Les secrets de Cloudesley de Hannah Richell

Et voilà, les vacances scolaires tant attendues débutent enfin ! L’occasion de souffler et de profiter pleinement de cette parenthèse pour se ressourcer un peu. Et quelle meilleure manière de savourer ces instants de calme et de tranquillité qu’au coin du feu une lecture cocooning à la main. Ce petit roman anglo-saxon élégant, mêlant avec finesse la romance gothique tout comme le suspens, tombait donc à pic ! La couverture est par ailleurs franchement suberbe ! J’ai été très contente d’acquérir ce livre en grand format grâce à Vinted où j’ai pu le dégoter d’occasion comme neuf, une aubaine ! 

Années 50.

Lilian, jeune et ravissante orpheline de la guerre, épouse Charles Obéron, un riche collectionneur veuf. Ce dernier lui promet une vie merveilleuse de fastes à Cloudesley. Mais derrière les portes de cette demeure splendide, le caractère rude et cruel de Charles se révèle, et les promesses d’amour ne sont plus que chimères. Le conte de fée devient cauchemar. Lilian se retrouve à la merci d’un homme tyrannique qui exerce sur elle une emprise malsaine et sournoise. Elle n’est guère plus qu’un joli bibelot ajouté à la collection de Charles, un caprice coûteux, une œuvre d’art qu’il garde jalousement à l’abri des regards envieux pour pouvoir la contempler à sa guise … Lorsque Charles engage Jack Fincher, un peintre prometteur pour décorer la nurserie du manoir, il ne se doute pas que cette rencontre chamboulera son existence comme celle de son épouse Lilian qui en restera marquée à jamais. 

Hannah Richell tisse ici une romance gothique plutôt bien troussée même si je dois l’avouer,  j’ai dernièrement lu des lectures bien plus abouties. Ce roman m’a en effet laissé un peu sur ma faim… Le style bien trop moderne n’était à mon sens pas à la hauteur du sujet. Les dialogues sont en outre un tantinet trop présents à mon goût et l’atmosphère gothique demeure au final trop superficielle. J’ai d’ailleurs éprouvé de la difficulté à situer l’histoire dans son contexte historique car les références à cette époque sont bien peu nombreuses. Parfois, l’ambiance se rapprochait davantage des années folles. Ainsi le décor dépeint manque selon moi de conviction tout comme d’un certain réalisme, c’est pourquoi on observe l’histoire se déplier avec une distance un peu froide sans vraiment parvenir à être touché par le sort tout comme le destin funeste de ces protagonistes. Ils ne réussissent d’ailleurs pas à susciter vraiment d’émotions. Les personnages n’évoluent pas particulièrement et demeurent embourbés comme statiques, ce qui rend parfois la lecture un brin frustrante. 

Le personnage de Charles Obéron, le mari violent, frise de ce fait parfois l’archétype grossier de l’homme tyrannique, dépourvu de nuances psychologiques. Il m’a d’ailleurs beaucoup fait penser à l’époux arriviste de Daisy, Tom Buchanan, dans Gasby le Magnifique. L’inspiration était d’ailleurs assez flagrante. Fabuleusement riche, Charles Obéron est un veuf dominateur qui collectionne les trophés en tout genre. Sa fortune indécente le pousse à tous les vices. Cet arriviste aux caprices extravagants a été blessé au plus profond de son âme par la guerre. Son passé le pèse et le rend colérique et brutal. Cet aspect de sa personnalité aurait pu être davantage exploité pour le rendre plus humain, plus torturé à la manière de Rochester dans Jane Eyre, malheureusement, son caractère demeure d’un bout à l’autre du roman détestable. Il est totalement dépourvu de qualités expiatoires…

Quant à Lilian, cette figure frêle et malléable qui rappelle bien évidemment l’héroïne anonyme de Rebecca de Daphne du Maurier, elle finit  elle aussi par agacer. On espère de ce fait qu’elle finira par se rebeller contre le caractère exécrable de son mari, en vain. Elle subira en silence, passive, les innombrables humiliations qui jalonnent son existence bien misérable.  Elle appartient au décor de Cloudesley comme les paons au plumage flamboyant de Charles Obéron qui embellissent le parc arboré de la propriété anglaise. Elle n’est qu’un vulgaire ornement, un bel oiseau exotique prisonnier d’une cage dorée. Si j’ai moyennement aimé son tempéramment docile, j’ai cependant été touchée par son amour indéfectible pour son beau-fils, Albie, un petit garçon vulnérable qui subit lui aussi la tyrannie de son père, tout comme la relation privilégiée qu’elle entretient avec sa petite-fille Maggie également délaissée par ses parents.

L’intrigue du roman alterne par ailleurs les sauts dans le temps, l’histoire suit ainsi le passé de Lilian et sa liaison adultérine avec le séduisant peintre Jack Fincher, un doux rêveur ; et le présent chaotique de la petite fille de Lilian, Maggie qui s’efforce tant bien que mal de préserver l’héritage de sa famille, la demeure de Cloudesley, qui croûle malheureusement sous les dettes. Je dois admettre que la partie du roman dite « contemporaine » était moyennement captivante. Elle avait tendance à plomber un peu le rythme du récit … J’avais eu le même problème à la lecture du roman tant adulé de Eve Chase, Un manoir en Cornouailles.  Finalement, je m’étais un peu ennuyée dans les derniers chapitres et j’avais achevé cette lecture, assez mitigée. 

En bref: Si cette petite romance se lit agréablement bien, elle demeure toutefois un tantinet trop fadasse à mon goût. Ce petit roman de vacances est loin d’être un chef-d’œuvre d’écriture. Il pêche parfois par un manque cruel de finesse psychologique et une dépiction d’un cadre temporel bien trop lisse. En outre, certaines thématiques abordées,  telles que l’art comme échapatoire à la banalité de l’existence, ouvrant une fenêtre sur un monde infini, la maternité refusée, le lien de l’amour plus profond que celui du sang, ou bien même la violence conjugale, étaient potentiellement intéressantes. Il est regrettable qu’une fois de plus, ces pistes d’écriture soient toujours survolées.

La principale caractéristique du roman gothique est  aussi sa capacité à planter un décor inquiétant, auréolé de mystère ainsi qu’une atmosphère sombre où la tension est palpable à chaque coin de page. Or, le principal bémol de ce livre est l’absence de véritables descriptions étoffées du lieu dans lequel l’histoire est censée évoluer. Les secrets de Cloudesley est bien trop axé sur la romance et moins finalement sur une véritable ambiance gothique. Le cadre devient ainsi plus un prétexte d’écriture, un moyen mercantile un peu bancal pour appâter le lecteur. 

Rebecca évoquait avant-tout l’histoire d’une demeure et moins celle de ses occupants, ici c’est tout le contraire. La demeure se révèle n’être qu’un joli écrin, une coquille vide ravissante certes, mais renfermant finalement un secret peu renversant.  

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8 commentaires pour Les secrets de Cloudesley de Hannah Richell

  1. Un roman prometteur mais tes bémols me freinent un peu… A voir, si jamais je tombe dessus ^_^. Bon dimanche et belle seconde semaine de vacances !! 😉

  2. Chicky Poo dit :

    Je ne connais pas du tout, ni le titre, ni l’autrice. Mais j’avoue que ça me tente moyennement… Tu en parles bien, mais les bémols et le sujet ne m’attirent pas du tout. Par contre, un jour il faudra que je me décide à lire Rebecca 😉

  3. Marjorie de Bazouges dit :

    Bon ben comme quoi il ne faut pas se fier aux apparences…
    Je ferai l’impasse sur celui-ci.

  4. rachel dit :

    ET bin je ne pense pas le lire zalors…et surtout de bien bonnes vacances…ouiii

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