The Boys/ Soirée Pop Corn #3

Maggie et moi sommes de retour pour notre Soirée Pop Corn ciné mensuelle. Ce mois-ci, nous avons décidé de visionner quelques films et séries télévisées de super-héros. N’ayant rien vu de transcendant ni d’innovant du côté des blockbusters, mon choix s’est finalement porté sur The boys, une série un tantinet irrévérencieuse mais diablement originale, adaptée d’un comics de 2006. Maggie a d’ailleurs elle aussi visionné cette série et vous en parle ici ! 

 

Écrite par Garth Ennis et Darick Robertson et diffusée pour la toute première fois l’année dernière sur Amazon Prime, cette série de science-fiction prend le contre-pied du mythe du super-héros, chevalier des temps modernes et justicier bienveillant. Les protagonistes aux pouvoirs extraordinaires sont ici des monstres pourris jusqu’à la moelle, avides de reconnaissance et à l’égo surdimensionné. En somme, ce sont des mégalo narcissiques dépourvus de tout scrupule, qui manipulent inlassablement la populace pour flatter leur image tout en réalisant sous cape d’innombrables méfaits: crimes et tortures en tout genre tels que des massacres impunis et ignorés voire même, parfois couverts par le gouvernement qui redoute les conséquences de leur colère.

Le concept de cette série de « méchants » super-héros complètement inédit m’a d’emblée séduite car elle offrait des possibilités infinies d’écriture… J’ai d’ailleurs Binge-watché l’intégralité de la saison 1 en l’espace de quelques jours, tellement accro à l’intrigue prenante et haletante des premiers épisodes !

The Boys évoque en effet l’émergence d’un nouveau type de héros, des êtres ordinaires dénués d’habiletés exceptionnelles mais profondément humains qui vont allier leur force malgré leurs origines éparses pour anéantir des supers-vilains.  Nos anti-héros plutôt “couillus” (n’ayons pas peur de le dire !), une bande de bras cassés complètement frappadingues, vont donc fomenter malgré eux une véritable rébellion qui, au fil des épisodes, finira par se mouvoir en une croisade pour le moins épique… 

Autant l’avouer, certaines scènes sont tout simplement génialissimes ! Le début m’a scotchée !

L’humour décapant des dialogues, teinté d’une petite touche d’arsenic, est par ailleurs franchement jouissif. Le personnage haut en couleur de Billy Butcher aux allures de loup de mer néo-zélandais et au vocabulaire fleuri demeure l’un de mes protagonistes favoris. J’ai également trouvé l’un de ses acolytes, le dénommé “Frenchy”, un petit malfrat français à l’âme romantique plutôt charmant et particulièrement bien brossé. Il est interprété avec brio par l’acteur Tomer Kapon, un acteur israélien prometteur à suivre de prêt…

Quant au personnage du super-vilain, “Homelander”, il est bien évidemment exécrable et particulièrement terrifiant. Antony Starr nous livre une performance époustouflante, incarnant un protagoniste aux allures aryennes inquiétantes… On a rarement vu de méchant aussi convaincant et à la psychologie si admirablement travaillée sur le petit écran ! Rien qu’à l’évoquer, j’en tremble !

Ainsi donc, cette série t.v étrange et un tantinet déjantée est indéniablement prometteuse. J’ai, dans l’ensemble, apprécié cette incursion farfelue dans cet univers parallèle de super-héros corrompus.

Cependant, certaines scènes trop violentes et extrêmes ont malheureusement quelque peu terni mon ressenti. Elles frisent parfois l’écoeurement et n’apportent finalement pas grand-chose à l’intrigue… Quel intérêt? De plus, les thématiques abordés en filigrane dans les derniers épisodes sont un chouilla trop convenus (dénonciation de la mysogénie contre la gente fémine à la sauce hashtag me too en autres) et parfois même trop politiquement correct à mon goût, au point d’en devenir presque caricaturaux. 

J’ai commencé la saison 2, je sens poindre malheureusement déjà quelques signes d’essoufflement dans la trame. Aïe ! … A voir si la suite tiendra vraiment ses promesses en matière de rebondissements. Je compte tout de même visionner l’ensemble pour ne rien manquer.. Affaire à suivre !

Le teaser:

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Le spectacle de Noël d’Anne Perry

Je déclare la saison des fêtes officiellement ouverte !  Pour mon grand bonheur, Le Cold winter challenge arrive à grand pas. Même si mes lectures sont encore pour le moment consacrées aux thrillers, afin de respecter la thématique du Black November, je n’ai qu’une hâte, attaquer les lectures de Noël et me réfugier dans un univers douillet et enchanteur, une bulle de bonheur rassurante qui nous déconnecterait de l’ambiance morose actuelle…  J’ai ainsi fait l’agréable découverte à l’occasion du R.A.T d’Halloween de ce petit bijou d’écriture, un roman policier court d’Anne Perry intitulé Le spectacle de Noël. Ce petit polar très original s’est révélé finalement le vrai coup de cœur de ce mois-ci. Je n’en ai fait qu’une bouchée. J’ai longtemps dédaigné les « cosy mystères ». Je ne sais pourquoi je trouvais cette catégorie littéraire un tantinet surannée et vieillotte, plutôt destinée à un lectorat « ancien »… Bien entendu, c’est complètement faux ! Il ne faut jamais se fier à une première impression !

Si cette autrice prolifique, à l’âge honorable de quatre-vingt deux ans, écrit depuis de nombreuses années (elle  produit toujours à un rythme effréné), ses séries de romans remportent encore aujourd’hui un franc succès à chaque parution. Elle a d’ailleurs un comité de fans très étendu (et pas seulement des lecteurs du troisième âge !). Je lorgne d’ailleurs la dernière publication en date, Un Noël au bord de la Tamise et compte bien l’acquérir dès la fin du mois. 

Le spectacle de Noël relate ici l’arrivée d’une petite troupe d’acteurs de théâtre dans une bourgade du York. La compagnie qui vit plutôt chichement a été engagée pour produire l’adaptation brouillonne de Dracula écrite par une petite aristocrate un brin capricieuse. L’occasion semble rêvée pour eux, le contrat est alléchant. Les parents de la demoiselle espèrent bien que le petit chef-d’œuvre de leur fille prodige donne naissance à une représentation magistrale devant un petit comité familial enthousiaste pour les fêtes de réveillon. Malheureusement, l’adaptation est un véritable casse-tête: entre les prises de bec des acteurs qui jouent les divas et les idylles qui se nouent et se dénouent provoquant des tensions au sein de la troupe, l’entreprise semble insurmontable… Le temps semble de plus jouer contre la troupe qui se retrouve bientôt prise au piège dans le manoir alors qu’à l’extérieur une tempête de neige fait rage, isolant l’ensemble des hôtes… L’arrivée impromptue d’un visiteur à l’identité énigmatique n’est pas non plus des plus rassurante…. Qui est donc cet étrange visiteur qui semble connaître intimement l’esprit créateur de Bram Stocker ? 

Celle que l’on nomme la reine du polar victorien prouve incontestablement son talent d’écriture. Dès les premières pages, il m’a, en effet, été impossible de délaisser cette lecture. Certes, l’intrigue n’est pas à proprement parler extrêment fouillée, le meurtre tarde un peu à poindre au fil des pages et l’enquête reste finalement avant tout un prétexte d’écriture pour appater le lecteur. Toutefois, cette méthode, peut-être un brin mercantile, ne m’a en rien dérangée. J’ai passé un très bon moment de lecture. C’est un roman d’atmosphère distrayant qui ferait une merveilleuse série de period dramas, je l’imagine bien adaptée pour le petit écran à l’occasion des fêtes de fin d’année en téléfilm, à la manière des aventures d’Aurora Teagarden ou de la série télévisée française très réussie des Petits meurtres d’Agatha Christie

J’ai cependant regretté que le filon fantastique ne soit pas davantage exploité tout au long de l’histoire. L’introduction inattendue d’un personnage énigmatique inquiétant au sein du manoir ; qui n’était pas sans rappeler le maître de la nuit Dracula lui-même, présageait une histoire aux accents gothiques particulièrement angoissante, versant peut-être aussi dans l’horreur propre à ce genre littéraire, or, il n’en est rien. L’autrice plante finalement son intrigue dans un décor bien réel et le dénouement, bien que farfelu, reste très terre-à-terre. 

Reste que ce petit bémol n’a en rien entâché mon plaisir de lecture, au contraire ! Cela reste un bon cru ! Anne Perry décrit habilement les coulisses du théâtre victorien au XIXème siècle. A travers les voix des protagonistes qui débattent et argumentent quant aux détails scéniques de l’adaptation de Dracula, l’auteure révèle quantité d’anecdotes passionnantes sur la création de l’oeuvre de Bram Stocker, tout comme les origines de son inspiration, un délice pour les passionnées de littérature gothique. De plus, l’idée de faire côtoyer deux atmosphères a priori diamétralement opposées, était à mon sens, particulièrement brillante. Le Spectacle de Noël combine merveilleusement bien l’ambiance inquiétante et mystérieuse d’Halloween tout comme le climat euphorique de l’expectative des fêtes de fin d’année… Une belle transition pour dire au revoir aux lectures automnales et introduire les premières lectures hivernales… Je n’ai qu’une envie, me replonger très prochainement dans une nouvelle petite enquête victorienne très cosy… Des suggestions ?

Une petite contribution au British Mysteries de Lou et Hilde !

Et ma deuxième contribution aux challenges Christmas Time 2020 (chez Mya) et Il était huit fois Noël (chez Samarian et Chicky Poo). Merci les filles pour ce super défi !

Publié dans Challenge British Mysteries, Chich-lit, Littérature anglaise, roman gothique, Thriller | 17 commentaires

Pas de Noël cette année de John Grisham

C’est décidé, la famille Krank ne célébrera pas les fêtes de Noël cette année. Non, leur fille étant pour la première fois absente du foyer, partie au Pérou pour une noble mission humanitaire, ce petit couple de bourgeois américains ventripotents a décidé de ne pas sombrer comme à chaque saison dans un matérialisme indécent en dépensant aveuglément son argent… Cette fois-ci, ils sont déterminés à s’offrir une petite croisière bien méritée aux Caraïbes. Ils ont d’ailleurs anticipé leur voyage en prenant un forfait d’UV bien onéreux pour peaufiner leur bronzage avant le grand départ… Luther et Nora Krank refusent donc toutes dépenses liées de près ou de loin aux fêtes de fin d’année… Pas de sapin, ni de bonhomme de neige, ni de cadeaux farfelus qui seront retournés dès réception, encore moins d’illuminations grandioses sur le toit de leur maison, pour lesquelles ils avaient pourtant remporté le prix des plus belles décorations du quartier, l’année précédente.  Malheureusement, cette rébellion insolente, une attaque éhontée à l’esprit de Noël, n’est pas du goût de leurs voisins qui appellent l’ensemble du lotissement à la résistance… Les Krank pourront-ils réaliser leur rêve d’évasion alors que les catastrophes semblent s’accumuler ?

En flânant sur les propositions alléchantes de lectures consacrées à Noël sur la toile (j’ai finalement dégoté une version de seconde main très correcte sur Vinted), mon choix s’est porté sur ce titre qui semblait à propos, à l’heure où l’incertitude en France règne encore quant à la célébration des fêtes de fin d’année : allons-nous d’ailleurs pouvoir célébrer Noël avec nos proches ?  Un rassemblement sera-t-il autorisé, ou serons-nous privés une fois de plus de cette liberté essentielle ?

 L’idée de cette farce sociale était initialement intéressante mais elle m’a peu convaincue. Le principal bémol n’est pas tant l’écriture, mais le sujet qui est étonnamment décalé dans le contexte actuel… Cela relèverait presque de la science-fiction aujourd’hui… Qui a vraiment envie actuellement de boycotter Noël ?

Sans être un grand roman, cette comédie satirique des moeurs se lit malgré tout agréablement bien. Sous le couvert de la farce, John Grisham fustige les excès des fêtes : la pression ridicule que l’on s’impose pour le menu du réveillon, le coût écrasant des présents déposés sous le sapin qui s’accumulent en une gigantesque pile de boîtes indécente tout comme les rassemblements familiaux qui ne sont pas toujours vraiment désirés… Peut-on faire l’impasse sur la veille grand-tante cancanière et pénible au dîner ? (il semble que cette année, la réponse est oui…).

 Le personnage de Luther, ce père de famille marié et expert-comptable, un brin radin, est peu attachant. Ce protagoniste mi-Grinch mi-Scroodge déteste Noël, c’est un ours grincheux qui préfère le confort et la quiétude de son foyer… Il rêve paradoxalement d’évasions pour pouvoir s’adonner à l’une de ses activités favorites : reluquer les belles gambettes bronzées des jolies touristes en bikini sur la plage. Bref, c’est le personnage typique du bonhomme hypocrite piqué de jeunisme, un trait de caractère peu louable qui le rend assez antipathique d’un bout à l’autre du roman… Quant à elle, son épouse Nora est une femme hystérique larmoyante, franchement agaçante et dépourvue de véritable densité psychologique ; c’est la femme trophée par excellence à la cervelle de moineau…

Autant l’avouer, cette lecture un peu superficielle manque cruellement de saveur… 

Si cette comédie plutôt acide s’est révélée quelque peu divertissante, et redonne tout de même un peu le sourire, elle reste malheureusement assez fadasse. Le dénouement est trop convenu et les personnages sont de véritables caricatures… Certaines situations rocambolesques sont par ailleurs complètement ridicules.

J’adore Noël tout comme l’euphorie qui l’accompagne.  L’idée même abstraite de ne pas pouvoir fêter cette célébration merveilleuse reste pour moi un vrai crève-coeur (encore plus aujourd’hui !). Je n’ai de ce fait pu m’intéresser aux états d’âme bien futiles de ces personnages : des Américains moyens obsédés par les qu’en dira-t-on, tout comme leur obsession vénale pour les portefeuilles bien fournis… Finalement, je me suis interrogée sur l’intérêt d’un tel roman… Pourquoi tout ce fatras ? Rien de transcendant…

En bref : cette lecture aussitôt lue est aussitôt oubliée ! Elle aura au moins eu le mérite de nous rappeler, lecteurs, qu’un Noël même improvisé vaut mille fois mieux que pas de Noël du tout… L’essentiel n’est pas la qualité du menu ou le nombre de cadeaux offerts, encore moins les dépenses inconsidérées, mais bien la compagnie des proches, ceux qui comptent et qui sont encore si loin de nous, c’est cela véritable magie de Noël… Qu’en pensez-vous ?

Je pense tout de même visionner l’adaptation cinématographique qui à l’air plus sympathique… Je suis particulièrement fan de Jamie Lee Curtis… A voir…

La toute première contribution aux challenges Il était huit fois Noël (chez Samarian et Chicky poo) et Christmas Time 2020 (chez Mya). Je m’échauffe pour débuter officiellement dès décembre! Pour s’inscrire au défi c’est ici!

Publié dans Challenge cold winter, Littérature américaine | 23 commentaires

Rebecca de Daphne du Maurier

A l’occasion du défi, le Black November challenge, j’ai déterré de ma bibliothèque cette magnifique édition offerte pour Noël dernier qui propose une traduction française plus récente (et non tronquée comme la précédente !) en restituant plus fidèlement l’œuvre de Daphne du Maurier. Je voue depuis de nombreuses années une admiration fervente à cette grande romancière britannique. J’ai d’ailleurs eu la chance de partir sur ses traces en Cornouailles et de visiter la fameuse « Jamaïca Inn » (L’auberge de la Jamaïque) il y a déjà dix ans ! Comme le temps file !

Rebecca relate l’histoire d’une jeune fille timide et réservée qui travaille comme demoiselle de compagnie pour une dame acariâtre et cancanière, Mme Van Hopper. Cette dernière l’emmène avec elle à Monte-Carlo. Là, la jeune narratrice un peu gauche fait la connaissance d’un séduisant veuf d’âge mûr, Maxime de Winter qui la convainc de l’épouser et de le suivre en Angleterre… A son arrivée, la jeune femme déchante très vite, son époux est distant et le personnel de Manderley, son nouveau foyer, l’accueille froidement… En effet, l’ombre de Rebecca, la première épouse défunte de Maxime de Winter semble toujours planer sur les habitants tout comme sur la demeure elle-même.  Le malaise s’installe, seraient-ils tous sous l’emprise d’un étrange sortilège ?

Cette relecture de Rebecca ce mois-ci tombait parfaitement à pic car elle concordait avec la diffusion sur Netlfix d’une nouvelle adaptation. En effet, le réalisateur, Ben Wheatley s’est emparé du chef-d’œuvre et a tenté non sans mal de dépoussiérer ce classique en proposant sa propre adaptation pour le petit écran… Le résultat n’a, selon moi, malheureusement pas été à la hauteur du sujet… Si j’ai découvert une fois encore avec fascination l’atmosphère gothique de Manderley en relisant Rebecca, à nouveau envoutée par l’écriture magnétique de Daphne du Maurier, je n’ai à mon grand regret pas retrouvé cette ambiance si fascinante et auréolée de mystère dans ce film…

Certes, la photographie de cette adaptation est indéniablement sublime. Digne d’une publicité glacée de parfum, l’œuvre est en revanche étonnamment creuse et décorative. Il semblerait que le réalisateur n’ait pas lu le livre ou l’ai survolé. Ce long-métrage s’est d’ailleurs révélé un tantinet soporifique et manque cruellement de souffle romantique. Autant l’avouer, on s’ennuie ferme d’un bout à l’autre. Le réalisateur a tenté non sans mal d’apporter une certaine densité à l’héroïne pour la rendre plus intéressante… Ces efforts sont vains. Cette figure féminine terne et sans grande témérité est une poupée de chiffon finalement assez antipathique. Elle enchaîne bourdes sur bourdes… Dans le roman, ses faiblesses lui sont excusées car elle est manifestement trop jeune et inexpérimentée pour tenir le rôle de maîtresse de maison ; elle est d’une timidité maladive et s’efforce de plaire à son époux de vingt ans son aîné.

Mais cette relation ambivalente entre les deux protagonistes principaux est très mal exploitée dans le film, tout simplement par ce que l’écart d’âge entre eux deux à l’écran n’est pas vraiment respecté.

Ainsi, l’acteur qui incarne de Winter, Armie Hammer, est très séduisant. Toutefois, il n’a pas l’étoffe d’un personnage sombre et torturé… Il est par ailleurs bien trop jeune pour le rôle…  Je l’avais pourtant trouvé excellent dans U.N.C.L.E où il incarnait un agent secret du KGB. Il était à tomber ! Dans Rebecca, lui aussi est trop décoratif… Le film est donc étrangement bancal et ennuyeux, est -ce dû à une erreur de casting ou à un réalisateur incapable de diriger ses acteurs et de leur donner une ligne directrice claire ?

Quant à Lily James, si j’apprécie grandement cette actrice qui semble avoir actuellement le vent en poupe (elle enchaîne en effet les rôles-titres tels que dans Mama Mia, Le cercle littéraire des épluchures de patates entre autres), néanmoins, elle est en revanche beaucoup trop âgée pour ce rôle. L’héroïne du roman devrait avoir la vingtaine tout au plus. L’actrice a facilement dix ans de trop et n’est pas du tout crédible en jeune écervelée… Son attitude de femme-enfant la rend au contraire agaçante et un tantinet cruche à l’écran. On a du mal à s’attacher à elle. Dans le roman, si la narratrice est assez insipide, elle suscite du moins une certaine pitié.

Je reste cependant convaincue que ce personnage féminin d’héroïne qui n’en est pas vraiment une était calculée. Du Maurier ne voulait pas lui donner trop d’importance dans son roman, ce que le réalisateur n’a manifestement pas compris. Il préfère s’attarder trop sur la romance des personnages et passe ainsi à côté du sujet principal de l’œuvre originale : le génie de ce roman ne réside en effet pas dans le portrait peu flatteur des deux protagonistes principaux mais dans l’écriture brillante de cette romancière, sa manière bien à elle de distiller une ambiance sombre et parfois même inquiétante. Le secret terrible sous-jacent de la mort de Rebecca, ce fantôme imposant qui écrase l’existence de l’héroïne incapable d’avoir sa propre identité est la véritable trouvaille de ce roman et, ce qui aurait dû être mis davantage en lumière dans le film. La narratrice n’est rien et ne laissera aucune trace de son passage lorsqu’à son tour elle décédera… Son identité est de ce fait volontairement tu dans le roman. Elle est ainsi condamnée à vivre dans l’ombre de cette première épouse qui rayonne encore et continue de séduire son entourage même après son dernier souffle. Il y a de la sorcellerie dans l’air… Rebecca est un personnage sombre et malsain dont le souvenir trop prégnant suinte à chaque coin de la demeure… Elle hante Manderley. C’est cette trouvaille géniale et d’une psychologie rare qui m’a séduite dans le roman original et non les protagonistes en eux-mêmes.

Rappelons tout de même que Rebecca est avant tout un roman d’atmosphère qui puise sa principale inspiration dans les œuvres gothiques du XIXème siècle. Comment ne pas dès lors penser à Jane Eyre et à son héroïne tout aussi insipide que la narratrice de Rebecca? Une jeune femme maladroite qui, grâce à sa bonté, réussira malgré elle finalement à conquérir le cœur tout comme l’esprit de son maître… A l’instar de Mr Rochester qui a séquestré sa première épouse complètement folle, le protagoniste principal dissimule lui aussi une vérité abominable…

Pour conclure, si cette adaptation un peu brouillonne tente de s’émanciper de la version classique et originale, elle s’est révélée malheureusement totalement creuse. J’ai longtemps hésité à la revoir pour tenter de comprendre ce qui ne m’avait pas plu à l’écran, et je me suis rendu compte que même ma curiosité n’était pas assez aiguisée pour en connaître la vraie raison. C’est dire si le film en vaut la peine…

Reste, que les costumes sont somptueux, Lily James porte des tenues sublimes. Le choix de musique un brin anachronique était aussi une tentative osée mais une fois de plus, elle n’est pas particulièrement bien exploitée. Saluons tout de même la performance magistrale de Kristin Scott Thomas à l’écran qui incarne avec maestria le rôle de cette gouvernante glaciale et délétère. Cette dernière cultive une fascination morbide pour son ancienne maîtresse Rebecca et a conservé ses effets tout comme sa chambre qu’elle a transformé en véritable mausolée. Ce personnage à la voix doucereuse est particulièrement ignoble et demeure encore le plus mémorable du livre… Hitchcock l’avait admirablement bien restitué dans sa version de 1940 (une adaptation excellente que je vous recommande chaudement) et avait accentué encore davantage son ambiguïté…

 

En bref :  Cette nouvelle adaptation peu fidèle de Ben Weathley s’est malheureusement révélée être une jolie coquille vide sans grand intérêt. Quelle déception ! Toutefois, elle m’aura au moins permis d’apprécier à nouveau la lecture de Rebecca, ce petit bijou d’écriture paru en 1938. Il reste un classique incontournable de la littérature anglaise. Quinze ans après sa première lecture, l’aura de Rebecca a toujours le même impact sur moi… Il reste l’un de mes livres de chevet favoris. 

La bande-annonce du film:

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Read-a-thon Mois Halloween cosy (billets de suivi du 6,8 et 9 nov et bilan)

C’est aujourd’hui que débute le Read-a-thon ! (qui devrait durer tout le weekend du 6 au 8 novembre) Une belle manière de finir en beauté le mois Halloween.  Lou, Hilde, Bidib et FondantGrignote nous ont concocté un programme effroyable pour se tenir compagnie durant ce second confinement… Le concept d’échange est fort sympathique, j’ai donc décidé d’apporter ma modeste contribution pour la première fois. Même si je doute pouvoir respecter et valider à la lettre l’intégralité du défi…  Et oui, je suis accompagnée de mon petit Gremlin de seize mois, j’ai nommé « La tornade rousse » qui n’apprécie pas de ne pas avoir H24 toute l’attention de sa maman… Elle pianote toutes les deux secondes sur le clavier, frustrée lol… Difficile de rédiger ce billet ! Les copinautes qui participent sont nombreuses: FondantGrignote, Jojo en herbe, Samarian, Clarabel, Myrtille, Lou, Hilde et Bidib.

Le défi propose plusieurs étapes à suivre : lire au moins une heure à la bougie, lire à peu près 666 pages, découvrir quelques contes et légendes sur les sorcières et les fées, introduire une lecture étrange de Noël puisque nous sommes toujours dans l’atmosphère sombre d’Halloween, enfin, partager quelques plats et goûters concoctés pour cette occasion. Je compte aussi poursuivre un peu mes lectures du moment. Je vais essayer de terminer la lecture de Le diable tout le temps en prévision du challenge littéraire le Black November et je lis en parallèle en anglais depuis plusieurs semaines déjà A discovery of Witches. J’aimerais en lire plus, ce challenge devrait me booster. J’ai un peu délaissé cette lecture de côté…

J’ai également l’intention de commencer ces deux lectures pour le read-a-thon, « un cosy Mystère » d’Anne Perry et un court album illustré de contes que j’ai déterré de ma bibliothèque. On verra selon l’humeur de ma petite tornade. Je piocherai selon l’envie… Très bonnes lectures ! Et bon challenge pour ceux et celles qui participent!

Je vous retrouve après sa sieste pour un petit bilan matinal…

Premier jour:

11h21 : Je n’ai donc pas pu accéder tout de suite au clavier. Levée à 6H00 après une nuit en pointillée. La tornade est un peu intense ce matin. Elle a une énergie débordante et saute partout ! Je me suis préparée un petit coin de lecture dans sa chambre sur le sol sur une couverture polaire de Noël, adossée au radiateur. Si la journée est ensoleillée, la maison est un vrai frigo. On gèle ici ! Je bouquine pendant que la tornade s’en donne à cœur joie… On dirait qu’il y a une bombe qui a explosé au milieu de la pièce ! Les jouets sont éparpillés partout. Je lis donc l’album de contes : Amusons-nous avec la sorcière, un recueil de petites histoires étranges et fantastiques déniché dans la bibliothèque familiale. Ma mère l’a acheté en 1985 ! Et elle me l’a offert petite fille, ma tornade profite des images avec moi.

12h42: La tornade dort enfin! J’ai terminé la lecture du recueil de contes. J’adore ce beau livre. Les illustrations sont superbes et les histoires même si elles sont parfois farfelues m’ont enchantées. Certaines relèvent plus de l’anecdote que d’un vrai conte abouti mais il y en a d’autres qui sont très intéressantes. J’aime beaucoup la courte histoire intitulée « Un très long nez », je l’avais lu toute petite fille et elle m’a toujours beaucoup plue. Elle raconte l’histoire de trois frères et d’une sorcière. Ces trois jeunes hommes sont tous épris de la même femme, la belle Margaret. Chacun leur tour, ils vont tenter de lui demander sa main. Les deux premiers frères vont rencontrer sur leur route la sorcière Molly, une femme extrêmement laide dont les villageois se moquent sous cape. La vieille sorcière va les saluer et les deux aînés trop fiers vont lui tourner le dos. Bien entendu, ils seront punis pour cet affront. La jolie demoiselle les éconduira tout deux. Robin le cadet, est un garçon au long nez.  Plus doux et généreux, il s’arrêtera sur son chemin pour discuter avec la vieille Molly, qui touchée par sa bonté le récompensera en lui offrant une bague magique pour conquérir le coeur de sa dulcinée.

Il y a une touche moralisatrice à la fin de cette histoire qui n’est pas pour déplaire. Les bons sont récompensés parce qu’ils font preuve de tolérance. Bref, ce petit conte en apparence simpliste est une belle leçon de vie. J’ai donc lu 33 pages.

13h: Après un petit ménage rapide et un petit passage éclair pour aller dorlotter mes bêtes dans ma mini ferme (cochon, chèvres et poules!) il est grand temps de manger… Je compte profiter de cette petite pause pour bouquiner et avancer la lecture de Le diable tout le temps… Je fais quand même un petit tour rapide pour aller voir les blogs des copinautes qui participent à l’aventure… Je passe plus de temps à flâner chez elles qu’à lire! Mais je me régale! Pas grave! Je me rattraperai plus tard…

14h: Je me suis accordée après le repas des petites douceurs (on ne se laisse pas aller!) Bon, finalement la tornade n’a pas dormi longtemps… Elle est de retour et me prend tout mon temps. Je reprendrai les lectures plus tard… Lol je venais de me poser avec Le diable tout le temps j’ai lu deux pages! On avance bien lol.

 

Zut! Black, Pépite et Ramsès, mes décos de canapé préférées m’avaient pourtant réchauffée la place sur le divan! Je vais me balader avec ma tornade pour nous aérer un peu dans le jardin.

19h52: Après une après-midi on ne peut plus mouvementée, la tornade ayant fait une forte chute et s’étant retrouvée avec un hématome gros comme une orange (plus de peur que de mal mais on veille au grain quand même hein!), je reprends mes lectures. Bébé est couché, je lis Le diable tout le temps, un roman très bizarre sur des péquenauds de l’Amérique profonde. Le roman ne fait pas vraiment peur mais qu’est-ce qu’il met mal à l’aise. C’est glauque. Le langage est parfois cru mais pourtant je suis intriguée, je ne peux pas m’empêcher de lire. Je veux connaître la suite… Il y a des personnages complétement frappadingues dont un prédicateur qui pour attirer la foule verse des bocaux géants d’araignées vivantes sur sa tête et mange des cafards pendant ses prières…

Voilà un extrait: « Toutes les deux minutes, il interrompait son prêche et sortait d’un vieux seau à appâts un ver en train de se tortiller, ou un cafar croustillant, ou une limace gluante, et les mâchait comme un bonbon. »

Bref, drôle de livre pour l’instant. Les protagonistes sont décrits comme des « bouseux » rustres, ils vivent au milieu de nulle part entourés d’ignares. Ils abattent des écureuils pour se nourrir et mâchent du tabac à chiquer toute la journée… ça fait rêver quoi. J’ai lu 37 pages. Je fais une pause dîner et j’y retourne…

20h42: Après avoir lu quelques pages trop sombres et décadentes à mon goût, j’ai finalement bien envie de me regarder un petit film sympa sur Netflix… Pourquoi pas une cucuterie? J’ai repéré le Grinch que je n’ai jamais vu. Malheureusement, notre petit Gremlin a encore frappé, la télécommande a disparu. Impossible d’utiliser la télévision lol. Bon, pas grave je suis fatiguée de toute façon et j’ai un dvd sous le coude que je n’ai pas encore vu. Je me rabats sur mon ordinateur portable, comme quand j’étais étudiante et je me met en mode cocooning sous la couette avec mes deux toutous. La maison est toujours en mode frigo. J’ai mis le pyjama le plus confortable (donc le plus laid) et j’ai ajouté les chaussettes dépareillées d’équitation, celles à carreaux (ce sont les plus chaudes, en plus elles montent jusqu’aux genoux!) et la polaire Queshua (franchement c’est moche mais qu’est-ce qu’on est bien dedans). J’ai l’impression d’être Bridget Jones ambiance All by myself! C’est la misère. L’écran est tout petit, le film a du mal à se lancer mais je suis déterminée.  J’arrête les digressions. Je regarde donc bien évidemment un film qui fiche la frousse: La malédiction Winchester, une histoire de fantômes.

21h09: Pssst! C’est vraiment pas de bol lol, à croire que je suis vraiment maudite. Impossible de voir ce fichu film! L’ordinateur est en grève! Bon, c’est pas grave je retourne donc à mes lectures et tenterai ma chance demain… Rrrr! Je fais un sort à ma boîte de chocolats célébration (je vous dis Bridget Jones! Dans toute sa splendeur et sa décadence). Pas grave, demain est un autre jour. Allez hop! On reprend le fil des lectures. Je vais commencer Le spectable de Noël, j’ai envie de tenter ce « cosy mystery ».

21h38: Je viens tout juste de me mettre à lire mais mon petit démon s’est réveillé. Pause biberon… Bébé a un gros chagrin, elle a dû faire un cauchemar.

21h57: J’ai donc repris ma lecture du livre d’Anne Perry qui me plait déjà beaucoup. L’idée est pas mal du tout: à l’approche de Noël, une troupe de théâtre un peu désargentée se retrouve invitée dans un vieux manoir du York pour adapter une pièce de théâtre inspirée du roman de Bram Stocker, Dracula. On est en 1898! J’adore l’ambiance so british de ce period drama! Il ya une petite analyse intéressante du mythe du vampire faite à travers les échanges des protagonistes:

-Toute cette histoire relève du… fantastique.

-Pas du tout insista Caroline. Elle sort des ténèbres des cauchemars que nous portons en nous »

Je trouve que c’est plutôt bien écrit! J’ai lu 42 pages.

22h37: Je fais une courte pause pour répondre aux copines et faire un tour sur leur blog respectif. J’ai repéré au passage un titre de livre qui me fait envie chez Fondant: La villa des Mystères d’un auteur italien… Oh! J’en profite pour flâner sur Amazon et lire les avis! ça à l’air génial et en plus il y a aussi une ambiance gothique puisque le roman raconte les origines de Frankenstein! Merci Fondant pour cette idée de lecture! Hâte de connaître ton avis!

23h02: Extinction des feux! Je suis claquée et vous retrouve demain pour poursuivre les festivités!

9h33: Bonjour à tous et à toutes! Me voici de retour! Après une nuit de folie, la Tornade rousse nous a fait passer une nuit blanche (quatre réveils au total…), je suis encore dans l’ambiance d’Halloween, en mode Zombie… Je me suis levée de bonne heure vers 6h30 pour faire ma petite séance sportive quotidienne (aujourd’hui c’était Barre Blend de Beachbody). Après cela douche, petit dèj et thé vert, et je suis prête pour ce deuxième jour de marathon! J’ai lu ce matin et pendant la nuit entre deux biberons, 44 pages du roman de Anne Perry. J’apprécie toujours autant cette lecture. C’est fluide et très intéressant. La romancière nous apprend pas mal de choses sur l’Histoire du mythe du vampire à travers les voix des personnages. J’aime aussi les explications concernant les choix scèniques pour l’adaptation du roman de Bram Stocker. Le lecteur découvre les coulisses du théâtre et le travail titanesque de la mise en scène. C’est passionnant!

Un personnage étrange et auréolé de mystère (qui à un je ne sais quoi de Dracula) vient de débarquer au manoir alors qu’une tempête de neige fait rage quelques jours avant Noël. Tous les invités sont pris au piège au sein de cette demeure. C’est prenant… Mais je vais devoir interrompre ma lecture, j’ai un cours de soutien à donner. Un grand ménage s’impose également dans la maison. Ce n’est que partie remise!

11h43: Après une matinée ultra chargée qui a défilé à la vitesse de l’éclair,  entre des cours de soutien d’anglais pour des élèves, le bain de bébé, le repas des animaux et une tentative moyennement fructueuse de ménage, interrompue par l’homme de croc et ma tornade qui, à eux deux ont transformé la maison en un gigantesque chantier,  j’ai à peine eu le temps de passer l’aspirateur.  La Tornade réclame son biberon, c’est l’heure de la sieste. J’arrête donc mes tâches ménagères car je suis obligée de faire tout sur la pointe des pieds et de respirer en apné de peur de la réveiller. L’homme de cro est chargé de nettoyer la cuisine et moi je me repose enfin!  Faut pas exagérer quand même! Je vais bouquiner vite fait en prenant une tasse de thé… avant d’aller préparer à manger… Et zut la Tornade ne dort toujours pas…

14h31: Le Gremlin dort à point fermé, j’ai réussi à lire pendant une petite heure en dégustant des petits carrés de chocolat au lait. Je me suis mise confortablement près du feu et j’ai lu en câlinant ma Pépite sur les genoux, qui en profite d’avoir un petit peu de temps libre avec sa maîtresse. En ce moment, elle est un peu chose, je passe beaucoup de temps avec ma fille et je pense qu’elle se sent délaissée alors j’essaie de compenser un peu quand j’en ai l’occasion.

J’ai repris la lecture de Le diable tout le temps. C’est de plus en plus sombre. J’avance bien mais je trouve l’atmosphère trop suffocante. Il y a des chapitres qui sont consacrés entièrement au périple d’un couple de psychopathes dégénérés qui ramassent sur la route des auto-stoppeurs pour les martyriser et prendre des photos artistiques des corps torturés. Je me demande où ce livre nous mène. Je suis moyennement fan, j’ai l’impression de faire du voyeurisme… Je vais finir le roman pour le Black November challenge mais je doute que je lirai à nouveau cet auteur. Je préfère les « cosy mystery », je suis une tendre. J’ai lu 57 pages. Je pense reprendre le livre d’Anne Perry que je garde au chaud pour ma pause goûter. En attendant, le devoir m’appelle, la Tornade rousse s’est réveillée, je vais la balader un peu dans le jardin. Elle râle…

16h20: La Tornade et moi avons joué longuement dans le jardin qui est tapissé de belles feuilles d’automne. Nous en  avons profité pleinement avant que le temps ne se dégrade. La journée a été belle et douce. Nous sommes rentrés au chaud avec des belles images en tête, cela m’a fait du bien après la lecture trop glauque de Le diable tout le temps que je délaisse momentanément. Je vais me tourner vers des lectures plus optimistes. Je commence à avoir envie de flocons et de chocolat chaud au coin du feu. J’ai bien envie de sortir mon sapin… C’est trop tôt, vous pensez?

Nous avons aussi improvisé un petit goûter gourmet avec le thé: une délicieuse tarte aux pommes faite avec la recette de ma mère et les pommes du jardin. Merci Maman! Un vrai régal! Miam! Je reprend tranquilement ma lecture d’Anne Perry tout en sirotant mon thé à l’orange tandis que mon petit farfadet babille et gribouille…

18h59: La Tornade rousse est au lit, elle n’a quasiment pas dormi de la journée et elle est intense! Elle ne dort évidemment pas même si elle n’arrête pas de se frotter les yeux. Je regarde The nightmare before Christmas (L’étrange Noël de Monsieur Jack). Je me rends compte que je ne l’ai jamais vu en entier. J’adore la scène de la découverte de Christmas town quand Jack s’émerveille devant toutes les couleurs et les décorations… Je pense que demain ce sera atelier déco de la maison avec l’Homme de croc! On va sortir le sapin!

L’univers de Tim Burton à ses débuts était tellement original. Dommage, que depuis il n’ait pas su se réinventer… L’Homme de cro m’a appris que cette chanson était en fait inspirée d’un poème de Tim Burton… Bon, je doute voir le film en entier, je vous laisse mon Gremlin m’appelle!

20h00: Je suis K.O! La Poupouche dort enfin! Je regarde une petite cucuterie de Noël. J’ai cherché un film léger sur Netflix et j’ai trouvé une comédie romantique française. Je pensais que ce serait très mauvais mais en fait c’est très sympa! C’est dans la même veine que Virgin River. Les dialogues sont drôles, c’était un peu lent au départ mais ça se regarde gentiment. Une avocate novice au grand coeur qui est sur le point de se faire licencier la veille de Noël se voit envoyer en Laponie pour effectuer le redressement d’une usine de bois. Elle sait qu’elle doit faire preuve de fermeté et ne pas se laisser attendrir par le patron de l’entreprise, elle est d’ailleurs dans la ligne de mire de son propre patron qui la trouve trop faible… Arrivée sur place, malheureusement les choses ne se passent pas comme prévu… Le patron de l’usine de jouets en bois qui l’accueille est un sacré beau gosse au charme redoutable (l’acteur est pas mal du tout miam miam!)…

Cette comédie rafraichissante est une bonne excuse pour découvrir les us et coutumes en Laponie (bien entendu tout y passe, les rennes du Père Nöel, les chiens de traîneaux, etc). J’en ai profité pour grignoter des cookies faits maison en dégustant une petite tisane verveine menthe (faut vraiment que j’arrête de manger, je vais finir le confinement obèse, ça me déprime cette ambiance)… Je n’ai pas lu grand-chose, je compte me rattraper après ce petit visionnage. Bref, ce film est mignon et met du baume au coeur! ça fait du bien un peu de légereté même si cela donne envie de partir s’évader vers de nouveaux horizons!

21h38: J’ai terminé ce petit film de Noël bien sympa! Une jolie bluette plein de bons sentiments et d’espoir. ça fait son job, j’ai passé une agréable soirée! Allez hop! Je retourne lire!

23h30: J’ai donc repris la lecture de Le spectable de Noël d’Anne Perry. Juste au moment où j’étais en train de me dire que l’histoire commençait à être un peu trop bavarde, hop, un meurtre survient! Et me voilà complètement accro. Je n’ai pas vu le temps passé. J’ai enchaîné les pages à un rythme effréné. J’aime beaucoup le personnage féminin principal… J’en parlerai dans mon billet dédié à cette lecture! J’ai lu 65 pages. Je suis exténuée, d’autant plus que j’ai décidé demain de me reprendre en main côté sport et alimentation. Mon tapis de course est pour l’instant en panne, je ne peux malheureusement pas courir mais en attendant je suis des programmes sportifs en streaming tous les matins avant d’attaquer la journée. Bonne nuit! Et bon repos!

Jour 3:

12h58: Je suis de retour! Oui Oui, je poursuis bien toujours l’aventure, mais la matinée a été ultra chargée! Je n’ai même pas encore mangé! C’est pour dire! Levée aux aurores à 5h30 pour donner le biberon au petit Gremlin qui a enfin fait une nuit complète! (le bonheur!), du coup Maman a la pêche aujourd’hui! J’ai fait une longue marche à pieds (1km bien entendu) munie de mon casque de musique (et de mon attestation dans la poche). Cela fait un bien fou d’être un peu seule avec ses pensées. Au retour, j’ai fait une séance de Barre Blend de 30 minutes (sport sur Beachbody). J’étais prête pour le petit dèj. Pendant que l’Homme de cro s’occupe de notre farfadet, je me lance dans un énorme ménage et nous en profitons pour installer le sapin de Noël. J’ai allumé une bougie rouge à la cannelle, la maison sent bon! Hourra! Elle a enfin retrouvé figure humaine. Cette après-midi, je devrais pouvoir me consacrer à mes lectures. Je compte terminer Anne Perry en espérant pouvoir avoir suffisamment de temps à ma disposition. A toute! Notre elf ne veut pas faire sa sieste!

15h11: Et voilà! Le Gremlin dort profondément. J’ai enfin pu reprendre mes lectures! J’ai terminé le petit roman policier d’Anne Perry et je dois dire que j’ai passé un agréable moment. L’écriture était fluide et l’intrigue bien troussée! J’en parlerai peut-être davantage dans un billet particulier. Je pense m’en acheter d’autres. J’aime beaucoup le concept! Je devais lire un roman historique pour mon club de lecture qui doit dorénavant se donner rendez-vous sur Whatsapp, j’en profiterai pour le présenter. Pour l’heure, je vais faire un petit tour chez mes copinautes… J’ai lu 40 pages. Je pense ensuite lire peut-être un peu en anglais ou poursuivre la lecture de Le diable tout le temps, à voir, car j’ai déterré de ma bibliothèque un roman de Sarah McCoy, Un goût de canelle dans une jolie édition de Noël… Ce livre me tente grandement, peut-être vais-je finalement faire une entorse à mon programme…

20h11: Après la sieste de mon petit troll, nous sommes allés nous aérer un peu à l’extérieur du jardin. L’attestation à la main, nous avons marché sur 1km, le Gremlin était content de sortir un peu. Il ne pleuvait plus. Nous avons la chance d’avoir une piste cyclable le long de notre route ce qui nous permet de nous dégourdir un peu les jambes. Je me suis rendue compte que  l’hiver approchait à grands pas, la luminosité a vite baissé durant l’après-midi si bien que nous sommes rentrés à la tombé de la nuit. Il était à peine 18h! Le petit démon a joué longuement avec les animaux, presque 1h dans le jardin. Midnight et Balthazar, nos boucs nains tout comme Elliott le cochon étaient heureux d’avoir un peu de compagnie. Ils nous ont fait la fête lorsque nous sommes venus les nourrir. Je n’ai malheureusement pas pu lire de l’après-midi. J’ai cependant préparé un goûter gourmand: un délicieux banana bread au chocolat. Nous nous sommes régalés. Quelques photos de cette après-midi:

Ce soir, nous buvons de la soupe de courge que l’homme de cro a préparé il y a quelques jours (nous l’avons décongelé) et visionnons un film de Noël: Last Christmas! Une comédie romantique anglaise avec l’actrice de Game of Thrones, Emilia Clark. J’aime beaucoup cette fille, elle a un regard pétillant qui est très expressif. Le registre comique lui va bien. Certains passages sont vraiment cocasses, cela rappelle l’humour déjanté de Love Actually. On rigole bien, ça se moque gentiment des films de Noël. Je le regarde en plusieurs morceaux car la Tornade n’est toujours pas couchée… Ce soir, elle est en mode Grinch! Je n’ai pour le moment vu que le début mais il semble prometteur!

Je ne sais pas encore ce que je vais lire ce soir, Le diable tout le temps ne me fait plus trop envie, il faudrait pourtant que je le finisse pour le Black November Challenge. J’ai un Kate Morton dans ma PAL qui n’est pas vraiment une lecture de Noël ni une lecture Halloween mais plutôt une lecture cocooning. Je pense que je vais quand même me laisser tenter, le temps s’y prête tellement bien. J’ai envie d’atmosphère british à la Downtown Abbey… Je pense qu’Anne Perry m’a contaminée! Je vais encore attendre un peu pour me plonger dans le roman de McCoy sinon je n’aurais rien pour décembre…

Ah, et j’ai découvert par hasard en feuilletant mon livre de contes qu’il y avait une histoire de Léprechauns, ça devrait compter dans le défi celte, non?

22h32: Mon lutin vient enfin de s’endormir! Elle fait ses dents et était inconsolable. Elle est restée éveillée jusqu’à la fin du film dans mes bras sur le canapé en mode koala. J’ai dû lui donner du Doliprane pour la calmer. Si j’ai pu regarder la fin du film, je n’ai malheureusement pas pu lire davantage. Last Christmas s’est révélé finalement plus triste que je ne le pensais. Il y a un retournement dans l’histoire qui nous bouleverse. Je n’en dirai pas plus… La fin diffère des comédies romantiques habituelles. Emma Thomson joue la mère d’Emilia Clark et elle est excellente comme à chaque fois. Son rôle est drôle et touchant. Je vais essayer de lire quelques pages des Brumes de Riverton de Kate Morton, ma prochaine lecture. Je reviendrai vous dire bonne nuit.

23h19: Je m’endors sur mon livre! Je suis trop fatiguée pour continuer ma lecture qui pourtant est passionnante! Je ne regrette pas mon choix de me replonger dans un roman de Kate Morton. Comme j’aime son écriture! Elle a un style classique d’une fluidité incroyable. On ne s’ennuie pas. D’ailleurs, finalement ce livre entre bien dans la catégorie « cosy » du R.A.T puisque c’est un livre idéal pour cocooner au coin du feu. J’adore son intrigue: c’est l’histoire d’un triangle amoureux et en particulier de deux soeurs éprises d’un même homme.  Elles vont être témoins de son suicide; parce qu’il a été un grand poète anglais, la presse en fera des gorges chaudes et bien des années plus tard sa fin tragique inspirera un film… Grace, une ancienne domestique (de 98 ans) est contactée par une productrice de cinéma qui souhaite obtenir des détails sur cette affaire sordide. Bref, le roman alterne le passé et le présent (les années 1920), on redécouvre toute une époque disparue, notamment les coulisses de la domesticité et de la noblesse anglaise au milieu du XXème siècle. J’ai lu 38 pages.

Je suis fan! Je dois maintenant vous dire au revoir! J’ai été contente de partager avec vous toutes… Je vous retrouve demain matin pour un court bilan de ces trois jours de R.A.T qui ont clôturé avec beauté le Mois Halloween! Bonne nuit!

Bilan: challenge accepted but not validated… LOL

Et c’est avec regret que je termine ce premier R.A.T. J’ai tellement aimé cette expérience de partage. Elle m’a permis de faire des échanges avec de nouvelles blogueuses, de découvrir d’ailleurs des personnalités très sympathiques. Je compte venir visiter leurs blogs régulièrement. J’ai adoré lire les petites péripéties du quotidien de mes copinautes. Cela m’a remonté le moral pendant ce confinement un peu plus dur que le précédent.

Pour ce qui du score, il n’est pas fameux:

J’ai vu deux films de Noël et j’ai lu un court recueil de contes  sur les sorcières et les ogres (il y avait aussi des histoires de lutins et de Léprechauns), j’ai donc à la fois validé le défi contes et légendes et le défi celtique. J’ai aussi lu un roman d’Anne Perry, Le spectacle de Noël (j’ai validé la catégorie Noël étrange). J’ai avancé la lecture laborieuse de Le diable tout le temps et j’ai débuté un nouveau roman, une lecture plaisir Les Brumes de Riverton. 

Total de pages lues: 300! Aïe! Catastrophe! Bon, je me doutais bien que je le résultat ne serait pas très glorieux. J’étais néanmoins contente de participer avec vous! Merci aux organisatrices et au prochain R.A.T! Peut-être pour les périodes de Noël? Bonne semaine à toutes!

En passant | Publié le par | 113 commentaires

Coco

Il y a quelques jours, M6 battait son record historique d’audience en une soirée, en diffusant à l’occasion des vacances de la Toussaint, Coco. Si je n’étais pas de la partie, ayant loupé le coche, je me suis très vite rattrapée le lendemain, en profitant du replay. D’après Le Figaro, ce petit bijou aurait réuni plus de 4 415 000 téléspectateurs en une seule soirée !

J’avais visionné ce film d’animation produit par les studios Disney Pixar à sa sortie en salle en 2017, et en gardais un souvenir mémorable ! Comme j’ai pleuré ! Evidemment, la magie a une fois de plus opérée. Je ne sais si l’ambiance morne du confinement, ou les perspectives floues de l’avenir, ont contribuées à mon ressenti, ou qui sait? Parce que je l’ai revu à présent à travers mes yeux de jeune maman, mais ce film m’a cette fois­-ci davantage bouleversée. Coco est incontestablement un grand coup de cœur. D’où lui vient-donc cette popularité phénoménale qui perdure et s’intensifie au fil des années ?

Le message d’amour universel du film est sans doute l’une des principales clés de son succès. Si l’histoire prend pour toile de fond, la fête mexicaine des morts qui, d’ailleurs concorde avec le calendrier chrétien de la Toussaint (entre le 1er et le 2 novembre), elle relate avant tout l’importance de préserver la mémoire des ancêtres. Ainsi, le noyau familial semble être encore l’ultime rempart face aux innombrables détresses de notre vie sur terre, une existence oh combien brève et éphémère ! Ce message fait d’ailleurs étrangement écho à notre situation actuelle.

Miguel est un jeune garçon plein de fougue qui souhaiterait s’écarter du chemin tout tracé que lui réserve les siens. Il n’a aucunement envie de rejoindre l’entreprise familiale de souliers et ne rêve que d’une chose, devenir tout comme Ernesto de la Cruz, son idole, un grand musicien. Malheureusement, pour des raisons obscures, son entourage a banni la musique de sa vie… Un véritable crève-cœur pour Miguel. Ce dernier, décide donc de prendre la poudre d’escampette et de participer à un concert de guitare pour prouver son talent. Par un étrange concours de circonstances, il se retrouve propulsé au Pays des morts, un endroit fabuleux autant qu’inquiétant… Je n’en dirais pas plus au risque de gâcher tout le plaisir de la découverte de cette petite pépite, un film d’animation riche en émotion et à l’intrigue étonnement dense.

En visionnant une seconde fois Coco, j’ai d’ailleurs, à ma grande surprise réalisé que le titre de ce film d’animation n’était pas une référence au héros principal mais, à celui de son arrière-grand-mère. Ce long-métrage, par ailleurs, fourmille de belles scènes, à la fois drôles et attendrissantes. Je n’oublierai jamais ainsi, le passage de la chanson « remember me » (attention prévoyez une boîte de kleenex!) où Coco, vieille dame en déclin, se remémore les années de bonheurs insouciants qu’elle avait fugitivement passé auprès de son père, disparu trop tôt, alors qu’elle n’était encore qu’une toute petite fille. Rien que d’y penser, j’en ai les larmes aux yeux. Pixar a le chic pour nous toucher jusqu’aux tripes. On en ressort secoué mais grandi.

Si l’histoire est en effet profondément bouleversante, elle déborde néanmoins d’optimisme. En outre, Coco nous rappelle qu’il faut profiter pleinement de chaque instant passé en famille. Les souvenirs que nous gardons de ces précieux moments, qu’ils soient tristes ou joyeux, sont le sel de notre existence. Cette histoire touchante nous rappelle aussi que nous sommes tous le produit de nos ancêtres, ils vivent ainsi en nous et à travers nous.

Bien que la fête des morts au Mexique soit une célébration un tantinet morbide, elle reste néanmoins paradoxalement très joyeuse, et rime avec costumes colorés et musiques endiablées. Cette célébration permet aux vivants d’honorer ses disparus sans sombrer dans la mélancolie. Coco restitue à merveille cette ambiance étrange et troublante. Chaque année, durant cette saison, les mexicains envahissent leurs cimetières pour apporter des offrandes à leurs morts. Des objets personnels sont également déposés sur les tombes pour vénérer la mémoire de ces défunts. Cette tradition ancestrale, sous l’influence de la culture américaine et en particulier d’Halloween, a désormais évolué. Les enfants tout comme les adultes revêtent à présent eux-aussi des costumes effrayants pour défiler dans les rues… Peut-être un jour aurais-je l’occasion de voir de mes propres yeux cette fascinante coutume… J’en rêve !

En bref : Coco, est un long-métrage sublime sur la mémoire et un hommage vibrant à la culture mexicaine. Le graphisme des animations est soigné et les couleurs sont somptueuses. Ne vous fiez pas à son titre gentillet, cette œuvre est un petit joyau ! Voilà donc la magie des studios Disney Pixar, nous émerveiller encore et toujours ! Leur pouvoir transcende les âges, personne n’y est insensible. A voir sans modération !

Petite contribution au Mois Halloween et au Pumpkin Autumn Challenge (catégorie Automne douceur de vivre: Il fait un temps épouvantail!)

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Les nouvelles aventures de Sabrina/ Pumpkin Heads

Et voilà… Si Halloween est déjà terminé, le challenge littéraire, lui se poursuit jusqu’à mi-novembre, de quoi me permettre d’ajouter encore quelques lectures frissonnantes. Cela tombe à pic puisque je viens également de débuter en parallèle Le Black November ! Les Thrillers seront donc au rendez-vous sur le blog!

J’ai profité de ces derniers jours pour glisser deux lectures B.D détentes dont une en V.O

° Les Nouvelles aventures de Sabrina :

A la veille de son seizième anniversaire, Sabrina Spellman, une jeune fille, doit prendre une décision importante, elle doit en effet choisir entre mener une vie paisible de mortelle avec son petit ami et ses camarades de lycée ou, embrasser la destinée exceptionnelle d’apprentie sorcière que lui réserve sa famille depuis sa naissance.

Elle ne se doute pas que « Madame Satan », Lilith, vient de refaire surface et garde l’œil sur elle… Sabrina pourra-t-elle l’affronter sans risquer de perdre ceux qui lui sont chers ?

Il y a deux ans sortait sur Netlfix, la série étrange et pour le moins macabre Les nouvelles aventures de Sabrina. Ni une ni deux, je m’étais empressée de « binge-watcher » l’intégralité des épisodes disponible sur la plateforme. Le concept était irrésistible : une version de Sabrina Spellman, l’apprentie sorcière (un personnage de fiction connu grâce à la petite série édulcorée de Disney channel) plus mature et plus sombre qui en fait, se rapproche davantage du personnage original des anciens Comics publiés pour la toute première fois en 1962 !

Parue en avril 2019 à la suite du succès retentissant de la série T.V Netflix, cette bande-dessinée collector insolite est un pur joyau pour les aficionados !  Une fois franchi le cap de l’intrigue quelque peu rocambolesque, j’ai très vite été happée par cet univers inquiétant au décor pop. Les illustrations tout comme le choix des teintes ocres et bordeaux m’ont d’emblée séduite. L’aspect et la noirceur de la plume de l’auteur hispanique Roberto Aguirre-Sacasa apporte d’ailleurs une touche un tantinet baroque et décalée à l’atmosphère déjà gothique du livre. Certes, les vignettes sont parfois gores mais cela n’a étrangement en rien entravé mon plaisir de lecture. J’ai été complétement conquise ! Qu’on se le dise, on est avant tout dans de la fiction pure. Suspend your disbelief ! L’ambiance morbide parfois barrée rappelle aussi beaucoup par certains côtés les contes de la Crypte. Le cadre temporel m’a également beaucoup plu. Sabrina évolue dans un univers parallèle à Riverdale très rétro, les années 60, une période que j’adore.  L’œuvre fourmille entre autres de clins d’œil au roman de Levin, Rosemary’s baby ou encore à la Famille Adams.

En bref : un Comics original qui flirte avec l’épouvante et l’univers rock des vieilles B.D vintage, dont je n’ai fait qu’une bouchée et que j’ai savouré comme une délicieuse friandise d’Halloween. Si ma passion va principalement à la lecture de romans, j’avoue malgré tout mon petit plaisir coupable pour les Comics. Les Nouvelles aventures de Sabrina a été pour moi un régal !  J’ai désormais hâte de lire la suite qui n’est pour le moment pas encore annoncée… En attendant, j’ai commandé pour Noël, Afterlife, une histoire Zombiesque dans la même collection et un petit hommage à l’œuvre Loftcraftienne tout comme à l’humour morbide et toqué des films de Sam Raimi (comment ne pas penser à Evil Dead en jetant un œil à la couverture ?!).

Le teaser de  la première partie des Nouvelles aventures de Sabrina sur Netflix (à noter que la nouvelle saison sortira en janvier 2020):

° Pumkin Heads :

Ce roman graphique est une petite bluette. L’histoire prend pour toile de fond la période d’Halloween. Toutefois, pas d’horreur ici, aucune présence spectrale ni monstrueuse dans cette intrigue somme toute assez simpliste : chaque automne, deux lycéens se retrouvent pour travailler au « Best pumpkin patch », un parc d’attraction à thème qui propose de nombreuses activités liées à la récolte de citrouilles…  Cette saison se révèle bien différente des précédentes puisque les deux jeunes gens terminent enfin leur mission. L’année suivante, ils rentreront à l’université et devront stopper leur petit job d’étudiants. Josiah mélancolique, regrette de ne pas avoir avoué sa flamme à la ravissante « Fudge girl », une collègue de travail toujours débordée qu’il admire à distance depuis ses débuts au parc… Deja, quant à elle, n’a pas l’intention de laisser s’envoler l’opportunité de profiter pleinement de cet endroit fantastique avant son départ, c’est pourquoi elle propose à Josiah d’emprunter exceptionnellement le chemin de l’école buissonnière… Les deux camarades se lancent alors dans une quête insensée pour retrouver la mystérieuse « fudge girl » …

Autant, l’avouer tout de suite, si je n’avais pas lu cette lecture en V.O, elle se serait révélée sans grand intérêt. L’histoire manque cruellement d’originalité. Toutefois, les illustrations sont un plaisir pour les yeux. Cette comédie romantique rafraîchissante a au moins eu le mérite de procurer une parenthèse joyeuse et une petite détente fort agréable dans le climat tendu actuel.

En bref : Sans être un chef-d’œuvre, cette lecture légère est un très bon divertissement. Bourré d’optimisme, ce cocktail vitaminé idéal pour cette saison morose nous rappel que l’Automne est tout de même l’une des plus belles périodes de l’année. Je garde quant à moi mon exemplaire, une ressource que j’espère pouvoir exploiter avec mes élèves.

Voici donc mes dernières lectures du Mois Halloween ainsi que du Pumpkin Autumn Challenge dans les catégories Automne frissonnant (Les chimères de la Sylve rouge pour les créatures de la nuit) et Automne douceur de vivre (Il fait un temps épouvantail!)

 

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Soirée Pop Corn#2 Spécial Halloween

Le Mois Halloween arrive bientôt à sa fin… A l’annonce du reconfinement et pour chasser les idées noires, cette année, point de films d’horreurs pour nous ; nous avons préféré opter pour des films tout en légèreté et essentiellement destinés à être vus en famille, des histoires fantastiques qui font gentiment frissonner sans toutefois sombrer dans l’épouvante. Bref, des films « plaisir » pour se vider la tête et se déconnecter de ce monde déjà suffisamment sombre et inquiétant. Dans cette optique, Maggie du blog 1001 classiques et moi vous proposons un rendez-vous mensuel pour parler  de notre passion commune: le cinéma.

Pour ma part, voici trois films que j’ai visionné pour célébrer Halloween:

°The witches:

Cette nouvelle adaptation du livre pour enfant de Roald Dahl par Zemekis, l’excellent réalisateur de Retour vers le futur, relate le destin hors du commun de Bruno, un petit orphelin recueilli par sa grand-mère. Le film s’écarte de l’intrigue originale du roman en plantant son décor dans les années 60 en Alabama. Ainsi, ce choix de temporalité et de décor apporte une certaine touche d’originalité et de renouveau à l’œuvre quelque peu poussiéreuse de Roald Dahl. L’idée de transposer l’histoire de l’Angleterre au sud des Etats-Unis était de prime abord une belle trouvaille et permettait à l’actrice Octavia Spencer de briller dans son registre. Elle incarne une grand-mère énigmatique que l’on soupçonne de tremper elle aussi dans la sorcellerie… Disons-le franchement, tout comme dans La couleur des sentiments, l’actrice crève l’écran et cabotine ici à merveille ! Elle ne déçoit pas.  C’était sans-doute le personnage le plus intéressant du film.

Le réalisateur a également tenté d’apporter une petite touche de gothique et d’étrange, une initiative diablement intéressante. Ainsi, le début du film rappelle étrangement l’atmosphère mystérieuse et sombre de Beloved … Toutefois, la comparaison s’achève là. Cette adaptation étant avant tout destinée à un public jeune, les scènes grotesques et hasardeuses ont malheureusement repris le dessus. Le résultat est un film un peu bancal, parfois bavard et saupoudré d’effets spéciaux ridicules et bâclés.

Bien qu’Anne Hathaway nous livre une performance une fois de plus remarquable, elle n’apporte finalement rien de nouveau à l’adaptation déjà mémorable de 1990. Angelina Huston était selon moi bien plus effrayante… Enfant, ce personnage maléfique me terrifiait, aujourd’hui cela n’a pas changé !

Dommage… Finalement, je ne retiendrai de ce film que cette jolie scène où Octavia Spencer tente désespérément de redonner goût à la vie du petit Bruno en se trémoussant sur le tube Stop in the name of love… Une scène magnifique et tellement émouvante, d’une puissante étonnante. La bande-son est d’ailleurs un pur régal.

En bref : Un petit divertissement avec quelques belles surprises mais qui malheureusement n’éclipse en rien la réussite de l’adaptation grinçante de 1990.

La bande-annonce:

°The craft/The craft legacy:

The craft legacy, les nouvelles sorcières est, à la grande surprise générale, non un remake, mais bien une suite à The Craft (traduit sous le titre de Dangereuses alliances en français), un film sorti en 1996 : Hannah, une jeune fille réservée et introvertie débarque dans un nouveau lycée. Elle fait la connaissance de trois jeunes filles étranges qui prétendent être des sorcières. Séduite par leurs excentricités, Hannah découvre avec elles la pratique de la sorcellerie et tente de transformer ses rêves en réalité…

Soyons clairs, The craft était déjà tout de même un petit navet, là on a racle le fond…

The craft, le premier opus que j’ai visionné dans la foulée, avait au moins le mérite de posséder une bande-originale excellente. Les tenues des années 90 étaient d’avant-garde et ont inspiré une génération d’adolescente en mal d’indépendance et de reconnaissance. L’intrigue était  aussi plutôt originale pour l’époque (même si depuis, elle paraît un peu éculée) : embrigadée dans un groupe de filles exerçant de mauvaises influences, une petite sainte-ni-touche (jouée par la jeune actrice de Gilmore Girls qui est toute aussi agaçante que dans cette série dégoulinante de bons sentiments) s’émancipe peu à peu, traîne dans des endroits glauques, découvre sa sexualité et son pouvoir de séduction à travers la pratique de la sorcellerie et, bien évidemment, sombre progressivement dans le côté obscur de la Force … Ces quatre jeunes filles sorcières jouant à se faire peur finiront logiquement par en payer le prix…

L’intérêt de The craft, en comparaison de The craft legacy, résidait dans la relation ambiguë qui liait les quatre adolescentes. Elles n’entretenaient pas à proprement parler une véritable amitié mais davantage une relation opportuniste. Les quatre filles à la fois complices et rivales ne pouvaient accéder à leurs dons que si elles maintenaient au sein du groupe une certaine unité qui chancelle inévitablement à mesure que leur soif de pouvoir grandit… Cette relation étrange et franchement malsaine était très bien exprimée. Toutefois le « génie » s’arrête là. Ce petit film de série B n’a d’ailleurs pas particulièrement bien vieilli même s’il reste encore culte.

La bande-annonce de The Craft sortie en 1996:

The craft legacy a tenté de reprendre le même filon et n’apporte finalement rien de neuf. L’intrigue est tellement tarabiscotée que j’ai failli piquer du nez… Quant aux dialogues, ils sont d’une platitude déconcertante. L’actrice principale au joli minois, la coupe à la garçonne, semblait prometteuse mais son personnage est finalement trop superficiel pour qu’on s’y attache. Le jeu des actrices est d’ailleurs extraordinairement mauvais. Les adolescentes frisent parfois l’hystérie et sont bourrées de tiques. Tant qu’à revoir un petit nanar, autant se rabattre sur la série Charmed qui, finalement, n’est pas si mal en comparaison…

En bref : Quand le cinéma s’acharne à tenter de faire du réchauffé avec des ingrédients déjà périmés… Voilà malheureusement le résultat obtenu, une souplette indigeste. The craft Legacy est une grande déception !

La bande-annonce:

Pour finir, je ne retiendrai que cette chanson inoubliable et originale, entendue pour la première fois dans The craft, How soon is now ? par les Smith, un tube des années 90 que j’adore encore écouter, et qui est devenu depuis culte grâce à Charmed qui l’avait remise au goût du jour :

Premier rendez-vous soirée Pop Corn ciné avec Maggie… Pour lire son billet c’est ici!

Avant-dernière participation également au Mois Halloween!

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Ma vie de Prof d’Anna Chronique

Cette semaine, j’ai eu envie de faire une petite parenthèse au Mois Halloween pour partager avec vous cette petite trouvaille… A l’heure de ce deuxième confinement et dans ce climat ambiant anxiogène, il est bon parfois de se tourner vers des lectures légères et rafraîchissantes. J’ai ainsi fait l’acquisition de ce petit recueil de vignettes humoristiques consacré à la vie parfois tumultueuse des professeurs du collège.

 

Je suis tombée par le plus grand des hasards sur la page Facebook de l’autrice Anna Chronique, alors que cette illustration circulait :

Elle reflétait tellement bien mon état d’esprit et ma situation actuelle que la curiosité piquée au vif, j’ai dans la foulée commandé un exemplaire de son livre. Les événements récents tels que la disparition tragique de ce professeur d’Histoire-Géo, Samuel Paty, ainsi que le retour des professeurs en classe malgré le confinement m’ont fait réfléchir au statut finalement bien précaire d’enseignante ; ce métier est malheureusement de plus en plus dénigré que ce soit dans la cellule familiale comme dans les médias. A qui la faute ? Le professeur continue d’être rabaissé et a de moins en moins de moyens à sa portée pour enseigner dignement en classe.

Que dire de son autorité qui est sans cesse remise en question même par son propre gouvernement, de plus en plus démissionnaire ? Sans compter le salaire de misère qu’on lui concède après de nombreuses années d’étude et un concours qui se révèle de plus en plus similaire à un parcours du combattant.

Non, vraiment, il faut sûrement être un tantinet maso ou un doux-rêveur pour vouloir poursuivre encore dans cette voie.  Certes, Anna Chronique fait elle-aussi le constat grinçant et sans œillères de cette situation, toutefois sans amertume, elle décrit ce quotidien parfois éprouvant avec une touche d’autodérision délicieuse. Cela donne des scènes drôlissimes bien que souvent criantes de vérité. Tout y passe : l’angoisse des professeurs devant leur classe, un public qui peut s’avérer remuant et récalcitrant au travail… ce qui peut être un brin décourageant, le jargon incompréhensible des profs qui parfois ne se comprennent même pas entre eux à mesure que les réformes changent et évoluent sans cesse, les portraits grinçants de collègues, les réunions parents-profs qui peuvent aussi parfois être extrêmement houleuses et délicates… et les amis tout comme la famille qui se moquent gentiment du travail de « feignasses » de ces professeurs toujours en vacances. Enfin, cette charge mentale écrasante que subissent inlassablement les enseignants. Le livre regorge ainsi donc de vignettes percutantes.

En bref : à travers ces vignettes humoristiques bien sympathiques, qui ont sans-doute dû lui servir parfois d’exutoire, Anna Chronique nous propose un petit livre intelligent. Sans complaisance mais avec beaucoup de bienveillance, cette bande-dessinée au graphisme léger et édulcoré, dévoile les coulisses pas toujours reluisantes du métier de prof au collège. Je garde quant à moi cet exemplaire que j’ai dévoré. Il a déjà trouvé une place de choix sur mon bureau et le ferai sûrement circuler en classe et en salle des profs si j’en ai l’occasion pour en faire la pub… Une très bonne idée de cadeaux à l’approche des fêtes pour un/une ami(e) collègue… A mettre entre toutes les mains et à savourer sans modération !

Voici un petit aperçu de ce petit recueil original qui regorge de vignettes hilarantes. Cet extrait m’a vraiment fait sourire car je m’y suis complètement retrouvée :

Le page Facebook d’Anna Chronique: https://www.facebook.com/annachroniquebd/

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Simetierre de Stephen King

Le mois Halloween sans Stephen King, c’est comme célébrer Noël sans sapin ! C’est impossible… C’est pourquoi j’ai une fois de plus exhumé de ma PAL un nouveau titre de son œuvre prolifique.  

Quelle idée franchement ! Je pense que je n’étais pas préparée psychologiquement à encaisser les retournements multiples et sordides de cette histoire macabre. Une de mes tantes m’a dit un jour que si Stephen King n’avait pu être écrivain, il serait sans-doute devenu serial killer. C’est peu dire…

Résumé :

Le jeune docteur Louis Creed, de Chicago, s’installe avec sa famille à Ludlow, petite bourgade américaine paisible du Maine. Leur sympathique voisin, le vieux Jude, les emmène découvrir le « simetierre », ce lieu étrange et insolite établi à la lisière d’une forêt sombre, où les animaux de compagnie d’enfants ont été enterrés au fil des générations. Non loin de ces sépultures se trouvent d’anciennes terres indiennes sacrées, un endroit réputé maudit où il ne fait pas bon s’aventurer la nuit… Mais lorsqu’une tragédie secoue la famille Creed, rongée par le chagrin, le jeune médecin prend une décision irrévocable aux conséquences désastreuses…

Verdict ?

Il faut le reconnaître, j’ai rarement été aussi terrifiée en lisant un roman…Même Shining n’a pas eu cet impact, et pourtant le récit m’avait à plusieurs reprises glacée. La fin de Simetierre est franchement dérangeante… J’ai d’ailleurs eu du mal à fermer l’œil la nuit, et ai dû faire quelques pauses durant ma lecture car l’atmosphère du roman m’a plombée…  S’il est ici question de deuil, l’auteur se focalise principalement sur la perte d’un enfant en bas âge, une adorable petite tête blonde fauchée par un camion… De quoi faire déjà cauchemarder n’importe quel parent, moi la première. J’ai donc ainsi été abasourdie par la puissance cathartique de ce roman…

Les récits de Stephen King ont tous cette étrange particularité de nous chambouler, sans-doute parce que ses personnages sont souvent des êtres ordinaires, confrontés à des préoccupations bien triviales, ce qui renforce un peu plus le réalisme du décor. Ces personnages profondément humains sont toutefois capables du pire comme du meilleur… Rares sont les romanciers qui réussissent à décrire avec tant de finesse psychologique la violence sous jacente de la culture américaine, qui, rappelons-le, s’est tout de même bâtie sur du sang. Bercées dans cette culture, les œuvres de Stephen King reflètent l’Amérique profonde, une Amérique sombre et imprévisible.

L’écrivain offre par ailleurs sous le couvert d’un roman estampillé « terreur », une réflexion philosophique étonnamment dense sur la mort et notamment sur le pouvoir des rites de mémoire tels que l’enterrement plutôt que la crémation. Ce qui est né de la terre retourne à la terre… Stephen King puise le plus souvent son inspiration dans le folklore américain et en particulier dans les croyances et les vieilles traditions indiennes. Le résultat est bluffant. La légende du Wendigo semble plus vraie que nature. A noter que l’idée d’un cimetière pour animaux établi sur un ancien site indien maudit était une trouvaille particulièrement brillante…

Ainsi donc, si le surnaturel prend évidemment une place prépondérante dans ce récit morbide, ce n’est pas l’exploitation de cette idée qui m’a semblé la plus intéressante. Les chapitres dédiés au chagrin du deuil, et en particulier à l’enterrement du petit garçon, d’une tristesse désolante, m’ont davantage marquée. J’en ai pleuré.

Le désespoir du narrateur est très bien restitué. On croirait le vivre nous-mêmes. C’est la force des écrits de Stephen King, nous toucher jusqu’à l’âme. L’histoire entre d’ailleurs étrangement en résonance avec le contexte actuel, une époque où la mort est sans cesse dissimulée et aseptisée, la vieillesse tout comme la maladie, demeurant encore aujourd’hui des sujets tabous. On montre rarement aux informations télévisées la réalité des coulisses (Covid 19).

On a tendance à vouloir encore camoufler la vérité brute, la mort dégradante. Stephen King l’assure, notre rapport à la décrépitude des corps est devenu malsain, les morts nous gênent. La preuve, nous tentons inlassablement de freiner les effets du temps en ralentissant tout signe de vieillesse… Pour l’auteur, cette phobie diffuse pour la mort est le présage d’une déchéance progressive de notre civilisation qui tente de gommer au passage toute spiritualité.

Il y a un dialogue mémorable entre le vieux Jud et Louis qui illustre à merveille cette idée. Jud, qui a frôlé la mort à de nombreuses reprises (deux guerres mondiales et la grippe espagnole), s’adresse à Louis et tente de le raisonner en lui expliquant le rapport de sa génération à la mort. Il en est convaincu, on ne peut pas tromper la faucheuse qui dissémine au gré de ses envies celui qui a le malheur de croiser son chemin. Il faut apprendre à l’accepter : « Pour nous, la mort était à la fois une amie et une ennemie » décrit-il.

Pétri de bonnes intentions, notre héros Louis Creed, refuse de voir la mort en face et, à l’instar du scientifique Frankenstein, décide de commettre un acte impie en se substituant à Dieu. Le résultat se révèle une fois de plus un échec cuisant… Cage reviendra d’entre les morts complètement métamorphosé… Cette contrefaçon dérangeante un brin macabre m’a donné la chair de poule. La description du petit Cage fraîchement décédé est innommable. L’auteur s’en donne à cœur joie. Certaines scènes sont, en outre, particulièrement gores.

Et l’adaptation dans tout ça ?

Si j’ai bien entendu visionné l’adaptation du roman, qui est plutôt réussie même si elle diffère tout de même de l’intrigue du roman, je dois reconnaître que l’œuvre originale est nettement meilleure. Est-il de toute façon possible de restituer tout le génie d’écriture de Stephen King en le condensant en une adaptation de 2h ? J’en doute…

En bref : un excellent roman terrifiant qui hante le lecteur même après avoir tourné la dernière page. Une œuvre sombre et puissante sur la mort, une finalité inévitable mais pourtant naturelle pour tout être vivant… Un chef-d’œuvre du genre. Attention cependant, ce roman d’épouvante est réservé avant tout à un public averti. A bon entendeur…

La bande-annonce du film:

Nouvelle participation au Mois Halloween dans les catégories Les cimetières, le deuil et la perception de l’au-delà ainsi  que  les  créatures  de  la  nuit  puisque  c’est  une  histoire « zombiesque »…Participation  également  au  défi  Pumpkin Autumn  Challenge  dans  la  catégorie  Automne  Frissonnant,  Esprit  es-tu  là?

Publié dans Challenge Halloween, Chronique diabolique 2020, Cinéma, Classique horreur, Lire du fantastique, Littérature américaine, Thriller | 14 commentaires

Soirée Pop-corn Halloween

L’automne est sans aucun doute l’une de mes saisons favorites, j’aime les tons ocres qui habillent les feuilles des arbres en Normandie, la brume du matin qui plane au-dessus de l’herbe humide de rosée. Les jours se raccourcissent peu à peu et j’ai ainsi pu reprendre mes vieilles habitudes : les petites lectures tout comme les longues soirées/télé au coin du feu sous un plaid, entourée de mes chiens et chats, une tasse fumante de thé à mes côtés.

Le Mois Halloween reste mon rendez-vous annuel favori, car l’étrange m’a toujours fascinée. Si la lecture prend une place importante dans ma vie et sur ce blog, je dois avouer être aussi une grande cinéphile. Je suis capable de « binge-watcher » des séries télévisées et films pendant plusieurs jours si l’envie m’en prend. L’époque est propice à ce genre d’activités.

Pour célébrer comme il se doit cette saison toute particulière, je souhaitais vous proposer une petite sélection de films à voir sans modération. Certains sont aujourd’hui devenus des films-culte, d’autres, ont reçus parfois un accueil timide à leurs sorties en salle. Il y en a pour tous les goûts. Voici donc une petite liste non exhaustive pour garantir des soirées frissonnantes réussies :

°Les Ensorceleuses : cette comédie romantique fantastique relate l’histoire de deux sœurs, Sally et Gillian Owens. Sorcières de naissance, elles sont sous l’emprise d’une malédiction qui condamne chaque homme qui aurait l’audace de tomber amoureux d’une des femmes de leur famille à une mort prématurée. Les sœurs Owens pourront-elles un jour rompre la malédiction et trouver le bonheur ?

Ce film est un petit bijou qui à mon avis a été largement sous-estimé par la critique. Tout public, il est idéal pour célébrer Halloween en famille. Je l’ai découvert petite fille et je le regarde depuis régulièrement (j’ai dû le voir au moins une centaine de fois…). Je suis une grande fan de Sandra Bullock, alors comment résister ? L’histoire est rafraîchissante, pleine de bons sentiments, et c’est finalement ce qui me plaît.  Parfait en cas de déprime passagère. La bande-originale est géniale et le casting excellent. J’avoue avoir complètement craqué pour Aidan Quinn dans le rôle du beau détective…

°Crimson Peak : Ah! Ce film est un hommage excellent au genre gothique que j’adore ! Ce clin d’œil évident à Jane Eyre est un régal ! Les costumes sont superbes. Et Tom Hiddelston est à tomber en aristocrate déchu. Difficile de ne pas succomber à son charme… Quel sex-appeal !  J’en parle plus en détails dans ma critique ici.

 

 

 

°The woman in Black : si je n’aime pas particulièrement Daniel Radcliff que je trouve complètement insipide et peu convaincant en veuf et père respectable, j’ai tout de même beaucoup aimé cette histoire de fantômes fort bien rôdée. J’ai sursauté à plusieurs reprises, et l’ambiance victorienne de l’intrigue m’a franchement séduite. Le film est une réussite. Il est devenu un incontournable pour Halloween. Toutefois, quel dommage encore une fois que Daniel Radcliff soit l’acteur principal, même la dame noire joue mieux que lui ! Je vous parle de ce film plus en détails dans ce billet dédié également à la lecture du roman ici.

 

°It :  J’ai découvert les romans de Stephen King tardivement, et je dois avouer que je les ai longtemps boudés par préjugé. J’étais persuadée que cet auteur prolifique écrivait de la littérature de hall de gare. J’ai eu raison de ne pas rester sur ma première impression. Actuellement plongée dans le premier tome de Ça, j’ai donc visionné l’adaptation cinématographique avant de terminer de lire le roman qui, n’ayons pas peur de le dire, est quand même une sacrée brique (deux tomes d’au moins 500 pages chacun en poche !). Le film est selon moi un pur chef-d’œuvre. Étrangement, ce n’est pas tant le clown effroyable qui m’a le plus marquée mais l’amitié extraordinaire que tisse ce groupe de gamins étranges. Un subtil mélange des Goonies et de Stranger things saupoudré d’horreur. Bref, j’adore !

°Chambre 1408 : la première fois que je l’ai vu, il m’a glacée ! John Cusack en écrivain prétentieux alcoolique est tout simplement excellent. Je me souviens d’un monologue de Samuel Jackson mémorable. Il incarnait un charismatique manager d’hôtel. Encore une film fantastique inquiétant trop sous-estimé selon moi. Je l’ai revu récemment, et je trouve qu’il n’a pas pris une ride. La mise en scène est particulièrement bien rythmée. Cette adaptation d’une nouvelle de Stephen King réalisée avec peu de moyens vaut le détour. Sueurs froides garanties.

 

°Sleepy Hollow: la légende du cavalier sans tête : j’avoue qu’adolescente, j’avais un petit faible pour Johnny Deep (je collectionnais tous ses films en dvd), mais cette obsession s’est finalement atténuée au fil des années… Aujourd’hui, je ne le supporte plus. Il semble constamment emprisonné dans les mêmes rôles ridicules de personnages grimés et méconnaissables (j’ai d’ailleurs détesté sa métamorphose dans Charlie et la Chocolaterie). Je le préférais dans The man who cried et dans Cry Baby. Ce film d’épouvante est cependant à mon sens un joyau du genre. L’univers de Tim Burton regorge de créativité et d’originalité. Le rythme est endiablé, on en redemande ! A noter que Christina Ricci était ravissante en sorcière bienveillante (avant qu’elle ne sombre dans la chirurgie excessive) et le cavalier sans-tête est particulièrement effroyable ! Ce film est un chef-d’œuvre du genre !

°Dracula de Francis Ford Coppola : saviez-vous que Dracula n’est pas seulement une histoire de vampires sanguinolente mais aussi une grande histoire d’amour tragique ? Je me souviens d’une réplique culte de Gary Oldman qui, sur le point de croquer le cou de sa tendre, se rétracte et lui dit : I love you too much to curse you ! Avec son accent super sexy ! J’adore ce film. Le personnage de Dracula n’a jamais aussi bien été traité. Gary Oldman incarne un vampire ténébreux tourmenté d’une finesse psychologique rare. La scène d’ouverture du film qui relate le destin funeste de Vlad Tepes condamné à être damné est une scène d’anthologie. Du grand Art ! Et cette B.O, géniale !

°La série The Haunting of Hill House : certes, ce n’est pas un film à proprement parler mais quelle série ! J’ai eu un énorme coup de cœur pour la saison 1. L’histoire de cette famille m’a émue jusqu’aux larmes. Le personnage de la mère est pour moi inoubliable. L’actrice crève l’écran. Non seulement cette série fait franchement peur mais l’intrigue est étonnement bien ficelée. La fin par ailleurs ne déçoit pas, ce qui est rare. J’ai trouvé la trame brillante. Je vous déconseille néanmoins de visionner la saison 2 qui est un ratage complet. Elle n’aurait jamais dû exister. On s’en passerait franchement.

Pour la nuit du 31 octobre, je compte visionner l’adaptation de Docteur Sleep, les premiers épisodes de la série Lovecraft Country de HBO, et enfin le dernier film fantastique de Shyamalan, The visit.

Et vous, qu’avez-vous prévu de voir pour Halloween ?

Publié dans Challenge Halloween, Chronique diabolique 2020, Cinéma, Série T.V Netflix | 36 commentaires

Locke and Key, Bienvenue à Lovecraft

Après le meurtre effroyable et brutal de leur père, la fratrie Locke découvre son nouveau foyer, le manoir étrange et ensorcelant de Keyhouse. Établie en Nouvelle-Angleterre à Lovecraft, cette demeure ancestrale, aux couloirs sinueux et aux multiples portes, semble un endroit rêvé pour panser ses plaies et retrouver un semblant d’équilibre. Malheureusement, cette bâtisse en apparence paisible se révèle hantée par une étrange créature qui rôde tapie dans l’ombre, attendant patiemment de trouver une clé, celle qui la libérera et lui permettra enfin d’ouvrir la plus terrifiante des portes du manoir… Qui est cette mystérieuse entité qui semble habitée le puits de cette propriété défraîchie ? Et quels sombres secrets dissimulent vraiment Keyhouse ?

Circonstances de cette lecture :

Il y a quelques mois, j’ai découvert par hasard la fameuse série Netflix Locke and Key. J’avais eu quelques échos enthousiastes de mes élèves qui l’avait dévorée dès sa sortie sur la plateforme. J’ai suivi à mon tour le mouvement, le battage médiatique persistant ayant eu raison de moi… J’espérais comprendre l’engouement étrange pour cette série T.V.  Et je dois dire, j’ai été moyennement convaincue… La sauce teen movie, truffée de clichés américains, a même parfois frisé l’indigestion ! En effet, cette série qui cible clairement un public adolescent voire « Bisounours » m’a semblé complètement creuse et aseptisée. Elle diffère de ce fait grandement du comics dont elle s’inspire. La noirceur tout comme le macabre de l’œuvre originale ont été totalement occultés ! Une censure volontaire de Netflix ?

Ma curiosité cependant piquée, j’ai eu une envie irrésistible pour Halloween de sortir des sentiers battus et de me dégoter une lecture « plaisir » afin de relâcher la pression tout comme le stress qui parfois m’accablent à la sortie d’une classe. J’ai donc fait l’acquisition sur Vinted du premier tome de Locke and Key pour une modique somme, pensant judicieusement ainsi éviter la fièvre acheteuse qui m’habite malheureusement bien trop souvent… C’est peine perdue ! Cette lecture s’est révélée une sacrée claque ! Je n’en ai fait qu’une bouchée et à peine terminée, je me suis précipitée dans une librairie pour acheter la suite… Que voulez-vous je suis indécrottable…

Verdict ?

Il faut bien l’avouer, Joe Hill s’y connait pour ferrer son lecteur. Si le graphisme de Gabriel Rodriguez est particulièrement soigné, c’est l’écriture rythmée de l’auteur qui m’a d’emblée séduite. Joe Hill jongle inlassablement avec les codes du fantastique, du gothique et de l’horreur qu’il maîtrise d’ailleurs avec brio. Il apporte à l’ensemble un suspense haletant.

L’atmosphère est par ailleurs étonnement anxiogène malgré le support papier proposé. Qui l’aurait cru qu’un comics puisse à la manière d’un roman me transporter ainsi ? Il faut l’avouer les personnages de ce roman graphique sont d’un réalisme déconcertant, ce qui détonne avec l’univers étrange et parfois presque fantasmagorique dans lequel ils évoluent. Cette œuvre d’une richesse insoupçonnable aborde ainsi avec finesse des préoccupations humaines très terre-à-terre ; elles s’articulent autour de thématiques variées telles que le deuil, la famille, l’intégration mais aussi l’importance du souvenir et de la transmission.

Quant au concept même de cette saga, il m’a incontestablement charmé. L’idée de départ est à mon sens fabuleuse. Le manoir cache des clés magiques qui confèrent à ses détendeurs des facultés hors du commun. Une clé permet ainsi à celui qui la possède de quitter son enveloppe corporelle sous une forme astrale pour rejoindre les morts et espionner à son gré les vivants. Ainsi donc, ce roman graphique fourmille de trésors d’inventivité.

Certaines planches du livre m’ont par ailleurs données la chair de poule. Les scènes dédiées à la figure énigmatique de la dame du puits qui se présente initialement au petit Bode comme son écho, m’ont d’ailleurs franchement mises mal à l’aise. Ce personnage est terrifiant…

En bref : Une tension palpable qui monte crescendo à mesure que l’intrigue se déplie et une maîtrise époustouflante de l’horreur et du suspense qui nous tient en haleine jusqu’à la dernière page tournée.

Voici donc un plaisir de lecture inattendu et une œuvre diablement originale !  Actuellement plongée dans le tome 2, j’ai déjà fait ma commande pour Noël, les prochains volumes rejoindront bientôt ma petite collection.

Zoom sur l’auteur : Si ce romancier également scénariste rend un hommage évident à Lovecraft, j’ai décelé dans son style une inspiration flagrante au grand maître de l’épouvante. Je me suis d’ailleurs demandé si le digne successeur de Stephen King n’avait pas enfin été trouvé… La pomme ne tombe jamais très loin de l’arbre… J’ai finalement été estomaquée de découvrir que cette filiation était en fait bel et bien authentique ! Joe Hill est un nom de plume… Il s’agit bien du fils de King !

le teaser de la série t.v sur Netflix:

Nouvelle participation au Mois Halloween de chez Lou et Hilde!

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L’Indésirable/The little stranger

Attention gros coup de cœur !

Il y a de ces romans qui nous envoûtent dès les premières pages sans que l’on sache véritablement pourquoi… L’indésirable en fait incontestablement parti. Ce roman est exceptionnel à bien des égards…

J’ai débuté cette lecture il y a déjà plusieurs mois mais j’ai volontairement tardé à la terminer, non par ennui profond, mais parce qu’étrangement, je n’avais aucunement envie d’en tourner la dernière page… A l’instar du narrateur, un médecin de campagne sous l’emprise de l’aura sombre de Hundreds, cette mystérieuse demeure délabrée, j’étais moi -même subjuguée par cette histoire macabre de hantise…

Résumé:

Depuis la Seconde Guerre mondiale, Hundred Hall a perdu de son éclat, elle n’est plus que le dernier rempart du délitement inexorable de ses habitants, la famille Ayres. Enfant, Farraday a eu l’honneur de visiter la propriété durant une réception grandiose, lorsqu’elle brillait encore de toute sa splendeur. Il s’est accroché sans relâche à ce souvenir mémorable, la première découverte de ce monde qu’il sait inaccessible à sa condition. Son désir le plus fou a toujours été de côtoyer cette aristocratie qui le méprise pourtant sous cape. Aussi, lorsqu’il revient adulte et désormais médecin dans son village natal, Farraday se porte volontaire pour assister les Ayres qui s’efforce de dissimuler la ruine qui les accable. Le médecin se rêve déjà châtelain, espérant pouvoir un jour qui sait épouser l’étrange Miss Ayres ; malheureusement, une série noire d’événements inquiétants survenus au sein de la demeure vont perturber ses projets, ébranlant par la même occasion ses convictions cartésiennes…

Verdict?

Sarah Waters est sans conteste la digne héritière d’Henry James. Si l’élève n’a peut-être pas surpassé le maître, du moins elle l’égale, c’est certain. Comment ne pas penser dès les premiers chapitres au chef-d’œuvre du genre, le Tour d’écrou ? Tout comme Henry James, Sarah Waters aime jouer avec les nerfs de son lecteur qui se perd dans un dédale d’hypothèses… Les protagonistes sont-ils victimes de paranoïa aiguë ou bien, véritablement en proie à une force délétère, tapie derrière les murs pourris de ce manoir vétuste ? L’intrigue brillante à souhait offre ainsi de multiples interprétations. Le docteur est-il lui-même totalement innocent ? Son esprit ambitieux en mal de reconnaissance aurait-il laissé une empreinte néfaste sur les habitants du manoir ? Je dois dire que j’ai relu à plusieurs reprises certains passages pour être sûre de n’avoir rien manqué.

Tout comme Manderley dans Rebecca de Daphne du Maurier, Hundreds, cette bâtisse en décrépitude, est elle aussi un personnage à part entière de l’histoire. Elle est la source de tous les maux. J’ai retrouvé, pour mon plus grand plaisir, dans ce roman gothique une atmosphère analogue à Downtown Abbey et aux Brumes de Riverton de Kate Morton. On y retrouve ainsi une famille d’aristocrates désargentés qui s’entête à vouloir préserver coûte que coûte leur statut.  Cette lignée stérile qui est vouée irrévocablement à péricliter refuse le changement qu’à opéré la fin de la Seconde Guerre mondiale. Aveuglés par leur fierté, les habitants semblent eux-mêmes déjà appartenir au passé. Ils errent comme des fantômes sans but dans leur propriété fanée.

Les protagonistes sont d’ailleurs d’une complexité rare. Cette caractéristique du livre m’a d’emblée séduite. Les personnages sont donc extrêmement bien fouillés et en particulier le narrateur, Farraday, un petit médecin sans renommée qui aspire à gravir les échelons de la société. Ce dernier rêve depuis sa tendre enfance de cette maison mystérieuse qui fut jadis le théâtre de festivités luxueuses. Il voue par ailleurs une fascination malsaine, presque fanatique aux murs faisandés d’Hundreds Hall. Il m’a fait penser au personnage de Soames dans La Dynastie des Forsythe. Il y a en effet un je ne sais quoi d’obscur et de passionné dans sa personnalité. Un aspect déroutant qui fascine le lecteur autant qu’il l’intrigue.

En bref: Sans effets de manches ni granguignolesque, Sarah Waters réussit le pari ambitieux de nous faire franchement trembler… Cette lecture m’a mise parfois mal à l’aise car comme dans Le Horla de Maupassant, l’autrice plante, à son tour son décor dans un univers bien ancré dans le réel. Si le roman traite bel et bien de revenants, la romancière dépeint également avec maestria la déchéance d’une aristocratie souffreteuse en plein déni.  En somme, cette œuvre relève davantage du genre fantastique que de l’horreur, bien que cette dernière s’immisce gentiment elle aussi au fil des pages…

Voici donc une histoire de fantômes à l’ancienne, bien qu’efficace, dans une demeure nimbée de mystères. Un incontournable du genre à découvrir sans plus tarder ! Terrifiant et exceptionnel !

Un dernier mot sur l’adaptation cinématographique : fidèle au livre, cette adaptation un brin intimiste pourtant passée inaperçue durant sa sortie en salle est selon moi plutôt réussie. La performance des acteurs tout en nuance est remarquable. L’esthétique du film est également sublime. Il est cependant regrettable que le réalisateur n’ait pas réussi à lui insuffler suffisamment de fougue. Le film manque parfois de rythme et le spectateur peine à comprendre l’intrigue trop tarabiscotée.

 

La bande-annonce du film:

 

Petite contribution au Mois Halloween de Lou et Hilde et au Pumkin Autumn Challenge dans la catégorie Les chimères de la Sylve rouge (gothique/vampires/ Créatures de la nuit).

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Dirty Betty/Du côté de Netflix

Etant actuellement plongée dans la série criminelle de Netflix Dirty Betty qui traite également d’abus au sein de la sphère maritale, Femme sans merci de Camilla Läckberg ‒ une lecture quelque peu superficielle dont on pourrait se passer ‒ me semblait en faire indubitablement l’écho (voir mon précédent billet ici). La série télévisée Dirty Betty, plutôt sombre, se focalise également sur une femme victime d’abus moraux. Le calvaire du personnage féminin est néanmoins évoqué avec davantage de nuances et de subtilité. Betty ne subit pas à proprement parler de violences physiques comme les personnages féminins de Camilla Läckberg, ses souffrances sont plus profondes. Son époux la rabaisse constamment, distillant progressivement son venin… Betty qui se sent acculée, prendra finalement une décision irrévocable pour échapper à la cruauté de son mari.

On avait tendance à évoquer la douce brise féministe qui souffle gentiment sur la littérature contemporaine mais il semble que cette dernière se soit métamorphosée ces derniers mois en une véritable tempête. Prenant d’assaut par la même occasion la télévision tout comme le cinéma.

Inspirée d’une histoire vraie, cette série d’anthologie aigre qui suit dans chaque saison une histoire indépendante relate dans sa saison 2 la destinée trouble de Betty Broderick, une desperate housewife américaine, trompée et qui fut accusée d’un double meurtre. L’un des faits divers les plus significatifs des années 80. Ce meurtre de sang-froid divisera les opinions, certains la clouant au pilori, d’autres la représentant comme l’incarnation même de la femme bafouée…

Verdict ?

Je dois dire que cette série vaut vraiment le détour, à la différence du roman Femme sans merci. de Camilla Läckberg, les portraits psychologiques de Betty tout comme de son mari sont brossés avec une finesse exceptionnelle. L’ambiance très vintage, tout comme les costumes somptueux des personnages, sont un régal pour les yeux. Betty a un style particulièrement raffiné. Ses tenues sont à tomber!

Enfin, le thème de la cruauté mentale est abordé avec talent. Le spectateur suit le parcours chaotique de cette femme blessée à travers le temps. Par le biais de flash-backs qui dépeignent les petits bonheurs comme le craquèlement progressif du mariage de son héroïne torturée, le réalisateur nous fait découvrir la personnalité complexe de Betty. Ainsi donc, l’actrice Amanda Peet incarne merveilleusement bien la vulnérabilité de Betty sous l’emprise psychologique démoniaque d’un époux sans scrupule. Elle nous livre d’ailleurs une performance époustouflante dans un rôle bien différent de celui de bimbo un tantinet vulgaire qui lui colle souvent à la peau ; celui d’une femme incrédule et pourtant respectable qui sombrera doucement dans la folie.

En bref : Une série percutante excellente à l’ambiance très hitchcockienne, nécessaire, dans le climat ambiant actuel et que je vous conseille de voir absolument ! Une belle réussite. Elle fournira sans conteste matière à débat dans les chaumières !

Série T.V Netflix visionnée dans le cadre du défi Pumpkin Autumn Challenge  dans la catégorie : Je suis Médée, vieux crocodile ! (Thriller) et dans le cadre du challenge Polars et Thrillers de Sharon.

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Femmes sans merci de Camilla Läckberg

Hier après-midi, se déroulait la réunion mensuelle de mon book club. L’une de mes amies membres du cercle m’a chaudement conseillé et gentiment prêté cette novella qui vient tout juste de paraître dans la collection Actes Sud. Je ne raffole guère des romans policiers, encore moins lorsqu’ils plantent leur intrigue dans un décor froid d’un pays nordique lointain. Ces romans à l’atmosphère claustrophobe me glacent habituellement. Cependant, j’ai décidé de sortir en ce moment un peu de ma zone de confort pour me tourner vers une lecture axée sur le polar. Je dois avouer que le sujet de cette lecture agréable et initialement alléchant s’est révélé somme toute un brin prévisible…

Résumé :

Trois femmes subissent leur mariage ; trois femmes qui n’ont à première vue rien en commun, se découvrent sur la toile pour échanger et confesser leur quotidien.

Il y a Ingrid qui a délaissé un poste de journaliste et de correspondante pourtant prometteur pour se consacrer à sa petite fille, et devenir une mère au foyer multitâches. Son époux en a profité quant à lui pour établir une prestigieuse carrière au sein d’un journal en devenant un brillant rédacteur en chef. Tout semble aller bon gré mal gré pour cette petite famille, jusqu’au jour où Ingrid découvre que son mari peu scrupuleux la trompe…

Birgitta quant à elle est enseignante. Proche de la retraite elle sait pertinemment bien que son cancer du sein la ronge progressivement… Pourtant, Birgitta ne fait rien pour soigner ce mal, elle redoute de consulter un médecin et de lui révéler par la même occasion les bleus que son mari lui inflige quotidiennement et ce, depuis plusieurs années. Jusqu’à présent, elle s’est forcée de dissimuler à ses fils le tempérament monstrueux de leur père colérique et imprévisible. Mais désormais malade, qui donc s’occupera d’eux lorsqu’elle quittera pour de bon ce monde ? Comment peut-elle accepter de les laisser entre les mains d’un homme qu’elle sait tyrannique ?

Enfin, il y a Victoria, une jeune Russe ; ancienne cocotte d’un gangster, elle a accepté d’épouser par le biais d’un site de rencontre un Suédois qu’elle ne connaît pas. Malte qui semble de prime abord le mari idéal se révélera être un péquenaud ignorant, violent et borné. Victoria se retrouve séquestrée dans sa propre maison, isolée de tout…

Trois femmes donc qui vont unir leur force pour échafauder un plan machiavélique et faire disparaître un à un leurs bourreaux de maris… Reste à trouver le meurtre parfait !

Verdict ?  Voilà donc un court roman cinglant qui surfe clairement sur la tendance actuelle Hashtag Me too. La romancière suédoise incontestablement féministe n’y va pas avec le dos de la cuillère pour égratigner la gente masculine misogyne qui en prend pour son grade au fil des pages. Sans grande originalité, ce petit roman à l’intrigue un tantinet mollassonne se lit malgré tout agréablement bien. Le style fluide présente cependant peu d’envolée, et le dénouement n’en ai pas véritablement un. La trame est finalement assez convenue.

Il n’en demeure pas moins que je n’ai pas boudé mon plaisir et ai lu goulûment ce bref roman sans prétention en l’espace de quelques heures. Je doute cependant que cette novella soit accueillie avec chaleur par les critiques tout comme les lecteurs… Le parti pris de la romancière risque d’en faire crisser plus d’un. Par ailleurs, je me suis tout de même interrogée quant à la portée finale du message de l’autrice car peut-on vraiment justifier et excuser un meurtre d’autant plus s’il est prémédité ? Camilla Läckberg semble en être convaincue par l’affirmative. Si la victime se révèle plus monstrueuse que son assassin, qu’à cela ne tienne ! Hop ! Un déchet humain de moins…. Un argument discutable vis-à-vis de la loi…

L’édition française semble s’être elle aussi emparée du sillon Hashtag Me too. Alors, Femmes sans merci est-il encore une fois de plus une nouvelle initiative mercantile ou bien un véritable pamphlet féministe ? A vous lecteurs d’en décider…

En bref : Malgré quelques faiblesses d’écriture évidentes, cette lecture qui sent bon le cyanure, aura eu le mérite de me divertir durant cette journée d’automne particulièrement grise et pluvieuse. Je vous retrouve dans un prochain billet pour vous parler de Dirty Betty, une série télévisée diffusée sur Netflix qui aborde avec davantage de panache le thème de l’abus au sein du couple.

Cette lecture s’inscrit dans le défi Pumpkin Autumn Challenge dans la catégorie Je suis Médée, vieux crocodile (thriller/polar). Elle s’inscrit aussi dans le challenge Polars et Thrillers de Sharon.

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Le retour de Robert Goddard

Cornouailles dans les années 80. De retour sur le domaine familial à Tredower House, Chris Napier, après de nombreuses années d’absence, vient assister au mariage d’une de ses nièces. La cérémonie est marquée par un événement sombre : Nicky Lanyon, son ancien ami d’enfance, fait soudainement irruption durant les célébrations et annonce que son père qui avait été exécuté pour avoir commandité le meurtre du grand-oncle Joshua en 1947, était en fait innocent. Après cette révélation inattendue, Nicky est retrouvé mort, pendu dans le jardin des Napier. Chris, écrasé par le remord et la culpabilité, décide d’enquêter lui-même pour élucider le mystère de la mort de son vieil ami.  Il l’avait lâchement abandonné après que son père ait été déclaré coupable. Mais certains mensonges familiaux devraient-ils être déterrés ? N’est-il pas dangereux de ramener les fantômes du passé, et en particulier lorsque ceux-ci peuvent changer le cours de votre vie ?

Décidément la saison semble propice aux lectures au coin du feu…  Je profite de ce temps toujours peu clément pour découvrir de nouveaux auteurs… Le retour trône depuis bien trop longtemps sur mes étagères, il était grand temps que je dépoussière enfin cette œuvre…

Verdict ? Robbert Goddard manie avec une certaine habileté la plume pour planter son intrigue. Et quelle intrigue ! Le lecteur en a pour son argent ! J’ai tout de suite été séduite par l’ambiance à la Cold Case de ce roman qui s’intéresse à une histoire non élucidée, le meurtre mystérieux d’un grand-oncle fortuné, un ancien chercheur d’or retrouvé poignardé. Cette petite saga familiale est palpitante.

En effet, elle n’est pas avare de rebondissements. Cependant, on a parfois du mal à se retrouver dans ce dédale de péripéties. L’intrigue est un brin tarabiscotée car le récit alterne continuellement entre le passé du narrateur enfant et son présent, une trentaine d’années plus tard.

J’ai ainsi trouvé certains chapitres inégaux et fastidieux, d’autres en revanche m’ont tout bonnement passionnée au point de me tenir éveillée pendant plusieurs nuits d’affilée. Il semblait y avoir un problème de rythme ce qui m’a souvent désarçonnée pendant la lecture. Et pourtant, malgré quelques petits bémols, ce roman fut plutôt agréable dans l’ensemble. Je me suis tout de même prise au jeu. Par certains aspects, il rappelle la subtilité psychologique des œuvres de Thomas Cook.

Néanmoins celui-ci excelle davantage pour exprimer les sentiments profonds de ses personnages. Robert Goddard est parfois maladroit et peu convaincant quand il s’agit de mettre en scène des scènes émouvantes. Le style a un côté « pépérounet » un tantinet poussiéreux et distant. J’ai eu l’impression étrange de visionner un vieil épisode de l’Inspecteur Barnaby. Ce qui paradoxalement ne m’a pas totalement déplu mais ne m’a malheureusement pas permis de m’attacher aux personnages souvent trop lisses à mon goût.

J’ai eu davantage de peine et d’empathie pour les « fantômes du passé », le souvenir de Nick, ce pauvre homme hanté par la mort injustifiée de son père Michael Lanyon, exécuté pour un meurtre qu’il pense ne pas avoir commis. Nick tentera vainement de rétablir l’honneur terni de son père. Cet aspect du roman reste selon moi la partie la plus intéressante du livre. Derrière cette histoire de meurtre et de trahison se cache une véritable critique de la société anglaise. L’auteur dénonce ainsi le fossé insondable qui divise la petite bourgeoisie de la petite classe sociale des prolétaires. Le personnage de Michael est puni pour être le pur produit de cette classe. En somme, on ne lui pardonne pas de réussir et d’avoir presque gravi les échelons de la société. Une leçon amère qu’il aura tôt fait d’apprendre. Il n’appartiendra jamais au domaine de Tredower House. En somme, on le considère comme un intrus. A la mort du grand-oncle, Michael est chassé comme un pestiféré, sa famille quant à elle est expulsée.

Tredower House Cornwall

En bref : Sans être une lecture inoubliable, ce petit roman noir un peu inégal où suinte à chaque coin de page la cupidité et la duplicité crasses d’êtres sans scrupules, s’est finalement révélé être plutôt agréable. Malgré certains points noirs, j’ai pleinement profité de cette petite croisière sans expectative particulière. Certes, ce n’est pas un chef-d’œuvre de la littérature britannique, mais toutefois un bon page-turner, parfait pour contrer la morosité des journées pluvieuses. N’est-ce pas finalement une qualité suffisante pour en faire un bon roman ?

Cette lecture s’inscrit dans le Pumkin Autumn Challenge (catégorie :  Je suis Médée, vieux crocodile/ Policier) puisqu’il est ici question de complot et donc de trahison au sein d’une petite famille de bourgeois anglais.

Elle s’inscrit également dans le défi Thrillers et Polars de Sharon dans la catégorie Montalbano (cinq à quinze livres).

J’ai finalement décidé de rejoindre la team de Lou et Hilde pour le Challenge British Mysteries dans la catégorie Esprit es-tu là? Le programme est particulièrement tentant. Il se déroule toute l’année! Je débute doucement.

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La maison des oubliés de Peter James

Attention gros coup de cœur !

Je déclare officiellement la saison halloweeniene ouverte ! Je l’attendais avec impatience ! Le temps s’accorde d’ailleurs à merveille à cette occasion. En Normandie, une pluie fine associée à une bourrasque fraîche s’est progressivement installée. Les jours se raccourcissent peu à peu, la luminosité baisse et les feux de cheminées ont repris ! J’ai donc retrouvé avec plaisir mon petit rythme de croisière de lectures automnales en me plongeant dans quelques œuvres frissonnantes. Mon choix s’est tout naturellement porté sur ce roman, une histoire glaçante de hantise :

Ollie Harcourt rêve d’une existence paisible à la campagne loin de la banlieue bruyante de Brighton où il a passé la majeure partie de sa vie. Ce web designer aisé convainc sa famille hésitante de le suivre pour s’installer dans un petit manoir vétuste qu’il croit pouvoir restaurer. La tribu Harcourt tombe de prime abord sous le charme de cette demeure un tantinet délabrée mais étrangement hypnotique… L’endroit semble parfait pour un nouveau départ. Cependant, à mesure que les jours passent, le doute s’installe… Les Harcourt ont-ils pris la bonne décision ? Des événements étranges troublent leur quiétude. Des ombres surgissent au détour d’un couloir, une vieille femme au visage mesquin semble errer dans la maison et de nombreux imprévus surgissent à mesure que les travaux de rénovation tentent de se poursuivre. Dès lors, les Harcourt n’ont plus de doute, une force délétère semble prête à tout pour les faire fuir…

  Il faut bien l’admettre la couverture soignée et un brin baroque de La maison des oubliés a tout de suite attiré mon œil. Pour une fois, je trouve que les éditions françaises ont mis le paquet.

Je ne connaissais ni d’Eve ni d’Adam Peter James. J’ai en effet découvert par hasard ce romancier britannique, en flânant dans les rayons d’une supérette, c’est pourquoi je n’avais pas réellement d’attente quant à cette lecture. Cet auteur qui est également scénariste et producteur de cinéma, a reçu en 2006 le prix prestigieux du Diamond Award pour l’ensemble de son œuvre. Il s’est ainsi forgé une solide réputation d’auteur en publiant de nombreux romans policiers et fantastiques. Si sa renommée tout comme son talent font peut-être pâle figure face au succès retentissant du maitre de l’épouvante américain, Stephen King, son titre La maison des oubliés mérite selon moi que l’on s’y attarde malgré tout…

Verdict? Le thème de la maison hantée semble tout comme les récits vampiriques encore susciter un regain d’intérêt. A l’heure du numérique, du recul des croyances, peut-on encore croire aux fantômes ? L’auteur semble convaincu que oui. On croyait ses sujets éculés, or, il n’en est rien. Peter James a trouvé le moyen de contourner cette difficulté… Les poltergeists font d’ailleurs preuve de créativité et d’ingéniosité pour tourmenter leurs victimes, n’hésitant pas à employer les grands moyens en utilisant les nouvelles technologies. Le résultat est bluffant.  Pour ma part, j’ai été happée dès les premières pages. Je dois l’admettre, certains passages m’ont franchement donné la chair de poule, au point de sursauter toute seule en entendant une porte claquer !

A la différence de Stephen King qui aime planter son décor et ses personnages dans un univers riche et travaillé, Peter James lui préfère rentrer dare-dare dans le vif du sujet. L’horreur s’immisce dès les premières pages sans que le lecteur y soit préparé (moi la première !). Cet écrivain est indéniablement un conteur redoutable. Dès lors, il m’a été impossible de lâcher ce roman qui m’a fait l’effet d’une montagne russe. Mon cœur s’est accéléré en lisant certains passages, en particulier lorsque nos héros se retrouvent malgré eux confrontés à des phénomènes paranormaux pour le moins inquiétants.

On y retrouve d’ailleurs une atmosphère troublante qui m’a étrangement rappelé celle de la Twilight Zone. Cette demeure étrange semble le portail d’une autre dimension où le temps perd toute linéarité. Le lecteur se sent de ce fait lui-même désorienté tout comme les personnages qui ne savent plus sur quel pied danser. Cette vieille bâtisse possède tellement de chambres, de recoins et de couloirs qu’elle en devient un véritable labyrinthe. Comment ne pas penser alors à The haunting of Hill house, cette série extraordinaire et terrifiante sans effusions de sang ni gore (disponible sur Netflix), un chef-d’œuvre d’écriture et un hommage excellent aux récits de hantises de Shirley Jackson, qui relate aussi l’emménagement d’une petite famille dans une demeure vétuste et mystérieuse… Si vous êtes passé à côté de cette pépite, je vous conseille de la découvrir dès maintenant. L’intrigue est remarquable.

On notera au passage que La maison des oubliés suit une trame analogue à The Haunting of Hill House, les personnages principaux ont eux-aussi pour projet de rénover ce monument historique pour l’inscrire au patrimoine… Une idée qui semble à première vue pleine de bonne volonté mais qui scellera inexorablement à jamais leur destin funeste.

En bref: cette lecture fut excellente. Etant depuis toute petite attirée par les histoires de fantômes, ayant été bercée depuis mon enfance dans une culture qui croit au pouvoir des ancêtres, je n’ai pas boudé mon plaisir. J’aime cette idée même saugrenue d’une maison habitée par le souvenir du passage de ses morts… Les murs de la bâtisse deviennent le reflet de l’âme, l’ultime vestige d’existences oubliées mais mystérieusement encore présentes. L’idée qu’une maison puisse contenir cette empreinte et avoir un impact positif comme négatif sur les vivants me fascine… Les poltergeists sont-ils le résultat d’ondes tout simplement magnétiques ou tout bonnement les esprits des anciens occupants ? A vous lecteurs d’en décider.

Alors, comme le disent si bien nos voisins anglais : « Suspend your disbeliefs » (faites abstraction de vos doutes) et laisser-vous embarquer dans ce roman inquiétant et original. Vous ne serez pas déçus !

Je vous laisse visiter Hill House… A vos risques et périls!

Ce billet est ma seconde participation au Pumpkin Autumn Challenge dans les catégories: Automne frissonnant: Je suis Médée, vieux crocodile (horreur) et esprit es-tu là? (fantôme du passé).

C’est aussi ma toute première participation au Challenge Halloween (j’ai choisi les atmosphères Les lieux hantés et le cimetière, le deuil et la perception de l’au-delà). Cette nouvelle saison, le challenge fête ses onze ans d’existence! Bon anniversaire! Merci à Lou et Hilde qui une fois de plus nous ont concocté un super programme effroyable pour ce mois-ci! Pour y participer c’est ici!

Enfin, ce billet s’inscrit dans le challenge Thrillers et Polars de Sharon. J’ai choisi la catégorie Montalbano (soit entre cinq et quinze livres sur un an).

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Les feuilles mortes de Thomas H. Cook

L’automne se profilant doucement à l’horizon, ce titre de roman me semblait tout à fait à propos pour me mettre au diapason. Mon book club mensuel avait désigné ce mois-ci le roman policier/thriller comme thématique principale, une occasion rêvée pour renouer avec mon plaisir de lecture en extirpant de ma PAL un nouveau roman de Thomas H. Cook. Je garde de cet auteur un souvenir agréable si ce n’est mémorable. J’avais lu avec un certain plaisir Au lieu-dit du noir étang, un roman au souffle romanesque un tantinet faiblard mais au concept plutôt original, sans toutefois le considérer comme un véritable coup de cœur.  L’idée initiale du roman noir vaguement inspiré de l’œuvre de Daphne du Maurier, m’avait de prime abord charmée ; par certains aspects le livre rappelait en effet l’ambiance claustrophobe de Mademoiselle de la Ferté de Pierre Benoît. Malheureusement, à ma grande déception, le dénouement de cette intrigue en apparence prometteuse fut quelque peu brouillon, voire même frustrant. Finalement, je ne garde de cette lecture qu’un souvenir flou. C’est donc, avec une certaine méfiance, que je me suis lancée cette fois-ci dans ce thriller moderne… Je rechigne d’ailleurs souvent à lire des romans contemporains, ces lectures me paraissent souvent fadasses.

Et il faut bien reconnaître qu’il est bon de ne pas rester campé sur ses préjugés ! Ce titre s’est révélé une belle surprise ! J’avoue sans détour avoir été époustouflée par les talents d’écriture de cet auteur. Le thème de l’adolescence souffreteuse et torturée a d’emblée aiguisé ma curiosité. Enseignante au collège, je côtoie quotidiennement des adolescents, et il m’arrive souvent de me questionner sur leur comportement. On oublie en effet souvent cette phase un peu chaotique de notre vie, faisant parfois peu de cas de leurs états-d ’âmes…

Résumé:

Éric Moore, un petit commerçant sans grande ambition de photomaton, mène une existence paisible aux côtés de son épouse, professeur d’anglais et de son fils, un adolescent introverti et réservé dans une petite banlieue américaine. Un jour que Keith, son fils de quinze ans, garde la petite fille de ses voisins, cette dernière est portée disparue le lendemain. Le jeune garçon se retrouve nécessairement dans la ligne de mire de la police qui le suspecte de l’enlèvement. L’imagination collective encensée par la presse avide de drames sordides fissure peu à peu les convictions tout comme la confiance d’Éric Moore envers les siens. L’attitude de son fils confuse et agressive ne le rassure pas davantage. Car comme le narrateur le proclame dès les premières pages : « les photos de famille mentent… ». Éric Moore qui n’a pas réussi à faire le deuil de son propre passé, sait pertinemment bien que les apparences sont parfois trompeuses… Son fils est-il foncièrement mauvais ? Ses émotions tout comme ses doutes trahissent Éric qui y voit un mauvais présage, se pourrait-il que les ombres de son passé trouble le rattrapent ? Son fils est-il comme tout le porte à croire monstrueux ?

La difficulté de communiquer avec un adolescent en proie avec ses propres soucis sont ainsi l’un des principaux thèmes de ce roman.  Ce conflit de génération inévitable entre un père et son fils est ainsi finement abordé. Toutefois, si Thomas H. Cook traite avec tact des discordes intergénérationnelles au sein d’une famille américaine tout ce qu’il y a de plus commun, il évoque également les dégâts qu’engendrent la suspicion tout comme les non-dits. De ce fait, la cellule familiale des Moore suffoque progressivement, asphyxiée par manque de communication. Le ressentiment tapi au fond du cœur du narrateur gangrène peu à peu ses relations familiales.

 

Verdict?

J’ai englouti cette lecture addictive en l’espace de quelques jours. Impossible de la lâcher ! Il me fallait découvrir le fin mot de l’histoire ! Et quelle histoire ! Le dénouement pour le moins original m’a particulièrement surprise ! Derrière, cette simplicité d’intrigue qui n’est qu’apparente, le kidnapping d’une petite fille, se cache finalement un roman fort, en mode sépia, sur fond d’hypocrisie latente d’une famille trop bien sous tout rapport. Car comme le dit si bien le proverbe, méfiez-vous de l’eau qui dort. Connaissons-nous vraiment notre entourage, tout comme les membres de notre propre famille ? Chaque individu dissimule ainsi une part d’ombre, un secret, une honte jalousement gardée. Traînant comme une enclume ses propres démons, ceux d’une enfance trouble et malheureuse, le personnage principal en fera lui-même les frais.

Sans effusion d’hémoglobine, ni de vulgarité ou de violence crue, Thomas H. Cook nous prouve qu’il est encore possible d’écrire un bon roman noir. Les feuilles mortes, une lecture teintée de nostalgie, mérite largement sa récompense littéraire du prix Barry du meilleur roman (2008).

En bref : Une très bonne pioche ! Je compte poursuivre mon exploration de l’œuvre de Thomas H. Cook. J’ai en effet repéré sur la toile de nombreux titres alléchants… Reste à trouver le temps suffisant pour écluser cette liste non exhaustive. Je piocherai selon l’envie.  J’ai d’ailleurs pour projet de me constituer ma petite collection personnelle de ces romans que j’ai dégotés sur Vinted pour de modiques sommes, de quoi m’occuper durant ces prochains mois de grisaille…

Cette lecture est ma petite contribution au Pumkin Autumn Challenge de la blogueuse/ vlogueuse Le terrier de Guimause dans la catégorie de menu « Automne frissonnant » (Je suis Médée, vieux crocodile) pour le thriller.  Une façon pour moi d’y participer même si je doute pouvoir respecter à la lettre les menus proposés. Qu’à cela ne tienne ! J’adore son univers ! Pour y faire un tour c’est par ici !

Je vous laisse en compagnie de Doris Day. J’adore son interprétation un brin rétro de la chanson Les feuilles mortes …

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L’Ombre du Vent/ Marina de Carlos Ruiz Zafon

Après une longue absence sur la blogosphère due à une année particulièrement chargée, je profite de cette parenthèse inédite que nous offre paradoxalement ce confinement historique pour revenir vers vous et vous faire part de mes toutes dernières lectures.

Je dois l’avouer, je n’ai pas été une lectrice très vorace pendant ces derniers mois mais finalement grâce à cette retraite forcée j’ai pu enfin me consacrer à cette brique qui prenait depuis trop longtemps la poussière sur mes étagères. Il était grand temps de déterrer ce trésor ! Et quelle bonne pioche ! J’avais lu il y a quelques années, Les lumières de Septembre que j’avais grandement apprécié, et je dois vous avouer, L’ombre du vent a largement dépassé mes attentes ! Une fois de plus la magie a opéré car j’ai été très vite happée par le récit. Carlos Ruiz Zafon a même réussi à me faire renouer avec mon plaisir de lecture, c’est vous dire ! J’ai d’ailleurs découvert que notre bibliothèque familiale regorgeait de ces œuvres. J’ai donc enchaîné aussitôt avec la lecture de Marina.

J’ai en effet choisi de me confiner en compagnie d’écrivains hispaniques, c’est pourquoi je ne vous parlerai pas ici d’un livre mais de deux !

J’aime ce vieux Barcelone que dépeint avec tant de brio l’auteur. Dans l’ombre du vent, roman baroque destiné à un lectorat adulte, celui-ci nous transporte dans une ville d’après-guerre marquée par les drames de l’époque franquiste.

L’histoire débute par une matinée brumeuse de 1945… Daniel Sempere, le narrateur qui n’est encore qu’un petit garçon, découvre un endroit magique et énigmatique dans le quartier gothique barcelonais, « Le cimetière des Livres oubliés ». Son père qui l’accompagne, lui fait prêter serment, il ne devra divulguer son existence à quiconque. Parmi la multitude de livres abandonnés sur les étagères poussiéreuses de cette gigantesque bibliothèque clandestine, Daniel doit, selon la tradition familiale, « adopter » un livre pour lui insuffler une nouvelle vie. Son choix se porte sur un titre mystérieux, L’ombre du vent. Il ne se doute pas que cette décision bouleversera à jamais son existence, le propulsant malgré lui dans une aventure vertigineuse à la recherche de Julian Carax, un écrivain maudit tombé dans l’oubli pour s’être volatilisé à la suite d’un duel sanglant…  Je n’en dévoilerai pas davantage au risque de « spoiler » ce roman flamboyant qui est d’ailleurs un hommage flagrant au genre littéraire gothique du XIXème siècle dont il s’inspire grandement.

Résumer une œuvre d’une telle envergure, c’est révéler une entreprise particulièrement complexe car si la trame principale suit l’enquête du jeune narrateur à la recherche du passé énigmatique de Carax, elle ne résume en rien le sel même de l’histoire. Ce roman baroque exceptionnel est ainsi construit à l’image d’un kaléidoscope où les intrigues s’imbriquent pour finalement forger un gigantesque puzzle. Et c’est bien ce qui en fait son originalité ! Carlos Ruiz Zafon a un talent indéniable pour également brosser des personnalités. Il croque ainsi avec panache, le portrait haut en couleur, de Fermin, un ancien espion reconverti malgré lui en clochard puis en libraire et bouquiniste rompu. Ce personnage éclatant demeure incontestablement mon préféré. J’ai particulièrement aimé ses tirades et répliques savoureuses, à la fois drôles et enlevées qui pimentent les dialogues. Si cette galerie plaisante de personnalités farfelues m’a incontestablement plu, l’attraction pour cette œuvre est pourtant ailleurs, elle est sans-doute dans cette écriture graphique, propre à l’auteur qui m’a d’emblée séduite. On a parfois l’impression de sentir et pouvoir presque toucher les pierres de cette vieille Barcelone. En outre, cette plume poétique est d’une fluidité exceptionnelle. Je ne rêve à présent que d’une chose, partir sur les traces du narrateur pour reproduire son parcours et visiter enfin cette ville que l’on dit ensorcelante… Un jour peut-être lorsque nous serons à nouveau libres de prendre le large. En attendant, je compte m’évader par la pensée en poursuivant cette tétralogie avec la découverte du deuxième volume : Le jeu de l’Ange

Ainsi donc, il est peu surprenant que L’Ombre du vent soit aujourd’hui considéré comme un classique contemporain. Tous les ingrédients sont par ailleurs présents pour en faire un petit chef-d’œuvre d’écriture : une histoire d’amour tragique, une demeure vétuste abandonnée derrière des grilles rouillées par le passage du temps, des destins funestes auréolés de mystère, enfin des secrets de familles qui ternissent encore le présent de nos héros. En somme, vous l’aurez deviné, cette lecture est addictive !

 Enfin, les situations théâtrales qui ponctuent le récit, parfois critiquées par des lecteurs tatillons, n’ont en rien terni mon plaisir de lecture, j’y ai décelé un bel hommage aux romans à tiroirs rocambolesques de Dumas. Mon ressenti manque surement d’objectivité !

Qu’à cela ne tienne, cette œuvre foisonnante empreinte de mystère, une ode à la littérature, est pour moi un grand coup de cœur. Une lecture chronophage que j’ai engloutie en quelques jours. J’ai également lu Marina avec avidité, quand bien même l’écriture tout comme l’intrigue fantastique semblent à mon sens moins abouties. Cette lecture séduira assurément le jeune public et demeure une bonne introduction à l’œuvre de Carlos Ruiz Zafon. J’ai bien entendu aimé retrouver la plume fluide de cet écrivain espagnol tout comme cet univers baroque envoutant.

Un dernier mot sur les éditions Robert Laffont, qui ont fourni un écrin somptueux aux romans de Carlos Ruiz Zafon en soignant avec goût ses couvertures. Les photographies en mode sépia un brin désuètes sont tout simplement sublimes.

 Si vous avez aimé ce type de romans, je vous conseille de lire également dans la même veine, Le treizième conte

 

 

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Le Fantôme et Mrs Muir

Voici une lecture pour le Mois anglais, qui se prêtait merveilleusement bien au climat ambiant de cette saison. Le temps demeure ici en Normandie plutôt morose avec des températures un peu fraîches et l’humidité persiste malgré l’annonce de l’été imminent… Où se cache donc le soleil !? Aussi je n’éprouve qu’une envie, me calfeutrer sous un plaid, en compagnie d’un bon roman et d’une tasse de thé réconfortante… Pour cette troisième participation, j’ai choisi de dépoussiérer un classique « vintage », une œuvre culte, poétique et singulière dont j’ai grandement apprécié la lecture…

L’histoire prend pour toile de fond les années 1900. Lucy Muir, une jeune et jolie veuve, décide de louer « Les Mouettes », un cottage meublé, au charme désuet, situé à Whitecliff dans une station balnéaire du Dorset, pour s’y établir avec ses deux enfants, Cyril et Anna, ainsi que sa servante, Martha, à son service depuis toujours. L’endroit isolé, en pleine campagne, semble en effet idéal pour accueillir cette petite famille bien sous tous rapports ; l’affaire est d’ailleurs inespérée, le prix étant anormalement bas. Pourtant, lorsque Mrs Muir souhaite visiter la coquette demeure, son agent immobilier, Mr Coombe, se montre réticent et, le regard fuyant, s’empresse de la dissuader d’y séjourner. Selon lui, ce lieu reclus ne sied guère à une jeune femme célibataire… Quel terrible secret tente-t-il donc de lui dissimuler ? Mrs Muir découvre très vite la vérité : le manoir est hanté par le fantôme d’un capitaine au caractère bien trempé… Qu’à cela ne tienne, elle n’a pas dit son dernier mot ! Fascinée et attirée par cette présence surnaturelle, Lucy Muir s’installe au grand dam de son entourage dans la propriété… Une décision extraordinaire qui bouleversera à tout jamais sa destinée…

Quelle belle lecture ! Cette histoire d’amour sublime, pourtant peu crédible de prime abord, qui flirte avec le genre fantastique sans toutefois y appartenir véritablement m’a émue jusqu’aux larmes ! J’ai aimé ces deux personnages principaux et en particulier le lien ténu qu’ils développent ensemble au fil des années, malgré leur rencontre totalement improbable. Mrs Muir est un bout de femme attachant, incarnant parfaitement la gente féminine de son époque, prolongement du XIXème siècle qui s’éteindra avec la 1ère Guerre mondiale, car elle évolue dans un univers encore très patriarcal où les femmes ont peu droit au chapitre. Cette jeune veuve, est en effet constamment infantilisée et dépréciée par son entourage, le carcan victorien demeurant particulièrement asphyxiant. Suffocant dans ce milieu corseté, Lucy Muir doit sans cesse s’affirmer pour conserver son indépendance. Tout le monde semble avoir une opinion sur son mode de vie tout comme ses initiatives. Son fils Cyril lui-même n’est pas mieux lorsqu’ayant atteint l’âge adulte il la congratule avec une pointe de mépris sur ses tentatives modestes d’écriture, l’interrogeant au passage avec une curiosité feinte : écrit-elle un livre de cuisine ? Abject.

Ainsi une douce brise d’émancipation féminine souffle sur ce roman, et c’est bien grâce au pouvoir de l’écriture que Mrs Muir se réalisera en tant que femme. Certes, sa soif d’indépendance reste partielle, car elle ne se défait jamais véritablement du joug masculin, ayant toujours besoin d’un homme pour l’épauler dans son entreprise ; le capitaine lui dictera ainsi le roman qui lui permettra d’accéder à son autonomie financière… Mrs Muir fait d’ailleurs parfois preuve d’une naïveté déconcertante et notamment, lorsque sensible à la flatterie, elle s’entiche au premier regard d’un vulgaire poseur, puéril et vaniteux, pour finalement sans mordre les doigts… Le lecteur déplore le caractère parfois trop ingénu de l’héroïne qui malgré son âge mûr et ses expériences d’épouse, demeure d’un bout à l’autre du roman une femme-enfant. On remarquera l’ironie de cette situation puisque l’homme qui la bernera, pourtant bien réel, a contrario du capitaine, se révèlera la véritable illusion de l’histoire. L’entêtement frisant parfois l’obstination tout comme son audace qui la caractérisent sont néanmoins ses principales forces et lui feront gagner graduellement l’admiration et le respect du capitaine.

Si j’ai aimé cette héroïne de papier pétrie de contradictions, je dois bien admettre avoir eu un faible pour le personnage masculin du Capitaine Gregg. Ce loup de mer aux faux airs de capitaine Haddock représente le mâle à l’état pur. Derrière son caractère bourru se cache cependant un cœur tendre. Il est rare de trouver aujourd’hui ce genre de personnage qui frôle parfois la misogynie… Son tempérament viril le rend toutefois irrésistible. Rex Harrison incarne à merveille cette force brute dans l’adaptation de Joseph L. Mankiewicz. Les discussions orageuses tous comme les réparties drôles de ces deux personnages que tout oppose, donnent également une saveur toute particulière à cette œuvre. Aussi ai-je pris particulièrement plaisir à suivre leurs tribulations.

L’auteure brosse donc le portrait émouvant d’une femme déchirée entre sa réalité et ses fantasmes. J’ai été d’emblée séduite par cette rencontre hors du temps, une histoire d’amour impossible mais pourtant éternelle. Cette vision de la vie très poétique donne à réfléchir sur notre condition de simple mortel… On observe d’ailleurs, durant les derniers chapitres, avec un certain pincement au cœur, le déclin progressif de Mrs Muir qui sombre peu à peu dans la vieillesse. Le récit de sa fin de vie est extrêmement touchant. Je dois avouer que le dénouement m’a profondément bouleversée. A noter qu’il est aussi admirablement bien rendu dans l’adaptation cinématographique de Mankiewicz. Lucy Muir s’éteindra comme elle a vécu, retirée du monde, loin de ses frivolités et de ses mondanités, dans sa retraite paisible qu’elle a elle-même choisie…

En bref : Cette rencontre hors du commun est une magnifique histoire d’amour qui transcende le temps et l’espace. Dans un style classique mais efficace qui rend cette lecture d’une grande fluidité, l’auteur traite avec habileté les thèmes de la réalisation de soi tout comme celui du courage, celui de rompre en s’acceptant comme différent malgré les jugements des autres. Une lecture addictive à ne surtout pas manquer.

Un dernier mot sur l’adaptation : Ce petit bijou du cinéma mêle habilement le fantastique au romantique. Certains pourraient trouver à redire sur la mièvrerie de la mise en scène, qui empiète sans-doute parfois un peu trop sur l’histoire ; et même s’il est vrai que le jeu maniéré de Gene Tierney m’a parfois déroutée, il n’a cependant en rien entravé mon plaisir de visionner ce film qui demeure encore selon moi une œuvre culte. Gene Tierney et Rex Harrison forment un duo remarquable. J’ai aussi aimé la bande-originale du film, envoûtante, mystérieuse et intrigante à souhait, qui ponctue avec brio l’intrigue… Si vous aimez ce film, je vous recommande aussi chaudement le film Dragonwick dans la même veine et dans lequel Gene Tierney, cette beauté funeste, incarne une fois de plus le rôle-titre.

La bande-annonce:

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