Emma de Autumn de Wilde/ soirée ciné Popcorn #7

emma-poster-3-384x576 (1)C’est l’heure du billet mensuel Soirée Popcorn ciné organisé avec Maggie, j’ai décidé de visionner la dernière adaptation d’Emma de 2020 dans le cadre du Challenge Cottagecore. Maggie quant à elle a choisi de sélectionner un film japonais, Les 47 rônins de Carl Rinsch. Pour lire sa chronique c’est ici !

XIXème siècle au milieu de la campagne anglaise. Emma Woodhouse, une jeune fille aisée, passe le plus clair de son temps à s’immiscer dans la vie de ses amis pour jouer les marieuses. Elle-même a prêté serment de ne jamais se laisser passer la bague au doigt. Son père étant âgé et vulnérable, elle refuse de l’abandonner. D’autant plus que ce dernier n’a toujours pas digéré le mariage de sa fille aînée qui l’a lâchement désertée pour vivre sa vie d’épouse comblée à l’autre bout du comté. Pour occuper ses journées d’oisiveté, Emma décide de dégoter un parti convenable pour son amie Miss Harriet Smith, une jeune fille de basse extraction qui devient sa demoiselle de compagnie. A mesure que notre héroïne tisse des projets matrimoniaux extravagants pour sa petite protégée, les déboires s’accumulent pour former un imbroglio de quiproquos ridicules et farfelus … 

Difficile de résumer cette intrigue alambiquée qui enchaîne sans cesse les situations rocambolesques. J’avais découvert il y a déjà de nombreuses années, cette comédie des mœurs délicieuse grâce à l’adaptation brillante de 1996 par Douglas McGrath qui m’avait grandement plu. Je m’étais par ailleurs empressée de lire Emma. Aujourd’hui, j’en garde un souvenir un peu flou bien qu’agréable. Aussi, l’idée de dépoussiérer un peu cette petite pépite d’écriture en visionnant pourquoi pas une version un peu plus libre me semblait, bien qu’un pari risqué, une initiative alléchante…

Cette énième adaptation que nous propose Autumn de Wilde, une réalisatrice novice anglaise, a fait beaucoup parler d’elle à sa sortie en salle en 2020 … Les critiques ont été plutôt mitigées. Certains ont adoré ce projet d’avant-garde qu’ils ont qualifié d’audacieux, d’autres au contraire ont tiré à boulet rouge sur cette nouvelle version … Je dois avouer avoir été pour ma part un brin décontenancée par ce film …

Si le cadre tout comme les costumes m’ont paru somptueux malgré un décor frisant parfois le carton pâte à la sauce Tim Burton, la mise en scène m’a semblé complètement chaotique. Certains passages m’ont par ailleurs franchement ennuyée, au point de devoir rembobiner le film pour pouvoir maintenir mon intention déjà défaillante dès les premières scènes. Et quelles scènes d’ouverture ! Le film débute sur des chapeaux de roue avec le postérieur nu de Mr Knightley qui est assisté de ses deux valets. Cette scène aguicheuse un tantinet cavalière n’apporte rien à la trame de l’histoire et déconstruit totalement l’univers fantasmé austenien. Tout l’art des romans prenant pour toile de fond l’époque victorienne et en particulier l’ère de la Régence anglaise réside dans la suggestion des scènes romantiques, de la nudité à peine effleurée des personnages. C’est le sentiment de frustration qui provoque l’excitation. Ici donc le ton de cette nouvelle version cinématographique est d’emblée donné, ce film s’autorise de multiples libertés d’interprétations quitte à pervertir au passage l’œuvre originale en modifiant drastiquement la personnalité même de l’héroïne du roman. 

J’avais le souvenir d’une jeune fille un brin capricieuse et hautaine mais qui malgré tout possédait un cœur d’or. Certes, elle manquait parfois de jugeote mais n’était foncièrement qu’une demoiselle trop inexpérimentée faisant preuve d’un certain manque d’immaturité. Elle apprenait graduellement de ses erreurs et grandissait au fur et à mesure de l’histoire. 

Or, dans cette version, Emma est une pimbêche hautaine et vaniteuse, souvent même mesquine et un poil trop antipathique pour qu’on s’y attache vraiment. Je l’ai trouvé d’un bout à l’autre détestable (on a souvent envie de lui claquer la figure) et on se demande comment cette garce peut réussir à toucher le cœur d’un gentleman comme Mr Knightley, un homme d’une droiture exemplaire. En somme, la demoiselle ne le mérite franchement pas.

Les traits de personnalités des protagonistes manquent donc ici cruellement de subtilité, ils sont grossis jusqu’à la caricature, au point d’en devenir ridicules. 

Le passage où Emma remonte sa robe pour offrir son derrière à la cheminée dans le but de se réchauffer est franchement vulgaire et inutile. La réalisatrice avec ses gros sabots accentue sans cesse ses scènes douteuses pour illustrer la vérité crue de cette époque souvent trop romancées. Mais est-ce vraiment ce que l’on recherche lorsqu’on visionne ou même lit une « austinerie » ? A-t-on besoin d’imaginer nos héros sur leur cabinet d’aisance ou en train de se curer le nez (j’exagère mais on s’en rapproche dangereusement) ?…

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D’ailleurs, la scène de la déclaration d’amour entre Mr Knightley et Emma, au cours de laquelle son nez se met justement à saigner comme une fontaine, est complètement grotesque (un peu cracra quand même). C’est la pire scène romantique que j’ai dû visionner. Mais quelle horreur !!!

Je n’ai donc pas été particulièrement convaincue par le jeu des acteurs qui semblent parfois improviser certaines scènes (on a la désagréable impression de les voir évoluer en roue libre). S’il est vrai que l’actrice principale, Anya Taylor-Joy joue plutôt bien le rôle d’une garce notoire, je l’ai trouvée dénuée de charme et finalement assez quelconque. Bill Nighy qui incarne magistralement son père hypocondriaque est comme à son habitude impeccable. Quant au héros masculin, Johnny Flynn, il apporte une certaine fraîcheur au personnage de Mr Knightley, et reste sans aucun doute le plus touchant de l’histoire.

Ainsi donc, les acteurs masculins sauvent à peine le film en tentant tant bien que mal de porter à bout de bras cette bouffonnerie un peu indigeste. Malgré leurs vains efforts, ce long-métrage (effectivement terriblement long) est à mon sens raté. Emma, cette entremetteuse envahissante, est bien trop agaçante à mon goût.

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La réalisatrice n’y va pas non plus avec le dos de la cuillère pour dénoncer l’oisiveté et la condescendance de ces personnages snobinards. Les domestiques sont aussi trop stéréotypés. Ils semblent ici seulement présents pour servir la soupe et font parfois preuve d’une insolence décalée..

Pour conclure, ce film m’a rappelé l’adaptation tout aussi terne d’un roman brillant Les proies par Sofia Coppola. Le résultat était un esthétisme sublime mais une coquille vide sans grand intérêt. Un exercice de style  qui s’était révélé inabouti et finalement vain.

En outre, la réalisatrice pose un regard trop moderne sur Emma, et l’on en vient même à se demander si elle a bel et bien lu l’œuvre de Jane Austen et l’apprécie vraiment… Reste que le résultat est dissonant et le film est malheureusement desservi par une mise en scène trop maladroite et éparpillée. Quel gâchis ! 

la bande-annonce ici :  (181) emma trailer 2020 vost – YouTube

Challenge Cotagecore 2021 1

Cette soirée ciné s’inscrit dans le challenge Cottagecore dans les catégories Les propriétés et jardins dissimulés ainsi que Retour aux sources. Et voici aussi une nouvelle participation au challenge A year in England organisé par Lou, Titine et Cryssilda.

 

Soirée pop corn chez Missycornish et Maggie &

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12 commentaires pour Emma de Autumn de Wilde/ soirée ciné Popcorn #7

  1. Chicky Poo dit :

    Je suis souvent curieuse de découvrir les adaptations des romans, mais j’avoue que tes bémols me retiennent ! Je pense que je vais passer mon tour ! 😉

  2. rachel dit :

    Et bin je voyais les extraits de ce film et j’avais deja un probleme avec cette actrice…pucha…cela me conforte dans mon idee de ne pas le voir

  3. Marjorie de Bazouges dit :

    C’est sûr je n’irai pas voir ce film.

  4. Maggie dit :

    Je le publie a la fin du mois. Ce mois-ci c’était un film japonais.

  5. Anna G dit :

    J’adore Jane Austen et effectivement ce que j’apprécie le plus dans son style est son ironie, qui sous la plus grande conformité aux convenances les dynamite du même coup. Du coup, sur ton extrait le postérieur est joli mais Austen ne décrivait pas la réalité, elle la dynamitait de l’intérieur, grâce à l’écriture.

    • missycornish dit :

      Oui l’ironie ici est aussi présente bien entendu mais maladroitement distillée. Effectivement visuellement le postérieur est joli mais n’a pas trop sa place ici dans une oeuvre austenienne. Belle interprétation des romans de Jane Austen. Je compte relire le roman pour retrouver le style mordant de l’autrice. Les romans sont de toute façon généralement mieux.

  6. Steven dit :

    N’étant déjà pas fan des adaptations, je pense ne pas tenter l’expérience.
    Merci pour cet article détaillé !

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