Novembre

                Je  m’incline devant celui qui a réussi à terminer ce roman sans plisser de l’œil  au moins une fois! …Respect. 

Flaubert novembre livre

Novembre est l’une des premières ébauches littéraires de Gustave Flaubert. Cette œuvre écrite durant sa jeunesse vers 1842-1843, alors qu’il n’avait qu’une vingtaine d’années ne sera publiée qu’à titre posthume tout comme L’Education sentimentale. Bien que Flaubert l’ait écrit initialement dans le but de peaufiner son écriture encore trop trébuchante à son goût, ce récit est une véritable analyse psychologique du grand romantique tourmenté. Le roman éponyme, Novembre, sera d’ailleurs intitulé à l’origine Exercice d’un style quelconque.

Novembre est un pastiche des romans du courant romantique du XIXème siècle. Le roman s’ouvre sur l’obsession maladive du narrateur, Novembre, pour la mort.

 Dans la première partie du livre, le personnage principal se remémore sa jeunesse et nous dévoile ses états-d’âmes à travers les descriptions pittoresques qu’il fait de la campagne. On retrouve tout au long du récit, les leitmotives de la mort et du froid: « Tout va dormir ou mourir ». Cette phrase reflète la personnalité indolente du narrateur, un trait de caractère qui semble être accentué par le climat hivernal de la saison. Cet endormissement semble affaiblir davantage le moral de Novembre. Le narrateur demeure en grande partie statique, nous narrant des bribes de sa jeunesse et faisant surtout l’analyse de l’évolution de son caractère. Bref, l’histoire est passionnante ! (sentez-vous l’ironie ?).

Novembre est un personnage fortement narcissique dont les principales préoccupations sont la quête de l’absolu et de l’idéal féminin. Toutefois, ses sentiments sont toujours exaltés, il n’est pourtant pas à proprement parlé un personnage admirable, « un grand romantique ». Il ne brille pas par des qualités d’esprit extraordinaires et a plutôt mené l’existence d’un homme médiocre. Le narrateur affirme sa frustration de ne pouvoir se suicider. Il a d’ailleurs un goût très prononcé pour la morbidité.

Novembre ne peut égaler les plus grands romantiques et est conscient de son manque de conviction et de courage face à la mort (mais qu’est-ce qu’il est mou ! C’est insupportable !). Il n’est donc pas aussi passionné que Werther, le premier jeune romantique désespéré que portraitura Goethe et qui mettra fin à ses jours suite à un chagrin d’amour incurable. Novembre est donc une pale copie de ces héros de papiers, c’est un homme qui n’a rien vécu, a passé le plus clair de son temps retiré dans ses rêveries, dans une bulle illusoire qui l’a coupé de la réalité.

Le roman s’achèvera sur le récit d’un autre narrateur, cette fois-ci anonyme, qui nous contera ce qu’il advint de Novembre par la suite. L’ironie du sort voudra que le héros, à présent âgé, décède en hiver et non en automne (détail qui tue !) Le lecteur apprendra également qu’avant sa disparition, le personnage n’avait nullement évolué au fil des ans (ça m’étonne tiens, quel dénouement tout de même !). Après plusieurs expériences sans grands succès, il s’adonnera à l’opium (par manque d’inspiration et d’imagination), restera reclus dans sa vieille demeure ressassant sans cesse son regret de ne pas avoir vraiment vécu, tentera vainement de devenir un grand artiste,  mais se heurtera finalement à la réalité cruelle : Novembre demeurera un homme ordinaire, sans talents.

Flaubert se moque t-il ainsi du caractère romantique faiblard de son personnage ? Il semble en effet le mépriser. Il m’a été bien difficile de ne pas sourire en lisant l’admiration passagère de Novembre, au début du livre, pour une vulgaire actrice, certes belle, mais qui déclame toutefois des mots creux qui ne lui appartiennent pas, car Novembre est aussi un personnage bercé d’illusions, attiré seulement par le beau. Cette vision bien futile de la vie et des femmes, témoigne des limites intellectuelles de notre jeune narrateur :

 « Quelle est belle la femme que tous applaudissent et celle qui donne à la foule par les rêves de chaque nuit, la fièvre du désir »

Et puis, il y a la femme, la muse du poète, de tout artiste- romantique, celle qui brisera son cœur, Marie, une prostituée, un stéréotype du personnage sentimental. Le déniaisement du jeune Novembre par Marie restera sans-doute le seul épisode sentimental mémorable de sa misérable existence (il nous en fait tout un flan !). Une œuvre romantique ne serait pas complète s’il n’y avait pas le récit d’un chagrin amoureux et d’un drame passionnel, (surtout que notre héros a passé sa vie à attendre cette souffrance !) l’amour impossible pour Marie, auquel il finira pourtant par renoncer par faiblesse.

Il semble difficile de ne pas établir une relation connexe entre Novembre et Emma Bovary, cette femme qui ne peut s’empêcher de rêver sa vie et de l’idéaliser. En effet, la sensibilité de Novembre presque féminine tant elle est excessive et à fleur de peau, nous donne à penser que le personnage est atteint du même mal qu’Emma, cette maladie que l’on nommera plus tard après le succès retentissant de l’œuvre, Madame Bovary de Flaubert, le « bovarysme », c’est-à-dire les prémices de la dépression chronique chez la femme.

Marie est ainsi à mes yeux, un personnage bien plus intéressant que Novembre. Sa sensualité assumée illustre la personnalité de la femme exaltée et semble dépeindre les émotions contenues d’une autre figure féminine passionnée, celles d’Emma Bovary. Elle se présente ainsi comme la réalisation des fantasmes de cette dernière.

Toutefois, malgré sa profession de prostituée, Marie se considère elle-même « vierge de cœur », le lecteur ne pas ne pas ignorer l’ironie du jeune Flaubert distillée dans les conversations bien naïves de la prostituée et notamment son attrait pour la mauvaise littérature sentimentale, une littérature que l’auteur exécrait : « A cette époque, je lisais beaucoup ; il y a surtout deux livres que j’ai relus cent fois : Paul et Virginie et un autre qui s’appelait Les crimes de la reine » A bien des égards, Marie est semblable à Emma Bovary. Le lecteur éclairé se rappellera sans-doute les œuvres favorites de Madame Bovary et les sentiments que celles-ci lui procuraient.  Elle aussi lisait avec passion Bernardin de Saint-Pierre, un auteur romantique considéré certes, comme talentueux à l’Île Maurice mais dont les écrivains français méprisaient sous cape, la niaiserie dégoulinante dont son œuvre principale Paul et Virginie était en particulier imprégnée. Enfin, Marie tout comme Emma Bovary sera punie pour ses vices et sa sexualité affirmée.

Flaubert jeune

Flaubert jeune

L’auteur me pardonnera sans-doute de ne pas avoir su apprécier dignement ce qu’il nommait lui-même dans une correspondance avec sévérité mais toutefois avec une certaine pointe de lucidité, « sa ratatouille sentimentale et amoureuse ». Si Novembre, reste aujourd’hui considérée comme une œuvre chancelante, le lecteur y décèlera quelques éclairs de génie d’écriture qui feront par la suite de lui un romancier français consacré. Pour ma part, malgré son écriture pointilleuse, l’alchimie n’a nullement pris. Malgré sa petite épaisseur, j’ai trouvé cette lecture bien fastidieuse. En effet, j’ai décroché à plusieurs reprises et ai du relire quelques passages, certaine d’avoir manqué l’essentiel pour finalement me rendre compte que finalement non, il n’y a quasiment pas d’intrigue et on s’ennuie ferme d’un bout à l’autre. Mortel.

Y en t-il eu d’autres qui ont eu le courage de ce plonger dans cette œuvre « remarquable » ?

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20 commentaires pour Novembre

  1. lilly dit :

    Flaubert et moi, on a beaucoup de mal à s’entendre. Je n’ai jamais vu le bout de « L’éducation sentimentale », et je n’ai pas su apprécier « Madame Bovary ». Pourtant, j’aime les classiques et les pavés. On va donc laisser tomber pour cette œuvre chancelante.

  2. M de Brigadoon Cottage dit :

    Je suis d’accord avec Mauricette quand elle dit que le terme « chiant » est inapproprié . je crois que le problème aujourd’hui avec les classiques c’est que dans le monde où nous vivons ce qui compte c’est l’immédiat . Tout doit se faire vite . C’est l’instantané qui prime. Au XIXème siècle , on prenait encore son temps pour tout . Pour vivre , pour aimer . Tout était matière à réflexion . Cet ennui que l’on ressent à la lecture des classiques vient du fait qu’on ne prend pas la peine de se re-situer dans le contexte de l’époque .
    Pour ma part l’Education Sentimentale à l’époque où je l’ai lu ( au bac ! C’est loin !!!!) m’avait marqué et j’étais tombée amoureuse de Flaubert . Il me faisait rêver . Alors que Madame Bovary m’avait agacé !

  3. Tu lis énormément de classiques! ferais tu un challenge? 😉 Pfiou, Flaubert je n’ai plus envie de m’y frotter… Mme Bovary, déjà, me semble mièvre et nunuche alors pour Novembre je passe allègrement mon tour!

    • missycornish dit :

      Non je ne fais pas de challenge mais peut-être devrais-je en lancer un. Qu’en dis-tu? Flaubert est assez dur en effet. Je pense encore lire l’Education sentimentale pour lui donner une dernière chance.

  4. J’aime Flaubert et je grince un peu en voyant le mot « chiant » associé à son écriture! Néanmoins, je reconnais que cette œuvre n’est pas sa plus fameuse et c’est un euphémisme! Ce n’est pas pour rien d’ailleurs qu’elle n’est pas devenue aussi classique que les autres. Perso, je ne lui trouve qu’un intérêt « historico-littéraire » car elle permet comme tu le dis en conclusion de voir les prémices de ce qui caractérisera l’écriture flaubertienne (l’ironie, sa prise de recul et ses héros si peu héros).

  5. Lili dit :

    J’avoue trouver un petit côté chiant à Flaubert moi aussi…On ne peut pas raffoler de tous les grands auteurs ^^

    • missycornish dit :

      Disons que celui-là m’a donné du fil à retordre. Pas facile de le trouver passionnant même avec du recul.

      • Lili dit :

        Le summum du chiant pour moi, ça été « L’éducation sentimentale » : un calvaire!
        Visiblement, je suis donc en désaccord avec Mauricette 😀

        • missycornish dit :

          Lol il semblerait. Je ne poourrais pas juger encore sur l’Education sentimentale car je ne l’ai pas encore lu mais cela promet!

          • En fait il y avait un challenge « un classique par mois » en 2012 – auquel j’ai lamentablement contribué avec un ou deux livres sur douze…- et normalement il est repris par une autre blogueuse sur 2013 mais pour l’instant je n’ai rien vu… si je vois quelque chose je te fais signe car tu as toutes tes chances pour exploser les compteurs! 😉

  6. M de Brigadoon Cottage dit :

    Non ! Et je ne suis pas prête de m’y mettre !

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