Persuasion

« You pierce my soul, I am half agony, half hope. Tell me that I am not too late, that such precious feelings are not gone forever. I offer you myself to you again with a heart even more your own, than when you almost broke it eight years ago. » Capitaine Wentworth. 

Persuasion est sans conteste la meilleure oeuvre de Jane Austen. Peu connu du public qui lui préfère Orgueil et Préjugés, Persuasion est l’un des romans posthumes de l’auteur. Jane Austen l’a écrit en 1816 alors qu’elle était gravement malade. C’est le travail le plus abouti qu’elle ait accompli, l’écriture est fluide et bien plus mûre.  La psychologie des personnages est plus soignée. Anne Elliot, une jeune femme à la fois absurde du fait de ses choix, et attachante par son regret, est un personnage magnifique. Anne est humble, raisonnable mais influençable aussi car trop inexpérimentée. Cependant on ne peut que l’aimer et la préférer à une Elizabeth Bennet qui bien que considérée comme une grande héroïne par de multiples générations, reste agaçante avec ses minauderies de « petite sainte ».

L’histoire de Persuasion est subtile tout comme l’écriture qui la dépeint. Jane Austen une fois de plus se moque de son milieu social avec finesse. Car si elle est conservatrice et respectueuse des traditions britanniques, elle en montre aussi les limites.

Il est remarquable de voir comment l’auteur exprime l’ennui de ses personnages à travers l’écriture.  Pour mieux en percevoir les nuances, la lecture de ce roman dans sa version originale est évidemment conseillée.  L’intérêt n’étant pas dans l’action mais plutôt dans les sentiments décrits avec pudeur. Le caractère résigné et presque stupide d’Anne Elliot qui sous le poids de sa famille se laisse convaincre de l’imprudence d’épouser l’homme qu’elle aime, pour finalement se retrouver dépourvue des feux de sa jeunesse et vieille fille, souligne les contradictions de toute une classe sociale sur le déclin.

Un homme comme le Capitaine Wentworth est bien plus admirable qu’un Darcy arrogant et intolérant. Il représente un danger mais aussi une évolution d’une société étriquée et enclavée dans des traditions périmées.  Il est le catalyseur qui annonce la fin d’un monde et le commencement d’un autre basé sur l’enrichissement par le travail et non pas par la fortune personnelle comme la plupart des gentlemen anglais du XIXème siècle. On notera au passage que Darcy ne semble exercer aucune profession contrairement à Wentworth qui à la suite de sa déception sentimentale s’enrôle dans la Marine. Frederic Wentworth n’a initialement ni titre ni fortune à apporter, c’est pourquoi il est d’abord éconduit par Anne Elliot, n’étant pas jugé digne d’elle par son entourage.

Mais Jane Austen aime inverser les rôles et il est ironique de remarquer la véritable infériorité d’Anne face au Capitaine Wentworth. Car même si son père est baron, il n’en reste pas moins un noble pauvre et inculte, un « fin de race ». Au contraire le Capitaine Wentworth a su s’élever intellectuellement et a su peaufiner ses manières après avoir fait fortune sur les guerres passées. Seuls sa rudesse et son tempérament emportés trahissent vraiment son origine sociale. C’est donc le personnage le plus masculin des oeuvres de Jane Austen mais aussi l’un des plus orgueilleux car même huit ans plus tard, il ne peut toujours pas pardonner Anne de l’avoir repoussé.

L’idée que l’opinion des autres n’est ni bonne ni mauvaise, l’essentiel est de savoir comment l’utiliser et non pas d’écouter le qu’en dira-t-on, est bien tournée. Pour son plus grand malheur Anne a choisi la raison plutôt que la passion, un sujet récurrent dans les romans d’Austen. Il y a toujours ce sens du devoir qui étouffe le sentiment de ses héroïnes. Que le lecteur se rassure, le livre garde tout de même une touche d’espoir et bien sûr l’amour triomphe toujours, et ce n’est pas tant la fin prévisible qui importe, la beauté de ce chef- d’oeuvre réside plus dans cette leçon d’humanité: la question ce n’est pas de savoir si oui ou non Anne va reconquérir l’homme qu’elle aime mais plutôt de savoir comment va-t-elle réussir à se montrer digne de lui? Et lui, arrivera t-il enfin à se défaire de sa rancune?

Car comme le dit si bien l’expression: « Dans une croisière ce n’est pas tant la destination qui importe mais la traversée pour la mériter ». Alors lecteurs, précipitez- vous sur ce chef- d’oeuvre des sentiments contrariés, vous ne serez pas déçus.

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