Marie-Antoinette

Marie-Antoinette Stefan Zweig imageCertaines lectures particulièrement denses nécessitent une longue période de gestation. Cette biographie remarquable frôlant l’excellence ne déroge pas à la règle. Il m’a fallu un certain temps pour la « digérer ». Soyons francs, lorsqu’on s’attaque à une œuvre d’une telle envergure, il est souvent difficile de se replonger dar dar dans une nouvelle lecture. Marguerite Yourcenar si érudite soit-elle n’a pu autant me captiver. Son arrogance transparaît d’ailleurs trop dans ses écrits et Les Mémoires d’Hadrien qui initialement me passionnaient par leur authenticité historique m’ont vite paru pompeux. J’ai d’ailleurs momentanément délaissé ce roman trop ardu et un tantinet soporifique (les aficionados me cloueront sans-doute au pilori! Qu’importe, la lecture ne devrait-elle pas être avant tout un plaisir subjectif ?).

A la différence de Yourcenar, Zweig sait que s’il souhaite conserver l’attention de son lecteur jusqu’à la dernière page, il ne doit pas l’accabler de détails inutiles. Et il faut l’avouer, l’auteur réussi cet exercice stylistique avec brio ! Point de lenteurs, d’ennuis et pourtant le but est bien ici didactique. Ce livre est sans conteste l’œuvre littéraire la plus passionnante qu’il m’ait été donné de lire depuis ces derniers mois.

Dans cette biographie classique, Stefan Zweig nous dévoile le fruit de longues recherches assidues consacrées à la reine Marie-Antoinette, une figure historique à la beauté funeste. En bon autodidacte et étant un fervent défenseur de la méthode de vulgarisation, l’écrivain a tenté de relater de manière objective et concise le parcours de la reine, de son ascension fulgurante au pouvoir, jusqu’à sa chute impitoyable. Ce pari littéraire est largement réussi ! Cette étude d’une finesse psychologique extraordinaire est d’autant plus crédible qu’elle s’appuie sur la correspondance de nombreux personnages historiques tels que la prude mais néanmoins admirable impératrice d’Autriche, Marie-Thérèse, la mère de Marie-Antoinette ou le séduisant et dévoué Comte Fersen qui aurait été son amant.

A travers ce portrait poignant, Stefan Zweig lève le voile sur ce personnage féminin trop méconnu de l’Histoire. Vilipendé par les uns, idéalisé par les autres, l’auteur lui restitue finalement un peu de son humanité. Victime d’une propagande révolutionnaire peu scrupuleuse, Marie-Antoinette a longtemps servi de bouc-émissaire à l’aristocratie parisienne. Certes, cette évaporée ne contribua pas à améliorer le sort du peuple français affamé mais Stefan Zweig nous rappelle qu’elle ne fut pas l’unique responsable de la Révolution française. Les études historiques parfois trop synthétisées donnent d’ailleurs souvent une image tronquée voire orientée de la réalité. Sans prendre parti, l’auteur autrichien rejette cette vision trop manichéenne et simpliste : les gentils d’un côté, un peuple à bout, le roi et la reine, des monarques tortionnaires de l’autre. Louis XVI et Marie-Antoinette, tout deux incompétents et inconsidérés méritaient-ils pour autant l’échafaud ? Certes non !

Marie-Antoinette fête

Mettant en lumière les mentalités de cette époque, le romancier a préféré s’intéresser à leur psychologie plutôt qu’aux faits. Le lecteur découvre ainsi que Marie-Antoinette ne fut ni une furie aux mœurs douteuses ni une sainte mais seulement une reine dramatiquement butée et aux ambitions bien médiocres. En somme, celle qui fut baptisée par le peuple mécontent « Madame Déficit », n’était qu’une femme trop individualiste et moderne pour son époque. Peu encline à l’étiquette monarchique et éprise d’indépendance, Marie-Antoinette fut projetée sur le devant de la scène politique bien trop tôt. Rappelons qu’elle n’est encore qu’une enfant lorsqu’elle épouse Louis XVI ! Cette dernière mariée à un jeune homme débonnaire maladroit et à la timidité maladive ne consommera son union que sept années plus tard. Cette expérience malheureuse figera d’ailleurs la figure royale en époux impuissant et indécis, une image risible qui le suivra jusqu’à sa mort. De ce fait, sa vie d’épouse frustrée s’est dissoute dans les frivolités. La jeune femme que la cour ennuie, n’a qu’un désir fuir la monotonie de son existence dans sa retraite, le petit Trianon, où elle a établi son jardin secret. C’est dans ce lieu paradisiaque qu’elle reçoit sa propre société triée sur le volet incluant notamment le cercle des Polignac, des aristocrates à la réputation sulfureuse, vautours manipulateurs et arrivistes qui profitent de sa générosité et de sa solitude.

marieantoinette et Louis

Ces fréquentations peu recommandables terniront un peu plus la réputation de la reine déjà vacillante depuis son mariage tardivement consommé. De prime abord accusée de frigidité, la voilà finalement perçue comme une dévergondée. La cour tout comme le peuple avides de scandales lui prêteront par la suite toutes sortes de déviances, entre autres, d’entretenir des relations saphiques avec son amie, la séduisante Polignac, de pratiquer de multiples orgies et même d’abuser de son propre fils, le jeune dauphin. Marie-Antoinette trop fière et aveuglée par un orgueil démesuré n’a que faire de ses rumeurs ridicules. S’intéressant peu aux préoccupations politiques, elle préfère laisser cette tâche ingrate à son doux mari. Mais le peuple gronde et ne lui pardonne plus ses caprices excessifs de plus en plus coûteux. Pour la condamner, on n’hésite pas alors à grossir jusqu’à la caricature ses travers et une pluie de pamphlets pornographiques s’abattent bientôt sur elle dans le but de détruire un peu plus son image.

Stefan Zweig dément ainsi dans cette biographie de nombreux sujets épineux de l’Histoire, beaucoup de mensonges, qui contribuèrent indéniablement à creuser un peu plus la tombe de la reine, telle que cette rumeur éhontée selon laquelle elle aurait lancé cette boutade affligeante aux femmes venues se plaindre devant les portes de Versailles : « S’il n’y a plus de pain, donnez-leur de la brioche ! ». L’auteur revient aussi sur le scandale de l’affaire du collier qui portera le coup de grâce à la reine malgré la preuve irréfutable de son innocence. Abandonnée de tous, y compris de sa propre famille, Marie-Antoinette fera tout de même preuve d’un courage redoutable face à ses bourreaux.

Marie_Antoinette_Execution

En lisant les dernières pages de cette biographie consacrées à la condamnation de la reine, j’ai éprouvé beaucoup de peine pour cette femme ignorante à la destinée tragique. Au final, Marie- Antoinette et Louis XVI furent les esclaves d’un monde dont ils étaient pourtant les monarques, des pions malléables qui n’aspiraient qu’à la normalité et qui se retrouvèrent malgré eux au cœur d’un complot bien trop complexe pour leur entendement. Dépassés par les événements, ils finiront tout deux sur la guillotine comme tant d’autres incrédules.

Une chose est certaine, en refermant ce livre, vous ne verrez plus jamais cette reine déchue du même œil… Mais si fait, je ne voudrais pas vous ôter le plaisir délicieux de découvrir par vous-même ce chef-d’œuvre d’écriture. Une biographie instructive, passionnante et pertinente à ne surtout pas manquer ! Je la relirai sans aucun doute avec plaisir !

Marie-Antoinette_posterUn dernier mot sur le film de Sofia Coppola qui semble hautement inspiré de l’œuvre de Stefan Zweig. J’ai eu le regret de ne pas voir figurer le nom du romancier autrichien dans le générique de fin ni les autres sources qui ont permis la rédaction du scénario. Or, la personnalité de Marie-Antoinette dans le film m’a paru avoir été calquée sur celle que propose Zweig dans sa biographie… Même si cette adaptation cinématographique est une belle réussite, j’ai tout de même trouvé que cet oubli manquait un peu de reconnaissance envers Zweig qui a, il faut bien l’admettre, effectué un travail de recherches titanesque pour nous livrer cette étude psychologique brillante.

 

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Retour en douceur

jean-latour rêve

Chers blogueurs,

Pour des raisons personnelles j’ai manqué récemment d’enthousiasme pour vous écrire. Le désir de lire, malgré la liste faramineuse d’ouvrages disponibles empilés sur ma table de nuit, s’était un peu amoindri. Quelques broutilles finalement, des bouleversements de la vie qui bien qu’étant positifs, apportent leur lot de tracas quotidiens : un mariage bilingue qui arrive à grands pas, un déménagement futur dans le Kent non loin de Londres et une recherche d’emploi qui s’annonce déjà bien laborieuse. Des changements qui me réjouissent mais me préoccupent également beaucoup. D’où mon absence sur la blogosphère ces derniers mois. Difficile de savourer pleinement la lecture d’un roman sans laisser mon esprit vagabonder… De nombreuses lectures sont vites passées à la trappe. J’ai de ce fait décidé de reprendre mon ancien rythme de croisière, soit un roman lu à la fois. Je suis actuellement en train de lire Ce qu’il advint du sauvage blanc de François Garde et je reviens dès ce soir (au plus tard demain) pour vous parler de mon dernier grand coup de cœur livresque, Marie-Antoinette de Stefan Zweig.

Bien entendu, en bonne « book addict », j’ai une fois de plus craqué à mon retour en France, de nouveaux livres (indispensables) ont rejoint ma PAL tourjours aussi fournie: le premier volume de Guerre et Paix de Tolstoï, Le joueur d’échecs de Stefan Zweig et La Belle et la Bête de Madame de Villeneuve.

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Je suis d’ailleurs allée voir l’adaptation cinématographique de cette dernière oeuvre. Je vous déconseille de la visionner. Le film est une grande déception, les acteurs français sont mauvais, les dialogues sont souvent lourds et certains plans semblent tout droit sortis d’un mauvais téléfilm de Noël. Un petit navet. Dommage, car l’affiche du film est magnifique et bien prometteuse. Je m’en suis voulu d’avoir dépensé quinze euros pour pas grand chose au final. Léa Sédoux à l’air méchante (et puis, elle a la grâce et la démarche d’une camionneuse), Vincent Cassel en tant que prince me semblait être une erreur de casting (il n’est pas un un peu vieux non, pour jouer les jeunes jouvenceaux?), les soeurs sont des caricatures et le père tout comme les frères sont complètement insipides. Bon, reconnaissons tout de même que les costumes étaient somptueux. Mais enfin, cela ne m’a malheureusement pas empêché de pouffer de rire à plusieurs reprises face au ridicule de certaines situations. C’est moche mais ça donne quand même des frissons… No comment.

 Sur cette note peu encourageante, je vous laisse en compagnie dIndila, une chanteuse française atypique d’origine cambodgienne et algérienne dont je ne me lasse pas d’écouter l’album: la Dernière danse. La jeune femme écrit des textes bien français mais emploie une technique de chant oriental qui donne une belle touche d’exotisme. Cette chanson est en parfaite harmonie avec mes humeurs du moment ! Je l’écoute en boucle, comment s’en lasser ?


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No et moi

No et moi romanLou Bertignac, une adolescente précoce de treize ans, discrète et réservée choisit de faire un exposé sur les sans-abri. Elle décide dans cette optique d’interviewer une jeune SDF. Fille unique, négligée par une mère dépressive et un père trop faible, Lou indépendante passe la plupart de son temps seule à observer les gens. C’est ainsi qu’elle fait un jour la connaissance de No à la gare d’Austerlitz. Toutes deux curieuses finissent par nouer une relation amicale. Mais Lou, consciente du fossé social qui les sépare l’une de l’autre se met en tête de lui prêter main forte. Avec le soutien de son camarade de classe, Lucas, elle mettra tout en œuvre pour garantir le succès de ce sauvetage désespéré quitte à braver l’autorité parentale et chambouler les règles établies.

Ce livre avait remporté un vif succès lors de sa parution en 2007. Si bien qu’il fut longtemps au programme scolaire des collèges français. Je l’ai d’ailleurs lu sous les conseils chaleureux d’une ancienne collègue de travail qui avait été touchée par cette histoire « inattendue » et « bouleversante ». Delphine de Vigan nous offre ici un conte moderne soulignant les travers de notre société individualiste. Lou, sensible et généreuse, ne conçoit pas que quelqu’un d’aussi jeune que No puisse se retrouver dans la rue, sans ressources ni famille et soit traitée comme une pestiférée. Bien que l’écrivaine remette en question les valeurs de notre société, ce roman aux thèmes dégoulinants de bons sentiments n’a pas réussi à m’émouvoir. Cette situation m’a paru en effet un tantinet trop naïve et peu réaliste.

Certes, l’auteur souligne la difficulté pour ces personnes isolées de se réadapter à la société. L’idée était donc intéressante mais le ton larmoyant m’a agacé. J’adhère peu à ces thèmes trop convenus à mon goût qui manquent finalement d’honnêteté. Les personnages m’ont semblé faux. Toutefois, le style simpliste de Delphine de Vigan rend heureusement la lecture aisée. J’ai donc pu à mon grand soulagement l’achever promptement.

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Le diable au corps

Le diable au corps image romanAvril 1917

François, un adolescent de seize ans, fait la connaissance de Marthe, une femme de dix-huit ans qui est déjà fiancée à Jacques parti sur le front pour défendre sa patrie. Faisant peu de cas des conventions ou des qu’en dira-t-on, Marthe s’installe seule pour recevoir cet ami secret qui deviendra très vite son amant. Après avoir commis de multiples imprudences, elle découvrira finalement qu’elle attend un enfant de lui. Mais François, encore lycéen, est-il prêt à assumer son rôle paternel ?

Lâche, faible et capricieux, l’adolescent vivra malheureusement cette aventure d’homme comme un enfant égoïste. François ne prend en effet pas de véritable risque, il laisse Marthe être l’initiatrice de leurs jeux amoureux et préfère s’accrocher aux branches de sa jeunesse. Jouant parfois la carte du « mari » complaisant en inversant les rôles, le narrateur façonne sa maîtresse à son image. Jacques, l’époux absent devient dès lors l’amant importun qui vient lui ravir son jouet, sa femme Marthe, qu’il considère comme sa seule propriété. François se moque d’ailleurs bien de ternir la réputation de son aimée. La pauvre Marthe n’est aux yeux du narrateur que l’esclave de ses désirs. Étrangement, les réflexions de ce personnage tyrannique en amour – d’une finesse psychologique extraordinaire pour son âge – mettent le lecteur mal à l’aise. Le narrateur pose en effet un regard trop froid, presque chirurgical sur sa victime Marthe.

 Cette œuvre, qui fut durant de nombreuses années parée d’une aura de scandale pour son histoire sulfureuse, m’a malheureusement laissée de marbre. Certes, la construction narrative est brillante, et je dois le reconnaître, je n’ai fait qu’une bouchée de ce roman. Cependant, ce récit d’une liaison adultérine dont l’issue ne peut qu’être inexorablement tragique, reste trop bref à mon goût. La disparition de Marthe est ainsi réglée en un paragraphe. Un dénouement donc bien trop expéditif qui aurait mérité d’être davantage peaufiné. Autre bémol selon moi, La Grande guerre, qui sert avant tout de décor pour ce drame de boudoir puisque le principal protagoniste est trop jeune pour être enrôlé dans l’armée. François évoque d’ailleurs cette période comme « quatre ans de grandes vacances ». Ainsi, le héros ne connaîtra rien de l’horreur des tranchées, et ses préoccupations sont bien triviales comparées aux inquiétudes des soldats.

Je me suis longtemps demandé pourquoi je ne pouvais pleinement apprécier ce chef-d’œuvre de la littérature française. Après avoir mûrement réfléchi sur cette gêne, j’ai finalement compris. Ce roman ne correspond tout simplement plus à notre temps. Si le sujet de l’adultère reste atemporel, le contexte, lui, a bien évolué, et cette situation décrite est aujourd’hui passée de mode. Serait-on de nos jours choqué de voir une jeune fille de dix-huit ans fréquenter un adolescent de seize ans ? Certainement pas. Et qui songerait en France à marier sa fille à sa majorité ? Les circonstances de la Grande Guerre étaient tout autres. C’est elle qui a précipité cette jeunesse dans l’âge adulte tant redouté. L’époque et les mœurs ont bien changé. Les gens sont moins pressés. Nous avons d’ailleurs depuis sombré dans une société de procrastination… Où l’on préfère remettre au lendemain ce qui pourrait être réglé aujourd’hui…

En somme, cette œuvre sur le mode de vie libertin où règne d’un bout à l’autre un malaise pesant, m’a tout de même laissée songeuse car elle soulève de nombreux questionnements quant à la fidélité et à l’hypocrisie des relations entre homme et femme. Ce paradoxe dérangeant est expliqué brillamment par ce jeune prodige de la littérature, un auteur précoce puisqu’il publia son premier roman à seulement dix-sept ans ! Et quelle plume ! Dans un style limpide bien que parfois cinglant, l’auteur fait le portrait sans œillères d’un jeune homme peu flatteur déjà un pur produit de son milieu, la petite bourgeoisie française individualiste que dénonce sous cape l’écrivain.

Un extrait du roman:

Il faut admettre que si le cœur a ses raisons que la raison ne connaît pas, c’est que celle-ci est moins raisonnable que notre cœur. Sans-doute, sommes-nous tous des Narcisse, aimant et détestant leur image, mais à qui tout autre est indifférente. C’est cet instinct de ressemblance qui nous mène dans la vie, nous criant « halte ! » devant un paysage, une femme, un poème. Nous pouvons en admirer d’autres, sans ressentir ce choc. L’instinct de ressemblance est la seule ligne de conduite qui ne soit pas artificielle. Mais dans la société que seuls les esprits grossiers sembleront ne point pêcher contre la morale, poursuivant toujours le même type. Ainsi certains hommes s’acharnent sur les « blondes », ignorants que souvent les ressemblances sont les plus secrètes.

Le diable au corps film

Il ne me reste plus qu’à visionner l’adaptation de 1947, avec Gérard Philipe…

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Chéri

Chéri de Colette Léa de Lonval, une demi-mondaine d’une cinquantaine d’années entretient depuis sept ans une relation charnelle et maternelle avec Fred Peloux, un séduisant jeune homme qu’elle surnomme affectueusement Chéri. A l’automne de sa vie, la courtisane, observant avec une pointe d’amertume leur idylle s’étioler, décide de mettre un terme à leur liaison. Bientôt, Chéri n’aura d’yeux que pour son épouse Edmée, une jeune fille insouciante et pleine de fraîcheur. Mais les ruptures ne vont pas sans chagrin ni regret. La culpabilité ronge Chéri qui par pitié ne peut se résigner à abandonner définitivement son ancienne maîtresse. Quant à Léa, la douleur de voir son amant tergiverser la plonge un peu plus chaque jour dans une mélancolie destructrice.

Chéri, dont la personnalité trop creuse émeut peu, refuse de grandir et se cramponne à cette demi-mondaine qui lui a enseigné les plaisirs de la chair. De prime abord désinvolte, il finira par comprendre qu’il n’est pas si aisé de tourner le dos à son passé pour dire adieu à une première expérience amoureuse, même si cette dernière s’est faite dans les bras d’une femme de petite vertu. Étrangement, si le titre du roman met en vedette ce jeune homme insouciant, l’héroïne du livre reste incontestablement Léa. Cette maîtresse délaissée est bien plus attachante.

Chéri film

En toile de fond, la romancière nous livre une peinture ironique des demi-mondaines parisiennes de la Belle-époque, des femmes frivoles qui se sont enrichies grâce à leur pouvoir de séduction. Cette œuvre fut produite au début des Années folles (1920), une période qui a dû indéniablement influencer l’auteur lorsqu’elle écrit Chéri car ses personnages, et en particulier Léa, sont résolument modernes. Les femmes de cette époque prennent davantage conscience de leur féminité. Les corsets qui les emprisonnent depuis toujours dans une rigidité asphyxiante se desserrent peu à peu. Leurs robes aux matières désormais plus amples et légères épousent davantage leurs courbes appétissantes, attirant l’œil inquisiteur de la gente masculine. De nouvelles musiques vont remplacer la traditionnelle valse dont le tango, une danse aguichante initialement réservée aux maisons closes d’Argentine. De nouveaux artistes féminins habillés de plumes et de strass tels que Joséphine Baker se dénudent également sur scène. Cette sexualité revendiquée troublera d’autant plus les hommes qu’elle annonce déjà l’émancipation future des femmes.

J’avais découvert cette écrivaine talentueuse en lisant Le blé en herbe, un petit chef-d’œuvre d’écriture sur les bouleversements de l’adolescence.

Colette, d’une liberté farouche pour son époque est une fine psychologue qui écrit remarquablement bien. Sa plume élégante m’a ici, une fois de plus, charmée. Dans ce roman doux-amer où souffle une légère brise féministe, l’auteur décrit avec une grande sensibilité la vulnérabilité d’une femme mûre qui voit les derniers feux de sa jeunesse tout comme l’éclat de sa beauté s’envoler.

Un portrait de femme vieillissante poignant.

La bande-annonce de la brillante adaptation cinématographique de 2009 par Stephen Freas, le réalisateur des Liaisons dangereuses:

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Elegance

EleganceJ’ai lu le mois dernier en anglais Elegance, un roman d’une futilité étourdissante. Étant depuis toujours admirative d’Audrey Hepburn, la couverture aguicheuse de ce livre m’avait tout de suite attirée. Je pensais que cette romance serait à la hauteur de son illustration. Malheureusement, cette lecture m’a laissé dubitative. La presse britannique a comparé Elegance au Journal de Bridget Jones. Certes, le personnage principal, Samantha, est également une trentenaire névrosée. Toutefois, la différence s’arrête là. Ce roman fait avant tout le portrait impitoyable d’une femme-enfant négligée que je trouve particulièrement agaçante. Sa situation amoureuse tout comme sa carrière bat de l’aile depuis quelques années. Mais son existence bascule le jour où elle découvre par hasard dans un placard, un guide de l’élégance écrit par une mystérieuse dame française à l’apparence compassée. Samantha décidera de suivre à la lettre les conseils « avisés » de cette femme d’âge mûr et deviendra, au grand mécontentement du lecteur, une femme nombrilique principalement préoccupée de son apparence vestimentaire.

Décrire le parcours initiatique d’une jeune femme en quête de soi qui s’épanouirait grâce à la découverte d’une œuvre énigmatique dédiée à l’art de l’élégance, m’avait de prime abord paru être un sujet d’écriture plutôt original. Le cœur de midinette qui sommeille en moi s’enflammait déjà à cette idée. Après tout, pourquoi pas ? Le mythe de Cendrillon fait toujours rêver et continue d’inspirer de nombreux écrivains.

Malheureusement, l’histoire a rapidement sombré du côté obscure de la force. L’esprit a été sacrifié au profit de la superficialité. Je suis également sensible à la mode, et comme toute jeune femme de mon âge, il m’arrive de fondre pour de belles tenues, de faire des manucures (chut!) et de parcourir les magazines féminins en quête d’inspiration. Cependant, ma vie ne tourne pas essentiellement autour des « chiffons ». Influencée par la presse féminine, Samantha cultive une obsession malsaine pour les vêtements qu’elle achète d’ailleurs compulsivement comme pour combler le vide de son existence. En somme, sa personnalité manque cruellement de cachet et n’évolue pas réellement. Au final, l’héroïne dénuée de classe et un brin immature est peu attachante. Elle finira par trouver l’amour dans les bras d’un jeune homme de dix ans son cadet. Le message de ce roman m’a d’ailleurs laissé songeuse et je dois bien l’admettre assez sceptique. Il semble que l’auteur nous donne une leçon de vie digne d’un roman de hall de gare : soyez une cougar, vous resterez cool et heureuse sans engagement ni complications! Manifestement, ce livre s’adresse à une certaine tranche d’âge dont je ne fais pas partie.

Cette « guimauve » sentimentale ne tient à mon sens pas ses promesses. Je l’ai trouvée sans grand intérêt. Lectrices, si tout comme moi les héroïnes de Sex and city vous horripilent, passez votre chemin. Vous ne manquerez rien !

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Bilan de novembre/décembre

vintage father christmasIl est grand temps de vous faire un petit récapitulatif de mes dernières lectures. Depuis Halloween, j’ai un peu laissé le blog en jachère. Je m’en excuse. N’ayez crainte, le désir de vous faire partager mes coups de cœur ne s’estompera pas de si tôt ! Je suis actuellement en train de programmer mes lectures pour Noël. Seulement, mon ordinateur, d’une lenteur incroyable, m’a fait quelques entourloupes récemment ce qui a freiné mon élan. Il faut dire qu’après avoir perdu plusieurs heures de travail, ma volonté d’écrire s’était quelque peu effritée. Néanmoins, malgré cette frustration momentanée, j’ai poursuivi mon exploration livresque. Fort heureusement, je garde toujours dans mon sac un carnet, bien pratique pour noter au fur et à mesure de la lecture mes idées et ne rien oublier ! Tout espoir n’est donc pas perdu !

les boucanières domaine étrangerJ’ai d’ailleurs plusieurs billets en retard. Ces deux derniers mois, mes lectures ont été nombreuses. Certaines furent très bonnes, d’autres en revanche (et une en particulier) se sont révélées à mon grand regret bien médiocres. Le roman inachevé d’Edith Warthon, Les Boucanières, fut une très bonne surprise. J’ai visionné par la suite sur youtube une adaptation télévisée de la BBC qui malgré sa mise en scène un peu vieillotte réunissait un panel d’acteurs renommés du petit écran britannique.

J’ai donc suivi cette série avec dévotion. Certes, elle n’égale pas celle de North and South. Il faut bien l’admettre, la performance de Richard Armitage est devenue mythique. Il a quand même réussi l’exploit de détrôner Darcy dans le hit parade des acteurs de period drama les plus sexy. Si les héros masculins des Boucanières n’ont pas le quart de sex-appeal du ténébreux John Thorton, ce téléfilm reste cependant assez distrayant. A voir.

candide de voltaireJ’ai également terminé le conte Candide ou l’optimisme de Voltaire qui fut pour moi un vrai régal. Même si ce livre m’a toujours plu, certains passages m’avaient depuis l’adolescence échappé. J’ai donc apprécié cette piqûre de rappel et ai été séduite par l’humour débridé de ce philosophe des Lumières. Je vous en parlerai davantage dans un prochain billet.

Je poursuis toujours les lectures de Mémoires d’Hadrien de Marguerite  Yourcenar et de Dragonwick d’Anya Seton. Ces deux romans sont écrits dans des styles assez complexes et c’est pourquoi je préfère les lire tranquillement. Je pense pouvoir les terminer cette semaine. Affaire à suivre donc.

Enfin, puisque Noël approche à grands pas, j’en profite pour vous faire part de mes toutes dernières acquisitions. Trois romans dont un en anglais rejoindront prochainement ma pal déjà bien chargée:

Mary Reilly de Valerie Martin

L’abominable de Dunwich de Lovecraft

Lettres du Père Noël de Tolkien

Même si ma bibliothèque regorge de trésors, j’ai une fois de plus succombé à la tentation, cela faisait longtemps que cela me démangeait! J’ai évidemment une bonne excuse, il fallait bien que je prépare Noël dignement, non ?

Et vous, avez-vous également une liste d’envie pour Noël ? Et que lirez-vous pour l’événement?

Pour ma part, je compte me plonger prochainement dans Christmas Carol de Dickens et Lettres du Père Noël de Tolkien.

En attendant je bouquine en musique:

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Happy Halloween !

halloweenpostcardCe soir, je visionnerai quelques films frissonnants pour l’occasion. Si je n’ai pour l’instant lu que deux romans, j’ai bien l’intention de poursuivre mes lectures gothiques. Je suis actuellement plongée dans Dragonwick, une oeuvre originale dans la lignée de Jane Eyre et de Rebecca et je me régale ! Et vous? Qu’avez-vous lu ce mois-ci pour Halloween?

Pour ma part, j’ai tout de même chroniqué pas mal de livres , voici le bilan:

La dame en noir de Susan Hill

Carmilla de Sheridan le Fanu

Frankenstein de Mary Shelley

Une famille de vampire d’A. Tolstoï

La légende de Sleepy Hollow de Washington Irving

Le châteaud d’Eppestein d’Alexandre Dumas

Et je suis sur le point d’achever la lecture de Dragonwick d’Anya Seton que je lis en anglais depuis plus d’un mois. Je compte reprendre ensuite mes lectures de Mémoires d’Hadrien et A la recherche du temps perdu en français.

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Bonjour Tristesse

Bonjour tristesse image du romanEté 1954. Après avoir vécu la sévérité du pensionnat et échoué au BAC, Cécile, dix-sept ans, rentre chez elle pour mener une vie de bohème aux côtés de son père. Ce dernier, un veuf séduisant qui collectionne les maîtresses, l’emmène passer des vacances ensoleillées à Cannes où il loue chaque année une magnifique villa sur la côte méditerranéenne. Entre les fastes des réceptions, les soirées au casino et les après-midi au bord de l’eau, Cécile a tôt fait de négliger ses études. Mais cette situation chaotique délicieuse va vite être bouleversée par l’arrivée d’Anne, une femme classieuse et ambitieuse, bien décidée à rétablir l’ordre familial. Cécile voit en ce parangon de droiture une menace et mettra en place une machination cruelle pour écarter cette rivale. Mais peut-on jouer impunément avec les sentiments des autres sans en subir de conséquences ?

J’ai découvert cette romancière remarquable par hasard en 2008, après avoir visionné un téléfilm passionnant diffusé sur France 2 (une chaîne nationale française) qui retraçait son parcours professionnel et amoureux depuis sa jeunesse jusqu’à sa mort. L’actrice française, Sylvie Testud m’avait particulièrement marquée, elle était méconnaissable. Elle incarnait en effet avec panache cette petite bourgeoise aux mœurs faciles mais au talent d’écriture prodigieux. A dix-huit ans, Françoise Sagan qui mène une vie de dandy, connaît un vif succès et ce, dès la sortie de son tout premier roman, Bonjour Tristesse. Une véritable prouesse littéraire ! Si les thèmes abordés choquèrent le lectorat prude de l’époque, ce roman est pourtant devenu par la suite représentatif de l’émergence du féminisme.

Cécile, cette anti-héroïne manipulatrice et trop gâtée, ne vit que pour son propre plaisir. Elle prône l’amour libre et ne se soucie guère de la morale. La notion de bien et de mal n’a d’ailleurs aucun sens pour elle. Bientôt dépassée par les événements, la jeune fille découvrira pourtant la torture du remord, cette émotion associée à la tristesse et à la culpabilité. Des sentiments jusqu’alors inconnus. La vie n’aura dès lors pour elle plus la même saveur…

On retrouve dans ce roman doux-amer sur la cruauté de la jeunesse, des thèmes analogues aux œuvres de Scott Fitzgerald, tels que l’ennui ainsi que les mondanités d’une société très snob. Sagan s’intéresse en particulier à cette jeune génération d’après-guerre trop privilégiée et désillusionnée dont l’avenir reste encore incertain. Écrit dans un style relativement classique, cette pépite littéraire n’a pas pris une seule ride. Pas étonnant que cette œuvre soit toujours au programme des collèges et lycées français ! Bien que Bonjour Tristesse soit désespérément triste, ce roman tragique est une petite merveille d’écriture. A mettre entre toutes les mains.

 L’adaptation cinématographique de 1958:

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Le château d’Eppstein

J’ai été bien chanceuse de dénicher ce titre l’hiver dernier. J’avais passé la majeure partie d’un après-midi pluvieux et glacial à explorer, sans grande conviction, les rayons poussiéreux d’une bouquinerie insolite à Caen quand mes yeux se sont attardés sur ce roman méconnu d’Alexandre Dumas. Imaginez donc mon bonheur ! Après moult hésitations, j’étais finalement repartie chargée comme un baudet mais enchantée d’emporter avec moi dans mon modeste sac, de nouvelles curiosités littéraires.

le château d'Eppstein imageLe cabinet noir est aujourd’hui une collection un peu passée de mode, cela dit, la couverture de ce titre m’a tout de suite charmée. L’illustration est sympathique et en particulier cette main squelettique difforme, tout droit sortie d’une sépulture qui semble présager une succession de drames effroyables. Paradoxalement, le design rose un tantinet infantile prête à sourire et me rappelle étrangement la collection des romans Fais-moi peur et Chair de poule qui trônaient toujours en place de choix sur les étagères de la bibliothèque de mon collège.

Ce roman, où s’imbrique trois anecdotes, débute en 1841 à Florence. Quelques personnages illustres de la vieille aristocratie se réunissent au cours d’une soirée de mondanités chez la princesse de Galitzin pour se raconter des histoires de fantômes. C’est au tour du comte Elim de prendre la parole pour divertir le petit comité qui s’est rassemblé au coin du feu. Il rapportera ainsi un épisode marquant de sa jeunesse.

Lors d’une journée de chasse infructueuse en Allemagne, le jeune comte Elim s’égare dans la forêt inhospitalière de Taunus et n’a d’autre alternative que de trouver refuge au château d’Eppstein, une bâtisse réputée maléfique où un mystérieux couple de vieux serviteurs l’héberge pour la nuit. Après quelques réticences, ces derniers décident de l’installer dans la chambre la plus convenable, celle du maître des lieux, l’austère comte d’Eppstein, qui est mystérieusement introuvable. Le comte Elim, trop content de cette aubaine inespérée, accepte avec empressement cette solution sans se douter que les murs de cette pièce abritent l’esprit vindicatif d’une trépassée…

fantôme dame blanchePar la suite, son entourage au courant des faits, s’empressera de lui relater dans le menu détail le destin tragique de la comtesse Albine, une jeune femme à la beauté funeste qui fut, cent ans plus tôt, châtiée injustement par son époux pour un adultère qu’elle n’a jamais commis. Une légende circule sur les femmes de cette noble lignée. Celles qui décéderaient à la veille de Noël ne mourraient qu’à moitié, leur âme demeurerait aux côtés de leurs aïeux. Ainsi, on murmure tout bas que le fantôme d’Albine hante les lieux du crime, la chambre maudite devenue son tombeau pour veiller sur son fils cadet bien-aimé, Everard, le fruit de ses amours prétendus défendus.

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La légende du Val-dormant

Histoires de fantômes pocket langues pour tous En prévision du mois Halloween et pour débuter en douceur ce défi effroyable, je me suis plongée avec allégresse cette semaine dans Histoires de fantômes, une édition bilingue éditée chez Pocket dans la collection Langues pour tous. Ce recueil succulent est composé de trois nouvelles incontournables de la littérature anglo-saxonne. Toutes trois ont été écrites par des auteurs dont la réputation n’est aujourd’hui plus à prouver.

J’ai préféré les lire dans le désordre et ai commencé par la plus célèbre d’entre elles : La légende du Val-dormant (aussi connue sous le titre de La légende du cavalier sans tête).

Ichabod Crane, maître d’école dans le petite ville de Greensburgh est désespérément épris de Katrina Van Tessel, la fille ravissante de fermiers prospères. Au retour d’une fête organisée par les parents de la belle, l’amoureux transi rentre chez lui à la nuit tombée. Alors qu’il traverse le Val-dormant, un endroit réputé hanté, un mystérieux cavalier tout de noir vêtu surgit du brouillard. A la suite de cette rencontre pour le moins dérangeante, Ichabod disparaît sans laisser de traces…

Bien entendu, The Legend of Sleepy Hollow a tout de suite aiguisé ma curiosité car je connaissais déjà l’adaptation très libre mais pourtant orginale de Tim Burton qui est incontestablement l’un de mes films d’épouvante préféré. Cette nouvelle, dont se serait inspiré ce réalisateur excentrique, diffère grandement du film ce qui m’a de prime abord déstabilisée. Toutefois, cette lecture fut loin d’être décevante. Washington Irving écrit remarquablement bien. Certes, l’intrigue est quasi-inéxistante mais les descriptions pittoresques et en particulier le décor dans lequel est planté l’intrigue est extraordinaire et se prête à merveille aux histoires de fantômes. En effet, Greensburgh, un village de la fin du XVIIIème siècle peuplé d’anciens colons Hollandais tout comme le Val-dormant à l’appellation poétique, semblent eux-mêmes imprégnés de surnaturel. Une brume épaisse et persistante enveloppe depuis toujours ces lieux et ses habitants paraissent sous l’emprise d’un étrange sortilège qui les maintiendrait sans cesse dans une profonde léthargie. Ils seraient aussi sujets à d’inquiétantes hallucinations. Les légendes abondent également dans cette région qui fut jadis le théâtre d’atroces massacres. Un revenant de la guerre d’indépendance hanterait ainsi depuis toujours le vallon de Sleepy Hollow. Il s’agirait de l’esprit tourmenté d’un ancien soldat de la cavalerie de Hesse dont la tête aurait été fauchée par un boulet de canon au cours d’une bataille particulièrement sanglante.

sleepy hollow illustration

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Le mois Halloween est de retour !

IMG_20131003_180126Ceux qui me suivent depuis mes débuts sur la blogosphère savent à quel point j’affectionne Halloween. Je ne déroge jamais à la tradition de célébrer cette fête païenne à coup de lectures frissonnantes et de films cultes, pelotonnée sous ma couette une tasse de thé bien chaude à portée de main (sans oublier les friandises pour me garder éveillée et me soutenir durant cette nuit blanche tant attendue).

Cette année, je lirai donc pendant deux mois plusieurs œuvres angoissantes. Point de polars sur ce blog, je leur préfère les romans gothiques. J’ai d’ailleurs sous le coude de nombreux titres alléchants tels que Le château d’Eppstein d’Alexandre Dumas, un roman gothique insolite, le recueil de nouvelles bilingues Histoires de fantômes, Malpertuis, l’histoire effroyable d’une famille prisonnière d’une maison hantée, et enfin Les Diaboliques, un autre recueil de nouvelles étranges ancrées dans le bocage normand du début du XIXème siècle.

mois HalloweenBien entendu, je participe avec joie au mois Halloween que nous a courageusement concocté Lou et Hilde. Merci les filles ! Je suis impatiente de débuter ! Pour vous inscrire c’est ici.

Je reviens dès que possible pour un bilan des lectures de Septembre avant de plonger dans l’imaginaire inquiétant des revenants, vampires et autres morts-vivants.

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J’en profite pour vous annoncer la sortie imminente d’une nouvelle adaptation télévisée de Dracula, l’oeuvre culte de Bram Stocker par les producteurs de… Downtown Abbey ! Au casting, le séduisant mais toujours aussi inquiétant Jonathan Rys Meyers qui avait déjà incarné à l’écran les personnages sombres de Solal dans Belle du Seigneur et d’Henri VIII pour la série très contreversée The Tudors.  Cette énième version sera t-elle à la hauteur des period dramas britanniques habituels? Nous le serons bien assez tôt puisque ce téléfilm en dix parties sera diffusé cet automne même sur la chaîne NBC!

Je vous souhaite de bonnes lectures terrifiantes!

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Madame Bovary

«  La vie humaine est une plaisanterie dont la mort est la chute » (Aleksandar Hemon)

Madame Bovary romanJean-Paul Sartre, après avoir lu pour la première fois Madame Bovary, le roman controversé de Gustave Flaubert, (un écrivain rouennais fasciné par les mœurs de sa campagne normande, d’où le sous-titre de son oeuvre Mœurs de Province parue en 1857), résuma l’histoire en ces mots : « Une œuvre basée sur le Rien ». Pourtant, l’engouement que suscita Madame Bovary fut tel qu’aujourd’hui encore, l’ouvrage est toujours considéré comme un classique incontournable de notre patrimoine littéraire français. N’utilise t-on pas l’expression devenue culte « faire du bovarysme » en référence au sentiment d’insatisfaction chronique que certaines femmes mariées éprouvent lorsqu’elles broient du noir sans raison apparente ?

En rendant visite à un fermier prospère qui s’est fracturé la jambe, Charles Bovary, médecin de campagne fraîchement veuf, fait la connaissance d’Emma Rouault, la fille de son patient. Après plusieurs visites à la demeure du convalescent, Monsieur Bovary sollicite la main de la jeune femme. Cette dernière consent avec joie. Mais très vite, Emma sombre dans la mélancolie, un malaise survenu à la suite de son mariage. Pour tromper son ennui, cette dernière se précipite dans une liaison.

Flaubert a couché sur le papier des personnages détestables et tellement médiocres qu’ils en sont affligeants. L’auteur n’hésite pas à humilier ses propres protagonistes, les affublant de noms bestiaux, à l’instar de Charles Bovary dont l’attitude et les manières rustres laissent deviner un esprit simple rappelant celui d’un vulgaire bovin. Ces figures n’ont rien d’héroïque ni de romantique. Bien au contraire, elles sont ancrées dans un univers morne dénué de toute fantaisie.

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Un amour de Swann de Volker Schlöndorff

un-amour-de-swann filmIl est regrettable que cette version franco-germanique de Volker Schlöndorff, certes intimiste mais pourtant si ambitieuse et sensuelle, n’ait pas fait plus d’émules à sa sortie en salle en 1984. Tourné dans des conditions spartiates avec un budget modeste et des décors minimaux, le film est en effet malheureusement vite tombé dans l’oubli. Le seul caprice que le réalisateur s’accorda fut de choisir une brochette d’acteurs internationaux. Une idée que même ses collègues trouvèrent farfelue et risquée. Il est vrai qu’elle ôte un certain cachet français au film.

Le narrateur nous raconte ici la passion destructrice de Swann, son voisin, pour Odette de Crécy, une demie-mondaine que de prime abord il avait jugée laide mais dont il tomba par la suite éperdument amoureux. Le baron de Charlus, un personnage excentrique aux manières efféminées, le lui avait présenté au cours d’une soirée de frivolités.

Swann et odette

Swann, connaisseur d’art avisé et érudit, s’inflige l’humiliation de fréquenter des gens qu’il sait inférieurs à lui dans le simple but de plaire à Odette. Sa maîtresse aime fréquenter assidûment les Verdurin, une famille richissime de parvenus aux goûts vulgaires qu’il méprise sous cape. Lui leur préfère la compagnie plus raffinée des Guermantes, des nobles qui n’évoluent principalement que dans le cercle de la vieille aristocratie française et n’accordent le privilège de leur relation qu’à certaines personnes sélectionnées avec minutie dans la haute société bourgeoise. La duchesse de Guermantes apprécie particulièrement les goûts artistiques et littéraires de Monsieur Swann, c’est pourquoi il est l’un des rares bourgeois à être reçus sous son toît.

En somme, Proust dépeint ici la futilité latente des conversations de salons, cette façade derrière laquelle ces deux sociétés snobs et oisives dissimulent le vide de leur vie. Il est surprenant d’entendre certains personnages proférer avec tant d’assurance et de naturel des propos antisémites ou même racistes. Le réalisateur a pris le soin de suivre à la lettre les dialogues de Proust pour restituer avec fidélité cette assemblée très guindée et fermée qui tolèrent les étrangers mais ne les considèrent pourtant pas comme de vrais français. La xénophobie du 19ème siècle y est donc flagrante.

Fanny et Irons

Ainsi, même si Swann est un juif converti au catholicisme, une lime ne peut s’empresser d’exprimer dans un salon sa méfiance envers lui car après tout, ces derniers sont souvent très attachés à leurs origines juives, « on est sûre de rien avec eux ! », confiera-t-elle dans un murmure à sa voisine de table. Au risque d’être ostracisé, sa jalousie maladive nourrie par les rumeurs tapageuses qui courent sur le passé mystérieux d’Odette et ne pouvant supporter davantage le supplice de cette addiction amoureuse trop pesante, Swann succombera à sa faiblesse et l’épousera, malgré les avertissements de son entourage qui désapprouve cette mésalliance. Cette liaison périlleuse anéantira ses chances d’élévation sociale. Quant à son épouse au passé sulfureux et à sa fille pourtant ravissante, elles seront toutes deux longtemps mises à l’écart de la haute société.

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Bilan de début septembre: Lisons Proust!

Du côté de chez SwanPour cette rentrée qui s’annonce déjà studieuse, je me suis lancé un défi personnel de taille, lire dans son intégralité tout au long de l’année l’œuvre A la recherche du temps perdu de Marcel Proust. Je dois vous confesser que je brûle d’envie de lire ce monument littéraire français depuis plusieurs années mais que faute de temps à lui consacrer, d’une volonté de fer et d’une patience inébranlable (de belles excuses me direz-vous!), j’ai souvent délaissé ce pavé. L’épaisseur de cette brique me terrifiais tout comme ces phrases précieuses et interminables. En effet, ces dernières ont longtemps entravé mon plaisir de lire, étant accoutumée à la lecture d’oeuvres plus fluides.

Il faut bien l’admettre, la première partie du volume Du côté de chez Swann intitulée « Combray » (une référence à une ville fictive située au cœur de la campagne normande au début du 20ème siècle) n’a pas facilité cette tâche. Les descriptions de paysages et de vieilles bâtisses foisonnent. Malgré le rythme lent et narcotique de cette œuvre parfois déconcertante, je n’ai cependant pas renoncé à poursuivre l’exploration, gardant toujours en tête le ressenti de mon Père. Cette lecture lui avait laissé un souvenir impérissable et il m’avait dit un jour, rêveur, que Marcel Proust lui faisait l’impression d’une gigantesque bibliothèque, à l’instar de celle d’Alexandrie, qui aurait brûlé, réduisant en cendres les témoignages précieux de notre civilisation perdue. La Recherche était donc les derniers vestiges, les mémoires ultimes d’une société surannée et d’un siècle d’avant-guerre à jamais disparu… Je m’étais dès lors promis de lui accorder à l’avenir un coup d’œil moins distrait pour pouvoir découvrir par moi-même le fin mot de l’histoire.

Mes efforts ont été récompensés, je suis enfin parvenue à clore cette première partie ardue qui jadis,  me faisait si peur ! Et quelle surprise ! J’ai été séduite par l’écriture vertigineuse bien qu’ampoulée de ce romancier illustre ! Peut-être la lecture récente de Lawrence Durell a-t-elle facilité la tâche… Je m’apprête donc à débuter la seconde partie du premier tome, Un amour de chez Swann, qui est souvent séparée de l’œuvre puisqu’elle représente à elle seule une anecdote relatée également dans le roman par le narrateur dont on ignore jusqu’à la dernière page l’identité (Notons que si Marcel Proust s’est certainement inspiré de sa propre expérience passée, il ne s’est pourtant pas dissimulé derrière le narrateur, le récit n’est donc pas à proprement parlé autobiographique).

Proust y dépeint une société introvertie de rentiers, de parvenus et de nouveaux riches qui grâce à un vernis de culture désuette tentent de briller à l’image de la vieille noblesse française qu’ils jalousent et envient. Le romancier fait ainsi la peinture d’un certain snobisme (« sine nobilatate », une mention apposée aux listes d’étudiants d’Oxford et qui désignerait toute personne sans origine noble).

J’encourage ceux qui ont tenté comme moi l’expérience à tenir bon ! Certes, ce roman s’adresse à des lecteurs aguerris mais La Recherche n’est pas inaccessible ! Je lui consacrerai un billet plus fouillé prochainement.

A propos, avez-vous lu l’œuvre complète (ou un volume) de Marcel Proust ? Et en avez-vous gardé un souvenir mémorable ? Aussi, à quel âge l’avez-vous découvert ?

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La mandoline du capitaine Corelli

capitaine corelli

Captain Corelli fut le premier film que je visionnai en version dvd, un événement marquant de mon adolescence qui demeurera toujours associé à une soirée en famille riche en émotions. Non seulement nous venions de contribuer aux grands bouleversements du petit écran, abandonnant ainsi définitivement l’usage aujourd’hui désuet de la traditionnelle cassette VHS, mais nous étions également sur le point de découvrir une fresque historique et romanesque somptueuse plantée sur cette île paradisiaque qu’est Céphalonie (Kephalonia), la terre de mes ancêtres grecs, et qui nous laisserait par la suite à chacun une empreinte indélébile. Ce roman aux pages ondulées par l’humidité et jaunies par le mauvais traitement des déménagements successifs, trône dans la bibliothèque familiale depuis 1996. J’ai tenté à plusieurs reprises de le lire sans grand succès, j’étais trop jeune et impatiente pour apprécier à sa juste valeur les envolées lyriques de de Bernières tout comme les longues introspections du docteur Yannis, un médecin bourru à la langue bien pendue qui s’efforce d’écrire l’Histoire de son île mais qui se heurte sans cesse à son tempérament méditerranéen, ne pouvant s’empêcher de sauter du coq à l’âne. Emporté par son esprit bouillonnant et passionné ce dernier sème dans les couloirs de la mémoire le lecteur qui n’a d’autres choix que de s’agripper, s’il souhaite pouvoir suivre ses pérégrinations, d’où mes difficultés à rester attentive au récit.

captain corelli 3A mon grand regret, je n’ai jamais pu auparavant venir à bout du premier chapitre consacré aux travaux littéraires du médecin Yannis, l’incipit du roman. Et puis, une envie irrésistible de relire ce chef-d’oeuvre manqué m’a poussé à retenter l’expérience. Saisie d’une volonté coriace et d’une soudaine curiosité insatiable pour la culture grecque, encouragée par les circonstances de la vie, je me suis plongée cette fois-ci avec voracité dans ce roman magnifique que j’ai achevé de lire cet été en l’espace de quelques jours. J’ai refermé ce pavé de 689 pages, émue jusqu’aux larmes, des images plein la tête et le désir irrépressible de partir explorer ce petit bout de terre chargé d’Histoire.

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Le Quatuor d’Alexandrie : Justine et Balthazar

« Comment manipuler cette masse d’éléments cristallisés pour en dégager la signification et donner un tableau cohérent de cette impossible cité d’amour et d’obscénité ? (…) Tant de choses m’ont été révélées par tout cela, que j’ai en quelque sorte l’impression d’être au seuil d’un nouveau livre – une nouvelle Alexandrie (…) C’est mon petit univers jaloux que j’ai représenté, et c’était une image véridique, mais seulement dans les limites d’une vérité qui n’était perçue que partiellement. Maintenant à la lumière de tous ces nouveaux trésors – car la vérité, encore qu’impitoyable comme l’amour doit toujours être un trésor- que dois-je faire ? ».

JustineRésumer une œuvre d’une telle envergure est une entreprise quasiment impossible tant cette histoire enchevêtrée est dense, c’est pourquoi je n’ai nullement l’intention de vous dévoiler l’intrigue dans son intégralité. La structure labyrinthique du roman ne s’y prête de toute façon pas. Décrire les faits reviendrait à trahir la vérité que nous propose Durell car chaque volume présente une facette différente des évènements racontés par  le narrateur. Cette œuvre originale, un véritable ovni littéraire, mêle les intrigues amoureuses aux récits d’espionnages en nous relatant les souvenirs de Darley, un jeune écrivain raté, qui fût en poste durant de nombreuses années à Alexandrie, une ville d’ombre et de lumière, qui marquera à jamais son existence. Là-bas sous la fournaise d’un  pays au climat méditerranéen, il fit la connaissance de Justine Hosnai, une juive mystérieuse à la beauté néfaste mariée à  Nessim, un banquier musulman prospère. Darley, comme un papillon de nuit attiré par une flamme, sera happé dans la toile de cette intrigante. De cette étrange rencontre découlera une amitié amoureuse charnelle que l’auteur aura de prime abord bien du mal à comprendre lui-même.

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Publié dans Classique britannique | 16 commentaires

Marius

MariusAu retour d’une petite balade à Cabourg, j’ai pu voir à l’entrée de la ville de grandes affiches publicitaires pour une adaptation d’un film de Marcel Pagnol par Daniel Auteuil qui incarne lui-même l’un des personnages principaux, César, le père du héros. En effectuant quelques recherches, je me suis aperçue que ce n’était pas une, mais deux adaptations qui venaient simultanément d’être portées à l’écran. Une idée que j’ai de prime abord cru saugrenue. Qu’importe, connaissant peu cette œuvre culte, je me suis tout de suite empressée de commander le premier volet de cette trilogie, Marius, afin de lire au plus vite le texte original pour pouvoir par la suite visionner le film ce mois-ci. A ma grande surprise, j’ai découvert qu’il s’agissait d’une pièce de théâtre que j’ai lu d’une traite avec gourmandise.

Le premier tome nous raconte l’histoire de Marius, un jeune homme séduisant, travaillant pour le compte de son père César, dans un petit bar familial du vieux-port de Marseille. Marius en pince pour la petite marchande de coquillage, la jolie brunette Fanny qui lui fait les yeux doux depuis belle lurette. Malgré les efforts constants de la demoiselle pour l’amadouer, le beau jeune homme, indolent, reste distant, il n’a en effet pas l’intention de se laisser prendre dans les mailles de ses filets si facilement. Fanny éperdument éprise, tentera tout pour le faire fondre, quitte à le rendre jaloux en s’engageant avec un vieux veuf à la fortune confortable. Malheureusement, Marius n’a qu’un rêve, prendre le large, il souhaite épouser la carrière de marin et s’embarquer sur un voilier pour découvrir de nouveaux horizons. Les noms de Madagascar, Suez, Bombay tout comme Madras, résonnent constamment à ses oreilles et l’appel de la mer est bien plus fort que sa passion pour Fanny, pourtant si irrésistible.

Cette petite bluette de prime abord innocente est une merveilleuse histoire d’amour faite de renoncement, celui de Fanny pour Marius, un jeune homme à la personnalité trop égoïste et en quête d’identité. Si ce dernier, se croit amoureux de Fanny il n’est pourtant pas prêt à faire des concessions pour elle. Quant à Fanny, à l’instar des grandes héroïnes romantiques, elle reste la principale victime, celle qui se sacrifiera corps et âmes par amour. Fanny apparaît comme une jeune femme insouciante, une petite coquette, cependant, elle se révélera bien plus mûre que Marius, encore trop jeune pour s’engager. Ce dernier craint la monotonie, il sait qu’épouser Fanny entraînera nécessairement l’abandon de ses rêves tels que ces projets de voyage. Fanny, sachant pertinemment bien que l’attachement de Marius est entaché de doutes, se verra forcée de prendre elle-même l’initiative qui bouleversera leur vie…

Marius et Fanny

Dépoussiérer des classiques sentant bon la naphtaline me semble une idée alléchante, c’est pourquoi, j’irai voir sans bouder mon plaisir ces deux adaptations françaises dès ce soir. Je lirai dans la foulée Fanny. Affaire à suivre donc… En attendant je poursuis ma lecture savoureuse du Quatuor d’Alexandrie et vous concocte un nouveau billet sur les deux premiers tomes: Justine et Balthazar.

 La bande-annonce:

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La promesse de l’aube

IMG_20130717_184748Parmi les nombreux romans lus ces dernières semaines, peu m’ont vraiment enchantée au point d’éprouver le besoin de leur consacrer du temps pour les chroniquer dignement. La promesse de l’aube, tout comme l’Amant de la Chine du nord, fut l’une de ces rares exceptions. J’en garde un souvenir marquant.

Souvent comparé à Saint-Exupéry pour son humanisme, Romain Gary fait partie de ces auteurs tels que Conrad et Kipling (deux écrivains renommés qu’il me tarde de découvrir) dont l’œuvre littéraire reste indissociable de leur vie foisonnante. Le romancier nous conte ici dans cet ouvrage hautement autobiographique, le récit d’un destin extraordinaire forgé par une mère à l’ambition démesurée. Il revient ainsi sur ses souvenirs de jeunesse, son enfance en Russie puis son arrivée et son intégration difficiles sur le sol français. Le titre du livre est doublement évocateur puisqu’il renvoie tout autant à cette fameuse promesse que la mère a faite à son fils, celle de lui donner la vie dont elle a toujours rêvé pour elle-même – une existence riche sans embûches ni restrictions – qu’à celle du narrateur, qui s’est efforcé en retour de ne jamais la décevoir.

Si l’œuvre est bien entendu un pur produit romanesque, Romain Gary ayant sublimé les faits, je me suis tout de même plongée avec délectation dans ce récit savoureux. C’est ainsi qu’il brosse avec maestria le portrait d’une figure maternelle orgueilleuse et intouchable. Issue d’une famille russe désargentée, Nina, mère rassurante, aux cheveux gris et au visage flétri, s’échinera au travail comme une forcenée pour financer les études de son fils, et veiller à son bien-être. Redoutable femme d’affaire, la mère initialement couturière deviendra par la suite la gérante d’un grand hôtel. Bien qu’elle reste tout au long de sa vie son principal bouclier contre les coups du sort, l’admiration sans borne que porte cette femme usée à son fils se révèle pourtant une charge écrasante. Lire la suite

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Bilan lectures du mois de juillet

IMG_20130717_192617Vacances rimant avec détente et plaisir, j’ai pris l’expression au pied de la lettre ! Depuis mon arrivée en Normandie, le soleil n’a pas cessé de briller. Le jardin est en fleurs, le ciel est bleu et les oiseaux chantent. Je passe la majeure partie de mon temps au grand air. La piscine a repris du service et j’ai bien l’intention d’y barboter cet après-midi. Peut-être irai-je m’asseoir aussi sur le rocking chair sous la pergola pour bouquiner?

Bien entendu, je ne passe pas mes journées à buller, je lis beaucoup et j’écris… un peu. J’ai ainsi dernièrement achevé la lecture de Chéri de Colette, une histoire d’amour douce amère entre un jeune homme et une femme d’âge mûr. Le roman est fondamentalement triste mais l’écrivaine ne verse pourtant pas une seule fois dans le mélodrame. La psychologie des personnages reste subtile jusqu’à la dernière page. Je lui consacrerai d’ailleurs un billet dès que j’en aurai terminé avec La promesse de l’aube de Romain Gary. Je suis actuellement en train de peaufiner le texte avant de vous le livrer. J’ai une fois de plus tenté de terminer l’Idiot de Doistoïevski, il va bien falloir que je donne un vrai coup de collier si je veux pouvoir en venir à bout. Certains passages, même après les avoir relus plusieurs fois, restent encore obscurs pour moi. Les intrigues se succèdent à un rythme effréné et je dois à mon grand regret avouer n’avoir pas saisi la nature de tous les enjeux de cette histoire enchevêtrée… Je me suis procuré une étude Folio pour m’épauler et j’ai l’impression d’être à nouveau une petite fille apprenant pas à pas la lecture avec son maître. C’est très frustrant et assez décourageant.

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