Mentir n’est pas trahir

Gladwyn a vraiment tout pour être heureux : une carrière qui semble plutôt prospère, une petite propriété coquette dans une banlieue paisible et huppée de la périphérie londonienne où il vit aux côtés de sa belle et tendre épouse Blythe et de son adolescent sans problème. Tout semble aller pour le mieux dans le meilleur des mondes. Aucun nuage à l’horizon. Gladwyn se laisse bercer par cette existence routinière sans embûche qui semble lui satisfaire.

Alors qu’il se rend comme à son habitude à la campagne des Downs chez sa mère pour lui tenir compagnie un après-midi, il croise sur sa route Lara, une jeune artiste adorable qui vient de tomber de bicyclette et s’est esquintée la cheville. Il décide de lui porter secours. Cette rencontre fortuite scellera sa destinée. Cette initiative qui à première vue paraîtra chevaleresque tournera finalement vite en opportunisme crasse. Charmé par cette jolie jeune femme pleine de fraîcheur, Gladwyn, pourtant marié, succombera à la tentation et s’enlisera dans d’inextricables mensonges, se réinventant une situation, jusqu’à franchir le point de non-retour. Il échafaudera de multiples plans extravagants et des plus malhonnêtes pour entretenir deux liaisons. Gladwyn découvrira à ses propres dépends que tromper ne peut se faire impunément, et engendre toujours inéluctablement son lot de drames… Il tergiversera longtemps, mais ce sera sans compter sur l’ironie impitoyable du destin qui se chargera de décider pour lui…

Voilà un roman qui m’a de prime abord fait l’effet d’une claque ! Angela Huth nous entraîne dans une intrigue digne d’un épisode de Barnaby où des drames d’alcôves dans une campagne sauvage un peu arriérée, gardent encore une certaine brutalité. Dans ce roman au style d’écriture plutôt fluide et à mi-chemin entre le vaudeville et le roman noir, l’auteure dissèque avec aisance les sentiments humains de l’homme dans tout ce qu’il a de plus vil. Elle nous dépeint ainsi le caractère fourbe moyennement flatteur de la gente masculine et s’intéresse plus particulièrement à sa duplicité. La romancière pousse le lecteur à s’interroger sur la possible souffrance d’un homme en proie aux remords. Est-on vraiment un goujat en agissant de la sorte ? (Oh que oui !) L’amour est-il exclusif ? Sommes-nous destinés à tromper nos conjoints ? Ses questions ne me semblent pas justifier une telle traîtrise car Gladwyn n’a finalement aucune raison valable de tromper sa femme. En effet, lui-même se considère heureux en ménage et n’a nul reproche à adresser à Blythe. Son seul vrai regret, étant d’avoir choisi de vivre dans la banlieue londonienne plutôt que de s’être installé avec sa famille à la campagne dans un cottage pittoresque. Est-ce néanmoins suffisant pour justifier sa liaison adultérine? Aux lecteurs d’en décider…

Le personnage principal semble de ce fait dépourvu de toute fibre héroïque, c’est avant tout un pleutre égoïste qui ne se soucie guère que de lui-même. L’expression « l’occasion fait le larron » n’aura jamais pris autant de sens ici.

Gladwyn jonglant entre deux femmes, déploie des subterfuges franchement méprisables tels que le fait d’acquérir deux portables pour pouvoir communiquer en toute discrétion avec sa maîtresse ainsi qu’avec son épouse. Pour se donner bonne conscience, ce quadra en pleine crise de jeunisme joue également les maris attentionnés et aimants. Il se présente comme un époux dévoué prêt à tout pour satisfaire sa femme, lui proposant des escapades romantiques pour compenser ses petits écarts conjugaux sans qu’elle, trop confiante, ne se doute de rien… Cette fourberie en devient insupportable au fil des pages. En somme, cet homme d’apparence tendre et réfléchie se comporte comme le dernier des mufles. C’est pourquoi je n’ai éprouvé aucune empathie pour lui et l’ai trouvé franchement exécrable.

Dès lors, difficile de dire si j’ai vraiment apprécié cette histoire sordide dont la fin glaçante m’a particulièrement mise mal à l’aise. A bien des égards, ce roman psychologique présente des faiblesses d’écriture. J’ai ainsi noté de nombreux points noirs comme l’attitude des personnages féminins qui m’a semblé trop passive pour notre époque. Toutes deux sont les dindons de cette farce douteuse.

Comment Blythe, cette petite bourgeoise aux allures de Bree Van De Kamp, ne peut-elle pas émettre plus tôt des soupçons ? Sa foi inébranlable en son mari la rend agaçante.  Ne vérifie-t-elle pas les comptes ? Comment peut-il réussir à financer un petit studio à Londres sans se faire pincer ? La naïveté de Lara est tout aussi déconcertante. Cette pseudo-artiste traîne un pyjama d’adolescente attardée et a conservé sa chambre d’enfant… Cette facette infantile de sa personnalité la rend un peu bécasse aux yeux du lecteur. Il n’est par conséquent pas aisé de s’attacher à ses deux portraits de femmes trop caricaturaux.

La fin bien qu’inattendue m’a laissé assez sceptique. Peut-on vraiment rebâtir une relation matrimoniale sur un mensonge ? J’avoue avoir été plus intéressée par l’aspect du roman noir mais dommage qu’il soit exploité maladroitement et ne serve que de prétexte pour démasquer l’infidélité de Gladwyn. Pourtant, le personnage de l’ouvrier agricole qui rôde toujours autour du cottage de Lara comme un charognard souhaitant à tout prix s’attirer les faveurs de la jolie blonde, m’a donné la  chair de poule, sachant la jeune femme esseulée au beau milieu de la campagne, avec pour seul voisin cet homme inquiétant et intrusif.

Certes, je n’ai fait qu’une bouchée de ce roman très bien écrit mais je n’ai aimé ni le thème de l’adultère ni le personnage principal qui, au final, m’a écœurée. De plus, la mièvrerie empiète trop sur l’histoire dans les dernières pages et le dénouement trop lisse m’a mise en colère ! A mon sens, cette histoire reste en effet cousue de fil blanc. Mon opinion reste donc en demi-teinte.

En bref : Sans être un chef-d’œuvre, ce « petit » roman aux accents de vaudeville se lit assez bien. Il est cependant regrettable que cette œuvre, ancrée dans la culture anglo-saxonne se focalisant sur une petite société soucieuse de préserver les apparences, se soit malheureusement révélée trop convenue…

Lecture commune sur Angela Huth dans le cadre du Mois anglais

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20 commentaires pour Mentir n’est pas trahir

  1. lcath dit :

    Je ne sais pas si le thème me tente mais « son mariage allait bien il n’avait pas besoin d’aller voir ailleurs » … si c’était aussi simple nous serions entourés de gens ravis et heureux de leur vie de couple… qu’est ce qui fait une vie de couple réussie…. ?
    J’ai un autre titre à lire de Huth … ça tombe bien. 🙂

  2. Féli dit :

    Je crois que je vais passer mon tour, le thème ne me tente pas du tout.

  3. A_girl_from_earth dit :

    J’ai l’impression de retrouver quelques thématiques communes avec Tendres silences que j’ai par contre adoré. C’était peut-être traité de façon plus subtil. En tout cas, je me suis beaucoup amusée des personnages, et la fin, bien que convenue, reste honnête. Je compte bien continuer avec Angela Huth mais peut-être pas pour ce titre.

    • missycornish dit :

      Oui je n’ai peut-être pas choisi le meilleur d’Angela Huth. Je compte lire prochainement sa série sur Hallows Farm. A voir le résumé me tentait mieux. Je pense que je n’ai tout simplement pas aimé le thème et la fin m’a paru injuste.

  4. M de brigadooncottage dit :

    En tout cas il a le mérite de faire parler ce bouquin. Il traite d’un sujet très commun au fond. Autour de moi ce genre d’histoire foisonne et les excuses à mon sens sont toujours bidon. Comme Edmee le dit « ce n’est pas une question d’intelligence « . C’est peut -être la peur de. la solitude qui fait que ceux qui sont trompés semblent parfois aveugles ou complaisantsi. Vaste sujet s’il en est. ….

    • missycornish dit :

      C’est l’ennui vraiment et l’opportunité qui se présente qui le pousse à tromper pas vraiment le désir sexuel. C’est étrange de gâcher sa vie comme ça.

      • M de brigadooncottage dit :

        Sans doute aussi un grand manque d’imagination et accro au frisson de l’interdit.

        • missycornish dit :

          Ça souligne aussi un certain désintérêt de la femme pour son mari qui est tellement préoccupée aussi d’elle-même qu’elle ne voit pas ou fait semblant de ne pas comprendre cette trahison. En bref, elle frise la complaisance, à mon avis quelquechose cloche dans ce roman.

  5. M de brigadooncottage dit :

    Je pense que je le lirai ne serais -ce que par curiosité. Je ne suis pas fan des histoires d’adultère mais ta référence à Barnaby a piqué ma curiosité.

  6. Lili dit :

    Le sujet ne m’enthousiasme guère et ce que tu en dis n’arrange rien. J’ai noté Angela Huth mais je l’attaquerai avec un autre titre, c’est certain !

    • missycornish dit :

      Lili passe ton chemin. Cette histoire frise le roman de gare. Toi qui aime la qualité, tu risques d’être déçue. Pas extraordinaire. Je lirais bien aussi un autre titre. Peut-être La vie rêvée de Virginia Fly qui vient de paraître ou la série Hallows farm. Je pense que je n’ai pas dû lire son meilleur roman.

  7. rachel dit :

    et bin il me semble qu’il y a toujours un os chez Huth…un individu au milieu du chemin….en tout cas cela ne va pas etre pour moi…;)

  8. Edmée dit :

    Ce qui me dégoute surtout, c’est que son mariage était bon, donc il n’avait aucun « manque », et donc il fait un « faux pas » (admettons) mais n’en sort pas. Et donc le voilà échafaudant une vie vraiment compliquée.

    Maintenant, quant à la naïveté de l’épouse, j’ai une amie qui n’a su que lorsqu’il a eu 15 ans que le fils d’unetelle dont on ne connaissait pas le père était aussi celui de son mari.Ce n’est pas une femme bête, au contraire, elle avait un poste très important comme vice-présidente de banque. Mais voilà, un mariage OK mais avec plein de choses à faire sans doute, et pas de questions. Je pense que certaines épouses se croient bien à l’abri de ce type de chose avec des arguments tels que « je reste désirable, je m’occupe de lui, nous avons une vie sexuelle normale » etc… Or l’adultère n’a pas toujours sa source dans le manque d’entente dans le couple.

    C’est en tout cas très compliqué! 🙂 Et ce livre a l’air en tout cas de t’avoir dérangée mais bien distraite 🙂

    • missycornish dit :

      Le livre m’a dérangé par ce qu’au fond on ne comprend pas très bien pourquoi le personnage trompe son épouse. Cela ne lui apporte rien si ce n’est un nombre considérable d’ennuis.

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