Soirée Pop-corn Halloween

L’automne est sans aucun doute l’une de mes saisons favorites, j’aime les tons ocres qui habillent les feuilles des arbres en Normandie, la brume du matin qui plane au-dessus de l’herbe humide de rosée. Les jours se raccourcissent peu à peu et j’ai ainsi pu reprendre mes vieilles habitudes : les petites lectures tout comme les longues soirées/télé au coin du feu sous un plaid, entourée de mes chiens et chats, une tasse fumante de thé à mes côtés.

Le Mois Halloween reste mon rendez-vous annuel favori, car l’étrange m’a toujours fascinée. Si la lecture prend une place importante dans ma vie et sur ce blog, je dois avouer être aussi une grande cinéphile. Je suis capable de « binge-watcher » des séries télévisées et films pendant plusieurs jours si l’envie m’en prend. L’époque est propice à ce genre d’activités.

Pour célébrer comme il se doit cette saison toute particulière, je souhaitais vous proposer une petite sélection de films à voir sans modération. Certains sont aujourd’hui devenus des films-culte, d’autres, ont reçus parfois un accueil timide à leurs sorties en salle. Il y en a pour tous les goûts. Voici donc une petite liste non exhaustive pour garantir des soirées frissonnantes réussies :

°Les Ensorceleuses : cette comédie romantique fantastique relate l’histoire de deux sœurs, Sally et Gillian Owens. Sorcières de naissance, elles sont sous l’emprise d’une malédiction qui condamne chaque homme qui aurait l’audace de tomber amoureux d’une des femmes de leur famille à une mort prématurée. Les sœurs Owens pourront-elles un jour rompre la malédiction et trouver le bonheur ?

Ce film est un petit bijou qui à mon avis a été largement sous-estimé par la critique. Tout public, il est idéal pour célébrer Halloween en famille. Je l’ai découvert petite fille et je le regarde depuis régulièrement (j’ai dû le voir au moins une centaine de fois…). Je suis une grande fan de Sandra Bullock, alors comment résister ? L’histoire est rafraîchissante, pleine de bons sentiments, et c’est finalement ce qui me plaît.  Parfait en cas de déprime passagère. La bande-originale est géniale et le casting excellent. J’avoue avoir complètement craqué pour Aidan Quinn dans le rôle du beau détective…

°Crimson Peak : Ah! Ce film est un hommage excellent au genre gothique que j’adore ! Ce clin d’œil évident à Jane Eyre est un régal ! Les costumes sont superbes. Et Tom Hiddelston est à tomber en aristocrate déchu. Difficile de ne pas succomber à son charme… Quel sex-appeal !  J’en parle plus en détails dans ma critique ici.

 

 

 

°The woman in Black : si je n’aime pas particulièrement Daniel Radcliff que je trouve complètement insipide et peu convaincant en veuf et père respectable, j’ai tout de même beaucoup aimé cette histoire de fantômes fort bien rôdée. J’ai sursauté à plusieurs reprises, et l’ambiance victorienne de l’intrigue m’a franchement séduite. Le film est une réussite. Il est devenu un incontournable pour Halloween. Toutefois, quel dommage encore une fois que Daniel Radcliff soit l’acteur principal, même la dame noire joue mieux que lui ! Je vous parle de ce film plus en détails dans ce billet dédié également à la lecture du roman ici.

 

°It :  J’ai découvert les romans de Stephen King tardivement, et je dois avouer que je les ai longtemps boudés par préjugé. J’étais persuadée que cet auteur prolifique écrivait de la littérature de hall de gare. J’ai eu raison de ne pas rester sur ma première impression. Actuellement plongée dans le premier tome de Ça, j’ai donc visionné l’adaptation cinématographique avant de terminer de lire le roman qui, n’ayons pas peur de le dire, est quand même une sacrée brique (deux tomes d’au moins 500 pages chacun en poche !). Le film est selon moi un pur chef-d’œuvre. Étrangement, ce n’est pas tant le clown effroyable qui m’a le plus marquée mais l’amitié extraordinaire que tisse ce groupe de gamins étranges. Un subtil mélange des Goonies et de Stranger things saupoudré d’horreur. Bref, j’adore !

°Chambre 1408 : la première fois que je l’ai vu, il m’a glacée ! John Cusack en écrivain prétentieux alcoolique est tout simplement excellent. Je me souviens d’un monologue de Samuel Jackson mémorable. Il incarnait un charismatique manager d’hôtel. Encore une film fantastique inquiétant trop sous-estimé selon moi. Je l’ai revu récemment, et je trouve qu’il n’a pas pris une ride. La mise en scène est particulièrement bien rythmée. Cette adaptation d’une nouvelle de Stephen King réalisée avec peu de moyens vaut le détour. Sueurs froides garanties.

 

°Sleepy Hollow: la légende du cavalier sans tête : j’avoue qu’adolescente, j’avais un petit faible pour Johnny Deep (je collectionnais tous ses films en dvd), mais cette obsession s’est finalement atténuée au fil des années… Aujourd’hui, je ne le supporte plus. Il semble constamment emprisonné dans les mêmes rôles ridicules de personnages grimés et méconnaissables (j’ai d’ailleurs détesté sa métamorphose dans Charlie et la Chocolaterie). Je le préférais dans The man who cried et dans Cry Baby. Ce film d’épouvante est cependant à mon sens un joyau du genre. L’univers de Tim Burton regorge de créativité et d’originalité. Le rythme est endiablé, on en redemande ! A noter que Christina Ricci était ravissante en sorcière bienveillante (avant qu’elle ne sombre dans la chirurgie excessive) et le cavalier sans-tête est particulièrement effroyable ! Ce film est un chef-d’œuvre du genre !

°Dracula de Francis Ford Coppola : saviez-vous que Dracula n’est pas seulement une histoire de vampires sanguinolente mais aussi une grande histoire d’amour tragique ? Je me souviens d’une réplique culte de Gary Oldman qui, sur le point de croquer le cou de sa tendre, se rétracte et lui dit : I love you too much to curse you ! Avec son accent super sexy ! J’adore ce film. Le personnage de Dracula n’a jamais aussi bien été traité. Gary Oldman incarne un vampire ténébreux tourmenté d’une finesse psychologique rare. La scène d’ouverture du film qui relate le destin funeste de Vlad Tepes condamné à être damné est une scène d’anthologie. Du grand Art ! Et cette B.O, géniale !

°La série The Haunting of Hill House : certes, ce n’est pas un film à proprement parler mais quelle série ! J’ai eu un énorme coup de cœur pour la saison 1. L’histoire de cette famille m’a émue jusqu’aux larmes. Le personnage de la mère est pour moi inoubliable. L’actrice crève l’écran. Non seulement cette série fait franchement peur mais l’intrigue est étonnement bien ficelée. La fin par ailleurs ne déçoit pas, ce qui est rare. J’ai trouvé la trame brillante. Je vous déconseille néanmoins de visionner la saison 2 qui est un ratage complet. Elle n’aurait jamais dû exister. On s’en passerait franchement.

Pour la nuit du 31 octobre, je compte visionner l’adaptation de Docteur Sleep, les premiers épisodes de la série Lovecraft Country de HBO, et enfin le dernier film fantastique de Shyamalan, The visit.

Et vous, qu’avez-vous prévu de voir pour Halloween ?

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Locke and Key, Bienvenue à Lovecraft

Après le meurtre effroyable et brutal de leur père, la fratrie Locke découvre son nouveau foyer, le manoir étrange et ensorcelant de Keyhouse. Établie en Nouvelle-Angleterre à Lovecraft, cette demeure ancestrale, aux couloirs sinueux et aux multiples portes, semble un endroit rêvé pour panser ses plaies et retrouver un semblant d’équilibre. Malheureusement, cette bâtisse en apparence paisible se révèle hantée par une étrange créature qui rôde tapie dans l’ombre, attendant patiemment de trouver une clé, celle qui la libérera et lui permettra enfin d’ouvrir la plus terrifiante des portes du manoir… Qui est cette mystérieuse entité qui semble habitée le puits de cette propriété défraîchie ? Et quels sombres secrets dissimulent vraiment Keyhouse ?

Circonstances de cette lecture :

Il y a quelques mois, j’ai découvert par hasard la fameuse série Netflix Locke and Key. J’avais eu quelques échos enthousiastes de mes élèves qui l’avait dévorée dès sa sortie sur la plateforme. J’ai suivi à mon tour le mouvement, le battage médiatique persistant ayant eu raison de moi… J’espérais comprendre l’engouement étrange pour cette série T.V.  Et je dois dire, j’ai été moyennement convaincue… La sauce teen movie, truffée de clichés américains, a même parfois frisé l’indigestion ! En effet, cette série qui cible clairement un public adolescent voire « Bisounours » m’a semblé complètement creuse et aseptisée. Elle diffère de ce fait grandement du comics dont elle s’inspire. La noirceur tout comme le macabre de l’œuvre originale ont été totalement occultés ! Une censure volontaire de Netflix ?

Ma curiosité cependant piquée, j’ai eu une envie irrésistible pour Halloween de sortir des sentiers battus et de me dégoter une lecture « plaisir » afin de relâcher la pression tout comme le stress qui parfois m’accablent à la sortie d’une classe. J’ai donc fait l’acquisition sur Vinted du premier tome de Locke and Key pour une modique somme, pensant judicieusement ainsi éviter la fièvre acheteuse qui m’habite malheureusement bien trop souvent… C’est peine perdue ! Cette lecture s’est révélée une sacrée claque ! Je n’en ai fait qu’une bouchée et à peine terminée, je me suis précipitée dans une librairie pour acheter la suite… Que voulez-vous je suis indécrottable…

Verdict ?

Il faut bien l’avouer, Joe Hill s’y connait pour ferrer son lecteur. Si le graphisme de Gabriel Rodriguez est particulièrement soigné, c’est l’écriture rythmée de l’auteur qui m’a d’emblée séduite. Joe Hill jongle inlassablement avec les codes du fantastique, du gothique et de l’horreur qu’il maîtrise d’ailleurs avec brio. Il apporte à l’ensemble un suspense haletant.

L’atmosphère est par ailleurs étonnement anxiogène malgré le support papier proposé. Qui l’aurait cru qu’un comics puisse à la manière d’un roman me transporter ainsi ? Il faut l’avouer les personnages de ce roman graphique sont d’un réalisme déconcertant, ce qui détonne avec l’univers étrange et parfois presque fantasmagorique dans lequel ils évoluent. Cette œuvre d’une richesse insoupçonnable aborde ainsi avec finesse des préoccupations humaines très terre-à-terre ; elles s’articulent autour de thématiques variées telles que le deuil, la famille, l’intégration mais aussi l’importance du souvenir et de la transmission.

Quant au concept même de cette saga, il m’a incontestablement charmé. L’idée de départ est à mon sens fabuleuse. Le manoir cache des clés magiques qui confèrent à ses détendeurs des facultés hors du commun. Une clé permet ainsi à celui qui la possède de quitter son enveloppe corporelle sous une forme astrale pour rejoindre les morts et espionner à son gré les vivants. Ainsi donc, ce roman graphique fourmille de trésors d’inventivité.

Certaines planches du livre m’ont par ailleurs données la chair de poule. Les scènes dédiées à la figure énigmatique de la dame du puits qui se présente initialement au petit Bode comme son écho, m’ont d’ailleurs franchement mises mal à l’aise. Ce personnage est terrifiant…

En bref : Une tension palpable qui monte crescendo à mesure que l’intrigue se déplie et une maîtrise époustouflante de l’horreur et du suspense qui nous tient en haleine jusqu’à la dernière page tournée.

Voici donc un plaisir de lecture inattendu et une œuvre diablement originale !  Actuellement plongée dans le tome 2, j’ai déjà fait ma commande pour Noël, les prochains volumes rejoindront bientôt ma petite collection.

Zoom sur l’auteur : Si ce romancier également scénariste rend un hommage évident à Lovecraft, j’ai décelé dans son style une inspiration flagrante au grand maître de l’épouvante. Je me suis d’ailleurs demandé si le digne successeur de Stephen King n’avait pas enfin été trouvé… La pomme ne tombe jamais très loin de l’arbre… J’ai finalement été estomaquée de découvrir que cette filiation était en fait bel et bien authentique ! Joe Hill est un nom de plume… Il s’agit bien du fils de King !

le teaser de la série t.v sur Netflix:

Nouvelle participation au Mois Halloween de chez Lou et Hilde!

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L’Indésirable/The little stranger

Attention gros coup de cœur !

Il y a de ces romans qui nous envoûtent dès les premières pages sans que l’on sache véritablement pourquoi… L’indésirable en fait incontestablement parti. Ce roman est exceptionnel à bien des égards…

J’ai débuté cette lecture il y a déjà plusieurs mois mais j’ai volontairement tardé à la terminer, non par ennui profond, mais parce qu’étrangement, je n’avais aucunement envie d’en tourner la dernière page… A l’instar du narrateur, un médecin de campagne sous l’emprise de l’aura sombre de Hundreds, cette mystérieuse demeure délabrée, j’étais moi -même subjuguée par cette histoire macabre de hantise…

Résumé:

Depuis la Seconde Guerre mondiale, Hundred Hall a perdu de son éclat, elle n’est plus que le dernier rempart du délitement inexorable de ses habitants, la famille Ayres. Enfant, Farraday a eu l’honneur de visiter la propriété durant une réception grandiose, lorsqu’elle brillait encore de toute sa splendeur. Il s’est accroché sans relâche à ce souvenir mémorable, la première découverte de ce monde qu’il sait inaccessible à sa condition. Son désir le plus fou a toujours été de côtoyer cette aristocratie qui le méprise pourtant sous cape. Aussi, lorsqu’il revient adulte et désormais médecin dans son village natal, Farraday se porte volontaire pour assister les Ayres qui s’efforce de dissimuler la ruine qui les accable. Le médecin se rêve déjà châtelain, espérant pouvoir un jour qui sait épouser l’étrange Miss Ayres ; malheureusement, une série noire d’événements inquiétants survenus au sein de la demeure vont perturber ses projets, ébranlant par la même occasion ses convictions cartésiennes…

Verdict?

Sarah Waters est sans conteste la digne héritière d’Henry James. Si l’élève n’a peut-être pas surpassé le maître, du moins elle l’égale, c’est certain. Comment ne pas penser dès les premiers chapitres au chef-d’œuvre du genre, le Tour d’écrou ? Tout comme Henry James, Sarah Waters aime jouer avec les nerfs de son lecteur qui se perd dans un dédale d’hypothèses… Les protagonistes sont-ils victimes de paranoïa aiguë ou bien, véritablement en proie à une force délétère, tapie derrière les murs pourris de ce manoir vétuste ? L’intrigue brillante à souhait offre ainsi de multiples interprétations. Le docteur est-il lui-même totalement innocent ? Son esprit ambitieux en mal de reconnaissance aurait-il laissé une empreinte néfaste sur les habitants du manoir ? Je dois dire que j’ai relu à plusieurs reprises certains passages pour être sûre de n’avoir rien manqué.

Tout comme Manderley dans Rebecca de Daphne du Maurier, Hundreds, cette bâtisse en décrépitude, est elle aussi un personnage à part entière de l’histoire. Elle est la source de tous les maux. J’ai retrouvé, pour mon plus grand plaisir, dans ce roman gothique une atmosphère analogue à Downtown Abbey et aux Brumes de Riverton de Kate Morton. On y retrouve ainsi une famille d’aristocrates désargentés qui s’entête à vouloir préserver coûte que coûte leur statut.  Cette lignée stérile qui est vouée irrévocablement à péricliter refuse le changement qu’à opéré la fin de la Seconde Guerre mondiale. Aveuglés par leur fierté, les habitants semblent eux-mêmes déjà appartenir au passé. Ils errent comme des fantômes sans but dans leur propriété fanée.

Les protagonistes sont d’ailleurs d’une complexité rare. Cette caractéristique du livre m’a d’emblée séduite. Les personnages sont donc extrêmement bien fouillés et en particulier le narrateur, Farraday, un petit médecin sans renommée qui aspire à gravir les échelons de la société. Ce dernier rêve depuis sa tendre enfance de cette maison mystérieuse qui fut jadis le théâtre de festivités luxueuses. Il voue par ailleurs une fascination malsaine, presque fanatique aux murs faisandés d’Hundreds Hall. Il m’a fait penser au personnage de Soames dans La Dynastie des Forsythe. Il y a en effet un je ne sais quoi d’obscur et de passionné dans sa personnalité. Un aspect déroutant qui fascine le lecteur autant qu’il l’intrigue.

En bref: Sans effets de manches ni granguignolesque, Sarah Waters réussit le pari ambitieux de nous faire franchement trembler… Cette lecture m’a mise parfois mal à l’aise car comme dans Le Horla de Maupassant, l’autrice plante, à son tour son décor dans un univers bien ancré dans le réel. Si le roman traite bel et bien de revenants, la romancière dépeint également avec maestria la déchéance d’une aristocratie souffreteuse en plein déni.  En somme, cette œuvre relève davantage du genre fantastique que de l’horreur, bien que cette dernière s’immisce gentiment elle aussi au fil des pages…

Voici donc une histoire de fantômes à l’ancienne, bien qu’efficace, dans une demeure nimbée de mystères. Un incontournable du genre à découvrir sans plus tarder ! Terrifiant et exceptionnel !

Un dernier mot sur l’adaptation cinématographique : fidèle au livre, cette adaptation un brin intimiste pourtant passée inaperçue durant sa sortie en salle est selon moi plutôt réussie. La performance des acteurs tout en nuance est remarquable. L’esthétique du film est également sublime. Il est cependant regrettable que le réalisateur n’ait pas réussi à lui insuffler suffisamment de fougue. Le film manque parfois de rythme et le spectateur peine à comprendre l’intrigue trop tarabiscotée.

 

La bande-annonce du film:

 

Petite contribution au Mois Halloween de Lou et Hilde et au Pumkin Autumn Challenge dans la catégorie Les chimères de la Sylve rouge (gothique/vampires/ Créatures de la nuit).

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Dirty Betty/Du côté de Netflix

Etant actuellement plongée dans la série criminelle de Netflix Dirty Betty qui traite également d’abus au sein de la sphère maritale, Femme sans merci de Camilla Läckberg ‒ une lecture quelque peu superficielle dont on pourrait se passer ‒ me semblait en faire indubitablement l’écho (voir mon précédent billet ici). La série télévisée Dirty Betty, plutôt sombre, se focalise également sur une femme victime d’abus moraux. Le calvaire du personnage féminin est néanmoins évoqué avec davantage de nuances et de subtilité. Betty ne subit pas à proprement parler de violences physiques comme les personnages féminins de Camilla Läckberg, ses souffrances sont plus profondes. Son époux la rabaisse constamment, distillant progressivement son venin… Betty qui se sent acculée, prendra finalement une décision irrévocable pour échapper à la cruauté de son mari.

On avait tendance à évoquer la douce brise féministe qui souffle gentiment sur la littérature contemporaine mais il semble que cette dernière se soit métamorphosée ces derniers mois en une véritable tempête. Prenant d’assaut par la même occasion la télévision tout comme le cinéma.

Inspirée d’une histoire vraie, cette série d’anthologie aigre qui suit dans chaque saison une histoire indépendante relate dans sa saison 2 la destinée trouble de Betty Broderick, une desperate housewife américaine, trompée et qui fut accusée d’un double meurtre. L’un des faits divers les plus significatifs des années 80. Ce meurtre de sang-froid divisera les opinions, certains la clouant au pilori, d’autres la représentant comme l’incarnation même de la femme bafouée…

Verdict ?

Je dois dire que cette série vaut vraiment le détour, à la différence du roman Femme sans merci. de Camilla Läckberg, les portraits psychologiques de Betty tout comme de son mari sont brossés avec une finesse exceptionnelle. L’ambiance très vintage, tout comme les costumes somptueux des personnages, sont un régal pour les yeux. Betty a un style particulièrement raffiné. Ses tenues sont à tomber!

Enfin, le thème de la cruauté mentale est abordé avec talent. Le spectateur suit le parcours chaotique de cette femme blessée à travers le temps. Par le biais de flash-backs qui dépeignent les petits bonheurs comme le craquèlement progressif du mariage de son héroïne torturée, le réalisateur nous fait découvrir la personnalité complexe de Betty. Ainsi donc, l’actrice Amanda Peet incarne merveilleusement bien la vulnérabilité de Betty sous l’emprise psychologique démoniaque d’un époux sans scrupule. Elle nous livre d’ailleurs une performance époustouflante dans un rôle bien différent de celui de bimbo un tantinet vulgaire qui lui colle souvent à la peau ; celui d’une femme incrédule et pourtant respectable qui sombrera doucement dans la folie.

En bref : Une série percutante excellente à l’ambiance très hitchcockienne, nécessaire, dans le climat ambiant actuel et que je vous conseille de voir absolument ! Une belle réussite. Elle fournira sans conteste matière à débat dans les chaumières !

Série T.V Netflix visionnée dans le cadre du défi Pumpkin Autumn Challenge  dans la catégorie : Je suis Médée, vieux crocodile ! (Thriller) et dans le cadre du challenge Polars et Thrillers de Sharon.

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Femmes sans merci de Camilla Läckberg

Hier après-midi, se déroulait la réunion mensuelle de mon book club. L’une de mes amies membres du cercle m’a chaudement conseillé et gentiment prêté cette novella qui vient tout juste de paraître dans la collection Actes Sud. Je ne raffole guère des romans policiers, encore moins lorsqu’ils plantent leur intrigue dans un décor froid d’un pays nordique lointain. Ces romans à l’atmosphère claustrophobe me glacent habituellement. Cependant, j’ai décidé de sortir en ce moment un peu de ma zone de confort pour me tourner vers une lecture axée sur le polar. Je dois avouer que le sujet de cette lecture agréable et initialement alléchant s’est révélé somme toute un brin prévisible…

Résumé :

Trois femmes subissent leur mariage ; trois femmes qui n’ont à première vue rien en commun, se découvrent sur la toile pour échanger et confesser leur quotidien.

Il y a Ingrid qui a délaissé un poste de journaliste et de correspondante pourtant prometteur pour se consacrer à sa petite fille, et devenir une mère au foyer multitâches. Son époux en a profité quant à lui pour établir une prestigieuse carrière au sein d’un journal en devenant un brillant rédacteur en chef. Tout semble aller bon gré mal gré pour cette petite famille, jusqu’au jour où Ingrid découvre que son mari peu scrupuleux la trompe…

Birgitta quant à elle est enseignante. Proche de la retraite elle sait pertinemment bien que son cancer du sein la ronge progressivement… Pourtant, Birgitta ne fait rien pour soigner ce mal, elle redoute de consulter un médecin et de lui révéler par la même occasion les bleus que son mari lui inflige quotidiennement et ce, depuis plusieurs années. Jusqu’à présent, elle s’est forcée de dissimuler à ses fils le tempérament monstrueux de leur père colérique et imprévisible. Mais désormais malade, qui donc s’occupera d’eux lorsqu’elle quittera pour de bon ce monde ? Comment peut-elle accepter de les laisser entre les mains d’un homme qu’elle sait tyrannique ?

Enfin, il y a Victoria, une jeune Russe ; ancienne cocotte d’un gangster, elle a accepté d’épouser par le biais d’un site de rencontre un Suédois qu’elle ne connaît pas. Malte qui semble de prime abord le mari idéal se révélera être un péquenaud ignorant, violent et borné. Victoria se retrouve séquestrée dans sa propre maison, isolée de tout…

Trois femmes donc qui vont unir leur force pour échafauder un plan machiavélique et faire disparaître un à un leurs bourreaux de maris… Reste à trouver le meurtre parfait !

Verdict ?  Voilà donc un court roman cinglant qui surfe clairement sur la tendance actuelle Hashtag Me too. La romancière suédoise incontestablement féministe n’y va pas avec le dos de la cuillère pour égratigner la gente masculine misogyne qui en prend pour son grade au fil des pages. Sans grande originalité, ce petit roman à l’intrigue un tantinet mollassonne se lit malgré tout agréablement bien. Le style fluide présente cependant peu d’envolée, et le dénouement n’en ai pas véritablement un. La trame est finalement assez convenue.

Il n’en demeure pas moins que je n’ai pas boudé mon plaisir et ai lu goulûment ce bref roman sans prétention en l’espace de quelques heures. Je doute cependant que cette novella soit accueillie avec chaleur par les critiques tout comme les lecteurs… Le parti pris de la romancière risque d’en faire crisser plus d’un. Par ailleurs, je me suis tout de même interrogée quant à la portée finale du message de l’autrice car peut-on vraiment justifier et excuser un meurtre d’autant plus s’il est prémédité ? Camilla Läckberg semble en être convaincue par l’affirmative. Si la victime se révèle plus monstrueuse que son assassin, qu’à cela ne tienne ! Hop ! Un déchet humain de moins…. Un argument discutable vis-à-vis de la loi…

L’édition française semble s’être elle aussi emparée du sillon Hashtag Me too. Alors, Femmes sans merci est-il encore une fois de plus une nouvelle initiative mercantile ou bien un véritable pamphlet féministe ? A vous lecteurs d’en décider…

En bref : Malgré quelques faiblesses d’écriture évidentes, cette lecture qui sent bon le cyanure, aura eu le mérite de me divertir durant cette journée d’automne particulièrement grise et pluvieuse. Je vous retrouve dans un prochain billet pour vous parler de Dirty Betty, une série télévisée diffusée sur Netflix qui aborde avec davantage de panache le thème de l’abus au sein du couple.

Cette lecture s’inscrit dans le défi Pumpkin Autumn Challenge dans la catégorie Je suis Médée, vieux crocodile (thriller/polar). Elle s’inscrit aussi dans le challenge Polars et Thrillers de Sharon.

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Le retour de Robert Goddard

Cornouailles dans les années 80. De retour sur le domaine familial à Tredower House, Chris Napier, après de nombreuses années d’absence, vient assister au mariage d’une de ses nièces. La cérémonie est marquée par un événement sombre : Nicky Lanyon, son ancien ami d’enfance, fait soudainement irruption durant les célébrations et annonce que son père qui avait été exécuté pour avoir commandité le meurtre du grand-oncle Joshua en 1947, était en fait innocent. Après cette révélation inattendue, Nicky est retrouvé mort, pendu dans le jardin des Napier. Chris, écrasé par le remord et la culpabilité, décide d’enquêter lui-même pour élucider le mystère de la mort de son vieil ami.  Il l’avait lâchement abandonné après que son père ait été déclaré coupable. Mais certains mensonges familiaux devraient-ils être déterrés ? N’est-il pas dangereux de ramener les fantômes du passé, et en particulier lorsque ceux-ci peuvent changer le cours de votre vie ?

Décidément la saison semble propice aux lectures au coin du feu…  Je profite de ce temps toujours peu clément pour découvrir de nouveaux auteurs… Le retour trône depuis bien trop longtemps sur mes étagères, il était grand temps que je dépoussière enfin cette œuvre…

Verdict ? Robbert Goddard manie avec une certaine habileté la plume pour planter son intrigue. Et quelle intrigue ! Le lecteur en a pour son argent ! J’ai tout de suite été séduite par l’ambiance à la Cold Case de ce roman qui s’intéresse à une histoire non élucidée, le meurtre mystérieux d’un grand-oncle fortuné, un ancien chercheur d’or retrouvé poignardé. Cette petite saga familiale est palpitante.

En effet, elle n’est pas avare de rebondissements. Cependant, on a parfois du mal à se retrouver dans ce dédale de péripéties. L’intrigue est un brin tarabiscotée car le récit alterne continuellement entre le passé du narrateur enfant et son présent, une trentaine d’années plus tard.

J’ai ainsi trouvé certains chapitres inégaux et fastidieux, d’autres en revanche m’ont tout bonnement passionnée au point de me tenir éveillée pendant plusieurs nuits d’affilée. Il semblait y avoir un problème de rythme ce qui m’a souvent désarçonnée pendant la lecture. Et pourtant, malgré quelques petits bémols, ce roman fut plutôt agréable dans l’ensemble. Je me suis tout de même prise au jeu. Par certains aspects, il rappelle la subtilité psychologique des œuvres de Thomas Cook.

Néanmoins celui-ci excelle davantage pour exprimer les sentiments profonds de ses personnages. Robert Goddard est parfois maladroit et peu convaincant quand il s’agit de mettre en scène des scènes émouvantes. Le style a un côté « pépérounet » un tantinet poussiéreux et distant. J’ai eu l’impression étrange de visionner un vieil épisode de l’Inspecteur Barnaby. Ce qui paradoxalement ne m’a pas totalement déplu mais ne m’a malheureusement pas permis de m’attacher aux personnages souvent trop lisses à mon goût.

J’ai eu davantage de peine et d’empathie pour les « fantômes du passé », le souvenir de Nick, ce pauvre homme hanté par la mort injustifiée de son père Michael Lanyon, exécuté pour un meurtre qu’il pense ne pas avoir commis. Nick tentera vainement de rétablir l’honneur terni de son père. Cet aspect du roman reste selon moi la partie la plus intéressante du livre. Derrière cette histoire de meurtre et de trahison se cache une véritable critique de la société anglaise. L’auteur dénonce ainsi le fossé insondable qui divise la petite bourgeoisie de la petite classe sociale des prolétaires. Le personnage de Michael est puni pour être le pur produit de cette classe. En somme, on ne lui pardonne pas de réussir et d’avoir presque gravi les échelons de la société. Une leçon amère qu’il aura tôt fait d’apprendre. Il n’appartiendra jamais au domaine de Tredower House. En somme, on le considère comme un intrus. A la mort du grand-oncle, Michael est chassé comme un pestiféré, sa famille quant à elle est expulsée.

Tredower House Cornwall

En bref : Sans être une lecture inoubliable, ce petit roman noir un peu inégal où suinte à chaque coin de page la cupidité et la duplicité crasses d’êtres sans scrupules, s’est finalement révélé être plutôt agréable. Malgré certains points noirs, j’ai pleinement profité de cette petite croisière sans expectative particulière. Certes, ce n’est pas un chef-d’œuvre de la littérature britannique, mais toutefois un bon page-turner, parfait pour contrer la morosité des journées pluvieuses. N’est-ce pas finalement une qualité suffisante pour en faire un bon roman ?

Cette lecture s’inscrit dans le Pumkin Autumn Challenge (catégorie :  Je suis Médée, vieux crocodile/ Policier) puisqu’il est ici question de complot et donc de trahison au sein d’une petite famille de bourgeois anglais.

Elle s’inscrit également dans le défi Thrillers et Polars de Sharon dans la catégorie Montalbano (cinq à quinze livres).

J’ai finalement décidé de rejoindre la team de Lou et Hilde pour le Challenge British Mysteries dans la catégorie Esprit es-tu là? Le programme est particulièrement tentant. Il se déroule toute l’année! Je débute doucement.

Publié dans Challenge British Mysteries, Littérature anglaise, Pumpkin Autumn challenge, Roman noir/policier | 4 commentaires

La maison des oubliés de Peter James

Attention gros coup de cœur !

Je déclare officiellement la saison halloweeniene ouverte ! Je l’attendais avec impatience ! Le temps s’accorde d’ailleurs à merveille à cette occasion. En Normandie, une pluie fine associée à une bourrasque fraîche s’est progressivement installée. Les jours se raccourcissent peu à peu, la luminosité baisse et les feux de cheminées ont repris ! J’ai donc retrouvé avec plaisir mon petit rythme de croisière de lectures automnales en me plongeant dans quelques œuvres frissonnantes. Mon choix s’est tout naturellement porté sur ce roman, une histoire glaçante de hantise :

Ollie Harcourt rêve d’une existence paisible à la campagne loin de la banlieue bruyante de Brighton où il a passé la majeure partie de sa vie. Ce web designer aisé convainc sa famille hésitante de le suivre pour s’installer dans un petit manoir vétuste qu’il croit pouvoir restaurer. La tribu Harcourt tombe de prime abord sous le charme de cette demeure un tantinet délabrée mais étrangement hypnotique… L’endroit semble parfait pour un nouveau départ. Cependant, à mesure que les jours passent, le doute s’installe… Les Harcourt ont-ils pris la bonne décision ? Des événements étranges troublent leur quiétude. Des ombres surgissent au détour d’un couloir, une vieille femme au visage mesquin semble errer dans la maison et de nombreux imprévus surgissent à mesure que les travaux de rénovation tentent de se poursuivre. Dès lors, les Harcourt n’ont plus de doute, une force délétère semble prête à tout pour les faire fuir…

  Il faut bien l’admettre la couverture soignée et un brin baroque de La maison des oubliés a tout de suite attiré mon œil. Pour une fois, je trouve que les éditions françaises ont mis le paquet.

Je ne connaissais ni d’Eve ni d’Adam Peter James. J’ai en effet découvert par hasard ce romancier britannique, en flânant dans les rayons d’une supérette, c’est pourquoi je n’avais pas réellement d’attente quant à cette lecture. Cet auteur qui est également scénariste et producteur de cinéma, a reçu en 2006 le prix prestigieux du Diamond Award pour l’ensemble de son œuvre. Il s’est ainsi forgé une solide réputation d’auteur en publiant de nombreux romans policiers et fantastiques. Si sa renommée tout comme son talent font peut-être pâle figure face au succès retentissant du maitre de l’épouvante américain, Stephen King, son titre La maison des oubliés mérite selon moi que l’on s’y attarde malgré tout…

Verdict? Le thème de la maison hantée semble tout comme les récits vampiriques encore susciter un regain d’intérêt. A l’heure du numérique, du recul des croyances, peut-on encore croire aux fantômes ? L’auteur semble convaincu que oui. On croyait ses sujets éculés, or, il n’en est rien. Peter James a trouvé le moyen de contourner cette difficulté… Les poltergeists font d’ailleurs preuve de créativité et d’ingéniosité pour tourmenter leurs victimes, n’hésitant pas à employer les grands moyens en utilisant les nouvelles technologies. Le résultat est bluffant.  Pour ma part, j’ai été happée dès les premières pages. Je dois l’admettre, certains passages m’ont franchement donné la chair de poule, au point de sursauter toute seule en entendant une porte claquer !

A la différence de Stephen King qui aime planter son décor et ses personnages dans un univers riche et travaillé, Peter James lui préfère rentrer dare-dare dans le vif du sujet. L’horreur s’immisce dès les premières pages sans que le lecteur y soit préparé (moi la première !). Cet écrivain est indéniablement un conteur redoutable. Dès lors, il m’a été impossible de lâcher ce roman qui m’a fait l’effet d’une montagne russe. Mon cœur s’est accéléré en lisant certains passages, en particulier lorsque nos héros se retrouvent malgré eux confrontés à des phénomènes paranormaux pour le moins inquiétants.

On y retrouve d’ailleurs une atmosphère troublante qui m’a étrangement rappelé celle de la Twilight Zone. Cette demeure étrange semble le portail d’une autre dimension où le temps perd toute linéarité. Le lecteur se sent de ce fait lui-même désorienté tout comme les personnages qui ne savent plus sur quel pied danser. Cette vieille bâtisse possède tellement de chambres, de recoins et de couloirs qu’elle en devient un véritable labyrinthe. Comment ne pas penser alors à The haunting of Hill house, cette série extraordinaire et terrifiante sans effusions de sang ni gore (disponible sur Netflix), un chef-d’œuvre d’écriture et un hommage excellent aux récits de hantises de Shirley Jackson, qui relate aussi l’emménagement d’une petite famille dans une demeure vétuste et mystérieuse… Si vous êtes passé à côté de cette pépite, je vous conseille de la découvrir dès maintenant. L’intrigue est remarquable.

On notera au passage que La maison des oubliés suit une trame analogue à The Haunting of Hill House, les personnages principaux ont eux-aussi pour projet de rénover ce monument historique pour l’inscrire au patrimoine… Une idée qui semble à première vue pleine de bonne volonté mais qui scellera inexorablement à jamais leur destin funeste.

En bref: cette lecture fut excellente. Etant depuis toute petite attirée par les histoires de fantômes, ayant été bercée depuis mon enfance dans une culture qui croit au pouvoir des ancêtres, je n’ai pas boudé mon plaisir. J’aime cette idée même saugrenue d’une maison habitée par le souvenir du passage de ses morts… Les murs de la bâtisse deviennent le reflet de l’âme, l’ultime vestige d’existences oubliées mais mystérieusement encore présentes. L’idée qu’une maison puisse contenir cette empreinte et avoir un impact positif comme négatif sur les vivants me fascine… Les poltergeists sont-ils le résultat d’ondes tout simplement magnétiques ou tout bonnement les esprits des anciens occupants ? A vous lecteurs d’en décider.

Alors, comme le disent si bien nos voisins anglais : « Suspend your disbeliefs » (faites abstraction de vos doutes) et laisser-vous embarquer dans ce roman inquiétant et original. Vous ne serez pas déçus !

Je vous laisse visiter Hill House… A vos risques et périls!

Ce billet est ma seconde participation au Pumpkin Autumn Challenge dans les catégories: Automne frissonnant: Je suis Médée, vieux crocodile (horreur) et esprit es-tu là? (fantôme du passé).

C’est aussi ma toute première participation au Challenge Halloween (j’ai choisi les atmosphères Les lieux hantés et le cimetière, le deuil et la perception de l’au-delà). Cette nouvelle saison, le challenge fête ses onze ans d’existence! Bon anniversaire! Merci à Lou et Hilde qui une fois de plus nous ont concocté un super programme effroyable pour ce mois-ci! Pour y participer c’est ici!

Enfin, ce billet s’inscrit dans le challenge Thrillers et Polars de Sharon. J’ai choisi la catégorie Montalbano (soit entre cinq et quinze livres sur un an).

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Les feuilles mortes de Thomas H. Cook

L’automne se profilant doucement à l’horizon, ce titre de roman me semblait tout à fait à propos pour me mettre au diapason. Mon book club mensuel avait désigné ce mois-ci le roman policier/thriller comme thématique principale, une occasion rêvée pour renouer avec mon plaisir de lecture en extirpant de ma PAL un nouveau roman de Thomas H. Cook. Je garde de cet auteur un souvenir agréable si ce n’est mémorable. J’avais lu avec un certain plaisir Au lieu-dit du noir étang, un roman au souffle romanesque un tantinet faiblard mais au concept plutôt original, sans toutefois le considérer comme un véritable coup de cœur.  L’idée initiale du roman noir vaguement inspiré de l’œuvre de Daphne du Maurier, m’avait de prime abord charmée ; par certains aspects le livre rappelait en effet l’ambiance claustrophobe de Mademoiselle de la Ferté de Pierre Benoît. Malheureusement, à ma grande déception, le dénouement de cette intrigue en apparence prometteuse fut quelque peu brouillon, voire même frustrant. Finalement, je ne garde de cette lecture qu’un souvenir flou. C’est donc, avec une certaine méfiance, que je me suis lancée cette fois-ci dans ce thriller moderne… Je rechigne d’ailleurs souvent à lire des romans contemporains, ces lectures me paraissent souvent fadasses.

Et il faut bien reconnaître qu’il est bon de ne pas rester campé sur ses préjugés ! Ce titre s’est révélé une belle surprise ! J’avoue sans détour avoir été époustouflée par les talents d’écriture de cet auteur. Le thème de l’adolescence souffreteuse et torturée a d’emblée aiguisé ma curiosité. Enseignante au collège, je côtoie quotidiennement des adolescents, et il m’arrive souvent de me questionner sur leur comportement. On oublie en effet souvent cette phase un peu chaotique de notre vie, faisant parfois peu de cas de leurs états-d ’âmes…

Résumé:

Éric Moore, un petit commerçant sans grande ambition de photomaton, mène une existence paisible aux côtés de son épouse, professeur d’anglais et de son fils, un adolescent introverti et réservé dans une petite banlieue américaine. Un jour que Keith, son fils de quinze ans, garde la petite fille de ses voisins, cette dernière est portée disparue le lendemain. Le jeune garçon se retrouve nécessairement dans la ligne de mire de la police qui le suspecte de l’enlèvement. L’imagination collective encensée par la presse avide de drames sordides fissure peu à peu les convictions tout comme la confiance d’Éric Moore envers les siens. L’attitude de son fils confuse et agressive ne le rassure pas davantage. Car comme le narrateur le proclame dès les premières pages : « les photos de famille mentent… ». Éric Moore qui n’a pas réussi à faire le deuil de son propre passé, sait pertinemment bien que les apparences sont parfois trompeuses… Son fils est-il foncièrement mauvais ? Ses émotions tout comme ses doutes trahissent Éric qui y voit un mauvais présage, se pourrait-il que les ombres de son passé trouble le rattrapent ? Son fils est-il comme tout le porte à croire monstrueux ?

La difficulté de communiquer avec un adolescent en proie avec ses propres soucis sont ainsi l’un des principaux thèmes de ce roman.  Ce conflit de génération inévitable entre un père et son fils est ainsi finement abordé. Toutefois, si Thomas H. Cook traite avec tact des discordes intergénérationnelles au sein d’une famille américaine tout ce qu’il y a de plus commun, il évoque également les dégâts qu’engendrent la suspicion tout comme les non-dits. De ce fait, la cellule familiale des Moore suffoque progressivement, asphyxiée par manque de communication. Le ressentiment tapi au fond du cœur du narrateur gangrène peu à peu ses relations familiales.

 

Verdict?

J’ai englouti cette lecture addictive en l’espace de quelques jours. Impossible de la lâcher ! Il me fallait découvrir le fin mot de l’histoire ! Et quelle histoire ! Le dénouement pour le moins original m’a particulièrement surprise ! Derrière, cette simplicité d’intrigue qui n’est qu’apparente, le kidnapping d’une petite fille, se cache finalement un roman fort, en mode sépia, sur fond d’hypocrisie latente d’une famille trop bien sous tout rapport. Car comme le dit si bien le proverbe, méfiez-vous de l’eau qui dort. Connaissons-nous vraiment notre entourage, tout comme les membres de notre propre famille ? Chaque individu dissimule ainsi une part d’ombre, un secret, une honte jalousement gardée. Traînant comme une enclume ses propres démons, ceux d’une enfance trouble et malheureuse, le personnage principal en fera lui-même les frais.

Sans effusion d’hémoglobine, ni de vulgarité ou de violence crue, Thomas H. Cook nous prouve qu’il est encore possible d’écrire un bon roman noir. Les feuilles mortes, une lecture teintée de nostalgie, mérite largement sa récompense littéraire du prix Barry du meilleur roman (2008).

En bref : Une très bonne pioche ! Je compte poursuivre mon exploration de l’œuvre de Thomas H. Cook. J’ai en effet repéré sur la toile de nombreux titres alléchants… Reste à trouver le temps suffisant pour écluser cette liste non exhaustive. Je piocherai selon l’envie.  J’ai d’ailleurs pour projet de me constituer ma petite collection personnelle de ces romans que j’ai dégotés sur Vinted pour de modiques sommes, de quoi m’occuper durant ces prochains mois de grisaille…

Cette lecture est ma petite contribution au Pumkin Autumn Challenge de la blogueuse/ vlogueuse Le terrier de Guimause dans la catégorie de menu « Automne frissonnant » (Je suis Médée, vieux crocodile) pour le thriller.  Une façon pour moi d’y participer même si je doute pouvoir respecter à la lettre les menus proposés. Qu’à cela ne tienne ! J’adore son univers ! Pour y faire un tour c’est par ici !

Je vous laisse en compagnie de Doris Day. J’adore son interprétation un brin rétro de la chanson Les feuilles mortes …

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L’Ombre du Vent/ Marina de Carlos Ruiz Zafon

Après une longue absence sur la blogosphère due à une année particulièrement chargée, je profite de cette parenthèse inédite que nous offre paradoxalement ce confinement historique pour revenir vers vous et vous faire part de mes toutes dernières lectures.

Je dois l’avouer, je n’ai pas été une lectrice très vorace pendant ces derniers mois mais finalement grâce à cette retraite forcée j’ai pu enfin me consacrer à cette brique qui prenait depuis trop longtemps la poussière sur mes étagères. Il était grand temps de déterrer ce trésor ! Et quelle bonne pioche ! J’avais lu il y a quelques années, Les lumières de Septembre que j’avais grandement apprécié, et je dois vous avouer, L’ombre du vent a largement dépassé mes attentes ! Une fois de plus la magie a opéré car j’ai été très vite happée par le récit. Carlos Ruiz Zafon a même réussi à me faire renouer avec mon plaisir de lecture, c’est vous dire ! J’ai d’ailleurs découvert que notre bibliothèque familiale regorgeait de ces œuvres. J’ai donc enchaîné aussitôt avec la lecture de Marina.

J’ai en effet choisi de me confiner en compagnie d’écrivains hispaniques, c’est pourquoi je ne vous parlerai pas ici d’un livre mais de deux !

J’aime ce vieux Barcelone que dépeint avec tant de brio l’auteur. Dans l’ombre du vent, roman baroque destiné à un lectorat adulte, celui-ci nous transporte dans une ville d’après-guerre marquée par les drames de l’époque franquiste.

L’histoire débute par une matinée brumeuse de 1945… Daniel Sempere, le narrateur qui n’est encore qu’un petit garçon, découvre un endroit magique et énigmatique dans le quartier gothique barcelonais, « Le cimetière des Livres oubliés ». Son père qui l’accompagne, lui fait prêter serment, il ne devra divulguer son existence à quiconque. Parmi la multitude de livres abandonnés sur les étagères poussiéreuses de cette gigantesque bibliothèque clandestine, Daniel doit, selon la tradition familiale, « adopter » un livre pour lui insuffler une nouvelle vie. Son choix se porte sur un titre mystérieux, L’ombre du vent. Il ne se doute pas que cette décision bouleversera à jamais son existence, le propulsant malgré lui dans une aventure vertigineuse à la recherche de Julian Carax, un écrivain maudit tombé dans l’oubli pour s’être volatilisé à la suite d’un duel sanglant…  Je n’en dévoilerai pas davantage au risque de « spoiler » ce roman flamboyant qui est d’ailleurs un hommage flagrant au genre littéraire gothique du XIXème siècle dont il s’inspire grandement.

Résumer une œuvre d’une telle envergure, c’est révéler une entreprise particulièrement complexe car si la trame principale suit l’enquête du jeune narrateur à la recherche du passé énigmatique de Carax, elle ne résume en rien le sel même de l’histoire. Ce roman baroque exceptionnel est ainsi construit à l’image d’un kaléidoscope où les intrigues s’imbriquent pour finalement forger un gigantesque puzzle. Et c’est bien ce qui en fait son originalité ! Carlos Ruiz Zafon a un talent indéniable pour également brosser des personnalités. Il croque ainsi avec panache, le portrait haut en couleur, de Fermin, un ancien espion reconverti malgré lui en clochard puis en libraire et bouquiniste rompu. Ce personnage éclatant demeure incontestablement mon préféré. J’ai particulièrement aimé ses tirades et répliques savoureuses, à la fois drôles et enlevées qui pimentent les dialogues. Si cette galerie plaisante de personnalités farfelues m’a incontestablement plu, l’attraction pour cette œuvre est pourtant ailleurs, elle est sans-doute dans cette écriture graphique, propre à l’auteur qui m’a d’emblée séduite. On a parfois l’impression de sentir et pouvoir presque toucher les pierres de cette vieille Barcelone. En outre, cette plume poétique est d’une fluidité exceptionnelle. Je ne rêve à présent que d’une chose, partir sur les traces du narrateur pour reproduire son parcours et visiter enfin cette ville que l’on dit ensorcelante… Un jour peut-être lorsque nous serons à nouveau libres de prendre le large. En attendant, je compte m’évader par la pensée en poursuivant cette tétralogie avec la découverte du deuxième volume : Le jeu de l’Ange

Ainsi donc, il est peu surprenant que L’Ombre du vent soit aujourd’hui considéré comme un classique contemporain. Tous les ingrédients sont par ailleurs présents pour en faire un petit chef-d’œuvre d’écriture : une histoire d’amour tragique, une demeure vétuste abandonnée derrière des grilles rouillées par le passage du temps, des destins funestes auréolés de mystère, enfin des secrets de familles qui ternissent encore le présent de nos héros. En somme, vous l’aurez deviné, cette lecture est addictive !

 Enfin, les situations théâtrales qui ponctuent le récit, parfois critiquées par des lecteurs tatillons, n’ont en rien terni mon plaisir de lecture, j’y ai décelé un bel hommage aux romans à tiroirs rocambolesques de Dumas. Mon ressenti manque surement d’objectivité !

Qu’à cela ne tienne, cette œuvre foisonnante empreinte de mystère, une ode à la littérature, est pour moi un grand coup de cœur. Une lecture chronophage que j’ai engloutie en quelques jours. J’ai également lu Marina avec avidité, quand bien même l’écriture tout comme l’intrigue fantastique semblent à mon sens moins abouties. Cette lecture séduira assurément le jeune public et demeure une bonne introduction à l’œuvre de Carlos Ruiz Zafon. J’ai bien entendu aimé retrouver la plume fluide de cet écrivain espagnol tout comme cet univers baroque envoutant.

Un dernier mot sur les éditions Robert Laffont, qui ont fourni un écrin somptueux aux romans de Carlos Ruiz Zafon en soignant avec goût ses couvertures. Les photographies en mode sépia un brin désuètes sont tout simplement sublimes.

 Si vous avez aimé ce type de romans, je vous conseille de lire également dans la même veine, Le treizième conte

 

 

Publié dans Lire du fantastique, littérature espagnole, roman gothique | 9 commentaires

Le Fantôme et Mrs Muir

Voici une lecture pour le Mois anglais, qui se prêtait merveilleusement bien au climat ambiant de cette saison. Le temps demeure ici en Normandie plutôt morose avec des températures un peu fraîches et l’humidité persiste malgré l’annonce de l’été imminent… Où se cache donc le soleil !? Aussi je n’éprouve qu’une envie, me calfeutrer sous un plaid, en compagnie d’un bon roman et d’une tasse de thé réconfortante… Pour cette troisième participation, j’ai choisi de dépoussiérer un classique « vintage », une œuvre culte, poétique et singulière dont j’ai grandement apprécié la lecture…

L’histoire prend pour toile de fond les années 1900. Lucy Muir, une jeune et jolie veuve, décide de louer « Les Mouettes », un cottage meublé, au charme désuet, situé à Whitecliff dans une station balnéaire du Dorset, pour s’y établir avec ses deux enfants, Cyril et Anna, ainsi que sa servante, Martha, à son service depuis toujours. L’endroit isolé, en pleine campagne, semble en effet idéal pour accueillir cette petite famille bien sous tous rapports ; l’affaire est d’ailleurs inespérée, le prix étant anormalement bas. Pourtant, lorsque Mrs Muir souhaite visiter la coquette demeure, son agent immobilier, Mr Coombe, se montre réticent et, le regard fuyant, s’empresse de la dissuader d’y séjourner. Selon lui, ce lieu reclus ne sied guère à une jeune femme célibataire… Quel terrible secret tente-t-il donc de lui dissimuler ? Mrs Muir découvre très vite la vérité : le manoir est hanté par le fantôme d’un capitaine au caractère bien trempé… Qu’à cela ne tienne, elle n’a pas dit son dernier mot ! Fascinée et attirée par cette présence surnaturelle, Lucy Muir s’installe au grand dam de son entourage dans la propriété… Une décision extraordinaire qui bouleversera à tout jamais sa destinée…

Quelle belle lecture ! Cette histoire d’amour sublime, pourtant peu crédible de prime abord, qui flirte avec le genre fantastique sans toutefois y appartenir véritablement m’a émue jusqu’aux larmes ! J’ai aimé ces deux personnages principaux et en particulier le lien ténu qu’ils développent ensemble au fil des années, malgré leur rencontre totalement improbable. Mrs Muir est un bout de femme attachant, incarnant parfaitement la gente féminine de son époque, prolongement du XIXème siècle qui s’éteindra avec la 1ère Guerre mondiale, car elle évolue dans un univers encore très patriarcal où les femmes ont peu droit au chapitre. Cette jeune veuve, est en effet constamment infantilisée et dépréciée par son entourage, le carcan victorien demeurant particulièrement asphyxiant. Suffocant dans ce milieu corseté, Lucy Muir doit sans cesse s’affirmer pour conserver son indépendance. Tout le monde semble avoir une opinion sur son mode de vie tout comme ses initiatives. Son fils Cyril lui-même n’est pas mieux lorsqu’ayant atteint l’âge adulte il la congratule avec une pointe de mépris sur ses tentatives modestes d’écriture, l’interrogeant au passage avec une curiosité feinte : écrit-elle un livre de cuisine ? Abject.

Ainsi une douce brise d’émancipation féminine souffle sur ce roman, et c’est bien grâce au pouvoir de l’écriture que Mrs Muir se réalisera en tant que femme. Certes, sa soif d’indépendance reste partielle, car elle ne se défait jamais véritablement du joug masculin, ayant toujours besoin d’un homme pour l’épauler dans son entreprise ; le capitaine lui dictera ainsi le roman qui lui permettra d’accéder à son autonomie financière… Mrs Muir fait d’ailleurs parfois preuve d’une naïveté déconcertante et notamment, lorsque sensible à la flatterie, elle s’entiche au premier regard d’un vulgaire poseur, puéril et vaniteux, pour finalement sans mordre les doigts… Le lecteur déplore le caractère parfois trop ingénu de l’héroïne qui malgré son âge mûr et ses expériences d’épouse, demeure d’un bout à l’autre du roman une femme-enfant. On remarquera l’ironie de cette situation puisque l’homme qui la bernera, pourtant bien réel, a contrario du capitaine, se révèlera la véritable illusion de l’histoire. L’entêtement frisant parfois l’obstination tout comme son audace qui la caractérisent sont néanmoins ses principales forces et lui feront gagner graduellement l’admiration et le respect du capitaine.

Si j’ai aimé cette héroïne de papier pétrie de contradictions, je dois bien admettre avoir eu un faible pour le personnage masculin du Capitaine Gregg. Ce loup de mer aux faux airs de capitaine Haddock représente le mâle à l’état pur. Derrière son caractère bourru se cache cependant un cœur tendre. Il est rare de trouver aujourd’hui ce genre de personnage qui frôle parfois la misogynie… Son tempérament viril le rend toutefois irrésistible. Rex Harrison incarne à merveille cette force brute dans l’adaptation de Joseph L. Mankiewicz. Les discussions orageuses tous comme les réparties drôles de ces deux personnages que tout oppose, donnent également une saveur toute particulière à cette œuvre. Aussi ai-je pris particulièrement plaisir à suivre leurs tribulations.

L’auteure brosse donc le portrait émouvant d’une femme déchirée entre sa réalité et ses fantasmes. J’ai été d’emblée séduite par cette rencontre hors du temps, une histoire d’amour impossible mais pourtant éternelle. Cette vision de la vie très poétique donne à réfléchir sur notre condition de simple mortel… On observe d’ailleurs, durant les derniers chapitres, avec un certain pincement au cœur, le déclin progressif de Mrs Muir qui sombre peu à peu dans la vieillesse. Le récit de sa fin de vie est extrêmement touchant. Je dois avouer que le dénouement m’a profondément bouleversée. A noter qu’il est aussi admirablement bien rendu dans l’adaptation cinématographique de Mankiewicz. Lucy Muir s’éteindra comme elle a vécu, retirée du monde, loin de ses frivolités et de ses mondanités, dans sa retraite paisible qu’elle a elle-même choisie…

En bref : Cette rencontre hors du commun est une magnifique histoire d’amour qui transcende le temps et l’espace. Dans un style classique mais efficace qui rend cette lecture d’une grande fluidité, l’auteur traite avec habileté les thèmes de la réalisation de soi tout comme celui du courage, celui de rompre en s’acceptant comme différent malgré les jugements des autres. Une lecture addictive à ne surtout pas manquer.

Un dernier mot sur l’adaptation : Ce petit bijou du cinéma mêle habilement le fantastique au romantique. Certains pourraient trouver à redire sur la mièvrerie de la mise en scène, qui empiète sans-doute parfois un peu trop sur l’histoire ; et même s’il est vrai que le jeu maniéré de Gene Tierney m’a parfois déroutée, il n’a cependant en rien entravé mon plaisir de visionner ce film qui demeure encore selon moi une œuvre culte. Gene Tierney et Rex Harrison forment un duo remarquable. J’ai aussi aimé la bande-originale du film, envoûtante, mystérieuse et intrigante à souhait, qui ponctue avec brio l’intrigue… Si vous aimez ce film, je vous recommande aussi chaudement le film Dragonwick dans la même veine et dans lequel Gene Tierney, cette beauté funeste, incarne une fois de plus le rôle-titre.

La bande-annonce:

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Belgravia

Bruxelles, juin 1815.

A la veille de la célèbre et sanglante bataille de Waterloo, un somptueux bal est donné chez la duchesse de Richmond. La fête bat son plein tandis que les troupes françaises progressent sur le territoire… Mais l’aristocratie anglaise n’en a cure, au diable les envahisseurs, la saison des bals a débuté, pour rien au monde, on ne manquerait ces mondanités. Parmi la liste prestigieuse des convives, la famille Tranchard, des bourgeois parvenus, a réussi à obtenir une invitation grâce à leur ravissante fille Sophia qui s’est attirée les grâces d’Edmund Bellasis, le meilleur parti du moment. Mais la fête est soudainement interrompue par l’annonce de la bataille de Waterloo qui marquera le retour puis la fin précipitée de Napoléon. Vingt-cinq ans plus tard, les Tranchard qui ont gravi les échelons de la société se sont installés à Belgravia, l’un des quartiers les plus huppés de la capitale, le bastion privilégié de l’aristocratie londonienne. Mais un secret scandaleux est sur le point d’être révélé, menaçant leur ascension sociale fulgurante…

Voilà une lecture aux accents victoriens particulièrement exaltante ! Julian Fellowes nous entraîne dans un tourbillon palpitant d’intrigues d’alcôves où fourmille une galerie de personnages hauts en couleurs et inoubliables. L’auteur dépeint en effet avec maestria l’aristocratie anglaise, cette élite sociale inflexible et extrêmement arrogante qui se voit forcer de côtoyer la classe émergente d’arrivistes bourgeois ayant fait fortune après la défaite de Napoléon. C’est le cas de la lignée des Brockenhurst qui se retrouve malgré elle associée aux Tranchard. J’ai eu bien évidemment une préférence pour cette famille ambitieuse, un couple représentant la nouvelle aristocratie de l’argent et annonçant les prémices de la classe moyenne bourgeoise, avide de réussite mais pourtant étonnamment attachante. L’épouse Tranchard, Anne, une femme lucide consciente du ridicule de son mari, un vulgaire roturier dont la soif constante et démesurée de se distinguer l’agace au plus au point, demeure mon personnage préféré du roman. Cette petite bourgeoise, à la fois éduquée et raisonnable connait certes ses limites mais elle incarne par ailleurs une certaine sagesse d’esprit. Contrairement à son époux James, toujours insatisfait, Anne Tranchard aspire à une vie retirée bien tranquille dans sa demeure de campagne. J’ai également beaucoup aimé le « héros » de l’histoire, Charles Pope, fils adoptif d’un pasteur, symbole du progrès. Ce dernier, travailleur et entreprenant, souhaite s’embarquer pour les Indes afin de se lancer dans l’industrie du coton. Ainsi, si le roman prend pour toile de fond l’ère victorienne, la révolution industrielle se profile déjà doucement à l’horizon. Par certains thèmes, l’œuvre m’a rappelé l’atmosphère des romans sociaux d’Elizabeth Gaskell tels que Nord et Sud, un classique remarquable et incontournable de la littérature britannique. Si le couple Tranchard illustre le dynamisme de cette nouvelle classe, en perpétuel mouvement, en revanche, j’ai trouvé le personnage féminin de Lady Brockenhurst, la mère d’Edmund Bellasis, moyennement sympathique pour demeurer figée dans ses préjugés. Il faut l’admettre, son intolérance et son obsession viscérale pour les seuls titres nobiliaires la rendent aux yeux du lecteur franchement horripilante. Impossible donc de m’y attacher.

Julian Fellowes nous emporte donc dans un carrousel d’intrigues où les commérages en tout genre tout comme les propos vipérins se révèlent des armes tout aussi redoutables qu’un fusil sur un champ de bataille. Entre mensonges et trahisons, l’indiscrétion des domestiques, les faux-semblants et les manipulations féminines, tous les coups sont permis pour arriver à ses fins ! L’auteur dresse de ce fait un portrait savoureux d’une société britannique étriquée, incroyablement conservatrice, et la thématique de la lutte des classes de cette époque est finement abordée. J’avoue que cette lecture addictive m’a tenu éveillée bien des soirées.

L’auteur et scénariste de Downtown Abbey, retranscrit une fois de plus avec brio les us et coutumes de cette époque. La plume fluide et classique du romancier tout comme son ironie débridée distillée avec finesse au fil des pages, m’a par ailleurs rappelé les romans de Jane Austen et en particulier l’atmosphère rocambolesque de Lady Susan. J’y ai également décelé des clins d’œil aux classiques de Charles Dickens, et en particulier dans sa construction littéraire, l’œuvre imitant avec talent le genre du roman historique à tiroirs riche de nombreux coups de théâtre.

En bref : Sous le couvert ludique de la fiction, Julian Fellowes nous fait ainsi découvrir un univers impitoyable à souhait, un vrai régal ! Les multiples rebondissements et l’intrigue plutôt bien ficelés font de ce livre ma lecture coup de cœur de ce mois-ci.

J’ai désormais hâte de voir l’adaptation réalisée pour la télévision par ITV, prévue courant 2020. Le tournage aurait débuté ce printemps ; gageons que si le scénariste s’attèle lui-même au projet, le résultat devrait être aussi prometteur que sa série magistrale Downtown Abbey. En attendant, je prendrai mon mal en patience en me contentant de visionner la suite de cette série qui sortira en septembre prochain sur grand écran.

Voici la bande-annonce :

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Dans la maison de l’autre/ Cœurs ennemis

Et c’est reparti pour un mois anglais riche en découvertes littéraires !

Pour ouvrir le bal cette année, pourquoi ne pas faire d’une pierre deux coups en célébrant par la même occasion le D-Day qui sera commémoré ce 6 juin ? Résidant en Normandie, je vois depuis peu défiler sous mes fenêtres nombre de voitures vintages ou de véhicules militaires d’époque. La Seconde Guerre Mondiale étant une période historique à laquelle j’ai toujours été particulièrement sensible, je suis donc ce festival de près. De plus, ce contexte reste une mine intarissable d’inspiration pour la fiction… L’occasion semblait donc propice à lire cette petite romance historique, un moyen de participer à ma manière au devoir de mémoire…

En écrivant ce beau roman, Rhidian Brook a souhaité rendre un hommage vibrant à son propre grand-père, lorsque ce dernier, officier britannique au lendemain de la guerre, après avoir réquisitionné une propriété allemande, aurait décidé contre tout attente de cohabiter avec les propriétaires, une initiative de réconciliation que je trouve admirable. Cette dimension personnelle m’a d’emblée séduite, elle renforce par ailleurs un peu plus la crédibilité du récit.

L’histoire se déroule en 1946. Après la capitulation allemande, la ville de Hambourg est dévastée, anéantie par les bombardements successifs des forces alliées de l’Axe. Les troupes britanniques occupent le territoire et un projet titanesque de reconstruction et de dénazification prend doucement forme. Le colonel Lewis Morgan est chargé de cette mission ambitieuse. La demeure somptueuse de Stefan Lubert, un architecte veuf lui est attribuée mais l’officier, écrasé par le poids de sa culpabilité, décide de cohabiter avec « l’ennemi ». Cette décision inattendue n’excite guère l’enthousiasme de son épouse, Rachael, accablée par le chagrin de la perte de son fils, mort sous les bombardements de Londres. Dès lors, pour guérir et se reconstruire, ces trois âmes brisées, à l’image de cette ville détruite devront mettre de côté leurs dissensions…

Voilà un roman percutant qui s’écarte avec finesse des clichés menteurs trop souvent encensés par la littérature et les manuels d’Histoire ; non, tous les Allemands n’étaient pas nazis ! J’ai été ainsi abasourdie de découvrir que la ville de Hambourg, par mesure de répression avait été volontairement rasée de la carte durant l’un des raids aériens les plus meurtriers en Europe, l’opération Gomorrhe, dont le but principal était de démoraliser les forces allemandes. On décomptera plus de 45 000 pertes humaines, un véritable massacre! Les conséquences pour la ville seront bien entendu désastreuses : un million de civils transformés en sans-abris… L’auteur dépeint ainsi avec lucidité et empathie, les vestiges de la ville de Hambourg. Le lecteur ne peut rester de marbre et en particulier lorsqu’il décrit avec tant d’acuité les habitants désespérés et affamés qui errent tels des figures fantomatiques à travers les décombres, en quête de survivants. Je dois admettre que cette vision apocalyptique d’une cité en ruines m’a profondément mise mal à l’aise, et le climat d’après-guerre est en effet oppressant, presque même asphyxiant. La visite du Mémorial de Falaise, dédié aux victimes civiles du Débarquement et de l’Occupation, l’été dernier, m’avait beaucoup émue. Au fond, les traductions du titre du roman en français, Dans la maison de l’autre, tout comme celui de l’adaptation cinématographique Cœurs ennemis, sont donc toutes les deux plutôt évocatrices. La question s’impose en effet d’elle-même : comment peut-on composer avec celui qui fut quelques mois auparavant notre ennemi juré ?

J’ai trouvé les personnages étonnamment fouillés et je dois bien admettre avoir eu une petite préférence pour le colonel Lewis Morgan qui demeure sans conteste la véritable figure héroïque du roman. Pour une fois, il représente plus que l’archétype banal de l’époux cocufié car ne vous méprenez pas lecteurs, ce huis-clos relate bien une liaison adultérine. Cependant, elle reste selon moi plutôt discutable… J’avoue d’ailleurs avoir éprouvé des difficultés à m’attacher à Rachael, une femme égoïste et narcissique trop froide et distante à mon goût. J’ai en revanche beaucoup apprécié Lubert, cet homme rongé par le chagrin de la disparition de son épouse Claudia, qui n’a d’autre choix que de subir avec flegme une situation de subalterne. Cet architecte brillant et raffiné est retranché comme un vulgaire serviteur dans son propre grenier… N’ayant d’autre choix que de travailler à l’usine pour subvenir à ses besoins, il s’efforce de garder espoir coûte que coûte.

Un dernier mot sur le film de James Kent : le cinéaste s’est attelé non sans mal à son adaptation. Mais étant servie par une distribution séduisante, je n’ai pu résister à la tentation de me précipiter en salle pour voir le résultat. La réalisation est plutôt sobre, aussi ce long-métrage manque-t-il selon moi de véritable souffle romanesque. Jane Campion (La leçon de piano) ou même Joe Wright (Reviens-moi) auraient sans-doute mieux exploité la fibre romantique parfois trop figée, et lui auraient apporté davantage de nuances.

Bien que le cinéaste se soit focalisé sur le triangle amoureux, le scénario présente malheureusement quelques lourdeurs et notamment dans son dénouement un peu trop convenu. Cependant, la photographie reste éblouissante et les costumes somptueux. Keira Knightley est d’une élégance folle. Ce film avait néanmoins beaucoup de potentiel même s’il pêche dans sa mise en scène un peu maladroite lorsqu’il tente de constituer le contexte d’après-guerre. Ereinté par la critique française impitoyable, ce long-métrage m’a paradoxalement plu. Certes, il est de qualité inégale, alors que l’adaptation de Suite française également produite par la BBC était nettement meilleure ; néanmoins, il m’évoque une autre petite bluette sans prétention mais toute aussi touchante, For the moment, avec Russel Crow, qui était sortie en 1993.

Pour ma part, je n’ai pas boudé mon plaisir en visionnant Cœurs ennemis, j’ai été agréablement surprise d’y découvrir Alexander Skarsgard repéré dans True Blood (le viking au sex-appeal affolant !). Cet acteur prometteur suédois pas vilain pour un sou est étonnamment juste dans ce film. On le retrouve dans un rôle aux antipodes de ses performances habituelles, à la différence de Keira Knigthley qui semble dernièrement emprisonnée dans d’éternels rôles mélodramatiques….

En bref : Sans être un grand chef-d’œuvre, ce mélodrame sobre de facture classique rejoindra volontiers ma petite dvdthèque.

La bande-annonce du film:

Première participation au Mois Anglais

 

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Le mois anglais fait son come back!

Le mois anglais est encore une fois de retour cette saison pour mon plus grand plaisir ! Il faut dire qu’avec le challenge Halloween, il demeure incontestablement l’un de mes rendez-vous littéraires favoris !  Je guettais donc cet événement culturel avec impatience ! Mon blog a déjà dix ans et si je n’ai pas toujours été constante et prolifique sur Artdelire, j’ai participé bon gré mal gré à cette aventure plusieurs années d’affilée sans jamais m’en lasser.

Cette année, je compte une fois de plus apporter ma modeste contribution en chroniquant quelques romans sélectionnés au gré de mes envies. Mon accouchement étant imminent (en théorie fin juin) je doute pouvoir malheureusement participer aux multiples rendez-vous proposés sur la blogosphère mais sait-on jamais. Je lirai et écrirai donc mes billets à mon rythme habituel de croisière… C’est-à-dire doucement mais sûrement… Ce challenge me permettra de m’occuper pleinement en attendant l’heureux événement !

Loubook nous a une fois de plus gâtés ce mois-ci en nous concoctant un programme pour le moins alléchant… Je vous invite à découvrir sa page consacrée au challenge (c’est ici !) pour plus d’informations. Les dates suivantes m’intéressent tout particulièrement, sous réserve que j’aie suffisamment de temps et de volonté pour les honorer, peut-être les ferai-je dans le désordre :

  • Un roman se déroulant dans une région anglaise de notre choix (10 juin)
  • Lecture commune Un manoir en Cornouailles (14 juin)
  • Lecture commune Le fantôme et Madame Muir (17 juin)
  • Rendez-vous surnaturel (18 juin)
  • Journée victorienne, auteur ou œuvre prenant pour toile de fond cette époque (21 juin)
  • Anna Hope (29 juin)
  • Kate Morton (26 juin)

Après moult hésitations, ma PAL étant une fois de plus en pleine expansion (merci les filles pour toutes ces tentations !), j’ai sélectionné les romans suivants :

Bien entendu j’ai déjà pris un peu d’avance sur mes lectures (Ouh, la tricheuse !). Certains livres ont déjà été lus et il ne me reste plus qu’à rédiger leurs billets. Cependant, ayant peur de manquer de temps, l’exploration littéraire anglaise et par extension la culture britannique se poursuivront sans-doute pour ma part sur mon blog durant toute la saison estivale. Vous voilà donc prévenus !

 A ma grande fierté, je suis restée cette année plutôt raisonnable, (l’acheteuse compulsive s’est un peu calmée) et n’ai fait que deux achats pour ce challenge : j’ai succombé à l’envie irrésistible de me procurer Un manoir en Cornouailles d’Eve Chase paru en poche dernièrement, et Le fantôme et Mrs Muir (pour une Lecture commune) en version française, n’ayant qu’une copie V.O afin de pouvoir comparer la traduction et travailler davantage mon vocabulaire en anglais. Je le lirai donc dans les deux versions.

A noter qu’un compte Instagram (@Lemoisanglais) a été ouvert cette année pour la toute première fois afin de permettre à ceux ou celles qui n’ont peut-être pas de blog ou qui ne peuvent se lancer dans des critiques dithyrambiques sur leur site de poster également leur ressenti/feedback. Vous pouvez donc nous rejoindre dans cette aventure en partageant vos coups de cœur et coups de griffe sur cette plateforme…

Un grand merci aux organisatrices, Loubook, Titine et une petite pensée toute particulière pour Cryssilda qui ne pourra malheureusement pas animer l’événement cette année mais qui nous suivra cependant dans nos lectures…

Je vous retrouve très prochainement pour mon premier billet de la saison ! Quel titre ouvrira le bal cette année ? Les paris sont lancés, à vous de le deviner ! Bon challenge à tous et à toutes !

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Une année studieuse/ Le redoutable

Ayant eu plus de temps libre ces temps-ci, j’ai décidé de dépoussiérer ma bibliothèque pour effectuer un grand ménage de printemps et d’attaquer par la même occasion ma copieuse pile de livres, qui ne cesse de grossir au fil des ans. Je lorgnais cette lecture depuis un moment déjà, et il était donc grand temps de m’y attaquer. J’avais fait l’acquisition de ce roman autobiographique après avoir visionné le film Le Mépris de Godard lorsque je m’étais soudainement prise d’intérêt pour son univers cinématographique éparpillé qui, je dois bien l’admettre, m’intrigue toujours autant qu’il me fascine. Ce cinéaste insaisissable me laisse encore aujourd’hui songeuse… Est-il un pur géni visionnaire et incompris ou un vulgaire bobo snobinard ? Il faut bien l’admettre, lorsqu’on évoque son art, les avis sont souvent partagés.

L’écrivaine Anne Wiazemski qui épousa Godard en secondes noces en 1967, et fut l’héroïne prérévolutionnaire du film très controversé et sifflé par la critique, La chinoise, romance ici ses mémoires de jeunesse et notamment leur rencontre amoureuse, une idylle qui la marquera à tout jamais et qui sera le tremplin d’une carrière flamboyante d’abord en tant qu’actrice puis en tant qu’écrivaine. La romancière dépeint ainsi sans œillères mais avec beaucoup de tendresse, ce cinéaste fantasque tout comme son quotidien torturé. L’auteure égrène de ce fait ses souvenirs et revient plus particulièrement sur un tournant majeur de sa vie, en 1966, lorsqu’elle écrivit à Godard, récemment divorcé d’Anna Karina, après avoir terminé le film d’André Bresson, Au hasard Balthazar.  Emu par sa candeur, le cinéaste succombera au charme de cette jeune demoiselle au physique prépubère mais cette idylle sera, de prime abord, pourtant perçue d’un mauvais œil par son entourage. Sous la coupe de l’autorité familiale et en particulier de son grand-père écrivain un tantinet tyrannique, personnage littéraire illustre et intransigeant qui n’est autre que François Mauriac, la jeune fille en fleur se doit de montrer patte blanche. Sa mère redoute par ailleurs que sa fille « découche » avec un homme d’âge mûr, l’ultime embarras pour cette famille bourgeoise respectable sous tous abords. Anne Wiazemski, au grand dam de la sphère familiale n’en fera qu’à sa tête, et elle épousera malgré tout Godard qui la métamorphosera en petite marionnette malléable et docile à souhait.

Je vous avoue, lecteurs, que cet aspect de la personnalité trop conciliante de la narratrice m’a fortement agacée. J’ai moyennement aimé ce personnage de femme enfant soumise qui se plie inlassablement aux caprices de cet homme caractériel, un véritable pervers narcissique souvent cruel voire même sadique. L’artiste lunatique et existentialiste de dix-sept ans son aîné, sorte de pygmalion toxique invivable, la forge à son image, décide du choix de ses lectures tout comme du sort de sa carrière artistique. A l’instar de l’héroïne de Rebecca, la narratrice, au fond bien trop jeune et frêle, se sent aliénée et dominée. Tout comme le fantôme de Rebecca, l’ombre d’Anna Karina, la première épouse, actrice talentueuse de renom, continue de planer sur son couple. L’auteure évoque d’ailleurs souvent au fil des pages avec une pointe d’envie et d’admiration pourtant toujours respectueuse cette « merveilleuse actrice », se sentant toujours éclipsée par le talent écrasant et la beauté mystique de cette vedette du cinéma. Eprise de philosophie, étudiante plutôt médiocre et dilettante, au rattrapage du Bac, la jeune Anne accèdera cependant grâce à son compagnon abusif au cercle très fermé et huppé des cinéastes de son temps ayant le vent en poupe (Truffaut en autre avec qui elle se liera d’amitié).

Même si cette lecture fut plaisante et instructive, m’ayant permis de découvrir un pan de la vie intime de ce cinéaste brumeux, j’ai trouvé les derniers chapitres peu intéressants et un tantinet longuets… Par ailleurs, la partie consacrée au tournage chaotique du film controversé La chinoise m’a même plutôt ennuyée. Si le roman se focalise de prime abord sur l’éducation sentimentale douloureuse de la romancière, les dernières pages sont pour leur part dédiées au tournant de la carrière artistique pour le moins chaotique de Godard tout comme à sa remise en question politique, annonciatrice de sa descente aux enfers lorsque par une étrange lubie, ce cinéaste se lancera de façon paradoxale dans une lutte pseudo-communiste, et décidera de rejeter le cinéma traditionnel sous sa forme conventionnelle qui l’avait pourtant projeté sous les feux de la rampe… Anne Wiazemski finira tout de même par se défaire de l’emprise nocive de Jean-Luc Godard, mais son arrogance, sa suffisance sonneront malheureusement le glas de cette entente fragile et causeront sa chute.  L’écrivaine finira par mettre un terme à leur relation pour cause de « désaccord artistique ».

Pour conclure, si cette lecture m’a plutôt plu, je n’ai pourtant pas éprouvé l’envie de lire le second volet, Une année après. J’ai cependant visionné son adaptation cinématographique très cynique de Michel Hazanavicius, un réalisateur que j’apprécie grandement après avoir découvert la saga comique et décalée d’OSS 117. Le cinéaste immortalise ici avec panache la personnalité excessive de Godard dans sa parodie burlesque Le Redoutable, qui prend pour toile de fond Mai 68. Anne Wiazemski aurait d’ailleurs adoubé cette adaptation libre et loufoque. Le réalisateur populaire démystifie le cinéaste souvent trop verbeux pour le réduire à une peau de chagrin, un projet fou et un peu culotté qui m’a tout de suite séduite. Il se moque également avec malice des idées fumeuses pseudo-maoïstes ou marxistes de Godard. J’ai trouvé le film un brin kitsch très original, et certains passages m’ont fait doucement sourire, en particulier lorsque la voix nasillarde de Godard, incarné sous les traits de Louis Garrel méconnaissable, (quel meilleur choix que le fils d’un cinéaste de la nouvelle vague pour interpréter ce rôle !), s’interroge sur ses choix artistiques hasardeux : à quel moment a-t-il vraiment perdu pied ? Ce portrait au vitriol du cinéaste est un pur régal ! Complice du système, cette gauche caviar dont il est pourtant le pur produit, Godard évolue dans un univers qui frise parfois le ridicule, un monde où l’artiste incompris peine à trouver sa place, constamment déchiré entre sa passion reniée pour le 7ème art, une activité très bourgeoise, et ses convictions paradoxalement anticapitalistes.

En bref : cette comédie romantique douce-amère dépeint avec humour le naufrage irrévocable d’un couple confronté au désir de grandeur et à la mégalomanie de Jean-Luc Godard. Une parodie criante de vérité que j’ai particulièrement aimée et qui s’achève magistralement sur les mots de ce cinéaste poseur : « Ce n’est pas parce que je me suis trompé que j’avais tort »…

La bande-annonce du film:

 

 

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Le pouvoir du chien

Congé forcé oblige du fait d’une grossesse quelque peu chamboulée, me voilà cloîtrée à la maison, en manque cruel d’évasion. Qu’à cela ne tienne, cette lecture de facture « Western littéraire », une ode aux espaces sauvages, est tombée particulièrement à pic pour me remettre le pied à l’étrier et rédiger de nouveaux billets printaniers.

Publié pour la première fois en 1967, Le pouvoir du chien est un roman américain devenu culte, qui, pour d’obscures raisons, fut durant de nombreuses années, boudé par la critique tout comme par les éditions françaises. Pourquoi donc ce roman magistral est-il resté si longtemps inaperçu ? Il semble que les années 60, ancrées dans un climat social encore particulièrement sexiste, ne pouvait supporter l’idée d’une possible remise en cause quelque peu subversive du mythe de John Wayne, l’incarnation du cow-boy viril et misogyne, considérée jusqu’alors intouchable. Il faut l’admettre, l’auteur n’y va pas avec le dos de la cuillère pour esquinter cette icône… Il aura d’ailleurs fallu attendre le succès d’abord littéraire puis cinématographique retentissant de Brokeback Mountain en 2005 pour ouvrir la voie à ce genre de littérature. Les éditions Gallmeisteir connues pour leurs couvertures rétro nous en proposent donc ici une nouvelle version, avec une traduction exclusive et particulièrement soignée afin de compenser ce mal.

L’histoire prend pour toile de fond la fin des années 1920. Deux frères, célibataires endurcis que tout oppose, tiennent un ranch dans le sud-ouest du Montana. La fratrie vit dans une certaine quiétude routinière depuis que leurs parents se sont retirés de l’exploitation vachère pour s’offrir une retraite bien méritée dans un hôtel luxueux en ville. Phil et George Burbank régentent ainsi l’entreprise florissante d’une main de maître et l’isolement ne leur pèse guère. Leur relation en apparence sereine va pourtant être bouleversée par l’arrivée d’une présence féminine inopportune, la veuve d’un médecin que Phil a poussé au suicide ; Rose est en outre accompagnée de son fils Peter, jeune garçon introverti et un brin précieux. Au grand dam de son frère qui voit en elle une vulgaire intrigante, George s’entiche de la belle éplorée et prend la décision irrévocable de l’épouser. Mais Phil n’a pas dit son dernier mot, la soupçonnant de convoiter la fortune familiale, aussi tentera-t-il de multiples coups bas pour la faire déguerpir…

Voilà un roman excellent et percutant ! Comme quoi, comme le dit si bien le proverbe, c’est encore dans les vieux pots qu’on fait les meilleures soupes ! Je ne regrette pas d’avoir déniché ce petit trésor d’écriture. Thomas Savage dépeint avec maestria l’Amérique rurale de Steinbeck, un climat rustre où règnent quantité de préjugés (homophobie, racisme prononcé, etc.). Il dissèque également avec panache les comportements humains dans ce qu’ils ont de plus vils, les tendances bestiales et meurtrières tout comme le goût prononcé de l’homme pour la violence. L’originalité de ce livre réside ainsi principalement dans sa construction narrative qui est parfaitement bien rodée. L’auteur a décidé de focaliser l’essentiel de l’intrigue autour d’un protagoniste franchement infâme, Phil, symbole du mâle alpha qui n’est pas sans rappeler le personnage mythique d’un Tramway nommé désir, Stanley, une autre figure littéraire brutale et impitoyable. La ressemblance est d’ailleurs frappante. Phil, calculateur, sournois et misogyne méprise les plus faibles. Il humilie ainsi quotidiennement son entourage et fera sombrer Rose, cette femme désespérée et vulnérable, dans la boisson. Tortionnaire d’une cruauté rare, il martyrise aussi pour son propre plaisir les bêtes et incarne la force brute presque animale du paysage rude et hostile des plaines sauvages qui l’a vu grandir. Pour ne pas être pris par une « chochotte », il se refuse à porter des gants, manipule toujours sans protection le bois tout comme le cuir se sentant invincible. Phil cultive de ce fait son accoutrement sale et sa dégaine de vacher rustique.  Il méprise par ailleurs les tenues fringantes des cow-boys propres sur eux aux éperons rutilants et jeans Levis flambant neufs, cette image caricaturale et stéréotypée que renvoie inlassablement le cinéma hollywoodien.

Sa nature psychopathe fascine d’ailleurs autant qu’elle dégoûte le lecteur. Toutefois, derrière ses airs de cow-boys grossier et souillé se dissimule une intelligence des plus machiavélique. Obsédé par son dégoût des homosexuels, il décidera de s’en prendre au rejeton de Rose, Peter, cet étrange garçon aux gestes efféminées, sujet de railleries dans le ranch. Cette force tranquille en apparence vulnérable et malléable est sans conteste la grande surprise de ce roman.

En bref : cette œuvre mérite largement l’estampillons de roman culte. Thomas Savage nous offre ici un huis clos glaçant sur la face dissimulée de l’Amérique rurale profonde, une œuvre au dénouement inattendu et incisif où les faibles ne sont pas forcément ceux que l’on croit… S’il est bien ici question d’homosexualité refoulée qui est à peine suggérée, celle-ci n’est qu’un prétexte d’écriture pour amener tout en finesse au fil des pages un autre thème plus frappant, celui de la vengeance, une revanche savamment orchestrée…  Car bien que Phil se soit forgé une nature virile poussée jusqu’à l’extrême, comme un masque, cette dernière finira tout de même par tomber… Et la question demeure en suspens jusqu’à la dernière page engloutie : qui est donc le véritable bourreau dans cette histoire sombre et tragique ? … Je ne vous en dirai pas davantage au risque de vous gâcher le plaisir de la lecture… A lire de toute urgence !

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Au lieu-dit Noir-Etang

Durant les années 20, dans une petite ville très collet-monté de la Nouvelle-Angleterre, Henry, un jeune lycéen, découvre la liaison adultérine qu’entretiennent deux de ses professeurs. Bien des années plus tard, le narrateur, une fois adulte et âgé, se remémore l’arrivée éclatante de Miss Channing dans son lycée, une professeure d’arts plastiques à la beauté magnétique qui fascinera autant qu’elle ébranlera la moralité rigide de l’établissement pour garçons, Chattam, par sa soif d’indépendance. La jeune femme célibataire s’éprendra de M. Reed, un professeur de lettres marié et taciturne, revenu estropié et traumatisé par la guerre… Cette relation clandestine observée par le prisme d’Henry, un adolescent naïf, aura des répercussions dramatiques sur la petite communauté puritaine. Le Noir-Etang deviendra le théâtre d’un meurtre glaçant qui bouleversera à jamais le narrateur, complice malgré lui de cette tragédie…

Voilà un roman noir estampillé policier qu’il me tardait de découvrir et il faut le reconnaître le temps morose normand de ces derniers jours se prêtait particulièrement à cette lecture romanesque emprunte de mystères. L’atmosphère pesante très austère qui s’en dégage rappelle d’ailleurs beaucoup les œuvres de Daphne du Maurier, en particulier Ma cousine Rachel.  Et effectivement cet angle là ne nous déçoit pas. L’ambiance sombre à souhait est ainsi admirablement bien rendue et l’auteur décrit avec maestria le climat ambiant particulièrement empesé de la petite communauté de Noir-Etang. Les mauvaises langues y vont bon train, notamment chez la gente féminine… Par ailleurs, Thomas Cook nous dépeint habilement en filigrane une époque poussiéreuse ancrée dans une morale puritaine inflexible où l’adultère semble encore pire que le meurtre. J’ai été abasourdie d’apprendre que dans les années 1920 aux Etats-Unis, une femme était passible de prison ferme pour avoir violé son serment de fidélité ! Cet aspect du roman entre en résonance avec l’œuvre cinématographique magistrale de David Lean, La fille de Ryan, qui prenait pour toile de fond le contexte de l’Irlande au cours de la Première Guerre mondiale, en 1916. L’héroïne était tout comme Miss Channing une femme passionnée, étouffée par une morale trop corsetée, victime de ses amours interdits aux conséquences désastreuses. Ce personnage féminin malmené m’avait bouleversé.

 Je m’attendais donc à y trouver une finesse psychologique analogue ; malheureusement si l’écrivain a privilégié une ambiance très hitchcockienne, il semble qu’il ait négligé au passage ses personnages qui restent d’un bout à l’autre du livre embourbés dans des stéréotypes. D’une beauté désarmante, Miss Channing incarne l’héroïne romantique désespérée à la personnalité énigmatique. Cependant, au grand désarroi du lecteur, le romancier tente vainement de lui donner une certaine profondeur mais sans véritable succès.  Elle fait en effet tristement pâle figure face à la personnalité ambiguë de Catherine Ernshaw (Les Hauts de Hurlevent) ou même de Rachel (dans le roman éponyme Ma cousin Rachel). Son personnage demeurant trop inaccessible jusqu’à la dernière page, il est de ce fait impossible de s’y attacher véritablement. L’auteur la dépeint en effet avec le regard détaché et superficiel d’un homme admirant un bel objet d’art ; les sentiments de Miss Channing sont toujours dissimulés derrière un masque de froideur et d’indifférence alors qu’il aurait été intéressant de déceler une certaine vulnérabilité dans son tempérament en s’attardant davantage sur ses pensées. Mais l’auteur a choisi de se focaliser sur la narration de Henry, un personnage omniscient. Quant à Monsieur Reed, il représente le personnage masculin un brin cliché, tourmenté par son passé de soldat. Ses origines sont totalement passées sous silence. Dommage car une fois de plus elles auraient sans doute permis d’apporter davantage de relief à sa personnalité.

La lecture de ce livre m’aura du moins renvoyée à l’évocation du roman d’ambiance de Pierre Benoît, Mademoiselle de la Ferté, une œuvre où il ne se passe pas grand-chose, mais où tout est suggéré. Les personnages étant toujours statiques, cette lecture un peu passée de mode s’était révélée tout aussi frustrante.

En bref : Thomas Cook a voulu se frotter aux œuvres classiques victoriennes du XIXème siècle. L’exercice de style est d’ailleurs presque réussi, la plume de l’auteur est élégante et l’usage de prolepses dans la narration permettent de donner un certain rythme à l’intrigue même si elle demeure relativement lente. Toutefois, c’est peut-être là que le bât blesse, ce drame psychologique reste trop fade à mon goût. J’espérais y trouver une histoire d’amour désespérante au romantisme échevelé, similaire aux œuvres des sœurs Brontë. Mais non, il n’en est rien. L’écrivain a tenté de mystifier un vulgaire fait divers et a négligé l’essentiel du roman noir, à savoir une héroïne charismatique et inoubliable. Autre point noir, le dénouement est trop expéditif. Il y avait tellement de bonnes idées d’écriture mais elles se sont révélées finalement mal troussées car trop superficielles. Et pourtant les thématiques étaient potentiellement intéressantes, telles que le crime passionnel et la culpabilité pesante d’un narrateur aux idéaux bien trop romantiques, et dont le rôle n’est pas non plus tout à fait innocent dans cette affaire sordide…  Sans faire de véritables remous, Au lieu-dit Noir- Etang se lit malgré tout relativement bien. Amateurs de belles plumes, ce roman est fait pour vous !

 

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Le mystère Henri Pick

Dans une étrange bibliothèque du Finistère où les auteurs déchus viennent déposer leurs manuscrits refusés, une jeune éditrice ambitieuse découvre par le plus grand des hasards un chef-d’œuvre littéraire délaissé. Enthousiasmée par cette trouvaille inédite, elle décide de le publier. Le roman remporte très vite un franc succès…  Mais son mystérieux auteur, Henri Pick, pizzaiolo de son état, n’aurait selon son épouse jamais écrit de livres ; pire, il n’était pas particulièrement féru de littérature. Un critique illustre, un brin sceptique, doute de la légitimité de l’auteur… Comment Henri Pick aurait-il eu le temps d’écrire un tel chef-d’œuvre entre deux fournées ? Avec l’aide inopinée de la fille de l’énigmatique auteur, le journaliste critique Jean-Michel Rouche enquêtera pour découvrir le fin mot de l’histoire, au risque de mettre en péril sa propre carrière tout comme sa réputation…

Décidément, le cinéma français nous réserve de belles surprises cette année. Après la découverte agréable de Celle que vous croyez, je suis allée voir l’adaptation cinématographique du best-seller de David Foekinnos, Le mystère Henri Pick, sortie en salles ce mois-ci. Je m’étais empressée de lire auparavant le roman éponyme, privilégiant souvent l’œuvre littéraire avant de visionner le film dont elle est inspirée. Une fois n’est pas coutume, j’ai à mon grand étonnement préféré le long métrage du cinéaste Rémi Bezançon, une comédie bien française, toute en légèreté et aux accents policiers. En effet, j’ai trouvé le scénario mieux ficelé que l’intrigue du roman qui était à mon sens moins aboutie et un tantinet médiocre dans sa densité. Sans-doute l’auteur de La Délicatesse avait-il déjà en tête son adaptation pour le cinéma, raison pour laquelle les deux œuvres diffèrent grandement même si la substantifique moelle a été conservée. D’ailleurs, le duo Camille Cottin/ Fabrice Luchini dépote ! Les deux acteurs avaient déjà développé à l’écran une belle complicité dans Dix pour cent et il est surprenant de les revoir ici dans des rôles plus posés. Leur jeu tout en retenue fait d’ailleurs du bien. Ils prouvent leur talent et leur capacité de jouer une palette d’émotions variées sans sombrer toutefois dans le grotesque. Les dialogues fusent également avec finesse. J’ai particulièrement aimé les petites piques lancées avec sagacité sur le microcosme parisien, convaincu de détenir le monopole de la culture… Certaines remarques dédaigneuses des personnages m’ont fait sourire et en particulier lorsque le critique Rouche, en pleine conversation téléphonique, s’apprête à raccrocher en disant : « Attends, je te rappelle, on arrive en province et je ne sais pas s’il y aura du réseau… ». Elle illustre le caractère « hors sol » de ce milieu littéraire parisien un tantinet bobo qui est ici un brin égratigné bien que ce soit fait avec beaucoup de bienveillance. Fabrice Luchini que j’admire grandement malgré ses travers parfois condescendants et ses propos souvent verbeux, brille particulièrement dans ce film. Il incarne avec panache un personnage cynique, blasé et immodeste, mais au caractère pourtant étonnamment attachant. Ce rôle de critique est donc taillé sur mesure pour lui qui occupe la majeure partie de l’écran.

Certes, ce film est avant tout réservé à un public de lecteurs plutôt amateurs des émissions culturelles et littéraires telles que La grande Librairie, (certains travers du critique présentateur Rouche rappellent d’ailleurs beaucoup l’animateur littéraire François Busnel) ; néanmoins le film s’adresse aussi à un public plus large, et les aficionados d’enquêtes policières ou de comédies farfelues y trouveront également leur compte.

Pour ma part, vous l’aurez compris, je n’ai pas boudé mon plaisir et me suis délectée de cette petite comédie française enlevée particulièrement réussie.  A voir ! Et à savourer sans modération !

La bande-annonce:

 

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Celle que vous croyez

Cette semaine, j’ai fait une petite sortie cinéma pour découvrir en salle le nouveau long métrage de Safy Nebbou, adapté du roman best-seller de Camille Laurens. La présence rayonnante à l’écran de Juliette Binoche, une actrice que j’admire grandement depuis sa performance bouleversante dans Le patient anglais, a incontestablement influencé mon souhait de visionner ce film d’auteur. J’ai par la suite acheté le roman pour le lire en parallèle et entrevoir l’œuvre profondément féministe de cette romancière philosophe qui avait fait couler tant d’encre lors de sa parution en 2016. Je vous l’avoue sans détour, j’ai été d’emblée conquise par ce roman à tiroirs, désespérant, mais pourtant résolument moderne d’une femme d’une cinquantaine d’années qui refuse de renoncer au désir qui la consume, dans une société impitoyable où l’image de la perfection et de l’éternelle jeunesse féminine priment sans cesse sur l’intellect. Refusant de faire face à l’abandon et au désespoir, l’héroïne, qui se dit « vieillissante », sombre ainsi dans une fiction illusoire qu’elle forge de toute pièce, à l’instar de son avatar sur Facebook. Professeur d’université de Lettres Modernes, mère de deux enfants et divorcée, elle crée un alter ego fictif sur internet afin d’espionner tout d’abord son ancien amant Jo qui l’a lâchement délaissée, mais finit par jeter son dévolu sur son colocataire. Dès lors, tissant une myriade de mensonges, elle deviendra Clara Antunès, une jolie brunette de vingt-quatre ans à la timidité attachante, stagiaire dans l’événementiel de la mode et rémunérée au lance-pierres. Ce piège en apparence odieux se refermera sur Chris, un jeune photographe un tantinet naïf qui succombera au charme diabolique de cette mystérieuse correspondante…

Quel roman ! Je dois l’avouer, la thématique de l’impact des réseaux sociaux sur les relations sociales, en apparence futile, s’est révélée finalement étonnamment dense. Le livre m’a d’ailleurs fait l’effet d’une claque ! A l’instar de Madame de Tourvel ou de la Marquise de Merteuil, Claire reste à mon sens un personnage féminin littéraire à la vulnérabilité extrêmement touchante malgré sa nature pathétique. Comment ne peut-on pas, lecteurs, être bouleversés par le sort de cette professeure en mal d’amour qui se fabrique une relation virtuelle avec Chris pour échapper à la morosité de son quotidien et stopper le temps ? S’accrochant à son désir comme elle s’agripperait à la vie. Tour à tour manipulatrice puis victime, Claire se trouve atteinte du syndrome d’hystérie (un sentiment prégnant d’insatisfaction chronique) et sombre peu à peu dans la folie. Tel est pris qui croyait prendre… Ne pouvant plus faire marche arrière, elle s’embourbe dès lors dans ses mensonges, dépassée par ce sentiment d’abord galvanisant qui finira par la submerger.

Adepte de l’écriture de « soi », Camille Laurens dresse ici le portrait sans fard d’une femme névrosée, et explore également avec brio la frontière ténue entre la fiction et la réalité. Ainsi, la vérité et le mensonge se confondent sans cesse à la grande surprise du lecteur qui devra s’armer de patience jusqu’au dénouement pour comprendre le fin mot de l’histoire car l’intrigue n’est pas avare de retournements de situations.

La psychologie d’une cruauté féroce des personnages masculins est également dépeinte avec une telle acuité que le lecteur finit par s’interroger sur la nature potentiellement autobiographique de ce roman. Impossible que l’écrivaine n’ait pas vécu de près ou de loin une situation analogue…

Attention, ce livre, d’une profondeur rare, s’adresse avant tout à un lectorat aguerri et il faut bien l’avouer plutôt féminin. Sous le couvert d’une histoire d’amour avortée, Camille Laurens remet en effet en question la place de la femme dans la société qui de nos jours semble encore considérée comme un pur produit de consommation jetable. Selon elle, les femmes ne sont plus perçues comme séduisantes après la cinquantaine, elles doivent « s’adapter » bon gré mal gré à cette nouvelle phase de leur vie alors que les hommes, eux-mêmes libidineux et décatis, poursuivent inlassablement leur quête sexuelle prédatrice ; ainsi, personne ne semble se choquer outre mesure de rencontrer un vieillard de quatre-vingts ans aux bras d’une jeune demoiselle qui pourrait être sa petite-fille. Le contraire n’est toujours pas toléré. La preuve : les femmes attirées par des hommes plus jeunes sont qualifiées de « cougars », un terme finalement plutôt sexiste qui n’offre pas d’équivalent pour désigner une situation similaire, celle d’un homme accompagné d’une femme plus âgée.

L’exemple de Brigitte Macron aux côtés de son époux est criant de vérité. L’image de cette première dame détonne et Brigitte Macron se fait d’ailleurs régulièrement lyncher sur la toile. Elle ne séduit pas les foules qui s’entêtent à la qualifier de « momie fripée », « cagole peroxydée » et j’en passe… Au fond, on lui reproche ses tenues prétendues indécentes, ses jupes trop courtes, ses décolletés trop plongeants qui dévoilent trop son corps marqué par les signes du temps. Certaines critiques remettent même en question la crédibilité du couple Macron. Sont-ils réellement épris l’un de l’autre ? Est-il même possible qu’un homme d’une quarantaine d’années puisse encore aimer une femme de vingt-cinq ans son aînée ?

Le commentaire cavalier de Yann Moix lors d’une interview donnée il y a quelques mois par le magazine féminin Marie-Claire semble malheureusement confirmer cette règle… Le journaliste s’était retrouvé dans une tempête médiatique après avoir maladroitement expliquer ses goûts en matière de femme : « Je vous dis la vérité. A cinquante ans je suis incapable d’aimer une femme de cinquante ans (…) « Je trouve ça trop vieux », « Un corps de femme de vingt-cinq ans c’est extraordinaire. Le corps d’une femme de cinquante ans n’est pas extraordinaire du tout ». Une pensée qui avait été considérée assez réductrice pour la gente féminine par de nombreux internautes qui s’étaient empressés de lui répondre. Il est assez ironique de lire ces propos, d’autant plus que Yann Moix a rencontré lui-même Camille Laurens dans l’émission culturelle « On n’est pas couché » en 2016 pour évoquer son roman Celle que vous croyez qui venait tout juste de paraître… Le journaliste écrivain-critique trouvait ce livre « daté », selon lui, n’illustrant en rien la place de la femme actuelle. Je vous laisse le soin de revoir cette interview ici. Il semble que Yann Moix ait la mémoire courte…

Pour conclure, ce roman d’une cruauté féroce, véritable pamphlet féministe, vaut selon moi la peine d’être lu. Si la thématique reste particulièrement pessimiste jusqu’à la dernière page, le cinéaste Safy Nebbou lui donne une dimension plus « légère » dans son dénouement. En effet, dans ce thriller psychologique demeure l’espoir d’une possible rencontre.  Peut-être le cinéaste a-t-il tenté de redorer les lettres de noblesse de la gente masculine ? Le personnage de Chris devenu Alex et incarné à l’écran par le jeune talent François Civil, qui avait été repéré dans la série française Dix pour cent, est par ailleurs bien plus attachant et humain que le personnage du roman… A la différence du protagoniste de Camille Laurens, il n’est en rien un pervers narcissique.

Bien que cette œuvre féministe soit donc extrêmement sombre, je dois bien admettre que cette histoire intrigante, à l’heure du virtuel, m’a étonnamment plu. Car ce roman poignant questionne avec finesse le regard que porte la société sur la femme. Le constat sans œillère cinglant que fait Camille Laurens ne m’a pas laissée indifférente. Autant vous avertir, cette lecture flirtant avec les codes du pamphlet philosophique et du roman social ne ménage pas le lecteur.

Par ailleurs, l’adaptation cinématographique adroitement réécrite comme le roman reste pour moi une très belle réussite. Juliette Binoche incarne avec maestria Claire. Sa fragilité à l’écran est tout simplement bouleversante.

En bref: une mise en abîme somptueuse d’un esprit féminin torturé, une version inspirée et moderne des Liaisons dangereuses qui ne vous laissera pas indemnes…

La bande-annonce:

 

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L’Étincelle

Il y a quelques jours une collègue de travail m’avait prêté ce roman d’initiation. Elle avait en effet dévoré ce « petit » livre, un roman d’apprentissage d’une jeune femme qui découvrait pour la première fois les affres de la passion à dix-huit ans. Nous avions échangé brièvement sur cette œuvre. L’histoire semblait rappeler étrangement Bonjour Tristesse de Françoise Sagan, une œuvre sur les illusions de jeunesse dont je garde encore aujourd’hui un souvenir mémorable tant je l’avais apprécié à bien des égards (voir mon billet ici). La couverture de L’étincelle, un peu épurée tout comme le titre avaient de ce fait tout de suite retenu mon attention. Il ne m’en fallait guère plus pour m’y plonger à mon tour avec délectation. J’avoue n’en avoir fait de prime abord qu’une bouchée. En effet, à mon tour, j’ai également englouti ce petit roman en l’espace de quelques jours sans que je ne sache véritablement pourquoi il m’avait autant plu. Sans-doute l’écriture y était-elle pour quelque chose car Karine Reysset a bel et bien un talent indéniable de conteuse. Le style est par ailleurs fluide ce qui rend cette lecture agréable et légère.

L’auteure nous relate ainsi la découverte des sens de Coralie, une jeune étudiante issue d’un milieu plutôt modeste de « prolos », invitée durant la période estivale par une amie bobo, Soline, dans sa demeure familiale en Dordogne. Là, elle découvre un monde jusqu’alors inconnu, celui d’artistes et d’écrivains pour le moins snobs et fortunés. Dès son arrivée, Coralie se laisse grisée par l’atmosphère lascive qui se dégage de ce nouveau rythme de vie où les jours s’égrènent avec lenteur. Elle passe la majeure partie de son temps à lézarder à la piscine ou à nager dans le lac voisin près d’un camping de vacanciers. Les parents de Soline, plutôt démissionnaires et un brin égoïstes, ne s’intéressent guère à leur progéniture, trop préoccupés par leurs liaisons multiples, raison pour laquelle les deux jeunes filles se retrouvent très vite livrées à elles-mêmes sans chaperon. Coralie jette tout d’abord son dévolu sur Marco, un jeune vacancier au teint bronzé mais l’assassinat soudain d’une petite fille dans le camping voisin met rapidement un terme à cette idylle. Choquée par cette disparition subite d’une enfant innocente fauchée dans la fleur de l’âge, Coralie se réfugie dans les bras de son amie Soline, cette figure vaporeuse et inaccessible, à la beauté hypnotique. Avide des plaisirs sensuels, la jeune fille a soif de découverte, aussi son appétit sexuel ne connaît-il pas de limite, l’entraînant par ailleurs dans une liaison secrète avec l’ami d’enfance de Soline, Thomas, un jeune golden boy à l’avenir tout tracé. L’héroïne butine ainsi à tout va sans que le lecteur ne saisisse vraiment le caractère complexe de Coralie…

Je dois bien l’admettre, cet aspect de la personnalité de l’héroïne m’a laissée plutôt dubitative. Ses relations saphiques marqueront au fer rouge le passage de l’adolescence à la vie d’adulte de Coralie sans qu’elles ne deviennent pour autant un tournant véritable dans son parcours personnel futur. La narratrice finira à la grande surprise du lecteur par suivre la vie bien rangée d’une femme hétérosexuelle. L’auteure alterne ainsi les souvenirs de Coralie, jeune fille dans les années 90 et adulte, épouse sage et comblée d’une quarantaine d’années, mère d’un petit garçon. Quel intérêt me direz-vous ? Il semble qu’il n’y en ait aucun… Ces deux aspects de la personnalité de Coralie sont diamétralement opposés. C’est peut-être là que le bât blesse car l’intrigue demeure au final étonnamment creuse, n’offrant que très peu de rebondissements ni de liens logiques.

Même si la plume poétique de l’écrivaine m’avait d’emblée séduite, j’ai été finalement déçue par ce roman inabouti, un peu brouillon et à la finesse psychologique faiblarde. Je n’ai pas réussi à m’attacher à cette jeune fille spectatrice de sa vie. Manquant selon moi cruellement de charisme, et un tantinet opportuniste, elle multiplie les expériences sensuelles pour se désennuyer, tentant désespérément de se donner une dimension intellectuelle plus profonde qu’elle ne l’est véritablement… Les chapitres concernant la disparition puis le meurtre de la petite fille anonyme n’apportent au passage rien à l’intrigue qui s’essouffle rapidement, et se révèle être une péripétie maladroite pour appâter le lecteur. Un roman d’apprentissage donc en demi-teinte qui se dévore goulûment mais s’oublie malheureusement très vite une fois la dernière page tournée. Un pur produit de l’acculturation bobo, sans saveur ni relief.

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Dracula les origines

Après de nombreuses déceptions littéraires ces dernières semaines, mon engouement pour la lecture s’était sérieusement émoussé. Mais par le plus grand des hasards, en parcourant sans grande conviction les étalages d’une supérette du coin, je suis tombée sur ce roman grand format qui a tout de suite attiré mon œil scrutateur. La couverture était attrayante, l’illustration superbe, et le résumé du roman, un préquel de l’œuvre illustre et intemporelle de Bram Stocker, Dracula, franchement alléchant, comment résister à l’appel de la tentation ? Impossible dès lors de détacher mes yeux de ce livre pourtant onéreux. La littérature vampirique m’ayant toujours fascinée depuis mon plus jeune âge, j’ai donc acheté sans plus tarder ce roman intriguant. A ma grande surprise, ce fut une bonne pioche, car j’ai fait la découverte d’une petite pépite littéraire qui m’a séduite dès le premier chapitre. Une fois cette étape franchie, il m’était impossible de faire machine arrière. J’étais moi aussi ferrée par l’aura magnétique de Dracula… Qui ne l’est pas ? me direz-vous. Le mythe du vampire répulse autant qu’il fascine. Sommes-nous d’ailleurs attirés par son pouvoir d’immortalité qui nous renvoie à notre peur viscérale de mourir, la crainte inexorable de disparaître dans l’oubli, balayé par les vents comme une poussière insignifiante ? Ou bien sommes-nous tout simplement fascinés par ce personnage hautement romantique, de l’être déchu qui, tel Prométhée, aurait-été damné pour avoir osé défier l’autorité de son créateur suprême ? Quoiqu’il en soit… Il semble que le mythe du vampire demeure encore aujourd’hui une source d’inspiration intarissable pour les romanciers même contemporains.

Deux auteurs se sont de ce fait lancé un défi de taille, celui d’imaginer les prémices de l’histoire du comte Dracula en s’attaquant à ses origines. De quelle lubie a bien pu être toqué Bram Stocker pour se plonger à corps perdu dans l’écriture d’une œuvre aussi singulière ? D’où lui est donc venue cette imagination fertile tout comme cette fascination morbide pour le mythe du vampire ? Tant de questions demeurées sans réponses, jusqu’à l’intervention inopinée de Dacre Stocker, l’arrière-petit neveu du romancier qui a tenté avec brio de s’atteler à la tâche extrêmement délicate de reconstruire ce puzzle mystérieux. A partir des notes originales et inédites de Bram Stocker, l’écrivain, épaulé par J.D Barker, un auteur maîtrisant avec maestria le genre fantastique, s’est embarqué dans une véritable chasse au trésor, palpitante !

Certes, lecteur, si vous êtes comme moi férus de littérature vampirique, que vous avez déjà englouti l’intégralité de l’œuvre d’Anne Rice, vous pourriez douter de la réussite d’une telle entreprise, ce filon ayant été tant exploité qu’il semblerait presque épuisé. Néanmoins, après cette lecture, même les plus sceptiques devraient en prendre pour leur grade. Ne vous méprenez pas lecteurs, ce roman est bon, même remarquable à de nombreux égards. Si bien que j’en suis restée moi-même abasourdie. Gageons qu’il deviendra une œuvre culte…  Pour ma part je n’en ai fait qu’une bouchée !

En effet, Dacre Stocker mêle habilement la fiction à la réalité en proposant ici une biographie fictive inventive. L’histoire débute en pleine ère victorienne à Clontarf, une petite bourgade irlandaise.  Bram n’est alors qu’un jeune enfant souffreteux vivant reclus pour être atteint d’un mal mystérieux qui le consume jour après jour. Il a ainsi passé la plupart de son enfance, alité, attendant patiemment une mort inéluctable. Pourtant, sa nourrice, Ellen Crone, à la beauté insaisissable, veille… Grâce à ses soins obscurs, Bram se remettra progressivement de sa maladie, à la surprise générale de son entourage. Seule sa sœur Mathilda demeure méfiante car les soins prodigués par sa nourrice ne lui inspirent guère de confiance. Qu’est-il donc arrivé à son frère qu’elle trouve désormais méconnaissable ? D’où lui vient sa soudaine force olympienne ? Et pourquoi ses blessures se résorbent-elles si promptement ? Peu de temps après ce miracle inespéré, une succession de meurtres effroyables survient dans les villages voisins, et s’en suit la disparition soudaine de leur nourrice, Ellen Crone, plongeant la jeune fratrie dans le désarroi le plus total. Pourquoi s’est-elle volatilisée sans crier gare, après tant d’années de loyaux services ? Les deux jeunes gens tenteront de percer les mystères qui entourent leur nourrice à leurs risques et périls, se retrouvant malgré eux impliqués dans une quête qui ébranlera leurs convictions les plus tenaces. Cette révélation aura des conséquences irréversibles sur leur vie d’adulte…

Autant vous dire que j’ai été conquise ! Si ce roman épistolaire écrit sous la forme d’extraits de journal, dont la construction narrative parfaitement rodée n’est pas sans rappeler l’œuvre magistrale de Mary Shelley, Frankenstein, il puise également son inspiration dans la littérature horrifique du XIXème siècle. Les auteurs font d’ailleurs à plusieurs reprises des « clins d’œil » à de nombreux écrivains de renom tels que Sheridan Le Fanu qui lui-même fait une courte apparition dans le roman lorsque les personnages principaux tentent d’infiltrer une confrérie secrète… L’intrigue est aussi savamment orchestrée et les personnages admirablement bien croqués semblent tout droit sortis d’un roman policier victorien de Wilkie Collins. J’ai particulièrement aimé le lien ténu qu’entretenait la fratrie avec leur nourrice Ellen Crone malgré son absence.

D’une écriture efficace sans fioriture, Dacre Stocker rend ici un très bel hommage littéraire à l’un des plus grands maîtres de l’épouvante en s’inspirant de sa mort auréolée de mystère (Bram Stocker serait décédé dans des conditions étranges, il serait en effet mort d’épuisement…). Sans compter que sa parenté avec l’écrivain renforce d’autant plus la légitimité de son entreprise. Plus abouti que L’historienne et Drakula que j’avais lu pourtant avec fébrilité, ce livre n’est pas seulement passionnant, il s’est également révélé à maintes reprises inquiétant. En effet, certains passages sont dignes de Stephen King et je garde d’ailleurs un souvenir impérissable de l’épisode de la morgue…

En bref : cette histoire de fratrie partie sur les traces de Dracula est un véritable page turner au rythme endiablé qui vous procurera, lecteurs, bien des sueurs froides. Vous voilà avertis !

En bonus : l’auteur nous fait partager ses découvertes extraordinaires en nous proposant la lecture des notes personnelles de Bram Stocker.

A noter également : les droits d’auteurs ont déjà été rachetés par la production Paramount Pictures. Le réalisateur Andy Muschietti, déjà rompu à cet exercice après avoir porté à l’écran une version glaçante de ça de Stephen King ‒ qui je dois bien l’admettre m’avait donné la chair de poule ‒ serait pressenti pour son adaptation cinématographique… Le film s’annonce donc particulièrement terrifiant… Affaire à suivre !

Une interview passionnante de l’auteur pour découvrir un peu plus son univers:

Publié dans Classique horreur, Lire du fantastique, Littérature américaine, roman gothique | 19 commentaires