Crimson Peak

Crimson-Peak-Movie-Poster-2Edith Waring, romancière en herbe incomprise de la petite bourgeoisie new-yorkaise du XIXème siècle, comble ses journées d’oisiveté en s’attelant à la rédaction de nouvelles fantastiques, des histoires frissonnantes de fantômes, qui ne trouvent malheureusement pas grâce auprès des maisons d’édition, plus friandes de littérature sentimentale, un style qui semble à son grand regret faire davantage fureur chez la gente féminine. La jeune femme, entêtée, aspire pourtant à gagner son indépendance en devenant une écrivaine illustre à l’instar de son principal modèle, Mary Shelley, pour qui elle voue une admiration fervente. Mais ses grands projets d’écriture – tout comme ceux de célibat – sont finalement chamboulés lorsqu’elle rencontre Thomas Sharpe, un séduisant aristocrate britannique sans le sou, au charme redoutable, pour lequel son cœur chavirera. Cette soudaine idylle ne plait guère au père de la jeune femme. Les mains délicates de ce noble personnage aux vêtements élimés ne lui inspirent que du mépris. Il n’apprécie pas non plus sa sœur, Lady Lucille, une pianiste virtuose qui l’accompagne à chacun de ses déplacements. A la mort subite de son père, Edith prendra une décision irrévocable qui bouleversera à jamais sa destinée : celle d’épouser Thomas Sharpe malgré les avertissements de son entourage et de s’embarquer avec lui pour la vieille Europe. Là-bas, en Angleterre, l’attend la demeure familiale délabrée des Sharpe, Crimson Peak, un manoir vétuste, juché au milieu de terres arides qui semblent abriter de terribles secrets. Que dissimulent vraiment ses murs pourris par l’humidité et le passage impitoyable du temps ? Edith le découvrira bien vite à ses propres dépens…

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J’attendais avec une impatience fébrile la sortie en salles obscures de ce film de Guillermo del Toro. Ce long-métrage puise en effet sa principale source d’inspiration dans l’adaptation hollywoodienne de Dragonwick (Le château du dragon), un roman gothique américain d’Anya Seton que j’affectionne particulièrement. Bien qu’il présente quelques faiblesses d’écriture, le scénario est assez bien ficelé. Le réalisateur a su, tout en respectant les codes de ce genre, apporté une petite touche de modernité au film. Les décors sont aussi somptueux tout comme les couleurs des étoffes que porte chaque protagoniste. La robe de Lady Lucille, d’un rouge écarlate, est splendide. J’ai ainsi trouvé la photographie magnifique. Il est regrettable cependant que le réalisateur n’ait pas corrigé ses travers, cette tendance à verser inutilement dans le gore. Certaines scènes sont de ce fait d’une brutalité insoutenable. Par ailleurs, elles n’apportent rien à l’intrigue. Au contraire, ces passages violents souvent déplaisants plombent l’ambiance du film. A mon sens, le réalisateur a saboté son propre travail, ce qui est regrettable car ce film aurait pu devenir un chef-d’œuvre du genre à l’instar de Sleepy Hollow de Tim Burton, un film d’épouvante devenu aujourd’hui culte. Et pourtant, j’avais relevé quelques éclairs de génie du réalisateur mexicain comme cette incroyable trouvaille consistant à planter son décor sur une ancienne carrière d’argile. En hiver, la terre prend une teinte rouge qui donne l’impression désagréable que le sol est inondé de sang. Ce phénomène étrange renforce ainsi un peu plus le caractère fantasmagorique du manoir. Sa façade menaçante, une silhouette sombre et anguleuse faite d’un empilement de tours tarabiscotées, est admirablement bien restituée.

J’ai également noté de multiples références culturelles et littéraires. La demeure est infestée d’insectes, et des papillons gigantesques viennent ainsi réchauffer leurs ailes aux flammes vacillantes des chandeliers. Ce détail rappelle étrangement les nouvelles macabres d’Edgar Allan Poe. Le jeune baronnet, exploitant d’argile ambitieux, travaille aussi d’arrache-pied dans un atelier étrange où il fabrique parfois des jouets mécaniques tels que des pantins articulés aux visages inquiétants. Cet atelier semble tout droit sorti des contes d’Hoffman. Enfin, la machine qu’il a conçue dans le but de forer la terre d’argile est un clin d’œil évident au Steampunk, ce genre littéraire mêlant avec habileté la science-fiction à l’ère industrielle de la fin du XIXème siècle qui utilise des machines à vapeur futuristes dans un décor décalé, ici victorien. Cette idée brillante m’a grandement plu. L’intrigue se déroule d’ailleurs durant l’âge d’or industriel américain. Enfin, si les fantômes existent bel et bien dans ce film d’épouvante, ils ne sont néanmoins pas au cœur de l’intrigue et servent avant tout de prétexte pour accentuer l’atmosphère lugubre de Crimson Peak. Le réalisateur est clair sur ce point : « Ce n’est pas un film de fantômes, c’est un film avec des fantômes ». Pour ma part, je leur ai préféré les vivants, et en particulier ce frère et cette sœur en parfaite symbiose, qui vivent à l’écart du monde. Ce couple énigmatique évoque avec maestria la société aristocratique européenne en délitement, une classe sur le déclin incapable de résister à l’ascension fulgurante du progrès américain. Malgré la lente décrépitude de leur propriété, cette famille désargentée et décadente tente coûte que coûte de conserver son rang.

Bien entendu, Thomas Sharpe reste mon personnage masculin favori. A l’image de Rochester de Jane Eyre, ce baronnet romantique cache un lourd fardeau. Cet homme torturé est inexorablement  rattrapé par les fantômes de son passé. Comment résister au charme ravageur de Tom Hiddleston ? L’acteur campe un personnage ténébreux des plus séduisants. J’ai aussi beaucoup aimé l’histoire d’amour impossible d’une tristesse désespérante, présente en filigrane. Ainsi, Crimson Peak s’intéresse davantage aux passions interdites et la rédemption qu’aux histoires de revenants.  Bien plus qu’une maison hantée, cette demeure insalubre reflète l’âme putride de ses habitants. Quant à Edith Waring, elle présente les caractéristiques essentielles d’une figure romanesque, bien plus combative que ces héroïnes de papier trop virginales et vulnérables à mon goût. Depuis sa tendre enfance, Edith Waring possède le don de converser avec les esprits disparus. En somme, cette femme peu farouche incarne parfaitement son époque tout comme le milieu dont elle est issue, la société américaine arriviste des années 1900. Mais la palme du personnage le plus fascinant revient tout de même à Lady Lucille, cette femme démente glaçante, prête à tout pour conserver l’homme qu’elle aime. J’ai trouvé sa personnalité très dérangeante.

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En bref : j’ai succombé à mon tour à l’attirance magnétique de cet étrange manoir. D’un esthétisme remarquable, ce film où perce malheureusement parfois une violence injustifiée, est malgré tout une belle réussite. Guillermo del Toro associe en effet avec brio la romance gothique anglo-saxonne au style baroque hispanique, un cocktail détonnant et surprenant qui fonctionne pourtant ici à merveille. Crimson Peak, un conte de fées macabre se clôturant inévitablement en cauchemar, vous fera assurément frissonner. Vous voilà prévenus !

La bande-annonce du film:

Ma troisième participation au challenge Halloween.

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Shining/La maison des damnés

Shining - Stephen KingJack Torrance, ancien alcoolique et professeur de Lettres raté, accepte un poste de gardien à L’Overlook Hotel, un établissement de luxe à la réputation sulfureuse qui domine les montagnes escarpées d’une petite bourgade isolée du Colorado. Les portes de ce palace mystérieux restent closes l’hiver. Le froid mordant et la neige épaisse dissuadant les touristes de passages de s’aventurer sur les routes accidentées, l’endroit est déserté pendant plusieurs mois de l’année. Jack accompagné de son épouse Wendy et de son jeune fils Danny, pense y trouver une retraite idéale tout comme un refuge pour s’adonner à ses projets d’écriture et renouer avec sa famille. Mais cette bulle de quiétude sera très vite bouleversée à la suite de manifestations surnaturelles pour le moins inquiétantes…

Longtemps, j’ai dénigré Stephen King, réticente à lire cette littérature américaine populaire que j’associais dans mon esprit au même rang vulgaire que le roman de hall de gare ou au polar fantastique de bas étage, ces œuvres brouillonnes qui déploient à tout-va des scènes grotesques saupoudrées d’hémoglobine écœurante. Le gore à outrance si apprécié dans la littérature contemporaine n’étant pas vraiment ma tasse de thé, ma préférence a toujours été aux histoires de revenants prenant pour toile de fond l’époque victorienne ou edwardienne où tout l’intérêt de l’œuvre souvent gothique réside principalement dans le cadre lugubre dans lequel l’histoire est plantée et au talent inné d’écriture de l’auteur qui parvient à nous glacer les sangs grâce à son pouvoir de suggestion. Malheureusement j’ai sous-estimé son génie littéraire. A mon grand étonnement, je me suis une fois encore fourvoyée, Stephen King mérite incontestablement son titre de maître de l’épouvante. Cette lecture hautement anxiogène me fait curieusement penser aux montagnes russes car lire Shining, c’est comme monter à bord d’un manège infernal en sachant pertinemment bien qu’il nous donnera au mieux la chair de poule, au pire des brûlures d’estomac…

L’auteur joue ainsi avec nos peurs irrationnelles, la crainte de regarder sous son lit pour voir ce qui s’y cache ou même de tirer le rideau de douche de la salle de bain pour y découvrir peut-être le cadavre d’une suicidée à la peau boursouflée… Un passage effroyable du roman m’a d’ailleurs terrorisée au point de ne plus pouvoir rentrer à la tombée de la nuit dans ma propre baignoire. Lecteur, si vous êtes peu téméraire, passez votre chemin cette lecture angoissante risque fort bien de vous faire passer quelques nuits blanches. Vous voilà prévenus ! J’en venais pour ma part à appréhender la suite des événements. En dépit de scènes d’horreur parfois glaçantes, le roman reste malgré tout plausible car il s’appuie sur des phénomènes qui semblent de prime abord explicables, ne vous y fiez pas trop cependant car Stephen King parvient toujours avec brio à pousser les lecteurs même les plus sceptiques dans leurs retranchements.

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Par ailleurs, le mal qui habite l’hôtel est avant tout l’alcoolisme, cette addiction dévastatrice dont Jack Torrance, ce père et mari médiocre, ne peut se défaire. Le sentiment claustrophobe renforcé par la tempête de neige qui le maintient enfermé entre quatre murs fait ressurgir les symptômes de son manque cruel pour la boisson le poussant inexorablement à la folie schizophrène et à une violence sans nom. Il semble dès lors possédé. A l’écran, Jack Nicholson réussit avec maestria à altérer les traits de son visage pour se tordre dans un horrible rictus. A mon sens, personne ne pouvait aussi bien interpréter Jack Torrance. Impossible de dissocier ce personnage de l’acteur au talent monstrueux. En outre, l’adaptation cinématographique excellente de Stanley Kubrick qui reste pour moi une réécriture brillante de l’œuvre culte de Stephen King, réussit à éclipser son roman à l’intrigue pourtant étonnement riche de rebondissements. Sans effet de manches ni effets spéciaux rocambolesques, le réalisateur nous livre un thriller éprouvant essentiellement basé sur la psychologie ambiguë de ses protagonistes et la performance subtile de ses acteurs poussés à bout. Ainsi, l’actrice qui interprète Wendy aurait véritablement été prise d’une crise d’hystérie face à la violence des assauts de Jack Nicholson. Par ailleurs, j’ai trouvé ce personnage féminin à l’écran tout comme dans le livre trop lisse à mon goût et  même presque misogyne. Wendy est une épouse soumise qui se range la majeure partie du temps à l’opinion de son mari, en somme le romancier nous dépeint une vision peu reluisante de la femme au foyer actuelle.  J’espérais la voir plus combative. Peut-être est-ce là un choix d’écriture de Stephen King qui souhaitait lui donner un visage plus réaliste ?

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Stephen King évoque aussi dans ce thriller, deux thèmes récurrents de son œuvre, la violence domestique tout comme l’angoisse de la page blanche. Jack Torrance est un homme tyrannique qui n’hésite pas à battre sa femme tout comme son fils lorsqu’il est sous l’emprise de l’alcool, cette bête qui vit tapie en lui n’est autre que sa violence contenue, le symbole d’une médiocrité littéraire refoulée.

jl0612-1978L’auteur a  ainsi un talent indéniable pour nous mettre mal à l’aise. L’histoire étant perçue à travers le prisme du regard d’un petit garçon aux dons de médium, maltraité par un père imprévisible, elle n’en devient que plus effrayante. Stephen King qui souhaitait désespérément égaler la plume acide de Richard Matheson, un écrivain américain de science-fiction et de littérature fantastique angoissante, surpasse finalement son modèle en restituant une atmosphère plus terrifiante. J’ai voulu cette fois-ci faire d’une pierre deux coups en lisant également cet écrivain incontournable du genre, auteur du best-seller Je suis une légende, pour entrevoir un peu plus son univers. A mon grand regret, j’ai trouvé que La maison des damnés, l’œuvre dans laquelle Stephen King a puisé sa principale source d’inspiration, faisait plutôt pâle figure face à Shining qui est plus abouti. Il est de surcroît difficile de ne pas établir un lien entre ces deux romans, les similitudes étant trop flagrantes. De ce fait, la demeure maléfique chargée d’un passé douteux de l’Overlook Hotel n’est pas sans rappeler la maison Belasco qui abrite aussi des esprits malfaisants. Ces deux établissements auréolés de scandale auraient tous deux été la propriété de gangsters. Ces détails expliquant le passé tourmenté de ces lieux hantés par le Mal, sont repris avec plus d’habileté dans Shining.

Le résumé de La maison des damnés, une histoire de fantômes un peu extravagante est par ailleurs assez basique en comparaison de l’œuvre élaborée de Stephen King : le docteur Barett, un para-psychologue émérite et sa petite équipe de scientifiques, s’installent dans un vieux manoir réputé hanté pour effectuer des recherches sur les phénomènes paranormaux afin de sonder les mystères de l’âme humaine, la mission que leur a confié un milliardaire excentrique malade finançant l’expérience.

Cette intrigue vaguement inquiétante, ayant été pourtant considérée comme avant-gardiste lors de sa première publication en 1971, est aujourd’hui passée de mode. Même si la lecture fût plutôt haletante, le dénouement reste selon moi bien trop prévisible et les mécanismes utilisés par l’auteur pour faire frémir le lecteur sont complètement éculés : le sang à profusion n’impressionne plus de nos jours ni les scènes racoleuses trop souvent injustifiées. Je doute d’ailleurs garder un souvenir marquant de cette lecture superficielle.

En bref : Si les revenants sont ici dans ces deux œuvres littéraires, aussi inquiétants que ceux peuplant les nouvelles gothiques anglo-saxonnes du XIXème siècle, ils deviennent plus vraisemblables quand ils revêtent le visage de l’Amérique profonde et décadente de notre siècle. Ma préférence va néanmoins à Shining, une œuvre culte de la littérature d’épouvante parue en 1977 ( soit six ans après la publication de La maison des damnés!) qui elle, n’est pas prête de tomber dans l’oubli. Je dois bien l’admettre, ce huis-clos terrifiant m’a au final beaucoup plu.

Ce roman angoissant me rappelle étrangement la chanson macabre « Hotel California », du groupe musical The eagles, qui aurait pu très bien amorcer les premières lignes d’une nouvelle fantastique prometteuse… Peut-être qu’un auteur au charisme de Stephen King s’attèlera-t-il un jour à la tâche ambitieuse d’écrire son histoire pour nous révéler ses secrets…

Pour finir, voici la bande-annonce remastérisée du film de Stanley Kubrick de 1980 :

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Personnaliser sa bibliothèque

bibliothèque 2     Une fois n’est pas coutume, je souhaitais faire une petite parenthèse légère au « Challenge Halloween » pour partager avec vous ma passion pour les bibliothèques. Je possède une grande collection de livres. Depuis notre installation dans notre nouvelle demeure, j’ai dû investir dans quelques meubles d’appoint pour contenir toute ma pile de livres qui s’alourdie un peu plus chaque mois. J’aime beaucoup les étagères blanches « Shabby chic », un style très british dont je raffole particulièrement. Je flâne d’ailleurs régulièrement dans les boutiques de Maisons du monde pour puiser mon inspiration lorsque je décore mon intérieur. Malheureusement, les meubles en bois de cette enseigne sont bien souvent trop onéreux pour mon modeste budget. Mais qu’à cela ne tienne ! J’essaie toujours de chercher des bons plans pour décorer sans trop me ruiner. Mon tendre m’a offert récemment un meuble magnifique bien rustique, blanc de surcroît, que nous avons dégoté… chez Ikea. Nous avons décidé ensemble de le customiser pour rendre son aspect plus vieillot et authentique. Si notre idée d’ajouter une petite touche colorée au meuble pour lui donner plus de cachet semblait en soi être au départ une bonne idée, l’entreprise s’est finalement révélée complexe. Le papier peint que nous avions choisi n’adhérait d’abord pas correctement au bois et il se gondolait et se décollait par certains endroits, une vraie catastrophe ! Il nous aura fallu nous armer de beaucoup de courage tout comme de patience pour pouvoir mettre cette bibliothèque enfin sur pieds, une tâche fastidieuse à laquelle nous avons consacré plusieurs soirées d’affilée. Alors que j’étais sur le point de baisser définitivement les bras, mon tendre m’a fait la surprise cette après-midi de finaliser seul le travail.  L’attente en valait la peine, je suis aux anges ! Le meuble me plait grandement et a déjà pris ses marques dans mon boudoir. Le résultat n’est-il pas bluffant ?

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Le treizième conte

Diane-Setterfield--Le-treizieme-conteMargaret Léa, bouquiniste et biographe à ses heures perdues, reçoit une lettre mystérieuse de Vida Winter, une romancière au succès planétaire qui aurait publié plus d’une centaine de best-sellers. Cette dame âgée et souffrante la sollicite pour écrire ses ultimes mémoires et lever le voile sur sa dernière œuvre inachevée, Le treizième conte. Elle souhaite enfin révéler la vérité sur son passé dont elle a souvent donné des versions trop édulcorées à la presse. Margaret, intriguée par la personnalité insolite de cette auteure prolifique accepte finalement cette requête ambitieuse. Mais en écoutant le récit fantasque de l’écrivaine, elle commence à douter de la véracité des faits : se peut-il qu’une fois de plus Vida Winter mente sur ses origines?

Déjà dix ans que ce livre trône sur mes étagères, ballotté d’un pays à l’autre au gré de mes déménagements successifs. Comment ai-je pu, si longtemps, passer à côté d’un tel bijou ? Diane Setterfield a un talent inné de conteuse, son récit est captivant. Impossible de poser ce livre sans vouloir tourner une nouvelle page. A la manière d’un classique britannique, le style de cette œuvre est d’une fluidité exceptionnelle. L’écrivaine anglaise nous livre ici un roman gothique magnifique à l’intrigue très originale. J’ai pris beaucoup de plaisir au fil des pages à remarquer les nombreuses références aux classiques britanniques du XIXème siècle car la romancière connait parfaitement ses lettres, ayant été par ailleurs professeur de littérature française avant de se consacrer à l’écriture. J’ai notamment relevé un petit clin d’œil aux nouvelles fantastiques d’Henry James en la personne d’Hester, cette institutrice inquisitrice à l’imagination débordante qui n’est pas sans rappeler la gouvernante hystérique du Tour d’écrou. Une allusion qui m’a bien fait sourire.

En outre, on retrouve les caractères principaux du genre gothique traditionnel des grandes œuvres romanesques d’Ann Radcliffe : une atmosphère passablement anxiogène et une demeure délabrée – la propriété d’Angelfield – où une famille d’aristocrates décadents, le symbole du déclin progressif de cette lignée souffreteuse, vit à l’écart du reste du monde dans la campagne reculée de l’Angleterre des années 30-40. Le lecteur découvre à travers le récit que Vida Winter fait de son enfance, l’histoire étrange de jumelles à la chevelure flamboyante qui communiquent à l’aide d’un dialecte secret qu’elles ont-elles-mêmes inventé. Ces deux petites filles prénommées Adeline et Emmeline, pourtant physiquement identiques, possèdent chacune une personnalité bien distincte : la première est foncièrement méchante, l’autre douce, aimante et bien souvent soumise à sa sœur. Nous sommes de ce fait très vite plongés dans l’ambiance claustrophobe des Hauts de Hurlevent, de Rebecca, tout comme de Jane Eyre. Cette dernière œuvre, de surcroît, tient une importance capitale dans ce roman. Je ne voudrais pas vous révéler laquelle, au risque de trahir le dénouement. Par ailleurs, les parents des deux petites filles, toujours livrées à elles-mêmes, ressemblent à s’y méprendre aux personnages d’Heathcliff et de Catherine Earshaw dans l’œuvre d’Emily Brontë. Charlie et sa sœur cadette Isabelle Angelfield entretiennent une relation ambivalente qui est essentiellement basée sur la douleur. Ce lien incestueux des plus malsain déteint sur leurs enfants, fruits de leurs amours défendus et marquera au fer rouge leur existence…

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J’ai trouvé tous les protagonistes de cette histoire particulièrement fouillés. En dépit de leur caractère inquiétant, ces personnages sont toujours touchants. Comment ne pas être bouleversé par le sentiment indéfectible qui lie Emmeline à Adeline ? Ensemble elles ne forment qu’un tout, lorsqu’elles sont séparées, une vague de chagrin les saisit, et elles se retrouvent complètement perdues. J’ai aussi beaucoup aimé Margaret, elle aussi passionnée de livres ;  appréciant davantage la compagnie des morts à celle des vivants, notre héroïne vit en effet recluse avec son père dans leur modeste librairie de livres anciens. Tout comme Vida Winter dont elle écoute les confessions, elle traîne aussi le fardeau d’un drame familial secret qui la ronge. L’auteur explore ainsi le traumatisme d’une enfance malheureuse qui a conduit la narratrice à devenir une grande écrivaine pour exorciser ses démons intérieurs.

Bien que le roman soit hautement inspiré (notons que l’une des héroïnes se nomme Adeline comme la victime Des mystères de la forêt d’Ann Radcliffe, ce choix  de prénom ne peut être anodin), Diane Setterfield parvient tout de même à s’éloigner de ses modèles littéraires en apportant sa propre touche. D’emblée, j’ai été happée par l’intensité du récit, si bien qu’il m’a été difficile de me plonger par la suite dans de nouvelles lectures. Cette œuvre singulière vous surprendra autant qu’elle vous enchantera. Je dois bien l’admettre, la fin m’a soufflée.

Seul léger bémol cependant, les deux derniers chapitres qui clôturent le roman sont à mon sens un tantinet bancals. Il semble que l’auteure ne savait plus vraiment comment conclure son œuvre. Ces dernières pages n’étaient finalement pas utiles au dénouement de l’intrigue, elles semblent avoir été ajoutées à la dernière minute et paraissent un peu trop brouillonnes à mon goût. Néanmoins, ce petit point noir n’a en rien entravé mon plaisir de lecture. Le treizième conte reste pour moi un grand coup de cœur qui entre en résonnance avec l’univers fantasmagorique des œuvres de Carlos Ruiz Zafón. J’ai visionné l’adaptation télévisée de la BBC de 2013 et ne comprends pas encore une fois pourquoi elle reste si méconnue des téléspectateurs français. Elle mériterait davantage d’attention et devrait être diffusée sur nos chaînes nationales. La performance de Vanessa Redgrave qui incarne à l’écran Vida Winter est tout bonnement excellente.

En bref : un conte pour adulte brillant, respirant le confinement et la solitude, mais aussi un hommage vibrant à la littérature anglaise classique. Ce tout premier roman audacieux s’est révélé un véritable tour de force littéraire. Sans conteste, du grand art, comme seuls les Anglais savent le faire… Nul doute que ce chef-d’œuvre envoûtant, aux frontières du fantastique, à la manière des histoires de fantômes d’Henry James dont je raffole, occupera une place de choix dans ma bibliothèque.

La bande-annonce de la version de la BBC :

Ma première étape du « Challenge Halloween« .

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Publié dans Classique britannique, Lire du fantastique, roman gothique, Saga familiale | 34 commentaires

Retour du mois Halloween!

Chaussez vos bottes de sept lieues, la randonnée infernale est enfin ouverte ! Suivez-le guide. Cette année, Lou et Hilde ont décidé de nous entraîner à la pleine lune sur les sentiers escarpés d’une lande battue par les vents. Nous ferons ici durant notre périple plusieurs haltes. Tachez cependant de ne pas vous perdre dans la forêt que nous traverserons, elle est réputée hantée tous comme la demeure de Dragonwick où nous feront étape… Prenez aussi garde aux esprits qui rôdent la nuit dans les couloirs sinueux de l’Overlook Hotel. Si certains sont particulièrement facétieux d’autres en revanche peuvent se révéler diaboliques… Enfin, si au détour d’un corridor vous croisez des jumelles, méfiez-vous l’une d’entre elle est peut-être maléfique…

Nous débutons aujourd’hui même une nouvelle saison halloweenienne. Ce challenge littéraire s’achèvera le 5 novembre, de quoi nous laisser suffisamment de temps pour y participer pleinement. Je l’attendais avec impatience de plusieurs mois déjà.  En prévision de ce défi, j’ai une fois de plus déterré de nombreux trésors de ma bibliothèque et ai aussi fait quelques acquisitions pour l’occasion. Après moult hésitations, je me suis finalement fixé une liste d’une dizaine de livres dans laquelle je piocherai au gré de mes envies. A ce programme de lectures, je compte ajouter une sortie cinéma spéciale Halloween le 14 octobre (devinez laquelle ? Je vous donne un indice : il est question de maison hantée au  XIXème siècle…).

Pal Halloween

Ce mois-ci, le roman gothique tout comme les histoires de revenants seront avant tout à l’honneur sur ce blog. J’ai ainsi préféré me focaliser davantage sur le fantastique ainsi que le roman noir en lisant des œuvres dérangeantes qui font frissonner sans néanmoins verser dans l’horreur sanguinolente et gore que je trouve souvent grotesque. Méfiez-vous cependant, ces œuvres n’en seront pas pour autant moins effrayantes !

J’ai jeté un œil au calendrier des activités prévues tout au long du mois. Je compte participer humblement à certaines d’entre elles. Le jour du « Classique maudit » qui se déroulera le 22 octobre m’intéresse particulièrement ainsi que la lecture commune de Stephen King si elle est toujours maintenue. J’attends encore sa date précise pour l’instant, en attendant je dévore Shining.

Je me réjouis déjà d’avance à l’idée de reprendre cette aventure. Bien entendu, je ne dérogerai pas à la règle et visionnerai également quelques films d’épouvante tels que La dame en noir 2 pour l’occasion en me goinfrant de cookies et en dégustant une délicieuse soupe au potiron ! Je posterai aussi quelques photos de mes décorations d’Halloween au fil des jours. Bonne randonnée!

En attendant pourquoi ne pas jeter un œil à ces anciennes chroniques diaboliques, peut-être y trouverez-vous des idées de lectures futures…

°Carmilla de Sheridan Le Fanu

° The woman in black de Susan Hill

° Pauline d’Alexandre Dumas

° Le château d’Eppstein d’Alexandre Dumas

°Le miroir d’Edith Warthon

°Frankenstein de Mary Shelley

° Une famille de vampire d’Alexeï Tolstoï

° Un bébé pour Rosemary d’Ira Levin

° Le tour d’écrou d’Henry James

° Les lumières de septembre de Carlos Ruiz Zafon

° Histoires de fantômes (édition bilingue)

° Mary Reilly de Valérie Martin

Si vous souhaitez participer à l’événement c’est ici !

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Publié dans Chronique diabolique 2015 | 25 commentaires

La bête dans la jungle

41gEX6mIIWL._SX300_BO1,204,203,200_Je viens tout juste d’achever ce court roman percutant d’Henry James, maître incontestable de la nouvelle au XIXème siècle. Souvenez-vous, il y a un an déjà je vous parlais avec passion du Tour d’écrou, une histoire de fantômes particulièrement angoissante. Aujourd’hui, je me suis à nouveau attelée, non sans mal, à la lecture de La bête dans la jungle, une œuvre singulière qui m’a interpellée par sa portée philosophique.

John Marcher retrouve par hasard au cours d’une visite à la demeure splendide de Weatherend, Mary Bartram, une jeune femme qu’il avait rencontrée lors d’un voyage en Italie dix ans plus tôt. Cette dernière lui rappelle un épisode marquant de leur passé commun : un secret terrible que lui aurait confié John dans un moment de complicité fugace. En effet, le jeune homme a depuis son enfance l’intime conviction que son existence sera bouleversée un jour par un événement majeur qu’il associe à une bête monstrueuse tapie dans l’ombre, prête à bondir à la moindre occasion. Ce pressentiment saugrenu rythme ainsi son quotidien. Subjuguée par la confiance sans faille de John en sa destinée, Mary deviendra son unique confidente et partagera tout au long de sa vie cette attente désespérée. A la disparition douloureuse de son amie de toujours, John s’interrogera sur la perte frustrante de Mary et se rendra compte qu’il est peut-être passé à côté de l’essentiel de sa vie…

Henry James a le chic pour nous mettre mal à l’aise au fil des pages. Moins surprenante que Le Tour d’écrou que j’avais préféré à bien des égards, La bête dans la jungle, explore également avec finesse la psychologie de ses personnages tels que cet homme narcissique rongé par ses rêves fantasmagoriques de grandeur. John Marcher se complaît dans l’attente dérisoire d’un événement marquant. Les occasions se multiplieront sans qu’il saisisse les opportunités d’amour que lui tend inlassablement la main du destin. Une amitié teintée d’ambiguïté naîtra entre Mary et lui. La jeune femme vieillira finalement à ses côtés sans qu’elle ne devienne jamais véritablement sa compagne ou même son amante. Car John Marcher n’a que faire de la passion amoureuse, à l’évidence il est incapable d’aimer. Notons qu’Henry James, atteint dans sa jeunesse d’une mystérieuse maladie, se croyait lui-même impuissant. Peut-ce est-ce là l’écho du mal qui le rongeait ? En dépit du charme flagrant de cette jeune femme, John ne l’épousera pourtant jamais. Mary se compromettra d’ailleurs par sa faute aux yeux de la société et demeurera toujours célibataire malgré sa grande beauté. Bercée par les mêmes illusions, elle alimentera sans le vouloir ses fantasmes égoïstes, espérant pouvoir être associée à ce destin brillant. Il est triste de la voir gâcher sa vie en vain.

Ainsi donc, John Marcher est un personnage moyennement sympathique et, finalement, plutôt commun. Au risque de m’attraper des nœuds au cerveau, j’ai tenté de saisir tout le sens de ce texte doux-amer. Malgré leur brièveté, les nouvelles d’Henry James sont d’une richesse incontestable. Elles soulèvent toujours de nombreuses interrogations (parfois un peu fumeuses) sur la vie et le temps qui passe. Son écriture alambiquée peut s’avérer déroutante pour un lecteur non-aguerri, l’auteur débutant cette nouvelle par la fin en prenant à contre-pied le modèle du conte de fées traditionnel. L’histoire d’amour tant espérée par le lecteur est de ce fait avortée dès les premières pages du livre.

Bien que j’aie lu avec avidité cette nouvelle excellente, elle reste néanmoins un tantinet frustrante par certains aspects car ses personnages sont constamment figés dans l’attente. Tant que Mary vivra, John existera à travers son regard admiratif. A sa mort, il n’aura désormais plus de raison d’être. Il effleurera à plusieurs reprises cette vérité abominable pour s’en écarter une fois de plus brutalement jusqu’à l’épiphanie qui lui fera enfin saisir l’importance de ce gâchis. Une morale cruelle que le héros ne comprendra que trop tardivement…

En bref : Henry James maîtrise avec perfection le réalisme littéraire. D’une puissance vénéneuse, cette lecture intense parsemée de non-dits, brosse le portrait pathétique d’un homme suffisant pris au piège de ses illusions perdues, et qui découvrira avec amertume la médiocrité de son existence révolue. Ce récit cruel sur la peur du désir et la quête constante d’un bonheur insaisissable laisse songeur… Il semble renforcer la fameuse devise du cercle des poètes disparus : Carpe diem en nous rappelant qu’il faut profiter de chaque instant. Si banals soient-ils, ces moments sont le sel de notre vie. A méditer.

Cette nouvelle féroce me rappelle étrangement les paroles de cette magnifique chanson Only the very best (seulement le meilleur) de Peter Kingsbery que j’écoute souvent en boucle et qui débute par ces mots: « No one can have more than their due, I wanted life, I wanted you, only the very best, a reasonable request’.

Première participation au défis  Le mois américain de Titine du blog Plaisirs à cultiver et au Challenge XIXème siècle de Fanny, du blog Dans le manoir aux livres.

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Manderley for ever

9782226314765FSPour notre plus grand bonheur cette année, Tatiana de Rosnay s’est lancée sur les traces de Daphne du Maurier, une initiative que je ne peux que saluer étant une fervente admiratrice de cette romancière anglaise prolifique. J’avais en effet découvert avec émerveillement son talent exceptionnel durant mon adolescence. Je garde encore un souvenir impérissable de Rebecca et de Ma cousine Rachel tout comme de Jamaïca Inn. Passionnée par sa vie tout comme son œuvre foisonnante (pas moins de 15 romans, six recueils de nouvelles et j’en passe), je m’étais rendue, il y a quelques années à la manière d’un pèlerin, à Bodmin en Cornouailles pour visiter « L’auberge de la Jamaïque » où un musée remarquable lui est entièrement consacré. Bien entendu, lorsque j’ai appris la parution de cette biographie à la couverture sublime, je n’ai pas hésité à l’ajouter à ma liste d’envie, espérant pouvoir l’acquérir dès que mon porte-monnaie me le permettrait. Finalement, ce sont mes parents qui me l’ont généreusement offert à l’occasion de mon anniversaire.

Menabilly Daphne

Tatiana de Rosnay nous relate donc dans cette biographie romancée la vie tout comme le parcours d’écrivain torturé de Daphne du Maurier, une femme aux mille facettes qui nous fascine et nous émeut autant qu’elle nous agace parfois. L’auteure revient ainsi sur ses passions secrètes tout comme ses relations familiales complexes. On y découvre une femme au caractère bien trempé qui n’aspirait qu’à la liberté, celle de pouvoir vivre pleinement de sa plume. Cette biographie fourmille d’anecdotes sur l’écrivaine anglaise qui ne vivait que pour ses obsessions, sa passion dévorante pour l’écriture et les demeures vétustes chargées d’Histoire qui ont nourri son génie créateur, car Daphne du Maurier est aussi une dame pour le moins excentrique, qui préférait davantage les murs humides d’une bâtisse décrépie à la compagnie chaleureuse de ses proches. Elle aimait ainsi d’un amour passionné Menabilly, un manoir vieillot à l’attirance magnétique que lui louait une vieille famille d’aristocrates en Cornouailles durant de nombreuses années. C’est là qu’elle écrivit fiévreusement, loin des fastes des mondanités londoniennes, ses plus grands succès littéraires. Malgré le froid mordant du manoir et l’eau du robinet souvent verdâtre d’une tuyauterie défectueuse, Daphne du Maurier obstinée, refusera longtemps d’abdiquer. L’écrivaine restera indifférente aux supplications de ses trois enfants (Flavia, Tessa et Kits) qui, pour supporter la température glaciale, se verront forcer de dormir emmitouflés dans leurs manteaux d’hiver. Malheureusement, Daphne sera finalement forcée de la quitter sous la pression des propriétaires impatients souhaitant reprendre possession des lieux. Cette expérience douloureuse sera vécue comme un véritable deuil, un déchirement dont elle aura du mal à se remettre autant que de la disparition de son époux bien-aimé, Tommy, le vaillant officier de l’empire britannique, attaché de la reine Elisabeth II, dont elle fut éperdument amoureuse.

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Tatiana de Rosnay n’émet aucun jugement de valeur et nous laisse faire la part des choses. Néanmoins, malgré cette neutralité, la personnalité un tantinet antipathique de Daphne du Maurier transparaît dans chacune de ces pages. Cette dernière, individualiste, négligeait souvent ses enfants tout comme son époux au détriment de sa passion pour l’écriture, une activité vorace qui l’occupait nuit et jour. Pour s’y consacrer entièrement, elle demandera un jour à son mari de faire chambre à part. Ce choix égoïste sonnera le glas de leur relation déjà ébranlée par le traumatisme de guerre de Tommy qui traversera les deux conflits mondiaux. L’officier ne s’en remettra jamais véritablement et noiera son malheur dans la boisson. J’ai eu d’ailleurs beaucoup de peine pour cet homme solitaire que Daphne du Maurier surnommait avec affection « Tristounet », un sobriquet pathétique qu’il gardera jusqu’à sa mort. Si Tommy, dépressif, ne fut pas toujours en accord avec le choix de mode de vie un peu bohème de Daphne, il lui demeurera toutefois fidèle jusqu’à son dernier souffle en l’encourageant toujours dans ses projets littéraires.

On apprend de surcroît à travers ces bribes savoureuses, que l’écrivaine anglaise était issue d’une famille d’artistes et avait des origines nobles françaises. Son père, Gérald du Maurier, était un acteur illustre de théâtre, ses sœurs Angela et Jeanne étaient écrivaine et peintre. On sait peu de chose, en revanche, de la mère qui fut pourtant aussi dans sa jeunesse actrice. Daphne du Maurier nourrit une admiration sans borne pour sa famille paternelle et en particulier pour son grand-père « Kiki », un grand romancier qui s’expatria longtemps à Paris et qui lui insufflera le goût de la littérature. J’ai été particulièrement intéressée par le personnage d’Angela, la sœur aînée de Daphne du Maurier plus présente dans cette biographie que Jeanne, la cadette qui reste trop nimbée de mystère. Par ailleurs, Angela s’attèlera elle aussi à la tache laborieuse de l’écriture, sans grand succès néanmoins. Éclipsée par le talent monstrueux de sa sœur Daphne si ambitieuse, elle évoquera dans ses mémoires, avec bienveillance, leur rivalité d’écrivaine supposée. Ces deux sœurs étaient en effet très proches et ne manquaient pas de tarir d’éloges sur leurs travaux littéraires respectifs.

Bien que Daphne du Maurier se soit désolée souvent dans sa jeunesse de son manque d’indépendance financière vis-à-vis de ses parents, elle ne vécut jamais dans la misère. En outre, sa famille ayant été très fortunée, celle-ci satisfaisait sans broncher tous ses caprices. Son père un tantinet abusif, avec qui elle entretenait une relation complexe d’amour-haine, lui offrira un voilier magnifique puis, Ferryside, une maison de vacances somptueuse située face à la mer, à Fowey en Cornouailles où elle aimait passer la majorité de ses vacances.

Ferryside

J’ai été agréablement surprise de découvrir un lien de parenté entre le clan du Maurier et J.M Barrie, l’éminent créateur de Peter Pan. Le dramaturge et écrivain fut effectivement le tuteur des cousins de Daphne qui inspirèrent les personnages des enfants perdus du Pays imaginaire ! D’ailleurs, Daphne, avait imaginé au cours de son enfance, un alter ego à partir du modèle de Peter Pan, Eric Avon, qui lui permettra de se glisser dans la peau des protagonistes masculins de ses œuvres.

Tatiana de Rosnay nous révèle d’autres secrets comme les relations saphiques qu’eut Daphne avec plusieurs femmes qui devinrent au fil des années des muses pour ses héroïnes de papier. La plus célèbre reste Fernande Yvon, une professeure française qu’elle aima passionnément dans sa jeunesse avant de rencontrer son époux.

Ainsi donc, Tatiana de Rosnay ressuscite avec panache cette écrivaine à la personnalité contradictoire. Une femme sulfureuse qui ne résistera pourtant pas aux traditions sociales de son époque en se mariant et en fondant une famille malgré sa soif d’indépendance. Aussi évoque-t-elle ses démons intérieurs, sa quête perpétuelle du bonheur pour contrer ce qu’elle appelait « Le ruban noir » des du Maurier, une tendance atavique à une certaine mélancolie dépressive qui avait déjà gagné auparavant son père, son grand-père et son mari. Je dois admettre que j’ai préféré la partie sur sa jeunesse, plus gaie, tandis que la fin du livre m’a un peu déprimée. Daphne du Maurier ne se considérait pas comme une romancière à suspens à l’eau de rose et tentera vainement de s’écarter de ce genre trop déprécié par les critiques. Elle ne comprenait de ce fait pas l’engouement des lecteurs pour Rebecca, son principal chef-d’oeuvre, un roman gothique qui, selon elle, ne reflétait pas réellement son talent véritable d’écrivaine. Malheureusement, le fantôme de Rebecca la poursuivra jusqu’à la fin…

DAPHNE DU MAURIER

En bref : cette incursion réjouissante dans l’univers de l’auteure fut un véritable régal. L’exercice de style est réussi, chapeau bas à Tatiana de Rosnay pour ce travail titanesque de recherches. Cette biographie éblouissante très érudite, n’a pas complètement terni l’image que j’avais de Daphne du Maurier.  Même si l’on y entrevoit une facette de l’écrivaine qui n’est à mon sens pas toujours valorisante, son caractère profondément humain la rend par certains aspects attachante. D’une plume fluide, Tatiana de Rosnay nous livre donc un hommage vibrant à cette romancière provocatrice, francophile et à l’humour pince sans rire. En outre, ce livre-écrin est agrémenté de superbes clichés de Daphne du Maurier en compagnie de ses proches ainsi que des propriétés qui marquèrent sa carrière littéraire. Une édition soignée, faite avec goût. Un bel ouvrage à ne surtout pas manquer!

Première participation au « Challenge Daphne du Maurier » organisé par Nath du blog Un chocolat dans mon roman.

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Nouvelles emplettes

Cela faisait bien longtemps que je n’avais pas partagé avec vous mes toutes dernières acquisitions livresques. Ma Pal va d’ailleurs encore s’agrandir dans les jours prochains, j’ai repéré d’autres œuvres qui me tentent grandement… Ce mois-ci, j’ai pu profiter pleinement des vacances pour flâner au gré de mes envies dans mes librairies préférées. Bien entendu, l’acheteuse de livres compulsive que je suis n’a pas pu résister à la tentation. J’ai ainsi fait des petites folies, je me suis acheté quelques romans classiques et contemporains qui devraient me fournir matière à écrire durant les prochains mois :

Pal nouvelles acquisitions

  •  Comme je vous le disais ici dans l’un de mes derniers billets consacrés aux excursions littéraires, j’ai rapporté de la boutique de souvenirs du château de Monte-Cristo, Mille et un fantômes, un recueil d’histoires fantastique d’Alexandre Dumas que je lirai avec plaisir en prévision du mois « Halloween » organisé par Lou et Hilde dès le début d’octobre.
  • Je me suis aussi procuré pour cet événement que j’attends avec grande impatience, le titre Dolly, une novella écrite par Susan Hill. J’avais adoré frissonner à la lecture de The woman in black. (ma chronique passionnée ici), un super coup de cœur. Ce court récit fantastique en version originale me tentait depuis de nombreuses semaines, l’ayant repéré sur la liste de suggestions alléchantes de lectures d’Amazon.
  • Depuis la superbe découverte de Loin de la foule déchaînée de Thomas Hardy dont je vous parlais avec enthousiasme ici, j’ai eu envie de renouer avec ce grand auteur britannique et ai acheté Les forestiers que je lirai sans-doute dans les semaines à venir. Impossible de résister, cette édition est juste magnifique!
  • Enfin, étant sur le point d’achever la lecture de Manderley forever de Tatiana de Rosnay dont je vous parlerai dès la semaine prochaine, je me suis racheté Rebecca dans sa nouvelle traduction française. Peut-être garderais-je aussi ce roman gothique pour octobre. Sauf, si je craque avant, ce qui est fort probable puisqu’il a été sélectionné pour mon club de lecture.

J’ai  donc hâte de partager avec vous mes avis sur ces œuvres. En attendant, je commence à préparer ma PAL d’Halloween pour le mois prochain et poursuis la rédaction de futurs billets sur mes derniers coups de cœur mais pas que, je pense également vous préparer un florilège des derniers flops littéraires de cet été… Et il y  en a pas mal, croyez-moi!

Vous remarquerez que cette liste d’achats ne présente pas de livres de la rentrée littéraire. J’aime l’esprit de contradiction et je dois avouer que ces nouveaux titres ne me tentent guère pour le moment (pas facile de s’y retrouver dans ce large choix de publications). Nous verrons avec le temps. J’attendrai sûrement de les voir sortir en poche pour me décider à y jeter un œil avant de les acheter car je les trouve trop chers en grand format. De plus, je n’ai pas encore digéré les daubes coûteuses de l’année dernière… Je ne suis donc pas sûre de vouloir tout de suite réitérer cette expérience amère. A voir.

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Labor day (Un long weekend)

labor day romanSous la chaleur suffocante d’une journée d’été américaine, Henry, un jeune garçon de treize ans accompagné de sa mère Adele, célibataire-divorcée et dépressive chronique, se rend comme chaque année au supermarché de sa petite bourgade isolée du New Hampshire pour effectuer les dernières emplettes de la rentrée. Une perspective ennuyeuse qui ne le tente guère. Mais au détour d’un rayon, un fugitif blessé accusé pour meurtre de sang-froid, les prend en otage. Adele et son fils n’auront d’autres choix que de le ramener clandestinement avec eux dans leur bungalow familial où ils cohabiteront sous le même toit durant quatre jours. Cette brève rencontre d’abord appréhendée, bouleversera finalement le cours de leur existence…

Il me tardait de vous parler de ce beau roman lu dans sa version originale ! Certaines lectures sans prétention réussissent à nous ébranler sans qu’elles soient pour autant qualifiées de chef-d’œuvre. C’est ainsi le cas de Labor day, traduit en français sous le titre approximatif d’Un long weekend. Je suis en effet tombée sous le charme de ce petit bijou littéraire, une grande histoire d’amour émouvante perçue à travers le prisme du regard d’un adolescent. Moi qui de coutume rechigne à lire des romans contemporains, cette fois-ci, ce fut vraiment une bonne pioche !

Je dois bien l’admettre, j’ai été touchée par le courant de tendresse qui traverse ce récit et en particulier par ses personnages au caractère profondément humain, à l’instar d’Adele, cette femme brisée par les coups du sort, qui élève tant bien que mal son fils unique sans l’appui rassurant d’une présence masculine. Frank, ce détenu séduisant en cavale, deviendra une figure temporaire paternelle de substitution pour Henry, négligé par un père trop absent. Quant à Adele, cette trentenaire agoraphobe encore belle malgré son manque de confiance, elle trouvera enfin grâce à lui la force de se tourner vers le futur, d’affronter la vie, elle qui vivait emprisonnée avec les fantômes de son passé : la perte traumatisante d’un nouveau-né, une succession humiliante de fausse-couches puis la désertion d’un mari trop faible pour l’épauler dans ce lourd chagrin.

Tissé d’allers-retours dans le temps, ce roman brosse de ce fait la passion ardente et interdite de Frank, ravisseur présumé, et d’Adele, mère solitaire, deux êtres abîmés par la vie. D’un style concis, l’auteure dissèque également avec brio les émois amoureux d’Henry encore adolescent. Les descriptions sensorielles teintées de naïveté sont d’ailleurs sublimes. Cette sensualité dépeinte toute en retenue respecte admirablement bien le contexte de l’époque : les années 80, où l’on savait encore savourer sans contrainte des téléphones portables ou autres objets parasites, les petits plaisirs simples que nous offre la vie, comme profiter du soleil pour jouer au baseball en famille, danser dans la cuisine au son grésillant d’un antique tourne-disque, ou même se lancer dans la confection d’une tarte aux pêches succulente avec les fruits mûrs du jardin.

La relation mère-fils qu’entretient aussi Henry avec Adele est touchante. Henry tente désespérément de sortir sa maman de la léthargie dans laquelle elle s’est plongée depuis son divorce. Pour soulager les tâches quotidiennes d’Adele, il fabrique des « coupons-mari » qu’il offre à sa mère. En échange, il se propose de faire la vaisselle à sa place durant une semaine, de lui concocter un repas mais aussi de lui servir de cavalier durant une soirée, ou même de lui promulguer des massages de dos. Henry espère ainsi pouvoir compenser l’absence  douloureuse de son père, un geste attendrissant et en même temps pathétique qui a réussi à m’émouvoir jusqu’aux larmes.

Bien entendu, j’ai très vite visionné dès sa sortie en salle l’adaptation cinématographique. Dans la lignée de Sur la route de Madison, ce film sans effet de manche réalisé à l’image du roman fut un vrai coup de cœur. Les critiques ont été, à mon sens, trop durs avec ce film qu’ils ont qualifié injustement d’une pointe méprisante de « gentille bluette » ! Je ne suis pas d’accord. Je n’ai pas boudé mon plaisir.

Certes, Jason Reitman, le réalisateur célèbre de Juno, signe un drame hautement romantique à suspens, un choix assez surprenant qui diffère grandement de la comédie douce-amère qui fut initialement son succès ; cependant, Last days of summer reste un film réussi, à la réalisation sobre mais efficace. L’intérêt ne réside pas de toute façon dans la trame qui est ici minimale, mais plutôt dans la description de l’éclosion des sentiments passionnés de Frank et d’Adele, rendus avec justesse à l’écran grâce à la complicité de Kate Winslet et de Josh Brolin. J’ai été surprise de découvrir que cet acteur au sex-appeal affolant avait été repéré initialement dans Les Goonies, un film d’aventure de Stephen Spielberg que j’adore revoir encore aujourd’hui, et une référence cinématographique mémorable de mon enfance ! Au risque de faire gronder les puristes (on s’en fiche !), j’ai trouvé que Josh Brolin, déjà dans la force de l’âge crédibilisant parfaitement ce rôle masculin d’homme déchu, avait autant de charisme que Clint Eastwood dans le film Sur la route de Madison. Par ailleurs, Kate Winslet qui incarne admirablement bien Adele, représente le même type de femme au foyer que le personnage féminin interprété par Meryl Streep. Ce sont toutes les deux, de surcroît, des actrices talentueuses, capables de jouer une palette d’émotions considérable, même si Kate Winslet excelle davantage dans le drame romantique.

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En bref : ce huis-clos émouvant et rafraîchissant met du baume au cœur. Joyce Maynard aborde avec tact et pudeur les thèmes principaux de la famille recomposée, du divorce, tout comme de la rédemption. Une ode magnifique à la vie et aux plaisirs des choses simples en mode sépia à ne surtout pas manquer !

La bande-annonce du film:

Seconde participation au challenge « Le mois américain » organisé par Titine, pour y participer, c’est ici!

le mois américain

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Pauline

pauline couvertureMa visite récente au château de Monte-Cristo a suscité chez moi un regain d’intérêt pour l’œuvre complète d’Alexandre Dumas. J’ai ainsi décidé d’explorer davantage son univers littéraire en me plongeant de temps à autre dans l’un de ses meilleurs romans. J’ai de ce fait jeté cette semaine mon dévolu sur Pauline, une œuvre de jeunesse publiée en 1838 qui trônait depuis plusieurs années sur mes étagères. A l’occasion d’Halloween il y a déjà deux ans, j’avais découvert, enchantée, Le château d’Eppstein, un autre roman noir dantesque et captivant dont j’avais fait une critique enthousiaste et un tantinet dithyrambique (ma chronique ici)… Une fois encore, le style ébouriffant de Dumas m’a séduite. Cette nouvelle lecture savoureuse m’a en effet permis de renouer avec les classiques français qui se faisaient de plus en plus rares sur mon blog, préférant privilégier la littérature anglo-saxonne que j’affectionne particulièrement.

L’ensemble du roman est narré à travers trois récits enchâssés : celui de prime abord d’Alexandre Dumas, puis celui d’Alfred de Nerval, enfin, celui de Pauline, qui nous contera elle-même ses infortunes. Difficile de vous résumer l’intrigue de ce roman sans trop en dévoiler. Un résumé détaillé de l’histoire risquerait de vous gâcher tout le plaisir de cette lecture enfiévrée. En effet, le livre fourmille de rebondissements truculents.

Je ne vous donnerai donc que son pitch :

Alfred de Nerval, un jeune dandy sans ambition, qui voyage au gré de ses envies pour tromper son ennui, découvre par le plus grand des hasards au cours d’une promenade nocturne dans la campagne normande, Pauline, son amour d’antan, séquestrée vivante dans un caveau. Comment sa tendre aimée a-t-elle atterri dans cette prison effroyable ?

De là, découle le récit alambiqué des mésaventures de Pauline, qui fut pour son plus grand malheur séduite par la beauté diabolique du comte Horace de Beuzeval.  Ce gentilhomme pourtant auréolé de scandale n’est autre qu’un bandit de grand chemin, un coureur de dot dépravé, et un assassin impitoyable… Alfred de Nerval tentera de gagner le cœur de cette triste martyre, au risque de brûler ses propres ailes…

Quelques jours seulement m’auront suffi pour venir à bout de cette œuvre romanesque passionnante. Alexandre Dumas trempe sa plume dans l’encre sombre du roman gothique, un genre populaire, dont les lecteurs britanniques du XIXème siècle raffolaient. Ce genre fut initialement amorcé cent ans plus tôt par des écrivains pour la plupart anglais tels qu’Horace Walpole ou Ann Radcliff. Leurs romans ont, sans conteste, ouvert la voie aux sœurs Brontë tout comme à Daphne du Maurier. La parenté s’annonce d’emblée dans ce roman : à l’instar de Jane Eyre, personnage éponyme féminin du roman de Charlotte Brontë, ou même de l’héroïne insipide de Rebecca, Pauline est une jeune femme frêle et sans défense, tombée sous la coupe d’un homme plus âgé qu’elle. Bien entendu, comme Rochester, ce dernier vit aussi reclus dans un château ancestral, situé ici sur une terre aride balayée par les vents marins. En l’occurrence, le décor sinistre de cette intrigue compliquée est planté au cœur de la Basse-Normandie, en bord de mer, non loin de la ville de Caen. Etant moi-même installée dans un petit village normand, ce détail scénique m’a bien fait sourire.

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Cependant, le Gothique qui n’apparaît finalement que dans les premiers chapitres, n’est pas l’unique influence d’Alexandre Dumas. Le drame romantique est davantage présent dans ce roman. De surcroît, cette œuvre est marquée par l’incapacité à vivre de ses personnages toujours enlisés dans une profonde mélancolie. Par ailleurs, Alfred de Nerval, qui rappelle étrangement le héros neurasthénique des Souffrances de Werther, tout comme Pauline, une figure virginale et souffreteuse, incarnent ainsi à merveille le « Mal du siècle ». Jeune rentier follement épris, Nerval ne voit pas qu’il est déjà trop tard. Pauline ne prend plus goût à la vie et s’abîme un peu plus chaque jour dans une tristesse catatonique. Se désolant de la voir ainsi dépérir, il se donnera pour mission de rétablir sa santé et l’emmènera avec lui parcourir l’Europe. A sa disparition, lui-même s’enfermera dans un puits de solitude sans fond.

J’ai été déstabilisée par la construction narrative circulaire du roman. Le lecteur apprenant dès les toutes premières pages la mort de Pauline, il n’ y a point de surprise, car Dumas préfère se focaliser davantage sur les péripéties. Néanmoins, malgré cette structure qui peut paraître déroutante pour un lecteur moderne, les pages ont défilé à un rythme effréné. Je dois l’admettre, l’ennui ne m’a pas gagné une seule fois ! Lisez-le !!! C’est une petite pépite littéraire.

En outre, ce livre introduit déjà les ingrédients essentiels de la recette du succès de Dumas, repris avec plus d’habileté dans Le comte de Monte-Cristo, l’œuvre qui le portera véritablement au firmament de la gloire : l’usurpation d’identité, la substitution de cadavres, les portes qui se dérobent dans une bibliothèque dévoilant une cachette secrète, des passions éthérées, une jeune femme, à la pureté d’âme délicate, qui ne cesse de tomber en pâmoison, des soupirs en veux-tu en voilà, et de l’aventure pardi ! De quoi tenir le lecteur en haleine jusqu’à la dernière page tournée !

En bref, un classique incontournable du genre qui fait frissonner sans toutefois verser dans l’horreur. Dumas reprend le filon gothique britannique et l’exploite avec brio, en le densifiant par l’ajout d’une touche romantique très française. J’ai désormais hâte d’attaquer la lecture des Mille et un fantômes

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Lu dans le cadre du Challenge XIXème siècle organisé par Fanny sur le blog Le manoir aux livres. Pour y participer c’est ici!

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Le miroir, suivi de Miss Mary Pask

le miroir edith warthon imageHalloween se profile doucement à l’horizon. Qu’on le veuille ou non, la fin de l’été est malheureusement bel et bien arrivée! Les soirées se sont rafraichies et la grisaille s’installe progressivement. L’heure de reprendre mes lectures au coin du feu, emmitouflée dans un plaid, a sonné. Comme chaque année, je me suis prise au jeu pour célébrer en bonne et due forme cet événement tant attendu. J’ai de ce fait fouiné dans ma bibliothèque pour y déterrer quelques trésors d’écriture.

C’est durant ces recherches que je suis tombée sur ce minuscule recueil comportant deux nouvelles d’Edith Warthon, une romancière new-yorkaise que j’affectionne particulièrement, ayant lu et adoré il y a quelques années, Les Boucanières, oeuvre posthume inachevée. Cette romancière renommée dépeint toujours avec maestria une aristocratie américaine sur le déclin, accablée par l’émergence d’une nouvelle classe que l’on surnomme avec dédain : les nouveaux riches. Ces derniers sont bien entendu une fois de plus au cœur de ces deux nouvelles, portraiturés ici sous les traits de Mrs Clingsland dans Le Miroir, une femme richissime aux préoccupations bien triviales : sa peur effroyable d’apercevoir le reflet de sa beauté flétrissante.

Cette classe frivole est aussi perçue à travers le récit pathétique que fait le narrateur, un peintre à l’identité inconnue, dans la nouvelle Miss Mary Pask. Dans un élan de sympathie, ce peintre bien intentionné, décide d’honorer la mission charmante que lui a confiée Mrs Grace Bridgeworth, l’épouse dévouée de son ami, en rendant visite à sa sœur adorée, Miss Mary Pask, une vieille fille insignifiante qui s’est retirée en Bretagne par « amour de l’art » afin d’oublier les déconvenues de sa morne existence. Une rencontre pour le moins traumatisante qui mettra les nerfs de notre peintre-narrateur à rude épreuve !

On retrouve ici le thème de prédilection des œuvres d’Edith Warthon, la femme vieillissante à l’automne de sa vie, à l’image féroce de Mrs Clingsland, une vieille dame bercée d’illusions et désormais dépourvue de ses armes de séduction, qui préfère se réfugier dans son passé de midinette pour éviter d’affronter la dure vérité: le reflet de son visage fané que lui renvoie impitoyablement son miroir. Mrs Clingsland se laisse duper par sa masseuse et confidente, Mrs Attlee, férue de spiritisme à ses heures perdues, qui, pour la sortir de sa mélancolie, imaginera un subterfuge des plus farfelus : elle lui fera parvenir des lettres d’amour de l’au-delà, que lui aurait confiées Harry, un jeune admirateur secret, disparu durant le naufrage du célèbre Titanic.

Ces deux nouvelles d’une cruauté grinçante, intitulées respectivement Le miroir et Miss Mary Pask, sont plutôt originales car elles prennent pour une fois le genre fantastique et notamment le récit de fantôme à contre-pied. Si ces deux histoires pourtant inégales m’ont plu dans l’ensemble, j’ai toute de même eu une petite préférence pour la seconde, l’intrigue de la première s’étant révélée à mon sens trop prévisible. C’est donc avec une petite pointe de déception que j’ai découvert la chute du Miroir. Je dois bien l’admettre, étant devenue au fil des années une lectrice de plus en plus tatillonne, la nouvelle n’est pas vraiment mon support littéraire favori. Soyons francs, ce recueil n’est pas un chef-d’œuvre du genre. Loin de là. Certes, l’ironie mordante d’Edith Warthon est bel et bien présente dans chacune de ces pages, et je n’ai fait qu’une bouchée de ces histoires atypiques, cependant, l’ensemble reste trop superficiel à mon goût. Sans-doute est-ce la limite de la nouvelle, un genre à la structure trop lisse et contraignante qui ne permet pas d’approfondir véritablement l’histoire ?

edith warthonNéanmoins, malgré ces petits points noirs, il faut bien le reconnaître, l’auteure distille d’une main de maître l’angoisse diffuse du récit fantastique traditionnel. Tout son talent s’exprime en effet dans les descriptions détaillées que fait la romancière du cadre inquiétant de la Bretagne où vit recluse Miss Mary Pask, tout comme dans l’atmosphère lugubre qui s’en dégage, à l’instar de la demeure vétuste de cette triste vieille dame, aux tapisseries poussiéreuses et au charme désuet, semblant suspendue dans le temps depuis sa disparition… Par ailleurs, cette dextérité d’écriture est également décelée dans la psychologie des personnages qui reste bien esquissée. Un tour de force littéraire que l’on ne peut que saluer ! Comment ne pas éprouver un certain malaise devant la mine contrite de ce peintre berné par une terreur irrationnelle, le fruit d’une imagination trop fertile? Ce pauvre homme, devant la vision cadavérique de Miss Mary Pask qui est accentuée par le jeu d’ombre de la nuit, est convaincu d’avoir été confronté à une authentique expérience paranormale. Cette deuxième nouvelle plutôt enlevée fut d’ailleurs un régal de lecture !

Dans ce modeste recueil, Edith Warthon souligne ainsi les dangers des croyances folkloriques tout comme le pouvoir parfois néfaste de l’imagination collective qui déforme souvent la réalité. J’ai aimé cette plume ironique et moqueuse qui n’hésite pas à fustiger ces « contes de bonne femme » absurdes et à ridiculiser ses personnages grotesques, victimes de leurs propres fantasmes, et au pathétisme souvent caricatural. Point de frissons donc ici, puisque ce ne sont pas des histoires de fantômes à proprement parler, mais plutôt une parodie du genre assez réjouissante malgré tout. Au final, cette petite immersion dans l’univers d’Edith Warthon m’encourage tout de même à poursuivre mon exploration littéraire. Cependant, je compte m’intéresser davantage à la forme du roman dans laquelle le talent d’écriture de l’écrivaine semble avoir réellement pris tout son éclat…

le mois américain

Première participation au challenge Le mois américain organisé  par Titine, pour vous y inscrire c’est ici!

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Le château de Monte-Cristo

    Pour célébrer mes vacances, je suis partie hier avec mon Père sur les pas d’Alexandre Dumas en visitant le château de Monte-Cristo, un lieu magique, suspendu dans le temps et au cœur même de la ville de Port-Marly dans les Yvelines. Nous avons quitté Cambremer dans la matinée et sommes arrivés à l’ouverture. Le château de Monte Cristo, situé à l’ouest de Paris, n’est pas facile d’accès, il nous aura fallu du temps avant de pouvoir trouver l’emplacement du parking. A notre grande surprise, l’endroit était pratiquement désert. Il semblerait que les touristes se soient volatilisés avec la rentrée des classes.

La visite a donc été très agréable. Nous avons pu vagabonder au gré de nos envies dans le magnifique jardin anglais dessiné par Dumas lui-même et prendre en toute tranquillité de nombreux clichés de cette bâtisse somptueuse. Le château édifié en 1846 avait été menacé de démolition en 1969, il fut sauvé in extremis par la Société des Amis d’Alexandre Dumas qui s’était mobilisée pour préserver ce patrimoine trop longtemps dédaigné. Le château de Monte-Cristo, initialement baptisé « le pavillon de l’île » en l’honneur de Saint-Domingue dont était originaire sa famille, fut ouvert définitivement au public en 1994.

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IMG_20150904_173827J’ai trouvé cette visite passionnante, le musée recèle nombre d’anecdotes croustillantes sur cet auteur français remarquable et sa « modeste » maison de campagne de style Renaissance. On apprend ainsi que Dumas mena la vie de pacha et avait même construit un salon mauresque en souvenir de ses voyages passés en Tunisie. Le roi du Maroc, Hassan II, mécène, a financé une grande partie des travaux de restauration.

Une galerie dans la salle de séjour principale dévoile les portraits de son unique épouse, Ida Ferrier, une ancienne actrice, ainsi que de ses innombrables maîtresses. L’écrivain flambeur à la vie pour le moins dissolue eut en effet de multiples conquêtes féminines et un grand nombre d’enfants (dont seulement trois furent reconnus légitimes !). Lui-même taquin, il se plaisait à se vanter d’en avoir eu plus de cinq cent au total ! De quoi faire rêver les potentiels descendants…

Un tantinet mégalo, Alexandre Dumas, fatigué des mondanités, se construira au sein même du domaine, une écritoire néo-gothique à l’image de sa démesure : le château d’If, son cabinet de travail où il pouvait se réfugier dans l’écriture sans crainte d’être dérangé. La bâtisse est entourée de petites grottes et de ruisseaux qui apportent un cachet supplémentaire au jardin déjà splendide. Quant à la façade, elle est ornée de petites sculptures où l’on peut y lire encore gravés les quatre-vingt-huit titres que comporte l’œuvre foisonnante de l’écrivain. Impressionnant!

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Dumas étant un amateur de bonne cuisine, un festin était toujours prêt à être servi dans sa demeure pour l’arrivée d’invités impromptus. On peut d’ailleurs trouver dans la salle à manger un extrait d’une recette de cuisine pour le moins exotique et farfelue pour la cuisson de pieds et de trompes d’éléphant ! Alexandre Dumas était réputé bon vivant et travaillait à la rédaction d’un dictionnaire culinaire. Malheureusement, trop affaibli par la maladie, cet ouvrage ne sera pas achevé de son vivant, et c’est Anatole France qui s’attellera à la tâche pour le finaliser.

On découvre également à travers les portraits et lithographies du romancier français, un homme à l’humour mordant fier de ses origines. Cette joute oratoire, l’une des plus célèbres, entre un journaliste méprisant et lui, en témoigne :

« Au fait, cher maître, vous devez bien vous y connaître vous en nègres… »

Il rétorquera avec une pointe de malice : « Mais très certainement, mon père était un mulâtre, mon grand-père un nègre et mon arrière-grand-père un singe. Vous voyez Monsieur, ma famille commence là où la vôtre finit ! »

Alexandre DumasL’œuvre  grandiose que nous a léguée Alexandre Dumas est exceptionnelle, elle aura nourri et inspiré de nombreuses créations littéraires, théâtrales comme cinématographiques donnant naissance à des pastiches, parodies ou plagiats en tout genre. Résumer dans un seul billet Dumas, ce personnage haut en couleur au destin admirable, serait trop présomptueux, c’est pourquoi je ne vous présenterai pas ici une énième biographie de l’auteur. Cette excursion littéraire m’aura tout de même permis d’entrevoir un peu plus la personnalité de l’écrivain tout comme son parcours professionnel extraordinaire. Alphonse Lamartine dira de lui lorsqu’il lui écrira : « On avait cherché le mouvement perpétuel, vous avez fait mieux, vous avez créé l’étonnement perpétuel ! »

Et je dois bien l’admettre moi-même, à chaque nouvelle lecture, je découvre avec émerveillement une nouvelle facette de l’écrivain. Dumas excelle dans tous les genres et maîtrise à la perfection le gothique, le fantastique, le genre romantique et en particulier historique. Ses œuvres d’une richesse inouïe sont une source intarissable de culture dans laquelle je ne me lasse toujours pas de puiser !

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Bien entendu, après cette visite mémorable, un petit tour dans la petite boutique « souvenirs » s’imposait. J’ai ainsi fait l’acquisition d’un nouveau titre qui est venu s’ajouter à ma bibliothèque : Les Mille et un fantômes, un recueil d’histoires fantastiques qui me faisait de l’œil depuis de nombreuses années, et que je lirai sans aucun doute avec plaisir pour Halloween, dès que j’aurai terminé la lecture actuelle de Pauline que je chroniquerai pour la même occasion.

J’ai déjà repéré de nouveaux lieux à visiter, peut-être irai-je aussi prochainement jeter un œil au domaine de la comtesse de Ségur…  Affaire à suivre.

 

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Loin de la foule déchaînée

le roman loin de la foule déchaînéeJ’ai longtemps gardé un souvenir traumatisant des œuvres de Thomas Hardy. Il faut dire que j’étais partie d’un très mauvais pied. Jude l’obscur et Tess d’Uberville, deux œuvres à la fois déprimantes et claustrophobes m’avaient refilé le bourdon au point de me laisser une impression moite franchement déplaisante (suicidaires s’abstenir). D’ailleurs, ces lectures me hantent encore aujourd’hui. Je n’avais donc nullement envie de réitérer l’expérience en me replongeant dans cet univers trop sombre à mon goût. Mais le désir de découvrir Loin de la foule déchaînée, dont je n’avais lu que des critiques élogieuses sur la toile, me titillait tant depuis quelques mois qu’à l’annonce de sa sortie en salle cette année, ma patience a finalement flanché. Malgré mes réticences à l’égard de cet écrivain anglais, je n’ai finalement pu m’empêcher d’acquérir cette nouvelle édition de poche.

A ma grande surprise, j’ai pris une sacrée claque ! Non seulement j’ai dévoré chaque page de cette œuvre de jeunesse de l’auteur étonnement optimiste, mais en plus, ce dernier est bel et bien devenu l’un de mes romans de chevet favoris au même titre qu’Autant en emporte le vent ! Cette lecture m’a regonflée à bloc ! Incroyable que cette œuvre romanesque pourtant catégorisée comme un classique « poussiéreux » puisse encore toucher les lecteurs du XXIème siècle ! Thomas Hardy nous livre une œuvre sublime hautement romantique prenant pour décor le Wessex du XIXème siècle, une contrée fictive inspirée de sa propre région natale le Sussex.

Nous suivons au fil des pages les péripéties de Gabriel Oak, un jeune berger prospère qui caresse le projet fou d’épouser sa ravissante voisine, l’impétueuse Bathsheba Everdene. A son grand dam, cet homme séduisant à l’âme de poète sera éconduit par la belle qui lui rira au nez préférant tourner sa proposition en une vulgaire plaisanterie. En effet, la belle orgueilleuse ne voit en lui qu’un rustre paysan. L’infortuné n’est pas au bout de ses peines et rencontrera encore de nouvelles épreuves. Il perdra ainsi l’intégralité de son troupeau de moutons après que l’un de ses chiens mal dressé les ait malencontreusement précipités du haut d’une falaise. Sans ressource, notre héros parcourra la campagne anglaise à la recherche d’un nouvel emploi. Sur sa route, il prêtera main forte à un groupe de paysans pour sauver leur ferme d’un incendie sans savoir que la propriétaire des lieux n’est autre que Bathsheba, son amour de jeunesse plus belle que jamais, qui l’avait jadis repoussé sans ménagement. Cette dernière, devenue héritière du commerce ovin florissant de son oncle qui lui a légué sa ferme, a désormais la réputation de croqueuse d’hommes, et est sollicitée par de nombreux prétendants. De ce fait, notre modeste berger Gabriel peut-t-il encore loin de cette foule déchaînée se faire aimer de cette femme tant convoitée et ce, malgré le fossé social qui semble toujours d’avantage les séparer ?

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Cela faisait bien longtemps que je ne m’étais pas autant attachée à des personnages de romans. Thomas Hardy nous portraiture des protagonistes empathiques. J’ai d’ailleurs eu une petite préférence pour Bathsheba, une héroïne vibrante de ses défauts et pétrie de contradictions, digne de Scarlett O’Hara. Loin d’être parfaite, cette beauté ténébreuse un tantinet caractérielle reste malgré tout profondément humaine. Si Bathsheba multiplie les faux pas au grand désarroi du lecteur en prenant bien souvent de mauvaises décisions et en faisant preuve parfois d’une naïveté déconcertante, elle assume cependant toujours ses erreurs et s’investit corps et âme dans tout ce qu’elle entreprend. Qu’importe les obstacles qui jalonnent son parcours, elle ne courbe jamais le dos sous le poids de ses infortunes. Bien qu’inexpérimentée, elle se retrouvera pourtant à la tête d’une immense fortune et travaillera d’arrache-pied à l’égal de n’importe quel métayer de sa ferme pour faire fructifier son entreprise. Cet aspect ambitieux de l’héroïne est d’ailleurs admirable. En somme, c’est une femme de tête déjà résolument moderne pour son époque. On retrouve d’ailleurs ici des thèmes analogues aux romans d’Henry James et en particulier à The Bostonians. Comme le personnage principal féminin exalté de cette œuvre, Bathsheba est elle aussi tiraillée entre son désir inavoué de devenir l’épouse comblée qui sied à son statut social et sa peur constante de perdre son indépendance. Malheureusement, la demoiselle trop influençable se prendra finalement dans le piège d’un mariage trop précipité. Je n’en dévoilerai pas davantage. Autour d’elle gravitent de nombreux soupirants dont Gabriel Oak, William Boldwood et Francis Troy.  Son cœur balancera au fil des pages entre ces trois prétendants. A vous de lire le livre si vous souhaitez savoir sur lequel de ces gentlemen la belle jettera finalement son dévolu… Tout l’intérêt de ce roman réside de toute façon dans ce principal mystère.

Si Bathsheba a certes un besoin viscéral de plaire, une coquetterie qui lui nuira à plusieurs reprises, cette femme parfois vaniteuse et versatile reste néanmoins à mes yeux une figure féminine emblématique des plus touchantes de la littérature classique anglo-saxonne car dotée d’une nature particulièrement émotive et passionnée.

boldwoodQue dire des protagonistes masculins ? Tous parviennent à nous émouvoir. J’ai eu un petit coup de cœur pour Boldwood, un fermier prospère séduisant qui succombera lui aussi au charme redoutable de Bathsheba. La belle brune aux yeux noirs le fait chavirer si bien qu’il perd toute contenance à son contact. C’est sans conteste le personnage le plus romantique du livre, une figure initialement austère et collet monté, pur produit de la société anglaise puritaine qui versera progressivement dans la folie. Par ailleurs, on retrouve déjà dans cette œuvre de jeunesse quelques passages d’une cruauté intense propres aux œuvres futures de Thomas Hardy. Ainsi ces personnages principaux sont souvent victimes de leurs propres sentiments, c’est le cas de Boldwood dont les émotions sont principalement gouvernées par ses impulsions et en particulier par son désir irrépressible pour Bathsheba. A l’instar de Tess d’Uberville, l’héroïne éponyme du roman le plus célèbre de Thomas Hardy qui assassine dans un accès de désespoir son ancien amant et se condamne ainsi à la potence,  les actions de Boldwood sont elles aussi excessives et illogiques.

Thomas Hardy dresse ainsi le portrait poignant d’un homme malade d’amour incarné à l’écran par Michael Sheen dans la nouvelle adaptation de Thomas Vinterberg. Chapeau bas à cet acteur de théâtre exceptionnel capable de nous émouvoir jusqu’aux larmes. Le docteur cynique de Masters of sex prend en effet dans ce film un rôle à contre-pied campant un amoureux transi des plus touchant. Je l’avais déjà repéré il y a quelques années dans Underworld où il interprétait le rôle d’un loup-garou tourmenté particulièrement sexy. Que voulez-vous, le charme british est redoutable !!! Pour ma part, je fonds complètement !

Bien entendu, Gabriel, ce berger attentionné à la sagesse exemplaire, est lui aussi un prétendant irrésistible. Ange gardien de Bathsheba, il l’épaulera dans son entreprise et deviendra son confident le plus intime. Gabriel Oak, dont le nom fait référence au chêne, un arbre aux racines robustes qui résiste aux épreuves du temps avec dignité, incarne la loyauté et l’honnêteté inflexible. A la différence de notre héroïne qui parait quelques fois inconstante, les sentiments de Gabriel ne dévient jamais de leur trajectoire.

Si j’ai eu à la fois un faible pour Boldwood tout comme pour Gabriel, je dois dire que je suis restée de marbre face à la personnalité de Francis Troy, un officier arrogant, joueur et flambeur, qui n’est pas sans rappeler le personnage de Wickam dans Orgueil et préjugés de Jane Austen. Ce prétentiard opportuniste sans conscience morale est méprisable. Je ne m’étendrai d’ailleurs pas à son sujet, il m’a agacée d’un bout à l’autre du livre même si, au fond, il n’est pas foncièrement mauvais.

Pour finir, un dernier mot sur l’adaptation cinématographique de Thomas Vinterbeg sortie en salle cette année :

Ce film à la photographie magnifique et servi par une distribution des plus séduisantes est un petit bijou. Michael Sheen est exceptionnel tout comme Matthias Schoenaerts, (mon chouchou du moment au nom imprononçable!), un séduisant flamand et une star montante d’Hollywood remarqué dans Suite française, une autre pépite littéraire, cette fois-ci écrite par Irène Némirowski et une œuvre cinématographique magnifique récemment produite par la BBC. Le scénario ayant été adapté par David Nicholls, auteur d’Un jour, le film ne pouvait qu’être de qualité. Toutefois, j’ai été de prime abord un peu surprise et un tantinet déçue de découvrir Bathsheba sous les traits de Carey Mulligan dont je trouve le charme un peu terne à mon goût. Cette actrice me paraissait déjà trop effacée en Daisy dans The Great Gatsby réalisé en 2013 par Baz Lurhmann. J’imaginais Bathsheba plus impérieuse, peut-être à l’image d’une actrice à la beauté plus insolite comme Keira Knightley. Malgré cette petite contrariété de courte durée, j’ai tout de même beaucoup apprécié cette adaptation plutôt fidèle de l’œuvre de Thomas Hardy. Ainsi donc, la substantifique moelle du roman a bel et bien été respectée. Le canevas étant déjà remarquablement bon, le film ne pouvait qu’être réussi. Les descriptions de l’orage qui gronde sur la campagne anglaise, la luminosité du paysage rural changeant, nous donnaient déjà l’impression de voir un film défiler sous nos yeux. Dans l’ensemble, ce mélodrame de la même veine que l’adaptation excellente de Joe Wright de Pride and prejudice est également une pure merveille.

loin de la foule déchaînée 2J’ai cependant noté quelques petits anachronismes au début du film et en particulier dans le choix bizarre des costumes de Bathsheba. L’héroïne est une vraie rockeuse, elle porte du cuir ! C’était pourtant une denrée rare à l’époque et qui n’était en aucun cas utilisée dans son intégralité pour la confection de robes ou de vestes. Bien que ce matériel ait bel et bien pris son essor à cette époque, il n’était encore que partiellement utilisé pour la fabrication d’accessoires tels que les sacs ou les chaussures. Un détail, certes, mais qui m’a tout de même un peu gênée.

Au final, cette lecture enfiévrée m’a finalement réconciliée avec ce romancier anglais que j’avais trop longtemps dédaigné. D’une écriture virtuose, Thomas Hardy dépeint une romance rurale magnifique qui évoque avec maestria les qualités d’abnégation, la vertu toujours triomphante tout comme la patience inébranlable. Cette construction éblouissante associée à une grande poésie du langage illustre également avec subtilité les prémices du féminisme au XIXème siècle. Malgré l’atmosphère sombre qui s’en dégage dans certains passages, cette œuvre romanesque conserve néanmoins toujours une pointe d’optimisme rafraîchissante. C’est dit, je relirai sans aucun doute avec plaisir ce roman époustouflant dans quelques années. Un gros coup de cœur! A lire et à relire sans modération!

La bande-annonce:

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The reader/ Le liseur

P149: « You want to understand why people can do such terrible things … »

the-reader2Il m’a fallu du temps pour pouvoir vous parler de The reader. Non pas que la lecture fut laborieuse loin de là, seulement en le lisant j’ai été traversée par pas mal d’émotions contradictoires. Ma première impression fut la distance, accentuée par la barrière de la langue.  Ayant été écrit en allemand, j’aurais dû sans doute le lire en français et non en anglais. Cette expérience a eu au moins le mérite de renforcer mon opinion sur les romans modernes que je rechigne de plus en plus à ouvrir. Je relisais en parallèle Alabama Song, une belle exception, le vocabulaire étant très riche et je dois le reconnaître, j’ai été profondément déçue par le manque de cachet littéraire de The Reader.

Toutefois cette histoire singulière a suscité chez les lecteurs britanniques un certain engouement depuis sa publication en 1995 et a été le premier roman allemand à paraître dès sa sortie en librairie sur la liste des best-sellers de l’année du New-York times. Doit-on pour autant le considérer comme un grand roman? J’en doute, un bon script c’est certain. Mais est-ce réellement ce que l’on attend d’une œuvre littéraire? Les lecteurs souhaitent-ils vraiment lire un scénario?

Michaël Berg un magistrat dans la force de l’âge, relate sa rencontre avec Hanna Schmitz une mystérieuse conductrice de tram. Il se remémore la liaison qu’il entretenait à l’adolescence avec cette femme sensuelle plus âgée. Michaël avait pour habitude de lui faire la lecture. A quinze ans, il n’a jamais su pourquoi un jour son amante s’est volatilisée, sans même lui avoir laissé un mot d’adieu. Ce n’est que bien plus tard- alors qu’étudiant en droit il assiste en compagnie de son professeur et de ses condisciples, au procès d’anciens officiers nazis jugés pour crimes de guerre- qu’il découvre avec effroi la vérité. Sur le banc des accusés se trouve Hanna, les traits tirés et le regard éteint. Est-ce donc la raison de sa disparition brutale? Fuyait-elle son passé effroyable ou tentait-t-elle de dissimuler un secret bien plus honteux à ses yeux?

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Se dissimulant derrière une relation de mère-fils au vu de tous, Michaël et Hanna entretiennent une relation amoureuse particulière établie sur les livres. Peut-on s’attacher à ce personnage féminin? Difficile car notre raison tout comme notre conscience nous l’interdit, on est torturé entre la pitié et le dégoût. Dégoût parce que le drame pointe dès les premières pages et que l’on sait déjà à quoi s’attendre sur la véritable identité d’Hanna. Pas de mystères donc. Mais de la pitié en revanche pour cet homme au destin brisé, incapable d’oublier son premier amour malgré cette vérité hideuse qui pèse entre les deux protagonistes. Michaël tente tout pour saisir l’horreur et comprendre les choix de son ancienne amante. Cette quête d’identité le mènera sur les traces des disparus, victimes de la guerre.

L’auteur philosophe Bernhard Schlink aborde avec beaucoup de tact le conflit intergénérationnel allemand, la culpabilité pesante, le regret tout comme la honte d’une société qui s’efforce d’avancer pour ne pas regarder en arrière.

D’une plume économe l’écrivain a voulu tordre le cou aux clichés du cinéma et de la littérature qui font de la Shoah une source d’inspiration ou un prétexte d’écriture. Il nous offre une réflexion mature toute en nuance sur les connections entre le passé allemand et son présent, loin des stéréotypes littéraires, fruits de notre imagination collective qui souvent tendent à embellir l’horreur des camps de concentration. Il cite les exemples de Le choix de Sophie et de La liste de Schindler. Pour ne pas tomber dans la dénonciation, le romancier n’émet aucun jugement sur les massacres de l’Holocauste  mais se contente de soulever d’autres interrogations sur le regard d’autrui. S’il prend pour décor le contexte de l’après-guerre de 1945, à mon sens le thème du nazisme est plus une excuse pour évoquer l’illettrisme et ses dangers.

Bien que le livre m’ait un peu déçu par son écriture proche de la langue orale, le film en revanche m’a bouleversé. Il y a quelques scènes émouvantes et en particulier dans la dernière partie. Il est rare qu’une adaptation cinématographique surpasse l’œuvre littéraire. Je vous conseille de le voir si ce n’est pas déjà fait.  Une fois encore, la performance de Kate Winslet est remarquable. Elle m’a touchée et je dois admettre que j’ai terminé ce film magnifique les larmes aux yeux. Une histoire d’amour déchirante et perturbante à voir absolument.

Un extrait: [I asked her about her life, and it was as she rummaged around in a dusty chest to get me the answers. She had grown up in Rumania, then came to Berlin at the age of sixteen, taken a job at the Siemens factory, and ended up in the army at twenty-one. Since the end of war, she had done all manner of jobs to get by. She had been a tram conductor for several years; what she liked about the job was the uniform and the constant motion, the changing scenery and the wheels rolling under her feet. But that was all she liked about it…]

 

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Les quatre plumes blanches

« En ces temps-là, des jeunes gens héroïques et quelque peu niais défendaient la gloire de la couronne aux frontières de l’Empire, avec à leur pommeau les couleurs de leurs belles (…) Des colonels à la retraite soignaient leurs rhumatismes au punch et au brandy dans les salons de quelque club londonien sentant fort le vieux cuir et le tabac d’Egypte (…) Des « spinsters » allumées, toutes voilettes au vent, se risquaient sans trembler, avec pour seule arme leur ombrelle, en plein pays anthropophage, sur les pas de Mary Kinsley. Et le terrible Gordon, défiant le ministère, s’en allait seul affronter le Soudan insurgé… ».

 (Extrait de l’introduction de Michel Lebris)

LES QUATRES PLUMES ROMANDécidemment, la littérature anglo-saxonne du XIXème siècle est un vivier prodigieux dans lequel je ne me lasse pas de puiser, et il nous réserve encore de belles surprises ! Voici sans conteste l’un de mes plus gros coups de cœur de ces tous derniers mois ! Pour notre plus grand bonheur, Michel Lebris, aura eu la brillante idée d’exhumer cette fresque splendide de l’ombre. L’introduction romancée par le directeur du Festival des Etonnants voyageurs m’a passionnée (quelle plume extraordinaire !). L’éditeur nous dévoile beaucoup sur Alfred Mason, cet auteur extravagant, un tantinet dilettante, qui préférait souvent délaisser ses travaux d’écriture pour se consacrer à ses passions : l’alpinisme, les croisières sur la mer méditerranéenne et la chasse en Afrique du nord. Un homme singulier qui plaisait tout particulièrement à son roi, et qui vécut une vie aussi palpitante que ses romans d’aventure !

Ce livre exceptionnel appartient à la collection Phebus, une maison d’édition française qui publie régulièrement des pépites de la littérature « aventureuse » tombées dans l’oubli. Souvent comparé à Joseph Conrad et à Rudyard Kipling, voire même qualifié d’Alexandre Dumas britannique de la Belle Epoque, A.E.W. Mason est peu connu du lectorat français, ce qui est bien regrettable, ce romancier ayant autant de talent (si ce n’est peut-être même plus !) que ses compatriotes écrivains.

Les quatre plumes blanches, roman d’aventure impérial qui se déroule au cours de la révolte du Mahadi (1881-1898), est encore considéré aujourd’hui comme l’œuvre-phare d’Alfred Mason. Le thème principal de ce livre captivant ? La peur, ce sentiment moite qui tenaille notre héros Harry Feversham d’un bout à l’autre du livre, l’accompagnant à chaque étape de son voyage et qui sera le point d’amorce de cette grande épopée romanesque…

ethne

A Lennon House, la demeure huppée du respectueux Général Feversham, on célèbre les fiançailles de son fils prodige, Harry, un jeune et fringuant officier de l’armée impériale, et de sa ravissante promise, Ethne. La fête bat son plein quand Harry reçoit  au cours de la soirée une mystérieuse petite boîte contenant trois plumes blanches en signe de disgrâce et de couardise, accompagnées des cartes de visite de ses compagnons de régiment. Ethne s’indigne, ce ne peut être qu’une plaisanterie de mauvais goût. Pourtant, devant la mine accablée d’Harry, elle commence à douter. La belle exige des explications sur le champ. Harry n’aura d’autre choix que de lui révéler son secret honteux. Après cette confession humiliante, la fière Ethne rompt sa promesse de mariage sans auparavant ajouter également une plume qu’elle a extraite dans un accès de colère de son éventail. Qu’a-pu donc lui révéler de si ignoble Harry Feversham pour que cette femme aux sentiments jusqu’alors constants le traite soudainement avec autant de mépris ?

Le lecteur découvrira que la veille, à l’annonce du départ imminent de son escadron pour le Soudan, le jeune officier, la peur au ventre à l’idée de prendre les armes, s’est empressé de démissionner… Désormais ostracisé par la société victorienne, Henry disparaîtra sans laisser aucune trace…

D’emblée, j’ai été passionnée par cette œuvre originale qui oscille brillamment entre le réalisme psychologique et le grand roman historique. Je raffole des romans d’aventure en tout genre et en particulier lorsqu’ils prennent pour toile de fond l’épopée des guerres impériales britanniques de cette fin du XIXème siècle. J’ai été également impressionnée par la construction narrative originale de l’œuvre qui est parfaitement rôdée. En effet, le lecteur ne suit pour ainsi dire jamais directement les actions d’Harry Feversham et pourtant ce dernier reste bien le pilier de l’intrigue. On ne l’entrevoit finalement qu’à travers les propos rapportés par les autres protagonistes qui ne nous dévoilent que des bribes d’informations sur le parcours du héros. De ce fait, le lecteur se retrouve embarqué dans un jeu de piste passionnant.

D’ailleurs, cet anti-héros est tout simplement extraordinaire. Si les romans d’aventure ont coutume de négliger la psychologie des personnages pour se focaliser d’avantage sur l’action, ce roman sort pourtant des sentiers battus. De surcroît, certaines personnalités sont très bien esquissés, telles que celles d’Harry Feversham, ce héros qui n’en est pas véritablement un au départ. Le jeune homme m’a beaucoup touchée par son caractère avant tout profondément humain.

Malgré sa maigre expérience de l’armée, Harry porte déjà un regard lucide sur l’issue fatale de la guerre. Il n’est pas dupe et sait qu’au Soudan, il sera confronté au barbarisme de l’homme, que le prestige de l’uniforme ne le préservera pas de périr sous les coups des tribus sauvages et sanguinaires qui peuplent cette contrée lointaine et inquiétante.

Harry, qui craint tellement de se découvrir lâche durant la bataille, le devient véritablement aux yeux de son entourage. Cette peur irrationnelle de sa potentielle lâcheté le paralyse et pourtant, ce sentiment qu’il considère détestable déclenchera chez lui une vraie prise de conscience. De ce fait, elle lui insufflera la fibre héroïque qu’il lui manquait tant initialement pour rétablir son honneur bafoué. La voie de la rédemption se fera bien évidemment dans la douleur.

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Si Harry est considéré comme le principal héros de ce roman, il n’est néanmoins pas l’unique. Autour de lui gravitent d’autres figures attachantes telles que son meilleur ami, Jack, un militaire dans l’âme, de prime abord un peu bourru et à l’esprit étroit, qui, à la suite d’une embuscade, perdra la vue et développera des qualités intuitives exceptionnelles lui donnant la capacité de sonder l’âme humaine. En somme, quelqu’un d’extra-lucide. Je ne me pencherai pas ici sur le personnage d’Ethne Eustace, la fiancée d’Harry, dont j’ai trouvé l’orgueil méprisable bien qu’elle représente les codes de la société victorienne impitoyable dans laquelle elle évolue et qu’elle soit l’élément catalyseur de cette épopée…

Certes, la morale corsetée de ce roman pourrait de nos jours paraître un tantinet poussiéreuse. Cependant, rappelons qu’elle reflète parfaitement bien le cadre historique de l’intrigue : l’impérialisme britannique. Les jeunes hommes devaient avant tout combattre pour s’affirmer dans la société où le patriotisme synonyme d’héroïsme était souvent poussé jusqu’au sacrifice. Se battre et mourir pour sa reine ou son empire « sur lequel le soleil ne se couchait jamais » étaient alors considérés comme un grand honneur.

Les lecteurs ainsi admiratifs d’Edith Warthon et de Joseph Conrad  qui dépeignent si bien la psychologie de leurs personnages aimeront sans aucun doute ce chef-d’œuvre oublié.

Lisez-le ! Les quatre plumes blanches est un pur bijou de la littérature qui, la dernière page tournée, m’a laissée un sentiment nostalgique de manque. Cette œuvre au souffle épique que j’ai lue d’une traite, reste sans conteste l’un de mes romans favoris. Il appartient à cette catégorie de livres inoubliables que l’on garde toujours précieusement dans sa bibliothèque pour pouvoir en relire des passages au gré de nos envies. Le style de l’auteur est d’une fluidité exceptionnelle. Croyez-moi, je viens d’achever un roman d’une toute autre nature au style très rébarbatif, un calvaire de lecture dont je vous parlerai peut-être dans un prochain billet (quand je l’aurais digéré !)…

Zoom sur le film :

affiche film bellePorté à l’écran en 2003 par Shekhar Kapur, cette adaptation cinématographique récente des quatre plumes blanches, rebaptisée Frères du désert pour le public français, est tout simplement sublime. Si le film n’égale bien entendu pas le roman original, il reste tout de même très bon. Je l’ai particulièrement apprécié. Il y a peu de temps mort dans cette fresque incroyable qui mêle habilement le récit de guerre à l’épopée romanesque. Le très regretté Heath Ledger encore si jeune et si séduisant incarne d’ailleurs avec talent Harry Feversham. A voir absolument si vous êtes passionnés de l’épopée impériale britannique !

 

Le mois anglais est de retour !!

le mois anglais  challenge

Et hop ! Et une première participation au challenge le « Mois anglais » organisé par Titine, Cryssilda et Lou. Les demoiselles nous ont préparé un programme passionnant pour juin autour de journées thématiques. Je vous encourage à vous inscrire ici pour participer à l’événement. De nombreuses LC sont proposées sur leur site à cette occasion, autour d’auteurs britanniques tels que Sir Arthur Conan Doyle ou même Anthony Trollope. Pour ma part, je tenterai d’en lire quelques-unes. Je suis déjà plongée dans Expiation de Ian McEwan que j’espère pouvoir chroniquer à temps pour la lecture commune du 24 juin.

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Les lumières de septembre

LesLumieresDeSeptembreSuivant les avis enthousiastes de ma mère, j’ai lu dernièrement une œuvre de jeunesse de Carlos Ruiz Zafón pour varier un peu mes lectures de vacances. Une façon pour moi de faire une petite trêve dans ma liste de billets déjà programmés pour ces prochains mois. D’abord réticente à l’idée de lire un roman plus « léger », je me suis finalement prêtée au jeu. A ma grande surprise cette parenthèse littéraire s’est avérée particulièrement gratifiante puisqu’elle m’aura permis de découvrir un auteur contemporain original. Pour ma défense, il faut dire que j’étais partie avec un sérieux a priori. En effet, le martèlement médiatique m’avait initialement dissuadée de lire cet auteur. Ses livres envahissaient trop à mon goût les étalages des librairies. Dans mon esprit, je l’associais à la même catégorie littéraire que Guillaume Musso ou Marc Levy qui produisent principalement selon moi des romans « jetables », une littérature de hall de gare agréable sans du moins être mémorable et dont j’évite de parler sur mon blog, préférant privilégier des œuvres plus insolites et au style plus fouillé. En somme, des livres qui sollicitent plus l’intellect du lecteur.

De ce fait, étant de plus en plus exigeante quant au choix de mes livres (peut-être suis-je devenue un peu blasée?), la plume poétique de ce romancier hispanique m’a tout de suite conquise, tout comme ses nombreux hommages rendus au fil des pages aux grands classiques littéraires. L’histoire elle-même puise principalement son inspiration dans les célèbres contes d’Hoffmann, une œuvre que j’avais particulièrement appréciée durant mes études de lettres.

Le point de départ de ce roman fantastique est l’année 1937.

Jeune veuve, Simone Sauvelle quitte Paris avec ses deux enfants, Irène et Dorian, pour la campagne normande après avoir accepté un poste de femme de charge que lui a proposé Lazarre Yann, un olibrius qui vit isolé dans un grand manoir depuis que son épouse s’est retrouvée atteinte d’une mystérieuse maladie. Ce maître, un fabriquant et marchand de jouets génial surnommé aussi Lazarus lui offre en échange de ses services de résider dans une petite bâtisse coquette, la Maison du Cap, située en face de sa propre demeure. La famille désargentée prend vite ses aises dans ses nouveaux appartements. Tandis que Dorian se prend de passion pour les créations de l’inventeur,  qu’Irène, s’amourache d’un séduisant pêcheur, Simone quant à elle succombe rapidement au charme de son employeur tout comme de Cravenmoore, son étrange demeure occupée par de curieux pantins animés. Les deux personnages se découvrent aussi une passion commune : les livres.

Mais cette atmosphère idyllique ne sera que de courte durée. Une ombre diabolique s’abat sur les nouveaux arrivants. Cette présence maléfique se fait de plus en plus prégnante à mesure que Simone s’attache à son maître. Pourquoi donc tant de haine envers elle et les siens ? Quelle mystérieuse force ont-ils donc réveillée ? Et à quelles expériences bizarres se prêtent Lazarus dans son atelier secret ? Toutes ces réponses se trouvent dans ce roman palpitant !

J’ai été d’emblée séduite par l’ambiance fantasmagorique de cette histoire. Le lecteur bascule dans un conte étrange et inquiétant où les jouets, de véritables marionnettes maléfiques, s’animent au gré de leurs envies pour terroriser leur propriétaire, et où un esprit particulièrement belliqueux hante les recoins de Cravenmoore, cette demeure ancienne aux innombrables chambres, toujours plongée dans une obscurité inquiétante. Je me suis attachée également aux protagonistes et tout particulièrement à Lazarus, un personnage romantique tourmenté qui s’est inventé un monde d’automates pour combler sa solitude.

     Le roman gothique est une fois de plus ici à l’honneur. Cette lecture sans prétention, initialement destinée à un jeune lectorat, est une petite perle littéraire. L’écriture est soignée. On est en effet loin de la littérature « prémâchée » que nous proposent malheureusement souvent les maisons d’édition, à l’instar de Twilight ou d’Hunger Games, des romans pour teenagers paresseux, au style médiocre. L’auteur, fervent admirateur des œuvres d’Alexandre Dumas, confie lui-même dans la préface qu’il a tenté d’écrire les romans qu’il aurait bien aimé lire adolescent. Une belle initiative ! Même si les héros sont bel et bien des enfants, on oublie aisément le but initial de l’auteur, le langage étant tout de même  assez soutenu.

    Malgré quelques répétitions de ci de là, Les lumières de septembre n’est nullement redondant. Je n’en ai fait qu’une bouchée et me suis régalée ! L’ambiance nimbée de mystères m’a rappelé étrangement Les brumes de Riverton de Kate Morton, une lecture en version originale pour laquelle j’avais eu un véritable coup de cœur. Je regrette amèrement aujourd’hui de ne l’avoir jamais chroniqué sur le blog. Il faudrait que je le relise un jour. J’ai d’ailleurs plusieurs œuvres de cette romancière britannique sous le coude, j’en lirai sûrement une prochainement. L’atmosphère du roman n’est pas non plus sans rappeler Rebecca de Daphne du Maurier ou même de La dame noire de Susan Hill, une histoire de fantôme que j’avais adoré lire pour Halloween (ma chronique ici).

     La bibliomaniaque que je suis voudrait désormais réunir sa propre collection des romans de Carlos Ruiz Zafón au format poche. J’ai découvert que ce volume constituait en fait le troisième volet d’une trilogie dont les deux premiers titres sont Le Prince de la brume et Le Palais de minuit

Un grand merci à ma mère pour m’avoir prêté ce livre et fait découvrir cet écrivain au talent inné de conteur, un romancier que je n’aurais sans-doute pas pris l’initiative de lire seule. Je réitérerai l’expérience avec plaisir… Peut-être en lisant LOmbre du vent qui me tente grandement…

En panne de lectures ? Pourquoi ne pas se plonger dans ces romans aux thèmes analogues tels que L’Eve future de Villers l’Isle-Adam, Les contes d’Hoffmann ou bien encore La dame en noir de Susan Hill ?

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Mary Reilly

Mary reilly livreMon admiration sans bornes pour la littérature gothique anglo-saxonne n’est depuis longtemps plus un secret pour vous blogueurs, et je suis toujours à l’affût de nouvelles trouvailles littéraires pour compléter ma « petite » collection. En faisant mes cartons de déménagement, j’ai dégoté ainsi dernièrement ce roman américain original, un complément au célèbre classique de Robert Louis Stevenson, le Docteur Jekyll et Mr Hyde ! Cette couverture vintage couleur sépia,  que j’avais repérée il y a quelques années dans la vitrine de la grande librairie d’Exeter, durant mon séjour en Angleterre, avait tout de suite titillé ma curiosité. Je m’étais  bien évidemment empressée de me procurer ce roman fantastique.

Le livre étant en version originale, j’ai attendu le moment propice (soit plus d’un an après son acquisition !) pour pouvoir le lire en toute tranquillité. L’occasion s’est enfin présentée durant ces dernières semaines moroses et grisâtres au cours desquelles j’ai pu profiter calmement de mon nouvel intérieur. Au final, mes efforts ont été récompensés. Ce fut plutôt une bonne pioche !

Narrée sous  forme autobiographique, cette histoire dont nous connaissons tous l’issue, est perçue à travers le regard affûté de Mary Reilly, une domestique lettrée au service d’un ténébreux médecin renommé, le Docteur Jekyll. La jeune domestique relate dans son journal intime son quotidien, sa vie dans une maison respectable d’un quartier londonien huppé, l’attitude étrange de son maître tout comme l’accomplissement de ses tâches ménagères. Traumatisée par une enfance malheureuse, la jeune femme croit avoir finalement trouvé dans cette demeure rassurante, un foyer accueillant et protecteur. Malheureusement, cette existence paisible est vite bouleversée par l’arrivée d’un nouvel occupant. En effet, le docteur Jekyll, éreinté par des travaux scientifiques mystérieux, a pris la décision d’engager un assistant, Monsieur Edward Hyde, pour l’épauler dans sa tâche secrète. Mary ne tarde pas à découvrir qu’un halo de scandale entoure cet homme à l’attitude exécrable et vulgaire. Une ombre sinistre plane désormais sur la propriété et ses environs. Mary décèle ainsi un changement notable dans l’attitude de son maître. Ce dernier, dont la santé s’est nettement dégradée, s’isole de plus en plus dans son cabinet, laissant Monsieur Hyde s’aventurer au gré de ses envies dans la maison pour semer la terreur au sein du personnel. De nombreux décès suspects surviennent également dans la localité. Ce cortège de meurtres horribles ne semble rien présager de bon. Mary qui rend compte chaque jour dans son journal de la métamorphose progressive de son protecteur ne tardera pas à en tirer des conclusions inquiétantes…

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Si ce récit aux accents gothiques suit plus ou moins la trame du roman de Robert Louis Stevenson, tout cela sert avant tout de décor pour restituer l’ère victorienne, une période historique particulièrement sombre. L’ambiance est d’ailleurs plutôt dickensienne ; les rues londoniennes sont sales et infestées de vermine, la misère est d’une cruauté impitoyable, les enfants sont livrés à eux-mêmes et les maisons closes tout comme les orphelinats ont le vent en poupe.  N’oublions  pas que trois ans plus tard, dans ces mêmes rues, sévira l’un des meurtriers les plus sanglants connus jusqu’à ce jour, véritable cauchemar des détectives de Scotland Yard : Jack l’éventreur ! Le meurtrier se serait-il d’ailleurs inspiré de l’œuvre fantastique de Sir Arthur Conan Doyle pour marquer les esprits futurs ?

Sans-doute car Mr Hyde reste l’un des personnages tourmentés les plus fascinants de la littérature anglaise du XIXème siècle. A l’instar de Dracula de Bram Stocker ou de la créature anonyme de Frankenstein de Mary Shelley, Jekyll est en proie à une véritable vampirisation intérieure qui le conduit inexorablement à la folie destructrice. Hyde, le vampire psychique qui vit tapi en lui est un véritable parasite qui se nourrit de sa haine dissimulée. Cet alter ego maléfique est un personnage transgressif méprisable qui s’accapare ses richesses, occupe son bureau et s’approprie même ses livres. Jekyll est-il de ce fait victime d’un simple dédoublement de la personnalité, une schizophrénie volontairement ignorée, ou bien est-il, au contraire, parvenu à créer sa propre créature de l’ombre ? Le lecteur finit lui-même par en douter.

Quoiqu’il en soit, cette expérimentation, manifestement ratée, entraîne une étrange forme de régénérescence chez le docteur, une sorte de cure de jouvence maléfique, décuplant sa force tout comme sa taille. Le docteur Jekyll,  un scientifique émérite aux idées utopistes souhaitait initialement trouver un remède pour vaincre l’hypocrisie afin de rendre l’homme plus pur ; malheureusement, le résultat sera tout autre. Cette expérience donnera naissance à un monstre de franchise et de méchanceté, à un être marginal malveillant, chaotique et irrévérencieux. En somme, un individualiste égoïste évoluant selon ses propres règles, bafouant sans vergogne sur son passage les lois de d’une société qu’il hait. Serait-ce donc le message décrypté de l’Etrange cas du docteur Jekyll et de Mr Hyde ? Cette œuvre littéraire si brève et innocente en apparence recèlerait donc une critique virulente de la société anglaise contemporaine de l’auteur. Hyde, le monstre qui sommeille en Jekyll, serait ainsi le symbole de la décadence d’un système éculé et en particulier d’une société pourrie dans l’âme, étouffée par trop de retenue. Cette société méprisante composée d’une aristocratie souffreteuse qui écrase une population miséreuse, celle dont est issue la pauvre Mary.

imagesOn s’attache d’ailleurs aisément à cette figure féminine bienveillante tiraillée entre son devoir de servante et son désir inavoué pour son protecteur. La douce Mary Reilly, dont l’existence fut toujours ponctuée de drames familiaux, voit en lui un protecteur ainsi qu’une figure paternelle de substitution,  même si, il faut bien l’admettre, cette idolâtrie servile est parfois dérangeante. La relation qu’entretient Mary avec le docteur Jekyll est en effet toujours teintée d’ambiguïté. Le médecin dérangé est ainsi fasciné par le passé glauque de sa petite protégée. Malmenée par un père abusif et alcoolique, Mary a gardé les séquelles de cette maltraitance, des cicatrices hideuses qu’elle dissimule sous ses vêtements. Ces traces laissées sur son corps attirent tout particulièrement l’œil scrutateur du docteur.

Si la personnalité de Mary Reilly est touchante, elle est néanmoins un peu trop effacée à mon goût. Ce protagoniste féminin de prime abord sensible et intelligent, n’est au final nullement héroïque puisque son caractère agaçant reste la plupart du temps passif. Au fond, elle n’est qu’un prétexte d’écriture  de l’écrivaine pour restituer l’austérité du décor victorien dans lequel l’intrigue est plantée et étoffer un peu plus  le caractère romantique de Jekyll qui prend ici beaucoup plus de dimension. A travers, ce personnage, l’auteure souligne aussi l’importance des classes sociales au XIXème siècle et en particulier la nécessité de conserver son rang coûte que coûte. Un aspect qui m’a particulièrement plu dans ce roman.

Par ailleurs, j’ai été happée par ce récit et en particulier par l’atmosphère mystérieuse qui s’en dégageait. Cette ambiance inquiétante rappelle beaucoup l’œuvre de Charlotte Brontë, Jane Eyre. La romancière nous livre ici un conte singulièrement macabre. On déplore, cependant, une intrigue traitée trop superficiellement dans les derniers chapitres. A mon grand regret, j’ai eu l’impression désagréable que l’histoire s’était un peu essoufflée. De plus, j’aurais aimé que la relation du Docteur Jekyll et de Mary Reilly prenne une tournure différente, peut-être plus  passionnée, même si elle reste logique en respectant le contexte historique de l’époque, une période où les sentiments entre hommes et femmes sont déclarés et exprimés de manière toujours très pudique, étouffés, voire asphyxiés par des conventions vétustes et où il ne peut y avoir d’amour entre un maître et sa servante, le fossé social étant trop vaste.

Toutefois, malgré ces quelques désagréments, il faut bien le reconnaître les descriptions restent crédibles et ne sombrent jamais dans le grotesque. Qu’on ne s’y trompe pas, ce livre est bon et j’ai passé un agréable moment, mais il est loin d’être un coup de cœur. Le romantisme pointe trop timidement à mon goût. Mon avis  a été un peu influencé par mes dernières lectures et en particulier par le Chardon et le tartan, une histoire d’amour nettement plus satisfaisante ! (et beaucoup plus sexy !!!).

Mary Reilly est finalement plus proche du docu-fiction que d’un véritable roman d’épouvante ou d’une romance historique. Le roman verse d’avantage dans le portrait social d’une femme de chambre au XIXème siècle. Nonobstant, les lecteurs d’Une  saison à Longbourn de Jo Baker devraient y trouver leur compte, tout comme les aficionados de classiques victoriens tels que David Copperfield de Charles Dickens ou de romans gothiques  tels que Jane Eyre de Charlotte Brontë.

Pour conclure, il faut bien l’admettre, revisiter ce classique victorien était une idée fort intéressante. Le défi était de taille et bien que le livre pêche parfois par quelques maladresses d’écriture, la romancière new-yorkaise s’en est tout de même sortie avec panache ! L’exercice de style est réussi.

Un roman original à la frontière de l’Histoire et du fantastique que je vous enjoins de découvrir vite si ce n’est pas déjà fait ! Robert Louis Stevenson peut dormir tranquille, la relève semble assurée !

Un dernier mot sur le film tiré de cette œuvre.

220px-Mary_ReillyLors de sa première parution en 1990, Mary Reilly connut tout de suite une bonne critique aux Etats-Unis tout comme en Grande-Bretagne, si bien que le livre fut promptement porté à l’écran par le réalisateur des Liaisons dangereuses. J’ai bien évidemment visionné dans la foulée l’adaptation que j’ai trouvée malgré le casting de premier choix (Julia Roberts et John Malkovich) à ma grande surprise assez médiocre. L’alchimie n’a, du reste, pas pris entre les deux acteurs. L’actrice, pourtant si talentueuse, était aussi à ma grande déception plutôt insipide à l’écran.

Néanmoins, quelques petites trouvailles du réalisateur: le personnage de Jekyll s’érotise d’avantage à l’écran et est finalement présenté comme un dandy, un aspect qui m’a spécialement intéressée. Il est regrettable malgré cela que ce médecin séduisant soit incarné par John Malkovich qui nous présente, d’un bout à l’autre du film, une réplique caricaturale de Valmont. L’acteur campe un romantique tourmenté moyennement convaincant, et son air lubrique est  franchement déplaisant, voire trop insistant ; en fait, je raffole peu des yeux torves de Malkovich (on dirait un vieux pervers). En revanche, seul point positif selon moi, j’ai trouvé Glen Close en maquerelle douteuse vraiment ignoble. Quelle actrice!

Finalement,  à ma grande surprise, même si la photographie était belle, le film s’est révélé tout de même un échec. Il est loin d’être une œuvre cinématographique magistrale.  La réalisation est trop sobre, voire même trop classique. C’est un bon téléfilm tout au plus qui n’égale même pas les adaptations télévisées de la BBC.

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Un petit chez soi vaut mieux qu’un grand chez les autres

the houseJe m’épanche rarement sur ma vie privée et pourtant, je vous considère, vous blogueurs, comme des amis de longue date, même si je ne sais rien de votre quotidien. Certains d’entre vous ont disparu au fil des années sans explications, leur site s’est du jour au lendemain volatilisé sans crier gare, laissant aux habitués une impression curieuse de vide, ce malaise douloureux que l’on éprouve bien souvent à la disparition d’une personne chère, une personne qui aurait compté à une période de notre existence, et dons les traits se seraient progressivement effacés de notre mémoire, à la manière d’un portrait ancien qui n’aurait pas survécu aux épreuves du temps. Je me souviens encore du site La Grotte des livres que je suivais avec plaisir. Qu’est-il advenu aujourd’hui de la blogueuse chroniqueuse qui l’animait ? Ce blog existe-il encore sous un autre nom ? Je n’en ai pas la moindre idée.

N’ayez crainte, pour ma part je n’ai nullement l’intention de déserter définitivement mon blog. J’ai simplement choisi de donner pour un temps la priorité à la réalité. Après une longue absence due aussi à un déménagement éreintant d’Angleterre, le besoin de revenir vers vous blogueurs, s’est imposé et j’ai eu à nouveau envie d’échanger avec vous sur notre passion respective : les livres.

the house 4Il est vrai que durant ces deux dernières années je vous ai fait de nombreuses infidélités ; néanmoins, comme un amant coupable et fautif qui aurait regretté l’épouse admirable délaissée, je reviens toujours vers mes premières  amours : la lecture et l’écriture. Dans ce cas, pourquoi diantre cet abandon sans cesse réitéré me direz-vous ?  Je vous répondrai pour ma défense que la vie n’est pas un long fleuve tranquille, que l’on ne peut pas toujours se prélasser dans la contemplation à rêver sa destinée, assis bien confortablement et en sécurité à son bureau. Ainsi, mon quotidien, comme le vôtre sans-doute a dû l’être à plusieurs reprises  au cours de votre existence, a été bouleversé par de nombreux imprévus, des changements dramatiques de mon mode de vie, une  sérieuse remise en question de mon parcours professionnel qui m’a de prime abord paru décourageant, et un travail qui, même s’il n’est pas celui dont je rêvais initialement se révèle, malgré les mauvaises langues, gratifiant et formateur, et m’a tout de même permis de gagner une indépendance depuis si longtemps convoitée.

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Vous connaissez ma lenteur à rédiger des billets, je suis une véritable tortue et écris au gré de mes envies, selon l’humeur du moment. Les plus fidèles d’entre vous savent mon caractère, je ne suis pas une blogueuse assidue et suis facilement distraite, c’est pourquoi j’apprécie le calme et la tranquillité d’une maison douillette et relativement silencieuse, un endroit où je peux siroter une tasse de thé tout en pianotant sur mon clavier, seule, sans peur d’être interrompue dans mes pensées ou tout simplement distraite par des activités moins exigeantes comme paresser amoureusement devant la télévision avec mon homme pour visionner des après-midis entiers des séries addictives telles que Walking dead, New girl ou encore Modern Family.

Ceci dit, je prends aussi beaucoup de plaisir à pratiquer la course à pied et il est vrai que je consacre un temps considérable à cette seconde passion dévorante, souvent au détriment du blog, malheureusement. Etant de nature inquiète et nerveuse, cette activité est idéale pour décompresser.

Enfin, passons, ne nous égarons pas, tout ce bavardage intempestif n’a qu’un seul but au final, vous dire simplement que je ne vous oublie pas et que j’ai finalement trouvé l’endroit idéal pour chroniquer sereinement : ma maison.

Je parle rarement de ma vie privée sur ce blog et ne m’étendrai pas davantage sur ce sujet dans les prochains billets ; sachez seulement que je suis revenue en France pour m’installer en Normandie non loin de ma famille dans une petite maison de bourg charmante où mes livres ont déjà pris possession des lieux. Je lis beaucoup et ai d’ailleurs repris activement cette année mes lectures en version originale pour améliorer mon vocabulaire anglais qui me paraît toujours insatisfaisant. Malheureusement, je me suis  vite aperçue que retranscrire ensuite mon ressenti sur la toile en français n’étais pas chose aisée. En effet, la transposition dans la langue de Voltaire s’est révélée pour le moins complexe. Il m’a donc fallu du temps (et beaucoup de motivation) pour pouvoir reprendre pleinement l’exercice de rédaction. Avoir un époux britannique n’a pas que des avantages pour une littéraire ! J’ai fait plusieurs tentatives d’écriture ces derniers mois qui se sont révélées assez pitoyables à mon grand découragement. Des fautes grossières de grammaire, pas mal d’anglicismes qui donnaient à penser que Jean- Claude Vandamme s’était soudainement emparé de ma plume.

Enfin, passons, les chroniques reviennent tout doucement. Deux sont en préparation, elles arrivent, patience ! Au plaisir de vous retrouver…

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Pot-pourri littéraire

The_Boleyn_InheritanceCes derniers mois, j’ai lu de nombreux ouvrages et je me suis ainsi découvert une passion pour l’époque des Tudors, dévorant en une semaine le troisième volet de la saga de Philippa Gregory, The Boleyn Inheritance (L’héritage des Boleyn) dédiée à cette période de l’histoire.  Depuis, je n’ai pas pu résister longtemps et me suis procuré le premier et le second tome qui manquaient à ma collection. Naturellement, un billet est en prévision car je suis fan du roman et ai débuté aujourd’hui même le premier livre The Constant Princess. constantprincessBien entendu, ces œuvres sont disponibles en français, et l’une d’entre elles a de surcroît été adaptée par la BBC pour le grand écran, mettant en vedettes Eric Bana, Scarlett Johansson et Nathalie Portman dans les rôles respectifs du roi Henri VIII, Mary Boleyn, sa maîtresse, et Anne Boleyn, la sœur de la précédente, qui connaîtra un destin pour le moins funeste. Je n’en dis  pas plus pour le moment! Je vais sûrement visionner également la petite série subversive de la BBC qui a l’air passionnante !

Voici la bande-annonce du second volet que je n’ai encore eu l’occasion de lire :

main_vad_productJe signale au passage la parution ce mois-ci d’un hors-série dédié à la famille Tudors. Mes parents me l’ont acheté cette semaine pour que je puisse le parcourir en parallèle de mes lectures. Les articles sont très instructifs. A noter qu’il y a actuellement une exposition au musée du Luxembourg dévoilant tous les portraits de la dynastie de cette famille incroyable. Elle a débuté en mars dernier et s’achèvera le 19 juillet 2015. Je pense me rendre à Paris le mois prochain pour la voir. Je consacrerai sûrement un billet à cette sortie culturelle.

Les-petits-meurtres-d-Agatha-Christie-reviennent-ce-soir-sur-France-3_portrait_w858En ce moment, je prends plaisir aussi à regarder en famille la série télévisée Les petits meurtres d’Agatha Christie, une adaptation française datant de 2010 des romans de la romancière anglaise, qui est un vrai régal ! (peut-être vais-je me laisser tenter par l’un de ses romans…). Les intrigues policières prennent principalement pour toile de fond les années 1930, et les  personnages féminins ont toujours des tenues somptueuses. Les acteurs sont tous très bons ce qui, avouez-le, est tout de même rare à la télévision française (franchement c’est  souvent le désert ! Cf. la version apocalyptique de Nina Companeez de l’œuvre de Marcel Proust, A la recherche du temps perdu ) !! L’un des  héros, l’inspecteur Emile Lampion est incarné par le fils de Coluche en personne, Marius Colucci. Je trouve qu’il joue remarquablement bien et qu’il a beaucoup de charme ! Dommage qu’il soit peu connu ! A voir en tout cas pour tous les fans de period dramas qui se sont jetés sur Downtown Abbey.

156973-gfJe poursuis aussi mes études de lettres par correspondance (en dilettante, du fait de ma charge de travail) et lis actuellement les nouvelles d’Hemingway, Paradis perdu. Je dois bien l’admettre ce n’est pas trop mal même si je n’aime pas particulièrement la personnalité de l’auteur misogyne, qui suinte à travers les pages. Hemingway a aussi un rapport à l’animal qui me déplaît grandement. Son style journalistique un peu impersonnel me rebute, et sa grande passion pour la pêche à la truite, décrite dans le menu détail, m’ennuie profondément. C’est dit, je ne le porte pas particulièrement dans mon cœur. Toutefois, les témoignages de guerre sont relativement intéressants. En bref, ce n’est pas vraiment ma tasse de thé (je suis difficilement objective !) même si je chroniquerai ce recueil de nouvelles (peut-être) un peu pour varier les plaisirs.

9782226314765FSUne note plus positive. La fièvre acheteuse me titille dangereusement. J’ai repéré à la librairie un nouveau livre dont il me tarde de faire l’acquisition : Menderley for ever de Tatiana de Rosnay. L’auteur nous propose une biographie romancée de Daphné du Maurier, une écrivaine anglaise que j’adore et dont le parcours littéraire me passionne. Rebecca reste l’un de mes premiers coups de cœurs littéraires et a sûrement contribué à développer mon intérêt pour la lecture. A mon arrivée en Angleterre, il y a cinq ans, j’étais partie dare-dare sur les traces de cette auteure, et avais visité la fameuse auberge de la Jamaïque située en Cornouailles. Un souvenir mémorable qui m’avait convaincue de revenir en Grande-Bretagne pour un jour m’y installer et apprendre sérieusement la langue de Shakespeare.

11021219-792347374185646-3688256972831815503-nJe profite de ce pot-pourri pour vous annoncer la sortie imminente de la saison 2 d’Outlander (Le chardon et le tartan) en avril. On a hâte !! En ce moment, vous le remarquerez je suis complètement accro aux séries historiques. Jamie et Claire reviennent pour notre plus grand bonheur. Cette série télévisée sexy est palpitante (Je trouve que Franck, le mari de Claire, a un charme redoutable, hé ! hé !) Le réalisateur est resté plutôt fidèle à la saga littéraire de Diana Gabaldon. Je suis aux anges, j’ai lu les trois premiers tomes à l’âge de quinze ans ! (j’en ai 26 aujourd’hui !!) et j’en garde un souvenir indélébile. Je vivais alors au Zimbabwe et mes parents faisaient parvenir les livres une fois par mois par la valise diplomatique. Ma compréhension de l’anglais était à cette époque pour le moins lacunaire, et je ne fréquentais donc pas les rares librairies « rhodésiennes ». Nous commandions donc nos romans via le Club, une enseigne similaire à France Loisir qui faisait parvenir des  livres à l’international une fois par mois. Je suis donc contente de redécouvrir la saga du Cercle de pierre ! Je viens ainsi d’achever la lecture du premier tome et ai commencé le second. A l’évidence je ne pourrai faire l’impasse, aussi ces œuvres seront-elles bientôt chroniqués ici sur le site.

Voilà donc le premier pot-pourri littéraire dans lequel je vous ai fait part de mes dernières découvertes livresques, tout comme de mes envies du moment, le premier d’une nouvelle série, je l’espère. Je vous retrouve prochainement pour papoter autour de Mary Reilly et de L’héritage des Boleyn. Sur ce, je vous souhaite à tous  et à toutes une très bonne semaine riche en lectures passionnantes !!!

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Bilan Halloween

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J’espère que vous avez  tous passé une agréable fête d’Halloween. Ma famille et moi n’avons  malheureusement pas pu célébrer la fête le soir du 31 octobre, mon travail ne me le permettant pas. Ce n’était bien entendu que partie remise puisque notre petite fiesta fut reportée le lendemain même. La soirée fut inoubliable !! Tout le monde (sauf moi qui travaillait encore une fois durant les préparatifs !) a mis la main à la pâte.  Je suis rentrée tard pour trouver une maison silencieuse, plongée dans une obscurité totale. Ma sœur avait préparé une playlist angoissante… Toute la famille s’était déguisée pour l’occasion. Nous nous sommes goinfrés de cupcakes oranges et noirs, de tarte de noix de pécan accompagnée de glace vanille (cuisinée avec amour par mon tendre!!) et d’autres friandises irrésistibles. Il y avait également du punch concocté par ma sœur la Gueuse et sa copine.  Enfin, nous avons choisi de visionner en famille un film soft, Les sorcières d’Eastwick (pas si soft que ça puisque le film s’est avéré finalement bien dérangeant). Bref, Halloween s’est tout de même terminé pour nous en beauté et nous nous sommes bien amusés !

Quelques clichés à l’appui :

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J’en profite pour vous faire part de l’évolution de mes chroniques ; je pense qu’un petit bilan des dernières lectures s’impose… Mon petit challenge personnel « la PAL diabolique »n’est pas encore fini mais il a bien avancé. J’ai ainsi lu 6 livres sur les 8 que je m’étais initialement fixés, ce qui n’est pas trop mal ! Je suis en ce moment un peu plus lente pour poster mes billets, n’en ayant publié que deux depuis le mois dernier. Rassurez-vous, un troisième est en préparation, Mary Reilly, une adaptation en anglais du Docteur Jekill et Mister Hyde. Il me reste à lire la petite nouvelle d’Edith Warthon, Le miroir et le roman de jeunesse Le prince de la brume de Carlos Ruiz Zafon.

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Je vous retrouve dès ce weekend pour mon troisième billet !!! Bonnes lectures !!!

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