Deux ans de vacances de Jules Verne

Deux ans de Vacances

“… Que tous les enfants le sachent bien, avec de l’ordre, du zèle, du courage, il n’est pas de situations, si périlleuses soient-elles, dont on ne puisse se tirer”.

deux ans de vacances pocheMilieu du XIXème siècle. Dans le Pacifique, le Sloughi, un yacht luxueux est à la dérive après qu’une terrible bourrasque l’ai poussé sur des écueils. A son bord se trouve un drôle d’équipage, une petite bande de collégiens d’un pensionnat anglais de Nouvelle-Zélande, sans aucune escorte adulte, que la perspective d’un voyage en mer avait initialement pourtant enchantée. Les voilà à leur grande surprise précipités sur des récifs inconnus. Ces jeunes gens, désormais naufragés, débarquent sur une île déserte. La croisière de rêve se révèle bien plus longue que prévu car les vacances devaient durer six semaines ; elles se prolongeront finalement deux ans les enfants n’ayant d’autres choix que de s’établir sur cette terre hostile et isolée pour pouvoir survivre dans l’attente d’un possible sauvetage…  Cette robinsonnade extraordinaire fera mûrir ces aventuriers en herbe qui devront affronter la dureté des éléments, la solitude, les tensions au sein du groupe tout comme l’arrivée impromptue de bandits sans foi ni loi envieux de leur petit coin de paradis… Dès lors, une lutte sans merci semble inévitable.

deux-ans-vacances-L-4Plébiscité depuis près de deux siècles à travers le monde par un nombre incalculable de lecteurs enthousiastes, Jules Verne continue de passionner autant qu’il fascine. J’ai rejoint le club des aficionados adeptes de ses récits d’explorations fleurant bon l’aventure et l’appel du grand large. Paru en 1888, Deux ans de vacances est l’ultime roman du cycle des robinsonnades de ce grand écrivain français. Mon père m’a toujours dit avec une petite pointe de nostalgie que les romans de Jules Verne étaient des trésors inestimables de notre patrimoine littéraire français, des livres “formidables”. Je dois l’admettre, cette première incursion dans l’univers vernien ne déçoit pas, j’ai en effet savouré chacune des pages de ce roman. Agrémenté de magnifiques illustrations en noir et blanc qui permettent de visualiser la faune sauvage tout comme les inventions des enfants, cette édition de poche rouge écarlate est un très bel écrin pour ces romans verniens. Je compte bien me faire ma propre petite collection dans ce format. 

J’ai en effet adoré suivre les péripéties vécues par ces enfants débrouillards et intrépides sur l’île Chairman baptisée en souvenir de leur pensionnat britannique établi à Auckland. 

Fils de propriétaires, négociants, lords, rentiers et fonctionnaires, tous sont d’une résilience exemplaire. Les enfants doivent souvent affronter les créatures de la nuit comme les jaguars et les couguars qui sommeillent au cœur de cette nature hostile et luxuriante. Ils découvrent en outre le principe de cohésion et font preuve d’une grande ingéniosité pour subvenir à leurs besoins. Cette petite troupe hardie élabore d’ailleurs avec maestria des pièges, dresse des cartes et découvre même les traces d’un ancien naufragé mort sur l’île! Sans peine, ils affrontent les nombreuses épreuves qui jalonnent leur séjour. Leur quotidien est en outre réglé comme du papier à musique. Le flegme et la rigueur typiquement britanniques tiennent une place prépondérante dans leur quotidien. Des enfants du même âge seraient-ils aujourd’hui capables de survivre ainsi si longtemps sur une île au climat continental? J’en doute fort… L’auteur met ainsi également en exergue l’éducation quasi-infaillible et irréprochable anglo-saxonne.

Si les valeurs britanniques inculquées dès le plus jeune âge sont souvent décriées pour leur rigidité, Jules Verne reconnaît néanmoins ses qualités formatrices indéniables ; en effet, les Anglais apprennent à devenir promptement des hommes grâce à la liberté d’initiative associée à la plus grande discipline.

Il dénonce par ailleurs sous cape le bizutage et l’exploitation des plus petits par les plus grands dans les pensionnats traditionnels, le fameux “faggisme”, cette pratique quelque peu honteuse en vertu de laquelle les plus âgés tiennent en dépendance les plus faibles ou les plus jeunes dans un état proche de l’esclavage pour les accabler des pires misères. A leur arrivée sur l’île Chairman, les enfants pourtant délaissent cette coutume. On s’attend étrangement à ce qu’ils deviennent de véritables barbares comme semblait vouloir le démontrer Lord of the flies, or il n’en est rien. J’ai particulièrement détesté ce dernier livre que j’ai abandonné à mi-parcours, lui préférant Deux ans de vacances, une robinsonnade au ton bien plus optimiste. 

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J’y ai d’ailleurs également retrouvé une ambiance analogue au Club des cinq. Eux aussi ont leur propre mascotte, leur fidèle compagnon, le chien de chasse Phann.

Ces jeunes protagonistes se sont donc révélés très attachants et leurs traits de caractères bien portraiturés, comme la passion patriotique qui anime les trois nationalités qui composent cette petite bande à l’image de Gordon, l’Américain pragmatique, Doniphan, l’Anglais suffisant, et enfin Briant le Français modérateur et diplomate. J’ai pris plaisir à suivre leurs démêlés et en particulier les rivalités des deux protagonistes principaux, Doniphan et Briant. Le premier au tempérament querelleur et borné est un jeune garçon studieux mais d’une arrogance crasse. Doniphan est en outre adepte de la gâchette, et s’adonne à de véritables carnages animaliers. On s’agace parfois de cette multitude de bêtes massacrées pour son seul plaisir personnel. Quant à Briant, ce fils d’ingénieur français, il remporte naturellement la palme de l’héroïsme et de la droiture.

Enfin, le choix original du décor m’a particulièrement plu. Le récit plante son aventure non pas dans un climat tropical comme il est souvent coutume dans les robinsonnades modernes mais plutôt dans un environnement continental. L’île semble perdue non loin de la Nouvelle-Zélande et de l’Antarctique… Elle est caractérisée par des hivers rigoureux et des étés particulièrement chauds. Point de cocotiers ou de bananiers mais des arbres à pains et des érables sur ses terres. Si j’ai beaucoup apprécié les descriptions de la faune et de la flore, j’ai trouvé cependant certains passages un peu redondants au milieu du roman. L’arrivée inopportune de mutins dans le dernier tiers du livre, ces naufragés sans foi ni loi qui menacent l’équilibre de leur petite colonie, a donc de ce fait apporté un regain d’intérêt pour l’histoire parfois un peu digressive mais aux vertus toujours aussi pédagogiques.

Pour conclure, voici donc mon tout premier Jules Verne découvert et mon tout premier coup de foudre. Je relirai avec plaisir dans quelques années ce superbe roman d’initiation sur le rite de passage de l’enfance à l’âge adulte. J’ai toujours affectionné les robinsonnades et celle-ci remplit pleinement le cahier des charges de ce genre littéraire. J’ai ainsi donc lu avec avidité ce roman d’aventure un brin suranné tout en prenant malgré tout mon temps pour savourer la plume parfois quelque peu ampoulée de Jules Verne mais étonnamment addictive.

Il me tarde désormais de découvrir d’autres titres… Mon cœur oscille entre deux lectures: Le château des Carpathes et Le Capitaine Grant que ma sœur m’a chaudement recommandée, ou La Maison à vapeur, un des grands favoris de mon père.

71YgHsFpudL._AC_SL1500_Un dernier mot sur le feuilleton de 1976 que je suis actuellement en train de visionner :  Doniphan est ici davantage le héros de cette série. Cette belle adaptation intelligente réussit brillamment à converser l’esprit de l’œuvre originale de Jules Verne bien que la pellicule soit un peu passée. Il faudrait la remastériser. Il est bien dommage qu’une nouvelle adaptation n’ait pas vu récemment le jour, car elle donnerait pourtant matière à un très bon film d’aventure… Il est surprenant que personne ne se soit encore attelé à cette tâche.


 Les épisodes de cette série sont tous disponibles en accès libre sur Youtube, bonne soirée Ciné popcorn! Voici le premier épisode:
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17 commentaires pour Deux ans de vacances de Jules Verne

  1. Chicky Poo dit :

    Je n’ai jamais lu Jules Verne ^^ Je connais les histoires vaguement (enfin surtout Le tour du monde en 80 jours et 20 000 lieues sous les mers) mais je n’ai jamais pris le temps de vraiment lire ^^

    • missycornish dit :

      Ah je suis sûre que cela te plairait. J’ai passé un super moment de lecture. Ça se lit bien et c’est effectivement le genre de lectures parfaite pour les vacances.

  2. Marjorie de Bazouges dit :

    C’est aussi ma première lecture  » vernienne » , j’avoue que j’ai un peu souffert d’ennui parfois . Mais la dernière partie était plutôt pas mal. J’ai hâte de regarder la petite série.

    • missycornish dit :

      Ah c’est dommage. C’est le style lent qui m’a plu. J’adore les descriptions. C’est drôle la partie avec les adultes était la partie que j’ai le moins aimé. J’aimais beaucoup la découverte du naufragé mort sur l’île et les clins d’œil évidents à Robinson Crusoé. Je regarde la série devant un plateau télé, le bonheur des vacances…

  3. alexmotmots dit :

    Un Jules Verne qui pourrait me plaire.

    • missycornish dit :

      Bonjour Alex! Oui je pense qu’il te plairait bien, c’est une belle pioche. C’est le genre de roman que l’on savoure et qui redonne le sourire. ça m’a donné envie de fouillé dans la bibliothèque familiale pour en découvrir d’autres.

  4. Merci pour ce lien, je ne connaissais pas du tout cette série, mais je vais regarder ça.
    Le château des Carpathes est vraiment sympa et si je peux me permettre 🙂

    • missycornish dit :

      Bonjour! Ah tu me diras si tu as aimé la série. Je la visionne en faisant des plateaux télés pendant les vacances lol. C’est pas mal du tout. J’adore ce genre de vieux feuilletons. Je pense que ce sera donc Le château des Carpathes. J’ai deux belles éditions du livre, je finis ma lecture en cours et j’enchaîne. Je vais suivre ton conseil, j’en ai entendu beaucoup de bien.

  5. rachel dit :

    Oh oui je suis a fond dans sa bibliographie…le prochain que je dois lire est Keraban le tetu….bientot…..en tout cas je n’ai pas encore lu celui-ci….cela ne tardera pas….mon prefere reste « capitaine Hatteras »…

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