L’invasion des Zombies en Philosophie

keep-calm-and-readEn prévision du mois anglais auquel je me suis inscrite hier chez Titine et Lou, je suis partie ce matin à la recherche de lectures insolites typiquement britanniques. C’est en furetant à Tiverton dans une maison de presse très « British » que je suis tombée sur ce magazine londonien de Philosophie. Je n’ai pas pu résister à la tentation d’acquérir ce numéro consacré aux zombies !

Zombie philosophy magazineVous vous demandez sûrement quelle mouche me pique de vous parler de ces monstres sanguinaires. Eh bien, je dois vous avouer que j’ai un petit faible pour les histoires horrifiques et bien que je raffole davantage des récits vampiriques et en particulier de la série True Blood, j’ai pourtant suivi fanatiquement la première saison de The Walking Dead pour laquelle j’avais apprécié l’esthétisme (si si on peut trouver du beau dans le grimage des morts-vivants!).

La présence et l’analyse du comportement des zombies dans une étude philosophique sérieuse n’attise-t-elle pas votre curiosité ? (Moi si!) Pourquoi donc un tel sujet ? Et bien tout simplement parce que le « zombie » est devenu un véritable phénomène de société. Nous sommes obsédés par la mort et la putréfaction des corps reste un événement mystérieux qui nous fascine autant qu’il nous répugne.

Ce magazine soulève d’ailleurs de nombreuses interrogations.  Même si de prime abord, elles m’ont paru farfelues, elles se sont pourtant finalement révélées pertinentes.

Imaginons un instant l’existence plausible de zombies. La planète a été depuis longtemps infestée. Les mort-vivants font donc partis de notre quotidien. Est-il juste de vouloir exterminer tous ces « non-morts » simplement parce qu’ils se délectent de chair humaine ? Après tout, éradique t-on pour autant les loups de la surface de la terre parce qu’ils attaquent les troupeaux de moutons pour leur viande ? Certainement pas, nous les protégeons au nom de l’écosystème. Alors devrait-on en faire autant pour les zombies ? S’ils sont sur terre c’est qu’ils sont également le fruit de la nature.

Aussi, pourquoi sommes-nous tant attirés par les histoires de morts-vivants ? Le Dr Timothy J. Madigan, explique en partie cette fascination dans les premières pages de la revue dédiées à l’éditorial. Selon lui, l’évolution de la longévité de l’être humain y serait pour quelque chose. En effet, nous vivons de plus en plus vieux, et essayons en vain de préserver notre apparence. En revanche, nous n’avons aucun contrôle sur la détérioration de nos organes. Beaucoup d’entre nous on déjà vu un proche atteindre, malgré son état végétatif, un âge extrêmement avancé. Ainsi, est-il vraiment enviable de vivre centenaire sans pouvoir pour autant demeurer maître de ses capacités intellectuelles ?

Aimerait-on d’ailleurs exister dans un pareil cas pour contourner notre peur de mourir ?

zOMBIE HUmainDien Ho, un professeur de philosophie américain s’est quant à lui imaginé dans la peau d’un zombie. Pourquoi les humains devraient-ils craindre cette peste ? Et pour quelles raisons dans la majorité des cas, l’Homme préfère-t-il la survie à la condition d’un mort-vivant? Il est vrai que la vie d’un zombie est bien plus simple que notre existence éphémère. Elle n’est semée d’aucune embûche (si ce n’est le risque de se faire décapiter ou brûler vif par un humain) et est essentiellement centrée sur la quête perpétuelle de chair fraîche. Un zombie ne pense pas, il reste zen dans n’importe qu’elles circonstances. Il poursuit  inlassablement le même but sans se soucier de rien puisqu’il ne ressent rien. Il ne connaît pas la peur, ce sentiment qui nous ronge la plupart du temps. En somme, c’est un chanceux qui ne s’interroge jamais sur le sens de sa vie et qui ne recherche nullement la quête insatiable du bonheur puisqu’il est dénué d’envies tout comme de regrets. Il dévore. C’est un trou noir. Une enveloppe de chair putride vide. Bref, c’est un sac de viande ni plus ni moins. Ne serait-il pas merveilleux de ne plus souffrir constamment ? Il n’y aurait plus de dépressifs ni de pessimistes.

pride-prejudice-zombies-006Toutefois, devenir un zombie signifierait perdre toute raison d’être. Quel intérêt y a-t-il à vivre ad finitum ? Admettons qu’un mort-vivant ait un soupçon d’humanité, une part infime d’identité humaine. Ne serait-il pas mortellement ennuyeux de ne poursuivre aucun but concret? Car si l’on se plaint souvent de notre travail et de nos activités quotidiennes, qui empiètent constamment sur notre désir d’évasion et que l’on considère souvent comme étant chronophages, ceux-ci finalement nourrissent notre existence, ils sont le sel de notre vie et donne un sens à notre condition misérable d’être humain.

Finalement, même si certains raisonnements prêtent à sourire, ils soulèvent tout de même de nombreuses questions d’éthique sur l’Homme et l’acceptation de sa condition. Ces questionnements complètent étrangement ma lecture de Jean-d’Ormesson, l’essai intitulé C’est une chose étrange à la fin que le monde, dans lequel l’auteur s’interroge aussi sur notre existence. Je vous parlerais de ce livre dans un prochain billet.

Je vous conseille ce magazine. La revue n’est pas très épaisse et même si les articles écrits en anglais sont parfois denses, le langage reste toutefois assez accessible. Un excellent moyen d’enrichir son vocabulaire. J’ai trouvé la plupart des études passionnantes et en particulier le sujet « when a body meets a body » qui soulève également une discussion sur les questions d’éthique concernant la disposition de personnes décédées au service de la science ou dans des expositions telles que celle qui fut dirigée par le médecin allemand Ghunter Von Hagens. Ce dernier s’était permis de « plastifier » des cadavres et de les présenter dans des positions provocatrices. Le musée (de très mauvais goût) avait fait polémique. Pour ma part, je trouve cette idée honteuse et dégradante pour l’Homme. Certes, les scientifiques diront que ce n’est qu’un moyen didactique de découvrir le processus de décomposition de l’être humain. Cependant, l’idée reste tout de même bien morbide. Si le zombie est avant-tout une farce initialement inventée pour divertir un public amateur de frissons et friand d’hémoglobine, il ne devrait toutefois pas évoluer en dehors de la fiction. C’est encore là qu’il brille le plus.

Pour commander le magazine c’est ici.

Et pour terminer sur une note plus légère pourquoi ne pas visionner cette comédie romantique complètement loufoque?

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19 commentaires pour L’invasion des Zombies en Philosophie

  1. Marion dit :

    Très intéressant cet article pourtant, comme je te l’ai dit, je ne suis pas fan de zombies…

    • missycornish dit :

      Moi non plus mais j’ai trouvé ces articles intéressants aussi.Par contre j’aime bien the Walking dead, c’est drôle! Je préfère tout de même les vampires. Merci pour ton passage!

  2. M de Brigadoon Cottage dit :

    Et bien quel article intéressant …. Les zombies tout un programme , dans le vaudou on les connait bien ces p’tits gars là …Je trouve le trailer très rigolo et j’avoue que j’aimerai assez voir le film . Quand à Walking dead et bien j’aime beaucoup , même si je dois le regarder à petites doses ( mon estomac à parfois du mal)….. En ce qui concerne l’expo je dis HONTEUSEMENT BEUARK et surtout honteusement commercial …. Aujourd’hui au nom de l’art tout est possible …..

  3. La Gueuse dit :

    Ghunter si il n’avait pas son art pour faire mumuse serait un serial killer. On le laisse s’amuser avec des morts pour ne pas qu’il fasse de trucs tordus sur les vivants. Human centiped me voilà…

  4. Comme je suis en philo, ton article m’intéresse d’autant plus ! L’an dernier, j’avais eu d’ailleurs un cours sur les zombies (creepy ? juste un peu !) très intéressant en philosophie de l’esprit pas forcément sur la condition humaine et notre rapport à la mort mais plutôt sur les sensations : comment juger d’un être qui ne ressent rien, qui n’a aucuns besoins vitaux, et donc qui a un rapport particulier, indifférent, au monde qui l’entoure ? Le truc, c’est qu’un zombie pourrait se faire passer pour un homme « normal » mais sans rien sentir. Et donc l’homme est-il défini par ses sensations et par sa conscience ? Les zombies, c’est un peu la lubie de David Chalmers (peut-être que tu connais) que j’aime beaucoup comme philosophe.

    Bref, cette revue m’intéresse et la couverture est juste top ! Descartes au meilleur de sa forme ! xD

    • missycornish dit :

      Je ne connais pas ce philosophe, je vais donc me renseigner, intéressant aussi cet aspect de la conscience. Si je trouve d’autres articles, j’en parlerais aussi sur le blog. Toujours sympa de poursuivre le débat. Tu verras elle est pas mal cette revue, je trouve qu’elle est très accessible et j’aime en particulier la page cinéma réservé aux films cultes de zombies. ça donne quelques idées.

  5. Cela me conforte dans l’idée que la philosophie peut s’intéresser à tout. Et même si je ne suis pas attirée par ces figures, j’avoue que leur signification m’intéresse.

  6. grigrigredin dit :

    Juste un petit mot sur « The Walking dead »… Je n’ai regardé que la saison 1 (que j’ai d’ailleurs plutôt aimée), par contre je m’apprête à lire le tome 11 de la BD. Je suis accro ! Selon moi, le talent des auteurs réside dans leur capacité à avoir développé une action qui tient le lecteur en haleine, mais également à avoir donné vie à des personnages qui ont chacun une personnalité que l’on connaît parfaitement au fil des tomes. C’est bien parce que tous ne réagissent pas de la même façon que l’on parvient à s’imaginer à leur place. Bref ! Vous l’aurez compris, je suis fan !

  7. Ondine dit :

    Merci pour ce bel article original !

  8. Arieste dit :

    Cet article a l’air très intéressant ! En tous cas, ton billet donne envie de s’intéresser de plus près au phénomène des zombies 🙂

  9. maggie dit :

    Effectivement, ca m’a l’air intéressant ! Je préfère les fictions pour parler de certains sujets sérieux. J’avais vu un documentaire très intéressant sur la manière dont évoluent les cimetières et le rapport à la mort ( je sais, on s’éloigne un peu du sujet !). Les livres et films de vampire/zombie ont de beaux jours devant eux, dommage que ça devienne très commercial…

    • missycornish dit :

      Oui, mais dommage surtout qu’ils influencent la réalité. Notre rapport à la mort a manifestement changé depuis le recul de la religion. Ce n’est peut-être pas une bonne chose.

  10. titine75 dit :

    Merci pour cet article original et tout à fait intéressant sur notre attirance pour les zombies !

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