Simetierre de Stephen King

Le mois Halloween sans Stephen King, c’est comme célébrer Noël sans sapin ! C’est impossible… C’est pourquoi j’ai une fois de plus exhumé de ma PAL un nouveau titre de son œuvre prolifique.  

Quelle idée franchement ! Je pense que je n’étais pas préparée psychologiquement à encaisser les retournements multiples et sordides de cette histoire macabre. Une de mes tantes m’a dit un jour que si Stephen King n’avait pu être écrivain, il serait sans-doute devenu serial killer. C’est peu dire…

Résumé :

Le jeune docteur Louis Creed, de Chicago, s’installe avec sa famille à Ludlow, petite bourgade américaine paisible du Maine. Leur sympathique voisin, le vieux Jude, les emmène découvrir le « simetierre », ce lieu étrange et insolite établi à la lisière d’une forêt sombre, où les animaux de compagnie d’enfants ont été enterrés au fil des générations. Non loin de ces sépultures se trouvent d’anciennes terres indiennes sacrées, un endroit réputé maudit où il ne fait pas bon s’aventurer la nuit… Mais lorsqu’une tragédie secoue la famille Creed, rongée par le chagrin, le jeune médecin prend une décision irrévocable aux conséquences désastreuses…

Verdict ?

Il faut le reconnaître, j’ai rarement été aussi terrifiée en lisant un roman…Même Shining n’a pas eu cet impact, et pourtant le récit m’avait à plusieurs reprises glacée. La fin de Simetierre est franchement dérangeante… J’ai d’ailleurs eu du mal à fermer l’œil la nuit, et ai dû faire quelques pauses durant ma lecture car l’atmosphère du roman m’a plombée…  S’il est ici question de deuil, l’auteur se focalise principalement sur la perte d’un enfant en bas âge, une adorable petite tête blonde fauchée par un camion… De quoi faire déjà cauchemarder n’importe quel parent, moi la première. J’ai donc ainsi été abasourdie par la puissance cathartique de ce roman…

Les récits de Stephen King ont tous cette étrange particularité de nous chambouler, sans-doute parce que ses personnages sont souvent des êtres ordinaires, confrontés à des préoccupations bien triviales, ce qui renforce un peu plus le réalisme du décor. Ces personnages profondément humains sont toutefois capables du pire comme du meilleur… Rares sont les romanciers qui réussissent à décrire avec tant de finesse psychologique la violence sous jacente de la culture américaine, qui, rappelons-le, s’est tout de même bâtie sur du sang. Bercées dans cette culture, les œuvres de Stephen King reflètent l’Amérique profonde, une Amérique sombre et imprévisible.

L’écrivain offre par ailleurs sous le couvert d’un roman estampillé « terreur », une réflexion philosophique étonnamment dense sur la mort et notamment sur le pouvoir des rites de mémoire tels que l’enterrement plutôt que la crémation. Ce qui est né de la terre retourne à la terre… Stephen King puise le plus souvent son inspiration dans le folklore américain et en particulier dans les croyances et les vieilles traditions indiennes. Le résultat est bluffant. La légende du Wendigo semble plus vraie que nature. A noter que l’idée d’un cimetière pour animaux établi sur un ancien site indien maudit était une trouvaille particulièrement brillante…

Ainsi donc, si le surnaturel prend évidemment une place prépondérante dans ce récit morbide, ce n’est pas l’exploitation de cette idée qui m’a semblé la plus intéressante. Les chapitres dédiés au chagrin du deuil, et en particulier à l’enterrement du petit garçon, d’une tristesse désolante, m’ont davantage marquée. J’en ai pleuré.

Le désespoir du narrateur est très bien restitué. On croirait le vivre nous-mêmes. C’est la force des écrits de Stephen King, nous toucher jusqu’à l’âme. L’histoire entre d’ailleurs étrangement en résonance avec le contexte actuel, une époque où la mort est sans cesse dissimulée et aseptisée, la vieillesse tout comme la maladie, demeurant encore aujourd’hui des sujets tabous. On montre rarement aux informations télévisées la réalité des coulisses (Covid 19).

On a tendance à vouloir encore camoufler la vérité brute, la mort dégradante. Stephen King l’assure, notre rapport à la décrépitude des corps est devenu malsain, les morts nous gênent. La preuve, nous tentons inlassablement de freiner les effets du temps en ralentissant tout signe de vieillesse… Pour l’auteur, cette phobie diffuse pour la mort est le présage d’une déchéance progressive de notre civilisation qui tente de gommer au passage toute spiritualité.

Il y a un dialogue mémorable entre le vieux Jud et Louis qui illustre à merveille cette idée. Jud, qui a frôlé la mort à de nombreuses reprises (deux guerres mondiales et la grippe espagnole), s’adresse à Louis et tente de le raisonner en lui expliquant le rapport de sa génération à la mort. Il en est convaincu, on ne peut pas tromper la faucheuse qui dissémine au gré de ses envies celui qui a le malheur de croiser son chemin. Il faut apprendre à l’accepter : « Pour nous, la mort était à la fois une amie et une ennemie » décrit-il.

Pétri de bonnes intentions, notre héros Louis Creed, refuse de voir la mort en face et, à l’instar du scientifique Frankenstein, décide de commettre un acte impie en se substituant à Dieu. Le résultat se révèle une fois de plus un échec cuisant… Cage reviendra d’entre les morts complètement métamorphosé… Cette contrefaçon dérangeante un brin macabre m’a donné la chair de poule. La description du petit Cage fraîchement décédé est innommable. L’auteur s’en donne à cœur joie. Certaines scènes sont, en outre, particulièrement gores.

Et l’adaptation dans tout ça ?

Si j’ai bien entendu visionné l’adaptation du roman, qui est plutôt réussie même si elle diffère tout de même de l’intrigue du roman, je dois reconnaître que l’œuvre originale est nettement meilleure. Est-il de toute façon possible de restituer tout le génie d’écriture de Stephen King en le condensant en une adaptation de 2h ? J’en doute…

En bref : un excellent roman terrifiant qui hante le lecteur même après avoir tourné la dernière page. Une œuvre sombre et puissante sur la mort, une finalité inévitable mais pourtant naturelle pour tout être vivant… Un chef-d’œuvre du genre. Attention cependant, ce roman d’épouvante est réservé avant tout à un public averti. A bon entendeur…

La bande-annonce du film:

Nouvelle participation au Mois Halloween dans les catégories Les cimetières, le deuil et la perception de l’au-delà ainsi  que  les  créatures  de  la  nuit  puisque  c’est  une  histoire « zombiesque »…Participation  également  au  défi  Pumpkin Autumn  Challenge  dans  la  catégorie  Automne  Frissonnant,  Esprit  es-tu  là?

Cet article a été publié dans Challenge Halloween, Chronique diabolique 2020, Cinéma, Classique horreur, Lire du fantastique, Littérature américaine, Thriller. Ajoutez ce permalien à vos favoris.

14 commentaires pour Simetierre de Stephen King

  1. oh je l’ai lu quand j’étais ado… je me souviens des grandes lignes de l’histoire mais il faudrait assurément que je le relise aujourd’hui ! Par contre, « Shining », lu il y a 4 ans je crois, m’avait glacé le sang !!

  2. stella black dit :

    Je l’ai lu en avril dernier, j’ai dû faire une pause après le chat qui m’a énormément dégouté (surtout quand il est allongé sur lui sur le canapé, quand il se réveille), mais alors la deuxième partie du livre … Je suis en train de lire Shining et je ne sais pas si je vais me remettre de l’habitante de la chambre 217 😭

    • missycornish dit :

      Ahaha! Tu devrais jeter un œil à mon billet sur Shining. 🤣 A cause de ce film, j’ai enlevé mon rideau de douche. 🤣 Pareil, j’ai aussi mis beaucoup de temps à lire ce roman. J’ai fait des pauses parce que c’est quand même super sombre.

  3. maggie dit :

    L’un de ses meilleurs romans ! J’avais adoré aussi que le roman ne soit pas seulement fantastique mais qu’il parle aussi bien d ela mort… Salem est vraiment aussi 😉

    • missycornish dit :

      Ah j’en ai tellement entendu parler de Salem! Je suis actuellement en train de finir le tome 1 de ça et je pense lire par la suite Salem. Je me régale avec Stephen King en ce moment.

  4. Marjorie de Bazouges dit :

    Ça m’a l’air terrifiant ! Je lis L’Institut pour le bookclub et je suis très très déçue.

    • missycornish dit :

      ça n’a pas l’air terrible à lire. Les avis sur L’institut ont l’air assez mitigés. On regarde Docteur Sleep, le film pour rester dans l’ambiance de Stephen King. C’est pas mal du tout mais ça fait pas peur.

  5. Oh, Angela ! dit :

    Hello, je l’ai dans ma pal, mais je ne l’ai pas encore lu. Par contre, j’ai bien aimé le film :-).
    Merci pour ta superbe chronique 😀 ! Belle journée à toi !

  6. rachel dit :

    Oh oui Halloween sans King n’est pas Halloween….et tout un film d’horreur…..je m’en souviens….OMG…..;)

On papote?

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s