La Maison aux esprits

Le livre qui a fait connaître Isabel Allende. Un roman à clef où une suite d’anecdotes s’imbriquent dans une seule et unique histoire. Bien plus qu’un simple roman, c’est une vraie saga qui a obtenu le prix du grand roman d’Evasion lors de sa publication en 1982 et pour cause, l’oeuvre est magistrale tant les personnages sont fouillés. Ce conte ésotérique mêle l’autobiographique comme le merveilleux et dépeint la vie de quatre générations d’immigrés sud américains. Sûrement chiliens, bien que l’auteur ne l’indique pas clairement. Toutefois on suppose que l’histoire se déroule au Chili car Isabel Allende, fille de diplomate, est aussi la nièce d’un célèbre politicien chilien, le Président socialiste Salvador Allende, qui fut renversé sous le coup d’état de Pinochet.

Les pages de ce livre se savourent et il est de toute manière difficile de le lire d’une traite tant il regorge de personnages et d’anecdotes. Un roman où l’on rit, l’on pleure et l’on est effrayé par le cours que suivent  les événements. C’est un dépaysement total. L’ambiance est sombre et il est fascinant de remarquer l’attirance morbide qu’ont les auteurs latino –  américains pour la mort et la souffrance des corps. Comment, nous occidentaux, ne pouvons-nous pas être choqué par cette description immonde que fait l’auteur de la mère de Trueba dont la chair putride se décompose lentement, rongée par la maladie?

L’atmosphère est inquiétante, les personnages côtoient, tout comme le titre l’indique, les fantômes du passé. Les descriptions sont riches et précises. L’écrivaine a réussi à donner vie à tout un monde balayé par la révolution chilienne, où la violence bestiale des hommes est décrite avec un sens aigu du réalisme. L’histoire nous plonge dans un univers brutal où des maîtres de domaines dégénérés, sèment des bâtards aux quatre coins du pays, culbutant ici et là les paysannes peu farouches qui ont le malheur de se trouver sur leur passage. Esteban Trueba, un rustre de la vieille noblesse espagnole, venu faire fortune sur une terre aride où seuls les cailloux semblent pouvoir pousser, est confronté à une dure vie de labeur. Alors qu’il part à la ville pour chercher une épouse, il fait la connaissance de deux soeurs et tombe sous le charme de l’aînée, l’inaccessible Rosa dont la beauté est aérienne. Esteban est précipité à sa plus grande surprise dans des fiançailles. Malheureusement Rosa meurt tragiquement, empoisonnée pendant son absence alors qu’il tente despérément de faire fortune en trimant dans des mines. Furieux contre ce destin injuste, il s’efforce de mettre sur pieds une ferme en ruine qu’il a acquise avec son maigre salaire de pionnier. A sa seconde visite en ville, il rencontre Clara la soeur fragile et asthmatique de Rosa, une vague copie de sa bien- aimée dont les dons de médium effraient ses prétendants. Pourtant Trueba est décidé à repartir coûte que coûte ,cette fois- ci avec une épouse. Lorsqu’il retourne dans sa propriété, c’est avec Clara qu’il revient.

Il est intéressant de noter le choix judicieux de l’auteur qui a fait de son héros un personnage sans scrupules, raciste mais persévérant ce qui le rend toutefois plus humain et accentue la dimension réaliste du récit. Son ambition obstinée lui fera cependant gravir les échelons de la société pour devenir finalement un politicien conservateur véreux, un sénateur traditionnaliste, refusant d’accepter le communisme envahissant.

Des personnages comme Clara ou Rosa sont inoubliables. Clara à la beauté surnaturelle tant elle est hors normes, apporte une touche magique au roman. Clara, « la clairvoyante » qui converse à ses heures perdues avec l’au-de-là et fait tourner les tables. Sans oublier Rosa « la Belle » à la chevelure verte de fée qui hante les recoins de la vieille demeure familiale…

Le roman a été adapté à de nombreuses reprises au théâtre comme au cinéma. L’adaptation la plus fidèle reste le film de 1993, réalisé par le  danois Billie August et ayant pour vedettes: Meryl Streep, Jeremy Irons, Glenn Close, Winona Ryder et Antonio Banderas. Le film avait également remporté plusieurs prix.

L’oeuvre d’Isabel Allende nous entraîne donc dans un univers où la folie de l’homme n’a pas de limites, où l’amour des castes est meutrière, où des personnages excentriques évoluent dans un monde bien réel et cruel et où le merveilleux n’a pas sa place. Un monde où la révolte gronde, où le sentiment d’injustice et la soif de sang des paysans exploités ne sont jamais loin d’éclater. L’auteur vous attirera vous lecteurs vers des contrées lointaines, sauvages et déroutantes, qui ne vous laisseront pas indifférents mais seulement un arrière goût…amer.

 

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3 commentaires pour La Maison aux esprits

  1. Ping : L’île sous la mer | Artdelire

  2. Linette dit :

    Un de mes livres préférés! Magnifique tout simplement! La fin m’a fait verser quelques larmes. J’adore l’écriture d’Isabel Allende. C’est poétique, on a l’impression de lire un conte. Le film est une très bonne adaptation d’ailleurs. ^^

    • missycornish dit :

      Oui j’ai revu le film la semaine dernière, il était pas mal mais je trouve qu’il ne reflétait pas assez l’ambiance sud-américaine, le choix du casting est discutable. Meryl Streep ne me fait pas vraiment penser à une espagnol et elle était un peu trop vieille pour le rôle.

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