Une anglaise à Bicyclette/ Article rappatrié

Avec un titre si prometteur, je me suis lancée la tête la première dans ce que je pensais être une grande œuvre romanesque. Quelle déception ! Ce livre m’a mise hors de moi.

une anglaise à bicycletteIl est curieux que le magazine Lire que j’affectionne tant en ait fait une critique si élogieuse, puisqu’il lui a tout de même consacré deux pages, c’est pour dire ! (le journaliste serait-il l’un des camarades de Didier Decoin?) Est-ce parce que ce dernier est membre de l’Académie Goncourt? Comme si cette simple appellation empêchait tout échec d’écriture de l’auteur. D’où lui vient donc son succès? Serait-ce parce qu’il reste le fils d’un grand scénariste? Ceci expliquerait cela…

 Savoir écrire n’est pas tout, autant faut-il avoir de l’imagination et un vrai fil conducteur pour tenir le lecteur en haleine jusqu’à la dernière page. On ne s’invente pas écrivain. Dans ce récit bancal et farfelu, ce « plumitif » semble s’être perdu entre deux envies de choix d’écriture – inspirée en premier lieu du massacre de Wounded Knee vers 1890 dans le Dakota du sud, puis en second lieu de l’histoire d’une jeune anglaise bien curieuse, partie sillonner les routes de campagne à bicyclette, sur la piste de mystérieuses fées – et qu’il a tenté de consigner dans un seul et même roman, ce qui rend cette histoire cousue de fil blanc.

 L’écrivain semble vouloir tenter de nous appâter avec des débuts d’intrigue qui au final ne mènent à rien. Ainsi, on nous apprend à mi-course que la première femme de Jason, le  personnage principal, (un photographe britannique ayant sauvé, adopté puis épousé la jeune Ehawee!), a trompé son mari avant de succomber à une grave maladie. Le héros ne le saura jamais et persistera à chérir son souvenir ; quel intérêt de mettre le lecteur dans le secret? Il semble que Didier Decoin ait gardé précieusement cet élément dans l’idée de l’exploiter plus tard pour finalement s’abstenir, à moins qu’il l’ait égaré dans le fouillis de sa ronde de personnages (Sitting Bull, Sir Arthur Conan Doyle et j’en passe).

L’académicien bourre aussi son récit de scènes racoleuses qui n’apportent rien à l’histoire. Pour une raison saugrenue, l’auteur s’est passionné pour une étude pseudo-scientifique de l’ère victorienne qui compare la bicyclette à un instrument pervers permettant aux femmes d’assouvir leurs désirs les plus secrets, d’où ses élucubrations pour le moins fumeuses sur l’attrait de la selle de bicyclette comme instrument de masturbation. Bref, cet auteur lubrique s’en donne à cœur joie !

Les chevauchées à bicyclette de la jeune sioux devenue anglaise par adoption sont sans grand intérêt pour l’intrigue quasi-inexistante. Didier Decoin dit s’être inspiré des Hauts de Hurlevent, mais c’est à se demander s’il l’a lu car à aucun moment l’ambiance ne rappelle vraiment le roman. De plus, l’épisode tant attendu des fées de Sir Arthur Conan Doyle semble servir plus de prétexte pour nous tenir en haleine jusqu’à la fin et quelle fin ! Si l’auteur a voulu rendre hommage aux grands écrivains de la fin du XIXème siècle tels que Charles Dickens comme il l’a proclamé à la presse, l’histoire n’en reste pas moins ridicule et complètement improbable. Il est de ce fait logique que la jeune indienne Ehawee se fasse passer pour une Irlandaise. Les deux nationalités étant étroitement liées cela va de soi! Peu de Britanniques remettent d’ailleurs en cause cette affirmation. Vraisemblablement l’ère victorienne est un siècle très tolérant lorsqu’il s’agit d’accueillir des immigrants, qu’ils viennent d’Irlande ou même des Hautes plaines! La jeune femme a aussi une mémoire extraordinaire car elle est capable de se remémorer des détails de cérémonies sioux très précises alors qu’elle est censée n’être qu’une enfant en bas âge au moment du massacre de Wounded Knee.

Didier Decoin nous promène durant toute la lecture et je dois dire que j’ai trouvé la ballade un peu trop longue. Ce livre semble vaguement inspiré du mythe de Pocahontas. La couverture vintage noir et blanc et le titre accrocheur m’ont bernée, c’est dit, on ne m’y reprendra pas à deux fois. Une arnaque de la littérature ?

Pour les plus curieux, voici deux meilleures idées de lectures sur l’Histoire des Indiens d’Amérique:

 mille-femmes-blanchesPocahontas

Le premier roman est basé sur des évenements historiques et en particulier sur l’histoire incroyable de ces femmes blanches courageuses données à des tribus indiennes par les troupes américaines dans le but de renforcer les relations diplomatiques entre les deux peuples. Le second est un essai très accessible sur la vraie vie de Pocahontas. L’auteur démystifie cette femme et sa légende embellie par les studios Disney.  Deux livres passionnants et denses à lire et à relire!

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15 commentaires pour Une anglaise à Bicyclette/ Article rappatrié

  1. Aaliz dit :

    Un livre à éviter assurément !
    En revanche pour ce qui est de la bicyclette, ce n’est pas complètement un délire farfelu de l’auteur. Une femme à bicyclette était très mal vue à l’époque. La bicyclette était considérée comme un instrument accordant trop de liberté à la femme. Proust fait référence à tout ça dans « A l’ombre des jeunes filles en fleur » mais sans la connotation sexuelle ( du moins je ne l’ai pas vue mais disons que ça ne m’étonnerait pas, les hommes sont quand mêmes de sacrés détraqués parfois …)

    • missycornish dit :

      Salut Aaliz! Oui je suis d’accord avec toi, c’est tout de même un peu fumeux. Lol je doute que cela fasse beaucoup d’effet!… Enfin, je suis toujours en train de lire A l’ombre des jeunes filles en fleur et je galère, je suis lente et j’arrête pas de décrocher, je pense que je suis trop fatiguée en ce moment pour ce genre de lectures.

      • Aaliz dit :

        Si tu es fatiguée alors n’hésite pas à laisser Proust de côté et à lire autre chose. Tu sais, moi je le lis en plusieurs fois et j’attends d’avoir envie de le lire parce que je sais que si je me force je n’y arriverai pas. ça nécessite pas mal de concentration comme lecture donc si on n’est pas en forme, il vaut mieux mettre de côté. Donc rassure-toi tu n’es pas la seule ! 😉

        • missycornish dit :

          Contente de lire ton commentaire, je le lis à petite dose mais je doute finir A l’ombre des jeunes filles en fleur ce mois-ci. Oui je ne peux pas le lire avec du monde autour de moi. Trop difficile.

  2. Yspaddaden dit :

    Je ne sais même pas pourquoi ce livre est dans ma PAL, pas du tout mon genre. Par contre, « Mille femmes blanches » : excellent.

  3. dasola dit :

    C’est à nouveau moi: oui il faut lire Mille femmes blanches: une merveille.

    • missycornish dit :

      Entièrement d’accord avec toi, je vais le relire! J’attends le mois prochain pour me le racheter en format poche. J’ai perdu ma copie durant un déménagement. Bye et merci de ton passage!

  4. dasola dit :

    Bonsoir, je n’ai lu qu’un roman de Didier Decoin dans ma vie: John L’enfer (Prix Goncourt 1977!): sans intérêt, histoire décousue. Cela m’a suffi. Bonne soirée.

  5. maggie dit :

    J’avais lu un decoin vraiment intéressant  » est-ce ainsi que les femmes meurent » mais je vais éviter soigneusement celui-là !

  6. Armelle B. dit :

    C’est hélas ce qui se passe trop souvent dans l’art en général et la littérature contemporaine en particulier. Si vous êtes dans le circuit, tout vous est permis, même d’écrire de mauvais livres, la critique sera au garde à vous… Pareil pour le cinéma, on en a tous les jours l’exemple. Mais bravo Missy de remettre les choses à l’endroit. Je devais aller prochainement entendre Didier Decoin présenter son livre et ses oeuvres, je n’irai pas et en profiterai pour lire quelque chose de valable. Bonne journée.

  7. carolivre dit :

    Très bizarre ce roman en effet! Ton avis me passe l’envie de le lire: tout a l’air bien trop décousu. Je suis par contre d’accord avec toi sur l’un des titres que tu proposes au sujet de l’histoire des Indiens. Le roman de Jim Fergus est magnifique. J’ai énormément appris en le lisant et comme toi je le conseille vivement.

  8. la Gueuse dit :

    j’aime bien le coup de l’indienne qui se fait passer pour une Irlandaise. On se croirait dans un mauvais roman d’aventure.

On papote?

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