L’appel du passé d’Elizabeth Goudge

Judy Cameron, une aristocrate anglaise fortunée mais capricieuse s’ennuie ferme à Londres. Ce microcosme étriqué ne trouve plus grâce à ses yeux car elle aspire avant tout au grand air et rêve d’évasion. Alors qu’elle flâne comme de coutume dans les rues de la capitale, une mystérieuse peinture exposée dans une échoppe attire son œil. Ensorcelée par cette gravure populaire d’une vieille bâtisse écossaise perdue en pleine campagne dans les Highlands, là voilà prête à tout pour retrouver ce lieu auréolé de mystère. La jeune femme s’empresse de déposer une annonce dans le journal local afin de trouver un endroit de villégiature en Ecosse pour elle et sa famille. S’ensuit une lettre d’un propriétaire énigmatique prêt à louer pour quelques semaines son bien, la demeure vétuste de Glen Suilag. Arrivée à bon port, Judy est prise d’un curieux sentiment de déjà-vu. La propriété isolée la fascine autant qu’elle l’inquiète. Se pourrait-elle qu’elle ait déjà franchi  les grilles de ce portail patiné par le temps?

Voilà une lecture de facture gothique savoureuse ! Dénichée sur les étalages d’un bouquiniste au détour d’une balade, je suis d’emblée tombée sous le charme de sa couverture sépia mettant en scène une Ecosse romantique fantasmée. J’avais par ailleurs déjà découvert Elizabeth Goudge, une romancière anglaise remarquable en lisant son chef-d’œuvre Le pays du Dauphin vert, l’une de mes plus grandes émotions de lectrice, et l’un de mes tout premiers billets littéraires sur ce même blog ! (voir mon billet ici). Ce roman a été aussi un grand coup de cœur ! Je l’ai d’ailleurs quitté avec regret. 

J’ai adoré l’ambiance de cette lecture romanesque teintée de surnaturel. Il est ici question de réincarnation et d’amour courtois. La thématique de la vie après la mort sujette à de nombreux débats m’a toujours passionnée. Je suis convaincue tout comme l’auteure que chaque demeure est imprégnée de ceux qui l’ont habitée. Judy, l’héroïne est sous l’emprise de l’ancêtre des lieux. Elle entend les échos d’une vie antérieure et est totalement subjuguée par le pouvoir hypnotique de Glen Suilag, cette propriété délabrée. L’endroit joue par ailleurs sur son humeur et sa santé pour avoir été fortement marqué par une tragédie. Glen Suilag semble ainsi ouvrir une brèche dans le temps, une idée originale qui a été reprise avec brio par Diana Gabaldon dans sa saga Outlander. Comment d’ailleurs ne pas penser à cette série romanesque haletante, d’autant plus quand cette dernière relate elle aussi la funeste bataille de Culloden, point d’orgue de l’inévitable chute des Highlanders ? N’était-ce finalement qu’un prétexte d’écriture pour rendre hommage à ces jacobites rêveurs disparus ? Ces guerriers déterminés ont tenté coûte que coûte de sauver leur territoire, en prenant les armes pour une cause qu’ils savaient pourtant déjà perdue d’avance. Cet épisode sombre de l’Histoire anglo-saxonne du XVIIIème siècle est admirablement bien narré. Il bouleverse le lecteur. 

Si j’ai trouvé le personnage de l’héroïne un brin agaçant car les premières pages du roman s’ouvrent sur ses caprices (elle se plaît entre autre à martyriser son fiancé qui doit se plier inlassablement à ses nombreuses lubies), j’ai toutefois réussi à m’attacher progressivement à elle. Sa sensiblerie un peu mièvre déroute un peu parfois le lecteur mais j’ai apprécié sa capacité singulière à s’émerveiller pour tout ce qui l’entoure.  De prime abord, futile et écervelée, Judy, une vraie tête de linotte, devient plus mûre au fil des pages. La romancière, souvent dure, n’est guère tendre pour décrire avec une petite pointe de misogynie, la nature entêtée de son héroïne de papier…  Le majordome, personnage taciturne et secret qui n’est pas s’en rappeler la gouvernante aigrie et intrusive de Rebecca (voir mon billet ici) se plaint ainsi constamment des “vapeurs” et évanouissements de Judy. Il juge son caractère faible. La demoiselle se tourmente en effet sans cesse pour un rien. 

Judy a pourtant bien des raisons de s’inquiéter, étant convaincue d’être possédée… Sa mémoire est embrumée par les souvenirs troubles d’une autre… Pourtant fiancée, la belle héritière se sent aussi irrépressiblement attirée par le charme redoutable de Ian Mcdonald, le maître du logis dont les traits ressemblent à s’y méprendre au portrait de son ancêtre, un highlander farouche et plein de panache qui aurait péri au XVIIIème siècle durant la révolte des Jacobites. Ian Mcdonald, ce personnage hautement romantique féru d’Histoire, m’a évidemment beaucoup plu.

Pour conclure, en dépit d’une intrigue assez prévisible et d’un dénouement un peu tardif dans les derniers chapitres, L’appel du passé reste une œuvre d’atmosphère douce et mélancolique que j’ai adorée. Ce petit trésor de lecture un peu suranné, paru en 1935, m’a en effet enchantée. J’ai tout de même achevé cette belle lecture, une petite pointe au cœur, en réalisant que ce genre de romans appartient déjà à une époque révolue car la lenteur et les descriptions poétiques contemplatives ne sont désormais plus de mise. Pour ma part, elles n’ont en rien entravé mon plaisir de lecture. Au contraire, j’ai eu l’impression de sortir d’un songe…

Elizabeth Goudge a en outre un talent inné pour dépeindre la nature sauvage écossaise et en particulier ses collines verdoyantes tout comme ce climat venteux et cette bruine persistante si caractéristique au temps anglo-saxon. De plus, elle mêle aussi habilement le fantastique au romantisme. 

J’ai beaucoup pensé au fil de ma lecture à la somptueuse comédie musicale Brigadoon de 1954 (découverte lorsque j’avais à peine quinze ans sur TCM, une chaîne de télévision consacrée aux classiques du cinéma rétro). Cela m’a naturellement donné l’envie de revoir ce petit joyau. 

Je vous laisse en compagnie de Cyd Charisse et Gene Kelly pour faire perdurer un peu plus le rêve… Cette prestation étincelante demeure encore aujourd’hui ma scène préférée du film. Bon visionnage! 

 
 

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Le vieux qui lisait des romans d’amour de Luis Sepulveda

Le vieux qui lisait des romans d’amour de Luis Sepulveda.

Antonio José Bolivar connaît tous les secrets de la forêt amazonienne. Depuis la mort de son épouse, le vieil homme s’est installé en retrait de la civilisation, dans un modeste cabanon où il vivote et trompe son ennui en lisant des romans à l’eau de rose. Doux rêveur, il ne chasse que par nécessité et vit en harmonie avec la nature qui l’entoure, tout comme avec la tribu des Shuars, un peuple amazonien discret. Cette bulle idyllique est malheureusement compromise lorsqu’un drame survient dans la petite communauté d’El Idilio, le village de colons qui jouxte son petit paradis terrestre. Un braconnier blanc est retrouvé mort non loin de la rivière Nangaritza, son corps sauvagement mutilé. Les membres du village, aiguillés par un maire cupide et sans scrupule, s’empressent d’accuser à tort les Shuars mais Antonio sait que ces marques de lacération ne sont pas dues aux hommes. Le vieil exilé décide alors de s’embarquer dans une folle et périlleuse expédition afin de retrouver le véritable coupable, une panthère majestueuse folle de chagrin qui n’a qu’une idée en tête, venger les siens… 

Quelle belle pioche ! Voilà une lecture dont le titre semble à point nommé pour cette belle journée de la St Valentin. Ce court roman d’une centaine de pages trône dans ma bibliothèque depuis un an déjà mais je n’ai pu m’atteler à sa lecture faute de temps. Il m’a été gentiment offert par ma sœur. Merci à toi si tu passes par là !

J’ai beaucoup aimé ce roman à la fois percutant et original. Luis Sepulveda dresse ici le portrait cruel de l’être humain. Auteur très engagé, il dénonce notamment le barbarisme et les conséquences désastreuses de l’Homme sur la nature. Cette nature dangereuse mais aussi hypnotique est par ailleurs admirablement bien rendue dans ce livre. Les descriptions flamboyantes de la faune et de la flore amazonienne m’ont rappelé par certains aspects l’atmosphère étrange et suffocante des nouvelles de l’auteur sud-américain Horacio Quiroga (voir Contes d’amour, de folie et de mort, mon billet ici). On y retrouve la même touffeur moite et des personnages tout aussi rustres et brutaux, incapables de saisir la beauté de cette nature luxuriante et vénéneuse. 

Leur habitat, ce village poussiéreux, isolé et perdu au milieu de nulle part est le reflet de leur esprit étriqué. El Idilio n’a rien d’un paradis. L’endroit est sale et le climat humide est d’une moiteur insoutenable, un terreau idéal pour les moustiques ainsi que pour les bêtes rampantes qui infestent la forêt… Les  traits des personnages qui entourent Antonio sont d’ailleurs grossis jusqu’à la caricature comme pour souligner sa différence. Ces êtres dénués de compassion, sont tous vils, abjects et lâches ; la cupidité est la seule émotion qui semble les animer et gouverner leur existence.

Si le décor haut en couleurs tout comme en saveur m’a charmée, je dois avouer que je me suis profondément attachée au personnage principal qui est très touchant. Le vieil  Antonio se plonge dans la littérature romanesque pour supporter et oublier la sauvagerie de l’Homme qui l’accable inlassablement.

 Ce vieil homme réfléchi et d’une grande sagesse est une force tranquille qui n’aura d’autre choix que de commettre à son tour un acte de barbarie pour empêcher une nouvelle tragédie. 

Cette histoire de panthère inconsolable m’a également remuée. Si l’homme n’avait pas perturbé son habitat et ne s’en était pas pris à elle, aurait-elle vraiment attaqué et tué tous ceux qui se trouvaient sur son passage? Le romancier chilien personnifie de ce fait avec finesse cette bête malheureuse lui prêtant des traits de caractère presque humains. Impossible dès lors de ne pas être ému par son sort tout comme par celui des Shuars dont l’environnement est de plus en plus érodé par la déforestation. L’écrivain a d’ailleurs lui-même personnellement connu cette tribu paisible qui vit à l’image d’Antonio en retrait du monde, pour protéger sa propre philosophie de la vie. Ce peuple fragile tente encore aujourd’hui de préserver l’équilibre entre l’Homme et la faune de la forêt équatoriale. 

Pour conclure, cette plaidoirie de la sauvegarde de l’Amazonie va droit au cœur. Cette lecture simple en apparence m’a laissé songeuse et s’est révélée finalement très riche. Je doute de l’oublier de si tôt. Ce roman est bien entendu marqué par les convictions écologistes de l’auteur. J’aime tout particulièrement sa sensibilité et son rapport à l’animal, d’une grande humilité. 

Je vous invite donc à découvrir au plus vite ce petit roman fabuleux. Il offre de multiples pistes de réflexions sur notre rapport à la nature, et fait en outre encore écho aux préoccupations environnementalistes actuelles. 

Une adaptation cinématographique australienne du roman est sortie en 2001. Le film a reçu de nombreuses distinctions pour sa réalisation mais est malheureusement aujourd’hui tombé dans l’oubli. J’aimerais beaucoup pouvoir le visionner. Voici sa bande-annonce:

 Zoom sur l’auteur:

Luis Sepulveda s’est éteint en 2020 atteint du Covid. Il fut un romancier chilien très engagé dans la protection des communautés indiennes et a de ce fait parcouru l’ensemble de l’Amérique latine pour son travail. C’est en 1978 qu’il rencontre la tribu des Shuars dans le cadre d’une mission avec l’Unesco sur l’impact de la colonisation sur les populations de l’Amazonie. Cette expérience mémorable lui inspirera ce très beau roman. 
Pour info, l’ocelot, considéré comme une espèce dangereuse, est souvent victime de la déforestation, du braconnage (sa peau étant très prisée) et des accidents de la route. Ce grand félin qui appartient à la famille des jaguars est très présent sur l’ensemble de l’Amérique du Sud. Il est malheureusement en voie d’extinction.

Pour l’anniversaire de la mort de l’auteur, Des mots et des notes propose un rendez-vous lecture le 16 avril (pour en savoir plus c’est ici), je compte honorer cette rencontre en lisant Le neveu d’Amérique



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Les guerres de Lucas de Laurent Hopman et Renaud Roche

Les guerres de Lucas de Laurent Hopman et Renaud Roche

Quelle trouvaille géniale que de relater la genèse de la saga de la Guerre des étoiles sous forme de roman graphique ! Je rechigne généralement à lire ce type de format, lui préférant plutôt les romans ou bien même la bande-dessinée. Et pourtant, je dois admettre avoir été complètement bluffée. Je me suis régalée. J’ai savouré ce drôle d’ovni d’une traite en l’espace de 48h ! 

Les auteurs Renaud Roche et Laurent Hopman se sont lancés dans un projet ambitieux et un peu fou, celui de relater les origines du mythe de Star Wars sous forme de bande-dessinée scénarisée ; on a presque l’impression d’avoir ouvert une brèche sur le passé car les deux artistes respectent scrupuleusement la biographie de George Lucas, s’étant appuyés sur de nombreux documents historiques. Le lecteur émerveillé découvre ainsi au fil des pages les débuts chaotiques du parcours créatif du grand réalisateur américain. On  y suit en outre ses premiers pas maladroits dans le cinéma, de sa jeunesse jusqu’à l’avènement de ce qui sera l’un des plus grands bouleversements du Septième Art.  

George Lucas est une énigme vivante. Il était un électron libre, fantasque et solitaire.  Un peu entêté et incompris, son entourage ne voyait en lui qu’un jeune homme paumé et taciturne. En échec scolaire, un accident de la route le ramène néanmoins sur le droit chemin et lui insuffle l’envie chevillée au corps de se dépasser et de réaliser enfin ses rêves de grandeur. L’album regorge d’anecdotes croustillantes liées au tournage invraisemblable de la saga. Certains passages sur les bouleversements intérieurs de George Lucas sont aussi très poignants. Ce réalisateur timide, casanier et plutôt routinier était peu sûr de lui et n’était pas toujours bien vaillant. Cet aspect de sa personnalité est assez déconcertant lorsqu’on sait ce qu’il a réussi à entreprendre par la suite et l’héritage cinématographique qu’il a laissé derrière lui! Si son épouse Marcia, monteuse de film, une femme ambitieuse et pétillante, ne l’avait pas épaulé dans sa tâche, il ne se serait sans doute pas propulsé aussi loin. Elle a évolué à ses côtés dans l’ombre, l’encourageant sans relâche à persévérer à mesure que les obstacles s’accumulaient sur son passage. Et il y en a eu énormément !

Les guerres de Lucas relate également sa grande amitié avec Steven Spielberg, son mentor et confident, ainsi que sa passion pour les œuvres pop telles que Flash Gordon dont il puisera son inspiration pour donner vie au personnage phare de sa saga, Luke Skywalker. Les auteurs n’hésitent pas au passage à rétablir la vérité quant aux comportements parfois excessifs de ces vedettes de cinéma, certaines étant de vraies divas ! Parmi ces dernières, l’image lisse de séducteur au bon cœur d’Harrison Ford est un tantinet égratignée.  Lui qui incarne le célèbre baroudeur séduisant de la galaxie, en prend aussi pour son grade. Ses liaisons à répétition ont d’ailleurs mis le tournage de la saga en péril. L’acteur sans grande ambition et un brin paresseux était un vrai « serial-lover », un coureur de jupon peu scrupuleux et assez opportuniste. Pourtant marié et père comblé, il n’hésite pas à jeter son dévolu sur la jeune Carrie Fisher, encore une jeune actrice hésitante qui interprètera la belle princesse Leïla. Cette histoire d’amour expéditive sèmera la zizanie au sein de l’équipe de tournage… 

Pour conclure, cette incursion fabuleuse dans la tête et les souvenirs de George Lucas s’est révélée captivante. Les dialogues sont rythmés et les scènes s’enchaînent avec dynamisme. On ne s’ennuie pas. Cela se dévore ! J’ai beaucoup aimé le mélange subtil des couleurs pastelles au noir et blanc. Ce bel album illustré est une idée de cadeau idéale pour les fans inconditionnels de Star Wars ou pour les grands curieux. Il me tarde désormais de découvrir le second volet de cette saga passionnante et enrichissante qui cache derrière cette lecture facile et enlevée malgré tout une jolie petite morale en filigrane : il faut croire en ses rêves et ne jamais renoncer car c’est dans l’inconfort qu’on devient le plus fort. 

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Nosferatu de Robert Eggers / Soirée Popcorn #6

Soirée Popcorn #6 : Nosferatu de Robert Eggers

Après une longue pause (et un bébé de plus !), me revoilà motivée pour cette nouvelle année qui, j’espère, sera riche en nouvelles découvertes culturelles. 

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J’ai eu énormément de mal à remettre le pied à l’étrier ; ce n’est pas l’envie qui manquait mais la fatigue tenace due aux nuits blanches à répétition qui ne me permettaient pas de consacrer suffisamment d’énergie à la réflexion et à l’écriture. De plus, ayant eu aussi davantage de déconvenues que de belles surprises livresques comme cinématographiques, le blog a subi un sacré passage à vide durant cette dernière année. Mes goûts se sont-ils aiguisés au point de me rendre de plus en plus blasée? Sans doute, mais je dois avouer que les thématiques du cinéma tout comme de la littérature actuelle m’agacent aussi profondément ; la critique du patriarcat, le combat féministe, l’inclusion et l’immigration, les questions environnementalistes, bref, tous ces sujets récurrents qui frisent l’indigestion, déjà très présents dans l’actualité quotidienne, ont à mon grand désarroi fatalement envahi l’art et la culture (la sortie catastrophique de Toutes pour une, dernière daube française, un hommage pseudo-féministe et inclusif à Alexandre Dumas, illustre parfaitement cette nouvelle errance). Pour ma part, le résultat est sans appel, je m’ennuie ferme.

Aimant rêver et m’évader de la réalité, je considère que la lecture tout comme le cinéma devraient avant tout demeurer selon moi une possible évasion, l’occasion détournée de nous transporter temporairement loin de notre quotidien parfois morne. C’est pourquoi le nouveau remake de Nosferatu me tentait grandement car il semblait sortir des sentiers battus. Je raffole de récits sombres et envoûtants d’autant plus lorsqu’ils plantent leur décor au XIXème siècle. La bande-annonce intrigante  de Nosferatu m’a de ce fait d’emblée séduite, tout comme le choix du casting quatre étoiles (Lily-Rose Depp à l’affiche, aux côtés des deux grands artistes masculins prometteurs : Nicolas Hoult et Bill Skarsgard que j’avais repéré dans ça pour sa prestation remarquable, et qui campe une fois encore une figure trouble, ici celle de Nosferatu). 

L’équipe de communication du film a eu la brillante idée pendant sa promotion de ne pas trop en dévoiler quant à l’identité de Nosferatu ce qui a naturellement attisé ma curiosité. 

Mais que vaut donc vraiment cette énième adaptation libre de Dracula? Je l’avoue sans détour, la sauce n’a malheureusement pas pris. J’espérais tellement un grand coup de cœur. Finalement, je suis restée de marbre face à ce long-métrage trop artificiel à mon goût qui n’égale en rien le Nosferatu original, un grand film muet avant-gardiste allemand de 1922, et fait de surcroît plutôt pâle figure en comparaison du chef-d’œuvre de Francis Ford Coppola de 1992. Impossible de ne pas y penser d’un bout à l’autre du film. On y retrouve par ailleurs de nombreux éléments analogues, l’intrigue étant quasiment calquée sur celle du roman de Bram Stocker : le jeune fiancé transi un brin trop naïf, la demoiselle virginale (cette fameuse oie blanche, une “mine de rien” qui se révèlera pas aussi innocente que cela) et bien entendu le vampire ténébreux, personnage damné, énigmatique et épris de la jouvencelle.

Ce film semble davantage une ébauche qu’une oeuvre achevée. Que peut-il bien lui manquer? Un véritable souffle romanesque, selon moi. Nosferatu/Dracula est avant tout un anti-héros profondément torturé. Un personnage damné constamment déchiré entre ses pulsions bestiales et son amour démesuré et impossible pour Mina, cette pétillante brune aux yeux sages ici transposée sous les traits endormis d’Ellen (Lily-Rose Depp). Consumée par une passion dévorante et obsessionnelle qui transcende les âges, Dracula, cette figure vampirique déchue s’accroche à sa part d’humanité malgré tout. Or, dans cette adaptation libre, le comte Orlok alias Nosferatu reste avant tout une bête, une créature bestiale lubrique et sans scrupule. Sa dimension humaine admirablement bien restituée dans l’œuvre de Francis Ford Coppola a été complètement gommée. Comment ce filon n’a-t-il pas pu être davantage exploité ? Et en particulier avec un tel choix d’acteurs de qualité. Le charme magnétique du beau suédois Bill Skarsgard est totalement invisible dans cette version. L’acteur est tellement grimé qu’il en est méconnaissable. Dommage, il aurait pu camper un personnage sombre, subversif certes mais tout de même romantique.

Film Nosferatu 2024

Quant est-il de Lily-Rose Depp?  Voilà un bel exemple de népotisme ! Aurait-elle eu le rôle titre si elle n’avait pas été la progéniture du fameux couple Depp/ Paradis? Son regard langoureux ne la sauve malheureusement pas. Elle est profondément mauvaise. Marion Cotillard peut dormir sur ses deux oreilles, sa piètre prestation dans Batman sera vite oubliée. Nul doute, Lily- Rose Depp est ravissante, et sa beauté atypique hypnotique (elle est parfaite pour une pub de parfum) mais son jeu d’actrice est trop mécanique, voire prétentieux. Elle est souvent excessive. Sa performance s’est par ailleurs révélée souvent risible et même grotesque. Impossible pour moi de réprouver un fou rire en la voyant se tortiller comme un poulpe sur la plage lorsqu’elle semble habitée par le fameux démon de minuit… Ses scènes de possession grandiloquentes digne d’un mauvais nanar d’épouvante ruinent un peu le film. La bave aux lèvres, les jupes souvent retroussées, l’héroïne se lance dans des positions improbables inspirées grossièrement de l’Exorciste qui certes, prouvent si besoin est, sa grande souplesse, mais n’apportent pas vraiment grand-chose à l’intrigue. Je n’ai pas non plus compris pourquoi Emma Corin avait été choisie pour interpréter son amie fadasse, un rôle secondaire qui ne lui sied en rien. Cette actrice britannique talentueuse aurait mérité un bien meilleur rôle, elle avait d’ailleurs brillé par son éclat dans l’adaptation sublime de Lady Chatterley’s lover (un petit bijou du petit écran produit par Netflix dont j’aimerais vous parler prochainement).

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Mention honorable tout de même à Nicolas Hoult qui joue un fiancé désespéré plutôt convainquant, et qui essaie coûte que coûte de sauver les meubles. L’acteur que j’avais découvert dans Warm Bodies (une comédie romantique farfelue avec des zombies) a très bien vieilli. Son jeu s’est affûté. Il ne verse jamais dans la caricature et son désarroi face au tourment de sa belle arrive (presque) à nous toucher. 

Pour conclure, si la pellicule est admirablement soignée (les décors, en particulier, sont impressionnants), le film m’a néanmoins semblé inabouti, et manque cruellement de profondeur. Cette adaptation en outre peu rythmée s’est révélée interminablement longue. Je suis donc passée à côté de ce prétendu “diamant brut noir”… Ce qui confirme une fois encore que si de nombreux films sont souvent encensés par les critiques, cela n’est pas forcément gage de qualité. Je doute que cette adaptation dont on peut se dispenser, résiste vraiment à l’épreuve du temps. Je n’ai rien ressenti en la visionnant. Cette fable gothique un peu sans âme et brouillonne de Dracula est un hommage raté, elle reste selon moi à l’image de sa belle actrice vedette, une jolie coquille vide sans grand intérêt. Pas grave, j’irai me consoler en visionnant une fois encore la version baroque de Coppola pour mater Gary Oldman, toujours aussi sexy, trente ans plus tard ! 

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other bennet sister 1Si les sœurs Bennet semblent avoir pratiquement toutes trouvé chaussures à leurs pieds (et filent le parfait amour ou presque avec leurs époux respectifs), Mary Bennet demeure encore la grande déception de sa mère qui ne sait que faire de ce vilain petit canard. Moins chanceuse que sa fratrie, la jeune femme un tantinet gauche et timorée, ne paraît posséder en effet ni sa beauté ni sa grâce pour pouvoir envisager une quelconque union. La voilà à la merci de sa mère, une femme bavarde, acariâtre et mesquine qui ne voit en elle qu’un terrible fardeau. Mary s’est résignée : ses attraits peu sensuels n’ont guère d’effet sur la gente masculine… 

Quelles perspectives d’avenir peut bien avoir cette dernière quand tout son entourage la perçoit déjà comme une future vieille fille? Doit-elle abdiquer et se ranger à l’avis général en devenant une triste gouvernante, voyant sa jeunesse flétrir et s’user au contact d’enfants infernaux, ou même adopter l’attitude démissionnaire de Miss Charlotte Lucas en épousant un homme niais de peur de finir seule et abandonnée de tous? Des perspectives d’avenir apriori bien maigres dans ce monde régenté par les hommes et où la seule et unique force d’une femme semble encore résider dans ses charmes …

Ce roman de paralittérature savoureux lu ces derniers mois en version originale aura été l’un de mes plus grands coups de cœur de lecture. Il a en effet comblé toutes mes attentes et s’est révélé une bénédiction pour moi, une véritable bouffée d’air frais qui m’aura permis de me remettre enfin le pied à l’étrier pour réactiver mon blog. Si j’ai lu quantité de romans, peu valent la peine d’en parler. Étant une fervente admiratrice de l’œuvre de Jane Austen, une romancière qui me fascine car elle fut une vraie précurseuse du féminisme au XIXème siècle, je ne pouvais qu’être séduite par ce bel hommage littéraire. Jane Austen est une romancière exceptionnelle qui a en outre un talent indéniable pour dépeindre sans œillères les travers de son temps en grossissant à la loupe, à la manière d’un ethnologue perspicace, les personnalités et comportements grotesques de ses contemporains. Janice Hadlow elle aussi réussit avec brio à recréer les mondanités de la Régence mais en apportant une finesse psychologique rare pour un roman de cette facture. 

Le personnage féminin de Mary est ici admirablement bien portraituré. Comme j’ai aimé son tempérament, celui d’une jeune femme sans artifice éprise de liberté. Bien que sa soif de connaissance et son caractère taciturne l’a rendent quelquefois froide, distante et même condescendante pour son entourage, Mary dissimule pourtant au fond une âme tendre et généreuse. En outre, il est triste qu’elle n’ait aucune complicité avec ses sœurs ; Jane et Elizabeth sont proches comme des jumelles quand à Kitty et Lydia, leur bêtise et leur frivolité tout comme leur narcissisme exacerbé ne leur permettent aucune véritable amitié. Elles n’ont que faire de la solitude de Mary car elles sont bien trop occupées par leurs propres frasques.

Notre timide héroïne quant à elle se soucie peu de l’apparence physique qui n’est pas un critère essentiel pour elle car elle souhaite avant tout rencontrer un compagnon de vie qui sera à défaut d’un amant, du moins un ami. Trouvera-t-elle à son tour un partenaire avec qui elle pourra partager sa passion de la lecture et sa soif de connaissance? Réussira-t-elle elle aussi à accéder enfin au bonheur? Tel est tout l’enjeu de cette très belle romance. 

Mary-Bennet

Si Mary semble de prime abord assez fade, ses faux-air de Jane Eyre la rendent progressivement sympathique et attachante aux yeux du lecteur. Condamnée à la mort de son père à vivre et à se déplacer d’une propriété à une autre comme une nomade, Mary est perspicace sur son sort, elle sait très bien que son tempérament n’est pas non plus toujours des plus séduisant. La jeune femme est extrêmement renfermée, et ses seuls refuges sont ses livres et son pianoforte. En somme, elle fait beaucoup de peine car à l’instar de Jane Eyre, elle est souvent perçue comme une créature insignifiante, une femme trop commune dont personne ne semble vraiment se soucier. 

Je dois l’avouer, j’ai grandement apprécié cette lecture hautement romanesque. L’auteure fait renaître, grâce à sa plume fabuleuse, les personnages hauts en couleurs de Jane Austen et réussit même à raviver l’intrigue au fil des pages en entraînant l’héroïne dans une délicieuse idylle. Émaillé de réflexions profondes sur la vie et sur ce qui fait le succès d’un couple, l’histoire est moins enlevée qu’elle n’y paraît à première vue. 

Ce brillant exercice de style donnerait matière à une très belle adaptation télévisée dans la même veine que Sanditon (un feuilleton anglais sorti récemment sur le petit écran et qui m’avait aussi captivé). Espérons que quelqu’un ait l’idée de s’y atteler promptement. 

Les portraits masculins sont également plutôt bien ébauchés et en particulier le fameux homme pour qui son cœur finit par chavirer…  A l’heure où le « wokisme » encourage les femmes à demeurer seule pour devenir des “leadeuses fortes et indépendantes” (dixit la nouvelle Blanche-neige de Disney en live-action), ce roman, à mon grand soulagement, n’est pas tombé dans les écueils de ce prétendu “progressisme” et si la romance est particulièrement bien troussée, la mièvrerie n’empiète jamais sur l’histoire, au contraire les réflexions sont d’une maturité étonnante. Aussi le livre fait-il davantage écho à Raison et sentiments. Le héros masculin empreinte d’ailleurs plusieurs traits de personnalité à Edward Ferrars, on retiendra d’ailleurs que les hommes les plus expansifs ne sont pas forcément les plus passionnés. Notre héros (dont je ne divulgue volontairement pas l’identité pour ne pas gâcher l’une des surprises du livre) est un homme posé, raisonnable mais au bon cœur qui s’efforce toujours de faire les bons choix… Mary en apprendra davantage sur elle-même en côtoyant aussi la société de sa tante, une femme aimante et bienveillante peu encline à suivre les codes superficiels de la société. J’ai aimé la relation qu’elle file peu à peu avec cette fameuse tante, une mère de substitution bienveillante. 

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J’ai aussi énormément été touchée par le portrait saisissant que fait l’auteur de Mr Collins. Elle lui apporte plus de densité. Son ébauche était souvent à mon sens un peu trop réductrice et risible dans Orgueil et Préjugés. Dans l’adaptation de 2005, une scène semblait suggérer un rendez-vous manqué entre Mr Collins et Mary. Ce pasteur maladroit est un homme conscient de son ridicule qui tente lui aussi vainement de se faire aimer de son entourage, sans grand succès. La naïveté de ce grand timide m’a touchée comme sa sensibilité à fleur de peau, dissimulée sous des dehors caustiques. Egrenant sans succès des boutades pour amuser la galerie, il demeure toujours aux yeux de cette société un être pathétique.

Une étrange idylle aurait peut-être pu naître entre Mr Collins et elle. Cet aspect original et pertinent du livre m’a interpellé. Je suis convaincue que Mary aurait pu réellement rendre heureux Mr Collins si ce dernier l’avait remarqué et n’avait pas été aveuglé par la beauté éclatante de Jane et d’Elizabeth. Le présenter sous les traits d’un homme mal à l’aise en société, qui en fait trop certes au risque de paraître complètement ridicule mais qui se révèle très vulnérable est hautement romantique. Mr Collins est ainsi perçu comme un homme désespérément seul qui a cru pouvoir lui aussi aspirer à une grande histoire d’amour en se faisant aimer de Charlotte, l’amie terne d’Elizabeth. Le piège conjugal finit par se refermer sur cette vieille fille qui pensait voir en Mr Collins un simple imbécile. Cette figure féminine déçoit car elle manque cruellement de courage et semble profiler une personnalité aigrie par la vie qu’elle s’est choisie. J’ai eu un pincement au cœur lorsque Mr Collins tente vainement de s’attirer la sympathie de son épouse Lucas qui ne voit en lui qu’une source de revenu. 

Il y aurait encore tant à dire sur ce roman sublime!

Pour conclure, The Other Bennet Sister propose une vision de Mary Bennet des plus attendrissante. Janice Hadlow est assurément une auteure à suivre de prêt. Cette Austenerie fine offre en effet des réflexions profondes sur la valeur du mariage et l’accès au bonheur en faisant au passage un bel éloge des plaisirs simples du quotidien. Je vous recommande chaudement cette petite pépite bouleversante qui m’a donné envie de visionner à nouveaux mes adaptations favorites des romans de Jane Austen (Raison et sentiments/ Orgueil et préjugés gardent une place toute particulière dans mon cœur).

En bref: ces 700 pages savoureuses et passionnantes m’ont enchantée. Une lecture immersive ô combien satisfaisante! 

Publié le par missycornish | 5 commentaires

Assez lambiné! Après des mois de pause, l’envie de revenir parmi vous est devenue de plus en plus impérieuse ces dernières semaines. Il faut bien avouer que le temps morose et instable a sérieusement contribué à mon retour sur la blogosphère (où est donc cette fichue canicule?). Bien entendu, si j’ai délaissé quelque peu Art De Lire, vous vous en doutez bien, j’ai toutefois poursuivi mes lectures quotidiennes. Je me suis par ailleurs lancée le défi personnel de reprendre avec sérieux et régularité les lectures en version originale pour peaufiner et entretenir mon vocabulaire en anglais. Il y a quelques mois, j’ai découvert par le plus grand des hasards le phénomène anglo-saxon pour le mois original du “summerween”, une nouvelle tradition (inventée de toute pièce depuis le confinement) qui consiste à fêter Halloween en plein été lorsque le temps ne se prête pas vraiment aux grillades… Ce qui, reconnaissons-le, est le cas cette année. Bien entendu, je compte y participer à ma manière. La Normandie a été souvent sous la pluie depuis mi-juillet et bien que la nature n’ait jamais été aussi luxuriante et verdoyante par ici, cet excès d’eau a amené son lot d’inconvénients : la maison est humide, le climat est venteux et il fait un tantinet frisquet (le pull est donc de rigueur), la luminosité est faible et les possibilités d’excursions ont été quelques peu réduites dernièrement… On reste optimiste, le soleil a l’air de vouloir poindre le bout de son nez aujourd’hui!

Je me suis donc tout d’abord réfugiée sous mon plaid pour binge-watcher jusqu’à l’indigestion la série Sweet Magnolias, une joyeuse “cucuterie” idéale pour se préparer psychologiquement aux premiers frimas de l’automne (avec une sacrée avance cette année!). Cette série télévisée légère m’a procuré une sérieuse dose de dopamine, suffisante pour supporter avec sérénité ce satané crachin normand. On retrouve ici tout comme dans Virgin River, une petite bourgade typiquement américaine. La vie s’y écoule avec bonheur. Les habitants sont entreprenants, courageux (un brin conservateurs il faut l’avouer), respectueux des traditions et foncièrement bons… Bref, le paradis à la sauce USA. Les trois héroïnes sont “attachiantes”, il y a Maddie la rouquine, divorcée et sexy, la voluptueuse Dana, cuisinière chef hors pair et Helen, l’avocate carriériste et brillante. Toutes trois se réunissent toutes les semaines pour savourer un cocktail et évoquer leurs problèmes de cœur… Les deux premières saisons étaient prometteuses, la dernière est à mon sens complètement ratée car elle n’a pas échappé elle aussi au wokisme ambiant de Netflix. Les personnages masculins ont été sacrifiés au profit du capitalisme… Cela donne des hommes inconsistants, pleurnichards et faiblards avec le sex-appeal de nounours géants qui passent le plus clair de leur temps à s’excuser d’être des hommes (ça fait rêver). Les femmes même trompées deviennent meilleures amies avec leurs rivales (elles aussi victimes de la manipulation masculine toxique…) créant une sororité ridicule et peu crédible. J’ai trouvé ce dénouement aberrant et aux antipodes de la psychologie initiale des premiers épisodes. A priori, les scénaristes ont pris beaucoup de liberté dans la réécriture de l’histoire originale de Sweet Magnolias qui diffère heureusement grandement de cette troisième saison désastreuse et chaotique. 

sweet magniolias

Malgré ce point noir, j’ai tout de même englouti la saison complète en l’espace d’une quinzaine de jours, un vrai carnage! Aussitôt terminée et assez déçue par le dénouement trop expéditif et brouillon de la saison, je me suis empressée de commander le premier tome en VO de la saga familiale de Sherryl Woods qui a inspiré l’adaptation télé. Je sens que cela va devenir mon nouveau péché mignon durant ces prochains mois (il y a onze tomes de quoi largement s’occuper!).

ghost whisperer

J’ai également débuté la série tv The ghost whisperer sur Disney + sortie au début des années 2000. Je l’adore! Chaque épisode procure une touche de frisson et d’émotions. L’héroïne, Melinda, au regard de braise est douce et très sympathique ce qui la rend originale et étrangement à contre-courant en comparaison des figures féminines du moment un brin trop masculinisées à mon goût. Elle est à la fois incroyablement féminine, sexy et empathique mais malgré tout forte à sa façon. Cette touche féminine fait du bien, un peu de douceur dans ce monde brute n’a jamais fait de mal. Il est aussi rare de voir à l’écran un personnage jeune déjà en couple et toujours aussi investi. J’aime ainsi particulièrement sa relation avec son époux. C’est revigorant. Melinda n’enchaîne pas les relations amoureuses pour pouvoir affirmer son pouvoir d’attraction, elle est belle certes, mais tout ne tourne pas autour de son physique (ou de son derrière…). En somme, elle paraît très traditionnelle aujourd’hui car elle entretient une relation privilégiée avec le passé (elle tient d’ailleurs une boutique d’antiquités tout comme The good witch!).

La jolie brunette n’est pas seulement sublime, elle a aussi le don de communiquer avec les morts et a une mission très particulière et insolite, celle de les mener vers la lumière. Elle doit de ce fait accompagner les proches de ces défunts dans leur deuil. Je dois admettre que cette série met du baume au cœur et rend nostalgique. Elle a en outre très bien vieillie. Il y a cinq saisons (je viens de débuter la deuxième de quoi me faire patienter encore un peu avant la sortie de la dernière saison de Virgin River prévue septembre prochain) et je suis devenue totalement accro! 

C’est tout pour le petit écran. Quant au grand, si Barbie et Oppenheimer ont actuellement le vent en poupe (désolée je n’ai aimé ni l’un ni l’autre), j’ai aussi visionné le film Le manoir hanté inspiré de l’attraction de Disney. On parle peu de ce film et c’est bien regrettable. J’ai eu un vrai coup de cœur pour le scénario, le décor tout comme pour son ambiance « kitchouille » à souhait et déjantée. Une agréable surprise. Le héros est sacrément beau gosse (ce qui ne gâche rien, avouons-le). Les protagonistes sont bien esquissés, pas de woke excessif au programme et cela fait aussi un bien fou. L’histoire est surprenante car elle plante son décor dans une Nouvelle-Orléans intemporelle (bien qu’elle emprunte parfois une patte très 70’s). Il est difficile de savoir à quelle époque l’intrigue se déroule réellement, le réalisateur semble avoir pris un malin plaisir à brouiller les pistes. J’ai frissonné, sursauté de peur et rit aux éclats à plusieurs reprises. Bref, je me suis vraiment régalée! Voilà bien un film clairement sous-coté qui n’a pas bénéficié de suffisamment de communication mais qui deviendra, c’est certain culte, au même titre que Hocus Pocus ou que Casper. La bande-annonce:

Pour ma part, je suis conquise et je le reverrai avec plaisir. Un conseil, si vous souhaitez vous détendre, rêver et frissonner cet été en famille, ce film est fait pour vous, foncez! Cela consolera peut-être ceux qui comme moi ont été déçus par le dernier Indiana Jones si malaisant et décevant (malgré ses prouesses techniques qui tentent de faire rajeunir notre héros par le biais d’une pâle copie générée par une IA sans âme). Quel intérêt de gommer une fois encore toute l’essence du personnage en ajoutant encore et toujours l’acolyte féminine insupportable, condescendante et peu crédible qui (à la manière de She Hulk), sans aucun travail ni effort, surpasse la force masculine (bien évidemment) tout comme le talent d’Indiana Jones? Elle n’hésite pas au passage à le ridiculiser et l’humilier jusqu’à le faire passer pour un gâteux (au secours!). On frise l’overdose féministe. Ce film est foncièrement mauvais, les cascades sont par ailleurs grotesques et farfelues (les scènes où l’héroïne fonce tête baissée pour s’accrocher à une voiture à toute allure ou à un avion en plein décollage sont digne d’un navet bollywoodien). Ne soyons pas que négatifs, un bon point tout de même à la costumière pour sa reconstitution remarquable des tenues d’époque et notamment pour les vêtements rétros à tomber de l’héroïne qui donnent l’envie furieuse de faire du shopping pour la rentrée automnale prochaine … Je craque totalement pour sa veste en velours grenat, quelle merveille!

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Trêve de bavardages, je vous retrouve cette semaine pour partager à nouveau mes billets habituels. Étant pour le moment encore plongée dans une lecture inquiétante, l’atmosphère du Summerween risque de prendre le pas sur les ambiances estivales, il me tarde d’ailleurs de vous parler de Quand on parle du diable, un roman exceptionnel d’un auteur franco-italien que je lis avec fébrilité. Cette pépite littéraire, un sacré pavé me tient en haleine depuis plusieurs jours! J’ai également achevé la lecture de The dead romantics, une comédie romantique en VO bien sympathique qui se déguste comme une friandise. Je vous prépare un petit billet à ce sujet. A bientôt!

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Après une recherche infructueuse d’un bon western sur le catalogue Netflix, j’ai bien envie de me revoir cet incroyable remake qui reste encore aujourd’hui un très grand coup de cœur …

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Emma Cullen, une jeune veuve revancharde accompagnée de son associé Teddy Q, engage une armée de sept mercenaires pour protéger sa petite ville de Rose Creek, qui est sous la coupe de Bartholomew Bogue, un industriel despotique souhaitant piller son or. Désespérée, elle fait appel à des hors-la-loi à la morale flexible. Ces sept mercenaires de prime abord motivés par un opportunisme mercantile, ne se doutent pas du combat qui les attend pourtant à leur arrivée… Cette mission suicidaire remettra en question leurs principes fondamentaux…

Notre dernier rendez-vous ciné avec Maggie avait pour thème les films rétros. Pour voir son billet c’est ici, elle  nous parle d’un classique de Disney, le beau dessin-animé de Mulan.

N’ayant pu visionner la version originale des Sept mercenaires faute de temps pour me la procurer, j’ai finalement opté pour la version moderne de 2016. Antoine Fuqua, que l’on connaît grâce au franc…

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Publié le par missycornish | 6 commentaires

9782351786444_1_75A la lisière de la forêt, Nell et Eva, deux jeunes sœurs que tout oppose, se retrouvent du jour au lendemain isolées dans leur demeure familiale. Leur monde si familier a vacillé à la suite de l’effondrement de la société. Pour survivre, les deux jeunes filles n’ont d’autre choix que de renoncer à leurs rêves respectifs, matérialistes et vains (l’une aspirait à devenir une grande ballerine, l’autre avait pour projet d’intégrer Harvard), ainsi qu’au confort rassurant de leur existence moderne réglée comme du papier à musique. Mais leurs ambitions seront fatalement balayées à mesure que leur monde s’effrite autour d’elles pour finir réduit à une peau de chagrin. 

Elles tenteront avec résilience de faire face à ce désastre humain, le déclin de leur civilisation qui bouleversera leurs convictions les plus profondes et les forcera à remettre en question leur mode de vie tout comme leur rapport à la nature…  

Comme j’ai aimé ce beau roman d’anticipation à la fois sombre et lumineux. Ayant lu il y a deux ans le formidable livre Le mur invisible, un pur chef-d’œuvre d’écriture, sublime de Marlene Haushofer (ma chronique ici) qui reprend des thématiques analogues, comme l’importance de la sauvegarde de la planète et de sa faune, la place essentielle de la femme dans l’avenir du monde et l’épuisement des ressources naturelles de la terre, l’œuvre de Jean Hegland ne pouvait que m’interpeller. On notera que les deux écrivaines font toutes deux preuves d’une grande sensibilité dans leur écriture. Publié en 1996, Dans la forêt fait aussi étrangement écho à notre actualité et se révèle plutôt visionnaire à l’heure où pour la première fois dans l’histoire de l’humanité depuis 2019, on évoque désormais officiellement la dette écologique de l’homme (le fameux Dépassement) de plus en plus importante chaque année. Les ressources naturelles s’épuisent trop vite et le futur de l’humanité semble de ce fait s’assombrir davantage à mesure que le temps passe. 

Jean Hegland est convaincue que la société de consommation ne pourra irrévocablement pas nous sauver d’une quelconque crise, qu’elle soit humanitaire, économique ou sociale. Le matérialisme freine ainsi les deux sœurs de ce roman qui s’accrochent éperdument à leur passé et leur existence bien rangée et aseptisée. L’abandon de ces futilités capitalistes sera finalement leur véritable salut, la seule façon pour elles deux de survivre dans les bois en utilisant leurs ressources (plantes comestibles, animaux). Jean Hegland fait un éloge puissant et magnifique de la nature qui m’a bouleversée. J’ai d’ailleurs noté de très beaux passages, des scènes éprouvantes et émouvantes dont je garde encore une certaine mélancolie. 

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Je me suis bien évidemment attachée à ces deux protagonistes féminins car l’auteure réussit avec brio à portraiturer ces deux héroïnes différentes mais pourtant complémentaires. Eva, cette ballerine rêveuse et passionnée, n’a que faire du futur, elle se consume et consomme tout ce qui l’entoure sans se préoccuper des conséquences. Elle engloutit tout ce qui se trouve sur son passage et danse au nom de son art jusqu’à faire saigner ses pieds meurtris. Cette danseuse aux troubles obsessionnels m’a mise cependant profondément mal à l’aise. Sa passion dévorante pour la danse la rend presque parfois froide et inhumaine. Je lui ai préféré la narratrice, Nell, qui, quant à elle, est bien plus raisonnable et raisonnée. Cette dernière anticipe et s’inquiète toujours du futur. Elle observe et dissèque constamment son environnement à la manière d’une anthropologue et puise sa connaissance du monde dans ses lectures, son principal savoir provient d’ailleurs de la bibliothèque de ses parents. La relation qu’entretiennent Nell et Eva est également déconcertante car leur amour indéfectible frise parfois l’inceste… Un aspect du livre qui m’a un tantinet déplu dans la construction de l’intrigue et m’a quelque peu déroutée… 

Attention spoiler! 

Ce petit point noir dans ce roman a en effet quelque peu terni cette lecture formidable qui aurait pu être un immense coup de cœur. L’auteure a tenté de sortir des sentiers battus en incluant un passage “queer” un brin dérangeant où les deux sœurs dans un accès de désespoir à la suite du viol d’Eva (par un illustre inconnu), s’ébattent dans la forêt pour exprimer leur complicité mutuelle. Cette relation étrange entre elles qui est teintée de saphisme m’a laissée quelque peu songeuse et gênée (d’autant plus que j’ai ironiquement offert en cadeau le roman d’anticipation à ma propre sœur, cela m’apprendra à ne pas l’avoir lu au préalable). A quoi pouvait bien servir ce passage? Était-ce pour illustrer la chute tout comme la déchéance de la civilisation humaine et de ses principes moraux? Sans interdit, l’Homme, (ou en l’occurrence ici la femme), devient-il enfin libre en aimant sans aucune entrave la personne de son choix? L’acte sexuel, dès lors dépossédé de tout tabous, devient-il un rituel pur et innocent? Au risque de faire de la philosophie de bac à sable, j’abandonne toute analyse sur ce sujet. En toute subjectivité, cet épisode est à mes yeux clairement incestueux et s’est révélé de mauvais goût (« cringe » comme disent les anglo-saxons…). L’auteure ne devait être guère plus convaincue que cela, car elle n’y a consacré qu’un paragraphe bancal (et assez mal écrit) comme si ce passage intimiste avait été ajouté à la dernière minute au manuscrit… Cette scène inutile est quelque peu dissonante en comparaison du reste du roman qui est extrêmement bien rythmé malgré la lenteur des événements consignés dans le journal de Nell, la narratrice.

Fin du spoiler.

Qu’à cela ne tienne, j’ai lu ce livre avec voracité. Si leur routine est de ce fait bouleversée par l’effondrement de l’humanité, ce changement cataclysmique provoque finalement une forme d’exaltation, une aventure est sur le point de chambouler le quotidien de ces deux jeunes filles. Leur résilience force au fil des pages l’admiration, ce sont les vestiges de leur éducation qui les sauvera, ayant toutes deux vécu dans la bulle protectrice de leur maison et ayant eu comme professeurs leurs propres parents. La romancière semble privilégier l’éducation à la maison à la scolarité traditionnelle. Nell et Eva ont en effet tiré de cette expérience formatrice, l’autonomie. La simplicité de leur vie deviendra une force et non une faiblesse comme on pourrait pourtant l’imaginer. A la suite de la mort de leurs deux parents, les demoiselles devront faire preuve d’un courage exemplaire tout comme d’une résilience inébranlable. Les conditions seront rudes et les rencontres souvent létales pour les deux jeunes filles mais la nature demeurera leur principal refuge… 

postmanPar certains moments, j’ai retrouvé dans cette lecture méditative, l’ambiance pessimiste du film apocalyptique, dur bien que réaliste et crédible de The Postman avec Kevin Costner, que j’avais visionné il y a de nombreuses années, et qui m’avait laissé un souvenir impérissable. On y retrouve le même désespoir, la même mélancolie tout comme l’impression désagréable de suffoquer. Nell et Eva sont elles aussi confrontées à la fin de leur monde. Une terrible infection semble sévir, est-ce une nouvelle sorte de méningite? (ou Covid…)? Même les antibiotiques ne peuvent en venir à bout. On évoque aussi des coupures d’électricité de prime abord sporadiques puis de en plus fréquentes à mesure que la population se retrouve décimée par un étrange mal. Hébétées, nos héroïnes ne comprendront pas tout de suite que leur sort est irrévocablement scellé. Pendant ce temps, les guerres successives affaiblissent les régimes en place, déstabilisant peu à peu l’économie du pays. Les pénuries deviennent monnaie courante. Tout cela ne vous rappelle rien? … Vivons-nous déjà en pleine science-fiction? Le capitalisme est-il à bout de souffle et sommes-nous à l’aube d’un revirement drastique de notre mode de vie?… Cette lecture s’est révélée franchement perturbante.

Pour conclure enfin, si le souvenir du roman magnifique Le mur invisible (publié en 1963) revenait toujours en transfert, Dans la forêt, très inspiré, complète parfaitement l’œuvre romantique allemande désespérante de Marlene Haushofer, bien servie par son écriture. Il émane pourtant de cette curieuse robinsonnade, à l’atmosphère lourde et pesante, un espoir, celui de pouvoir s’ancrer dans la vie et de faire perdurer l’Homme coûte que coûte malgré son avenir incertain… Cette fable écologique et féministe est donc saisissante. Je compte bien la relire un jour.

Un dernier mot sur l’adaptation du livre à l’écran : un film a priori fidèle de ce best-seller américain a vu le jour en 2015 mais est passé presque inaperçu. Il aurait reçu un accueil plutôt froid des critiques. Il me tarde d’y jeter un coup d’œil à mon tour pour me faire mon propre avis. Voici la bande-annonce :

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Envies du moment : relire peut-être une œuvre de Thomas Hardy… Des suggestions de lectures similaires? Je lirai bien Les forestiers du même auteur ou bien La colline aux gentianes d’Elizabeth Goudge.

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M2910-31XIXème siècle. Une jeune châtelaine, Lady Viviette Constantine, esseulée depuis que son époux l’a abandonnée pour la chasse au lion en Afrique, parcourt son domaine en quête d’une possible distraction.  Dans une tour désertée, une lumière jaillit d’un interstice. Une présence humaine semble y avoir pris ses quartiers. Lady Viviette décide d’y jeter un œil et découvre à son émerveillement un jeune astronome séduisant qui vient chaque nuit observer les astres pour les étudier. Les protagonistes de cet étrange couple vont peu à peu nouer des liens amoureux et tenter malgré leur place dans la société de s’unir secrètement… Mais ces deux êtres, que tout semble éloigner se trouvant pourtant attirés l’un à l’autre malgré leurs différences sociales, peuvent-ils vraiment s’opposer aux tumultes de la vie et au fossé grandissant creusé par la différence de leurs âges ? Cet amour pourra t-il surmonter les obstacles qui semblent continuellement les séparer…

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Read-a-thon Halloween/carnet de bord Spookosy 1 semaine automnale.

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26/10 à 9h : Le fameux grand read-a-thon d’Halloween a enfin débuté ! Et… j’ai déjà manqué la première soirée… J’entre dans la danse tardivement… Comme d’habitude… Je suis pourtant en vacances depuis quatre jours mais  pour ma défense, j’ai … Lire la suite

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Artdelire.OrgEn attendant de pouvoir vous parler d’une nouvelle lecture Halloweenienne satisfaisante, voici un billet sur La maison des oubliés, une histoire de fantômes glaçante et efficace comme je les aime et dont je garde encore un très bon souvenir. Je pense relire prochainement Peter James. J’ai d’ailleurs dans ma PAL Hypnose qui me tente bien pour ce mois-ci … Vais-je craquer? J’ai prévu de faire une toute petite trêve dans ma programmation de billets frissonnants pour vous partager mon avis sur une jolie austenerie découverte ce mois-ci, une lecture idéale pour cocooner durant ces prochaines vacances … Affaire à suivre !

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Attention gros coup de cœur !

Je déclare officiellement la saison halloweeniene ouverte ! Je l’attendais avec impatience ! Le temps s’accorde d’ailleurs à merveille à cette occasion. En Normandie, une pluie fine associée à une bourrasque fraîche s’est progressivement installée. Les jours se raccourcissent peu à peu, la luminosité baisse et les feux de cheminées ont repris ! J’ai donc retrouvé avec plaisir mon petit rythme de croisière de lectures automnales en me plongeant dans quelques œuvres frissonnantes. Mon choix s’est tout naturellement porté sur ce roman, une histoire glaçante de hantise :

Ollie Harcourt rêve d’une existence paisible à la campagne loin de la banlieue bruyante de Brighton où il a passé la majeure partie de sa vie. Ce web designer aisé convainc sa famille hésitante de le suivre pour s’installer dans un petit manoir vétuste qu’il croit pouvoir restaurer. La tribu Harcourt tombe de prime abord sous le charme de cette demeure…

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WILD FELL ROMANPour célébrer Halloween comme il se doit, je me suis lancée ces dernières semaines dans des lectures de saison (j’en ai à foison dans ma PAL). Je suis toujours aussi friande de récits frissonnants bien glaçants, et j’avoue avoir une petite faiblesse pour les histoires de revenants aux accents gothiques, en particulier si elles prennent pour cadre une vieille demeure inquiétante et énigmatique au beau milieu d’une campagne esseulée. Mon attention s’est donc naturellement portée sur ce roman estampillé « terreur ».

Les ombres de Wild fell est un drôle de livre glaçant qui m’a finalement perturbée voire même parfois déconcertée. Les premières scènes du livre m’avaient pourtant filé une sacrée frousse mais au fil des pages, la lassitude a progressivement pris le dessus sur la curiosité, et mon attrait pour l’histoire s’est réellement affaibli, et ce dès l’introduction d’un passage pour le moins glauque et malsain. L’auteur a en effet cédé au désir mercantile d’appâter le lecteur coûte que coûte en ajoutant quelques scènes de sexe bien crues et franchement dégoûtantes pour évoquer avec une certaine maladresse les thématiques de l’inceste et de la pédophilie. Ce choix racoleur de l’écrivain a terni mon plaisir de lecture. Dès lors, le livre n’avait pour moi plus grand intérêt, je n’ai d’ailleurs pas du tout aimé la tournure qu’ont pris les événements. L’intrigue déjà pour le moins sulfureuse s’est réduite au fur et à mesure à une peau de chagrin car le dénouement est indéniablement mauvais. La fin est de ce fait complètement tirée par les cheveux. A l’issue de cette lecture décevante, j’ai eu  l’impression désagréable d’avoir perdu un temps précieux et m’être fait quelque peu berner comme si l’auteur s’était contenté d’une ébauche, à défaut de produire un roman vraiment abouti. Je comprends mieux pourquoi ce livre est passé quasiment inaperçu ces dernières années et a été très peu chroniqué sur la toile. Il est en fin de compte peu mémorable.

J’étais pourtant entrée très aisément dans cette lecture angoissante. L’île isolée de Black Island et de la demeure Wild fell m’avaient toutes deux rappelé la maison effroyable des marais présente dans La dame en noir, une histoire hypnotique de fantômes qui m’avait fait dressé les cheveux sur la tête et qui m’avait ensorcelée (mon billet ici) … J’ai d’ailleurs retrouvé une atmosphère oppressante analogue à cette novella terrifique car il y était ici aussi question d’une entité délétère en quête de vengeance, un aspect presque incontournable lorsqu’il s’agit d’un roman sur le thème de la possession. Cependant, la fin s’est révélée bien décevante en comparaison de la première partie du roman que j’ai lu pourtant avec avidité bien qu’avec une certaine appréhension.

Le roman s’ouvre en effet sur un rendez-vous au bord d’un lac (the Devil’s Lake), l’ambiance est bucolique et  plutôt romantique. L’histoire dès les premières pages, inquiétante, débute dans les années 60 au fin fond d’une forêt canadienne non loin de la ville d’Alvina. Deux jeunes amants, Brenda et Sean,  découvrent les premiers affres de l’amour. Ils décident de prendre une petite barque pour traverser au clair de lune l’étendue d’eau insondable qui s’étend sous leurs yeux, après avoir aperçu au loin, dans les ténèbres brumeuses, la fameuse demeure délabrée de Wild fell qui abriterait en son sein les fantômes de l’ancienne famille des Blackmore, établie sur ces rives au XIXème siècle. Les membres de cette dernière auraient tous péri non loin de cette bâtisse gothique isolée, dans des circonstances pour le moins étranges… Les deux jeunes gens n’arriveront jamais à bon port… Brenda prise soudain d’un sentiment de panique persuade son compagnon de faire demi-tour pendant qu’il en est encore temps. Le garçon accepte avec réticence sa requête et les amoureux s’installent à la lisière du lac pour s’endormir devant un feu improvisé lorsque des papillons de nuit gigantesques prennent progressivement les lieux d’assaut…  Le lendemain, les deux tourtereaux seront portés disparus et leurs dépouilles bientôt repêchées, flottant au milieu du lac… Que s’est-il vraiment produit durant cette nuit dramatique qui marquera à jamais la petite ville d’Alvina? Ce mystère hantera encore les habitants durant de nombreuses décennies jusqu’à ce que l’arrivée d’un homme prétendant être le nouveau propriétaire de ces lieux maudits ne rouvre les plaies du passé…

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Un tel résumé donnait donc l’eau à la bouche. La partie plus moderne du livre consacré à ce fameux propriétaire que le lecteur suit depuis son enfance à l’âge adulte s’est révélée néanmoins plus bâclée et tarabiscotée. L’auteur nous perd parfois dans le dédale des couloirs du temps, l’intrigue n’étant en effet jamais réellement linéaire. On se demande parfois où le romancier souhaite nous mener, et lorsque j’ai enfin découvert le fin mot de l’histoire, j’ai été à mon grand regret profondément déçue par le caractère presque grotesque du dénouement. Le seul point positif de cette histoire de fantômes bancale et brouillonne était la trouvaille géniale des miroirs qui permettent à l’étrange et énigmatique entité maléfique de communiquer avec le narrateur, nouveau propriétaire de Wild fell, et lui permet comme un portail donnant sur une autre dimension d’ouvrir des passages pour sévir dans le monde réel et étendre son pouvoir néfaste. Le reste est sans intérêt. Je choisirai la prochaine fois une meilleure pioche, peut-être reviendrai-je à une valeur sûre en me plongeant dans un bon Stephen King. Des idées?

Pour conclure, cette histoire de revenants un tantinet faiblarde n’est malheureusement pas parvenue à me convaincre malgré certains passages pourtant terrifiants. La fin est mauvaise et les scènes de sexe franchement glauques et immondes ont rendu cette lecture déplaisante. Et hop! Un roman de plus qui allégera mes étagères et finira directement dans une boîte à livres. Dommage… Si vous êtes à la recherche d’une lecture angoissante et efficace pour ce mois-ci, voici ici une meilleure idée. La maison des oubliées était une très bonne pioche et m’a donné quelques sueurs froides.

Nouvelle participation au challenge Le mois Halloween en association avec Le challenge Cottagecore.

Publié le par missycornish | 10 commentaires

20220920_105508Attention! Méfiez-vous de l’eau qui dort…

Alabama, Perdido.

Elinor, une femme mystérieuse à la chevelure de feu, est retrouvée dans un hôtel déserté parmi des débris après qu’une crue dévastatrice ait détruit l’intégralité de la ville… La jeune femme séduit d’emblée le fils de propriétaires terriens qui décide contre les réticences de son propre serviteur de la ramener chez lui. Très vite, cette femme ravissante au passé trouble s’immisce dans la vie de la famille Caskey et s’intègre progressivement dans cette petite bourgade isolée et poussiéreuse, en déployant son ombre inquiétante sur les habitants tout comme les membres du clan.  Marie-Love, la mère acariâtre du fils épris qui ne voit pas cette idylle d’un bon œil, pressent que son règne est désormais menacé, d’autant plus qu’une créature effroyable semble avoir surgi des tréfonds de la rivière… Dès lors, une rivalité nourrie de machinations et de manigances diaboliques débute entre les deux femmes, semant la discorde et le chaos dans la ville et au sein même du clan qui ne sortira pas indemne de cette guerre intestine sans merci.

Durant ces derniers mois, la saga Blackwater a suscité une telle émulation en France qu’elle aura piqué au vif ma curiosité. Je n’ai donc pas pu résister à mon tour à la tentation de plonger dans ses eaux troubles et fangeuses afin de découvrir si cette série de romans fantastiques et de terreur américaine valait vraiment cet étonnant succès éditorial. J’ai admiré sur les étalages de ma librairie la couverture de ces livres si originaux, de véritables bijoux d’imprimerie, au ton couleur de rouille et émaillés d’illustrations de feuilles d’or somptueuses en papier incrusté, un écrin sublime d’un esthétisme soigné et particulièrement élégant, parfait pour cette saga familiale remarquable. Bien évidemment, j’ai attendu fiévreusement la sortie de chacun de ses six volumes inédits, que j’ai lus avidement et engloutis durant ces trois derniers mois. Certains ont même réussi à me faire frémir d’horreur et d’appréhension, et m’ont rendu quasiment insomniaque (Allez, encore une toute petite page, juste une toute petite et j’éteins la lumière…).

Les romans de la saga Blackwater ont paru cet été de façon épisodique tous les quinze jours, une trouvaille intelligente et brillante des Editions Toussaint Louverture qui m’ont d’emblée séduite. Certes, cette idée était originellement celle de McDowell qui, de son vivant, souhaitait que ses romans soient publiés à la manière d’une série télévisée afin de rendre le concept addictif, ce qu’il fera d’ailleurs au cours des années 90.  Stephen King s’est également inspiré de cette méthode mercantile pour produire sa propre série de livres fantastiques La ligne verte, qui est constituée elle-aussi (un simple hasard?) de six tomes… Hommage à McDowell ou simple plagiat, les romans du King ont connu eux-aussi un succès retentissant dans les années 90 et continuent encore de séduire de nombreux lecteurs à travers le monde. J’ai déniché, de seconde main, l’intégralité de cette collection de livres et espère pouvoir les lire prochainement. Ce choix éditorial similaire mais pourtant génial n’a rien d’étonnant puisque ces deux écrivains étaient des amis intimes. Ils se sont sans doute mutuellement influencés. L’épouse de King, Tabitha, a en outre travaillé sur un projet d’écriture commun avec McDowell, qui a donné naissance au roman Calliope, la voix des flammes, une histoire horrifique malheureusement un peu bancale que je doute lire cette année.

J’ai donc découvert avec un plaisir délectable cette fameuse saga gothique et fantastique de McDowell, et je dois avouer que ce récit endiablé m’a complètement ensorcelée. Chaque tome est conçu pour maintenir l’attention du lecteur coûte que coûte et s’achève sur un « cliffhanger » haletant. Dès les premières pages, j’ai été subjuguée par cette intrigue macabre prenant pour décor le sud aride des Etats-Unis, et en particulier ce coin perdu marécageux de l’Alabama où rien ne semble vouloir pousser. Bien entendu, le lecteur se doute bien que l’origine de cette ignoble créature émergée des eaux saumâtres de la Perdido est directement liée avec l’arrivée soudaine d’Elinor, cette mystérieuse et séduisante institutrice, aussi belle que vénéneuse. J’ai adoré le personnage de cette magnifique rousse, étrange et mystérieuse naïade dotée d’un pouvoir magnétique sur son entourage. Elle évolue toujours dans la fameuse zone grise… Qui est-elle vraiment et pourquoi a-t-elle décidé de mettre le grappin sur cette famille prestigieuse de propriétaires terriens? Du reste, Elinor est une femme extrêmement combative et déterminée. Elle semble faire corps avec ce paysage sauvage. Son ambition démesurée presque vorace force néanmoins l’admiration. Le lecteur se retrouve lui aussi envoûté par son aura ensorcelante… Elinor demeure jusqu’à la dernière page une héroïne ambiguë.

Si elle est incontestablement mon personnage préféré, je doute cependant d’oublier de si tôt les autres membres du clan Caskey et particulièrement les autres femmes qui le dirigent. Bien que leur vie soit façonnée par le courant de la Perdido, cette rivière capricieuse, elle l’est aussi dirigée par leurs ambitions démesurées et leur soif insatiable de réussite..

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Aucune n’est d’ailleurs foncièrement bonne. Autour d’Elinor gravitent de ce fait d’autres figures féminines tout aussi audacieuses et monstrueuses. Elles n’ont d’ailleurs nullement besoin de dons surnaturels pour exercer leur pouvoir de nuisance. Ainsi Marie-Love, cette marâtre diabolique est une femme exécrable qui par mesquinerie s’échine à pourrir la vie d’Elinor, cette belle-fille au caractère trop passionné qu’elle haïe sans aucune équivoque. Marie-Love, une arachnide infâme, est un véritable poison qui filtre à travers toutes les interstices de la vieille demeure des Caskey. Comme j’ai aimé la détester et comme elle m’a glacé!  Les femmes ici évoluant pourtant dans un monde rude d’hommes burinés par le soleil sont donc de véritables survivantes et restent les principaux moteurs de l’intrigue. Ce sont elles qui régentent l’existence des Caskey en imposant leurs propres lois et leur propre code de vie. Les hommes eux sont des êtres faibles qui ne servent  que d’outils pour arriver à leurs fins. Conscients ou non d’être de simples pantins dans les mains de cette gente féminine diabolique, ces hommes sont étrangement fiers de leurs femmes, leur vouant presque une adoration aveugle et se laissent aisément manipuler par elles. Ils sont toujours corvéables à merci.

D’une plume corrosive, l’auteur dépeint avec maestria un univers d’une grande noirceur. Le roman possède en effet un potentiel horrifique exceptionnel. J’ai adoré en outre la scène d’introduction de cette saga. L’angoisse diffuse qui se dégage du roman monte crescendo. Certains passages et en particulier les scènes paranormales m’ont donné la chair de poule. J’étais réellement terrifiée à la lecture et étais prise d’une peur indicible à l’apparition des fantômes et revenants qui peuplent la demeure. La disparition d’un protagoniste est de ce fait toujours marquante.

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J’ai d’ailleurs retrouvé la patte lovecraftienne tout au long du récit. L’hommage à cet écrivain fantastique est prégnant. Au confins des tourbillons de la Perdido qui draguent les déchets et les corps submergés se cache un monstre tapis qui n’est pas sans rappeler les créatures mystiques et innommables des abysses décrites par Lovecraft dans le Mythe de Cthulhu. On y retrouve une ambiance malsaine et décadente analogue à ces récits fantastiques. Par certains aspects, cette série de romans rappelle curieusement aussi la fameuse saga Dynastie car il y est également question d’une famille avide d’argent et qui s’échine à faire perdurer le commerce florissant de sa scierie. L’empreinte des grands auteurs américains sudistes tels que Mark Twain est aussi présente en filigrane. Comment ne pas aussi penser à Beloved à la lecture de ces romans? Le surnaturel y tient une place prépondérante tout au long de l’histoire. 

L’auteur mêle ainsi habilement les genres (fantastique, horreur et saga familiale) et maîtrise aussi bien les ellipses pour faire avancer l’intrigue dans le temps. Toutefois, j’aurais parfois aimé que le lecteur s’attarde davantage sur l’évolution de certains personnages qui dans les derniers tomes sont quelque peu expéditifs. La fin manque à mon sens de surprise, elle est finalement assez prévisible car l’intrigue est cyclique. Cependant, ce n’est pas la croisière qui importe mais bien sa traversée.

Pour conclure, cette lecture s’est révélée malgré tout fabuleuse et hautement addictive. L’intrigue est plutôt bien ficelée et les péripéties font légion relançant constamment l’attention du lecteur.

Ce soap opéra horrifique aux relents nauséabonds est une très belle réussite. La lignée des Caskey et leurs guerres intestines m’ont passionné tout comme le gothic marsh literature (la littérature gothique des marais), un genre littéraire que je souhaite encore explorer un peu plus, c’est pourquoi il me tarde à présent de continuer mon incursion dans l’univers terrifiant de McDowell en lisant The Amulet. J’ai fait l’acquisition de ce roman de terreur pour Halloween et je pense qu’il ne fera pas long feu dans ma PAL.

En bref : cette œuvre de terreur culte et féministe avant l’heure, qui a paru pour la toute première fois en 1983, n’a pas pris une ride et est à découvrir de toute urgence ! Plongez à votre tour dans les eaux sombres de la Perdido, cette petite bourgade américaine désolée du sud des Etats-Unis, vous ne serez pas déçus!

Seconde participation au Mois Halloween et au Pumpkin Autumn Challenge.

Publié le par missycornish | 17 commentaires

creepshow stephen kingAussitôt lue et aussitôt chroniquée! Je viens tout juste d’achever de lire cette anthologie d’horreur de comics books adaptée de scénarios de Stephen King pour la série télévisée des années 80, The creepshow, ces fameux Contes de la crypte qui ont marqué ma jeunesse. J’ai frissonné de terreur à l’adolescence en les visionnant. J’aimais plus particulièrement le ton parodique et l’humour noir original qui s’en dégageaient. Cette série d’épouvante américaine avait en effet été modernisée et transposée durant les années 90 pour permettre à une audience plus jeune de la visionner. Dans la même veine que Chair de Poule et Fais-moi peur, les épisodes étaient souvent tout public et leur dénouement donnait malgré tout à réfléchir. Une morale amère et acerbe se dissimulait toujours en filigrane. Je trouvais les intrigues étonnamment bien ficelées et quelques fois mêmes inattendues. Il me tardait donc de débuter le Mois Halloween par cette anthologie horrifique un brin loufoque qui aurait dû être pour moi un plaisir nostalgique de lecture… Malheureusement, à mon grand regret, j’ai très vite déchanté.

Cet hommage littéraire quelque peu indigeste m’a paru inabouti. Je n’ai en effet pas réussi à retrouver le talent de Stephen King dans ces intrigues fadasses, ni d’ailleurs cette verve particulière et fine qui le caractérise tant. Le second degré n’est pas toujours évident et les chutes de ces histoires sont plutôt grotesques. Le gore est en outre un tantinet trop dégoulinant à mon goût voire même souvent écœurant. Et pourtant, les histoires semblaient de prime abord prometteuses. Dans l’une des nouvelles, une femme est hantée par le fantôme de son père. Elle l’aurait tué de sang froid à coup de cendrier après qu’il ait lui-même fait assassiner son amant dans un accident de chasse… La femme, rongée par la culpabilité, se rend chaque année sur sa tombe au moment de la fête des pères pour tenter d’expier son crime abominable… Mais un jour, le mort décide de refaire surface pour se venger de cette fille ingrate et désobéissante… Une autre nouvelle nous conte la découverte d’une étrange caisse en bois provenant d’une mystérieuse expédition dans l’Arctique datant de 1834. La caisse est restée durant de longues années scellée mais lorsque deux chercheurs décident de l’ouvrir, une étrange créature monstrueuse et avide de chair humaine s’en échappe pour dévorer tout sur son passage… Un mari déçu et frustré profite de cette aubaine pour faire supprimer sa femme qui le rabaisse constamment. Ces idées de départ me donnaient l’eau à la bouche mais peut-être sont-elles mieux transposées à l’écran.

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Je m’attendais à un humour débridé et décalé, or, il n’en est rien, le dénouement de chacun de ces contes macabres n’a finalement ni queue ni tête. Certaines scènes m’ont en outre mises profondément mal à l’aise. J’ai terminé cette lecture le cœur au bord des lèvres, soulagée de pouvoir enfin refermer ce livre pour de bon. La mort rôde à chaque coin de page, elle frappe sans vergogne ni logique et lorsqu’elle se décide à frapper, elle fait rarement dans la dentelle. L’auteur s’est déchaîné, tout est excessif. Cela m’a rappelé étrangement l’ambiance nauséabonde de la série télévisée American Horror Story qui a fini par me dégoûter dès la première saison. Les têtes sont ici arrachées, les corps sont déchiquetés, le sang jaillit et se déverse telle une crue, les visages torturés se déforment pour se figer dans des expressions d’horreurs putrides. Bref, vous l’aurez compris, les adeptes d’hémoglobines et de gore à outrance seront enchantés et y trouveront sûrement leur compte. Pour ma part, cette bande-dessinée s’est révélée une déception cuisante. Si je l’ai lu d’une traite pour étoffer mon vocabulaire en anglais (le seul point positif de cette lecture puisqu’elle m’aura permis de découvrir de nouvelles expressions idiomatiques et il faut le reconnaître, l’auteur multiplie les jeux de mots jusqu’à friser la saturation), j’ai vraiment détesté cette anthologie dans son intégralité. Les nouvelles sont toutes infâmes, glauques et même franchement malsaines. Je doute de conserver cet exemplaire dans ma bibliothèque. Je n’ai qu’une envie, m’en défaire au plus vite. Il ne présente que peu d’intérêt pour moi et ne se destine finalement qu’à des fans fervents ou collectionneurs passionnés par l’univers de Stephen King. Bof bof… Qu’à cela ne tienne, cette déconvenue littéraire ne m’a en rien découragée pour poursuivre l’aventure du Mois Halloween. L’étrange vie de Nobody Owens de Neil Gaiman semble davantage me convenir…

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Un dernier mot sur l’encrage de cette bande-dessinée un brin ratée. Bien que le contenu m’ait profondément déçue, il faut bien l’avouer, les illustrations rétros sont en revanche incontestablement belles. Le grain du papier est  aussi agréable au toucher. Les éditeurs n’ont, de ce fait, pas lésiné sur la qualité car le livre en lui-même est bel et bien réussi. Toutefois, si les dessins sont soignés, le texte, en comparaison, paraît lui tristement bâclé et s’est révélé plutôt médiocre dans son ensemble. Si vous aimez ce genre de romans graphiques, je vous conseille de lire dans la même veine Les nouvelles aventures de Sabrina qui est, a contrario, un pur régal, l’horreur y est savamment dosée (à découvrir ici). Et si vous préférez glisser en douceur dans les réjouissances automnales avec une lecture légère truffée de belles images, Pumpkin Heads, une romance gentillette particulièrement mignonne, reste une jolie option de lecture (voir ici). Cette bande-dessinée vous redonnera le sourire.

Première participation au challenge Le mois Halloween.

Publié le par missycornish | 9 commentaires

pexels-monstera-5634861-min-scaled-e1632842285465Et voilà ! L’équinoxe d’automne marquant la transition hivernale a finalement débuté cette semaine pour mon plus grand bonheur ! Les soirées cocooning vont donc pouvoir reprendre tranquillement. Une petite bruine légère s’est d’ailleurs posée délicatement ce matin sur l’herbe de notre jardin et les feuilles des arbres commence à roussir à vue d’œil. Nous avons même fait une jolie flambée dans la cheminée pour faire fuir l’humidité. Je compte donc lancer les réjouissances automnales habituelles (en commençant par les balades en bottes de pluie sur les chemins boueux de campagne et les promenades avec mes chiens en bord de mer, que j’affectionne particulièrement en cette saison). Le challenge, “Le mois Halloween” vient en effet de rempiler officiellement ce week-end pour une treizième année. Je vous souhaite un très bon anniversaire les filles si vous passez par ici ! Et un grand bravo pour ce défi qui je l’espère perdurera encore durant de nombreuses années. Je suis toujours aux anges de pouvoir y participer et je croise les doigts pour avoir suffisamment de temps pour poster quelques billets “monstrueux” et frissonnants de saison. C’est le week-end d’installation. Nous sommes toutes en train de peaufiner nos piles de livres. Je dois dire que la mienne a déjà subi plusieurs modifications. J’ai pioché dans mes cartons un roman de Neil Gaiman qui entrera parfaitement bien dans la thématique du mois.

familles-extraordinaires S’agissant des « familles extraordinaires », mon choix s’est de ce fait porté sur L’étrange vie de Nobody Owens. Une bonne pioche puisque je suis en train de le dévorer alors que je ne l’ai débuté qu’hier dans la soirée. Cette lecture sera rapidement achevée. J’espère pouvoir la chroniquer cette semaine. Suis-je trop optimiste? Lire la suite

Publié le par missycornish | 25 commentaires

le maître des illusions romanRichard Papen, jeune étudiant boursier, plaque sa Californie natale pour rejoindre l’université de Hampden dans le Vermont. Prêt à tout pour gravir les échelons, il prend la décision d’intégrer la classe privilégiée et originale du professeur Julian dédiée à l’étude des langues mortes, et en particulier du grec ancien et du latin. C’est ainsi qu’il fait la connaissance de ses camarades, des personnages énigmatiques semblant tout droit sortis d’une œuvre de fiction. Cette rencontre métamorphose Richard, hypnotisé par leur aura magnétique…

Parler de ce roman singulier, un “campus novel” magistral n’est vraiment pas une tâche aisée et il m’a fallu du temps pour le “digérer”. Sa construction narrative m’a en effet de prime abord décontenancée car on sait dès la première page qu’un des personnages principaux a été assassiné par ses camarades de classe, une introduction romanesque surprenante et peu traditionnelle.

L’auteure use et abuse également de prolepses (ces fameux flashbacks en littérature). Et pourtant, malgré ces allers et retours répétés, quelle surprise ! J’ai en effet été happée par l’histoire, envoûtée par cette étrange clique d’étudiants nonchalants aux desseins pour le moins insaisissables ; tout comme par cette étrange atmosphère qui s’en dégage, de livres poussiéreux et de vieilles bâtisses. Comment ne pas penser au fil de la lecture au Cercle des poètes disparus? Impossible que l’auteure ne s’en soit pas inspirée même si l’ambiance est ici particulièrement sombre et malsaine.

Ainsi, bien que le crime soit révélé et avoué dès les premières pages du roman, l’auteure réussit étonnamment à aiguiser l’attention du lecteur qui ne s’amenuise à aucun moment de l’histoire.

La force de Donna Tartt réside dans cette capacité fabuleuse à nous tenir en haleine d’un bout à l’autre du roman, malgré la vérité que le lecteur pense de prime abord déjà connaître. Toutefois, il ne faut jamais se fier aux apparences qui sont souvent trompeuses. Les illusions sont multiples. Peu à peu, des personnalités troubles évoluant dans un univers estudiantin pour le moins glauque se révèlent au lecteur, le précipitant lui aussi, comme son narrateur Richard, dans la spirale d’une machination diabolique et effroyable.

J’ai été fascinée par Hamden, cette université du Vermont isolée aux confins d’une région sauvage et hostile. Cet établissement prestigieux fondé au XIXème siècle et connu pour ses méthodes quelque peu progressistes, attire de jeunes privilégiés volages. Ces protagonistes ne sont jamais attachants. Ils sont à la fois vils, égoïstes et extrêmement malhonnêtes comme du reste le narrateur principal, Richard, qui est prêt à suivre et soutenir corps et âme ses camarades de classe dans n’importe lequel de leurs délires d’illuminés, pour simplement conserver sa place dans un cercle très sélect. Lorsque ce jeune Californien rencontre Francis, Henry et Bunny ainsi que Camilla et Charles, des jumeaux pour le moins ambigus, il ne se doute pas que sa vie ne sera désormais plus la même… Il sera subjugué par leur richesse et leurs privilèges, au point de ne plus pouvoir supporter sa propre condition d’étudiant boursier.

Si tous sont nés une cuillère d’argent dans la bouche, c’est loin d’être le cas du narrateur issu d’un milieu plus modeste. Élevé entre un père propriétaire d’une vulgaire station d’essence et une mère au foyer peu intéressée par sa propre progéniture, Richard a vécu dans un endroit morne et mortifère où les aspirations artistiques et littéraires ont malheureusement peu de place pour prospérer. 

Sa bourgade de naissance, un tantinet miteuse et aride qui évoque de vulgaires drive-ins, du béton à foison, des mobiles homes à la peinture écaillée et des températures caniculaires, dénote fortement avec le climat froid et enneigé du Vermont où la nature semble avoir repris ses droits sur l’homme. Au contact de ses amis fortunés, Richard va progressivement s’inventer un passé plus reluisant et se crée une nouvelle identité; mais ses efforts pour gommer toute trace de son milieu social ne rencontreront guère de succès. Il en résulte que cette espèce de caméléon sociétal tente inlassablement de se fondre dans la masse et est toujours spectateur des événements, ce qui parfois peut agacer le lecteur.

Par certains aspects, le personnage de Richard, ce narrateur avide de reconnaissance et toujours attiré par l’argent, m’a rappelé étrangement la personnalité malsaine qu’incarnait Alain Delon dans Plein soleil, d’après une adaptation d’un roman de Patricia Highsmith (un film que j’ai visionné il y a des années et qui m’avait particulièrement marquée). Quoique prêt à tout pour conserver sa place dans ce petit groupe d’étudiants friqués, il n’en est pas moins victime de ces détails imperceptibles qui le tiennent malgré tout à l’écart du groupe… Il observe, pense comprendre leurs motivations mais finit lui-même par se faire prendre dans sa toile…

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Autour de Richard gravite ainsi donc ce groupe mystérieux d’étudiants, des jeunes snobs fortunés qui brûlent la chandelle par les deux bouts, s’abîment dans l’alcool et les drogues, gâchent leur temps à étudier des sujets obscurs qui ne leur serviront jamais à entrer dans la vie active. Ce sont des oisifs qui s’efforcent de vouloir rester en marge de la société en s’isolant volontairement des autres. Ils communiquent  en outre dans un langage que seuls eux peuvent comprendre et se passionnent pour des sujets poussiéreux et abstraits… Richard découvrira les fameuses bacchanales, ces rituels religieux de la Rome Antique où l’alcool coule à flot, et au cours desquels les sacrifices humains étaient souvent monnaie courante. On se doute bien que rien de bon ne peut découler de cette fascination étrange pour les célébrations morbides offertes en l’honneur du Dieu Dionysos, la divinité de la vigne et du vin…

Je n’en dirai pas davantage, lisez ce livre !  Ce roman d’une grande noirceur est excellent.

Je n’oublierai pas de si tôt cette clique infâme d’étudiants sans scrupule, imbus d’eux-mêmes et d’une condescendance crasse, qui m’a complètement envoûtée : Bunny, le golden boy aux poches toujours trouées, Francis, le bel homosexuel aux allures de dandy qui rappelle étrangement le séduisant Percy Bysshe Shelley, Camilla et Charles, les deux amants maudits, frère et sœur de sang mais âmes sœurs de cœur et Henry, cet intellectuel taciturne à la personnalité insondable. La perversité de leur esprit m’a parfois choquée. Le meurtre de sang froid de leur camarade de classe ne les touche en rien car leur égoïsme dépasse l’entendement.

Pour conclure, cette œuvre d’une grande noirceur s’est révélée fabuleuse et m’a impressionnée. Si elle a été souvent estampillée dans la catégorie du thriller, elle ne devrait en aucun cas se limiter à ce seul genre littéraire. A la fois un roman à suspens, une satire sociale et un roman policier, Le maître des illusions est un roman cruel et dérangeant sur la manipulation, une sorte d’ovni qui possède un pouvoir électrisant sur le lecteur. La romancière retranscrit en outre avec maestria l’existence de ces étudiants qui portent en eux le fameux “fatum”, la marque du destin immuable. J’ai adoré les références multiples à la tragédie grecque. Ce livre décrit aussi merveilleusement bien le décor du Vermont qu’il s’agisse de dépeindre la campagne, la forêt, les vieilles demeures familiales que Richard découvre avec ses étranges amis ou encore le campus presque anachronique. C’est certain, je relirai ce roman avec plaisir, il m’a captivée.

Un dernier mot sur le contexte d’écriture du roman : Donna Tartt, romancière américaine, n’avait que 29 ans lors de la première publication de ce chef-d’œuvre, un roman devenu aujourd’hui culte. Elle aurait consacré dix ans d’écriture et de recherche avant de le publier en 1992, un sacré travail d’orfèvre ! Sa plume est d’ailleurs remarquable, son style fluide et limpide. Il s’en dégage un certain lyrisme. Je doute que le roman puisse un jour être adapté pour le grand écran, il serait impossible de retranscrire l’essence du livre à la télévision.

Enfin, j’ai découvert à l’occasion de cette lecture formidable, le style Dark Academia, une esthétique originale que j’adore. Je ne connaissais pour ainsi dire rien de cette tendance qui apparemment est devenue, comme le Cottage Core, un véritable mode de vie. Il semble vouloir mêler la découverte de soi et la quête du savoir. Les tenues vestimentaires inspirées de cette ambiance font d’ailleurs légion sur les tableaux Pinterest car il est facile de les reproduire. Je suis incontestablement fan du genre !

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La bande-annonce de Plein Soleil avec Alain Delon:

Et une vidéo géniale de fan fiction excellente sur Le maître des illusions de la chaîne Ahu Sunrise :

Publié le par missycornish | 17 commentaires

autumnAprès un retour de vacances sur les chapeaux de roue, me voilà à nouveau fin prête à retrouver mes activités bloguesques habituelles. Je prends petit à petit mes marques dans mon nouveau poste au lycée et je commence à m’habituer à l’idée que ma fille n’est désormais plus un bébé puisqu’elle a fait cette année sa toute première rentrée! J’ai a contrario davantage de temps pour lire et écrire, ce qui n’est pas une si mauvaise chose me direz-vous (plus d’excuses!). Septembre étant déjà bien entamé, j’ai eu l’envie irrésistible de me tourner vers des lectures de saison. D’autant plus que le Mois Halloween est sur le point de reprendre, le manoir hanté va ouvrir une fois de plus ses portes (je l’ai attendu avec impatience!). Ce rendez-vous littéraire très cosy reste incontestablement mon préféré et contribue toujours à rendre mes automnes normands magiques et festifs. Hâte de connaître le nouveau programme que nous ont concocté les filles!

J’ai également fait le tri dans ma bibliothèque pour choisir une pile de livres (il y a peu de chance pour que je m’y tienne) pour le Pumpkin Autumn challenge qui dure plus de trois mois et auquel je participe comme toujours humblement (ce ne sont pas les envies qui manquent!). J’ai décidé cette fois-ci d’y ajouter plus de lectures détentes et de titres en anglais. Il ne me reste plus qu’à les classer selon les menus proposés.

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Pour plus d’infos concernant Le Pumpkin Autumn Challenge, c’est par ici! Voici les thématiques proposées par Lou et Hilde pour ce nouveau défi:

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Si les premiers frimas se font encore timides (hier, on a tout de même frôlé les 30°C en Normandie), j’ai déjà préparé ma petite panoplie automnale: mon plaid couleur citrouille et mes bougies aromatisées (de préférence à la cannelle) sont déjà installées sur le divan et la table basse du salon, quant à mes vestes en velours côtelé, mes jupes au motif tartan, mes pulls aux couleurs ocres tout comme mes chaussettes fourrées, ils attendent tous sagement que je puisse les exhumer de l’armoire (pour les épaisseurs, on patientera!) …  Enfin, il ne faut pas désespérer, les feuilles des arbres rougissent et la luminosité baisse progressivement le soir. Il me tarde de voir désormais les journées se rafraîchir et les feux de cheminées reprendre. En attendant, j’apprécie pleinement cet étrange été indien.

20220824_211528Nous avons pour le moment bricolé un cinéma en plein air dans le jardin et pourrons, je l’espère, en profiter jusqu’à fin octobre pour organiser notamment une soirée spéciale Halloween et un marathon Hocus Pocus afin de célébrer la sortie sur Disney+ de la suite des aventures des sœurs Sanderson. Presque trente ans séparent les deux films! J’ai hâte de voir le résultat. Netflix a d’ailleurs prévu une saison Spooky nights particulièrement alléchante! Voici la bande-annonce de Hocus Pocus 2:

challenge Le mois HalloweenEn attendant le début des festivités du Mois Halloween (toutes les infos par ici pour y participer), je patiente sagement en décorant ma demeure et en repérant quelques tutos bricos et cuisine bien sympathiques pour accueillir dignement cette nouvelle saison. Je vous conseille la chaîne de Darling Desi qui est un puits d’inspiration pour se mettre dans l’ambiance, sa dernière vidéo vient de sortir aujourd’hui, vous pouvez la visionner ici. C’est un régal! Le blog devrait aussi s’affilier au Mois Halloween dans le cadre du Challenge Cottage Core. Je compte donc proposer également cette année des billets qui j’espère seront plus réguliers. Je vous retrouve très prochainement pour vous partager mon avis sur un roman insolite et particulièrement sombre, à l’atmosphère très Dark Academia, une lecture idéale pour introduire cette nouvelle transition saisonnière (devinerez-vous lequel?). Je vous partage aussi une petite chanson entêtante du Rocky Horror Show réinterprétée par les membres du Glee Club qui reflète parfaitement mon humeur du moment! Je suis surexcitée! 

Publié le par missycornish | 15 commentaires
Publié le par missycornish | 11 commentaires

là où chantent les écrevissesL’adaptation cinématographique de ce magnifique roman sortira en salle le 17 août prochain! Le film est produit par Reese Witherspoon et d’après les premières critiques, c’est un petit bijou! Avez-vous lu le roman et avez-vous aimé? Hâte de connaître votre avis et de pouvoir enfin voir le résultat sur grand écran! Pensez-vous vous déplacer pour le voir ou préférez-vous attendre sa sortie en DVD? En attendant voici mon billet consacré au livre ici et  pour visionner la bande-annonce du film c’est par là :

https://www.youtube.com/watch?v=Jtus_J-ocyk&t=2s

Avatar de missycornishArtdelire

là où chantent les écrevissesNon loin d’une petite bourgade de Caroline du Nord, une jeune femme surnommée Kya a vécu seule depuis son enfance tumultueuse dans les marais de Barkley Cove. De nombreuses rumeurs se sont développées à son sujet, donnant naissance également à quelques préjugés. Celle que l’on surnomme “la fille des marais” aurait été une petite sauvageonne illettrée incapable de s’exprimer correctement. Pourtant, Kya est bien plus que cela. A l’âge de dix ans, la pauvre petite fille, démunie, se retrouve abandonnée de tous et n’a d’autre choix que d’apprendre à se débrouiller seule dans les marais fangeux pour subvenir à ses propres besoins. Cet endroit, de prime abord hostile, deviendra peu à peu un refuge, loin des habitants mesquins et intolérants toujours prompts à l’accabler de tous les maux.

Une éclaircie semble poindre dans ce décor triste lorsqu’à l’aube de son adolescence, la jeune femme croise finalement la route de Tate…

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Publié le par missycornish | 10 commentaires

                          

Des-jours-et-des-viesAnnées 2000: Kitty Fisher, une jeune Anglaise trentenaire un peu paumée, prend la décision de se réfugier aux Etats-Unis pour apaiser sa peine de coeur après avoir découvert l’infidélité de son époux. Elle s’installe dans un chalet vétuste sur les rives du lac Akan Abee (État de New-York) pour pouvoir le rénover. Cette vieille bicoque aurait en effet appartenu à son arrière-grand-père, écrivain renommé. Alors que les travaux battent leur plein, Kitty découvre dans le bâtiment un bijou splendide qui lui révélera un secret étonnant sur les origines de sa famille, et l’aidera peut-être à faire le point sur sa propre vie.

Année 1914 : les empires russes et allemands sont en guerre et un renversement du gouvernement semble imminent. Tandis que les membres de la famille Romanov s’apprêtent à vivre leurs derniers instants de gloire, la grande-duchesse Tatiana, encore insouciante et infirmière volontaire auprès des blessés, tombe éperdument amoureuse de Dimitri, un jeune officier de cavalerie. Mais le futur qui les attend n’est nullement en leur faveur. L’amour qui les lie résistera-t-il aux épreuves du temps et à la terrible malédiction des Romanov qui plane sur eux?

Prise récemment d’une frénésie de lecture, je n’ai pas cessé de fouiller dans ma bibliothèque en quête de nouveaux trésors littéraires. C’est en furetant dans ma pile de livres que je suis tombée sur cette bonne pioche, un roman historique sur des secrets de famille comme je les affectionne, pour entremêler constamment le passé et le présent. J’ai enfin compris pourquoi ce livre prenait la poussière sur mes étagères depuis près de trois ans, le titre en effet y était pour quelque chose ; Des jours et des vies me faisait penser à ce feuilleton américain aux accents de Barbara Cartland, extrêmement niais. Il est incompréhensible que l’éditeur ait choisi un tel titre devenu aujourd’hui un cliché, alors que The secret wife (L’épouse secrète), convenait pourtant parfaitement bien. Pourquoi les éditions Charleston n’ont-elles pas conservé la traduction originale? Cela dessert à mon sens l’œuvre de Gill Paul. Un choix hasardeux !

Ce livre aurait en effet mérité une meilleure communication car sa thématique n’est pas dénuée d’intérêt, relatant avec brio la tragédie effroyable de la famille des Romanov, un sujet glaçant bien que fascinant. Gill Paul se focalise plus particulièrement sur la destinée de l’une des filles du Tsar, la ravissante Tatiana Nikolaïevna, qui tout comme sa sœur cadette Anastasia, nourrit encore aujourd’hui de nombreux fantasmes. Auraient-elles toutes deux réussi à échapper à la fin tragique des Romanov?

Famille Romanov

La famille impériale russe (cliché de 1913)

L’auteur a donc choisi d’imaginer les zones d’ombres liées à cet événement en reconstituant une correspondance clandestine imaginaire entre l’officier de cavalerie Dimitri et Tatiana, la fille du dernier Tsar Nicolas II.

A travers cette fiction romanesque plutôt réussie, le lecteur découvre les coulisses de la vie de la famille impériale russe à la veille de la Révolution de février 1917 (qui mènera à l’abdication du Tsar et à la chute de la dynastie impériale russe) et de celle d’octobre 1917 (qui renversera pour de bon le régime tsariste de Russie et annoncera la prise de pouvoir officielle des bolcheviks). L’existence de cette famille royale était somme toute paisible et d’une naïveté déconcertante. Le tsar lui-même était finalement peu en phase avec la réalité, c’est-à-dire l’insatisfaction grandissante d’un peuple russe affamé et désespéré par les défaites subies depuis 1914. Pieux et pour le moins crédule, Nicolas II n’avait ni l’étoffe d’un combattant et encore moins celle d’un grand dirigeant, naviguant ainsi avec difficulté dans les eaux troubles de la diplomatie. A la veille de l’insurrection, le clan des Romanov pensait échapper aux rebelles pour se réfugier en Angleterre mais, hélas, aucune aide diplomatique ne leur sera réellement fournie. Abandonnés de tous, les Romanov périrent sous les balles et les baïonnettes des soldats russes.

Si j’ai été happée par la dimension historique du récit, je dois cependant avouer avoir trouvé l’histoire moderne un tantinet bancale et peu intéressante en comparaison de la trame principale. Il semble qu’elle ne soit finalement qu’un simple prétexte pour introduire le fameux journal intime de Tatiana qui révélera peu à peu l’horreur et la déchéance de cette lignée maudite.  Le personnage de Dimitri, protagoniste hautement romantique mais acteur impuissant de ce drame, est très attachant. Néanmoins, j’ai moyennement apprécié son évolution dans la seconde partie du livre. Parfois trop indécis et tiraillé entre son attirance charnelle pour son épouse et l’amour indéfectible qu’il ressent pour la belle Tatiana, Dimitri choisit la facilité en commettant l’adultère, une tromperie qui durera de nombreuses années sans véritablement perturber notre “héros” masculin…

La partie consacrée aussi à la fuite de Dimitri en Allemagne après la rébellion russe m’a par ailleurs parfois peu convaincue. La romancière fait renaître un Berlin fantasmé en survolant au passage les années glorieuses de la comédie burlesque très inspirée de Cabaret. On y découvre une culture allemande prônant davantage l’amour libre et insouciant, une vision très moderne qui désarçonne le héros Dimitri car elle diffère grandement des coutumes russes. Ce passage semble simplement permettre l’introduction d’un nouveau personnage féminin.

Tatiana_Nikolaevna

Tatiana Nikolaïevna (1897-1918)

Enfin, l’héroïne Tatiana manque cruellement de profondeur, demeurant d’un bout à l’autre du roman une figure éthérée insaisissable et mystérieuse comme si elle appartenait presque au domaine du songe, ce qui ne permet pas de réellement s’attacher à sa personnalité.

Un dernier mot sur Raspoutine qui aurait porté le coup de grâce au Romanov en ternissant un peu plus leur réputation et en précipitant la chute de cette dynastie déjà moribonde : J’aurais aimé en apprendre davantage sur le personnage de Raspoutine, cet ange déchu que l’on prénommait avec effroi “le moine fou” et qui fut assassiné en 1916 par des aristocrates russes. Le livre effleure à peine sa responsabilité dans l’affaire alors que le personnage est pourtant toujours présent en filigrane dans la correspondance de Tatiana et de Dimitri. A ma grande surprise, j’ai découvert que Raspoutine n’était ni vieux ni sénile comme il était souvent portraituré par l’imaginaire collectif mais au contraire, jeune, séduisant et décadent. Cette réalité saisissante de ce mystérieux intrigant s’écarte totalement de la vision grotesque et caricaturale dépeinte par les studios Fox animation dans le célèbre dessin-animé Anastasia. Raspoutine, un paysan russe aux pouvoirs mystiques supposés était cependant bel et bien perçu par le peuple russe comme l’antéchrist, un démon incarné. La chanson de Boney M, Rasputin, (à écouter ici) est ironiquement proche de la réalité. Subjuguée par son charme ensorcelant et ses fameux dons de guérison, la tsarine Alexandra Fedorovna se serait entichée de lui et en aurait fait son amant (même si cette rumeur est encore réfutée officiellement aujourd’hui)… Une correspondance plutôt compromettante entre eux aurait été détruite avant la disparition de la lignée Romanov pour ne pas attiser davantage la haine du peuple et des nobles qui voyaient son influence d’un mauvais œil. Raspoutine aurait ainsi profité de la timidité maladive de l’impératrice pour s’immiscer dans les affaires du palais. Il devint également le guérisseur officiel de la famille. Il aurait d’ailleurs réussi à soigner son fils, Alexis, qui souffrait d’hémophilie, une maladie dégénérative génétique souvent renforcée par la consanguinité. (Le roman de Raspoutine de Vladimir Fédorovski me tente grandement pour approfondir ce sujet)… 

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J’aurais aussi voulu en savoir plus sur cette fameuse Alexandra Feodorovna, la dernière impératrice de Russie, mère de Tatiana et petite-fille favorite de la reine Victoria. Son personnage aurait été bien plus intéressant à traiter car il demeure encore aujourd’hui assez complexe. Qui était-elle vraiment?

Pour conclure, en dépit de quelques invraisemblances,cette lecture fut tout de même très enrichissante et passionnante. Même si l’on connaît d’emblée le dénouement tragique de cette histoire désespérante, le récit est malgré tout bouleversant et quand bien même l’auteur tisse une fiction parfois un brin trop fantasmée, le lecteur se laisse prendre au jeu malgré lui.

Mon souvenir le plus marquant de ce roman reste la captivité des Romanov qui est effroyable car l’on sait pertinemment bien qu’ils ne seront jamais libérés. J’en avais les larmes aux yeux. Ce passage m’a retourné l’estomac.

J’ai désormais très envie de visionner dans la foulée le film Rasputin dark servant of destiny de 1996 quand j’aurais réussi à mettre la main dessus. Ce biopic très controversé est apparemment brillant. Alan Rickman y interprète un personnage infâme, noceur, alcoolique et diabolique néanmoins séduisant. Pour ma part, le regard fou presque habité de ce grand acteur m’a convaincue après avoir visionné cette bande-annonce épique :

Je compte aussi revoir Anastasia, ce magnifique dessin-animé sorti en 1997 et qui a bercé mon enfance. 

Publié le par missycornish | 34 commentaires
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