Lettre d’une inconnue

« N’aie pas peur de mes paroles, une morte ne réclame plus rien ».

 Dans ce récit fébrile et désespéré, Zweig dépeint le portrait d’une héroïne tragique.

lettre d'une inconnueR… un auteur renommé reçoit une épaisse enveloppe d’une fervente admiratrice anonyme. Ces feuillets ont tout l’air d’un épais manuscrit plus que d’une lettre, et retracent le parcours d’une vie entière qui lui fut consacrée, jusqu’à son dénouement fatal.

La première fois qu’elle l’a rencontré, elle n’était qu’une jeune fille timide et frêle de 13 ans, une voisine de palier issue d’une famille simple. La seconde fois, elle avait 18 ans, sa beauté venait à peine d’éclore. Enfin, la troisième et dernière fois, c’est d’une belle femme mûre qu’il s’était épris le temps d’une nuit. A deux reprises il l’a séduite, mais ne s’en souviendra ni ne la reconnaitra jamais. De ces aventures sans lendemain, il ne lui laissera qu’un enfant, mort très jeune d’une vulgaire grippe, malgré les soins constants qu’elle lui avait prodigués. On notera que durant la période de 1917 à 1918, peu de temps avant la publication de ce récit, une épidémie mondiale dissémina une grande partie de la population. Un souvenir qui restera longtemps traumatisant pour Stefan Zweig.

D’une plume élégante, Stefan Zweig relate le récit magnifique et cruel d’un amour tourmenté, à la limite de la névrose, enfin apaisé… La lettre d’adieu comme un récit d’outre-tombe d’une suicidée. Un texte puissant, morbide, mais extrêmement bien écrit. Cruel et bouleversant.

Un extrait:

« Mon enfant est mort, notre enfant. A présent, je n’ai plus personne au monde, personne à aimer que toi. Mais qu’es-tu pour moi, toi qui jamais ne me reconnais, toi qui passes à côté de moi comme on passe au bord de l’eau, toi qui marches sur moi comme sur une pierre, toi qui toujours vas, qui toujours poursuis ta route et me laisses dans l’attente éternelle ? Un jour je crus te tenir, tenir en cet enfant l’être fuyant que tu es. Mais c’était ton enfant : pendant la nuit, il m’a quitté cruellement pour aller en voyage ; il m’a oubliée et jamais il ne reviendra. De nouveau je suis seule, plus seule que jamais ; je n’ai rien, plus rien de toi, rien- plus d’enfant, pas une ligne, pas un mot, pas un souvenir, et si quelqu’un prononçait mon nom devant toi, il n’aurait pour toi aucune signification. Pourquoi ne mourrais-je pas volontiers, puisque pour toi je n’existe pas ? Pourquoi ne pas quitter ce monde, puisque tu m’as quittée ? »

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5 commentaires pour Lettre d’une inconnue

  1. cora85 dit :

    Je vais bientôt aller voir son adaptation théâtrale, avec Sarah Biasini.

    Ondine

    • missycornish dit :

      Il y a une adaptation théâtrale?! Il faut absolument que j’y jette un œil. Tu as titillé ma curiosité! J’adore Zweig, j’ai arrêté pour l’instant de chroniquer ses œuvres de peur d’avoir tout lu de lui trop vite! Qu’est-ce qu’il me restera ensuite?

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