La petite princesse

Attention!  Grand coup de coeur!

Il y a de ces livres qui laissent au lecteur, une fois la dernière page tournée, une empreinte indélébile. La Petite Princesse en fait incontestablement parti. Dans le flot des nombreux récits de la littérature enfantine, la culture américaine et britannique regorgent d’histoires féériques qui sont toujours agréables de redécouvrir, particulièrement en hiver, lorsque le froid mordant s’insinue un peu plus chaque jour dans les chaumières. Un bon moyen de réchauffer les cœurs nostalgiques à défaut des corps. Il  semblait donc naturel de se repencher sur les lectures d’antan pour vous faire partager ses petits joyaux littéraires.

Qui est l’auteur?

Lorsque Frances Hodgson Burnett publia ce conte merveilleux rappelant étrangement Cendrillon, se doutait-elle qu’elle marquerait tant de générations de petites filles ? Car si l’on persiste à redire sur ses thèmes abordés, réputés surannés aujourd’hui, l’ouvrage n’en reste pas moins singulier tout comme son auteur. Attirée par les grands espaces et le mythe de la conquête de l’ouest sauvage, cette écrivaine britannique, dont le nom est encore ignoré de la plupart des lecteurs français contemporains, traversa l’océan pour s’établir au Tennessee en Amérique où elle et sa famille, espérait fuir leur misérable condition sociale. Malheureusement, le ciel ne fut pas plus clément là-bas et le clan Burnett, désillusionné, persista à s’engrener dans ses difficultés financières. A l’instar de son héroïne et malgré moult épreuves, l’auteur garda cependant toujours espoir. Elle trouva finalement un poste de journaliste dans une revue américaine hebdomadaire où elle écrivit tout d’abord des nouvelles pour enfants sous le nom de plume de son époux. Ces ébauches servirent de tremplin pour étendre sa renommée et exprimer son talent de romancière en donnant notamment naissance en 1905 à l’un de ses chefs-d’œuvre, la Petite Princesse.

Résumé:

Sara, envoyée dans un pensionnat anglais austère et rigide pour parfaire son éducation, voit son univers bouleversé lorsqu’elle apprend la mort de son père, le capitaine Crewe, un officier britannique stationné depuis de nombreuses années en Inde. A la suite d’un placement financier désastreux dans des mines de diamants, ce dernier, affaibli par la découverte de sa fortune volatilisée, succombe d’une fièvre tropicale. Loin de la beauté et du confort de l’Inde coloniale où elle a grandi et désormais abandonnée aux mains de l’odieuse directrice Miss Minchin, la pauvre enfant se retrouve propulsée dans un monde cruel et froid où seuls règnent la méchanceté, la solitude et le dénuement.

Mon avis:

De la même trempe qu’Oliver Twist ou que Rémi sans famille, ce roman industriel de l’ère victorien où la misère suinte à chacune de ses pages, suit les pas d’une brave petite fille livrée à elle-même dans un décor londonien boueux et glacial. Balayant d’un seul geste les rangs sociaux d’une légère brise féministe, ce livre dégage une certaine puissance car il dénonce la maltraitance et l’exploitation des enfants.  La pauvreté est ici perçue à travers les yeux de la jeune Sara, forcée contre son gré de quitter son enfance brutalement. Mais la bave du crapaud n’atteint pas la blanche colombe, et même  réduite à l’état de servante, elle demeure toujours une princesse dans son cœur.  Mrs Burnett délivre un message universel plein d’optimisme au lecteur : chaque femme, qu’elle soit aisée ou miséreuse, belle ou laide, a le droit d’être traitée comme la fille d’un souverain, c’est l’un de ses rares privilèges. Qu’importe les circonstances pénibles auxquelles elle sera confrontée tout au long de sa vie, elle sera toujours considérée comme tel.

Comment ne pas trouver cette héroïne au cœur noble admirable? Même dans l’adversité, ce petit bout de femme courageuse et pleine de bonté réussit a apporté du réconfort au plus nécessiteux.  Sara qui fut jadis choyée et entourée de l’amour d’un père bienveillant se retrouve injustement victime d’ostracisme et de dédain.  Elle est désormais reléguée au statut de vulgaire domestique. On la loge au grenier où elle doit se contenter de rats et d’une pauvre esclave prénommée Becky pour seules compagnies. Pourtant, du haut de ses sept ans, même à la perspective d’être mise à l’écart comme une pestiférée, elle ne se laisse pas abattre. La petite fille qui est une lectrice avide parvient grâce à son imagination débordante à dissimuler ses peurs et son chagrin derrière un univers fantaisiste. Vouant une admiration sans borne à Marie-Antoinette tout comme au comte de Monte-Christo, elle voit en sa triste mansarde une cellule de la Bastille. Mrs Burnett a imaginé des protagonistes dignes des romans de Dickens, à l’instar de la méchante Miss Minchin, dénuée de toute compassion envers les plus faibles et aussi rigide que l’établissement qu’elle dirige. Avare et autoritaire, cette femme dure reflète l’étroitesse des conventions britanniques de son époque. En revanche, Ram Dass, l’antagoniste de Miss Minchin est un très beau personnage secondaire.  Tout droit sorti d’un conte oriental des Mille et une Nuits, il est l’ange gardien tombé du ciel, celui qui  apporte une note magique au roman en faisant ressurgir le passé merveilleux de Sara, son enfance exotique dans l’Inde coloniale.

En bref:

Sous le couvert d’une écriture naïve et légère, Frances Hodgson Burnett nous livre un récit enchanteur sur le pouvoir des rêves, à la fois espiègle, émouvant et plein de sagesse. Livre de chevet incontournable, cette histoire met du baume au cœur et charmera les jeunes lecteurs tout comme les adultes. Toutefois, une petite tape sur les doigts des éditions françaises dont les couvertures médiocres manquent une fois de plus de goût et d’originalité. Les deux magnifiques adaptations cinématographiques du livre sont à ne pas manquer.  Le premier film, plus fidèle au roman et réalisé en 1939 par Walter Lang, met en vedette la jeune actrice américaine Shirley Temple. La seconde version, plus célèbre, a été produite par la compagnie Warner Bros et a été mise en scène par Alfonso Cuaron. Bien que sa transposition scénographique varie grandement du roman (l’action se déroulant à New York durant la première guerre mondiale dans ce film et non pas durant l’époque de la guerre des Boers dans Londres victorien comme il en est supposé être le cas), le pari est toutefois largement relevé. Et si le film se focalise bien plus sur la relation particulière entre la petite fille et son père, on ne peut que saluer cette initiative car l’adaptation dramatique même libre, est une pure merveille à voir sans modération.

Voici la bande-annonce:

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13 commentaires pour La petite princesse

  1. Un très beau livre que j’ai adoré, je regardais d’ailleurs l’anime Princesse Sarah 😉 C’est une très belle histoire, et qui est très poignante!

  2. Ping : Les Malheurs de Sophie | Artdelire

  3. Léna dit :

    Je n’ai pas lu le livre mais vu le film le plus récent : je l’ai adoré ! J’ai même eu la larme à l’oeil ^_^
    Je n’ai pas non plus les Quatre filles du Docteur March, mais vu les adaptations de 1949 et 1994, qui sont vraiment très bien ! J’ai toutefois une préférence pour celle de 1949 (j’y préfère, entre autre, les acteurs).

    • missycornish dit :

      La petite princesse! Qu’est-ce que j’ai pleuré en voyant l’adaptation de Warner Bros. J’aime beaucoup l’adaptation cinématographique des Quatre filles du Docteur March (1994). Je n’ai pas lu le roman pour le roman mais cela viendra. J’aimerai bien voir celle de 1949! Je vais voir si je peux pas la trouver! Merci pour cette idée! Bises

  4. Syl. dit :

    Le film est très beau. Je l’ai ! rien que pour moi !

  5. Ondine dit :

    Oh, j’ai adoré ce roman…et « Princesse Sarah » aussi !! Je te conseille « les 4 filles du dr March », il est génial !!

  6. Lili dit :

    Ohhhh, je ne savais pas que « Princesse Sarah » était tiré d’un roman ! Je note avec grand plaisir !

  7. Bianca dit :

    j’ai relu il y a peu Les 4 filles du Dr March et ça m’a donné envie de replonger dans mes lectures d’enfants, je note celui-ci que je connais pas (honte à moi !)

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