Dracula les origines

Après de nombreuses déceptions littéraires ces dernières semaines, mon engouement pour la lecture s’était sérieusement émoussé. Mais par le plus grand des hasards, en parcourant sans grande conviction les étalages d’une supérette du coin, je suis tombée sur ce roman grand format qui a tout de suite attiré mon œil scrutateur. La couverture était attrayante, l’illustration superbe, et le résumé du roman, un préquel de l’œuvre illustre et intemporelle de Bram Stocker, Dracula, franchement alléchant, comment résister à l’appel de la tentation ? Impossible dès lors de détacher mes yeux de ce livre pourtant onéreux. La littérature vampirique m’ayant toujours fascinée depuis mon plus jeune âge, j’ai donc acheté sans plus tarder ce roman intriguant. A ma grande surprise, ce fut une bonne pioche, car j’ai fait la découverte d’une petite pépite littéraire qui m’a séduite dès le premier chapitre. Une fois cette étape franchie, il m’était impossible de faire machine arrière. J’étais moi aussi ferrée par l’aura magnétique de Dracula… Qui ne l’est pas ? me direz-vous. Le mythe du vampire répulse autant qu’il fascine. Sommes-nous d’ailleurs attirés par son pouvoir d’immortalité qui nous renvoie à notre peur viscérale de mourir, la crainte inexorable de disparaître dans l’oubli, balayé par les vents comme une poussière insignifiante ? Ou bien sommes-nous tout simplement fascinés par ce personnage hautement romantique, de l’être déchu qui, tel Prométhée, aurait-été damné pour avoir osé défier l’autorité de son créateur suprême ? Quoiqu’il en soit… Il semble que le mythe du vampire demeure encore aujourd’hui une source d’inspiration intarissable pour les romanciers même contemporains.

Deux auteurs se sont de ce fait lancé un défi de taille, celui d’imaginer les prémices de l’histoire du comte Dracula en s’attaquant à ses origines. De quelle lubie a bien pu être toqué Bram Stocker pour se plonger à corps perdu dans l’écriture d’une œuvre aussi singulière ? D’où lui est donc venue cette imagination fertile tout comme cette fascination morbide pour le mythe du vampire ? Tant de questions demeurées sans réponses, jusqu’à l’intervention inopinée de Dacre Stocker, l’arrière-petit neveu du romancier qui a tenté avec brio de s’atteler à la tâche extrêmement délicate de reconstruire ce puzzle mystérieux. A partir des notes originales et inédites de Bram Stocker, l’écrivain, épaulé par J.D Barker, un auteur maîtrisant avec maestria le genre fantastique, s’est embarqué dans une véritable chasse au trésor, palpitante !

Certes, lecteur, si vous êtes comme moi férus de littérature vampirique, que vous avez déjà englouti l’intégralité de l’œuvre d’Anne Rice, vous pourriez douter de la réussite d’une telle entreprise, ce filon ayant été tant exploité qu’il semblerait presque épuisé. Néanmoins, après cette lecture, même les plus sceptiques devraient en prendre pour leur grade. Ne vous méprenez pas lecteurs, ce roman est bon, même remarquable à de nombreux égards. Si bien que j’en suis restée moi-même abasourdie. Gageons qu’il deviendra une œuvre culte…  Pour ma part je n’en ai fait qu’une bouchée !

En effet, Dacre Stocker mêle habilement la fiction à la réalité en proposant ici une biographie fictive inventive. L’histoire débute en pleine ère victorienne à Clontarf, une petite bourgade irlandaise.  Bram n’est alors qu’un jeune enfant souffreteux vivant reclus pour être atteint d’un mal mystérieux qui le consume jour après jour. Il a ainsi passé la plupart de son enfance, alité, attendant patiemment une mort inéluctable. Pourtant, sa nourrice, Ellen Crone, à la beauté insaisissable, veille… Grâce à ses soins obscurs, Bram se remettra progressivement de sa maladie, à la surprise générale de son entourage. Seule sa sœur Mathilda demeure méfiante car les soins prodigués par sa nourrice ne lui inspirent guère de confiance. Qu’est-il donc arrivé à son frère qu’elle trouve désormais méconnaissable ? D’où lui vient sa soudaine force olympienne ? Et pourquoi ses blessures se résorbent-elles si promptement ? Peu de temps après ce miracle inespéré, une succession de meurtres effroyables survient dans les villages voisins, et s’en suit la disparition soudaine de leur nourrice, Ellen Crone, plongeant la jeune fratrie dans le désarroi le plus total. Pourquoi s’est-elle volatilisée sans crier gare, après tant d’années de loyaux services ? Les deux jeunes gens tenteront de percer les mystères qui entourent leur nourrice à leurs risques et périls, se retrouvant malgré eux impliqués dans une quête qui ébranlera leurs convictions les plus tenaces. Cette révélation aura des conséquences irréversibles sur leur vie d’adulte…

Autant vous dire que j’ai été conquise ! Si ce roman épistolaire écrit sous la forme d’extraits de journal, dont la construction narrative parfaitement rodée n’est pas sans rappeler l’œuvre magistrale de Mary Shelley, Frankenstein, il puise également son inspiration dans la littérature horrifique du XIXème siècle. Les auteurs font d’ailleurs à plusieurs reprises des « clins d’œil » à de nombreux écrivains de renom tels que Sheridan Le Fanu qui lui-même fait une courte apparition dans le roman lorsque les personnages principaux tentent d’infiltrer une confrérie secrète… L’intrigue est aussi savamment orchestrée et les personnages admirablement bien croqués semblent tout droit sortis d’un roman policier victorien de Wilkie Collins. J’ai particulièrement aimé le lien ténu qu’entretenait la fratrie avec leur nourrice Ellen Crone malgré son absence.

D’une écriture efficace sans fioriture, Dacre Stocker rend ici un très bel hommage littéraire à l’un des plus grands maîtres de l’épouvante en s’inspirant de sa mort auréolée de mystère (Bram Stocker serait décédé dans des conditions étranges, il serait en effet mort d’épuisement…). Sans compter que sa parenté avec l’écrivain renforce d’autant plus la légitimité de son entreprise. Plus abouti que L’historienne et Drakula que j’avais lu pourtant avec fébrilité, ce livre n’est pas seulement passionnant, il s’est également révélé à maintes reprises inquiétant. En effet, certains passages sont dignes de Stephen King et je garde d’ailleurs un souvenir impérissable de l’épisode de la morgue…

En bref : cette histoire de fratrie partie sur les traces de Dracula est un véritable page turner au rythme endiablé qui vous procurera, lecteurs, bien des sueurs froides. Vous voilà avertis !

En bonus : l’auteur nous fait partager ses découvertes extraordinaires en nous proposant la lecture des notes personnelles de Bram Stocker.

A noter également : les droits d’auteurs ont déjà été rachetés par la production Paramount Pictures. Le réalisateur Andy Muschietti, déjà rompu à cet exercice après avoir porté à l’écran une version glaçante de ça de Stephen King ‒ qui je dois bien l’admettre m’avait donné la chair de poule ‒ serait pressenti pour son adaptation cinématographique… Le film s’annonce donc particulièrement terrifiant… Affaire à suivre !

Une interview passionnante de l’auteur pour découvrir un peu plus son univers:

Cet article a été publié dans Classique horreur, Lire du fantastique, Littérature américaine, roman gothique. Ajoutez ce permalien à vos favoris.

19 commentaires pour Dracula les origines

  1. Je note cette lecture ! Elle me permettrait de connaître un peu plus Dracula…

  2. M de Brigadoon Cottage dit :

    Alors j’ai fini ma lecture. Je suis très déçue par la dernière partie. Niveau d’écriture minimaliste, intrigue peu crédible.
    Je dirai. … Tout ça pour ça. Quel dommage.

    • missycornish dit :

      C’est dommage que tu ai été déçue. j’avais trouvé le concept très original et j’avais beaucoup aimé cette lecture mais je comprends ce que tu dis. Le dénouement est un peu faible. L’écriture ne m’avait cependant pas gêné.

  3. Marjorie de Bazouges dit :

    Suite à ton article, je me suis lancée dans la lecture de ce livre qui je dois l’avouer tient toutes ses promesses. Anxiogène à souhait, très bien écrit et l’enquête menée par la fratrie est haletante.
    J’aime beaucoup le personnage de Mathilde. Je t’en dirai plus quand je reprendrai ma lecture. Là j’ai fait une pause récupération émotionnelle après la scène de la morgue 😨

    • missycornish dit :

      Bonjour Marjorie! La scène de la morgue m’a donné la chair de poule aussi. Je ne m’y attendais pas du tout. Je pense que l’adaptation ciné sera sûrement particulièrement effrayante. Contente que tu aies lu le roman après avoir lu mon billet. J’avoue que les premiers chapitres mettaient du temps à démarrer mais ensuite je l’ai englouti en l’espace de quelques jours. Un livre captivant! Merci de ton passage, hâte de savoir si la fin te plaira tout autant.

  4. cleanthe dit :

    Je tiens le « Dracula » de Bram Stoker pour un des très grands livres du 19e siècle. Et en général je me méfie de tout ce qu’on a pu écrire ensuite sur les vampires. Mais je note quand même ce titre qui semble jouer astucieusement avec l’histoire de Bram Stoker.

  5. montfranklin dit :

    Salut Missy, perso j’ai beaucoup aimé The Historian, l’ambiance union soviétique et vampires était très prenante. Je suis fascinée par les vampires depuis Entretien avec un vampire, mais pas à cause de l’immortalité, je pense que c’est plutôt l’idée d’un monstre (qui ressemble à l’humain dans tout ce qu’il a de plus beau et de plus tragique) qui puisse posséder un autre être en créant un lien avec lui. Ce rite m’a toujours obnubilée, ne serait-ce pas une chose grandiose que de pouvoir élire quelqu’un et qu’aucune entrave ne puisse plus jamais briser cette union surnaturelle ? Le mariage du sang est une invention fascinante. De même que la contrainte de la vie nocturne (c’est pour ça que tous les nouveaux romans de vampires-boules-à-facettes sont de la merde), nous ne savons pas trop de quel tissu est fait la nuit, mais les vampires peuvent percer les ténèbres et goûter au charme de ce voile qui est pour nous opaque. Imagine si la lune suffisait à orienter tes pas, que le vent frais ne te gênait pas, et que la toile du ciel au-dessus de ta tête était chaque nuit éclairée d’étoiles différentes. Ce serait bien plus intéressant que nos ciels gris ou bleus.

  6. Syl. dit :

    Je t’invite à lire : « Avant j’étais juste immortel » de Juliette Bouchet
    Un descendant de Vlad…

    • missycornish dit :

      Je ne connais pas du tout! Est-ce un bon roman? Je sens que je vais aller faire un tour sur Amazon. J’attends ma prochaine paye pour me faire une petite emplette. J’ai hâte!

  7. maggie dit :

    Je ne suis pas férus de lectures vampiriques en revanche, j’avais beaucoup aimé le Dracula de Bram Stocker. Pourquoi pas celui-là ? Je note surtout parce que tu as l’air d’avoir beaucoup aimé mais j’espère qu’ils vont trouver une autre couverture pour la sortie poche ! Je me suis toujours demandé comment on faisait pour écrire à deux… PS : bonne année, je vois que tu ne fais aps de bilan !

    • missycornish dit :

      Bonjour Maggie! Il faudrait effectivement que j’organise de temps en temps des bilans. Je crois que J.D Baker a corrigé le style de Dacre Stocker et ce dernier a effectué les recherches. Mes meilleurs vœux. A très bientôt!

  8. Angelilie dit :

    J’aime beaucoup votre blog. Un plaisir de venir flâner sur vos pages. Une belle découverte et blog très intéressant. Je reviendrai m’y poser. N’hésitez pas à visiter mon univers. Au plaisir.

  9. Edmée dit :

    Eh bien moi qui ai abandonné les vampires il y a très longtemps (après une torride histoire d’amour quand même….) j’en reprendrai bien une couche avec ce livre. Tu m’as convaincue!

  10. M de brigadooncottage dit :

    Hâte de le lire du coup.

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