The woman in black

A lire en écoutant cette musique pour bien se mettre dans l’ambiance!

« It is luckier for a ghost to be vividly imagined than dully ‘experienced’… If a ghost story sends a cold shiver down one’s spine, it has done its job and done it well » (Edith Wharton).

A l’occasion du « Mois Halloween » que j’ai instauré la semaine dernière, j’ai rassemblé un certain nombre de récits macabres incontournables. Si tout comme moi, lecteurs blogueurs, vous vous calfeutriez adolescents sous la couette un soir d’orage, une lampe torche à la main et un tome de Chair de poule ou de Fais-moi peur dans l’autre, alors ce petit classique moderne du thriller fantastique est pour vous. The woman in black (La dame en noire pour la traduction française) est mon tout dernier coup de cœur littéraire, un roman admirablement bien écrit (en particulier en anglais) que je vous invite à découvrir dès maintenant, et ce avant de visionner l’adaptation cinématographique qui est bien décevante en comparaison de l’œuvre si originale de Susan Hill.

Cette romancière britannique, auteur de nombreux romans policiers et livres pour enfants, a reçu de nombreuses distinctions littéraires dont celle du Somerset Maugham Award. Dans The woman in black, Susan Hill nous livre un conte fantastique à la structure classique et au thème très victorien, dont l’intrigue principale se déploie sur quelques jours seulement. Le récit est « encadré », une histoire débutant à l’intérieur d’une autre.

A la veille de Noël, Arthur Kipps, un notaire dans la force de l’âge, se voit contraint de décliner l’invitation de ses beaux-fils qui lui enjoignent de leur conter une histoire de fantôme pour les distraire. L’homme, au grand désarroi de la petite famille réunie sagement au coin du feu, n’a nullement envie de plaisanter sur ce sujet. Malgré les encouragements de son épouse, le narrateur renfrogné se réfugie dans son cabinet et se voit sombrer dans des souvenirs de jeunesse qu’il avait tenté en vain de refouler. Ce qu’ignorent les membres de son petit clan – mais que le lecteur découvre au fil des pages –, c’est qu’Arthur Kipps a lui-même assisté au cours de sa jeunesse à un phénomène inexplicable. Le souvenir inconfortable de cette expérience traumatisante ne s’est jamais vraiment estompé de son esprit. C’est pourquoi le narrateur s’est résolu à coucher sur le papier ses mémoires effroyables dans le but d’exorciser enfin ses démons intérieurs. Ainsi débute l’inquiétant récit d’Arthur Kips…

Par un matin glacial et pluvieux de novembre, Arthur, jeune notaire londonien, raisonnable et tranquille, est envoyé en mission à Crythin Gifford, une petite bourgade isolée d’Angleterre, afin de régler la succession d’Alice Drablow. Cette veuve octogénaire récemment décédée était connue pour ses multiples excentricités. La dame aurait vécu solitaire et recluse durant de nombreuses années dans une bâtisse à la façade splendide mais plantée dans un décor sinistre. La demeure est en effet nimbée d’une brume persistante et est à marée haute encerclée par les marais, ce qui la coupe pour plusieurs heures du reste du monde, d’où son appellation sinistre de Manoir du Marais (The Marsh House).

A peine est-il arrivé dans la petite ville à l’atmosphère bien lugubre que d’étranges apparitions surviennent. A l’occasion des funérailles de Mrs Drablow, Arthur aperçoit pour la première fois une jeune femme mystérieuse à l’aspect décharné, postée au fond de l’église, le visage livide et les os tellement saillants que les ombres se reflétant sur sa peau luisante prennent une teinte bleutée. Son accoutrement d’un noir corbeau, démodé et même presque poussiéreux, intrigue le jeune homme qui tente de voir de plus près le visage de cette mystérieuse dame. Mais une coiffe également noire dissimule ses traits. Cette apparition aussi sinistre qu’énigmatique semble étrangement irradier de sa malveillance les malheureux venus se recueillir sur les tombes de leurs défunts. Dès lors, cette ombre maléfique ne cessera de poursuivre Arthur Kips qui la verra à nouveau dans le jardin de la vielle demeure du Marais, l’ancienne propriété désormais abandonnée de Mrs Drablow. La présence de cette dame en noir semble jeter un voile funèbre sur cette demeure. Notre héros d’abord confus, s’interroge. Est-ce un canular ? Lui jouerait-on des tours à ses dépends ? Et si tel est le cas, qui peut bien se cacher derrière la dame en noir ? Une curiosité morbide tout comme sa fierté juvénile le poussent à rester pour tenter de saisir l’inexplicable. Mais lorsque le notaire s’installe une nuit au manoir du Marais afin de trier les derniers effets de Mrs Drablow, le jeune homme se retrouve malgré lui confronté à une puissance invisible effroyable, mettant à rude épreuve son courage qu’il pensait inébranlable…Quel mystère plane sur cette demeure maudite ? Après quelques coups de théâtres, les langues des villageois restées jusqu’à présent muettes vont se délier peu à peu, accentuant l’horreur pour le plus grand plaisir du lecteur.

L’originalité de ce roman réside principalement dans l’univers gothique exceptionnel mis en place par la main de maître de Susan Hill. L’ambiance morne et confinée du village de Crythin Gifford donne particulièrement la chair de poule et l’influence délétère de la dame en noir transparait dans chacune des attitudes des villageois. Leurs silences et leurs regards furtifs se passent de commentaires. Du secret de la dame en noir, rien ne s’ébruite malgré ses efforts subtils pour encourager les habitants du village à se confier, et Arthur Kips devra élucider le mystère par lui-même. Dans l’histoire, personne ne fanfaronne à la vue d’un revenant, on se garde bien de se vanter de sa découverte de peur d’attirer sur soi les représailles d’un esprit vengueur. Le choix d’un spectre vindicatif ici rend le mythe du fantôme traditionnel d’autant plus inquiétant. Susan Hill se surpasse car la dame en noir est un esprit frappeur à la volonté coriace.

La difficulté d’écrire une roman d’angoisse est de ne pas s’essouffler et de procurer une impression de malaise constante, voire même croissante, afin que le doute persiste jusqu’à la dernière page avalée, et que l’histoire ou ses protagonistes nous hantent bien après avoir refermé le livre. Lorsque Sheridan Le Fanu clôturait son histoire sur une note rassurante, je trouvais ce dénouement un peu trop expéditif… La dame en noir en revanche m’a glacé le sang jusqu’au bout. L’auteur tord le cou aux clichés de l’image moderne du fantôme pour revenir au mythe traditionnel du revenant de l’époque victorienne.

Susan Hill s’intéresse aux puissances obscures enveloppées de mystère, écho de nos propres angoisses tapies au plus profond de nous. L’écrivaine joue ainsi avec nos terreurs enfantines : la peur du noir, la vue d’une demeure austère et abandonnée, les ruines désolées d’un monastère ou d’un cimetière négligé, des sépultures aux inscriptions effacées et des grincements de bâtisses vétustes.  Aussi me suis-je plongée avec délectation dans The woman in black, incontestablement mon roman d’angoisse préféré !

Vous ne trouverez pas de lecture plus appropriée pour Halloween !

Un dernier mot sur le film :

En dépit d’une intrigue assez bien ficelée et des efforts considérables de Daniel Radcliff pour nous convaincre du rôle sérieux qu’il endossait dans cette adaptation libre – celui d’un jeune veuf et père de famille trentenaire respectable (une barbe savamment négligée recouvrait l’étroite figure du petit Harry) -, sa performance pour le moins ennuyeuse l’a rendu à maintes reprises plutôt mou voire même parfois insipide. Dans un film d’épouvante, la tension doit être palpable et transmise au public à travers la performance des acteurs.  Or Daniel Radcliff m’a paru par moment absent dans certaines scènes ; le regard vide, la mine déconfite et les bras ballants, il ne semblait pas toujours juste. Fort heureusement Spider, le fox-terrier, et la dame en noir jouaient remarquablement bien ! Aussi, l’ajout de péripéties plus rocambolesques et spectaculaires que celles contenues dans l’œuvre originale, n’était à mon sens pas vraiment nécessaire. L’intrigue du livre se suffisait à elle-même, les deux œuvres cinématographiques et littéraires sont donc dissociables. Toutefois, malgré ces quelques faiblesses, l’alchimie a bien pris car j’ai eu quelques sursauts d’angoisse, me suis recroquevillée sur mon fauteuil au moins deux fois et, je dois bien l’admettre, en prenant le chemin du retour, je me suis même surprise à regarder derrière mon siège pour vérifier que j’étais bel et bien seule dans la voiture (chut… juste par mesure de précaution, il faisait nuit noire, c’était donc tout naturel… No comments…).

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5 commentaires pour The woman in black

  1. J’ai vu le film, et je n’ai pas totalement accroché, je pense que je tenterais le roman à l’occasion!

  2. Mdebrigadoon cottage dit :

    Bien l’ambiance d’halloween , de bonnes lectures en perspective ! Au coin du feu avec une bonne tisane et les toutous , juste ce qu’il faut en ce mois d’octobre tristounet !

  3. Jo dit :

    Hey c’est vrai qu’il a l’air pas mal comme livre. J’ai lu ce que tu dis dessus en écoutant la musique de la vidéo 😉 Dommage que je n’ai pas beaucoup de temps pour lire autre chose que « Pratique raisonnée de la langue » ou « Grammaire explicative de l’anglais » !

  4. La Gueuse dit :

    Merci pour cette super ambiance Halloween ! Nous ne le célébrons pas assez en France je trouve. Raison de plus pour rester à la maison avec un bon bouquin.

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