La fabrique de Poupées d’Elizabeth Mcneal

OIPEnfin les vacances ! Après ces dernières semaines extrêmement éreintantes au collège et une fatigue persistante qui m’a laissée complètement amorphe, le blog a tourné un peu au ralenti. Rassurez-vous, les billets vont progressivement reprendre par ici. Je suis bien contente de pouvoir souffler. Je regrette cependant de n’avoir pu apporter davantage de contributions au Mois anglais qui, cette année, a filé bien trop vite à mon goût (mon bilan est d’ailleurs assez mauvais, deux livres tout au plus et une série visionnée, aïe !). Tant pis, on ne peut pas être sur tous les fronts !

Je poursuis tout de même le challenge A year in England avec cette excellente lecture britannique, campée dans un cadre victorien particulièrement étrange et un tantinet glauque… Autant vous l’avouer sans détour, cette œuvre repérée chez Fondant (merci à toi pour cette belle surprise) m’a happée jusqu’à la dernière page tournée car l’intrigue fut étonnement bien ficelée !

Londres 1850. Les badauds n’ont qu’une hâte, venir admirer la dernière innovation de ce siècle, le majestueux Crystal Palace, un vaste palais en fonte et verre installé pour abriter la première grande exposition universelle de la capitale. A deux pas, Iris, une petite main modeste d’une fabrique de poupées, aspire à quitter son atelier misérable pour devenir une artiste-peintre renommée et indépendante. Malheureusement, sous la coupe d’une méchante patronne qui l’exploite honteusement et d’une famille de Thénardier pour le moins fourbe et intéressée (des parents qui ne voient en elle qu’un atout pécuniaire et une soeur jumelle d’une jalousie maladive depuis que cette dernière a été atteinte de la petite vérole et s’est retrouvée par la suite défigurée), Iris se sent tristement seule. Pourtant, deux hommes attirés par sa beauté insolite- un visage doux plutôt harmonieux mais une posture de bossue due à la difformité d’une clavicule- vont drastiquement changer le cours de son existence en apportant avec eux leurs lots de malheurs … Iris peut-elle faire confiance à ce séduisant peintre qui semble admiratif de son travail tout comme à ce curieux taxidermiste romantique qui assure l’aimer passionnément? Que dissimule vraiment cet attrait soudain pour sa petite personne?

Voilà un roman pour le moins glaçant ! Cette lecture s’est en effet révélée éprouvante ! J’en tremble encore ! J’ai été partagée d’un bout à l’autre entre un sentiment d’écoeurement insoutenable pour certains passages qui m’ont terrifiée, et une fascination croissante pour cette histoire pour le moins sordide qui semble à bien des égards tout droit sortie d’un épisode de Penny Dreadful.

Ce roman est de ce fait empreint d’une atmosphère sombre et gothique analogue. On y retrouve également des protagonistes monstrueux tant physiquement que moralement. A l’instar de Silas, ce mystérieux taxidermiste à la personnalité ambigüe et complexe.

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En outre, l’auteure semble avoir puisé sa principale inspiration d’écriture dans les grandes œuvres romantiques du XIXème siècle. Comment ne pas penser dès lors à Frankenstein, en particulier lorsque Iris est présentée au cercle très sélect et fermé de trois artistes préraphaélites? J’ai d’emblée trouvé qu’Iris ressemblait étrangement à Mary Shelley, née Wollstonecraft, qui aimait partager elle aussi sa passion pour les histoires gothiques avec ses compagnons artistes, le jeune poète au destin funeste, Shelley qui devint son époux, Lord Byron, l’auteur légendaire de Don Juan, ainsi qu’à John Polidori qui écrivit l’illustre nouvelle fantastique, Le vampire. Les pas d’Iris sillonent d’ailleurs les mêmes pavés sordides des bas-fonds londoniens de cette époque victorienne pour le moins lugubre.

Ce roman soulève aussi des questionnements pertinents qui font une fois de plus écho au roman gothique Frankenstein. Comment définir la monstruosité? Si la difformité d’Iris la rend au premier coup d’oeil peu séduisante et si les marques de la petite vérole marquent le visage de sa soeur Rose, ces deux femmes ont toutes deux pourtant malgré leur physique monstreux, un coeur, à la différence de Silas, ce taxidermiste énigmatique qui prend un malin plaisir à dépecer de pauvres créatures pour des raisons prétendument scientifiques …Ce personnage m’a particulièrement dégoûtée. Il est tout bonnement repoussant. Il dissimule par ailleurs toujours une violence contenue inquiétante …

d93f0bb72b5c2d6dfcd9d248ee07c273De nombreux critiques se sont permis de déceler une ressemblance très dickensienne dans la plume trempée de cyanure d’Elizabeth Mcneal. Cette comparaison me semble un tantinet trop facile. Certes, les personnages de ce roman font souvent référence au grand écrivain au fil de l’intrigue et sont censés être ses contemporains, mais n’ont toutefois l’atmosphère morbide qui se dégage de cette oeuvre. En outre, l’ambiguïté de ses personnages n’ont rien à voir avec les protagonistes un peu lisses mais hauts en couleur des romans de Dickens qui sont souvent des stéréotypes de la société victorienne. La vision de cet auteur est somme toute toujours très manichéenne. Les bons sont récompensés pour leurs bonnes actions, les mauvais finissent toujours par être punis pour leur vilenie. Or ici, dans La fabrique de poupées, il n’en est rien. Le mal s’immisce partout et l’auteure fait fi de considérations religieuses. De plus, Dickens avait un talent inné pour dépeindre la misère avec une certaine beauté. Elizabeth Mcneal décrit quant à elle cette pauvreté sordide avec un réalisme déconcertant. Cette laideur et cette saleté immonde des bas-fonds londoniens, peuplées d’orphelins édentés, de prostituées usées et d’êtres difformes trop souvent maltraités par les coups du sort, sont donc représentés dans un cadre très réel. Cet aspect du livre m’a de prime abord désarçonnée, d’autant plus que la couverture trompeuse aux couleurs gaies et aux illustrations quelque peu poétiques suggérait une douce romance victorienne. J’ai très vite déchanté !

Pour conclure, si l’intrigue s’est révélée finalement peu renversante, ce roman d’atmosphère sombre à souhait et contemporain de l’époque de Jack l’Eventreur ne déçoit tout de même pas. Cette lecture fébrile et troublante fut haletante d’un bout à l’autre, bien que certaines descriptions graphiques perturbantes m’ont mise profondément mal à l’aise. L’horreur latente monte crescendo au fil des chapitres et nous prend à la gorge. On en ressort sonné, la boule au ventre et le cœur au bord des lèvres !

L’image que je ne suis pas prête d’oublier? Le taudis malsain qui sert de cabinet de curiosités à Silas, le taxidermiste épris d’Iris et d’où émanent des effluves de formol et de décomposition. Ce vautour sociopathe dégénéré et obsédé par la mort, collectionne des petites souris empaillées qu’il revêt d’habits de poupées comme celles que confectionne Iris dans son atelier…

Si l’auteure est écossaise, l’intrigue plante principalement son décor à Londres. Une nouvelle lecture effectuée dans le cadre du challenge A year in England
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17 commentaires pour La fabrique de Poupées d’Elizabeth Mcneal

  1. Oh désolée, je vois ton billet un peu tard mais je suis RAVIE que tu aies aimé !! 😉 Oui, le mal s’immisce même là où on ne l’attend pas ! Ton analyse est très fine, je suis tout à fait d’accord avec toi. Un très bon roman, original et glaçant oui. Bon été et bonnes vacances 😉

  2. alexmotamots dit :

    Pour l’atmosphère, alors.

  3. rachel dit :

    J’avais adore les premieres annees de Penny Draedful (pas la derniere)….et je l’ai en audio….alors pourquoi pas didonc ?…En tout cas tu donnes envie…;)

  4. Milly dit :

    Tout comme toi, j’ai adoré ce roman. On se demande tout du long, comment ça va se terminer. Un roman qui nous garde en captivité.
    ps: J’ai terminé Là où chantent les écrevisses. J’en suis à préparer mon billet. J’ai adoré et en bonus, j’ai découvert et été charmée par le film Un été en Louisianne. Je ne l’avais jamais vu. J’ai beaucoup aimé également! 🙂

  5. Steven dit :

    Ton avis rejoint celui d’une majorité de lecteur et me donne vraiment envie rien que pour son ambiance et son univers angoissant et assez glauque.

    • missycornish dit :

      Oui c’est vraiment glauque. J’ai hésité au départ à le lire et au début j’étais un peu perdue. Ça ne ressemblait à rien de ce que je lis d’habitude. C’est pas mal du tout mais là j’ai envie de revenir vers des lectures moins sombres et pessimistes. J’ai vu que tu avais continué ta collection des grands romans. Je vais aller lire tes derniers billets.

      • Steven dit :

        J’aime beaucoup ce genre d’ambiance donc je pense que celui-ci devrait me plaire. Il m’intrigue depuis sa sortie.
        Concernant mes lectures, je n’arrive à sortir du cadre lectures classiques/victoriennes… J’ai donc trois romans en cours 😉

        • missycornish dit :

          Waow! J’alterne pour ma part entre un roman indien et Jane Eyre. Bon c’est plus le roman de Charlotte Brontë quand même. J’ai du mal avec les lectures Indiennes. J’ai vu que tu avais lu du Trollope. Ça avait l’air aussi bien. J’ai abandonné pour l’instant lâchement Cranford.

          • Steven dit :

            Je ne sais pas alterner, c’est mon problème… J’ai donc mis en pause une lecture jeunesse ainsi que De Pierre et de Cendre pour une autre lecture jeunesse 😉
            J’ai aussi des envies de relectures comme les Hauts de Hurlevent. Il est temps que je sois en congés je crois !
            Concernant Trollope, il me semble que tu aimes la plume de Hardy donc la sienne devrait autant te charmer 😉

  6. Chicky Poo dit :

    Celui-ci, je l’ai emprunté à ma médiathèque puis reposé sans le lire… Je ne sais pas pourquoi, quelque chose m’empêche d’avoir finalement le déclic pour le lire. Et malgré vos billets à Fondant et toi, je pense que ce n’est pas un livre fait pour moi. En tous cas pas maintenant !

    • missycornish dit :

      Je t’avoue Chicky Poo que j’ai hésité au début à le poursuivre parce que j’avais une idée arrêtée de ce que je voulais lire. Je suis plus dans les lectures Cottagecore positives et revigorantes. Là en effet, c’est quand même très glauque. J’ai eu du mal avec certaines scènes mais il faut le reconnaître c’est bien écrit et la fin est haletante. Tu as raison de ne pas lire ce genre de romans en ce moment. Ce n’est pas vraiment une lecture d’été. Je pense que cela aurait été parfait pour Halloween.

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