Never let me (Auprès de toi toujours)

  « …We thought it would reveal your souls. Or to put it more finely, we did it to prove you had souls at all ». 

Sous un titre emprunté à une chanson fictive Never Let Me Go,  Kazuo Ishiguro nous livre un roman inquiètant, une contre- utopie, sur le clonage et la fragilité de la vie.

Dans un univers parallèle mais contemporain au nôtre, Kathy,  une jeune femme solitaire, se remémore son enfance lorsqu’elle étudiait à Hailsham, un pensionnat  mystérieux.  Perdue dans une contrée reculée de la campagne anglaise, cette école accueille des élèves particuliers : des clones d’êtres humains. Eduqués pour servir dans une institution aux principes rigides, Kathy et ses deux camarades de classe Ruth et Tommy, ont appris la résignation pour se préparer à  leur finalité, celle de donner leurs organes à la science dès que leur vie d’adulte débutera.

Comme un documentaire au ralenti, parsemé de descriptions quasi- chirurgicales et de flash- back, l’auteur nous dévoile la vie paisible et  banale d’individus aux destins funestes.

Si Kazuo Ishiguro a choisi d’aborder la question houleuse du clonage et notamment celle des « enfants- médicaments », le lecteur sera sûrement déçu de remarquer la neutralité et l’absence totale de révolte des personnages. Ils sont tellement fatalistes que cela en est douloureux. On a vu du bétail plus réfractaire à l’idée d’être mené à l’abattoir. Mais ont- ils vraiment le choix ?

Bien que l’écrivain remette en question les progrès scientifiques, ce cadre sombre et dramatique semble plus un prétexte pour évoquer les thèmes qui caractérisent ses romans  tels que The Remains of the Day. Il revient ainsi sur les mécanismes de l’oubli et l’importance de la mémoire notamment, qui nous aident à conserver le souvenir de la trace d’une vie, cette vie si fragile et éphémère. C’est aussi un moyen de justifier la personnalité effacée de son personnage principal, ses mémoires relatant son éducation en tant que clone, et non en tant qu’être humain justifient son présent. Dans un style dépouillé, proche de la langue orale, l’auteur nous conte également l’histoire bouleversante d’un amour avorté par le temps.

Ecrit avec une certaine distance, ce texte est dérangeant et soulève de nombreuses questions d’étiques.  A sa manière l’auteur, qui utilise une écriture d’une fausse simplicité, à travers la voix  détachée d’une narratrice presque froide, est engagé et pousse le lecteur dans ses retranchements le forçant à se poser maintes questions: est- ce qu’un clone conçu essentiellement en vue de sauver des vies « humaines » peut ressentir du chagrin? Peut-il éprouver des sentiments forts, tomber véritablement amoureux et donc possèder une âme? Mais alors devrait-on le considérer comme un individu, un être humain à part entière?

Dans un genre à mi chemin entre la science- fiction et le roman social, Never Let me Go déborde d’une émotion contenue et aborde avec une finesse exceptionnelle, le clonage et l’évolution éventuelle de l’humanité. Après ce livre, comment ne pas s’interroger sur la valeur d’une vie, même crée artificiellement ? Triste et révoltant.

Le livre a été adapté pour le cinéma en 2010 par le réalisateur Mark Romanek. Le film rend très bien l’atmosphère malsaine et déprimante du roman et les personnages sont beaucoup plus touchants. Même si le réalisateur prend quelques libertés concernant la trame de l’histoire, l’adaptation est à ne surtout pas manquer.  Voici la bande- annonce:

Publicités
Cet article a été publié dans Science-fiction. Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Un commentaire pour Never let me (Auprès de toi toujours)

  1. alexmotamots dit :

    Tiens, je ne savais pas qu’il y avait eu un film. Pour une fois, je suis tentée de le voir.

Répondre à alexmotamots Annuler la réponse.

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s