The painted veil

« Lift not the painted veil which those who live call Life… »Percy Bysshe Shelley.

Somerset Maugham nous livre ici un roman cruel et cynique sur les illusions perdues.

L’histoire se déroule dans les années 1920 en Angleterre puis dans la Chine impériale. Kitty, une femme superficielle, gâtée et égoïste,  épouse par dépit Walter un bactériologiste stationné à Hong Kong. Insatisfaite dans son mariage, Kitty trompe son mari avec Charles Townsend, un bellâtre diplomate, opportuniste mais à l’apparence charmante. Pour la punir après l’avoir surprise en flagrant délit d’adultère, son mari décide de l’emmener avec lui à Mei Tan Fu, dans une région reculée de Chine, où une épidémie de Cholera fait rage. Kitty se retrouve propulsée dans un univers fétide où les gens succombent comme des mouches et où la présence de la mort est étouffante.

L’histoire est courte mais prenante. L’écriture est fluide ce qui rend la narration rythmée. L’auteur s’amuse à désarçonner son lecteur,  basculant très vite du mauvais roman de gare véhiculant le cliché de la femme futile et adultère à la tragédie.

Cependant, la seule déception du livre réside dans la rigidité des sentiments de Kitty envers son mari jusqu’ à la fin. On s’attend à ce qu’elle se repente de ses péchés et qu’elle tire des leçons du passé or il n’en est rien. Son changement n’est que temporaire et partiel. Tout d’abord une diva capricieuse et vaniteuse, elle prend simplement conscience à la fin du livre de sa vraie nature. Somerset serait-il un peu machiste sur les bords quand il nous dépeint un aspect si triste des femmes ? On pourrait s’interroger sur les motifs qui ont poussé l’auteur à nous conter l’histoire d’une femme inutile et incapable de rédemption. Serait-ce une vengeance voilée ?

Il est cependant intéressant d’avoir choisi de traiter des peines de cœur non pas de la femme mais de l’homme. Car comme le dit si bien Kitty dans le livre, « Walter n’est pas mort du choléra mais de chagrin d’amour ».
Mais Kitty n’est pas la seule à blâmer car après tout si Walter ne s’était pas voilé la face volontairement comme il l’a fait en l’épousant, rien de tout cela ne serait arrivé. Il a vu en sa femme des qualités et des vertus inexistantes. Désillusionné il s’est méprisé lui- même et en est mort. D’où le titre du roman « Le voile des illusions » pour sa traduction en français ou « The Painted Veil » dans sa version originale, symbole du masque qui cachait la nature des deux personnages principaux.
L’héroïne est un anti- héros, elle est méprisable par son manque d’indulgence envers son mari. Kitty n’a en effet pas l’intelligence du cœur. Froide et distante, elle est dépourvue de compassion pour son mari et voit en sa déception amoureuse un élan du cœur ridicule et exagéré.

En somme, on comprend que le livre ait fait scandale lors de sa sortie et ait reçu une critique acerbe. Toutefois, bien que la transformation de Kitty soit lente et marginale, on assiste à la fin du livre à une légère évolution. Kitty change littéralement de comportement envers son Père qu’elle a toujours négligé. Mais est- ce vraiment un geste désintéressé? Car on se doute bien qu’elle cherche à effacer de sa mémoire la mort de Walter . Jusqu’à lors elle avait toujours vu son Père comme une source de revenu et ne s’était jamais préoccupée de savoir si ce dernier était heureux dans sa vie. D’une certaine manière elle devient plus sage. Aussi, elle se refuse désormais à être sous la coupe d’un homme et souhaite que sa fille soit éduquée non pas pour se marier mais afin d’être autonome.

Kitty effectue un voyage tortueux pour faire sa révolution intérieure et trouver enfin la paix; durant sa « captivité » à Mei Tan Fu, elle se sera retrouvée confrontée à des drames humains et aura au moins appris l’humilité. Le livre a donc tout de même une visée moralisatrice, Kity effectue une sorte de quête spirituelle vers la découverte de son âme.
Pourtant il est difficile d’apprécier entièrement le roman car les thèmes abordés dans cet ouvrage offrent une vision déprimante de l’amour et du couple. Si l’on en croit Somerset, la femme est intellectuellement limitée et n’est capable que de bassesses. Ses motivations sont absurdes : elle se comporte comme un animal et n’est stimulée que par l’envie d’assouvir ses désirs bestiaux. Elle est prête à aimer un homme bête et simiesque (on notera la comparaison peu subtile que fait Somerset de Charles Townsend avec un singe) plutôt que d’aimer son propre mari pour ses vertus.


A signaler quand même la brillante adaptation de l’œuvre de 2006 qui réunit Naomi Watts et Edward Norton. Inspirée du roman, elle prend cependant beaucoup de libertés dans sa trame, ce qui la rend plus attrayante. Dans la même lignée que The English Patient ou Out of Africa, ce film émouvant, plein de poésie et de romantisme est à ne surtout pas manquer. Pour les passionnés de cinéma, il existe également une version plus ancienne de The Painted Veil datant de 1934 avec pour actrice principale Greta Garbo. Malheureusement le film n’avait pas eu un franc succès lors de sa sortie en salle et on lui repprochait de s’éloigner beaucoup trop du roman.

 

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