Le goût du bonheur, Adélaïde

Il est rare de lire un roman contemporain aussi prenant qui ne présente aucun signe d’essoufflement dès le deuxième tome. Si Marie Laberge a choisi un registre traditionnel, la saga familiale, un genre littéraire assez délicat, le défi est toutefois largement relevé.

Ce roman poursuit la trame du précédent. La chaîne de la vie continue son chemin et une génération s’éteint pour laisser la place à une autre. C’est ainsi que l’on quitte avec regrets la famille Miller pour découvrir la famille Mc Nally. Cette suite se déroule  dans le Québec des années 1940.  Adélaïde est désormais la nouvelle âme du roman. Tout comme sa mère Gabrielle l’avait fait avant elle, elle s’efforce de maintenir la paix familiale dans un climat hostile où la guerre persiste à creuser le fossé entre les siens. Soutenue par les deux hommes de sa vie, Nic Mc Nally son mari patient et attentionné qu’elle doit apprendre à aimer, et Florent, son ami d’enfance toujours loyal, devenu un talentueux couturier, Adélaïde doit faire face courageusement aux accros de la vie. Au sein d’une société aux valeurs rétrogrades qui la juge constamment et élevant avec fierté son enfant illégitime, elle réussit à évoluer brillement dans une époque en pleine mutation. On pourrait craindre qu’elle ne soit seulement qu’une pâle copie de sa mère mais au contraire elle est bien plus entière. Intelligente et courageuse, belle et indépendante, fidèle et passionnée, elle rayonne dans son mariage tout comme dans sa vie professionnelle.

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Inès de mon âme

Isabel Allende fait revivre au bout de sa plume le destin extraordinaire d’une figure historique peu connue du milieu du XVIème siècle qui participa à la conquête du royaume du Chili.

Inès Suarez, une simple couturière espagnole et une épouse délaissée, embarque pour le Nouveau Monde dans l’idée de retrouver son mari qui l’a lâchement abandonnée derrière lui pour poursuivre une chimère, celle de la cité de l’or perdue, la mythique Eldorado. Arrivant enfin en Amérique après un voyage en mer mouvementé, la jeune femme apprend que son mari a été tué lors d’une embuscade orchestrée par de redoutables mapuches, un peuple cannibale indomptable et sans merci. Bien décidée à rester coûte que coûte, malgré le danger et sa condition de femme, la jeune veuve fait la connaissance de deux conquistadores à la destinée héroïque. Le premier, un célèbre commandant prénommé Pedro de Valdivia, soldat noble, admiré pour ses hauts faits d’armes et sa bravoure, devient son amant, et Inès le suit comme son ombre – « Inès de mon âme » comme il la décrit- dans la longue et tumultueuse conquête du Chili. Le deuxième homme, le bel hidalgo Rodrigo de Quiroga partagera maritalement sa vie pendant plus de trente ans et apaisera son cœur. Le voyage que l’héroïne entame pour conquérir le Chili est jonché de cadavres mapuches comme espagnols. Aux côtés de son amant, cette femme admirable au courage légendaire gouvernera le Chili d’une main de fer.

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Le goût du bonheur, Gabrielle

Gabrielle est le premier tome d’une saga, Le Goût du Bonheur  traitant une fois de plus de l’émancipation tranquille des femmes. L’écrivaine Marie Laberge, scénariste, habituée à écrire pour le théâtre nous livre un roman visuel rappelant étrangement Les Dames de la Côte une autre fresque familiale sublime.
La première partie de ce roman se déroule durant l’avant-guerre, dans le Québec des années 30 où la grande crise économique en a touché plus d’un. Les gens sont désespérés mais il y a toujours cette note de gaité, le bonheur d’une famille nombreuse canadienne, les Miller, qui s’adapte tant bien que mal au climat politique tendu. L’histoire est centrée sur la vie de Gabrielle, une femme respectable et aimante, une mère protectrice et attentionnée. A la fois courageuse et fragile, elle s’attire la jalousie de ses deux sœurs Germaine et Georgina, envieuses de son rayonnement. Il est remarquable d’avoir choisi de raconter la vie simple d’une femme comblée qui fait face fièrement aux méandres de la vie.

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The painted veil

« Lift not the painted veil which those who live call Life… »Percy Bysshe Shelley.

Somerset Maugham nous livre ici un roman cruel et cynique sur les illusions perdues.

L’histoire se déroule dans les années 1920 en Angleterre puis dans la Chine impériale. Kitty, une femme superficielle, gâtée et égoïste,  épouse par dépit Walter un bactériologiste stationné à Hong Kong. Insatisfaite dans son mariage, Kitty trompe son mari avec Charles Townsend, un bellâtre diplomate, opportuniste mais à l’apparence charmante. Pour la punir après l’avoir surprise en flagrant délit d’adultère, son mari décide de l’emmener avec lui à Mei Tan Fu, dans une région reculée de Chine, où une épidémie de Cholera fait rage. Kitty se retrouve propulsée dans un univers fétide où les gens succombent comme des mouches et où la présence de la mort est étouffante.

L’histoire est courte mais prenante. L’écriture est fluide ce qui rend la narration rythmée. L’auteur s’amuse à désarçonner son lecteur,  basculant très vite du mauvais roman de gare véhiculant le cliché de la femme futile et adultère à la tragédie.

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La Maison aux esprits

Le livre qui a fait connaître Isabel Allende. Un roman à clef où une suite d’anecdotes s’imbriquent dans une seule et unique histoire. Bien plus qu’un simple roman, c’est une vraie saga qui a obtenu le prix du grand roman d’Evasion lors de sa publication en 1982 et pour cause, l’oeuvre est magistrale tant les personnages sont fouillés. Ce conte ésotérique mêle l’autobiographique comme le merveilleux et dépeint la vie de quatre générations d’immigrés sud américains. Sûrement chiliens, bien que l’auteur ne l’indique pas clairement. Toutefois on suppose que l’histoire se déroule au Chili car Isabel Allende, fille de diplomate, est aussi la nièce d’un célèbre politicien chilien, le Président socialiste Salvador Allende, qui fut renversé sous le coup d’état de Pinochet.

Les pages de ce livre se savourent et il est de toute manière difficile de le lire d’une traite tant il regorge de personnages et d’anecdotes. Un roman où l’on rit, l’on pleure et l’on est effrayé par le cours que suivent  les événements. C’est un dépaysement total. L’ambiance est sombre et il est fascinant de remarquer l’attirance morbide qu’ont les auteurs latino –  américains pour la mort et la souffrance des corps. Comment, nous occidentaux, ne pouvons-nous pas être choqué par cette description immonde que fait l’auteur de la mère de Trueba dont la chair putride se décompose lentement, rongée par la maladie?

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Persuasion

« You pierce my soul, I am half agony, half hope. Tell me that I am not too late, that such precious feelings are not gone forever. I offer you myself to you again with a heart even more your own, than when you almost broke it eight years ago. » Capitaine Wentworth. 

Persuasion est sans conteste la meilleure oeuvre de Jane Austen. Peu connu du public qui lui préfère Orgueil et Préjugés, Persuasion est l’un des romans posthumes de l’auteur. Jane Austen l’a écrit en 1816 alors qu’elle était gravement malade. C’est le travail le plus abouti qu’elle ait accompli, l’écriture est fluide et bien plus mûre.  La psychologie des personnages est plus soignée. Anne Elliot, une jeune femme à la fois absurde du fait de ses choix, et attachante par son regret, est un personnage magnifique. Anne est humble, raisonnable mais influençable aussi car trop inexpérimentée. Cependant on ne peut que l’aimer et la préférer à une Elizabeth Bennet qui bien que considérée comme une grande héroïne par de multiples générations, reste agaçante avec ses minauderies de « petite sainte ».

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Portrait littéraire: Amélie Nothomb

Le visage pâle comme la lune, les cheveux sombres et le regard souvent fuyant et toujours aux aguets, Amélie est l’un des auteurs les plus acclamés de sa génération. On la recommande et même on étudie ses textes à l’école. La plupart de ses lecteurs la qualifient de génie, le Times écrit qu’elle est « un monstre littéraire ».

Issue d’une famille d’aristocrates belges, son père est baron et a été durant de nombreuses années ambassadeur, souvent en déplacement, Amélie a donc beaucoup voyagé et a eu le temps d’observer l’Homme sous tous ses aspects. En effet, elle a vécu en Birmanie, en Chine, à New- York et au Japon. Elle a d’ailleurs été fortement inspirée par la culture nippone. Il n’y a qu’à voir son accoutrement. Habillée de justaucorps noirs, le visage peint comme une gheisha, Amélie ressemble étrangement à une gothique romantique. De son expèrience japonaise, Amélie a tiré deux romans autobiographiques. Le premier Stupeurs et Tremblements, une critique satirique de la bureaucratie japonaise l’a propulsée au rang d’écrivaine la plus géniale de son temps. Son avant- dernier livre Ni d’Eve ni d’Adam a été écrit dans la même veine et relate sa courte relation amoureuse avec un étudiant japonais.

Amélie fréquente assidûment les Salons du Livre et est toujours accueillie par un grand comité d’admirateurs. Elle est cependant considérée comme pessimiste, arrogante voire même pédante. Ses romans ont également des faiblesses. Son style d’écriture est bien souvent compliqué et son intrigue parfois molle. De plus qui comprend rééllement ses oeuvres? Qui peut- dire qu’il a vraiment apprécié son univers quand la plupart de ses personnages principaux sont dérangés? Car l’univers d’Amélie Nothomb c’est aussi la description des faiblesses humaines et de ce qu’il y a de plus malsain et vile chez l’être humain. Elle évoque notamment l’anorexie et la cruauté féminine. De ce que l’on sait d’elle, d’après les propos recueillis de sa soeur aînée Juliette, Amélie a toujours été solitaire et n’a pas toujours été heureuse enfant. C’est aussi un auteur prolifique qui ne peut passer une journée sans écrire (elle écrirait en moyenne quatres livres par an pour n’en soummettre qu’un seul au final à son éditeur). On l’accuse aussi de bâcler ses romans. En effet, ses descriptions sont parfois vagues, le vocabulaire trop souvent compliqué et ses phrases sont trop courtes.  L’ambiance est bien souvent malsaine et ses personnages sont trop ambigus.  Bien que considérées comme originale Amélie a aussi des lettres, et on ne peut s’empêcher de remarquer ses nombreuses inspirations. La plus forte provenant du Horla de Guy de Maupassant où tout comme les deux personnages principaux de Journal d’Hirondelle et de Hygiène d’un Assassin, on retrouve un caractère schizophrène. L’un des thèmes récurrents de ses oeuvres étant la folie de l’homme.

Et même si on persite à dire qu’elle est géniale, au fond ses livres restent un mystère car pour écrire des histoires si sordides, il faut sûrement avoir un grain de folie pour mettre sur papier de telles horreurs. Comment ne pas penser à cette fin ridicule dans Journal d’Hirondelle où le personnage principal après avoir tué la femme de sa vie, se suicide en ingurgitant des tonnes de papiers journaux pour succomber de constipation aigue. On se demande si Amélie Nothomb en écrivant cette nouvelle prend rééllement au sérieux son public. Alors manupulatrice? Sur la couverture de Ni d’Eve ni d’Adam, elle apparait, déguisée en Samouraï, tenant un sabre japonais à la main, est- ce un clin d’oeil à Kill Bill, l’oeuvre artistique d’un autre génie de la création, Quentin Tarentino? Au passage, il est difficile de ne pas remarquer un point commun entre eux d’eux : la folie. Car bien que génial, Quentin Tarentino reste tout de même un grand malade qui serait sûrement devenu un « serial- killer « s’il n’avait pas trouvé un moyen de contrôler sa violence. Pour moi Amélie est une femme tourmentée, qui pour canaliser ses pulsions morbides, écrit et après tout c’est aussi ça l’écriture; réaliser sa catharsis. Et même si les lecteurs ne la comprennent pas souvent, elle reste fascinante car elle représente le symbole même de l’artiste romantique incomprise, ce qui  la différencie incontestablement de ses auteurs contemporains français.

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Le Pays du dauphin vert

Un roman passionnant, empreint de mysticisme. Des personnages inoubliables et une histoire intelligente sur le véritable amour. Bien qu’épais, une méditation de 800 pages tout de même, la lecture de ce roman n’en ai pas moins agréable. L’héroïne, Marianne est fascinante et rappelle étrangement Scarlett dans Autant en Emporte le Vent, par son caractère odieux et magnifique dans sa volonté de se faire aimer à tout prix de son mari. Difficile de l’apprécier. Cependant on ne peut qu’admirer son ambition pour deux et son courage constant face à toutes les épreuves.  Ce livre s’adresse à tous ceux qui s’interrogent encore sur le meilleur moyen d’accéder au bonheur, but ultime de tout être humain et ainsi même à la sérénité de l’esprit.   Elizabeth Goudge est une écrivaine talentueuse, qui pour une raison étrange est restée longtemps inconnue. Peut-être la longueur de ses écrits rebutent-t-elle nos jeunes lecteurs… Et pourtant quel dommage! Cette oeuvre de fiction devrait être reconnue comme l’un des grands classiques de la littérature anglaise.

Bien qu’écrit après la Seconde Guerre Mondiale, ce récit d’aventure mériterait d’avoir sa place auprès des romans de Daphne Du Maurier et des soeurs Brontë.

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