Une famille de vampires

Qui est l’auteur?

Il est triste que cet auteur si illustre en Russie ne soit pas plus connu des lecteurs français. Alexeï Tolstoï, lointain cousin du célèbre auteur de Guerre et Paix, a pourtant bel et bien écrit cette histoire en français. Une initiative que l’on ne peut qu’admirer,  le style étant étonnamment bon pour un auteur si jeune alors. En effet, cet écrivain, poète et historien n’a que 24 ans lorsqu’il s’attèle à la rédaction de ces récits horrifiques. Issu de la grande lignée des comtes Tolstoï, ce dernier a été éduqué selon les préceptes russes de sa société et maîtrise à la perfection de nombreuses langues européennes.

Mais pourquoi donc son œuvre n’occupe-t-elle pas une place de choix dans notre littérature ? L’édition les carnets de l’Herne ne lui rend pas crédit et la couverture toute noire donne peu envie de le feuilleter. Qu’attendent les directeurs de collection pour publier cette nouvelle dans une belle édition de poche ?

D’autant plus que les écrits d’Alexeï Tolstoï relatent des histoires fantastiques et inquiétantes dont le lecteur moderne raffole encore de nos jours. Le mythe du vampire fait toujours couler autant d’encre que de sang. Avec l’engouement que connait la littérature vampirique, il me semblait  donc logique de me pencher sur ses origines et de vouloir lire les premiers mythes illustrant ses créatures obscures.

Ce carnet comporte plusieurs nouvelles où l’on retrouve dans chacune d’entre elle les mêmes personnages.

La première partie se déroule durant l’été 1859, lors d’un rassemblement familial, une vieille duchesse narre à ses petits-enfants un épisode de sa jeunesse qui l’a profondément marqué.

Résumé:

Sous la protection du commandeur Bélièvre, la duchesse de Gramont, à cette époque une jeune fille capricieuse, gâtée et éprise du fringuant comte d’Urfé, bellâtre de la cour de France, sillonne les routes de campagne pour rejoindre son père. Sur le chemin, la voiture fait une embardée et la demoiselle perd connaissance. A son réveil, elle se retrouve seule, perdue dans une forêt déserte. Alors qu’elle erre à la recherche de ses gens disparus, ses pas la conduisent devant les portes d’un château délabré et abandonné. Mais se serait-elle trompé, l’endroit serait-il toujours habité ? …

La deuxième nouvelle se passe  à Vienne en 1815. Cette fois-ci c’est le comte d’Urfé lui-même qui relate ses expériences passées lorsqu’il faisait une cour acharnée à la duchesse de Gramont. Ainsi la deuxième nouvelle complète la première et le lecteur se retrouve à nouveau précipité en 1759. Le comte, envoyé comme diplomate dans l’Europe de l’Est est confronté à d’étranges phénomènes.

Mon avis:

C’est indéniable, A. Tolstoï est un excellent conteur. L’écrivain a le souci du détail et de l’exactitude. Pointilleux sur le contexte historique, son histoire parait d’autant plus authentique. Publiée initialement sous le titre une famille de Vourdalaks, cette histoire brillante s’inscrit dans la lignée de Dracula ou de Frankenstein.

Si la Gueuse ne me l’avait pas fortement conseillé, je ne l’aurais sans doute jamais lu. Ces histoires aux frontières de l’étrange peuplées de fantômes et de vampires rappellent beaucoup le recueil de nouvelles de Michel de Grèce le ruban noir de Lady Beresford que j’avais dévoré il y a quelques années. Dans le sillon de l’émergence du mouvement littéraire gothique, ce récit ancré dans un autre récit montre la fascination de l’occident pour le vampirisme. Bien meilleure que le Horla, ce petit carnet qui n’a l’air de rien est une véritable pépite. L’écrivain puise son inspiration dans les récits folkloriques des pays de l’est et dépeint une petite paysannerie serbe reculée. L’auteur nous fait découvrir le mythe des « Vourdalaks », des vampires slaves qui ne s’attaquent qu’aux membres proches de leur entourage. Il s’en dégage une atmosphère inquiétante et macabre qui n’est pas sans déplaire. Certes, les mauvaises langues diront que l’histoire est très stéréotypée où il y est question de pieu, de morts vivants et de maisons hantées mais ce récit d’épouvante reste un incontournable pour tout amateurs de Zombies et de vampires. Exotisme, angoisse et dépaysement assurés.

Encore un grand merci à la Gueuse pour cette découverte.

Voici un extrait:

« Nos matinées étaient consacrées à la promenade ; nous dînions tous ensemble, soit au château, soit dans les environs, et le soir, assis près d’un bon feu de cheminée, nous nous amusions à causer et à raconter des histoires. Il était sévèrement interdit de parler politique. Tout le monde en avait eu assez, et nos récits étaient empruntés soit aux légendes de nos pays respectifs, soit à nos propres souvenirs.

Un soir, lorsque chacun eut conté quelque chose et que nos esprits se trouvaient dans cet état de tension qu’augmentent ordinairement l’obscurité et le silence, le marquis d’Urfé, vieil émigré que nous aimions tous à cause de sa gaieté toute juvénile et de la manière piquante dont il parlait de ses anciennes bonnes fortunes, profita d’un moment de silence et prit la parole :

– Vos histoires, messieurs, nous dit-il, sont bien étonnantes sans doute, mais il m’est avis qu’il leur manque un point essentiel, je veux dire celui de l’authenticité, car je ne sache pas qu’aucun de vous ait vu de ses propres yeux les choses merveilleuses qu’il vient de narrer, ni qu’il en puisse affirmer la vérité sur sa parole de gentilhomme.

Nous fûmes obligés d’en convenir et le vieillard continua, en se caressant le jabot :

– Quant à moi, messieurs, je ne sais qu’une seule aventure de ce genre, mais elle est à la fois si étrange, si horrible et si vraie, qu’elle suffirait à elle seule pour frapper d’épouvante l’imagination des plus incrédules. J’en ai été malheureusement témoin et acteur en même temps, et quoique, d’ordinaire, je n’aime pas à m’en souvenir, je vous en ferai cette fois volontiers le récit dans le cas que ces dames veuillent bien me le permettre […].

D’autres trésors de lecture à découvrir également:

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5 commentaires pour Une famille de vampires

  1. Ping : Happy Halloween ! | Artdelire

  2. alexmotamots dit :

    Je ne suis pas fan de nouvelles, mais Tolstoi, cela se refuse difficilement.

  3. Ondine dit :

    Merci pour tous ces conseils de lectures, j’adore le mythe du vampire !

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