creepshow stephen kingAussitôt lue et aussitôt chroniquée! Je viens tout juste d’achever de lire cette anthologie d’horreur de comics books adaptée de scénarios de Stephen King pour la série télévisée des années 80, The creepshow, ces fameux Contes de la crypte qui ont marqué ma jeunesse. J’ai frissonné de terreur à l’adolescence en les visionnant. J’aimais plus particulièrement le ton parodique et l’humour noir original qui s’en dégageaient. Cette série d’épouvante américaine avait en effet été modernisée et transposée durant les années 90 pour permettre à une audience plus jeune de la visionner. Dans la même veine que Chair de Poule et Fais-moi peur, les épisodes étaient souvent tout public et leur dénouement donnait malgré tout à réfléchir. Une morale amère et acerbe se dissimulait toujours en filigrane. Je trouvais les intrigues étonnamment bien ficelées et quelques fois mêmes inattendues. Il me tardait donc de débuter le Mois Halloween par cette anthologie horrifique un brin loufoque qui aurait dû être pour moi un plaisir nostalgique de lecture… Malheureusement, à mon grand regret, j’ai très vite déchanté.

Cet hommage littéraire quelque peu indigeste m’a paru inabouti. Je n’ai en effet pas réussi à retrouver le talent de Stephen King dans ces intrigues fadasses, ni d’ailleurs cette verve particulière et fine qui le caractérise tant. Le second degré n’est pas toujours évident et les chutes de ces histoires sont plutôt grotesques. Le gore est en outre un tantinet trop dégoulinant à mon goût voire même souvent écœurant. Et pourtant, les histoires semblaient de prime abord prometteuses. Dans l’une des nouvelles, une femme est hantée par le fantôme de son père. Elle l’aurait tué de sang froid à coup de cendrier après qu’il ait lui-même fait assassiner son amant dans un accident de chasse… La femme, rongée par la culpabilité, se rend chaque année sur sa tombe au moment de la fête des pères pour tenter d’expier son crime abominable… Mais un jour, le mort décide de refaire surface pour se venger de cette fille ingrate et désobéissante… Une autre nouvelle nous conte la découverte d’une étrange caisse en bois provenant d’une mystérieuse expédition dans l’Arctique datant de 1834. La caisse est restée durant de longues années scellée mais lorsque deux chercheurs décident de l’ouvrir, une étrange créature monstrueuse et avide de chair humaine s’en échappe pour dévorer tout sur son passage… Un mari déçu et frustré profite de cette aubaine pour faire supprimer sa femme qui le rabaisse constamment. Ces idées de départ me donnaient l’eau à la bouche mais peut-être sont-elles mieux transposées à l’écran.

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Je m’attendais à un humour débridé et décalé, or, il n’en est rien, le dénouement de chacun de ces contes macabres n’a finalement ni queue ni tête. Certaines scènes m’ont en outre mises profondément mal à l’aise. J’ai terminé cette lecture le cœur au bord des lèvres, soulagée de pouvoir enfin refermer ce livre pour de bon. La mort rôde à chaque coin de page, elle frappe sans vergogne ni logique et lorsqu’elle se décide à frapper, elle fait rarement dans la dentelle. L’auteur s’est déchaîné, tout est excessif. Cela m’a rappelé étrangement l’ambiance nauséabonde de la série télévisée American Horror Story qui a fini par me dégoûter dès la première saison. Les têtes sont ici arrachées, les corps sont déchiquetés, le sang jaillit et se déverse telle une crue, les visages torturés se déforment pour se figer dans des expressions d’horreurs putrides. Bref, vous l’aurez compris, les adeptes d’hémoglobines et de gore à outrance seront enchantés et y trouveront sûrement leur compte. Pour ma part, cette bande-dessinée s’est révélée une déception cuisante. Si je l’ai lu d’une traite pour étoffer mon vocabulaire en anglais (le seul point positif de cette lecture puisqu’elle m’aura permis de découvrir de nouvelles expressions idiomatiques et il faut le reconnaître, l’auteur multiplie les jeux de mots jusqu’à friser la saturation), j’ai vraiment détesté cette anthologie dans son intégralité. Les nouvelles sont toutes infâmes, glauques et même franchement malsaines. Je doute de conserver cet exemplaire dans ma bibliothèque. Je n’ai qu’une envie, m’en défaire au plus vite. Il ne présente que peu d’intérêt pour moi et ne se destine finalement qu’à des fans fervents ou collectionneurs passionnés par l’univers de Stephen King. Bof bof… Qu’à cela ne tienne, cette déconvenue littéraire ne m’a en rien découragée pour poursuivre l’aventure du Mois Halloween. L’étrange vie de Nobody Owens de Neil Gaiman semble davantage me convenir…

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Un dernier mot sur l’encrage de cette bande-dessinée un brin ratée. Bien que le contenu m’ait profondément déçue, il faut bien l’avouer, les illustrations rétros sont en revanche incontestablement belles. Le grain du papier est  aussi agréable au toucher. Les éditeurs n’ont, de ce fait, pas lésiné sur la qualité car le livre en lui-même est bel et bien réussi. Toutefois, si les dessins sont soignés, le texte, en comparaison, paraît lui tristement bâclé et s’est révélé plutôt médiocre dans son ensemble. Si vous aimez ce genre de romans graphiques, je vous conseille de lire dans la même veine Les nouvelles aventures de Sabrina qui est, a contrario, un pur régal, l’horreur y est savamment dosée (à découvrir ici). Et si vous préférez glisser en douceur dans les réjouissances automnales avec une lecture légère truffée de belles images, Pumpkin Heads, une romance gentillette particulièrement mignonne, reste une jolie option de lecture (voir ici). Cette bande-dessinée vous redonnera le sourire.

Première participation au challenge Le mois Halloween.

challenge Le mois Halloween

Publié le par missycornish | 4 commentaires

pexels-monstera-5634861-min-scaled-e1632842285465Et voilà ! L’équinoxe d’automne marquant la transition hivernale a finalement débuté cette semaine pour mon plus grand bonheur ! Les soirées cocooning vont donc pouvoir reprendre tranquillement. Une petite bruine légère s’est d’ailleurs posée délicatement ce matin sur l’herbe de notre jardin et les feuilles des arbres commence à roussir à vue d’œil. Nous avons même fait une jolie flambée dans la cheminée pour faire fuir l’humidité. Je compte donc lancer les réjouissances automnales habituelles (en commençant par les balades en bottes de pluie sur les chemins boueux de campagne et les promenades avec mes chiens en bord de mer, que j’affectionne particulièrement en cette saison). Le challenge, “Le mois Halloween” vient en effet de rempiler officiellement ce week-end pour une treizième année. Je vous souhaite un très bon anniversaire les filles si vous passez par ici ! Et un grand bravo pour ce défi qui je l’espère perdurera encore durant de nombreuses années. Je suis toujours aux anges de pouvoir y participer et je croise les doigts pour avoir suffisamment de temps pour poster quelques billets “monstrueux” et frissonnants de saison. C’est le week-end d’installation. Nous sommes toutes en train de peaufiner nos piles de livres. Je dois dire que la mienne a déjà subi plusieurs modifications. J’ai pioché dans mes cartons un roman de Neil Gaiman qui entrera parfaitement bien dans la thématique du mois.

familles-extraordinaires S’agissant des « familles extraordinaires », mon choix s’est de ce fait porté sur L’étrange vie de Nobody Owens. Une bonne pioche puisque je suis en train de le dévorer alors que je ne l’ai débuté qu’hier dans la soirée. Cette lecture sera rapidement achevée. J’espère pouvoir la chroniquer cette semaine. Suis-je trop optimiste? Lire la suite

Publié le par missycornish | 23 commentaires

le maître des illusions romanRichard Papen, jeune étudiant boursier, plaque sa Californie natale pour rejoindre l’université de Hampden dans le Vermont. Prêt à tout pour gravir les échelons, il prend la décision d’intégrer la classe privilégiée et originale du professeur Julian dédiée à l’étude des langues mortes, et en particulier du grec ancien et du latin. C’est ainsi qu’il fait la connaissance de ses camarades, des personnages énigmatiques semblant tout droit sortis d’une œuvre de fiction. Cette rencontre métamorphose Richard, hypnotisé par leur aura magnétique…

Parler de ce roman singulier, un “campus novel” magistral n’est vraiment pas une tâche aisée et il m’a fallu du temps pour le “digérer”. Sa construction narrative m’a en effet de prime abord décontenancée car on sait dès la première page qu’un des personnages principaux a été assassiné par ses camarades de classe, une introduction romanesque surprenante et peu traditionnelle.

L’auteure use et abuse également de prolepses (ces fameux flashbacks en littérature). Et pourtant, malgré ces allers et retours répétés, quelle surprise ! J’ai en effet été happée par l’histoire, envoûtée par cette étrange clique d’étudiants nonchalants aux desseins pour le moins insaisissables ; tout comme par cette étrange atmosphère qui s’en dégage, de livres poussiéreux et de vieilles bâtisses. Comment ne pas penser au fil de la lecture au Cercle des poètes disparus? Impossible que l’auteure ne s’en soit pas inspirée même si l’ambiance est ici particulièrement sombre et malsaine.

Ainsi, bien que le crime soit révélé et avoué dès les premières pages du roman, l’auteure réussit étonnamment à aiguiser l’attention du lecteur qui ne s’amenuise à aucun moment de l’histoire.

La force de Donna Tartt réside dans cette capacité fabuleuse à nous tenir en haleine d’un bout à l’autre du roman, malgré la vérité que le lecteur pense de prime abord déjà connaître. Toutefois, il ne faut jamais se fier aux apparences qui sont souvent trompeuses. Les illusions sont multiples. Peu à peu, des personnalités troubles évoluant dans un univers estudiantin pour le moins glauque se révèlent au lecteur, le précipitant lui aussi, comme son narrateur Richard, dans la spirale d’une machination diabolique et effroyable.

J’ai été fascinée par Hamden, cette université du Vermont isolée aux confins d’une région sauvage et hostile. Cet établissement prestigieux fondé au XIXème siècle et connu pour ses méthodes quelque peu progressistes, attire de jeunes privilégiés volages. Ces protagonistes ne sont jamais attachants. Ils sont à la fois vils, égoïstes et extrêmement malhonnêtes comme du reste le narrateur principal, Richard, qui est prêt à suivre et soutenir corps et âme ses camarades de classe dans n’importe lequel de leurs délires d’illuminés, pour simplement conserver sa place dans un cercle très sélect. Lorsque ce jeune Californien rencontre Francis, Henry et Bunny ainsi que Camilla et Charles, des jumeaux pour le moins ambigus, il ne se doute pas que sa vie ne sera désormais plus la même… Il sera subjugué par leur richesse et leurs privilèges, au point de ne plus pouvoir supporter sa propre condition d’étudiant boursier.

Si tous sont nés une cuillère d’argent dans la bouche, c’est loin d’être le cas du narrateur issu d’un milieu plus modeste. Élevé entre un père propriétaire d’une vulgaire station d’essence et une mère au foyer peu intéressée par sa propre progéniture, Richard a vécu dans un endroit morne et mortifère où les aspirations artistiques et littéraires ont malheureusement peu de place pour prospérer. 

Sa bourgade de naissance, un tantinet miteuse et aride qui évoque de vulgaires drive-ins, du béton à foison, des mobiles homes à la peinture écaillée et des températures caniculaires, dénote fortement avec le climat froid et enneigé du Vermont où la nature semble avoir repris ses droits sur l’homme. Au contact de ses amis fortunés, Richard va progressivement s’inventer un passé plus reluisant et se crée une nouvelle identité; mais ses efforts pour gommer toute trace de son milieu social ne rencontreront guère de succès. Il en résulte que cette espèce de caméléon sociétal tente inlassablement de se fondre dans la masse et est toujours spectateur des événements, ce qui parfois peut agacer le lecteur.

Par certains aspects, le personnage de Richard, ce narrateur avide de reconnaissance et toujours attiré par l’argent, m’a rappelé étrangement la personnalité malsaine qu’incarnait Alain Delon dans Plein soleil, d’après une adaptation d’un roman de Patricia Highsmith (un film que j’ai visionné il y a des années et qui m’avait particulièrement marquée). Quoique prêt à tout pour conserver sa place dans ce petit groupe d’étudiants friqués, il n’en est pas moins victime de ces détails imperceptibles qui le tiennent malgré tout à l’écart du groupe… Il observe, pense comprendre leurs motivations mais finit lui-même par se faire prendre dans sa toile…

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Autour de Richard gravite ainsi donc ce groupe mystérieux d’étudiants, des jeunes snobs fortunés qui brûlent la chandelle par les deux bouts, s’abîment dans l’alcool et les drogues, gâchent leur temps à étudier des sujets obscurs qui ne leur serviront jamais à entrer dans la vie active. Ce sont des oisifs qui s’efforcent de vouloir rester en marge de la société en s’isolant volontairement des autres. Ils communiquent  en outre dans un langage que seuls eux peuvent comprendre et se passionnent pour des sujets poussiéreux et abstraits… Richard découvrira les fameuses bacchanales, ces rituels religieux de la Rome Antique où l’alcool coule à flot, et au cours desquels les sacrifices humains étaient souvent monnaie courante. On se doute bien que rien de bon ne peut découler de cette fascination étrange pour les célébrations morbides offertes en l’honneur du Dieu Dionysos, la divinité de la vigne et du vin…

Je n’en dirai pas davantage, lisez ce livre !  Ce roman d’une grande noirceur est excellent.

Je n’oublierai pas de si tôt cette clique infâme d’étudiants sans scrupule, imbus d’eux-mêmes et d’une condescendance crasse, qui m’a complètement envoûtée : Bunny, le golden boy aux poches toujours trouées, Francis, le bel homosexuel aux allures de dandy qui rappelle étrangement le séduisant Percy Bysshe Shelley, Camilla et Charles, les deux amants maudits, frère et sœur de sang mais âmes sœurs de cœur et Henry, cet intellectuel taciturne à la personnalité insondable. La perversité de leur esprit m’a parfois choquée. Le meurtre de sang froid de leur camarade de classe ne les touche en rien car leur égoïsme dépasse l’entendement.

Pour conclure, cette œuvre d’une grande noirceur s’est révélée fabuleuse et m’a impressionnée. Si elle a été souvent estampillée dans la catégorie du thriller, elle ne devrait en aucun cas se limiter à ce seul genre littéraire. A la fois un roman à suspens, une satire sociale et un roman policier, Le maître des illusions est un roman cruel et dérangeant sur la manipulation, une sorte d’ovni qui possède un pouvoir électrisant sur le lecteur. La romancière retranscrit en outre avec maestria l’existence de ces étudiants qui portent en eux le fameux “fatum”, la marque du destin immuable. J’ai adoré les références multiples à la tragédie grecque. Ce livre décrit aussi merveilleusement bien le décor du Vermont qu’il s’agisse de dépeindre la campagne, la forêt, les vieilles demeures familiales que Richard découvre avec ses étranges amis ou encore le campus presque anachronique. C’est certain, je relirai ce roman avec plaisir, il m’a captivée.

Un dernier mot sur le contexte d’écriture du roman : Donna Tartt, romancière américaine, n’avait que 29 ans lors de la première publication de ce chef-d’œuvre, un roman devenu aujourd’hui culte. Elle aurait consacré dix ans d’écriture et de recherche avant de le publier en 1992, un sacré travail d’orfèvre ! Sa plume est d’ailleurs remarquable, son style fluide et limpide. Il s’en dégage un certain lyrisme. Je doute que le roman puisse un jour être adapté pour le grand écran, il serait impossible de retranscrire l’essence du livre à la télévision.

Enfin, j’ai découvert à l’occasion de cette lecture formidable, le style Dark Academia, une esthétique originale que j’adore. Je ne connaissais pour ainsi dire rien de cette tendance qui apparemment est devenue, comme le Cottage Core, un véritable mode de vie. Il semble vouloir mêler la découverte de soi et la quête du savoir. Les tenues vestimentaires inspirées de cette ambiance font d’ailleurs légion sur les tableaux Pinterest car il est facile de les reproduire. Je suis incontestablement fan du genre !

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La bande-annonce de Plein Soleil avec Alain Delon:

Et une vidéo géniale de fan fiction excellente sur Le maître des illusions de la chaîne Ahu Sunrise :

Publié le par missycornish | 14 commentaires

autumnAprès un retour de vacances sur les chapeaux de roue, me voilà à nouveau fin prête à retrouver mes activités bloguesques habituelles. Je prends petit à petit mes marques dans mon nouveau poste au lycée et je commence à m’habituer à l’idée que ma fille n’est désormais plus un bébé puisqu’elle a fait cette année sa toute première rentrée! J’ai a contrario davantage de temps pour lire et écrire, ce qui n’est pas une si mauvaise chose me direz-vous (plus d’excuses!). Septembre étant déjà bien entamé, j’ai eu l’envie irrésistible de me tourner vers des lectures de saison. D’autant plus que le Mois Halloween est sur le point de reprendre, le manoir hanté va ouvrir une fois de plus ses portes (je l’ai attendu avec impatience!). Ce rendez-vous littéraire très cosy reste incontestablement mon préféré et contribue toujours à rendre mes automnes normands magiques et festifs. Hâte de connaître le nouveau programme que nous ont concocté les filles!

J’ai également fait le tri dans ma bibliothèque pour choisir une pile de livres (il y a peu de chance pour que je m’y tienne) pour le Pumpkin Autumn challenge qui dure plus de trois mois et auquel je participe comme toujours humblement (ce ne sont pas les envies qui manquent!). J’ai décidé cette fois-ci d’y ajouter plus de lectures détentes et de titres en anglais. Il ne me reste plus qu’à les classer selon les menus proposés.

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Pour plus d’infos concernant Le Pumpkin Autumn Challenge, c’est par ici! Voici les thématiques proposées par Lou et Hilde pour ce nouveau défi:

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Si les premiers frimas se font encore timides (hier, on a tout de même frôlé les 30°C en Normandie), j’ai déjà préparé ma petite panoplie automnale: mon plaid couleur citrouille et mes bougies aromatisées (de préférence à la cannelle) sont déjà installées sur le divan et la table basse du salon, quant à mes vestes en velours côtelé, mes jupes au motif tartan, mes pulls aux couleurs ocres tout comme mes chaussettes fourrées, ils attendent tous sagement que je puisse les exhumer de l’armoire (pour les épaisseurs, on patientera!) …  Enfin, il ne faut pas désespérer, les feuilles des arbres rougissent et la luminosité baisse progressivement le soir. Il me tarde de voir désormais les journées se rafraîchir et les feux de cheminées reprendre. En attendant, j’apprécie pleinement cet étrange été indien.

20220824_211528Nous avons pour le moment bricolé un cinéma en plein air dans le jardin et pourrons, je l’espère, en profiter jusqu’à fin octobre pour organiser notamment une soirée spéciale Halloween et un marathon Hocus Pocus afin de célébrer la sortie sur Disney+ de la suite des aventures des sœurs Sanderson. Presque trente ans séparent les deux films! J’ai hâte de voir le résultat. Netflix a d’ailleurs prévu une saison Spooky nights particulièrement alléchante! Voici la bande-annonce de Hocus Pocus 2:

challenge Le mois HalloweenEn attendant le début des festivités du Mois Halloween (toutes les infos par ici pour y participer), je patiente sagement en décorant ma demeure et en repérant quelques tutos bricos et cuisine bien sympathiques pour accueillir dignement cette nouvelle saison. Je vous conseille la chaîne de Darling Desi qui est un puits d’inspiration pour se mettre dans l’ambiance, sa dernière vidéo vient de sortir aujourd’hui, vous pouvez la visionner ici. C’est un régal! Le blog devrait aussi s’affilier au Mois Halloween dans le cadre du Challenge Cottage Core. Je compte donc proposer également cette année des billets qui j’espère seront plus réguliers. Je vous retrouve très prochainement pour vous partager mon avis sur un roman insolite et particulièrement sombre, à l’atmosphère très Dark Academia, une lecture idéale pour introduire cette nouvelle transition saisonnière (devinerez-vous lequel?). Je vous partage aussi une petite chanson entêtante du Rocky Horror Show réinterprétée par les membres du Glee Club qui reflète parfaitement mon humeur du moment! Je suis surexcitée! 

Publié le par missycornish | 12 commentaires
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là où chantent les écrevissesL’adaptation cinématographique de ce magnifique roman sortira en salle le 17 août prochain! Le film est produit par Reese Witherspoon et d’après les premières critiques, c’est un petit bijou! Avez-vous lu le roman et avez-vous aimé? Hâte de connaître votre avis et de pouvoir enfin voir le résultat sur grand écran! Pensez-vous vous déplacer pour le voir ou préférez-vous attendre sa sortie en DVD? En attendant voici mon billet consacré au livre ici et  pour visionner la bande-annonce du film c’est par là :

https://www.youtube.com/watch?v=Jtus_J-ocyk&t=2s

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là où chantent les écrevissesNon loin d’une petite bourgade de Caroline du Nord, une jeune femme surnommée Kya a vécu seule depuis son enfance tumultueuse dans les marais de Barkley Cove. De nombreuses rumeurs se sont développées à son sujet, donnant naissance également à quelques préjugés. Celle que l’on surnomme “la fille des marais” aurait été une petite sauvageonne illettrée incapable de s’exprimer correctement. Pourtant, Kya est bien plus que cela. A l’âge de dix ans, la pauvre petite fille, démunie, se retrouve abandonnée de tous et n’a d’autre choix que d’apprendre à se débrouiller seule dans les marais fangeux pour subvenir à ses propres besoins. Cet endroit, de prime abord hostile, deviendra peu à peu un refuge, loin des habitants mesquins et intolérants toujours prompts à l’accabler de tous les maux.

Une éclaircie semble poindre dans ce décor triste lorsqu’à l’aube de son adolescence, la jeune femme croise finalement la route de Tate…

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Publié le par missycornish | 9 commentaires

                          

Des-jours-et-des-viesAnnées 2000: Kitty Fisher, une jeune Anglaise trentenaire un peu paumée, prend la décision de se réfugier aux Etats-Unis pour apaiser sa peine de coeur après avoir découvert l’infidélité de son époux. Elle s’installe dans un chalet vétuste sur les rives du lac Akan Abee (État de New-York) pour pouvoir le rénover. Cette vieille bicoque aurait en effet appartenu à son arrière-grand-père, écrivain renommé. Alors que les travaux battent leur plein, Kitty découvre dans le bâtiment un bijou splendide qui lui révélera un secret étonnant sur les origines de sa famille, et l’aidera peut-être à faire le point sur sa propre vie.

Année 1914 : les empires russes et allemands sont en guerre et un renversement du gouvernement semble imminent. Tandis que les membres de la famille Romanov s’apprêtent à vivre leurs derniers instants de gloire, la grande-duchesse Tatiana, encore insouciante et infirmière volontaire auprès des blessés, tombe éperdument amoureuse de Dimitri, un jeune officier de cavalerie. Mais le futur qui les attend n’est nullement en leur faveur. L’amour qui les lie résistera-t-il aux épreuves du temps et à la terrible malédiction des Romanov qui plane sur eux?

Prise récemment d’une frénésie de lecture, je n’ai pas cessé de fouiller dans ma bibliothèque en quête de nouveaux trésors littéraires. C’est en furetant dans ma pile de livres que je suis tombée sur cette bonne pioche, un roman historique sur des secrets de famille comme je les affectionne, pour entremêler constamment le passé et le présent. J’ai enfin compris pourquoi ce livre prenait la poussière sur mes étagères depuis près de trois ans, le titre en effet y était pour quelque chose ; Des jours et des vies me faisait penser à ce feuilleton américain aux accents de Barbara Cartland, extrêmement niais. Il est incompréhensible que l’éditeur ait choisi un tel titre devenu aujourd’hui un cliché, alors que The secret wife (L’épouse secrète), convenait pourtant parfaitement bien. Pourquoi les éditions Charleston n’ont-elles pas conservé la traduction originale? Cela dessert à mon sens l’œuvre de Gill Paul. Un choix hasardeux !

Ce livre aurait en effet mérité une meilleure communication car sa thématique n’est pas dénuée d’intérêt, relatant avec brio la tragédie effroyable de la famille des Romanov, un sujet glaçant bien que fascinant. Gill Paul se focalise plus particulièrement sur la destinée de l’une des filles du Tsar, la ravissante Tatiana Nikolaïevna, qui tout comme sa sœur cadette Anastasia, nourrit encore aujourd’hui de nombreux fantasmes. Auraient-elles toutes deux réussi à échapper à la fin tragique des Romanov?

Famille Romanov

La famille impériale russe (cliché de 1913)

L’auteur a donc choisi d’imaginer les zones d’ombres liées à cet événement en reconstituant une correspondance clandestine imaginaire entre l’officier de cavalerie Dimitri et Tatiana, la fille du dernier Tsar Nicolas II.

A travers cette fiction romanesque plutôt réussie, le lecteur découvre les coulisses de la vie de la famille impériale russe à la veille de la Révolution de février 1917 (qui mènera à l’abdication du Tsar et à la chute de la dynastie impériale russe) et de celle d’octobre 1917 (qui renversera pour de bon le régime tsariste de Russie et annoncera la prise de pouvoir officielle des bolcheviks). L’existence de cette famille royale était somme toute paisible et d’une naïveté déconcertante. Le tsar lui-même était finalement peu en phase avec la réalité, c’est-à-dire l’insatisfaction grandissante d’un peuple russe affamé et désespéré par les défaites subies depuis 1914. Pieux et pour le moins crédule, Nicolas II n’avait ni l’étoffe d’un combattant et encore moins celle d’un grand dirigeant, naviguant ainsi avec difficulté dans les eaux troubles de la diplomatie. A la veille de l’insurrection, le clan des Romanov pensait échapper aux rebelles pour se réfugier en Angleterre mais, hélas, aucune aide diplomatique ne leur sera réellement fournie. Abandonnés de tous, les Romanov périrent sous les balles et les baïonnettes des soldats russes.

Si j’ai été happée par la dimension historique du récit, je dois cependant avouer avoir trouvé l’histoire moderne un tantinet bancale et peu intéressante en comparaison de la trame principale. Il semble qu’elle ne soit finalement qu’un simple prétexte pour introduire le fameux journal intime de Tatiana qui révélera peu à peu l’horreur et la déchéance de cette lignée maudite.  Le personnage de Dimitri, protagoniste hautement romantique mais acteur impuissant de ce drame, est très attachant. Néanmoins, j’ai moyennement apprécié son évolution dans la seconde partie du livre. Parfois trop indécis et tiraillé entre son attirance charnelle pour son épouse et l’amour indéfectible qu’il ressent pour la belle Tatiana, Dimitri choisit la facilité en commettant l’adultère, une tromperie qui durera de nombreuses années sans véritablement perturber notre “héros” masculin…

La partie consacrée aussi à la fuite de Dimitri en Allemagne après la rébellion russe m’a par ailleurs parfois peu convaincue. La romancière fait renaître un Berlin fantasmé en survolant au passage les années glorieuses de la comédie burlesque très inspirée de Cabaret. On y découvre une culture allemande prônant davantage l’amour libre et insouciant, une vision très moderne qui désarçonne le héros Dimitri car elle diffère grandement des coutumes russes. Ce passage semble simplement permettre l’introduction d’un nouveau personnage féminin.

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Tatiana Nikolaïevna (1897-1918)

Enfin, l’héroïne Tatiana manque cruellement de profondeur, demeurant d’un bout à l’autre du roman une figure éthérée insaisissable et mystérieuse comme si elle appartenait presque au domaine du songe, ce qui ne permet pas de réellement s’attacher à sa personnalité.

Un dernier mot sur Raspoutine qui aurait porté le coup de grâce au Romanov en ternissant un peu plus leur réputation et en précipitant la chute de cette dynastie déjà moribonde : J’aurais aimé en apprendre davantage sur le personnage de Raspoutine, cet ange déchu que l’on prénommait avec effroi “le moine fou” et qui fut assassiné en 1916 par des aristocrates russes. Le livre effleure à peine sa responsabilité dans l’affaire alors que le personnage est pourtant toujours présent en filigrane dans la correspondance de Tatiana et de Dimitri. A ma grande surprise, j’ai découvert que Raspoutine n’était ni vieux ni sénile comme il était souvent portraituré par l’imaginaire collectif mais au contraire, jeune, séduisant et décadent. Cette réalité saisissante de ce mystérieux intrigant s’écarte totalement de la vision grotesque et caricaturale dépeinte par les studios Fox animation dans le célèbre dessin-animé Anastasia. Raspoutine, un paysan russe aux pouvoirs mystiques supposés était cependant bel et bien perçu par le peuple russe comme l’antéchrist, un démon incarné. La chanson de Boney M, Rasputin, (à écouter ici) est ironiquement proche de la réalité. Subjuguée par son charme ensorcelant et ses fameux dons de guérison, la tsarine Alexandra Fedorovna se serait entichée de lui et en aurait fait son amant (même si cette rumeur est encore réfutée officiellement aujourd’hui)… Une correspondance plutôt compromettante entre eux aurait été détruite avant la disparition de la lignée Romanov pour ne pas attiser davantage la haine du peuple et des nobles qui voyaient son influence d’un mauvais œil. Raspoutine aurait ainsi profité de la timidité maladive de l’impératrice pour s’immiscer dans les affaires du palais. Il devint également le guérisseur officiel de la famille. Il aurait d’ailleurs réussi à soigner son fils, Alexis, qui souffrait d’hémophilie, une maladie dégénérative génétique souvent renforcée par la consanguinité. (Le roman de Raspoutine de Vladimir Fédorovski me tente grandement pour approfondir ce sujet)… 

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J’aurais aussi voulu en savoir plus sur cette fameuse Alexandra Feodorovna, la dernière impératrice de Russie, mère de Tatiana et petite-fille favorite de la reine Victoria. Son personnage aurait été bien plus intéressant à traiter car il demeure encore aujourd’hui assez complexe. Qui était-elle vraiment?

Pour conclure, en dépit de quelques invraisemblances,cette lecture fut tout de même très enrichissante et passionnante. Même si l’on connaît d’emblée le dénouement tragique de cette histoire désespérante, le récit est malgré tout bouleversant et quand bien même l’auteur tisse une fiction parfois un brin trop fantasmée, le lecteur se laisse prendre au jeu malgré lui.

Mon souvenir le plus marquant de ce roman reste la captivité des Romanov qui est effroyable car l’on sait pertinemment bien qu’ils ne seront jamais libérés. J’en avais les larmes aux yeux. Ce passage m’a retourné l’estomac.

J’ai désormais très envie de visionner dans la foulée le film Rasputin dark servant of destiny de 1996 quand j’aurais réussi à mettre la main dessus. Ce biopic très controversé est apparemment brillant. Alan Rickman y interprète un personnage infâme, noceur, alcoolique et diabolique néanmoins séduisant. Pour ma part, le regard fou presque habité de ce grand acteur m’a convaincue après avoir visionné cette bande-annonce épique :

Je compte aussi revoir Anastasia, ce magnifique dessin-animé sorti en 1997 et qui a bercé mon enfance. 

Publié le par missycornish | 34 commentaires

persuasionnetflix11.jpgIl y a quelques jours, la plateforme Netflix, surfant sur le petit succès des Chroniques de Bridgerton (une série pseudo-historique qui a provoqué un regain d’intérêt pour le period drama), a cette fois-ci décidé de s’attaquer à un monument de la littérature britannique du XIXème siècle, Persuasion, un roman posthume de Jane Austen. A l’annonce de cette énième adaptation austenienne, j’étais initialement réticente à la visionner (était-ce vraiment nécessaire d’en produire une nouvelle alors qu’une brillante adaptation avait déjà vu le jour en 2007?), puis finalement heureuse et enthousiaste qu’un film soit consacré à Anne Eliott, un personnage féminin fabuleux et une héroïne touchante malgré ses principales faiblesses: son caractère parfois trop influençable et ce tempérament introverti qui la mènera à éconduire l’homme qu’elle aime…

Anne, persuadée par sa famille qu’il ne convient pas à son rang commettra une erreur stupide de jeunesse qu’elle regrettera encore huit ans plus tard lorsque ce même prétendant se présentera à nouveau sur son chemin. Wentworth désormais capitaine de la marine anglaise est devenu un parti enviable pour les jeunes filles aisées de bonne famille. Quant à Anne, elle n’est toujours pas mariée et s’est retrouvée sans le sou à la suite d’un revers de fortune. Parviendra-t-elle de ce fait, avec si peu d’atouts, à se faire à nouveau aimer de Wentworth? Comment pourra-t-elle à présent gagner son cœur?

A peine sortie sur Netflix, cette adaptation a déjà réussi à faire polémique. La toile s’est d’ailleurs enflammée et en particulier chez les janéites provoquant parfois des échanges quelque peu musclés. Gardons tout de même notre calme, chacun est libre de ses opinions. Les avis sont d’ailleurs assez tranchés. Soit cette adaptation a plu à un certain nombre d’internautes qui n’ont vu en elle qu’une comédie romantique rafraîchissante et plutôt gentillette, rien de plus ; soit, celle-ci a été au contraire détestée catégoriquement car elle pervertit, selon les fans, l’œuvre originale de Jane Austen… Ainsi donc, j’ai eu moi aussi l’envie de vous livrer mon ressenti, sans bien entendu aucune objectivité! A bon entendeur! 

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Je dois l’avouer sans détour, je fais partie de la seconde catégorie. J’ai profondément détesté le nouveau Persuasion. Mon sang n’a fait qu’un tour quand, dès les premières minutes du film, Dakota Johnson (bien trop belle pour le rôle… ) s’adresse directement à la caméra pour expliquer la scène qui se déroule pourtant sous les yeux du spectateur, un choix scénaristique qui m’a donné l’impression désagréable de suivre une histoire faite de carton-pâte et d’être prise pour une parfaite imbécile. Je pensais que les incursions seraient savamment dosées et apporteraient une profondeur psychologique à l’héroïne du film, or il n’en est rien. Ses monologues sont bavards et souvent inutiles voire même ridicules. Anne Eliott n’égrène que des platitudes et s’exprime le plus souvent comme une adolescente attardée. Les dialogues sont d’ailleurs d’une nullité rare tout comme le langage anachronique bizarre et dissonant qu’emploient les protagonistes (l’exemple le plus frappant: “nous sommes pires que des “ex”, nous sommes des amis” sic).

Si le film est d’un point de vue visuel incontestablement beau, qu’il s’agisse des décors comme des costumes, il propose néanmoins une reconstitution historique fantasmée. Au delà du wokisme dégoulinant qui s’en dégage (je ne m’attarderai pas sur cet aspect qui fait désormais partie des cases à cocher pour produire un film, RIP les productions historiques somptueuses et fidèles), cela m’a fait penser aux vidéos Cottage Core à l’esthétisme soigné que j’adore regarder pour me détendre sur Youtube. Des jeunes filles/femmes aux allures de nymphes égarées se mettent en scène, prenant des pauses suaves sur des nappes de pique-niques tout en étant habillées de tenues d’inspiration vintage …

darling desi

Un exemple parmi tant d’autres, les vidéos de Darling Desi (sa chaîne ici) que j’affectionne tout particulièrement (mon petit péché mignon). Seulement, est-ce vraiment ce qu’on attend de Netflix, nous proposer un film qui ressemble à une pub de parfum ou à un vlog d’influençeuse? (pourquoi pas un tutorial beauté Anne Eliott tant qu’on y est)  Pour ma part, voir Dakota Johnson prendre la pause avec un petit lapin dans les bras (parce que cela fait mignon, hein!) en faisant l’amour à la caméra, (Anastacia Steel sort de ce corps) très peu pour moi.

Et que dire de la personnalité d’Anne Eliott à l’écran? Si Dakota Johnson est indiscutablement sublime, son personnage n’est pas pour autant attachant. L’héroïne transposée en femme moderne est devenue une célibataire blasée et condescendante qui méprise sous cape sa propre famille. Elle n’a du reste aucune classe. Toute l’histoire est perçue par son prisme impitoyable. Lorsqu’elle évoque ses proches, ses sœurs ne sont à ses yeux que des idiotes mesquines et narcissiques (dit Anne qui parle constamment à la caméra en prenant la pose…) tout comme son père apparemment dont la principale activité est de dilapider le peu de fortune qui lui reste en fanfreluches… Anne se présente ainsi avec une fausse modestie comme étant le vilain petit canard de la famille, l’enfant mal aimé, dont personne ne se soucie.

Anne entre les membres de sa famille

La scène d’introduction du clan Eliott est en outre complètement grotesque. Dakota Johnson se trouve souvent assise sur le divan, toujours située au centre et écrasée entre les membres de sa famille… Bien évidemment ces dernières sont des blondes éthérées et un brin tartignoles, en comparaison de Dakota Johnson, l’actrice, à la chevelure sombre et au teint de poupée de porcelaine. On a du mal à imaginer qu’elle ne soit pas la plus courtisée des trois. Anne éclipse incontestablement par sa beauté ses sœurs. Comment se fait-il qu’elle soit dès lors restée célibataire si longtemps? Impensable. Et quant au Capitaine Wentworth, pourtant militaire, sa mine est toujours débraillée et il n’est d’ailleurs jamais rasé. L’acteur est malheureusement dépourvu de tout charisme… Par contre, c’est un homme au grand cœur puisqu’il défend les baleines… Pour vanter ses qualités, une amie d’Anne évoque, l’œil brillant, un épisode mémorable où le capitaine aurait dévié la trajectoire de sa propre flottille pour amarrer une baleine échouée sur une plage et la sauver d’une mort certaine… Du grand n’importe quoi… Encore une case cochée, Greenpeace doit être satisfait.

Les choix absurdes scénaristiques sont de ce fait multiples. La réalisatrice s’en est donné à cœur joie pour innover. On a le droit à des plans moches où Anne se déculotte derrière un tronc d’arbre pour faire ses besoins (façon Emma, autre adaptation ratée et assez vilaine de Jane Austen disponible sur Netflix, mon billet ici), où elle se met sans raison à faire la planche dans la mer toute habillée (un clin d’oeil au t-shirt mouillé de Darcy?), où elle picole comme une pocharde et se met à meugler comme une poissonnière, le nom de son ancien amant à la fenêtre pour attirer son attention (Frederiiick!) et où elle avoue même avec une certaine pointe de fierté devant une tablée entière que le mari de sa sœur en pinçait d’abord pour elle avant de se résoudre à épouser cette dernière en second choix (quelle punaise!)… Bref, c’est le pompon.

dummiesEn voyant ce film, je me suis demandée si la réalisatrice avait seulement pris la peine de lire le roman original? A croire qu’elle s’est procurée un exemplaire du fameux Jane Austen pour les nuls pour concevoir son scénario brouillon. Mais ce n’est pas tant cette multitude de choix scénaristiques complètement foutraques et absurdes qui m’a le plus gênée, non, c’est la trahison de l’essence même de l’œuvre de Jane Austen. J’ai lu d’après certaines critiques que la romancière aurait ri aux éclats en visionnant cette nouvelle adaptation oh combien “originale et avant-gardiste”. Qu’en savons-nous vraiment? Pour ma part, j’en doute, à l’heure qu’il est, l’auteure doit sûrement se retourner dans sa tombe à la manière d’une centrifugeuse…

A mon sens, Persuasion reste le roman le plus mature de Jane Austen (j’en parle ici) car c’est dans cette œuvre sublime et bouleversante que l’auteure a mis le plus d’elle-même. Ce livre qui évoque les rendez-vous manqués a d’ailleurs été écrit à la fin de sa vie. Anne, c’est un peu Jane qui imagine ce que sa destinée aurait été si elle avait eu une seconde chance d’accepter la proposition de son fiancé, cet amant qu’elle a finalement déserté. Je repense à ce superbe biopic, Becoming Jane, relatant avec brio son destin d’écrivaine et son grand amour avorté (sortez les mouchoirs, ce film est une petite merveille). Certes, cette biographie est largement romancée mais pourtant tellement belle et touchante (ma critique ici).

Pour conclure, Persuasion est un petit nanar sans éclat qui m’a profondément ennuyée. La réalisation s’est de plus révélée décevante et grotesque. Cette adaptation qui se voulait sans doute dans l’ère du temps, progressiste et engagée, est en effet une fumisterie. Le film m’a paru bâclé et d’une médiocrité affligeante. Jane Austen était elle-même une féministe avant l’heure, nul besoin dès lors de caricaturer son héroïne en la métamorphosant en une célibataire à la sauce hollywoodienne, vulgaire, méprisante et hautaine pour la rendre plus femme et authentique. Pour moi, tout ceci n’est qu’un féminisme dévoyé. Jane Austen met toujours en valeur des figures féminines conscientes de leur place précaire dans la société. Sa vision sur les femmes est toujours un peu cynique. Ce sont malgré tout à leur manière des héroïnes de papier fortes qui luttent constamment pour s’affirmer et exister dans un monde fait par les hommes et pour les hommes. Dommage que la réalisatrice ne se soit pas penchée davantage sur cet aspect sociétal en mettant en lumière les désillusions de l’héroïne dans le contexte de l’époque victorienne. Anne Elliot, une femme du XIXème siècle, a perdu les feux de sa jeunesse et sait pertinemment bien qu’elle ne peut conquérir le cœur de Wentworth en mettant en avant une beauté déjà passée (si on se réfère au livre original), c’est la finesse de son esprit et son caractère humble qui feront finalement la différence.

Une femme mûre et raisonnable ferait ainsi une bien meilleure épouse qu’une jeune et jolie tête écervelée, ce que semble suggérer l’auteure. L’image grossière presque caricaturale d’une midinette garce et nombrilique que dépeint la réalisatrice ne colle donc pas du tout à la véritable personnalité d’Anne Eliott.

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Ce film souligne à mon sens les dangers mercantiles de l’industrie cinématographique actuelle. A force de vouloir sacrifier toujours un peu plus l’art au profit capitaliste en n’hésitant pas à concéder au passage à la pensée wokiste (puisque c’est la tendance), le cinéma est en train de scier la branche sur laquelle il est encore assis. On tourne en rond et on se retrouve avec du Bridgerton “resucé”. La qualité n’est plus au rendez-vous et pondre des films bon marché passablement divertissants et réalisés à la “va comme je te pousse », est devenu la norme. En somme, il ne semble plus exister que des long-métrages prémâchés pour des spectateurs considérés de plus en plus, avec une petite pointe de mépris à peine dissimulée, comme des décérébrés. Cette adaptation en est le parfait exemple. Pourra t-on encore aujourd’hui produire des chefs-d’œuvre du cinéma? En avez-vous d’ailleurs vu ces cinq dernières années? Je repense avec une certaine mélancolie et nostalgie à la superbe adaptation de Raison et sentiments d’Ang Lee et je m’interroge sur la place du cinéma dans la culture occidentale, a t-il encore un avenir? Qu’en pensez-vous? Avez-vous, vous aussi, le même ressenti? Ou avez-vous au contraire apprécié cette nouvelle adaptation austenienne? (dites-le moi dans les commentaires, cela m’intéresse d’en parler avec vous).

La bande-annonce de Persuasion:

Publié le par missycornish | 19 commentaires

En attendant de pouvoir vous parler cette semaine de la nouvelle adaptation de Persuasion sortie hier sur la plate-forme de Netflix et consacrée à l’un des romans les plus sombre et les plus mature de Jane Austen, voici mon avis sur le roman original. Une lecture qui m’avait marquée car elle donnait à réfléchir sur nos choix de vie parfois irréfléchis et les conséquences désastreuses qui peuvent en découler.

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« You pierce my soul, I am half agony, half hope. Tell me that I am not too late, that such precious feelings are not gone forever. I offer you myself to you again with a heart even more your own, than when you almost broke it eight years ago. » Capitaine Wentworth. 

Persuasion est sans conteste la meilleure oeuvre de Jane Austen. Peu connu du public qui lui préfère Orgueil et Préjugés, Persuasion est l’un des romans posthumes de l’auteur. Jane Austen l’a écrit en 1816 alors qu’elle était gravement malade. C’est le travail le plus abouti qu’elle ait accompli, l’écriture est fluide et bien plus mûre.  La psychologie des personnages est plus soignée. Anne Elliot, une jeune femme à la fois absurde du fait de ses choix, et attachante par son regret, est un personnage magnifique. Anne est humble, raisonnable mais influençable aussi car trop inexpérimentée. Cependant on…

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Publié le par missycornish | 9 commentaires

La-villa-aux-etoffesL’été s’est bel et bien installé pour mon plus grand bonheur. Il fait ici une chaleur quasi-caniculaire! Je profite donc d’après-midis de farniente pour bouquiner (et cuire) sous ma tonnelle au soleil. J’ai d’ailleurs entrepris la lecture du premier tome d’une saga immersive fabuleuse. Vous raffolez des secrets de famille, des romans historiques et des histoires d’amour presque impossible?  Ne cherchez plus, cette fresque romantique est faite pour vous! Il faut bien l’avouer, j’ai toujours eu un petit faible pour les sagas familiales romanesques et cette dernière lecture s’est révélée plutôt satisfaisante de ce point de vue.

Si l’intrigue n’était pourtant pas à première vue hautement haletante, l’ambiance et le contexte historique de l’histoire m’ont finalement convaincue de me plonger dare-dare dans ce premier volet qui se présente avant tout comme un roman d’atmosphère mettant en lumière une famille d’industriels au tournant du début du XXème siècle. Une époque donc annonciatrice d’un futur cataclysme, la première guerre mondiale qui apportera avec elle son lot de malheurs et de deuils ; et la fin d’une ère, celle des privilèges d’une classe sociale de bourgeois qui a bâti sa fortune grâce à la sueur du front de ses ouvriers, exploités parfois jusqu’à l’épuisement… 

L’histoire débute en 1913 en Bavière. Le personnage principal, Marie, une jeune orpheline chétive et sans le sou, entre comme femme de cuisine dans la somptueuse demeure des Melzer, une famille détenant l’une des usines de textiles les plus prospère d’Augsbourg. Pendant que Marie tente difficilement de trouver sa nouvelle place au sein des domestiques, à l’étage, on s’affole pour trouver un parti alléchant aux deux filles du maître du logis. Katharina au grand dam de sa sœur aînée Elizabeth, d’une beauté saisissante, est convoitée par de nombreux jeunes hommes. Quant à lui, Paul est peu intéressé par ces frivolités. Après des années infructueuses d’études de droit, le voilà de retour chez lui sans véritable projets de vie. Son père, tyrannique, souhaite le voir un jour reprendre l’empire qu’il a construit de ses  propres mains mais l’héritier ne semble pas pour le moment mériter une quelconque promotion au sein de l’entreprise familiale… Qu’importe son nom, il devra se retrousser les manches et convaincre son père s’il souhaite obtenir une place de choix dans l’usine. Lorsque Paul croise le regard de Marie, cette rousse au charme ensorcelant, il fait fi des conventions et tente de la séduire coûte que coûte au risque de se mettre à dos tout le clan Melzer. Marie ne voit pas cette relation d’un bon œil bien qu’elle ne soit pas tout à fait insensible au charme de Paul, mais elle découvrira très vite que cette rencontre est peut-être le fruit du destin qui lui permettra qui sait de démêler enfin l’écheveau de ses origines mystérieuses.

J’ai grandement apprécié cette lecture de détente idéale pour les vacances. Ce roman historique nous transporte dans une Allemagne bercée de romantisme bien qu’elle soit également en plein essor industriel… L’auteur décrit d’ailleurs avec brio une vision poétique romancée de la vie de bohèmes qui se heurte inlassablement à la dure réalité, la laideur triviale de la mécanique de machines de textiles. Katharina (Kitty), l’une des filles Melzer qui nouera une relation amicale avec Marie au fil des pages, aspire à vivre ce mode de vie, celui d’une artiste en quête perpétuelle de beauté et de liberté.

Si j’ai aimé le caractère raisonnable, pragmatique et posé de Marie, notre héroïne, je dois avouer avoir trouvé Kitty parfois agaçante. Bien qu’elle soit à la fois fantasque, romantique et passionnée, elle multiplie aussi les extravagances au grand désespoir de ses parents qui lui cèdent tout du fait de son statut de cadette.  Kitty est un brin trop évaporée à mon goût et parfois égoïste. Elle prend de plus souvent des décisions hâtives sans se soucier des conséquences pour son entourage. J’espère que Kitty mûrira davantage. Quant à sa soeur aînée, Elizabeth, c’est une jeune femme perfide d’une jalousie maladive. Elle rappelle énormément la personnalité d’Edith, la sœur au physique commun de Downton Abbey. Elizabeth n’est pas vraiment attachante, sa mesquinerie l’enlaidit. Elle manque également d’empathie pour les autres et ne se préoccupe que de sa petite personne. C’est une garce notoire envieuse et fourbe, prête à toutes les bassesses pour obtenir ce qu’on lui refuse. Si j’ai éprouvé au départ une certaine pitié pour cette sœur quelque peu délaissée, j’ai fini par la détester. Je trouve que l’auteur réussit moyennement à équilibrer les traits de personnalité des deux sœurs. L’une a tout, l’autre n’a vraiment rien pour elle.

la villa aux étoffes

Ce premier tome se laisse donc dévorer et est très bien écrit. On y entrevoit en outre une ambiance qui n’est bien évidemment pas sans rappeler l’atmosphère guindée et survoltée de Downton Abbey avec les mêmes ingrédients qui ont fait le succès de cette excellente série télévisée : des bals luxueux et des toilettes excessives au coût exorbitant tout comme des intrigues d’alcôves entre maîtres et serviteurs à profusion. La villa, théâtre de l’intrigue principale, abrite par ailleurs ce fameux secret lié aux origines mystérieuses de Marie, héroïne du roman. 

En dépit de quelques scènes mièvres en particulier dans le traitement de l’idylle entre Marie, l’héroïne et l’héritier rebelle Paul, mon intérêt pour l’histoire ne s’est pas un seul instant émoussé. Certes, un auteur anglo-saxon aurait sûrement apporté une dimension sociale plus convaincante et aurait sans doute préféré une histoire d’amour impossible pour évoquer la cruelle réalité de la lutte des classes. Anne Jacobs a choisi quant à elle la facilité pour nous produire une romance convenue. Elle pulvérise au passage d’un trait de plume le fossé social des personnages par le pouvoir seul de l’amour… Mouais. Malgré ce léger bémol, on s’attache aisément aux personnages du roman.

A l’évidence, Anne Jacobs ne possède pas le talent d’écriture et la finesse psychologique d’une Edith Wharton ou d’un Julian Fellowes mais elle arrive malgré tout à nous transporter. Et quand bien même la trame est somme toute prévisible, l’histoire demeure néanmoins passionnante malgré cette petite faiblesse d’écriture. Après tout, ce n’est pas tant la destinée finale qui compte que le plaisir de la traversée. 

Je suis curieuse de voir comment l’auteur va à présent faire évoluer ses personnages, le second tome annonçant la première guerre mondiale qui se profile dangereusement à l’horizon. La famille des Melzer devra faire face à ce nouveau coup dur…

En bref, ce premier tome, très prometteur et captivant, a rempli presque toutes mes attentes à l’exception peut-être de la romance qui manque cruellement d’originalité. Je ne crois pas avoir été aussi enthousiaste à la lecture d’une saga que depuis la découverte merveilleuse du premier volet de la série de romans québécois  Le goût du bonheur qui m’avait franchement séduite. Ma critique ici. Voici donc un petit pavé de l’été de six cent pages, délicieusement savoureux. 

Publié le par missycornish | 12 commentaires

Anne d'avonlea

Les vacances ont officiellement débuté! Quelle meilleure façon de commencer cette nouvelle période estivale qu’en lisant, Anne d’Avonlea, le second tome très cottage core des aventures de notre chère Anne Shirley. J’ai une fois de plus retrouvé avec allégresse la jolie frimousse et les beaux yeux gris de cette rousse au tempérament de feu. 

Notre adorable petite orpheline est enfin sortie de sa chrysalide, la voilà désormais une jeune institutrice de seize ans. Toujours aussi fantasque mais malgré tout plus raisonnable, Anne est à présent bien plus posée et moins pipelette. Elle possède cependant encore ce besoin, chevillé au corps, d’être aimée par tout son entourage.  

La jeune fille qui n’a plus que Marilla, depuis la mort de Matthew, comme seule tutrice, s’efforce de faire bonne figure et aide sa mère adoptive dans toutes ses tâches. Une amitié s’accentue également en filigrane dans la trame principale avec le séduisant Gilbert, son ancien rival à l’école… On est bien loin de l’animosité initiale qui caractérisait leur duo. Cette relation amicale se meut peu à peu en un sentiment plus profond, une douce idylle semble d’ailleurs se profiler peu à peu… La suite de cette merveilleuse saga romantique nous en dira sans doute davantage. Hâte de voir comment leur relation va évoluer.

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Dans ce second volet, Anne est également toujours à l’affût de nouveaux projets. Le club des Embellisseurs (rebaptisé sous cape par les mauvaises langues du village “le club du flirt”), une société d’amis dont le principal but est d’améliorer l’esthétisme des lieux qui entourent sa petite bourgade, est devenu sa nouvelle lubie. J’aime la façon dont Anne Shirley semble contaminer son monde. L’optimisme inébranlable tout comme cette aura bienveillante qui la caractérisent touchent au fil du temps toutes les personnes qui gravitent autour d’elle.  

Sa relation avec les enfants est par ailleurs particulièrement touchante. Parce qu’elle a elle-même souffert durant sa petite enfance de solitude et d’un manque cruel d’amour, la jeune femme est dotée d’une grande empathie. Elle n’est d’ailleurs pas en reste lorsqu’elle doit, aux côtés d’une Marilla vieillissante et dont la vue décline de plus en plus, s’occuper de jumeaux orphelins. Davy et Dora ont des personnalités diamétralement opposées. L’un est récalcitrant à l’autorité et indiscipliné, l’autre est un ange placide et doux. Ces deux êtres occupent désormais une place prépondérante dans la vie de notre généreuse Anne qui s’efforcera de les éduquer.

Anne

Anne Shirley est aussi une institutrice passionnée qui prend très à cœur sa mission de transmission. J’ai beaucoup aimé sa manière bien à elle d’instruire ses élèves. Elle apprend au fur et à mesure de ses erreurs de jeunesse. Bien que ses élèves sont de véritables têtes de mules, cet admirable bout de femme est déterminée à réussir et s’investit corps et âmes dans tout ce qu’elle entreprend, et si parfois le métier d’enseignant semble charger d’une multitude d’épreuves, Anne a beau se questionner sur l’avenir de sa profession, elle ne baisse pas pourtant les bras. Elle évoque par ailleurs les déboires tout comme les déconvenues que subissent quotidiennement les enseignants:

“… Un découragement qui n’avait aucune véritable raison d’être car rien de grave n’était arrivé. Mais elle était épuisée et en venait à se dire qu’elle n’arrivait jamais à apprécier l’enseignement. Et ce serait vraiment horrible de faire quelque chose qui vous rebute tous les jours pendant, disons quarante ans.”

Une réflexion qui m’a fait sourire car ses préoccupations entrent en écho avec mes propres doutes en tant que professeure. 

Lucy Montgomery réussit donc avec brio à faire évoluer la personnalité d’Anne Shirley pour la forger à sa nouvelle vie de femme. On a ainsi l’impression de la connaître intimement, de faire partie de son petit cercle d’amis. Le roman se présente parfois comme un guide spirituel sur la vie, il est en effet bourré de conseils pertinents sur le bonheur:

“ En fait, déclara Anne à Marilla, je vois que les journées les plus belles et les plus agréables ne sont pas celles où il se passe des choses magnifiques et incroyables ou passionnantes, mais celles qui ont su  faire couler le long de sa plume un peu de son âme”. 

On y découvre aussi une jeune écrivaine en herbe qui s’inspire de son quotidien. Ainsi, les événements en apparence sans grand intérêt mais qui font pourtant le sel de la vie à Avonlea deviennent de précieux trésors d’inspiration pour ses écrits. On suit de ce fait une fois encore les pérégrinations d’Anne Shirley avec le sourire aux lèvres. Les petites aventures d’Anne sont comme de délicieuses madeleines de Proust. Elles dégagent un sentiment nostalgique réconfortant.

L’auteure déploie en outre un monde bucolique d’une rare beauté. La plume enchanteresse de Lucy Montgomery nous transporte à chaque page. Si ses romans aux vertus apaisantes présentent peu de surprises, les chapitres se laisse dévorer. On a l’impression de retourner dans un univers familier, comme si on retrouvait des personnes chères à notre cœur. Ce second volet est par ailleurs émaillé de superbes descriptions poétiques et caractérisé par une petite touche d’humour débridé. Anne multipliant toujours les bourdes, on a droit à quelques passages drôles et rocambolesques délicieux. Les passages magnifiques de descriptions bucoliques invitent de ce fait le lecteur à la rêverie et renouent ce dernier à son âme d’enfant. 

L’auteure croque par ailleurs des personnalités irrésistibles auxquelles on ne peut que s’attacher au fil des pages. On savoure chaque ligne comme on savoure un délicieux bonbon. C’est un régal d’écriture. J’adore cette ambiance un peu désuète, une bouffée d’air frais dans cette atmosphère morne actuelle et cet été qui semble timidement pointer le bout de son nez.

Les contours de l’univers charmant de cette saga, La maison aux pignons vert, pourtant initialement imaginaire, forment progressivement un monde crédible et coloré où il fait bon vivre. On referme le livre avec une petite pointe de regret et de mélancolie en espérant retrouver promptement ces héros de papier. 

En bref:  un roman donc léger et attendrissant où il ne se passe pas grand-chose au fond mais où on se laisse porter avec douceur d’une page à l’autre. Anne Shirley n’a donc pas fini de nous enchanter et de nous faire sourire. Voici donc la suite merveilleuse des aventures de cette jolie rousse espiègle, que j’ai lue avec un plaisir une fois de plus renouvelé.

zADR6CcBrLKjZEBqAMi3wZwXXG7J’ai visionné en parallèle de ma lecture le premier et le second épisode du feuilleton canadien, Le bonheur au bout du chemin, de 1985, une adaptation fidèle, réalisée par Kevin Sullivan qui rebooste le moral. Chaque épisode dure environ 1h30, de quoi se régaler et savourer pleinement l’univers enchanteur de cette jolie saga. En outre, l’actrice qui incarne à l’écran Anne Shirley est tout simplement parfaite pour son rôle. Elle embellit au fil des épisodes et est aussi belle que touchante dans son jeu. J’adore ses tenues très Dark Academy. Je suis incontestablement devenue une admiratrice fervente de l’œuvre de Montgomery grâce à cette mini- série. Pour retrouver mon avis sur le premier tome de cette saga, Anne de Green Gables, c’est ici.

Ma toute première participation au Challenge Cottagecore pour cette année.

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Publié le par missycornish | 11 commentaires

le poids des secretsTsubaki, le poids des secrets.

A sa mort, Yukiko, survivante de la bombe atomique, révèle dans deux lettres à sa fille l’existence de son beau-frère inconnu et confesse à travers le récit d’épisodes de son enfance tout comme de son adolescence un terrible secret qui a pesé sur son âme tout au long de son existence. En évoquant son passé, sa vie d’abord à Tokyo, puis à Nagasaki, Yukiko fait resurgir les fantômes de sa jeunesse et plus particulièrement celui de son père, un homme cruel et égoïste… Elle reviendra ainsi sur la duplicité de cette figure paternelle dont les actions irréfléchies conduiront la narratrice à commettre l’irréparable…

Ce récit lumineux, sans fioriture ni effet de manche, mêle habilement les parfums entêtants de camélias (les fameux Tsubaki) à l’odeur âcre du cyanure. L’auteur réussit à toucher son lecteur en quelques phrases percutantes. Il faut dire que l’écrivaine possède un talent indéniable de conteuse. J’ai été émerveillée par cette plume fluide et légère qui nous envoûte dès la première page tournée. J’ai été d’ailleurs surprise par ce texte pourtant concis et dépouillé mais d’une puissance indiscutable. Cette histoire poétique m’a étrangement rappelée par certains aspects le roman L’été de la sorcière bien qu’il soit en comparaison nettement plus abouti (ma critique ici).

J’ai été en effet émue par cette pauvre famille prise en étau entre un père égoïste et désabusé qui ne se soucie que de son propre plaisir et une guerre particulièrement meurtrière ; tout comme par le personnage féminin de Yukiko qui garde enfoui au plus profond d’elle-même un secret inavouable qu’elle finira par se résoudre à confesser dans un récit épistolaire post mortem particulièrement bouleversant.Ce secret enfouie au plus profond de son cœur finira par l’achever. Quelle tristesse!

Par la voix de Yukiko, l’auteure revient en outre sur la tragédie des bombes atomiques qui anéantirent Nagasaki et Hiroshima, étroitement liée avec l’histoire dramatique de sa famille tout comme la mort de son père disparu parmi les décombres. Ce récit complète merveilleusement bien mon dernier billet consacré au soldat Onoda qui demeura une trentaine d’années dans la jungle en refusant de capituler face au GIs (mon billet ici). Si je n’avais pas été profondément touchée par l’histoire peu glorieuse et froide de cet homme aux obsessions belliqueuses, j’ai été, a contrario, admirative du personnage féminin de ce court roman d’une sagesse exemplaire. Lorsque Yukiko raconte sa jeunesse sous les bombardements américains à son petit-fils, aucun remord ne semble transparaître dans son discours et pourtant elle fut elle-même frappée de plein fouet par l’horreur de cette seconde guerre mondiale. Yukiko offre en outre, une réflexion profonde et intéressante sur ce qui pousse l’homme à faire inlassablement la guerre, un questionnement qui fait étonnamment écho à la situation actuelle ukrainienne et à l’implication de près ou de loin des Etats-Unis dans ce conflit si complexe. Après tout, une guerre n’est jamais faite par charité… On réalise au fil de la lecture que rien n’a vraiment changé, l’Histoire avec un grand H est toujours un éternel recommencement. Nul reproche n’est ainsi fait envers le gouvernement américain pour la tragédie qui chamboulera pourtant sa propre vie. Pour elle, personne ne peut échapper à son destin, tout est écrit d’avance, une pensée empreinte d’une philosophie finalement très bouddhiste qui laisse songeur… Toutefois, Yukiko reste une femme d’une résilience à toute épreuve remarquable, une femme qui s’est contentée de survivre coûte que coûte malgré toutes les épreuves qui n’ont cessé de jalonner sa vie.

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Ce premier volet de cette pentalogie originale est donc plutôt prometteur. Je garderai longtemps en mémoire la belle complicité toute particulière et émouvante qui lie Yukiko à son voisin, cet ami d’enfance dont elle conservera le souvenir jusqu’à son dernier souffle… De la belle littérature.

Pour conclure, l’auteur offre un tableau bouleversant d’une famille qui vit son propre drame intérieur alors que le monde autour d’elle se délite en plein cataclysme. Ce court roman, plein de pudeur, est tout simplement sublime. Je ne peux en dévoiler davantage de peur de vous gâcher le plaisir de cette lecture dont l’intérêt repose avant tout essentiellement sur la confession de ce fameux secret de famille.

J’ai très envie d’en apprendre davantage en lisant la suite de cette saga familiale japonaise. A noter que chaque volume peut finalement se lire indépendamment des autres. Je compte bien entendu découvrir la suite lorsque j’aurai terminé mes lectures consacrées au Mois anglais, je suis en effet actuellement plongée dans un roman tout aussi captivant bien qu’il soit plus dense, dont l’intrigue plante son décor dans un cadre victorien, imprégné de l’univers fantastique de HG Wells. Je vous en parlerai très prochainement cette semaine.

Un billet qui aurait dû être programmé pour le challenge Un mois au Japon. Mieux vaut tard que jamais!

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Publié le par missycornish | 8 commentaires

M02253078328-largeLe challenge “Un mois au Japon” a rempilé pour une nouvelle saison et ce depuis début avril. Il se poursuivra encore tout au long du mois à mon grand soulagement puisque je souhaitais y participer !  Je profite donc d’un court moment de répit pour partager avec vous une lecture niponne troublante sur un soldat japonais qui, à la fin de la Seconde guerre mondiale, a refusé de déposer les armes malgré la reddition de son pays. Hiro Onoda a fait couler beaucoup d’encre et s’il a été adulé et érigé en véritable héros à son retour au Japon, il n’en demeure pas moins un personnage historique très controversé.

L’histoire incroyable de ce soldat débute en 1945 lorsque la Seconde Guerre mondiale s’achève ; Onoda est alors stationné aux Philippines avec son unité pour organiser des guérillas dont le but principal est avant tout de décourager les troupes américaines qui ont progressivement envahi les îles. Ce soldat aux rêves de grandeur aspire à devenir un héros légendaire.

Au fil du temps, ses compagnons disparaissent un à un tandis que lui s’agrippe corps et âme à son devoir, celui de résister coûte que coûte à l’asservissement américain. Il finit par demeurer seul et complètement isolé du reste du monde, incapable d’accepter l’impensable, la défaite cuisante du Japon. Durant presque une trentaine d’années de solitude assumée, Onoda aura attendu patiemment un signe, un ordre de son commandement… Ce roman est le témoignage authentique de son parcours tumultueux. 

J’attendais peut-être trop de ce journal de bord magnifié par les critiques car je pensais découvrir un récit épique émaillé d’une réflexion profonde sur la condition humaine, mais à mon grand regret, cette lecture s’est révélée par moment et ce malgré sa brièveté, plutôt indigeste et d’un ennui mortel. En effet,  les désirs belliqueux obsessionnels de ce personnage m’ont à ma grande déception laissée de marbre. Si cette robinsonnade sidérante offre des pistes intéressantes pour se familiariser avec la culture des samouraï, le dernier vestige d’une tradition féodale incapable de survivre aux bouleversements sociétaux que connut le Japon après la défaite de 1945 et les deux bombardements atomiques successifs des villes respectives de Nagasaki et d’Hiroshima, Onoda demeure cependant malgré tout peu attachant. Il m’a été en effet impossible d’éprouver une quelconque empathie pour cet homme entêté et un brin grotesque dans sa volonté inflexible d’exercer son  devoir de soldat. 

Ce journal de bord dessert en outre à mon sens l’image héroïque et humaine que les médias tentent inlassablement de portraiturer. Aucune émotion ne transpire de ces pages. Rien. Onoda complètement endoctriné affirme qu’il aurait pu poursuivre cette folie jusqu’à son dernier souffle, quelle absurdité ! Pourquoi s’est-il infligé un tel calvaire?  Cette retraite choisie était-elle indispensable ? J’en doute fort. En tournant la dernière page, on constate qu’ aucun regret ne semble découler de cette expérience. Est-ce par pur pudeur? Le soldat aura tout de même réussi à convaincre trois de ses camarades de le suivre jusqu’à la mort malgré leurs doutes persistants, et à tuer une trentaine de civils alors que la guerre était bel et bien terminée. 

29 ans dans la jungle, ça fait tout de même une partie de cache cache fichtrement longue !

Si les considérations matérielles trouvent naturellement leur place dans ce carnet de bord relatant le parcours difficile d’Onoda dans cette jungle hostile, force est de constater qu’en trente ans, il ne s’est pas passé grand-chose dans sa vie de soldat. D’emblée, on s’interroge sur les capacités intellectuelles réelles d’un tel personnage qui commettra d’innombrables monstruosités au nom de la patrie et donc du devoir… Le soldat persiste à faire la sourde oreille. Le gouvernement japonais ira jusqu’à faire venir le propre frère d’Onoda qui s’adressera à lui dans un micro pour le faire rentrer. Ce dernier y verra encore une tromperie sournoise des Américains pour le faire sortir de sa cachette… Mais quel crédule ! Des indices de bouleversements économiques, culturels et historiques du Japon après le passage effroyable et meurtrier de la bombe atomique sont pourtant distillés au fil des années à son équipée par les autorités japonaises. Comment a-t-il pu se bercer autant d’illusions ? Était-il déjà brisé mentalement par les événements dont il avait été témoin ?  Des distributions de tracts au fil des années seront également effectuées par hélicoptère pour le tenir au courant des événements, sans grand succès. Onoda est même convaincu que la presse a falsifié à son insu les journaux… Rien que pour lui ! Un bel exemple de complotisme avant l’heure ! 

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Bien que le doute s’immisce parfois dans son esprit brumeux,  la certitude de remplir une mission qui le dépasse l’emportera toujours sur la raison. On plonge finalement avec une certaine gêne dans la psyché déconcertante de ce personnage érigé en héros ou en idiot selon la culture.

Onoda a survécu dans la jungle impitoyable en se nourrissant du bétail des civils, quelques buffles d’eau, de lait de coco pour les grandes occasions et de bananes, un régime qui le conduira lui et ses derniers compagnons d’infortune à des carences effroyables et à une maigreur décharnée. Alors que ses vêtements tombent progressivement en lambeaux, que la faim le tenaille sans cesse et que la civilisation se trouve pourtant à un jet de pierre, Onoda poursuit aveuglément sa mission, effectuant des petites actions finalement assez pitoyables sur la population civile. Ainsi, il brûlera régulièrement et saccagera les récoltes de riz des pauvres paysans pour les punir de pactiser avec l’ennemi américain.

En bref, voici donc le récit hallucinant bien que peu captivant d’un héros de pacotille fagocité par la presse qui s’est emparée de son histoire pour créer son propre mythe et encourager finalement une certaine propagande au Japon. Un article dans la rubrique « faits divers » aurait amplement suffi puisque ce journal n’apporte rien de nouveau… Ce rapport factuel est en outre mal écrit et présente peu d’intérêt pour comprendre la mentalité d’Onoda au patriotisme exacerbé et dont la personnalité demeure nébuleuse jusqu’à la dernière page. Trente ans de vie condensés dans un journal de bord de 250 pages fadasses, c’est assez désolant et quand on sait que les crimes d’Hiro Onoda sont demeurés impunis (certains ont tout de même été fusillés pour moins que ça), qu’après son retour à la civilisation, il a ouvert sa propre école de survie pour formater à son tour des enfants à son mode de pensée, on reste d’autant plus interloqué ! 

Onoda aurait continué longtemps à errer dans la jungle si Norio Suzuki, sorte d’étudiant hippie venu planter sa tante sur son territoire ne l’avait pas trouvé hagard dans les champs… La paranoïa de ce soldat est effarante. Onoda demandera malgré tout encore au jeune homme des preuves irréfutables de la défaite nippone. Comment un homme mentalement constitué a pu s’enferrer dans tant de bêtise ou d’aveuglement ?  Il aurait été jugé irresponsable, même le cas de démence n’a jamais véritablement été exprimé. Les autorités japonaises comme américaines ont pu néanmoins juger de ses troubles obsessionnels. Somme toute, une fois élevée sur un piédestal par la presse internationale, vingt-cinq ans après, il n’était plus question de l’en faire descendre… Les japonais peuvent ainsi continuer d’honorer cette époque révolue où des soldats donnaient leur vie sans contrepartie pour la gloire de l’armée impériale du soleil levant.

un-mois-au-jp-2022-4Un dernier mot sur le long-métrage, 10 000 nuits dans la jungle, inspiré de sa vie et réalisé par Arthur Harari en 2021. Ce film d’une lenteur malheureusement effroyable tente vainement d’humaniser le personnage. Bien qu’un tantinet trop contemplatif à mon goût, il a au moins le mérite de nous faire voyager en beauté grâce à des images somptueuses des Philippines.

La bande-annonce:

Publié le par missycornish | 13 commentaires

Deux ans de Vacances

“… Que tous les enfants le sachent bien, avec de l’ordre, du zèle, du courage, il n’est pas de situations, si périlleuses soient-elles, dont on ne puisse se tirer”.

deux ans de vacances pocheMilieu du XIXème siècle. Dans le Pacifique, le Sloughi, un yacht luxueux est à la dérive après qu’une terrible bourrasque l’ai poussé sur des écueils. A son bord se trouve un drôle d’équipage, une petite bande de collégiens d’un pensionnat anglais de Nouvelle-Zélande, sans aucune escorte adulte, que la perspective d’un voyage en mer avait initialement pourtant enchantée. Les voilà à leur grande surprise précipités sur des récifs inconnus. Ces jeunes gens, désormais naufragés, débarquent sur une île déserte. La croisière de rêve se révèle bien plus longue que prévu car les vacances devaient durer six semaines ; elles se prolongeront finalement deux ans les enfants n’ayant d’autres choix que de s’établir sur cette terre hostile et isolée pour pouvoir survivre dans l’attente d’un possible sauvetage…  Cette robinsonnade extraordinaire fera mûrir ces aventuriers en herbe qui devront affronter la dureté des éléments, la solitude, les tensions au sein du groupe tout comme l’arrivée impromptue de bandits sans foi ni loi envieux de leur petit coin de paradis… Dès lors, une lutte sans merci semble inévitable.

deux-ans-vacances-L-4Plébiscité depuis près de deux siècles à travers le monde par un nombre incalculable de lecteurs enthousiastes, Jules Verne continue de passionner autant qu’il fascine. J’ai rejoint le club des aficionados adeptes de ses récits d’explorations fleurant bon l’aventure et l’appel du grand large. Paru en 1888, Deux ans de vacances est l’ultime roman du cycle des robinsonnades de ce grand écrivain français. Mon père m’a toujours dit avec une petite pointe de nostalgie que les romans de Jules Verne étaient des trésors inestimables de notre patrimoine littéraire français, des livres “formidables”. Je dois l’admettre, cette première incursion dans l’univers vernien ne déçoit pas, j’ai en effet savouré chacune des pages de ce roman. Agrémenté de magnifiques illustrations en noir et blanc qui permettent de visualiser la faune sauvage tout comme les inventions des enfants, cette édition de poche rouge écarlate est un très bel écrin pour ces romans verniens. Je compte bien me faire ma propre petite collection dans ce format. 

J’ai en effet adoré suivre les péripéties vécues par ces enfants débrouillards et intrépides sur l’île Chairman baptisée en souvenir de leur pensionnat britannique établi à Auckland. 

Fils de propriétaires, négociants, lords, rentiers et fonctionnaires, tous sont d’une résilience exemplaire. Les enfants doivent souvent affronter les créatures de la nuit comme les jaguars et les couguars qui sommeillent au cœur de cette nature hostile et luxuriante. Ils découvrent en outre le principe de cohésion et font preuve d’une grande ingéniosité pour subvenir à leurs besoins. Cette petite troupe hardie élabore d’ailleurs avec maestria des pièges, dresse des cartes et découvre même les traces d’un ancien naufragé mort sur l’île! Sans peine, ils affrontent les nombreuses épreuves qui jalonnent leur séjour. Leur quotidien est en outre réglé comme du papier à musique. Le flegme et la rigueur typiquement britanniques tiennent une place prépondérante dans leur quotidien. Des enfants du même âge seraient-ils aujourd’hui capables de survivre ainsi si longtemps sur une île au climat continental? J’en doute fort… L’auteur met ainsi également en exergue l’éducation quasi-infaillible et irréprochable anglo-saxonne.

Si les valeurs britanniques inculquées dès le plus jeune âge sont souvent décriées pour leur rigidité, Jules Verne reconnaît néanmoins ses qualités formatrices indéniables ; en effet, les Anglais apprennent à devenir promptement des hommes grâce à la liberté d’initiative associée à la plus grande discipline.

Il dénonce par ailleurs sous cape le bizutage et l’exploitation des plus petits par les plus grands dans les pensionnats traditionnels, le fameux “faggisme”, cette pratique quelque peu honteuse en vertu de laquelle les plus âgés tiennent en dépendance les plus faibles ou les plus jeunes dans un état proche de l’esclavage pour les accabler des pires misères. A leur arrivée sur l’île Chairman, les enfants pourtant délaissent cette coutume. On s’attend étrangement à ce qu’ils deviennent de véritables barbares comme semblait vouloir le démontrer Lord of the flies, or il n’en est rien. J’ai particulièrement détesté ce dernier livre que j’ai abandonné à mi-parcours, lui préférant Deux ans de vacances, une robinsonnade au ton bien plus optimiste. 

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J’y ai d’ailleurs également retrouvé une ambiance analogue au Club des cinq. Eux aussi ont leur propre mascotte, leur fidèle compagnon, le chien de chasse Phann.

Ces jeunes protagonistes se sont donc révélés très attachants et leurs traits de caractères bien portraiturés, comme la passion patriotique qui anime les trois nationalités qui composent cette petite bande à l’image de Gordon, l’Américain pragmatique, Doniphan, l’Anglais suffisant, et enfin Briant le Français modérateur et diplomate. J’ai pris plaisir à suivre leurs démêlés et en particulier les rivalités des deux protagonistes principaux, Doniphan et Briant. Le premier au tempérament querelleur et borné est un jeune garçon studieux mais d’une arrogance crasse. Doniphan est en outre adepte de la gâchette, et s’adonne à de véritables carnages animaliers. On s’agace parfois de cette multitude de bêtes massacrées pour son seul plaisir personnel. Quant à Briant, ce fils d’ingénieur français, il remporte naturellement la palme de l’héroïsme et de la droiture.

Enfin, le choix original du décor m’a particulièrement plu. Le récit plante son aventure non pas dans un climat tropical comme il est souvent coutume dans les robinsonnades modernes mais plutôt dans un environnement continental. L’île semble perdue non loin de la Nouvelle-Zélande et de l’Antarctique… Elle est caractérisée par des hivers rigoureux et des étés particulièrement chauds. Point de cocotiers ou de bananiers mais des arbres à pains et des érables sur ses terres. Si j’ai beaucoup apprécié les descriptions de la faune et de la flore, j’ai trouvé cependant certains passages un peu redondants au milieu du roman. L’arrivée inopportune de mutins dans le dernier tiers du livre, ces naufragés sans foi ni loi qui menacent l’équilibre de leur petite colonie, a donc de ce fait apporté un regain d’intérêt pour l’histoire parfois un peu digressive mais aux vertus toujours aussi pédagogiques.

Pour conclure, voici donc mon tout premier Jules Verne découvert et mon tout premier coup de foudre. Je relirai avec plaisir dans quelques années ce superbe roman d’initiation sur le rite de passage de l’enfance à l’âge adulte. J’ai toujours affectionné les robinsonnades et celle-ci remplit pleinement le cahier des charges de ce genre littéraire. J’ai ainsi donc lu avec avidité ce roman d’aventure un brin suranné tout en prenant malgré tout mon temps pour savourer la plume parfois quelque peu ampoulée de Jules Verne mais étonnamment addictive.

Il me tarde désormais de découvrir d’autres titres… Mon cœur oscille entre deux lectures: Le château des Carpathes et Le Capitaine Grant que ma sœur m’a chaudement recommandée, ou La Maison à vapeur, un des grands favoris de mon père.

71YgHsFpudL._AC_SL1500_Un dernier mot sur le feuilleton de 1976 que je suis actuellement en train de visionner :  Doniphan est ici davantage le héros de cette série. Cette belle adaptation intelligente réussit brillamment à converser l’esprit de l’œuvre originale de Jules Verne bien que la pellicule soit un peu passée. Il faudrait la remastériser. Il est bien dommage qu’une nouvelle adaptation n’ait pas vu récemment le jour, car elle donnerait pourtant matière à un très bon film d’aventure… Il est surprenant que personne ne se soit encore attelé à cette tâche.


 Les épisodes de cette série sont tous disponibles en accès libre sur Youtube, bonne soirée Ciné popcorn! Voici le premier épisode:
Publié le par missycornish | 17 commentaires

Challenge Cottagecore 2022, c’est parti pour une nouvelle saison!

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Les beaux jours sont enfin de retour ! Une brise légère qui n’est pas pour déplaire souffle doucement sur notre jardin. Le soleil est aussi de la partie et les cerisiers fleurissent progressivement. J’ai une furieuse envie de sortir le … Lire la suite

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Désirer de Richard Flanagan

Milieu du XIXème siècle.

Au large de la Tasmanie, sur l’île de Van Diemen, vivent les derniers autochtones déportés. Ces déracinés ont été placés sous la protection de Sir John Franklin, gouverneur de cet îlot isolé, et de son épouse Lady Jane. Le couple, très enclin à civiliser cette population noire sauvage quelque peu réfractaire à l’éducation anglo-saxonne, se prend d’affection pour une jeune aborigène prénommée Mathinna, et décide de l’adopter malgré leur âge avancé et le peu d’expérience qu’ils possèdent en matière d’éducation, n’ayant jamais eu d’enfants. La petite fille sera traitée avec tous les égards dus à son nouveau rang, jusqu’au départ du couple précipité pour l’Angleterre, Sir Franklin et sa femme prenant soudainement et sans scrupule la décision irrévocable de tout quitter, y compris leur propre fille aborigène désormais abandonnée à son triste sort dans un orphelinat insalubre pour pauvres…

Quelques années plus tard, c’est au tour de John Franklin de connaître une destinée pour le moins dramatique… Disparu à la suite d’une expédition maritime et polaire chaotique aux confins de  l’Arctique, le voilà accusé des calamités les plus ignobles par la société londonienne très collet monté. Il aurait cédé à la pire des bassesses en s’adonnant au cannibalisme avant de s’être totalement volatilisé, ainsi que son équipage. Sa femme, Lady Jane, refuse bien évidemment cette théorie honteuse qui entache la réputation de son époux. Charles Dickens, auteur victorien à succès et tourmenté par une vie conjugale décevante, s’empare de ce fait-divers insolite pour se distraire et relancer sa veine créatrice. Le voilà donc chargé de convaincre son lectorat de l’innocence et du caractère irréprochable de cet explorateur malchanceux… Cette prise de position impactera à jamais son existence qui prendra, dans sa sphère professionnelle comme privée, un tournant pour le moins inattendu.

Roman cynique par excellence sur les supposées vertus du colonialisme, Désirer s’est révélée à ma grande surprise une œuvre d’exception, un ovni littéraire qui m’a d’emblée séduite. J’ai été en effet happée par cet étrange livre qui alterne constamment deux récits semblant à première vue diamétralement opposés mais qui pourtant conservent d’un bout à l’autre un lien ténu. Richard Flanagan, écrivain australien de renom, nous propose une réflexion étonnamment profonde et presque métaphysique sur les conséquences désastreuses de l’arrivée des colons britanniques en Tasmanie, qui conduira notamment à l’extinction quasi-complète du peuple aborigène asservi et massacré en l’espace d’une trentaine d’années seulement. Un sujet qui dérange encore aujourd’hui mais qui, à l’image du génocide des Indiens d’Amérique, fait couler de plus en plus d’encre. Les aborigènes ont ainsi progressivement disparu, atteints par des maladies transmises par les colons britanniques mais aussi par le mauvais traitement qu’on leur infligea. 

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Il était par ailleurs habituel de kidnapper des tribus entières pour les “civiliser” et les convertir  de gré ou de force à la chrétienté. Des missionnaires sanguinaires œuvrant pour le bien de tous étaient chargés de cette triste besogne.

Des passages d’une brutalité insoutenable tels que ces scènes d’autopsie réalisées sur les cadavres d’aborigènes, m’ont de ce fait glacé le sang. Ces pauvres âmes étaient dépecés comme de vulgaires carcasses animales. Il était également coutume de conserver des têtes décapitées de célèbres chefs de tribus pour les exposer dans des musées privés. Quelle horreur! 

L’auteur n’y va donc pas avec le dos de la cuillère pour décrire l’hypocrisie sous-jacente des colons anglais donneurs de leçons. Cette aristocratie décadente a été capable de commettre les pires exactions pour “civiliser” un peuple qui au fond n’avait rien demandé …

Si le désir malsain d’expansion de l’impérialisme est bien évidemment l’un des principaux thèmes de Désirer, il ne faudrait cependant pas réduire ce roman pastiche et quelque peu malaisant à cette simple fonction. L’auteur s’intéresse en outre  à la passion vorace de l’homme et à ses désirs secrets les plus refoulés, ses passions écrasées et asphyxiées sous un vernis de bienséance et de flegme somme toute britannique. C’est le cas de Lady Jane qui s’évertue à refouler ses désirs maternels tout comme cet amour naissant mais avilissant pour une petite sauvage aborigène ou bien encore le cas de Charles Dickens, vieillissant, qui refuse de laisser parler ses sentiments pour la belle actrice Ellen Ternan au point de s’en rendre physiquement malade, voire mourant.

Richard Flanagan jongle avec maestria entre le récit poignant de Mathinna et les conséquences malheureuses de son abandon ; et celui de l’écrivain victorien, obsédé par la disparition de Sir Franklin. Ces deux histoires sont imbriquées dans une progression savamment agencée.

HMS Erebus in the Ice by Francois Etienne Musin. Image shot 1846. Exact date unknown.

EJDPNF HMS Erebus in the Ice by Francois Etienne Musin. Image shot 1846. Exact date unknown.

En outre, il réussit à faire revivre sous sa plume un épisode sombre et plutôt méconnu du lectorat français : cette expédition polaire ambitieuse mais pour le moins cauchemardesque. Les membres de l’équipage, à l’instar du radeau de la Méduse, s’entre-dévoreront. Ce fameux récit glaçant et terrifiant du sombre destin de l’Erebus (nom comme marqué par le saut de la mort faisant référence aux ténèbres et au chaos dans la mythologie grecque), un navire maudit qui finira emprisonné dans les glaces de l’Antarctique, m’a toujours fascinée. J’ai lu quantité d’articles cauchemardesques à ce sujet, et en particulier sur John Franklin, un héros qui n’en fut pas véritablement un. Ce célèbre officier de la marine anglaise fut surtout connu pour avoir bêtement survécu en mangeant ses propres bottes durant une première expédition polaire (cela ne présageait déjà rien de bon…), une anecdote grotesque qui lui collera à la peau jusqu’à son dernier souffle. Ses rêves de grandeur chevillés au corps le conduiront inexorablement à sa propre perte. 

images (1)Ce roman me laissera sans doute un souvenir impérissable. Je n’oublierai jamais l’existence fracassée de Mathinna, cette jeune et jolie aborigène, incontestablement trop jolie pour son bien, prise sous l’aile faussement protectrice du couple Franklin, en apparence pétrie de bons sentiments, et encore moins le caractère faible et volatile de Lady Jane, une femme au cœur de pierre incapable de surmonter ses convictions racistes, ou même cet horrible missionnaire qui se fait surnommer le “Protecteur”, un véritable boucher œuvrant pour le bien de l’église.

Pour conclure, voici donc un drôle de roman claustrophobe à la fois hypnotisant et d’une noirceur peu commune… Une prouesse d’écriture pour ce récit emprunt d’âpres échos primitifs.  Cette œuvre insaisissable qui échappe aux étiquettes m’a totalement envoûtée. J’ai désormais très envie de découvrir Terreur, le roman d’horreur de Dan Simmons qui s’inspire de cet épisode macabre de l’époque victorienne, et qui a dernièrement été adapté en une série télévisée d’anthologie effroyable et produite en 2018 par Ridley Scott lui-même. 

À signaler donc cette brillante et dérangeante série d’épouvante. Pour ma part, je l’ai regardée d’une traite et je dois l’avouer, j’ai été bel et bien terrifiée par l’histoire. Les ajouts fantastiques n’apportent finalement guère grand-chose au récit initial qui est déjà effroyable. Imaginez donc un naufrage insolite et un équipage qui sombre peu à peu dans une folie destructrice dans un huit-clos haletant…L’horreur monte crescendo. Sueurs froides garanties. Le scénario est excellent tout comme la performance des acteurs qui reste inoubliable. La série est actuellement disponible sur Amazon. La bande-annonce:

Et un petit documentaire très bien ficelé et original sur L’expédition Franklin :
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Carnet de lectures #2 (British Mysteries+ Thématique du naufrage)

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Après une absence de cinq jours à Lille pour une formation de préparation au concours du Capes extrêmement dense mais passionnante et enrichissante, me voici de retour chez moi en Normandie. Je suis arrivée hier soir à la nuit tombée. … Lire la suite

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OIPCamille et Georges forment avec leur jeune fils une famille excentrique et improbable. Chaque soir, ils dansent sur des rythmes endiablés mais leur chanson préférée reste encore la mélodie rythmée et entêtante d’En attendant Bojangles. Chez eux, il n’y a de place que pour la fantaisie et les rires. D’ailleurs, ce joyeux couple n’ouvre jamais son courrier… Jusqu’au jour où la mère dépasse les bornes, mettant en péril la bulle protectrice familiale qui s’effrite peu à peu face à sa folie destructrice… L’amour indéfectible que porte George pour sa femme peut-il surmonter cette terrible épreuve ?

J’ai découvert par hasard ce roman étrange et loufoque sur la folie amoureuse en visionnant la bande-annonce de l’adaptation du film avec Virginie Efira. L’histoire initiale me faisait grandement envie. Malheureusement, si la photographie était bel et bien sublime, l’adaptation tout comme le livre se sont révélés un brin trop déprimants à mon goût. J’ai pu toutefois admirer la performance remarquable et toute en nuance de Virgine Effira qui incarne à l’écran Camille (un rôle de composition qui semble taillé pour elle), cette femme ravissante et pétillante atteinte d’une forme de bipolarité incurable. Je suis d’ailleurs allée voir le film pour me faire une meilleure idée du livre qui m’avait laissé un sentiment amer et dérangeant. A mon grand regret, le film m’a moyennement plu. J’ai d’ailleurs quitté la salle avant le générique de fin.

Le dénouement est en effet d’une tristesse désespérante a contrario du ton léger que souhaite emprunter le réalisateur. Il ne semble y avoir aucune échappatoire pour Camille qui dérive peu à peu pour s’enfermer dans une folie de plus en plus dégradante pour son entourage. Ce roman complètement décousu est en somme déstabilisant.

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Il m’a en outre été difficile de rentrer véritablement dans l’histoire car certaines scènes extravagantes semblent presque artificielles et frôlent parfois trop le grotesque. Les délires des deux protagonistes m’ont laissée souvent de marbre tout comme leurs choix de vie particulièrement fantaisistes et irresponsables. Comment ne pas penser à ce pauvre petit garçon vulnérable, élevé entre un père fantasque et infantile et une mère capricieuse et instable psychologiquement ? Camille est tout bonnement folle à lier. Son déséquilibre mental rend tous ses actes imprévisibles et inquiétants, c’est pourquoi le livre m’a finalement mise profondément mal à l’aise. Je n’ai pas du tout trouvé cette histoire belle et émouvante, au contraire elle s’est révélée au fil des pages terrifiante. L’amour aveugle tout comme l’admiration sans bornes que porte le petit garçon au centre de cette tragi-comédie pour sa mère est à mon sens l’aspect le plus sombre de l’histoire. Le père est complice de cette folie. Il l’a portée à bout de bras. Pourquoi ne protège-t-il pas davantage son fils qui est toujours témoin de la décadence de sa mère? Ce point noir rend la lecture d’autant plus difficile. On attend de la part du père un sursaut de lucidité qui ne vient tristement jamais… Quel gâchis !

Pour conclure, En attendant Bojangles, un récit doux-amer alternant les mémoires d’un enfant et le journal secret d’un père tourmenté et malheureux, s’est révélé moyennement convainquant. Cette histoire abracadabrante, un tantinet tirée par les cheveux manque de profondeur. Tout semble assez invraisemblable. Si l’écriture de l’auteur est assez poétique, elle présente néanmoins peu d’envolées. Le dénouement suit par ailleurs la logique du livre, la descente aux enfers est lente mais inévitable.

En bref : A travers ce petit roman percutant et parfois malgré tout lumineux, l’auteur relate avec un certain talent mais sans grand éclat le naufrage douloureux d’un couple passionné qui tente vainement de préserver l’équilibre de sa famille.

On sort finalement de cette lecture, écœuré et quelque peu déprimé. Dommage pour ce rendez-vous manqué… Pour ma part, ce récit m’a davantage plombée qu’émerveillée. Mon avis est assez mitigé. Le film est en revanche bien plus réussi grâce notamment à l’alchimie convaincante du couple Duris/Efira. A voir tout de même pour se faire son propre avis. Je serais curieuse de connaître votre ressenti.

La bande-annonce du film:

Publié le par missycornish | 21 commentaires

IMG-20210211-WA0006Et voilà, les beaux jours reviennent progressivement, la grisaille disparaît peu à peu pour laisser place à une luminosité plus chaleureuse. Le printemps n’est pas loin tout comme le Challenge Cottagecore qui débutera à nouveau aux alentours du 20 mars. Préparez-vous pour cette nouvelle saison (le programme est en cours de développement) ! Je suis déjà sur les starting-blocks, ma PAL est presque prête! Si je suis pour le moment débordée par mon travail, je ne vous oublie pas pour autant.

Un programme d’une quinzaine de jours de lectures prévu dans le cadre du British Mysteries a débuté ce mois-ci! J’ai failli le manquer de peu… Merci les filles pour cette proposition alléchante! J’ai d’abord cru qu’il y avait un read-a-thon ce week-end mais il semblerait que non. Pas grave! Je vous propose ce petit journal de lectures. Cette année, je compte bien participer à l’événement! Je suis bien entendu en retard (comme d’habitude) mais j’ai tout de même décidé d’apporter ma maigre contribution au défi en lisant trois petits romans ce week-end: Ils étaient dix d’Agatha Christie, L’hôtel hanté de Wilkie Collins ainsi que La nuit du tigre de Margery Allingham. Ce format de billet « fourre-tout » devrait pouvoir me motiver à reprendre mes petites activités bloguesques. Je vous embarque donc exceptionnellement avec moi ce week-end pour vous proposer ce concept un peu différent et plus léger en attendant un billet plus élaboré et soigné.

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13h50: Levée aux aurores, je n’ai malheureusement pu commencer ma lecture de bon matin. Ma Poupouche de deux ans et demi était déjà réveillée et particulièrement tonique. J’ai tenté un ménage éclair sans grand succès. La maison ressemble actuellement à Beyrouth. Catastrophe. Deux pages lues tout au plus au petit-déjeuner, une connexion défectueuse et un rendez-vous important chez le garagiste ont retardé la progression de ma première lecture. Pas grave, je reviendrai plus tard. Étant également en train de finaliser mes dernières appréciations pour la fin du second trimestre scolaire, je doute pouvoir lire beaucoup. J’alterne entre les appréciations de bulletins, le ménage par petites touches (rien de bien palpitant, ma pile de linge a atteint des sommets inquiétants…) les pauses brèves de lectures pendant que la Poupouche déménage et retourne l’intégralité de sa chambre… Aïe… Je vais essayer d’être le plus efficace possible … 

 Le 13 mars, un billet sur Agatha Christie est en principe prévu si je ne me suis pas trompée, c’est pourquoi mon premier choix s’est naturellement porté sur le livre Les dix petits nègres, Ils étaient dix pour son nouveau titre de réédition. La lecture est aisée et rythmée. J’étais déjà familière avec l’histoire originale ayant visionné à plusieurs reprises la brillante adaptation moderne du roman en série télévisée par la BBC en 2015. Les épisodes étaient haletants et le casting exceptionnel. 

Voici la bande-annonce, je vous conseille chaudement de visionner la série, c’est une petite pépite dont je ne me lasse pas. J’adore l’atmosphère gothique qui s’en dégage! A toute!

17h13: La maison est propre, le ménage est fait. Il me reste encore une chambre à terminer. J’en profite pour me pauser enfin avec une tisane et mon livre. Je n’ai pas arrêté depuis ma dernière visite sur le blog. J’ai pu malgré tout lire quelques pages de mon livre. La galerie de personnages des Dix petits nègres est extrêment bien esquissée. Les protagonistes sont détestables dès les premières pages. On sait déjà que tous ont eu leur réputation entâchée à la suite d’un scandale mystérieux étouffé par la bonne société anglaise qui souhaite toujours préserver coûte que coûte les apparences … Cela donne envie de revoir la série T.V de la BBC. Si j’ai le temps je le ferai peut-être demain soir pour compléter mon billet. Le livre se dévore facilement et la traduction est riche et d’une grande fluidité. J’adore cette vieille édition au papier jaunie, je pense qu’elle devait provenir de la bibliothèque familiale. Je vous avoue que je n’avais jamais auparavant ouvert un seul Agatha Christie, je la découvre enfin avec bonheur! Cela me donne des idées pour éventuellement exploiter quelques extraits du roman en version originale en classe avec mes Troisième. J’ai en effet le livre en ma possession. Je lis des passages en parallèle pour le plaisir. 

13 mars 2022

7h54: J’ai passé une jolie soirée à l’extérieur pour célébrer l’anniversaire de ma mère à la Bergerie du doux marais à Sainte-Marie Les anglais, un endroit cosy et chaleureux en pleine campagne normande où je me suis d’ailleurs mariée il y a quelques années déjà. Cela m’a rappelé de très beaux souvenirs. L’ambiance était très notaslagique. Le thème de la fête était les années 70. Il était étrange de se retrouver dans un restaurant et de danser sans masque après deux ans de Covid. Il y avait quelque chose de surréaliste d’arriver dans le restaurant et de voir que personne n’était masqué… Je dois avoir le syndrome de la cabane, je n’étais au départ pas très à l’aise de voir tous ses visages. Nous n’étions plus habitués à veiller tard et sommes rentrés relativement tôt mais quelle soirée! Nous avons bien profité! Nous avons un peu dansé. Il y avait des valses, des tangos, des pasos et quelques madisons. L’ambiance était familiale et bon enfant et le repas succulent.

J’ai repris dès le réveil la lecture de mon roman Les dix petits nègres. Il y a une atmosphère particulièrement claustrophobe. Les personnages sont reclus sur une île désolée du Devon durant un été étonnement ensoleillé pour cette région anglaise qui m’est familière, ayant vécu quatre ans et demi là-bàs. Tous les protagonistes semblent, comme je l’avais dit précédemment, dissimuler un secret honteux. Au fil des pages, on découvre que ces personnes si différentes ont été invitées par un couple énigmatique, les Owen, de riches extravagants. Bien entendu, à leur arrivée, aucune trace des hôtes qu’ils ne connaissent d’ailleurs évidemment pas ne les ayant jamais rencontrés auparavant. Les invités sont seuls et livrés à eux-mêmes. La maison en apparence splendide et luxueuse, perchée en haut d’une colline balayée par les vents se révèle peu à peu lugubre et asphyxiante. Les portes grincent et cette histoire aux accents gothiques devient de plus en plus inquiétante et malaisante. Bref, j’adore! Ce livre trône dans ma bibliothèque depuis des années et je ne comprends vraiment pas pourquoi je ne l’ai pas déterrer plus tôt. C’est une pépite d’écriture, un roman glaçant, abrasif et cynique teinté d’une ironie anglaise délicieuse. Je vais tenté de le finir aujourd’hui.

13h21: Je dévore toujours mon petit roman policier. J’ai dû faire quelques pauses pour jouer avec la Poupouche qui n’est pas en grande forme. Elle a attrapé froid et est relativement calme. Le temps est morose et se prête parfaitement pour des séances de lecture au coin du feu. C’est la Normandie que voulez-vous! Il fait frisquet par ici.

Je suis impressionnée par la qualité d’écriture des Dix petits nègres. Je me demande si Stephen King ne s’est pas aussi inspiré des romans d’Agatha Christie pour créer des ambiances glauques et morbides. En effet, les passages les plus effrayants se déroulent souvent de jour. C’est également le cas, dans ce récit pour le moins sombre. La demeure qui sert de théâtre aux meurtres des convives n’est étrangement jamais plongée dans les ténèbres. Au contraire, la lumière y est aveuglante, les pièces sont quasiment vides, les murs peints dans des couleurs pastelles claires et le mobilier est relativement moderne. Il ne se dégage de cette propriété luxueuse aucune vétusté propre au décor d’un roman gothique traditionnel. Et pourtant… Bien que le décor soit donc aseptisé, nous sommes bel et bien dans un roman sombre et pour le moins inquiétant. L’île du nègre se retrouve régulièrement isolée et déconnectée du reste du monde quand la mer se déchaîne sur ses rochers épurés. Face aux caprices des éléments et à leur isolement forcé, les invités ne sont que des proies faciles pour un potentiel meurtrier. 

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J’adore ce principe de cluedo où les personnages se soupçonnent et disparaissent l’un après l’autre. La comptine enfantine en apparence gentillette placée innocemment sur la cheminée de marbre est une trouvaille géniale. Elle apporte une touche presque comique à cette situation effroyable et se révèle au fil des pages de plus en plus morbide et glaçante… J’ai presque terminé le roman! 

Un extrait de cette chanson pour enfants:

“Dix petits nègres s’en allèrent dîner. L’un d’eux étouffa et il n’en resta plus que neuf…”

21h38: Je profite d’un moment de calme pour revenir vers vous. La Poupouche dort tranquillement, j’ai effectué un petit ménage avant d’aller me coucher pour tout remettre en ordre. Je suis partie dîner chez mes parents pour célébrer une fois encore l’anniversaire de ma mère en famille et lui apporter son présent. Nous ne nous sommes pas éternisés étant tous malades. 

Je suis contente d’avoir pu finir mon petit roman d’Agatha Christie. Un vrai régal. La finesse psychologique des personnages est aussi admirablement bien maîtrisée. Rien d’étonnant à ce que les critiques aient discerné le titre de reine du crime à cette brillante romancière.

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Aucun personnage n’est vraiment attachant. On sait pertinemment bien que tous les protagonistes sont des monstres de cruauté dissimulés derrière des masques de fausse modestie. C’est ce qui est finalement le plus réjouissant. On attend avec impatience le prochain meurtre et on se plaît à tenter de deviner quel sera le destin funeste que leur réserve ce mystérieux meurtrier en quête d’une justice divine. Tous méritent en somme leur sort macabre. Agatha Christie en profite sous couvert d’un petit roman policier divertissant pour dépeindre au vitriol l’hypocrisie crasse d’une société anglaise finalement très snob et corsetée. Derrière une morale en apparence inflexible se cache des personnalités fourbes et opportunistes qui n’hésitent pas à tuer père et mère pour obtenir une place de choix dans leur petite société bien polissée. Agatha Christie n’est ainsi donc jamais tendre avec ses héros de papiers. Personne n’est épargné, que ce soit la jeune secrétaire au physique de pin-up mais à l’allure austère, la dame vieillissante respectable qui pour se distraire lis la bible, son livre de chevet par excellence, ou encore ce bon vieux colonel retraité, vétéran de guerre à la réputation irréprochable. Tous en prennent pour leur grade.  Bref, cette lecture est une très belle pioche! J’ai bien fait de dépoussiérer ce livre!  

Un peu déçue tout de même de ne pas avoir pu lire davantage mais mes activités professionnelles tout comme personnelles ont eu raison de ma motivation tout comme de mon temps. Je vais devoir mettre de côté Wilkie Collins pour ce week-end. Demain soir, je pars pour cinq jours de formation à Lille dans le cadre de mon travail, je tenterai de le lire durant mes soirées solitaires si j’en ai le courage et l’énergie. 

Un dernier mot sur mon club de lecture : nous avons décidé ensemble de sélectionner une nouvelle thématique pour notre rendez-vous mensuel habituel. Ce sera donc les Robinsonnades, un thème que j’affectionne particulièrement. J’ai plein d’idées mais si vous en avez d’autres à me soumettre n’hésitez pas à me les partager. Je viens de débuter La légende de Tarzan qui comporte en fait cinq tomes essentiels pour comprendre l’univers de ce héros mythique. Je doute lire l’intégralité d’une traite, peut-être en lirai-je deux tout au plus selon le temps que je pourrais y consacrer. J’ai tenté de lire Sa majesté des mouches mais le ton pessimiste du livre tout comme sa thématique, cette cruauté enfantine ignoble me rebutent franchement. J’ai un peu délaissé cette lecture au profit d’autres plus passionnantes. Deux ans de vacances semble beaucoup plus alléchant et attrayant. Voilà en tout cas ma Pal pour l’occasion. Il ne me reste plus qu’à piocher parmi ces titres :

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C’est tout pour ce week-end! Je vous souhaite une belle soirée. Je vais essayer de bouquiner un peu et de profiter de mes bêtes en manque de câlins. Elles sont actuellement toutes autour de moi. Ma minette Eclipse ronronne sur mes genoux et je souffle enfin ! Merci de m’avoir suivi pour ce billet un peu particulier. Je vous en proposerai peut-être un autre durant les semaines à venir pour vous tenir au courant de la progression de mes lectures si le concept vous plaît. Et je vous retrouve cette semaine pour un billet complet !

Publié le par missycornish | 13 commentaires

R (11)Début du vingtième siècle dans les îles Salomon. Un jeune aventurier et planteur britannique, David Sheldon se retrouve perdu sur un petit bout de terre désolée au milieu du Pacifique. Loin de toute civilisation et dévoré par une fièvre tropicale, il accuse coups sur coups, d’abord avec la perte de son navire de marchandise puis avec la mutinerie de ses employés, des autochtones anthropophages au caractère particulièrement réfractaire. Seul sur son îlot isolé, son destin semble scellé. Pourtant, l’arrivée d’une séduisante Américaine, Joan Lackland, au caractère indépendant et aux idées fort novatrices, bouleverse sa routine de vieux célibataire … 

Écrit en 1911 au cours d’une croisière mouvementée sur les mers du Sud qui se clôtura malheureusement par un échec cuisant, l’Aventureuse est un drôle de roman d’aventure maritime aujourd’hui passé de mode … Cette œuvre bancale mais néanmoins pleine de charme aura au moins eu le mérite d’insuffler une nouvelle dynamique aux écrits de Jack London, qui à cette période de sa carrière, manque cruellement d’inspiration. En effet, ses romans sur le Grand Nord ont eu un succès international retentissant grâce notamment aux magnifiques chef-d’oeuvre de Croc-blanc ou de l’Appel de la forêt devenus des classiques intemporels. Cependant, ces contrées lointaines et glacées n’attirent plus vraiment son lectorat qui commence à s’en lasser tout comme l’auteur lui-même qui a désormais soif de nouvelles évasions. Ce roman né, de ce fait, de son second courant d’inspiration. Jack London, vieux baroudeur, s’engage donc dans une croisière prometteuse, à bord d’un navire de fortune qu’il a lui-même conçu, le fameux Snark. Cette expédition maritime avait originellement pour but de partir à la découverte des îles du Pacifique et de l’Océanie. Jack London était en effet un adepte du vagabondage. Intrépide, il avait pour projet de visiter entre autres les îles Salomon, lieu où se situe principalement l’intrigue. 

nc-p-64_lg-e1457505633538Alors que ce roman aurait dû consolider sa renommée, l’accueil du public se révèle finalement assez tiède. Le livre passe quasiment inaperçu à sa sortie en librairie. La critique semble dès lors le bouder. Pourquoi donc ce revirement de situation? Et pourquoi la réputation de Jack London semble désormais entachée? Tout simplement parce que cet écrivain remarquable a toujours jusqu’à présent été avant tout considéré comme un romancier social, un grand humaniste, depuis notamment le succès d’édition de son roman Le peuple d’en bas en 1903, un témoignage édifiant sur les conditions rudes et effroyables de la classe ouvrière londonienne. Il est dès lors étrange de découvrir à travers l’Aventureuse, la voix d’un planteur anglais pour le moins raciste, une vision quelque peu nauséabonde inspirée des idées colonialistes de l’empire britannique que l’auteur semble lui-même partager… Toutefois, il est toujours bon de rappeler que Jack London était avant toute chose un écrivain de son temps. Cette lecture doit donc être contextualisée pour être appréciée ou plutôt tolérée. On note par ailleurs que certains éditeurs ont déjà pris les devants pour éviter tout scandale éditorial en ajoutant même sur Amazon un petit commentaire en guise d’avertissement pour les lecteurs modernes qui pourraient adhérer à ces idées quelque peu réductrices .  

Follows the adventures of a plantation owner in the Solomon Islands. Be warned, quite a bit of racism, and it doesn’t seem to have any underlying message about that being a bad thing. Definitely one of those books that is a product of its time.”/  Traduction: ce roman suit les aventures d’un planteur dans les îles Salomon. Prenez garde, on y trouve une certaine dose de racisme, et il semble qu’il n’y ait aucun message sous-jacent pour le dénoncer.  Assurément un roman qui est un pur produit de son temps …

J’ai d’ailleurs pu remarquer, avec une certaine sidération, que le roman vendu sur le site Amazon britannique sous le titre original Adventure ne comporte aucune autre remarque, comme si ce livre ne méritait pas la moindre mention … Cela en dit long …

Sait-on jamais, un public ignare pourrait en douter et prendre à la lettre les idées de ses héros de papier. J’ai toujours apprécié Autant en emporte le vent (mon livre de chevet par excellence, dois-je avoir honte de l’admettre?) étant encore aujourd’hui une fervente admiratrice de la plume acérée de Margaret Mitchell. J’adore Scarlett, une punaise assumée qui se prend claque sur claque tout comme son histoire d’amour impossible avec le séduisant forceur de blocus Rhett Butler, mais ai-je été pour autant influencée par les idées racistes de cette héroïne capricieuse sudiste? Bien sûr que non ! Il en va de même bien évidemment pour ce roman d’aventure un peu suranné.

Si le roman comporte incontestablement des faiblesses d’écriture, il a malgré tout des qualités littéraires indéniables offrant par la même occasion des pistes de réflexion pertinentes sur les idées colonialistes de son temps.

Il est ainsi intéressant de noter les opinions divergentes des deux personnages principaux qui sont au final tous deux colonialistes même si l’un se croit plus humaniste et s’évertue à se donner bonne conscience en traitant ses ouvriers noirs avec davantage de considération …  Joan déchante néanmoins car la population autochtone est particulièrement sauvage et évolue selon ses propres codes. La leçon se révèle amère pour cette jeune femme trop naïve et insouciante. C’est pourquoi, je ne suis pas entièrement d’accord avec le commentaire quelque peu sommaire d’Amazon sur ce livre. Il y a bien une conclusion et un message (discutable) que les Occidentaux ne sont pas prêts à entendre, notre vision du monde n’appartient qu’à nous, considérant que chaque culture possède ses propres croyances et ses modes de vie. Sheldon l’apprendra à ses dépends. Sa plantation est un échec total et sa vision colonialiste se heurte quotidiennement à la pensée primaire des autochtones… C’est ce que semble du moins vouloir sous-entendre Jack London …

L’auteur portraiture par ailleurs une héroïne fantasmée (par Jack London?) un brin excessive et peu crédible. Joan incarne l’émancipation féminine à l’américaine. Elle côtoie les hommes d’égal à égal (rappelons que le mouvement des suffragettes a pris son essor moins d’une dizaine d’années auparavant soit en 1903, huit ans avant la publication de ce roman…) et aime se travestir pour pouvoir accéder à cette liberté précieuse réservée essentiellement à la gente masculine. La demoiselle rappelle par bien des égards le caractère impétueux de la célèbre pirate et maîtresse de Jack Rackam, la belle Anne Bonny qui sillonna les mers aux côtés de son amant. Quant au héros masculin, Sheldon incarne un gentleman typiquement britannique. Ce célibataire endurci, buté et routinier, ne souhaite guère initialement s’encombrer d’une présence féminine. D’autant plus si cette dernière n’a d’autre dessein que de révolutionner toute sa plantation en apportant avec elle ses idées pour le moins progressistes. Sheldon traite Joan comme une demoiselle vulnérable. S’il est sans aucun doute paternaliste envers les noirs, sa vision de la femme est tout aussi insultante, sa fonction principale demeurant avant tout ornementale. 

Pour conclure, sans être une grande œuvre romanesque exceptionnelle, ce petit roman d’aventures fut toutefois divertissant. Dommage que certains passages racistes ternissent un peu trop le récit comme ce chapitre d’introduction dont on se passerait franchement il est vrai tant la description est désolante. Un homme noir y est dépeint de façon péjorative en étant comparé à un destrier crépu … Affligeant.

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L’un des rares clichés existant encore de Jack London durant l’expédition du Snark dans les îles  du Pacifique aux côtés d’un autochtone (années 1910).

Dans un climat de touffeur moite, Jack London nous offre cependant un périple exotique savoureux. Certes, sa vision colonialiste un brin poussiéreuse reste quelque peu déroutante pour nous lecteurs occidentaux modernes. Néanmoins, ce livre est idéal pour les férus de littérature maritime. Il n’est en outre pas avare de rebondissements (chasse à l’homme, duels à mort, petite romance et j’en passe). Les héros enchaînent des aventures toutes plus invraisemblables les unes que les autres et se retrouvent même confrontés à une mutinerie de cannibales particulièrement glaçante. 

En bref: un roman d’aventures à mi-chemin entre Mogambo et les récits flibustiers du XIXème siècle que j’affectionne particulièrement tels que Le faucon des mers ou Les quatre plumes blanches (mon billet ici) avec certes, moins de panache. Jack London ne maîtrise d’ailleurs pas particulièrement le genre romantique. Ses tentatives de romance sont maladroites et superficielles par moment comme cette fin qui demeure quelque peu expéditive et prévisible. L’aventureuse moins aboutie que l’œuvre phare, Martin Eden, de ce romancier pourtant génial semble avoir été achevée trop hâtivement. 

Un dernier commentaire concernant Jack London : 

R (12)A mon sens, on ne devrait pas ignorer cette part d’ombre de l’écrivain, ses zones grises de son œuvre sont nécessaires si on souhaite connaître la véritable personnalité de Jack London. Bien que ce roman insolite ne trouve guère sa place aujourd’hui dans le courant de pensée actuelle, il nous permet d’en apprendre davantage sur l’homme qui s’est longtemps caché derrière ses écrits et non la légende que le monde littéraire a forgé de toute pièce autour de lui. Jack London était au fond, un homme pétri de contradictions, avec ses qualités tout comme ses défauts et ses faiblesses, capable de défendre la veuve et l’orphelin dans Le peuple d’en bas, d’éprouver une empathie admirable envers les bêtes, la preuve avec son magnifique roman Croc-blanc (ma toute prochaine lecture) et a contrario prêchant un darwinisme social convaincu, une pensée malheureusement très courante à la fin du XIX siècle tout comme au début du XXème siècle.  

Publié le par missycornish | 7 commentaires
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