Labor day (Un long weekend)

labor day romanSous la chaleur suffocante d’une journée d’été américaine, Henry, un jeune garçon de treize ans accompagné de sa mère Adele, célibataire-divorcée et dépressive chronique, se rend comme chaque année au supermarché de sa petite bourgade isolée du New Hampshire pour effectuer les dernières emplettes de la rentrée. Une perspective ennuyeuse qui ne le tente guère. Mais au détour d’un rayon, un fugitif blessé accusé pour meurtre de sang-froid, les prend en otage. Adele et son fils n’auront d’autres choix que de le ramener clandestinement avec eux dans leur bungalow familial où ils cohabiteront sous le même toit durant quatre jours. Cette brève rencontre d’abord appréhendée, bouleversera finalement le cours de leur existence…

Il me tardait de vous parler de ce beau roman lu dans sa version originale ! Certaines lectures sans prétention réussissent à nous ébranler sans qu’elles soient pour autant qualifiées de chef-d’œuvre. C’est ainsi le cas de Labor day, traduit en français sous le titre approximatif d’Un long weekend. Je suis en effet tombée sous le charme de ce petit bijou littéraire, une grande histoire d’amour émouvante perçue à travers le prisme du regard d’un adolescent. Moi qui de coutume rechigne à lire des romans contemporains, cette fois-ci, ce fut vraiment une bonne pioche !

Je dois bien l’admettre, j’ai été touchée par le courant de tendresse qui traverse ce récit et en particulier par ses personnages au caractère profondément humain, à l’instar d’Adele, cette femme brisée par les coups du sort, qui élève tant bien que mal son fils unique sans l’appui rassurant d’une présence masculine. Frank, ce détenu séduisant en cavale, deviendra une figure temporaire paternelle de substitution pour Henry, négligé par un père trop absent. Quant à Adele, cette trentenaire agoraphobe encore belle malgré son manque de confiance, elle trouvera enfin grâce à lui la force de se tourner vers le futur, d’affronter la vie, elle qui vivait emprisonnée avec les fantômes de son passé : la perte traumatisante d’un nouveau-né, une succession humiliante de fausse-couches puis la désertion d’un mari trop faible pour l’épauler dans ce lourd chagrin.

Tissé d’allers-retours dans le temps, ce roman brosse de ce fait la passion ardente et interdite de Frank, ravisseur présumé, et d’Adele, mère solitaire, deux êtres abîmés par la vie. D’un style concis, l’auteure dissèque également avec brio les émois amoureux d’Henry encore adolescent. Les descriptions sensorielles teintées de naïveté sont d’ailleurs sublimes. Cette sensualité dépeinte toute en retenue respecte admirablement bien le contexte de l’époque : les années 80, où l’on savait encore savourer sans contrainte des téléphones portables ou autres objets parasites, les petits plaisirs simples que nous offre la vie, comme profiter du soleil pour jouer au baseball en famille, danser dans la cuisine au son grésillant d’un antique tourne-disque, ou même se lancer dans la confection d’une tarte aux pêches succulente avec les fruits mûrs du jardin.

La relation mère-fils qu’entretient aussi Henry avec Adele est touchante. Henry tente désespérément de sortir sa maman de la léthargie dans laquelle elle s’est plongée depuis son divorce. Pour soulager les tâches quotidiennes d’Adele, il fabrique des « coupons-mari » qu’il offre à sa mère. En échange, il se propose de faire la vaisselle à sa place durant une semaine, de lui concocter un repas mais aussi de lui servir de cavalier durant une soirée, ou même de lui promulguer des massages de dos. Henry espère ainsi pouvoir compenser l’absence  douloureuse de son père, un geste attendrissant et en même temps pathétique qui a réussi à m’émouvoir jusqu’aux larmes.

Bien entendu, j’ai très vite visionné dès sa sortie en salle l’adaptation cinématographique. Dans la lignée de Sur la route de Madison, ce film sans effet de manche réalisé à l’image du roman fut un vrai coup de cœur. Les critiques ont été, à mon sens, trop durs avec ce film qu’ils ont qualifié injustement d’une pointe méprisante de « gentille bluette » ! Je ne suis pas d’accord. Je n’ai pas boudé mon plaisir.

Certes, Jason Reitman, le réalisateur célèbre de Juno, signe un drame hautement romantique à suspens, un choix assez surprenant qui diffère grandement de la comédie douce-amère qui fut initialement son succès ; cependant, Last days of summer reste un film réussi, à la réalisation sobre mais efficace. L’intérêt ne réside pas de toute façon dans la trame qui est ici minimale, mais plutôt dans la description de l’éclosion des sentiments passionnés de Frank et d’Adele, rendus avec justesse à l’écran grâce à la complicité de Kate Winslet et de Josh Brolin. J’ai été surprise de découvrir que cet acteur au sex-appeal affolant avait été repéré initialement dans Les Goonies, un film d’aventure de Stephen Spielberg que j’adore revoir encore aujourd’hui, et une référence cinématographique mémorable de mon enfance ! Au risque de faire gronder les puristes (on s’en fiche !), j’ai trouvé que Josh Brolin, déjà dans la force de l’âge crédibilisant parfaitement ce rôle masculin d’homme déchu, avait autant de charisme que Clint Eastwood dans le film Sur la route de Madison. Par ailleurs, Kate Winslet qui incarne admirablement bien Adele, représente le même type de femme au foyer que le personnage féminin interprété par Meryl Streep. Ce sont toutes les deux, de surcroît, des actrices talentueuses, capables de jouer une palette d’émotions considérable, même si Kate Winslet excelle davantage dans le drame romantique.

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En bref : ce huis-clos émouvant et rafraîchissant met du baume au cœur. Joyce Maynard aborde avec tact et pudeur les thèmes principaux de la famille recomposée, du divorce, tout comme de la rédemption. Une ode magnifique à la vie et aux plaisirs des choses simples en mode sépia à ne surtout pas manquer !

La bande-annonce du film:

Seconde participation au challenge « Le mois américain » organisé par Titine, pour y participer, c’est ici!

le mois américain

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22 commentaires pour Labor day (Un long weekend)

  1. J’ai été totalement emballée par le film, pourtant c’est le genre de coup de cœur qu’on explique pas : il n’y a pas beaucoup d’action, presque pas de dialogue seulement cette infinie poésie des actes, rien que d’en parler j’ai envie de le revoir! En tout cas tu m’as donné envie de me pencher sur le livre!

  2. maggie dit :

    C’est une romancière qui fait beaucoup parler d’elle en ce moment et j’aimerai bien découvrir un de ses romans. Si j’ai l’occasion je regarderais le film ( Sur la route de Madisson m’avait agréablement surprise…)

    • missycornish dit :

      C’est pas mal du tout à lire. Ce n’est pas un classique mais l’histoire m’a vraiment plu et en particulier l’atmosphère un peu nostalgique. C’est une jolie bluette. Le film est bien même si ce n’est pas un grand film. Moi j’ai adhéré en tout cas.

  3. Sybille dit :

    J’avais vu le film au ciné et j’avais bien aimé mais je ne savais pas du tout que c’etait inspiré d’un livre !

  4. Laeti dit :

    Tout est si juste dans ton billet! Je viens de terminer ce très beau roman que j’ai dévoré! Intéressée aussi par le film!

  5. Ellettres dit :

    Tu donnes envie, et pour le livre, et pour le film ! (Je découvre ton blog à l’occasion du mois américain of course)

  6. M de Brigadoon Cottage dit :

    Il est sur ma Pal et fera sans doute l’objet d’une nouvelle séance ciné-pizza chez toi ….. J’ai vraiment très envie de le lire .

  7. Emma dit :

    J’ai trouvé que c’était bien écrit mais que ça a tourné à l’eau de rose alors que ça aurait pu être tellement plus que ça. Dommage. (billet sur mon blog)

  8. olive dit :

    Un article très bien rédigé qui donne envie, non seulement de lire le roman mais également de voir ce film.
    Merci beaucoup.

  9. Oh je l’ai dans ma PAL et tu m’as donné envie de le sortir de ma PAL prochainement et de voir le film 🙂

  10. grigrigredin dit :

    Je trouve aussi que c’est un bon roman, sobre, sans effet de rhétorique. Il est touchant et je me souviens avoir été assez mal à l’aise en le lisant, tentée de porter un regard indulgent sur la relation entre Adèle et Frank tout en gardant à l’esprit les événements qui y ont conduit.

    • missycornish dit :

      C’est vrai je n’en ai pas parlé, mais je ne voulais pas en dire trop. L’histoire nous met un peu mal à l’aise au début et puis finalement, on se laisse convaincre. C’est un original.

  11. cora85 dit :

    Tiens, un film que je voudrais regarder !
    Je ne savais pas qu’il était tiré d’un roman.

    Ondine

  12. denis dit :

    La fin m’avait un peu déçu.

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