarement lorsque je lis… Ma lecture fut en effet à mon grand regret en demi-teinte. Si ce court roman durant sa première publication en 1991 avait remporté un petit succès d’édition et avait été couronné de trois prix, aujourd’hui à mon sens, l’histoire paraît un tantinet éculée. Pourquoi me direz-vous? Et bien tout bonnement parce que depuis ce petit phénomène littéraire, d’autres auteurs ont repris le même filon avec davantage de succès et d’inventivité. Il semble d’ailleurs que cette œuvre s’inspire déjà quelque peu des Souvenirs de Marnie de Joan G. Robison, un classique anglais du XXème siècle réédité cette année par les éditions de livres de luxe, Toussaint Louverture (sans-doute l’une des prochaines lectures programmées).

Néanmoins, les personnages sont touchants tout comme la relation qu’ils tissent peu à peu. Ce lien particulier qui unit une grand-mère à sa petite fille est très émouvant. Leur complicité évolue à mesure qu’elles découvrent toutes deux leur passion commune pour la terre. Autour du potager, de la culture des plantes et de la confection de confitures de délicieuses fraises cueillies au détour d’une clairière, Mai va peu à peu conjurer le chagrin et l’angoisse qui la tenaillent et l’empêchent d’avancer dans sa vie. En ordonnant son quotidien, elle découvre le plaisir des choses simples comme l’odeur du linge propre lavé avec soin … Ainsi, le personnage de la grand-mère dont on ne connait très peu le passé, lui apprend à maîtriser les émotions fortes qui la submergent inlassablement, et à affronter également sa peur viscérale de la mort… Elle lui inculque aussi la patience et la gratitude.

Cette recette du bonheur m’a grandement plu tout comme le jardin enchanteur de cette grand-mère si généreuse et bienveillante qui devient pour Mai un sanctuaire paisible. Malheureusement, à la lecture du livre, un aspect du roman semblait dissonant. L’écriture est finalement assez inégale. La première partie fut excellente à l’exception du monologue final de la grand-mère dans les derniers chapitres censé clôturer ce joli livre qui plombe le rythme du roman.

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Photo extraite de l’adaptation cinématographique japonaise du livre intitulée The Witch of the West is Dead (le film est introuvable malheureusement)

Au fond, si cette bluette aux vertus pseudo-thérapeutiques semblait prometteuse, elle s’est tristement révélée trop brumeuse et superficielle. Il semble que la romancière se soit essoufflée à mi-parcours. Certes, l’écriture est limpide, les descriptions de la nature sont merveilleuses et ont le mérite de nous faire ressentir à nous lecteurs, tout comme la jeune héroïne l’éprouve à mesure qu’elle découvre sa grand-mère, une certaine quiétude, apaisante et réconfortante. Mais le roman a t-il nécessairement besoin d’autant de digressions? Malgré sa petite épaisseur (164 pages), le livre m’a paru interminable. L’intrigue est inexistante et le dénouement semble avorté comme si l’auteure n’avait su comment conclure son histoire qui reste au final en suspens.

La narratrice m’a également souvent agacée par son attitude agressive et toujours sur la défensive. Ses états d’âme tout comme sa tristesse m’ont laissée de marbre. En outre, elle manque cruellement de sympathie. C’est une adolescente renfrognée. Bien entendu, ce comportement est lié à une sévère phobie scolaire mais on ne sait ce qui lui est véritablement arrivé en classe avec ses camarades. J’aurais aimé en savoir davantage sur son passé et ses traumatismes pour éprouver davantage d’empathie envers elle. Je suis restée sur ma faim. Les réflexions sur la vie qui passe sont en outre un peu survolées. La peur de la mort demeure une thématique récurrente dans les œuvres japonaises. Cependant, elle me paraissait mieux abordée dans de précédentes lectures, plus profondes et ce malgré leur brièveté. Le somptueux album illustré Le Kimono Blanc destiné à un lectorat jeunesse m’avait davantage touchée et émue (ma chronique ici) et pourtant il est bien court en comparaison.

Pour conclure, ce roman d’apprentissage est un peu trop tristounet à mon goût. Cette petite parenthèse pourtant douce mais sans véritable remous, à mon sens, est un peu fade. J’ai été d’abord particulièrement attirée par les thématiques proposées telles que l’acceptation de la mort ou encore la difficulté d’aborder le harcèlement à l’école avec un adolescent, mais à mon grand regret, l’ennui s’est promptement installé. Le livre a fini par me tomber des mains. J’ai dû me faire violence pour ne pas stopper net cette lecture un brin trop contemplative et devenue au fil des pages de plus en plus laborieuse et presque soporifique. Un vrai calvaire … Je suis complètement passé à côté de ce “bijou”…

Peut-être ai-je trop lu récemment de littérature japonaise et suis enfin arrivée en bout de parcours. Il semble que j’ai atteint avec ce roman une certaine lassitude… Heureusement le challenge Le mois anglais se profile doucement à l’horizon et fête d’ailleurs ses dix ans ! Nous voilà donc partis pour une nouvelle incursion littéraire qui promet d’être très enrichissante et passionnante ! Je suis sur les starting blocks ! Je vous retrouverai donc prochainement pour  partager pour l’occasion ma PAL avec vous !

Cette lecture conclue ma participation au challenge Un mois au Japon et s’inscrit aussi dans le challenge Cottagecore dans les catégories The cottagecore lifestyle, Retour aux sources et Propriétés et jardins dissimulés.
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Miss Charity

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Là où chantent les écrevisses de Delia Owens

là où chantent les écrevissesNon loin d’une petite bourgade de Caroline du Nord, une jeune femme surnommée Kya a vécu seule depuis son enfance tumultueuse dans les marais de Barkley Cove. De nombreuses rumeurs se sont développées à son sujet, donnant naissance également à quelques préjugés. Celle que l’on surnomme “la fille des marais” aurait été une petite sauvageonne illettrée incapable de s’exprimer correctement. Pourtant, Kya est bien plus que cela. A l’âge de dix ans, la pauvre petite fille, démunie, se retrouve abandonnée de tous et n’a d’autre choix que d’apprendre à se débrouiller seule dans les marais fangeux pour subvenir à ses propres besoins. Cet endroit, de prime abord hostile, deviendra peu à peu un refuge, loin des habitants mesquins et intolérants toujours prompts à l’accabler de tous les maux. 

Une éclaircie semble poindre dans ce décor triste lorsqu’à l’aube de son adolescence, la jeune femme croise finalement la route de Tate, le fils d’un pécheur. Bienveillant, ce dernier lui apprend à lire et à écrire et lui ouvre la voie vers une passion dévorante, celle de la botanique. Cette rencontre fortuite scellera ainsi à jamais la destinée remarquable de Kya qui s’élève intellectuellement malgré sa modeste condition sociale. Malheureusement, malgré les promesses d’une vie meilleure que lui fait miroiter Tate, ce bonheur fragile sera lui aussi de courte durée car le jeune homme ambitieux l’abandonne à son tour, laissant la jeune femme dans une solitude intolérable…

Le cœur brisé et inconsolable, Kya fait le serment de ne plus baisser la garde mais son chemin croise la route de Chase, un golden boy séduisant qui lui promet lui aussi monts et merveilles… Quand sa dépouille est retrouvée dans les marais, les langues de vipères vont bon train pour accuser cette créature mi-femme mi-animal qui semble préférer la compagnie des bêtes à celles des humains. Kya se retrouve très vite la cible des autorités qui la considèrent comme la principale suspecte. La jeune femme solitaire n’aura d’autre choix que de ne compter que sur elle-même pour s’extirper de ce mauvais pas … Chase a-t-il été vraiment victime d’une chute accidentelle ou a-t-il été assassiné de sang froid ? 

Comme j’ai aimé ce roman complexe planté dans un décor âpre et sauvage, au fin fond du bayou ! Si j’ai été happée dès les premières par cette lecture insolite, le genre m’a de prime abord un brin déroutée. Ce roman entremêle en effet plusieurs ambiances :  le nature writing y tient une place prépondérante bien que le roman soit aussi mâtiné d’une atmosphère d’intrigues policières. Etrangement, elle semble être davantage un prétexte d’écriture pour conter l’histoire merveilleuse bien qu’un tantinet improbable de cette jeune femme extravagante. On notera par ailleurs qu’Owens, zoologiste de métier, maîtrise davantage le nature writing (l’observation minutieuse de la nature et les considérations autobiographiques) que le policier qui manque parfois de rythme dans le déroulement de l’intrigue. La partie consacrée véritablement au procès reste à mes yeux la moins intéressante du roman et s’est révélée un peu trop longue.

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Ainsi donc, si certains lecteurs ont déploré des digressions interminables sur la faune et la flore, cet aspect du livre n’a en rien entravé mon plaisir de lecture, au contraire, car ces passages restent mes préférés. En revanche, l’enquête policière chaotique tout comme la réussite spectaculaire de Kya m’ont laissée un poil dubitative et ont quelque peu terni mon opinion finale. Je les ai trouvés peu crédibles.

Ne vous méprenez pas, ce  beau roman émouvant m’a tout de même grandement plu et ce malgré ces quelques petits points noirs dans le développement de la trame. Certaines descriptions sont en effet un régal pour l’imagination. La nature luxuriante étant le seul repère de Kya, sa seule famille, l’écrivaine nous décrit dans le détail et avec sensibilité la côte marécageuse américaine tout comme l’époque dans laquelle l’histoire plante son décor, celui des années 50. Kya est issue d’une vieille famille de planteurs qui a malheureusement connu des revers de fortune après le crash boursier de 1929. Ces parents avilis par la misère sont devenus au fil des années de véritables « péquenauds américains blancs”. 

On retrouve d’ailleurs dans ce curieux roman de drôles de personnages rustres imbibés d’alcool, comme le père brutal de Kya, ainsi que des Southern Belles fanées, telles que sa mère qui étrenne sur des sentiers sinueux ses chaussures à talon croco, les derniers vestiges précieux de ses fastes passés, lorsqu’elle n’était encore qu’une jolie jeune fille promise à un beau parti … Ces personnages désespérés vont sombrer peu à peu dans les marais mouvants, comme attirées sans relâche par la fange qui les entoure. Ces êtres qui fuient toujours un passé honteux m’ont rappelé les protagonistes cyniques et sombres des pièces de théâtre de Tennessee Williams, tels que ceux d’Un tramway nommé désir.

Pour conclure, j’ai englouti en l’espace d’une semaine cette lecture étonnamment haletante malgré quelques bémols dans l’intrigue parfois maladroite. J’ai été profondément touchée par ce petit bout de femme résiliente qui tentera coûte que coûte de conserver et de protéger son marais. Ce roman d’une puissance évocatrice intense nous fait découvrir un lieu insolite à l’attirance magnétique, où la nature reprend sans cesse ses droits sur l’homme, un lieu à la beauté sauvage déconnecté du reste du monde où la vie et la mort s’entremêlent continuellement.

OIP (3)Kya est une belle âme. J’ai d’ailleurs beaucoup aimé sa vision du monde tout comme son rapport à l’animal. Cette façon bien à elle de s’émerveiller de son univers sans rechercher davantage que le bonheur de cette solitude d’abord imposée. C’est une femme admirable. J’ai aussi été émue par son sort et par l’histoire d’amour présente en filigrane qui m’a rappelé l’atmosphère bucolique et pessimiste propre à la culture du Sud. Je pense notamment à une petite bluette, pourtant marquante, que j’avais visionnée il y a déjà quelques années et qui s’intitulait Un été en Louisiane (The man in the moon) avec Reese Witherspoon, encore à ses premiers balbutiements dans le milieu du cinéma. Il dégageait une ambiance aigre analogue. L’histoire était également ponctuée d’un drame amoureux… 

En bref : ce récit doux-amer, à la frontière du conte, est une belle réussite. Égayée de descriptions vives et époustouflantes d’un environnement souvent méconnu mais pourtant bel et bien fascinant, cette lecture fut excellente. Reese Witherspoon que j’affectionne tant produira en outre l’adaptation télévisée de ce roman prochainement… Un curieux hasard … Il me tarde désormais de voir le résultat pour prolonger un peu plus la magie de cette lecture envoûtante.

En attendant je compte revoir The man in the moon qui m’avait tellement marquée durant mon adolescence. Je vous en parlerai sans-doute dans un prochain billet. Voici la bande-annonce:

Cette lecture s’inscrit dans le Challenge Cottagecore dans les catégories Retour aux sources et Rêveries au bord de l’eau.

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La p’tite Pal de Poupouche / Edition #2

OIPIl revient à ma mémoire des souvenirs oubliés… Douce France… Cher pays de mon enfance… Bercée de tendres insouciances, je t’ai gardé dans mon cœur… (Charles Trenet).

En furetant dans ma bibliothèque en quête de lectures champêtres pour honorer le challenge Cottagecore, je suis tombée sur ces deux jolis livres pour enfants : Caroline et ses amis. L’une de ces deux éditions m’avait été offerte par mes parents lorsque je n’étais qu’une petite fille, et je l’ai conservée précieusement pendant toutes ces années. Nous avions coutume de lire cette collection ensemble le soir. Depuis, j’ai institué à mon tour ce rituel avec la Poupouche pour lui donner le goût de la lecture mais aussi des animaux qui tiennent une place particulière dans mon cœur tout comme dans ma vie.

Si Martine demeure encore aujourd’hui la référence incontournable de lecture enfantine des 3 à 7 ans. Ma préférence a toujours été à Caroline et ses amis car cette héroïne d’une dizaine d’années était aussi courageuse que déterminée. Elle était aussi toujours accompagnée d’un nombre incalculable de compagnons à quatre pattes, tous plus adorables les uns que les autres. Ces petites boules de poils si charmantes formaient à ses côtés un drôle d’équipage. Les histoires de Caroline plantaient par ailleurs la plupart du temps leurs décors dans des cadres bucoliques bien franchouillards et la campagne était également souvent le théâtre des aventures rocambolesques de cette jolie blonde.

En somme, ces histoires courtes enfantines reflètent à mon sens une époque presque disparue, un temps où l’on savourait et collectionnait encore chaque instant comme de jolis coquillages dénichés sur une plage…

Caroline à la mer est l’un de mes titres favoris. Caroline et sa petite équipe partent découvrir la mer. La petite fille a trouvé une ravissante demeure sur le bord de plage à louer et elle a bien l’intention de profiter de l’été pour vivoter dans les dunes. Malheureusement à leur arrivée, le beau temps n’est pas vraiment au rendez-vous et les cirés vont devoir faire leur retour … Ouf ! Une éclaircie semble timidement poindre à l’horizon, l’occasion pour cette adorable bande d’intrépides compagnons de tester la température de l’eau. Tout semble aller comme sur des roulettes jusqu’à ce que Youpi, le petit chien au pelage roux de Caroline se perde en ramassant des coquillages. La marée monte et le voilà pris au piège ! Pas de panique, Caroline arrive à la rescousse pour secourir son ami ! 

Ce titre est adorable et les paysages rappellent étrangement le décor normand du Pays d’Auge. On se croirait à Cabourg. On y retrouve d’ailleurs les manoirs à colombage que l’on peut apercevoir sur la digue en bord de plage. J’aime ses paysages bucoliques si familiers…

Caroline-et-ses-amis-dans-leur-maisonCaroline et ses amis dans leur maison est aussi une belle lecture. La petite fille a dégoté la perle rare, une ravissante maison de campagne à un prix défiant toute concurrence ! Mais il va falloir se retrousser les manches car la demeure est un poil vétuste et les loirs s’y sont installés … Caroline n’est pas au bout de ses peines lorsqu’elle s’attèle au travail de rénovation. Ses compagnons poilus s’efforcent de l’aider mais les catastrophes s’accumulent …  

J’aime particulièrement cette dernière histoire qui me rappelle mes vacances dans notre maison rurale en Normandie. La maison de Caroline ressemble à s’y méprendre à celle où j’ai séjourné durant mon enfance… Cette lecture a donc fait ressurgir des souvenirs chers et tendres de ma jeunesse.

En outre, j’ai été surprise de constater la qualité de l’écriture de ces courts albums illustrés. Le vocabulaire est étoffé et les histoires sont plutôt élaborées malgré leur brièveté. Il y a toujours une petite touche didactique présente en filigrane. Les enfants apprennent ainsi l’importance de l’amitié, la camaraderie est en effet au cœur des aventures de Caroline. La générosité et l’empathie sont aussi des valeurs importantes et souvent mises à l’honneur dans ces doux récits.

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En bref : ces lectures de jeunesse ont ravivé de jolis souvenirs de vacances à la campagne et au bord de mer. Les Caroline sont des livres aux illustrations pastelles vintage fleurant bon les plaisirs désuets. Cette héroïne si sympathique et tellement mignonne, tout comme ses compagnons attachants, touchent le cœur des petits tout comme des plus grands qui s’émerveillent en suivant ses pérégrinations au fil des pages. Ainsi, les aventures de Caroline et ses amis réussissent encore avec brio (même une soixantaine d’années après sa première parution!) à embellir le quotidien des enfants et leurs rappellent avec finesse que chaque jour recèle son lot d’aventures. Les surprises ne sont en effet jamais bien loin ! Il suffit d’ouvrir les yeux !

Ces lectures délicieuses un tantinet nostalgiques s’inscrivent ainsi merveilleusement bien dans l’ambiance du Cottagecore pour les catégories : Retour aux sources, Rêveries au bord de l’eau et Propriétés et jardins dissimulés.
 
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Emma de Autumn de Wilde/ soirée ciné Popcorn #7

emma-poster-3-384x576 (1)C’est l’heure du billet mensuel Soirée Popcorn ciné organisé avec Maggie, j’ai décidé de visionner la dernière adaptation d’Emma de 2020 dans le cadre du Challenge Cottagecore. Maggie quant à elle a choisi de sélectionner un film japonais, Les 47 rônins de Carl Rinsch. Pour lire sa chronique c’est ici !

XIXème siècle au milieu de la campagne anglaise. Emma Woodhouse, une jeune fille aisée, passe le plus clair de son temps à s’immiscer dans la vie de ses amis pour jouer les marieuses. Elle-même a prêté serment de ne jamais se laisser passer la bague au doigt. Son père étant âgé et vulnérable, elle refuse de l’abandonner. D’autant plus que ce dernier n’a toujours pas digéré le mariage de sa fille aînée qui l’a lâchement désertée pour vivre sa vie d’épouse comblée à l’autre bout du comté. Pour occuper ses journées d’oisiveté, Emma décide de dégoter un parti convenable pour son amie Miss Harriet Smith, une jeune fille de basse extraction qui devient sa demoiselle de compagnie. A mesure que notre héroïne tisse des projets matrimoniaux extravagants pour sa petite protégée, les déboires s’accumulent pour former un imbroglio de quiproquos ridicules et farfelus … 

Difficile de résumer cette intrigue alambiquée qui enchaîne sans cesse les situations rocambolesques. J’avais découvert il y a déjà de nombreuses années, cette comédie des mœurs délicieuse grâce à l’adaptation brillante de 1996 par Douglas McGrath qui m’avait grandement plu. Je m’étais par ailleurs empressée de lire Emma. Aujourd’hui, j’en garde un souvenir un peu flou bien qu’agréable. Aussi, l’idée de dépoussiérer un peu cette petite pépite d’écriture en visionnant pourquoi pas une version un peu plus libre me semblait, bien qu’un pari risqué, une initiative alléchante…

Cette énième adaptation que nous propose Autumn de Wilde, une réalisatrice novice anglaise, a fait beaucoup parler d’elle à sa sortie en salle en 2020 … Les critiques ont été plutôt mitigées. Certains ont adoré ce projet d’avant-garde qu’ils ont qualifié d’audacieux, d’autres au contraire ont tiré à boulet rouge sur cette nouvelle version … Je dois avouer avoir été pour ma part un brin décontenancée par ce film …

Si le cadre tout comme les costumes m’ont paru somptueux malgré un décor frisant parfois le carton pâte à la sauce Tim Burton, la mise en scène m’a semblé complètement chaotique. Certains passages m’ont par ailleurs franchement ennuyée, au point de devoir rembobiner le film pour pouvoir maintenir mon intention déjà défaillante dès les premières scènes. Et quelles scènes d’ouverture ! Le film débute sur des chapeaux de roue avec le postérieur nu de Mr Knightley qui est assisté de ses deux valets. Cette scène aguicheuse un tantinet cavalière n’apporte rien à la trame de l’histoire et déconstruit totalement l’univers fantasmé austenien. Tout l’art des romans prenant pour toile de fond l’époque victorienne et en particulier l’ère de la Régence anglaise réside dans la suggestion des scènes romantiques, de la nudité à peine effleurée des personnages. C’est le sentiment de frustration qui provoque l’excitation. Ici donc le ton de cette nouvelle version cinématographique est d’emblée donné, ce film s’autorise de multiples libertés d’interprétations quitte à pervertir au passage l’œuvre originale en modifiant drastiquement la personnalité même de l’héroïne du roman. 

J’avais le souvenir d’une jeune fille un brin capricieuse et hautaine mais qui malgré tout possédait un cœur d’or. Certes, elle manquait parfois de jugeote mais n’était foncièrement qu’une demoiselle trop inexpérimentée faisant preuve d’un certain manque d’immaturité. Elle apprenait graduellement de ses erreurs et grandissait au fur et à mesure de l’histoire. 

Or, dans cette version, Emma est une pimbêche hautaine et vaniteuse, souvent même mesquine et un poil trop antipathique pour qu’on s’y attache vraiment. Je l’ai trouvé d’un bout à l’autre détestable (on a souvent envie de lui claquer la figure) et on se demande comment cette garce peut réussir à toucher le cœur d’un gentleman comme Mr Knightley, un homme d’une droiture exemplaire. En somme, la demoiselle ne le mérite franchement pas.

Les traits de personnalités des protagonistes manquent donc ici cruellement de subtilité, ils sont grossis jusqu’à la caricature, au point d’en devenir ridicules. 

Le passage où Emma remonte sa robe pour offrir son derrière à la cheminée dans le but de se réchauffer est franchement vulgaire et inutile. La réalisatrice avec ses gros sabots accentue sans cesse ses scènes douteuses pour illustrer la vérité crue de cette époque souvent trop romancées. Mais est-ce vraiment ce que l’on recherche lorsqu’on visionne ou même lit une « austinerie » ? A-t-on besoin d’imaginer nos héros sur leur cabinet d’aisance ou en train de se curer le nez (j’exagère mais on s’en rapproche dangereusement) ?…

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D’ailleurs, la scène de la déclaration d’amour entre Mr Knightley et Emma, au cours de laquelle son nez se met justement à saigner comme une fontaine, est complètement grotesque (un peu cracra quand même). C’est la pire scène romantique que j’ai dû visionner. Mais quelle horreur !!!

Je n’ai donc pas été particulièrement convaincue par le jeu des acteurs qui semblent parfois improviser certaines scènes (on a la désagréable impression de les voir évoluer en roue libre). S’il est vrai que l’actrice principale, Anya Taylor-Joy joue plutôt bien le rôle d’une garce notoire, je l’ai trouvée dénuée de charme et finalement assez quelconque. Bill Nighy qui incarne magistralement son père hypocondriaque est comme à son habitude impeccable. Quant au héros masculin, Johnny Flynn, il apporte une certaine fraîcheur au personnage de Mr Knightley, et reste sans aucun doute le plus touchant de l’histoire.

Ainsi donc, les acteurs masculins sauvent à peine le film en tentant tant bien que mal de porter à bout de bras cette bouffonnerie un peu indigeste. Malgré leurs vains efforts, ce long-métrage (effectivement terriblement long) est à mon sens raté. Emma, cette entremetteuse envahissante, est bien trop agaçante à mon goût.

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La réalisatrice n’y va pas non plus avec le dos de la cuillère pour dénoncer l’oisiveté et la condescendance de ces personnages snobinards. Les domestiques sont aussi trop stéréotypés. Ils semblent ici seulement présents pour servir la soupe et font parfois preuve d’une insolence décalée..

Pour conclure, ce film m’a rappelé l’adaptation tout aussi terne d’un roman brillant Les proies par Sofia Coppola. Le résultat était un esthétisme sublime mais une coquille vide sans grand intérêt. Un exercice de style  qui s’était révélé inabouti et finalement vain.

En outre, la réalisatrice pose un regard trop moderne sur Emma, et l’on en vient même à se demander si elle a bel et bien lu l’œuvre de Jane Austen et l’apprécie vraiment… Reste que le résultat est dissonant et le film est malheureusement desservi par une mise en scène trop maladroite et éparpillée. Quel gâchis ! 

la bande-annonce ici :  (181) emma trailer 2020 vost – YouTube

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Cette soirée ciné s’inscrit dans le challenge Cottagecore dans les catégories Les propriétés et jardins dissimulés ainsi que Retour aux sources. Et voici aussi une nouvelle participation au challenge A year in England organisé par Lou, Titine et Cryssilda.

 

Soirée pop corn chez Missycornish et Maggie &

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Les tendres plaintes de Yôko Ogawa

les-tendres-plaintes-510370-264-432A la suite d’une déception amoureuse douloureuse, Ruriko décide de tout quitter, Tokyo et son rythme de vie effréné, pour s’installer en pleine forêt dans un chalet. Là-bas, elle tente de se reconstruire en s’adonnant à sa passion, la calligraphie dont elle doit désormais vivre chichement. Non loin de sa “cabane”, à la lisière de la forêt, elle fait la rencontre d’un curieux duo à la fois tranquille et discret : Nitta, un ancien pianiste tourmenté devenu facteur de clavecins et sa jolie apprentie, Kaoru, qui cache un terrible passé. Tous deux sont toujours accompagnés de leur vieux chien, le touchant Dona complètement aveugle et à moitié-sourd. Nitta est incapable de jouer en présence d’un public, pourtant un matin, Ruriko surprend l’homme jouer un morceau mélancolique pour Kaoru, Les tendres plaintes. Cette scène secrète où la sérénité semble presque palpable bouleverse Ruriko …

Voilà une lecture que je suis pas prête d’oublier de si tôt… Ce doux roman est un petit joyau d’écriture. Si l’intrigue est quasi-inexistante, cette histoire d’une lenteur déconcertante m’a paradoxalement beaucoup plu. Je me suis complètement laissée bercer par la musicalité de l’écriture de Yôko Ogawa, qui a un talent inné de conteuse. Elle excelle à décrire les sentiments complexes qui envahissent les protagonistes au fil de l’histoire.

Ruriko est un personnage féminin profondément émouvant. Cette femme blessée par un mari volage va tenter vainement de s’immiscer dans la bulle de quiétude qui enveloppe cet étrange couple. Nitta et Kaoru sont-ils d’ailleurs amants, amis ou de simples collègues de travail? Difficile de déterminer cette relation toujours nimbée de mystère, qui n’appartient qu’à eux. Ses deux personnages vivent à la fois en osmose avec la nature mais sont également totalement complémentaires. Ruriko ne peut malheureusement appartenir à leur monde et bien qu’elle s’évertue à se glisser entre eux, espérant partager leur passion, elle demeurera d’un bout à l’autre du roman qu’une piètre spectatrice, celle d’un univers mystérieux et coupé de tout, dont elle ne saisit pas les codes.

Cette œuvre d’une écriture épurée mais sensible, intrigue donc autant qu’elle fascine. La traduction est par ailleurs remarquable car la plume est d’une grande fluidité. Si les descriptions de paysages sont particulièrement intenses, les sons ont eux aussi une place  importante dans le roman, c’est pourquoi le grincement d’un plancher, le bruissement d’une feuille tout comme la répercussion de l’onde du lac sur l’eau impactent inlassablement l’humeur des personnages. J’ai ainsi aimé le rôle que jouait la musique pour rappeler les souvenirs enfouis de ses personnages abîmés par la vie. Ces protagonistes insaisissables sont fascinants et l’adoration plus que l’amour qui unit Kaoru à Nitta est bouleversante. 

Les pique-niques au bord de l’eau, les balades sans but dans la forêt, ces instants de bonheur fugace sont ici admirablement bien rendus. L’autrice pose également un regard tendre sur les animaux et en particulier sur Dona, ce chien vieillissant, avili par la maladie et qui a lui aussi un rôle important à jouer dans l’équilibre de cet étrange équipage.

Enfin, j’ai trouvé ce portrait de femme en mal d’amour que dépeint avec finesse Yôko Ogawa, tout simplement poignant. Incontestablement un beau livre, une énigme aux vertus étrangement apaisantes, qui nous hante même après avoir tourné la dernière page.

En bref : un roman complexe sur le pouvoir des liens amoureux, triste et un tantinet désespérant mais tellement beau. Une belle découverte qui m’a rappelé par certains aspects l’atmosphère poétique et mystérieuse du Mur invisible de Marlen Haushofer …. J’y ai ressenti les mêmes sensations étranges, cette douceur à la fois mélancolique et ensorcelante. On a parfois presque l’impression d’entendre la forêt nous murmurer ses secrets… 

Une douce lecture nipponne qui vient clôturer en beauté le challenge Un mois au Japon, et qui introduit parfaitement bien le Challenge Cottagecore que je viens tout juste d’amorcer en s’inscrivant dans les catégories : Retour aux sources et Rêveries au bord de l’eau

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Publié dans Challenge Cottagecore, Challenge Un mois au Japon, Littérature asiatique | 9 commentaires
325095ae29ddbc659ced1b9408bd40b1--umbrellas-parasols-peaceful-placesEt voilà ! Il était grand temps qu’un challenge littéraire soit enfin lancé sur Artdelire ! J’ai vu quantité de défis fleurir au fil des années, si bien qu’après plusieurs mois d’hésitation et d’appréhensions, j’ai eu finalement l’envie de proposer à mon tour un tout petit challenge de rien du tout pour accueillir les beaux jours… Le blog s’apprête à célébrer ses douze années d’existence… (Eh oui, le temps file à une vitesse vertigineuse). Quelle meilleure excuse donc pour apporter une petite touche festive par ici !

Je lance officiellement dès le 1er mai Le challenge Cottagecore ! Ce défi s’achèvera le 30 septembre (pour nous laisser suffisamment le temps de poster à notre rythme de croisière et sans pression). Pour ceux et celles qui ne savent pas encore de quoi il s’agit, voici la définition un brin ironique de cette catégorie que j’ai dénichée sur Google: 

“Le Cottagecore est l’art de mettre en scène une version romancée (et très idéalisée) de la vie agreste (avec le bon angle et le bon filtre)”. Pour ce qui est du domaine littéraire, c’est avant tout une sous-catégorie qui invite le lecteur à célébrer la nature dans tous ses états. L’ambiance enchanteresse et bucolique d’Anne de Green Gables donne parfaitement le ton de ce nouveau genre qui tire principalement son inspiration des ambiances champêtres du XIXème siècle. 

Je vous propose donc de nous inspirer aussi de cette tendance pour aborder la lecture avec optimisme. L’objectif principal est de découvrir des lectures réconfortantes (pouvant aussi être parfois mélancoliques) afin de renouer avec les petits plaisirs de la vie. Ce challenge fait ainsi avant tout l’éloge de la nature. Le printemps pointe timidement son nez et si les températures demeurent encore fraîches, le soleil fera bientôt son retour, les barbecues devraient pouvoir également reprendre du service. Si je compte passer les prochaines semaines en extérieur à folâtrer deci delà, le temps n’étant pas particulièrement clément, les lectures demeurent encore un moyen d’évasion idéal pour patienter. Alors suivez le guide !  Rejoignez-moi dans ses festivités !

Le confinement a mis en avant les ambiances Cottagecore. Les motifs floraux, les tricots, patchwork, chapeau de paille, robes légères à fleurs et porcelaines sont légion sur Pinterest, de quoi nous contaminer. Pour ma part, j’ai été d’emblée séduite par ce curieux phénomène. L’idée de s’éloigner un petit peu de la civilisation (et de l’influence néfaste des médias entre autres) pour effectuer une petite retraite spirituelle en se reconnectant avec l’essentiel, me paraît somme toute une belle façon d’accueillir les beaux jours. Pique-niquer sur une nappe à carreaux, assise dans l’herbe, ou admirer la mer et marcher sans fin dans les dunes accompagnée de mes chiens, ou bien encore errer dans la forêt et cueillir des cerises dans l’arbre fruitier du jardin sont des passe-temps parfaits pour moi. N’oublions pas la lecture et le plaisir de bouquiner en paressant dans le jardin sur un banc, au soleil… C’est pourquoi ce challenge semblait logique pour mettre en valeur ses petites passions du quotidien. 

Voici donc le petit programme que j’ai spécialement concocté pour vous .

Cinq catégories simples à suivre pour vous aiguiller et vous accompagner dans le choix de vos lectures :

*The cottagecore lifestyle :

Magazines, documentaires autour du jardinage, couture, cuisine, ambiances cocooning

*Retour aux sources :

Des histoires qui se déroulent en pleine campagne, dans la forêt, (peut-être loin de la civilisation).

Exemple: Loin de la foule déchaînée, Les forestiers de Thomas Hardy, La petite maison dans la prairie, etc…

*Les propriétés et jardin dissimulés :

(secrets de familles, sagas familiales à la campagne dans un cottage ou manoir)

Le jardin secret, Les brumes de Riverton, etc.

*Rêveries au bord de l’eau :

Des histoires qui se déroulent au bord de la mer, d’un étang, marais tout en conservant une ambiance champêtre et romantique : Les dames de la côte de Nina Companeez, Le blé en herbe de Colette, Le chant des écrevisses, etc.

*Contes et légendes campagnards :

Des éditions illustrées telles que les mythes des Léprechauns ou les histoires pour enfants de Beatrix Potter. 

A noter qu’une lecture peut bien entendu très bien entrelacer plusieurs catégories, voire toutes ! 

Pour valider complètement le challenge, voici cependant quelques conditions:

Lire au moins un livre qui :

♦contient le mot “cottage”

♦a une couverture qui évoque la nature

♦raconte une histoire d’amour dans les landes ou dans les bruyères. 

♦est un classique champêtre (exemple Middlemarch, Raison et sentiments, Cranford…)

Pour les plus courageux, pourquoi pas aussi une lecture en version originale? Enfin, les cinéphiles peuvent aussi se faire plaisir en rédigeant des billets critiques de films, dessins-animés et animés sur cette thématique ! (je pense entre autres aux films des studios Ghibli).

Et pour en apprendre un peu plus sur la tendance Cottagecore, je vous invite à découvrir cette vidéo très interessante qui vous donnera des idées de lectures :

(168) 🌼 Cottagecore books, movies, tv shows || to feel all the springtime vibes 🌼 – YouTube

Darling Desi a une chaîne Youtube bien sympathique que je vous encourage à voir, pour y jeter un oeil c’est par ici !

Ce billet d’introduction au challenge sera également disponible en billet récapitulatif sur la page d’accueil du site. Pour vous inscrire c’est donc par ici ! Un groupe de discussion privé dédié au challenge est aussi ouvert : Le challenge Cottagecore et une page Instagram #challengecottagecoreartdelire sont désormais actifs pour permettre à un large public de participer à l’événement. Quelques rendez-vous de lectures sont aussi programmés, même si tout participant est libre de faire comme bon lui semble.

♦Le 30 mai : une lecture qui met à l’honneur les animaux, insectes et fleurs (un roman ou même un documentaire, pourquoi pas).

♦Le 30 juin : une lecture qui évoque les pique-niques et balades dans les champs.

♦Le 30 juillet : une lecture mettant en avant les baignades

♦Le 31 Août : un livre sur les jardins cachés

♦Le 30 septembre : un roman qui se déroule dans la forêt ou qui introduit l’automne … 

Voici les logos à votre disposition :

Challenge Cotagecore 2021 3

Challenge Cotagecore 2021 1

Challenge Cotagecore 2021 2 (1)

Et les logos des copinautes :

Eleonore B du blog Dusoirenete nous a concocté ce joli logo :

N’oubliez pas d’ajouter à chaque billet le logo du challenge ainsi que le lien du blog Artdelire.

Vous pouvez aussi proposer d’autres logos et me les soumettre, n’hésitez pas à laisser libre cours à votre talent créatif ! Je vous présente un échantillon de ma “Petite Pal” dans laquelle je compte piocher selon mon gré :

Voilà donc le programme de ces prochains mois !  Hâte de lire vos contributions ! Bon challenge et bonnes découvertes livresques ! Vous trouverez sous la bannière du blog, une page dédiée à vos billets de récapitulatifs.

https://www.facebook.com/artdelireleblog/

Publié le par missycornish | 89 commentaires

Le destin blanc de Miyuki /Le kimono blanc

OIPEn furetant à la médiathèque de ma ville, j’ai déniché deux albums illustrés jeunesse qui m’ont d’emblée tapé dans l’œil. Si ces deux beaux livres sont davantage destinés à des enfants, je me suis tout de même régalée à leur lecture. J’ai admiré la finesse des illustrations d’un goût exquis, et ai eu finalement envie d’acquérir mes propres versions pour compléter la petite bibliothèque de ma fille. 

En sélectionnant ces deux histoires, j’ai réalisé avec surprise que les thématiques abordées étaient étroitement liées. En effet, elles évoquent toutes deux avec grâce les thèmes de la mort et du passage du temps. Elles mettent également en scène des fillettes ravissantes à la chevelure d’ébène. 

Le destin blanc de Miyuki est un grand coup de coeur. Ce conte très étrange mais enchanteur prend pour toile de fond le Japon féodal. Deux clans se querellent depuis de nombreuses années, les royaumes des Takeshi et de Chikao. Un jour, Takeshi franchit le point de non retour en enlevant la fille adorée de Chikao et en effaçant toute trace de son passé. Il lui donne une nouvelle identité et la confie à un couple de paysans. A mesure que les années passent et que la jeune fille désormais surnommée Aiko s’embellit, Takeshi s’éprend de sa captive et décide de l’épouser. De leur union naît une petite fille au caractère doux et aussi jolie que sa mère. Malheureusement, Miyaki semble hantée par les fantômes du passé de ses parents. La nuit, elle fait de curieux rêves qui la mèneront à rencontrer son grand-père malade et mourant …

downloadCette histoire émouvante qui traite avec habileté de la vieillesse tout comme de la vie et de sa finalité est étonnamment dense pour un livre de jeunesse. La parcours initiatique de cette petite fille sensible nous transporte dans un univers doux et rythmé par le passage des saisons. La nature tient d’ailleurs une place prépondérante dans ce conte. Il en va de même dans Le kimono blanc. Cette courte histoire nous conte également les liens intergénérationnels et l’empreinte indélébile que laissent les aïeux à leurs descendants. Ces derniers font partie d’eux-mêmes. Dans cette petite histoire, une petite fille attend fébrilement à chaque printemps l’arrivée de sa grand-mère qui franchit les sentiers du Fujisan pour venir cueillir des herbes médicinales. Cette année, l’aïeule n’a pu parcourir le chemin tortueux ; elle a préféré rester pour contempler la montagne qui s’offre à elle. Elle est fatiguée et ne se nourrit plus que de bouillon que lui apporte son fils de plus en plus inquiet. Keiko attend patiemment son arrivée jusqu’au jour où sa grand-mère lui annonce qu’elle veut revêtir le kimono blanc…

Voilà encore un joli conte teinté de mélancolie qui annonce avec finesse la mort inéluctable aux enfants. Cette thématique est en effet suggérée avec délicatesse. Si ce petit livre est d’une tristesse à pleurer, il pose néanmoins un regard intéressant sur le deuil qui diffère grandement de notre vision occidentale. La mort, incarnée par la couleur blanche très présente ici (les japonais croyant que le défunt se transforme en corps de lumière à sa disparition), n’est ainsi pas perçue comme une fin en soi mais comme un prolongement. L’âme du grand-père brisé par le chagrin dans Le destin blanc de Miyuki tout comme celle de l’aïeule de Keiko rejoignent avec dignité, lorsque leur mission semble terminée sur terre, les neiges blanches. Une image d’une beauté saisissante renforcée par des illustrations aux couleurs écarlates et ocres somptueuses.

En bref : ces deux albums illustrés sont de toute beauté. Ils racontent avec tendresse et grâce l’amour indéfectible de deux enfants pour leurs aïeux et la disparition de ces êtres chers qui ont marqué leur jeunesse. A mettre entre toutes les mains et à découvrir à partir de trois/quatre ans. Une façon intelligente d’introduire ce sujet délicat et si douloureux aux jeunes enfants.

Lectures effectuées dans le cadre du challenge Un mois au Japon organisées par Lou et Hilde

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Publié dans Album illustré, blablas littéraires, Challenge Un mois au Japon, Littérature asiatique | 6 commentaires

Read-a-thon un mois au Japon ( journal de bord et post de suivi) 2021

Cette galerie contient 4 photos.

Le temps n’étant pas particulièrement clément en Normandie et les températures ayant à nouveau chuté (on se caille ici et la cheminée a repris du service), je n’ai malheureusement pas pu profiter de ce début de printemps pour me balader … Lire la suite

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Les amants du Spoutnik de Haruki Murakami

download (1)Après avoir lu respectivement, il y a deux ans, Au sud de la frontière, à l’ouest du soleil dont je garde un souvenir plutôt tiède et flou et 1Q84 (voir ma chronique ici) que j’avais détesté avec passion (…), j’ai souhaité me replonger une fois de plus dans l’univers intriguant de Murakami, espérant enfin comprendre l’engouement, voire l’adulation de certains lecteurs pour cet auteur japonais médiatique … Au risque d’en décevoir plus d’un, mon ressenti n’a pas changé d’un iota. Voici donc ma troisième tentative infructueuse de lecture murakamienne.

Quel dommage ! Le titre racoleur avait pourtant d’abord attiré mon œil scrutateur tout comme la couverture qui était très aguicheuse. Le début du roman était de surcroît plutôt encourageant, même si l’intrigue manquait quelque peu d’originalité.

Le récit, à mon grand regret, est assez creux : le narrateur dont l’identité demeure inconnue jusqu’à la dernière page, s’éprend de sa meilleure amie Sumire, une jeune femme un peu exubérante et passionnée qui rêve de devenir une grande romancière. Mais elle n’éprouve aucun désir charnel pour lui puisqu’elle est lesbienne et même amoureuse de Miu, une business woman mariée et, cerise sur le gâteau… hétéro ! Tout un programme donc…

Il faut bien l’admettre, bien que Murakami, comme beaucoup d’écrivains médiatisés de son temps, n’ait pas grand chose à dire, il reste malgré tout un excellent conteur dont le talent d’écriture est palpable dès la première page tournée. Cette fluidité particulière presque envoûtante qui caractérise son écriture pousse malgré tout le lecteur à poursuivre coûte que coûte le récit. C’est pourquoi, j’ai tenu à persévérer avant de le clouer au pilori pour de bon.

Malheureusement, les personnages principaux trop banals et peu attachants ont tôt fait de m’agacer ; quant aux états d’âme de Sumire, ils m’ont laissée complètement de marbre. Je suis en outre restée complètement hermétique à la souffrance du narrateur qui traîne son spleen d’un bout à l’autre du roman. J’ai finalement préféré suivre les pérégrinations de ce frêle héros dans la recherche de son amour perdu. En effet, la deuxième partie du livre consacrée à la disparition soudaine de Sumire, son amie et son âme-soeur spirituelle qui s’est étrangement volatilisée durant un séjour en Grèce, était sans doute la partie la plus intéressante du roman. 

Cet épisode m’a d’ailleurs étrangement rappelé l’intrigue géniale mais malheureusement non aboutie de Picnic at Hanging Rock, où trois jeunes filles d’un pensionnat se volatilisent dans le bush australien sans laisser de trace. L’inspiration de l’auteur est flagrante. Certes, Murakami a bien des lettres mais il semble incapable de fixer son attention sur un seul angle d’écriture et une seule idée directrice. Son indécision finit par frustrer le lecteur car cet épisode aurait pu ouvrir la voie (même tardivement) à une enquête haletante.

A l’évidence, Murakami excelle davantage dans la nouvelle que dans le roman où son univers “éparpillé” semble plus contenu et où il réussit mieux à instiller un véritable malaise et une atmosphère étrange, presque surréaliste, qui détonne avec la réalité crue dans laquelle ses protagonistes sont toujours embourbés. 

Un seul passage a suscité un sursaut d’intérêt pour mes yeux fatigués et m’a désarçonnée, le récit étrange au-delà du réel que fait Miu à Sumire, où l’histoire bascule subrepticement dans le fantastique. Cette envolée géniale est un éclair dans cette nébuleuse : l’épisode terrifiant de la grande roue m’a non seulement  glacé les sangs mais m’a aussi rappelé Le Horla de Maupassant tout comme les récits glauques de Stephen King. 

Cette histoire contée sous forme d’anecdote anodine était excellente, dommage encore une fois que l’écrivain ne l’ait pas davantage exploitée. On sent poindre dès la moitié du livre des signes d’essoufflement dans l’élaboration de l’intrigue qui s’effiloche au fil des chapitres. 

Murakami est aussi un auteur très inspiré (peut-être un peu trop…), et certaines scènes semblent de ce fait tout droit sorties d’un film de la nouvelle vague.  J’y ai ainsi noté quelques références bancales au Mépris de Godard. La Grèce est dépeinte comme un paradis terrestre en apparence, mais où les âmes torturées de nos héros feront inévitablement naufrage.

L’écrivain nippon renoue pour finir avec ses plaisirs racoleurs en décrivant dans le menu détail les désirs refoulés des personnages. On a ainsi le droit à quelques passages d’une poésie sublime où il nous décrit à plusieurs reprises la toison pubienne (soyeuse et en forme de triangle !) de Sumire, fantasmée par notre narrateur inconnu (bof bof…). 

Les propos fumeux des personnages ont fini de ternir cette lecture déjà bien laborieuse… Je vous laisse profiter de cet extrait particulièrement percutant :

“Je crois que quelque part -dans un univers très improbable- j’ai tranché la gorge de je ne sais quel animal. J’ai aiguisé mon couteau, et je l’ai fait avec un cœur de pierre. Symboliquement, comme pour bâtir une porte chinoise. Tu comprends ce que je dis?” (moi pas vraiment …)

R9b9c5bf00ec89f72b3d4812ef394e26dEn bref :  l’auteur bourre un tantinet trop son récit de péripéties et de réflexions pseudo-philosophiques nébuleuses dont on se passerait bien et qui ont rendu le récit interminable. Ses scènes passablement érotiques semblent aussi davantage un appât mercantile et un brin malhonnête pour relancer l’attention déjà défaillante du lecteur qui n’est malheureusement pas dupe… Si les thèmes chers de l’écrivain sont bien présents ici, tels que l’angoisse de la page blanche, le néant spirituel ou l’amour non partagé, il n’en restent pas moins abordés avec maladresse et superficialité. La trame est aussi décousue.

Et une nouvelle contribution au challenge de Lou et Hilde, Un mois au Japon.

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Publié dans Challenge Le mois anglais, Lire du fantastique, Littérature asiatique | 6 commentaires

Shikanoko : l’enfant cerf

Rd340cc39ee8623ed6c4614837bcdb374Abandonné par son oncle qui convoite son titre tout comme ses terres, puis laissé pour mort dans une forêt enchantée, le jeune Shikanoko est recueilli par un sorcier mystérieux. Ce dernier lui façonne un étrange masque aux pouvoirs inquiétants, à partir d’un crâne d’animal sauvage. Il devient dès lors “l’enfant cerf”. Grâce à ses nouveaux dons qu’il doit encore apprendre à maîtriser, Shikanoko peut désormais parler aux créatures de la forêt tout comme aux fantômes. Lorsqu’il se retrouve malgré lui plongé en pleine débâcle politique, alors que le puissant empereur vieillissant se meurt et que deux clans s’affrontent pour obtenir le trône, les Kakizuki encore au pouvoir, et les Miboshi, Shikanoko n’a d’autre choix que de ruser en mettant sa magie au service des puissants pour pouvoir naviguer à travers les multiples complots qui menacent l’équilibre déjà fragile du royaume…

Résumer un livre d’une telle envergure n’est pas une tâche aisée car les personnages y fourmillent comme les intrigues d’alcôves. Ainsi, chaque chapitre alterne entre le destin des multiples protagonistes qui peuplent ce roman.

J’avais adoré lire, il y a une quinzaine d’années déjà, l’illustre saga Le clan des Otoris qui reste incontestablement l’une des mes lectures de jeunesse favorites. Aussi, lorsque j’ai découvert qu’un préquel à cette série de livres extraordinaires avait vu le jour, je me suis empressée de me procurer le premier tome pour renouer avec ce plaisir de lecture nostalgique.

Si j’ai d’emblée retrouvé la plume fluide et poétique des romans précédents de Lian Hearn, ce premier volet m’a pourtant, à mon grand regret, paru quelque peu ardu. Il faut en effet s’armer d’une grande patience pour pouvoir réussir à mémoriser les noms et se familiariser avec tous ces personnages. Et il y en a tant qu’il est parfois difficile de ne pas perdre le fil de l’intrigue ! Il m’a fallu une bonne centaine de pages pour vraiment saisir les relations entre les multiples protagonistes. Les enjeux politiques m’ont par ailleurs parfois semblé flous et un peu nébuleux. Je dois avouer avoir dû relire quelques passages pour m’assurer de n’avoir rien manqué … Cette lecture nécessite donc plus qu’un minimum d’attention… 

Ce manque de fluidité dans l’histoire s’est de ce fait révélé au départ un brin frustrant… L’univers est également particulier car l’auteure a puisé sa principale inspiration dans la mythologie tout comme dans les contes ancestraux japonais. Il faut s’habituer à cette ambiance étrange teintée de mysticisme où de puissants sorciers ont la capacité de réanimer à la vie les morts et d’invoquer des esprits délétères capables de tuer les vivants pour protéger la demeure d’un seigneur. Il semble que l’auteure ait davantage accentué la part fantastique déjà présente dans ses premiers romans et qu’elle lui ait donné une place plus prépondérante dans ce récit, ce qui m’a un peu déstabilisée de prime abord, puis finalement séduite à mesure que l’intrigue se développait. Il faut finalement prendre le temps d’apprivoiser cet univers et de connaître tous ses codes pour l’apprécier pleinement.

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La romancière dépeint en outre avec maestria un monde médiéval nourri de combats épiques, de complots secrets, d’honneur exacerbé ainsi que d’amours sacrifiés. Tous les ingrédients d’un roman d’aventure efficace ! Je dois admettre que Lian Hearn n’est pas avare d’idées pour relancer et captiver l’attention de son lectorat grâce à une imagination débordante. Malgré la complexité des relations des protagonistes, il faut bien l’admettre, on ne s’ennuie guère au fil de la lecture.

Certes, Shikanoko n’égale pour l’instant en rien le valeureux héros du Clan des Otoris, Takéo, dont je garde encore aujourd’hui un souvenir impérissable. Toutefois, on retrouve quelques traits familiers dans sa personnalité tout comme dans ses origines. Shikanoko est lui aussi d’une certaine manière un orphelin, contraint de renoncer à ses principes et à ses racines pour adopter ceux d’un nouveau clan. Il possède également des dons exceptionnels qui feront de lui un grand guerrier… Ces similitudes poussent le lecteur à vouloir en découvrir davantage sur son destin futur…

J’ai été en revanche surprise de voir que cette série de romans avait été éditée pour la jeunesse. Non seulement elle s’adresse à un lectorat averti et rodé de par son écriture ambitieuse, mais certaines scènes sont de plus quelque peu « gores » et d’une brutalité parfois un tantinet excessive. Les effusions de sang ne manquent pas, et les têtes volent décapitées par les sabres aiguisés des seigneurs impitoyables. En somme, ça découpe à tour de bras ! Enfin, des seigneurs sont traqués pour leurs crânes et utilisés dans des cérémonies cannibales… Bref, âmes trop sensibles s’abstenir … 

Pour finir : bien que ce premier tome m’ait paru un peu trop longuet et parfois complexe à lire, ce livre semblait néanmoins nécessaire pour planter le décor et introduire l’intrigue de cette nouvelle saga féodale épique. Ce roman foisonnant reste néanmoins prometteur, c’est pourquoi j’ai décidé de persévérer en poursuivant la lecture du deuxième tome, qui est d’ailleurs déjà bien plus accessible et rythmée.

Je vous en parlerai donc dans un prochain billet. Affaire à suivre.


Et une nouvelle participation au challenge Un mois au Japon !

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Publié dans Challenge Un mois au Japon, Lire du fantastique, Littérature asiatique, Roman jeunesse | 11 commentaires

Enola Holmes/ Tome 1 La double disparition (B.D)

downloadEnola Holmes, sœur cadette du grand détective Sherlock Holmes, apprend avec effroi le jour de son anniversaire la disparition mystérieuse de sa mère. Cette dernière s’est volatilisée sans crier gare. A-t-elle été enlevée ou est-elle partie de son plein gré ? La demoiselle, digne sœur de son frère, décide d’enquêter après avoir découvert parmi ses présents de sa mère, un curieux recueil contenant un mystérieux message codé…

Là voilà prête à abandonner derrière elle le manoir familial en décrépitude, et la menace imminente d’une éducation rigide en pension de jeunes filles. Durant sa fugue, Enola se retrouvera malgré elle, après moult aventures, impliquée dans le kidnapping d’un jeune marquis. Parviendra-t-elle seule à retrouver sa mère disparue et réussira t-elle à échapper aux griffes de ses deux frères aînés, Sherlock et Mycroft, partis eux-aussi à ses trousses et bien déterminés à la remettre sur le droit chemin ?

Acquise sur Vinted pour une bouchée de pain, cette jolie bande-dessinée me faisait de l’œil depuis plusieurs mois déjà. Je l’avais en effet repérée dans la librairie de ma ville en furetant dans le rayon jeunesse. La couverture sublime m’avait d’emblée charmée. Voilà le genre de B.D idéale pour paresser tranquillement le soir sur le canapé au coin du feu.

OIP (4)Il y a quelques mois, j’avais découvert avec un plaisir délectable la fameuse adaptation télévisée du premier tome de la saga Enola Holmes de Nancy Springer (je n’ai malheureusement pas eu encore l’occasion de me plonger dans cette saga estampillée policier mais compte bien remédier à cette lacune d’ici les prochaines semaines). Le film gentillet avait eu au moins le mérite de renforcer mon désir de lire la série de romans jeunes adultes de Nancy Springer. D’autant plus qu’elle avait remporté un joli succès lors de sa sortie en France, en 2009 …

J’avais particulièrement aimé cette héroïne dans l’ère du temps, un modèle de courage et de détermination et une belle inspiration pour les jeunes filles d’aujourd’hui (incarnée à l’écran par la ravissante Millie Bobby Brown qui avait fait une entrée fracassante dans le monde du petit écran après sa belle performance dans Stranger Things).

Certes, ce personnage féminin, créé de toutes pièces à partir de l’oeuvre de Sir Arthur Conan Doyle, avait eu quelques déconvenues avec la presse, tout comme avec les descendants de l’illustre écrivain, qui s’étaient empressés de faire un procès à Netflix, après lui avoir reproché d’avoir perverti dans son adaptation télévisée (effectivement pas très fidèle), la personnalité du grand détective Sherlock Holmes. Notre héros est en effet bien plus humain et empathique dans cette version modernisée que dans l’œuvre littéraire originale. Qu’importe, les puristes peuvent gronder, pour ma part je n’ai pas boudé mon plaisir et ai profité pleinement de ce divertissement sans retenue. 

J’ai d’ailleurs parcouru cette jolie bande-dessinée en conservant la même approche et en appréciant l’objet pour ce qu’il est, un album illustré conçu avant tout pour plaire et divertir le jeune lecteur, un pari largement relevé ! Serena Blasco, illustratrice, peintre et auteure française de talent, a adapté avec brio les aventures de cette détective en herbe. Le style graphique est particulièrement bien rendu et les dialogues enlevés sont même dans certains passages particulièrement drôles. 

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Enola Holmes est ici portraiturée sous les traits d’une jolie brunette piquante, un poil maladroite et au caractère des plus têtu. Des traits de personnalité charmants. Spécialiste de la débrouille, elle n’hésite pas à se grimer pour se fondre dans le décor des rues londoniennes. Certaines scènes de ce premier tome sont d’ailleurs assez rocambolesques et un brin théâtrales. J’y ai  ainsi retrouvé quelques clins d’oeil flagrants à l’atmosphère victorienne so British des romans de Charles Dickens, ce qui bien évidemment m’a grandement plu.

Les illustrations aux contours arrondis sont en outre représentées à la manière d’un conte pour enfant, à travers de magnifiques aquarelles. Les teintes ocres et violines qui dominent principalement dans cet album donnent de ce fait un rendu très harmonieux à l’ensemble. C’est un vrai régal pour les yeux.  

Seul petit point noir (on pinaille un peu !), le premier volet suivant à la lettre l’intrigue des romans originaux, nous laisse cependant un peu sur notre faim. On termine ainsi cette bd avec une seule envie, connaître la suite de l’enquête ! 

Pour finir, cette adaptation en bande-dessinée du premier tome du roman de paralittérature de Nancy Springer à la fois originale et distrayante est une jolie réussite.

En bref : un bel album illustré à mettre entre toutes les mains ! Et une lecture détente qui tombait à point nommé !

La bande-annonce du film encore disponible sur Netflix : (72) Enola Holmes | Official Trailer | Netflix – YouTube

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Mon voisin Totoro

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