1Q84

Enfin du temps pour souffler ! Les vacances sont là ! Quelle meilleure excuse puis-je trouver pour revenir en douceur sur la blogosphère ? Les beaux jours sont encore loin et le temps morose hivernal ne me donne qu’une envie, me réfugier dans mes livres, emmitouflée dans une couverture douillette. J’ai de ce fait, préféré hiberner au coin du feu en compagnie de mes bêtes. Après un passage à vide de plus de six mois où je n’ai pu consacrer le temps nécessaire à une lecture personnelle du fait de mes obligations professionnelles, me revoilà donc gonflée à bloc ! Bien décidée à profiter pleinement de ce congé !

Pour ce timide retour, mon choix s’est porté sur une lecture japonaise plutôt insolite, qui, à mon sens, s’apparente davantage à un ovni littéraire, le livre semblant n’appartenir à aucune catégorie spécifique. Est-ce un roman réaliste, de science-fiction, d’amour ou même une dystopie ? Il semble que cette œuvre effleure tous ces genres littéraires sans néanmoins véritablement en respecter les codes. Le succès éditorial retentissant autour de cette trilogie m’intriguait ayant lu de nombreuses critiques élogieuses à son sujet, tant sur la toile que dans les revues littéraires. Il y a quelques années déjà, j’avais tenté d’explorer l’univers éparpillé de Murakami en lisant Au sud de la frontière, à l’ouest du soleil … Un roman dont je garde aujourd’hui un souvenir flou et un ressenti en demi-teinte. Il m’est d’ailleurs impossible de me remémorer clairement les tenants et aboutissants de l’intrigue pas plus que le nom ou les traits de caractère des personnages. C’est pour dire… Loin d’être un coup de cœur, j’étais restée de marbre face à la « virtuosité d’écriture » du romancier nippon tant décriée par la critique française enthousiaste. Qu’en est-il aujourd’hui ? L’alchimie a-t-elle cette fois-ci opéré ?

Eh bien, lecteur, cessons ce suspens insoutenable… Au risque de faire gronder les admirateurs de cet auteur, il n’en est rien ! Le lecteur doit ici tâtonner en s’armant d’une patience inébranlable s’il souhaite rester éveillé tout au long de cette lecture contemplative qui, pour les Murakamistes fervents relèvent sans-doute du chef-d’œuvre, mais qui pour d’autres lecteurs dont je fais incontestablement partie, risquent de provoquer sinon un désamour pour l’œuvre Murakamienne, du moins une frustration qui n’en finit pas de grandir au fil des pages.  Et ce ne sont pas les chapitres qui manquent ! L’auteur n’a pas lésiné sur le nombre de pages… 548 pour être exacte.  C’est long pour un premier tome, et en particulier lorsqu’on s’ennuie ferme d’un bout à l’autre.

Comment résumer une œuvre aussi fumeuse ? Allons donc droit au but. Il est question ici de femme vengeresse débauchée à la sexualité débridée, de fanatisme religieux revêtant la forme de cultes connus sous les noms des Précurseurs et de l’Aube, de viols de petites filles offertes en sacrifice à un gourou fanatique pervers. Sans oublier la présence d’une pointe de surnaturel en filigrane, Les little people, des lutins sans âmes qui gouvernement l’ordre de l’univers. Bref, tout un programme… Malgré tous ces ingrédients qui tombent comme un cheveu sur la soupe, ce désordre incommensurable donne le tournis. Il est rare que j’apprécie si peu une œuvre mais je dois dire que cette lecture laborieuse s’est révélée durant les dernières pages particulièrement indigeste. Le livre m’en est littéralement tombé des mains ; comment une œuvre aussi brouillonne et inaboutie a-t-elle pu susciter un tel engouement ?

Même les personnages principaux n’ont su retenir mon attention. La figure féminine à l’allure garçonne d’Aomamé tellement dans l’air du temps qu’elle en devient un véritable stéréotype vivant semble une copie grotesque de Kill Bill. On la croirait tout droit sortie d’un mauvais manga. Aomamé a des tendances bizarres, ses préférences sexuelles pour des hommes d’âge mûr au front dégarni (détail qui tue mais qui apparemment a son importance) relevant presque du fétichisme m’a laissée perplexe. Aomamé mène une vie d’ascète depuis qu’elle a quitté la secte qui l’a élevée, elle considère d’ailleurs le luxe comme un étalage vulgaire ; pourtant la belle ne porte que des vêtements extrêmement coûteux… Cet aspect de sa personnalité est grossièrement traité.

De plus, quand elle ne travaille pas comme coach fitness et masseuse privée pour une vieille femme rentière, elle se métamorphose en une tueuse à gage, revancharde qui d’un seul coup d’aiguille précis dans la nuque expédie en enfer tout homme ayant commis des maltraitances sur les femmes. L’idée un peu farfelue aurait pu être intéressante pour relancer l’attention du lecteur mais elle est tellement mal troussée qu’elle en devient, au final, peu crédible. Quant à Tengo, ce héros qui n’en est pas vraiment un, il est mortellement ennuyeux et est dénué de tout charisme. Écrivaillon à ses heures perdues, ce jeune professeur de mathématiques séduisant qui troque ses talents d’écriture pour devenir le nègre d’une jeune adolescente dyslexique, est lui aussi confronté aux traumatismes sexuels de son passé. L’homme préfère les femmes mariées plus âgées qui lui rappellent indirectement sa mère… Et un fantasme œdipien non résolu !

Il semble que le sexe occupe d’ailleurs dans ce récit une place prépondérante, l’auteur n’est en effet pas avare de scènes racoleuses d’une crudité déconcertante. Ainsi Aomamé s’adonne à ses heures perdues à des orgies et Tengo, quand il ne fantasme pas sur des jeunes femmes pré-pubères tente de reproduire auprès de femmes plus âgés un souvenir dérangeant qu’il garde de son enfance lorsqu’il n’était qu’un nourrisson, une scène où sa mère se faisait tranquillement « suçoter » sous ses yeux les tétons par un illustre inconnu … Franchement, on nage en plein délire… Et les critiques nous parlent d’une œuvre magistrale onirique et poétique… Ce procédé abusif pour appâter le lecteur finit par en donner la nausée. On est loin des scènes torrides d’Outlander, encore moins de Cinquante nuances de Grey pour les plus puristes. Non, Murakami s’intéresse davantage aux secrets bien glauques (un brin cracra) de ses héros de papier. Un aspect de l’oeuvre qui est selon mon opinion l’un des principaux points noirs du roman. A cela s’ajoute des redondances en n’en plus finir. A croire que Murakami considère son lecteur lambda comme atteint d’un Alzheimer précoce. Le prend-il d’ailleurs pour un imbécile doté du QI d’un bulot adulte ? L’auteur rappelle ainsi sans cesse les mêmes informations donnant au lecteur l’impression désagréable de s’enliser inexorablement dans une intrigue statique.

Quant à l’univers étrange et supposé original créé de toutes pièces par l’écrivain, il reste malheureusement ancré dans une réalité fadasse où le vide semble régner de main de maître. Murakami raffolant de descriptions cliniques de nourriture, le lecteur a de ce fait le droit au descriptif complet des repas de ses personnages. Les références littéraires parasitent également beaucoup l’histoire. Ainsi, le romancier n’hésite pas à effectuer de nombreux apartés où ses personnages étalent au lecteur leur savoir. C’est le cas du personnage d’Eri, une adolescente dyslexique et énigmatique de 17 ans, qui, la plupart du temps est incapable d’aligner trois mots à la suite. Mais, quelle surprise ! La demoiselle a pourtant la capacité phénoménale de réciter des passages entiers de romans lorsque ces derniers la passionnent. Ses tirades interminables rendent à mon sens la lecture d’autant plus fastidieuse voire même soporifique.

En somme, il est ironique que Murakami n’ait pas suivi les conseils d’écriture qu’il prodigue pourtant tout au long du récit, à travers la voix de son personnage principal, Tengo, à savoir ne pas hésiter à couper, voire retravailler des passages entiers de son œuvre pour la rendre plus fluide et accessible. Ce premier opus ne laisse rien présager de bon pour la suite… Les dernières pages donnent déjà des signes d’essoufflement malgré l’effort de l’auteur de relancer l’attention du lecteur en y introduisant l’apparition de petits lutins venus bouleverser le quotidien de nos héros. Pour ma part, le style de l’écrivain, pétri de lourdeurs, la construction narrative alternant les chassés croisés amoureux de nos héros dont on sait pertinemment bien qu’ils finiront par se réunir dans un prochain volume m’ont agacée. Leurs névroses n’ont pas davantage retenu mon attention déjà défaillante dès les premières pages. Pour conclure, cette écriture banale présentant parfois une envolée, un éclair, une étincelle qui finit par s’éteindre comme un feu de paille, m’a laissée profondément hermétique. L’ensemble demeure trop dissonant à mon goût pour être qualifié comme un véritable chef-d’œuvre. Que dire des références au roman d’anticipation remarquable de George Orwell tout comme le titre aguicheur de ce roman ? Ils ne semblent être qu’un prétexte d’écriture, une astuce mercantile éditoriale.

En bref: cette seconde expérience murakamienne est un échec total, la lecture s’est révélée indigeste. Dommage car l’idée initiale d’un monde parallèle dystopique semblait prometteur, il est cependant regrettable que cet aspect de l’intrigue ne soit dans ce volume qu’à peine exploité. Je doute avoir la patience nécessaire ou la curiosité suffisamment titillée pour me replonger dare-dare dans cet univers aseptisé en lisant le second tome. Navrant.

 

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10 commentaires pour 1Q84

  1. maggie dit :

    J’avoue que j’avais déçu un peu par le un qui me paraissait partir dans tous les sens… il n’était pas très clair… Du coup, je n’ai aps lu le 2. Bien m’en a pris visiblement !

  2. DF dit :

    Bon retour sur la blogosphère! Je me réjouis de te relire.
    Ton billet me rappelle qu’il y a un certain temps que je n’ai rien lu de Haruki Murakami, pourtant un écrivain à la mode…
    Je te souhaite une bonne année, riche en bonnes lectures, et avec beaucoup de bonheur auprès de tes proches.

    • missycornish dit :

      Merci! j’en aurais mis du temps pour revenir… J’espère pouvoir cette année être plus régulière et reprendre mon ancien rythme de croisière. Je te souhaite aussi une très bonne année 2019. Merci de ton passage!

  3. M de brigadooncottage dit :

    C’est certain je ne le lirai pas 😀

  4. Edmée dit :

    Eh bien je dois avouer que ta note de lecture donne presque envie de lire le livre… pour en ricaner avec toi. Mais ce serait un gaspillage de temps et même d’énergie on dirait… Je comprends bien ton humeur quand tu dis que l’on vante ce livre comme onirique et tout et tout alors qu’il semble vraiment regorger d’erreurs grossières et de trucs aguicheurs et faciles.

    Je ne le lirai pas, jamais, jamais, mais j’ai bien aimé ta façon de m’en convaincre. Au moins tu n’as pas peur de dire que toi… tu n’as PAS aimé 🙂

    Joyeuses fêtes !

    • missycornish dit :

      Bonjour Edmée. J’ai hésité à poster mon avis mais je dois dire que cela faisait bien longtemps que je n’avais pas autant détesté un roman. J’ai trouvé cette lecture insupportable. J’ai relu à plusieurs reprises des critiques élogieuses pour tenter de comprendre ce que les lecteurs avaient bien pu trouver de remarquable dans cette oeuvre mais je dois l’avouer je n’en pouvais plus. Rien ne m’a plu. C’est un univers auquel je n’ai pas du tout adhéré. Trop tiré par les cheveux à mon goût. Enfin, qui sait sait-on jamais peut-être que si tu tentes le coup, tu y trouveras autre chose que mon ressenti. Joyeuses fêtes à toi aussi, merci de ton passage.

    • montfranklin dit :

      Je suis d’accord, on peut partager des bons passages biens mauvais. Ça me rappelle une fois avec Missycornish on a ouvert un SAS sur un extrait qui m’est depuis resté à l’esprit : « Un silence se pausa, lourd comme un cassoulet trop cuit ». On dirait que Murakami fait aussi dans le cassoulet.

      • missycornish dit :

        LOL C’est exactement ça. Le style est très mauvais. Quand l’auteur te décrit le personnage féminin en train de se nettoyer l’anus, tu demandes ce que tu es en train de lire…

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