La crique du Français de Daphne du Maurier

Milieu du XIXème siècle. 

Lady Dona de St Columb, une jeune et jolie aristocrate lassée des frasques londoniennes, abandonne son époux bedonnant et son potentiel amant pour s’isoler dans le manoir familial de Narvon en Cornouailles aux côtés de ses enfants. A son arrivée, l’endroit est totalement isolé. Un domestique à la personnalité singulière et un tantinet effronté l’accueille … Le personnel sans raison apparente a vidé les lieux. Où sont-ils donc tous passés et pourquoi la jeune femme trouve t-elle dans le tiroir de sa chambre, censée être inhabitée depuis son départ, du tabac frais tout comme un recueil de vers français? 

En flânant du côté de la crique déserte située dans sa propriété, Lady Dona découvre à son enchantement un étrange voilier qui semble y avoir été ancré secrètement. Elle fera la connaissance du capitaine du navire, un pirate français charmeur et séduisant qui l’invitera à le suivre dans ses errances nocturnes … 

Le rendez-vous du Book Club mensuel a sélectionné cette fois la thématique de l’Amour avec un grand A … Vaste sujet qui m’a particulièrement inspirée. En fouinant dans ma bibliothèque, j’ai déterré quelques trésors d’écriture, des romans de poche à la couverture un poil poussiéreuse mais à l’odeur irrésistible (je suis une fan inconditionnelle des vieilles éditions vintage). Cette couverture kitchouille à souhait me faisait terriblement envie. Vouant également une admiration sans borne à Daphne du Maurier, ce roman ne pouvait que me plaire et bien évidemment le charme a une fois de plus opéré. Une fois ouvert, impossible de le lâcher. Je n’en ai fait qu’une bouchée. 

Cette romancière britannique a un talent inné de conteuse. Sa plume est d’une fluidité exceptionnelle. La crique du Français, qui à l’instar de l’Auberge de la Jamaïque et de Ma cousine Rachel, plante son décor en Cornouailles, est une petite pépite littéraire. La campagne anglaise, tout comme son bord de mer, est par ailleurs dépeinte avec brio. On sentirait presque les embruns et on y entendrait sans doute le cri des mouettes sur les dunes sablonneuses… Ayant travaillé dans ma jeunesse près de Bodmin où se déroule l’intrigue, j’ai été heureuse de redécouvrir à travers l’écriture limpide de l’auteure ces endroits pittoresques. 

Le roman n’est pas non plus avare de rebondissements. L’audacieuse héroïne, la belle Lady Dona de St Columb, rappelle par certains traits de caractère l’impétueuse Angélique marquise des Anges. Ne vous détrompez-pas, si cette œuvre oscille incontestablement entre le roman de cape et d’épées et l’intrigue historique, la romance n’est bien évidemment jamais très loin. Cet aspect du livre n’est pas pour déplaire car l’auteure réussit avec brio à entremêler les genres. La trame narrative est particulièrement haletante et les coups de théâtre ne manquent pas d’inciter le lecteur à tourner les pages à un rythme effréné, aussi ai-je achevé cette lecture le sourire aux lèvres, des étoiles plein les yeux. 

Je dois bien l’admettre, j’ai un petit faible pour les récits de piraterie, et si celui-ci très romanesque manque certainement de crédibilité, la lecture est néanmoins très distrayante. On repassera donc ici pour le souci d’authenticité. Cette aventure fantasmée relève davantage de la fiction que de la réalité. Qu’importe, le talent d’écriture est bien là, et si la finesse tout comme la noirceure psychologique qui caractérisent si bien l’oeuvre de Daphne du Maurier, semblent moins présentes, ce beau roman d’aventures aborde cependant des thèmes chers à l’auteure, tels que la soif de liberté d’une femme prisonnière de son milieu tout comme son tirallement entre deux existences malheureusement incomptatibles : pour pallier ce dilemme,  Lady Dona de St Columb s’invente par ailleurs deux personnalités et donne ainsi naissance à deux personnages qui incarnent à la fois cette femme mûre et sage, maîtresse de maison et mère dévouée très terre-à-terre, et celui d’un jeune mousse, avide d’évasions… La duplicité féminine est de ce fait bien présente dans cette œuvre. 

Certes, La crique du Français n’est certainement pas le meilleur roman de Daphne du Maurier. Les pirates s’y donnent des faux airs de Robin des bois charmeurs et l’amant français n’a guère l’étoffe d’un héros ténébreux mystérieux. L’héroïne quant à elle est un brin trop capricieuse pour qu’on s’attache véritablement à son sort ; son rapport à ses enfants m’a  d’ailleurs parfois dépitée bien qu’il était coutume à cette époque que les femmes ne soient pas particulièrement attachées à leur progéniture… Sa personnalité capricieuse et quelque peu colérique m’a également rappelé celle de Scarlett O’Hara. Comme cette dernière, Lady Dona de St Columb traite avec peu d’égard son mari qui bien qu’étant foncièrement sot n’en reste pas moins un pauvre diable … La fin demeure malgré tout conventionnelle …

Pour finir, j’ai tout de même adoré l’introduction au roman qui débute comme un rêve. L’atmosphère est presque fantasmagorique et l’histoire est narrée comme un conte. Une trouvaille originale qui m’a happée dans la lecture dès les premières pages.

En bref : un petit roman d’aventures plein de charme et hautement addictif pour s’évader en Cornouailles sur les traces de pirates romantiques. 

Je n’ai désormais qu’un désir, relire une fois encore l’Auberge de la Jamaïque tout comme La chaîne d’amour dont je garde encore aujourd’hui, une quinzaine d’années plus tard, un souvenir impérissable.  J’aimerais aussi pouvoir visionner l’adaptation The Frenchman’s creek de 1944…

Cet article a été publié dans Classique britannique, Littérature anglaise, Roman d'aventure. Ajoutez ce permalien à vos favoris.

10 commentaires pour La crique du Français de Daphne du Maurier

  1. Syl. dit :

    Il est vrai que ce n’est vraiment pas crédible, comme si Lady Dona avait rêvé toute cette histoire. Mais j’ai bien aimé.

    • missycornish dit :

      Oui c’est ça c’est un peu tiré par les cheveux et c’est pas loin du Barbara Cartland élaboré mais c’est quand même nettement mieux que La librairie des coeurs brisés. 😜😉

  2. D’accord avec toi : pas le meilleur mais ça se laisse lire agréablement 🙂

  3. Chicky Poo dit :

    Un jour, je lirai du Daphne du Maurier… Un jour 😉

  4. rachel dit :

    Et bin cela semble etre bien romanesque….cela fait du bien….en tout cas il va falloir que je relise du Maurier…dans ma jeunesse, j’avais commence ma cousine Rachel, j’avais eu du mal….;)

    • missycornish dit :

      Ah mince ! Ma cousine Rachel avec L’auberge de la Jamaïque est l’un de mes préférés. Le film récent est très bien réussi aussi. Daphne du Maurier, c’est une valeur sûre. Elle écrit tellement bien qu’on ne voit pas le temps passer. 😊

      • rachel dit :

        Je pense que cela vient de l’age…en tout cas, j’ai adore le film avec l’autre rachel….cela en fait 3 lala…Rachel Weisz…..mais je dois retenter l’experience….;)

  5. Marjorie de Bazouges dit :

    Je me re – ferais bien petit retour aux sources aussi….

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