Read-a-thon un mois au Japon ( journal de bord et post de suivi) 2021

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Le temps n’étant pas particulièrement clément en Normandie et les températures ayant à nouveau chuté (on se caille ici et la cheminée a repris du service), je n’ai malheureusement pas pu profiter de ce début de printemps pour me balader … Lire la suite

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Les amants du Spoutnik de Haruki Murakami

download (1)Après avoir lu respectivement, il y a deux ans, Au sud de la frontière, à l’ouest du soleil dont je garde un souvenir plutôt tiède et flou et 1Q84 (voir ma chronique ici) que j’avais détesté avec passion (…), j’ai souhaité me replonger une fois de plus dans l’univers intriguant de Murakami, espérant enfin comprendre l’engouement, voire l’adulation de certains lecteurs pour cet auteur japonais médiatique … Au risque d’en décevoir plus d’un, mon ressenti n’a pas changé d’un iota. Voici donc ma troisième tentative infructueuse de lecture murakamienne.

Quel dommage ! Le titre racoleur avait pourtant d’abord attiré mon œil scrutateur tout comme la couverture qui était très aguicheuse. Le début du roman était de surcroît plutôt encourageant, même si l’intrigue manquait quelque peu d’originalité.

Le récit, à mon grand regret, est assez creux : le narrateur dont l’identité demeure inconnue jusqu’à la dernière page, s’éprend de sa meilleure amie Sumire, une jeune femme un peu exubérante et passionnée qui rêve de devenir une grande romancière. Mais elle n’éprouve aucun désir charnel pour lui puisqu’elle est lesbienne et même amoureuse de Miu, une business woman mariée et, cerise sur le gâteau… hétéro ! Tout un programme donc…

Il faut bien l’admettre, bien que Murakami, comme beaucoup d’écrivains médiatisés de son temps, n’ait pas grand chose à dire, il reste malgré tout un excellent conteur dont le talent d’écriture est palpable dès la première page tournée. Cette fluidité particulière presque envoûtante qui caractérise son écriture pousse malgré tout le lecteur à poursuivre coûte que coûte le récit. C’est pourquoi, j’ai tenu à persévérer avant de le clouer au pilori pour de bon.

Malheureusement, les personnages principaux trop banals et peu attachants ont tôt fait de m’agacer ; quant aux états d’âme de Sumire, ils m’ont laissée complètement de marbre. Je suis en outre restée complètement hermétique à la souffrance du narrateur qui traîne son spleen d’un bout à l’autre du roman. J’ai finalement préféré suivre les pérégrinations de ce frêle héros dans la recherche de son amour perdu. En effet, la deuxième partie du livre consacrée à la disparition soudaine de Sumire, son amie et son âme-soeur spirituelle qui s’est étrangement volatilisée durant un séjour en Grèce, était sans doute la partie la plus intéressante du roman. 

Cet épisode m’a d’ailleurs étrangement rappelé l’intrigue géniale mais malheureusement non aboutie de Picnic at Hanging Rock, où trois jeunes filles d’un pensionnat se volatilisent dans le bush australien sans laisser de trace. L’inspiration de l’auteur est flagrante. Certes, Murakami a bien des lettres mais il semble incapable de fixer son attention sur un seul angle d’écriture et une seule idée directrice. Son indécision finit par frustrer le lecteur car cet épisode aurait pu ouvrir la voie (même tardivement) à une enquête haletante.

A l’évidence, Murakami excelle davantage dans la nouvelle que dans le roman où son univers “éparpillé” semble plus contenu et où il réussit mieux à instiller un véritable malaise et une atmosphère étrange, presque surréaliste, qui détonne avec la réalité crue dans laquelle ses protagonistes sont toujours embourbés. 

Un seul passage a suscité un sursaut d’intérêt pour mes yeux fatigués et m’a désarçonnée, le récit étrange au-delà du réel que fait Miu à Sumire, où l’histoire bascule subrepticement dans le fantastique. Cette envolée géniale est un éclair dans cette nébuleuse : l’épisode terrifiant de la grande roue m’a non seulement  glacé les sangs mais m’a aussi rappelé Le Horla de Maupassant tout comme les récits glauques de Stephen King. 

Cette histoire contée sous forme d’anecdote anodine était excellente, dommage encore une fois que l’écrivain ne l’ait pas davantage exploitée. On sent poindre dès la moitié du livre des signes d’essoufflement dans l’élaboration de l’intrigue qui s’effiloche au fil des chapitres. 

Murakami est aussi un auteur très inspiré (peut-être un peu trop…), et certaines scènes semblent de ce fait tout droit sorties d’un film de la nouvelle vague.  J’y ai ainsi noté quelques références bancales au Mépris de Godard. La Grèce est dépeinte comme un paradis terrestre en apparence, mais où les âmes torturées de nos héros feront inévitablement naufrage.

L’écrivain nippon renoue pour finir avec ses plaisirs racoleurs en décrivant dans le menu détail les désirs refoulés des personnages. On a ainsi le droit à quelques passages d’une poésie sublime où il nous décrit à plusieurs reprises la toison pubienne (soyeuse et en forme de triangle !) de Sumire, fantasmée par notre narrateur inconnu (bof bof…). 

Les propos fumeux des personnages ont fini de ternir cette lecture déjà bien laborieuse… Je vous laisse profiter de cet extrait particulièrement percutant :

“Je crois que quelque part -dans un univers très improbable- j’ai tranché la gorge de je ne sais quel animal. J’ai aiguisé mon couteau, et je l’ai fait avec un cœur de pierre. Symboliquement, comme pour bâtir une porte chinoise. Tu comprends ce que je dis?” (moi pas vraiment …)

R9b9c5bf00ec89f72b3d4812ef394e26dEn bref :  l’auteur bourre un tantinet trop son récit de péripéties et de réflexions pseudo-philosophiques nébuleuses dont on se passerait bien et qui ont rendu le récit interminable. Ses scènes passablement érotiques semblent aussi davantage un appât mercantile et un brin malhonnête pour relancer l’attention déjà défaillante du lecteur qui n’est malheureusement pas dupe… Si les thèmes chers de l’écrivain sont bien présents ici, tels que l’angoisse de la page blanche, le néant spirituel ou l’amour non partagé, il n’en restent pas moins abordés avec maladresse et superficialité. La trame est aussi décousue.

Et une nouvelle contribution au challenge de Lou et Hilde, Un mois au Japon.

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Shikanoko : l’enfant cerf

Rd340cc39ee8623ed6c4614837bcdb374Abandonné par son oncle qui convoite son titre tout comme ses terres, puis laissé pour mort dans une forêt enchantée, le jeune Shikanoko est recueilli par un sorcier mystérieux. Ce dernier lui façonne un étrange masque aux pouvoirs inquiétants, à partir d’un crâne d’animal sauvage. Il devient dès lors “l’enfant cerf”. Grâce à ses nouveaux dons qu’il doit encore apprendre à maîtriser, Shikanoko peut désormais parler aux créatures de la forêt tout comme aux fantômes. Lorsqu’il se retrouve malgré lui plongé en pleine débâcle politique, alors que le puissant empereur vieillissant se meurt et que deux clans s’affrontent pour obtenir le trône, les Kakizuki encore au pouvoir, et les Miboshi, Shikanoko n’a d’autre choix que de ruser en mettant sa magie au service des puissants pour pouvoir naviguer à travers les multiples complots qui menacent l’équilibre déjà fragile du royaume…

Résumer un livre d’une telle envergure n’est pas une tâche aisée car les personnages y fourmillent comme les intrigues d’alcôves. Ainsi, chaque chapitre alterne entre le destin des multiples protagonistes qui peuplent ce roman.

J’avais adoré lire, il y a une quinzaine d’années déjà, l’illustre saga Le clan des Otoris qui reste incontestablement l’une des mes lectures de jeunesse favorites. Aussi, lorsque j’ai découvert qu’un préquel à cette série de livres extraordinaires avait vu le jour, je me suis empressée de me procurer le premier tome pour renouer avec ce plaisir de lecture nostalgique.

Si j’ai d’emblée retrouvé la plume fluide et poétique des romans précédents de Lian Hearn, ce premier volet m’a pourtant, à mon grand regret, paru quelque peu ardu. Il faut en effet s’armer d’une grande patience pour pouvoir réussir à mémoriser les noms et se familiariser avec tous ces personnages. Et il y en a tant qu’il est parfois difficile de ne pas perdre le fil de l’intrigue ! Il m’a fallu une bonne centaine de pages pour vraiment saisir les relations entre les multiples protagonistes. Les enjeux politiques m’ont par ailleurs parfois semblé flous et un peu nébuleux. Je dois avouer avoir dû relire quelques passages pour m’assurer de n’avoir rien manqué … Cette lecture nécessite donc plus qu’un minimum d’attention… 

Ce manque de fluidité dans l’histoire s’est de ce fait révélé au départ un brin frustrant… L’univers est également particulier car l’auteure a puisé sa principale inspiration dans la mythologie tout comme dans les contes ancestraux japonais. Il faut s’habituer à cette ambiance étrange teintée de mysticisme où de puissants sorciers ont la capacité de réanimer à la vie les morts et d’invoquer des esprits délétères capables de tuer les vivants pour protéger la demeure d’un seigneur. Il semble que l’auteure ait davantage accentué la part fantastique déjà présente dans ses premiers romans et qu’elle lui ait donné une place plus prépondérante dans ce récit, ce qui m’a un peu déstabilisée de prime abord, puis finalement séduite à mesure que l’intrigue se développait. Il faut finalement prendre le temps d’apprivoiser cet univers et de connaître tous ses codes pour l’apprécier pleinement.

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La romancière dépeint en outre avec maestria un monde médiéval nourri de combats épiques, de complots secrets, d’honneur exacerbé ainsi que d’amours sacrifiés. Tous les ingrédients d’un roman d’aventure efficace ! Je dois admettre que Lian Hearn n’est pas avare d’idées pour relancer et captiver l’attention de son lectorat grâce à une imagination débordante. Malgré la complexité des relations des protagonistes, il faut bien l’admettre, on ne s’ennuie guère au fil de la lecture.

Certes, Shikanoko n’égale pour l’instant en rien le valeureux héros du Clan des Otoris, Takéo, dont je garde encore aujourd’hui un souvenir impérissable. Toutefois, on retrouve quelques traits familiers dans sa personnalité tout comme dans ses origines. Shikanoko est lui aussi d’une certaine manière un orphelin, contraint de renoncer à ses principes et à ses racines pour adopter ceux d’un nouveau clan. Il possède également des dons exceptionnels qui feront de lui un grand guerrier… Ces similitudes poussent le lecteur à vouloir en découvrir davantage sur son destin futur…

J’ai été en revanche surprise de voir que cette série de romans avait été éditée pour la jeunesse. Non seulement elle s’adresse à un lectorat averti et rodé de par son écriture ambitieuse, mais certaines scènes sont de plus quelque peu « gores » et d’une brutalité parfois un tantinet excessive. Les effusions de sang ne manquent pas, et les têtes volent décapitées par les sabres aiguisés des seigneurs impitoyables. En somme, ça découpe à tour de bras ! Enfin, des seigneurs sont traqués pour leurs crânes et utilisés dans des cérémonies cannibales… Bref, âmes trop sensibles s’abstenir … 

Pour finir : bien que ce premier tome m’ait paru un peu trop longuet et parfois complexe à lire, ce livre semblait néanmoins nécessaire pour planter le décor et introduire l’intrigue de cette nouvelle saga féodale épique. Ce roman foisonnant reste néanmoins prometteur, c’est pourquoi j’ai décidé de persévérer en poursuivant la lecture du deuxième tome, qui est d’ailleurs déjà bien plus accessible et rythmée.

Je vous en parlerai donc dans un prochain billet. Affaire à suivre.


Et une nouvelle participation au challenge Un mois au Japon !

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Publié dans Challenge Un mois au Japon, Lire du fantastique, Littérature asiatique, Roman jeunesse | 11 commentaires

Enola Holmes/ Tome 1 La double disparition (B.D)

downloadEnola Holmes, sœur cadette du grand détective Sherlock Holmes, apprend avec effroi le jour de son anniversaire la disparition mystérieuse de sa mère. Cette dernière s’est volatilisée sans crier gare. A-t-elle été enlevée ou est-elle partie de son plein gré ? La demoiselle, digne sœur de son frère, décide d’enquêter après avoir découvert parmi ses présents de sa mère, un curieux recueil contenant un mystérieux message codé…

Là voilà prête à abandonner derrière elle le manoir familial en décrépitude, et la menace imminente d’une éducation rigide en pension de jeunes filles. Durant sa fugue, Enola se retrouvera malgré elle, après moult aventures, impliquée dans le kidnapping d’un jeune marquis. Parviendra-t-elle seule à retrouver sa mère disparue et réussira t-elle à échapper aux griffes de ses deux frères aînés, Sherlock et Mycroft, partis eux-aussi à ses trousses et bien déterminés à la remettre sur le droit chemin ?

Acquise sur Vinted pour une bouchée de pain, cette jolie bande-dessinée me faisait de l’œil depuis plusieurs mois déjà. Je l’avais en effet repérée dans la librairie de ma ville en furetant dans le rayon jeunesse. La couverture sublime m’avait d’emblée charmée. Voilà le genre de B.D idéale pour paresser tranquillement le soir sur le canapé au coin du feu.

OIP (4)Il y a quelques mois, j’avais découvert avec un plaisir délectable la fameuse adaptation télévisée du premier tome de la saga Enola Holmes de Nancy Springer (je n’ai malheureusement pas eu encore l’occasion de me plonger dans cette saga estampillée policier mais compte bien remédier à cette lacune d’ici les prochaines semaines). Le film gentillet avait eu au moins le mérite de renforcer mon désir de lire la série de romans jeunes adultes de Nancy Springer. D’autant plus qu’elle avait remporté un joli succès lors de sa sortie en France, en 2009 …

J’avais particulièrement aimé cette héroïne dans l’ère du temps, un modèle de courage et de détermination et une belle inspiration pour les jeunes filles d’aujourd’hui (incarnée à l’écran par la ravissante Millie Bobby Brown qui avait fait une entrée fracassante dans le monde du petit écran après sa belle performance dans Stranger Things).

Certes, ce personnage féminin, créé de toutes pièces à partir de l’oeuvre de Sir Arthur Conan Doyle, avait eu quelques déconvenues avec la presse, tout comme avec les descendants de l’illustre écrivain, qui s’étaient empressés de faire un procès à Netflix, après lui avoir reproché d’avoir perverti dans son adaptation télévisée (effectivement pas très fidèle), la personnalité du grand détective Sherlock Holmes. Notre héros est en effet bien plus humain et empathique dans cette version modernisée que dans l’œuvre littéraire originale. Qu’importe, les puristes peuvent gronder, pour ma part je n’ai pas boudé mon plaisir et ai profité pleinement de ce divertissement sans retenue. 

J’ai d’ailleurs parcouru cette jolie bande-dessinée en conservant la même approche et en appréciant l’objet pour ce qu’il est, un album illustré conçu avant tout pour plaire et divertir le jeune lecteur, un pari largement relevé ! Serena Blasco, illustratrice, peintre et auteure française de talent, a adapté avec brio les aventures de cette détective en herbe. Le style graphique est particulièrement bien rendu et les dialogues enlevés sont même dans certains passages particulièrement drôles. 

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Enola Holmes est ici portraiturée sous les traits d’une jolie brunette piquante, un poil maladroite et au caractère des plus têtu. Des traits de personnalité charmants. Spécialiste de la débrouille, elle n’hésite pas à se grimer pour se fondre dans le décor des rues londoniennes. Certaines scènes de ce premier tome sont d’ailleurs assez rocambolesques et un brin théâtrales. J’y ai  ainsi retrouvé quelques clins d’oeil flagrants à l’atmosphère victorienne so British des romans de Charles Dickens, ce qui bien évidemment m’a grandement plu.

Les illustrations aux contours arrondis sont en outre représentées à la manière d’un conte pour enfant, à travers de magnifiques aquarelles. Les teintes ocres et violines qui dominent principalement dans cet album donnent de ce fait un rendu très harmonieux à l’ensemble. C’est un vrai régal pour les yeux.  

Seul petit point noir (on pinaille un peu !), le premier volet suivant à la lettre l’intrigue des romans originaux, nous laisse cependant un peu sur notre faim. On termine ainsi cette bd avec une seule envie, connaître la suite de l’enquête ! 

Pour finir, cette adaptation en bande-dessinée du premier tome du roman de paralittérature de Nancy Springer à la fois originale et distrayante est une jolie réussite.

En bref : un bel album illustré à mettre entre toutes les mains ! Et une lecture détente qui tombait à point nommé !

La bande-annonce du film encore disponible sur Netflix : (72) Enola Holmes | Official Trailer | Netflix – YouTube

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Mon voisin Totoro

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La geisha et le joueur de banjo de Jérôme Hallier

9782290201107Kyoto, début du XXème siècle. 

O-miya, une jeune geisha ravissante aux talents musicaux exceptionnels, vit confinée depuis son enfance dans une maison de thé. Lorsqu’elle se voit confier une mission inattendue et insolite, celle de jouer de son shamisen en Europe durant l’Exposition Universelle à Paris, la jeune femme voit enfin une issue à sa condition de captive. Accompagnée d’une délégation de timides geishas et surveillée de près par un général japonais inflexible, O-miya embarque pourtant à sa grande surprise sur un grand paquebot. Cette traversée merveilleuse lui donnera goût à la liberté et lui fera entrevoir un monde aux antipodes de sa culture traditionnelle. 

Au même moment, de l’autre côté du globe, dans les Appalaches, un ancien casseur de pierres, Tommy, délaisse ses amis tout comme son travail pour embrasser sa passion dévorante pour le banjo. Après de multiples rencontres inoubliables qui l’aideront à peaufiner et perfectionner sa technique musicale, le jeune homme posera lui aussi ses bagages à Paris. 

Enfin, un étrange et mystérieux olibrius, muni de son phonographe flambant neuf, parcourt pendant ce temps les allées de l’Exposition Universelle avec une seule et unique obsession, celle d’enregistrer toutes les musiques du monde afin de les rendre éternelles …

Ces trois étranges personnages, à première vue diamétralement opposés vont donc croiser leurs routes, attirés par leur intérêt commun : leur amour de la musique !

Comme j’ai aimé cette lecture insolite qui m’a transportée dans un univers extraordinaire et emprunt de poésie où les instruments possèdent d’étranges pouvoirs capables d’envoûter à la fois leurs propriétaires tout comme ceux qui les écoutent ! Le shamisen d’O-miya, surnommé Mille larmes, semble enchanté car un étrange luthier l’a confectionné expressément pour elle sans vouloir lui dévoiler la provenance de la peau de l’instrument… Une inquiétante malédiction plane ainsi sur celui qui aurait le malheur de le détenir en sa possession. Quant au banjo de Tommy, il a également sa propre identité. Le jeune musicien l’a nommé affectueusement Etoile du Nord en référence à ses origines. Le lien presque magique qui lie chaque musicien à son instrument est une trouvaille tout simplement géniale de l’écrivain et s’intègre parfaitement bien dans le récit.

Si ce roman étonnamment riche, malgré sa petite épaisseur (à peine 220 pages) serait le tout premier roman de l’auteur, il n’en reste pas moins très prometteur. Ce romancier caennais, un grand amoureux de la culture nippone ayant vécu cinq ans au Japon, maîtrise à la perfection l’art de l’ellipse. Il réussit, en outre, à alterner trois univers bien distincts d’une page à l’autre, sans pour autant perdre le fil de son intrigue. L’attention du lecteur est, de ce fait, ferrée dès les premières lignes. L’écriture est d’ailleurs particulièrement fluide. 

6580c98a55bbba89e7b7f1ca54d36f81L’originalité de ce récit réside également dans la description de ses personnages qui ne sont finalement que des esquisses, comme des aquarelles aux contours flous et insaisissables. Ils ne sont au fond qu’un prétexte d’écriture pour mettre en lumière une époque époustouflante, celle des années 1900 et de la grande Exposition Universelle de Paris (la cinquième officiellement mais l’une des plus marquantes de l’Histoire française) et l’événement de ce siècle. Le lecteur découvre avec émerveillement cette période mémorable de notre patrimoine français, on y entrevoit au passage la première installation d’un trottoir roulant mécanique pour permettre aux visiteurs (comme à Disney !) de se déplacer plus rapidement, ou bien encore la création d’un gigantesque Globe Céleste (“l’attraction des astronautes de fauteuils”…). 

Cette attraction vulgarisée sera malheureusement le théâtre d’un drame funeste… Une semaine après l’ouverture de l’exposition universelle inaugurée par le président de la République Emile Loubet, la passerelle (à soixante mètres de hauteur) menant au globe, s’effondre en entraînant dans sa chute de nombreuses personnes. Cinq visiteurs périssent dans l’accident mettant fin pour de bon à cette prouesse technique digne d’une invention futuriste steampunk. Les inventeurs n’auraient d’ailleurs jamais été rémunérés en contrepartie pour le travail titanesque fourni…

Le romancier relate donc avec panache à travers les destins entrecroisés de ses personnages, ce fait divers glaçant.

Si le parcours de chaque protagoniste m’a captivée, je dois avouer avoir préféré celui d’O-miya. J’ai toujours été fascinée par l’univers des geishas, ces créatures mystérieuses et inaccessibles que l’on prend souvent pour des courtisanes. Leur place dans la société japonaise demeure encore confuse dans  le regard occidental. 

Certes, les geishas nourrissent aussi à leur façon les fantasmes masculins, toutefois, elles sont avant tout des femmes vénérées et respectées. O-miya est par ailleurs soumise à une éducation extrêmement rigide et ne peut être abordée avec familiarité. 

Lorsque la jeune héroïne se frotte à la culture occidentale durant son séjour en France, son horizon s’élargit, elle découvre au passage le monde scandaleux et émancipé des actrices. A la différence des geishas qui se doivent de rester discrètes, leur visage demeurant toujours impassible sans qu’aucune émotion ne puisse transparaître même lorsqu’elles dansent, les actrices ont la possibilité d’exprimer une large palette de sentiments… Cet aspect du livre est aussi très intéressant car il juxtapose avec finesse deux cultures aux codes bien dissemblables. 

En bref : pour conclure cette lecture originale, une balade musicale merveilleuse mêlant habilement un univers poétique japonisant et un décor à la Jules Verne étonnant, fut une très belle découverte. Cet étrange conte sur les rendez-vous amoureux manqués est un vrai coup de cœur et une introduction parfaite pour débuter le challenge Un mois au Japon

Et pour découvrir en images l’Exposition Universelle de 1900, je vous invite à visionner cette courte vidéo qui nous entraîne dans les faubourgs parisiens de la Belle-Epoque :  
 
 
Première contribution au challenge Un mois au Japon
 
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Challenge Un mois au Japon 2021

un-mois-au-japon-2020Le challenge littéraire Un mois au Japon, organisé par Hilde et Lou, remet le couvert pour sa quatrième édition, à ma plus grande joie ! Il a débuté le 1er avril et s’achèvera le 30, de quoi j’espère me laisser suffisamment de temps pour contribuer au défi. L’année dernière, j’avais manqué malheureusement le coche. Les établissements scolaires étant actuellement fermés jusqu’au mois de mai, je profite finalement de cette aubaine inattendue pour y participer enfin ! Le programme est assez flexible même s’il propose de nombreux rendez-vous, c’est pourquoi je ne m’imposerai aucune limite ni entrave et publierai à mon rythme de croisière habituel (pas de stress !).

Nous voilà donc parti pour un mois consacré officiellement à la culture nipponne (littérature et cinéma seront au rendez-vous sur Art De Lire), même si bien entendu d’autres lectures hors challenge sont comme d’habitude prévues !

Voici un petit aperçu de ma PAL “japonaise” bien fournie. La bibliovore que je suis a également succombé à la tentation de se procurer d’autres livres pour compléter cette liste non exhaustive… J’ai l’intention de puiser parmi tous ces titres selon l’envie, même si je sais pertinemment bien que je ne pourrais en venir à bout en un seul mois ! Je suis une incorrigible optimiste, que voulez-vous ! 

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Je partagerai aussi avec vous mes deux nouveaux plaisirs du moment: les mangas et les animés que j’ai découverts tout récemment. Je me réjouis d’avance de lire les billets d’humeurs de mes copinautes. Un read-a-thon serait également programmé dans le mois, peut-être y participerais-je…

Je vous retrouve donc très vite pour commencer cette petite incursion dans ce pays enchanteur qu’est le Japon et découvrir avec vous la beauté tout comme la richesse de cette culture étonnante. Dépaysement garanti !  Pour s’inscrire et voir les modalités du défi c’est ici.

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Little Miss Sunshine/ Soirée Popcorn #6

little miss sunshine 3C’est aujourd’hui le rendez-vous mensuel de notre soirée Popcorn ciné avec Maggie. Nous avons décidé de présenter pour cette nouvelle édition un film mettant en avant une héroïne. Après moults hésitations et tergiversations, mon choix s’est finalement porté sur Little Miss Sunshine, un long-métrage américain et une belle comédie dramatique de 2006 que je viens tout juste de visionner et qui m’a particulièrement plu. Je me demande encore comment j’ai pu passer si longtemps à côté d’un tel bijou. 

Olive, à sept ans, aspire à devenir une reine de beauté, un rêve improbable pour cet enfant un poil potelé et somme toute ordinaire. Lorsque la petite décroche à la surprise générale de son entourage, une invitation pour concourir pour le titre prestigieux de Little Miss Sunshine en Californie, toute la famille Hoover prend la route, entassée comme des sardines à bord d’un antique combi jaune Volksvagen. Ce périple incroyable sur les routes de l’Ouest américain marquera à jamais leur existence et leur fera prendre conscience de l’importance de croire coûte que coûte en ses rêves…

Voilà bien une tragi-comédie brillante qui mérite incontestablement sa place parmi les meilleurs films hollywoodiens de ces quinze dernières années ! Le temps file ! Ce road-trip drôlissime, malgré quelques scènes un tantinet sombres, s’est révélé particulièrement fabuleux. Les premières scènes débutaient pourtant sur une touche d’une tristesse absolue, l’oncle de la petite Olive est hospitalisé après avoir tenté de mettre fin à ses jours… Le ton profilait de ce fait une atmosphère quelque peu déprimante. Fort heureusement, l’histoire prend rapidement un tournant inattendu et un brin loufoque pour le grand plaisir (et soulagement !) de son audience. 

Quant à l’interprétation des acteurs, elle est tout simplement magistrale. Steve Carell incarne un homosexuel désabusé et mélancolique particulièrement convainquant, et Greg Kinnear interprète avec brio un père franchement pénible mais pourtant si touchant, même si son ambition démesurée frise parfois l’absurde.

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Je dois avouer que les deux acteurs masculins m’ont totalement bluffée. Je reste toujours surprise par leur capacité d’autodérision tout comme la palette d’émotions qu’ils sont capables d’exprimer d’un film à l’autre. J’avais par ailleurs déjà repéré Steve Carell, vu pour la toute première fois dans une série franchement grotesque The office, dans un registre plutôt comique où il m’avait fait rire aux larmes, aussi j’ai eu l’agréable surprise de le retrouver ici dans un rôle plus sensible et moins caricatural. Tout comme dans Dan in real life (Coup de foudre à Rhode Island), une petite bluette un peu bancale mais sympathique, Steve Carell prouve encore son talent exceptionnel d’interprète.  

Le personnage d’Olive, la vraie héroïne du film, est également lumineuse. Elle crève l’écran dès les premières scènes. Avec ses lunettes cul de bouteille, sa frimousse est irrésistible et  nous émeut dès les premières images. Le numéro final où Olive présente sa chorégraphie endiablée qu’elle avait préparée avec son grand-père et un tantinet subversif devant un public collet monté avec pourtant tellement d’innocence, est un grand moment d’anthologie ! Je l’ai trouvé génialissime. 

Si cette petite puce adorable fait fondre le public, autour d’elle gravite une famille dysfonctionnelle complètement barrée tout aussi attachante et fascinante : un grand-père extravagant à la diarrhée verbale incontrôlable qui “sniffe” en douce de l’héroïne pour pallier une vieillesse humiliante, un adolescent daltonien qui rêve de devenir pilote de chasse, un oncle suicidaire et spécialiste universitaire éminent de Proust, à l’humour noir qui, après une déconvenue amoureuse, se noie dans son vague à l’âme, et enfin un père “gourou” de la réussite à la sauce américaine et auteur raté d’un guide de développement personnel …  Sans oublier la mère, Sheryl qui semble peut-être la plus équilibrée de cette tribu complètement déjantée. Toute cette équipée n’a qu’un seul et unique point commun qui l’unit : son amour inconditionnel pour la petite Olive. J’ai aimé ce message bourré d’optimisme, la volonté chevillée au corps d’une famille qui est prête à remuer ciel et terre pour simplement rendre heureuse une gamine de sept ans.

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Derrière un ton un peu loufoque se cache en outre une critique acide des concours de beauté où des petites filles sont encensées par des parents mégalomanes et monstrueux qui sont prêts à tout pour jeter en pâture leur propre progéniture sous les feux des projecteurs, quitte d’ailleurs à les mettre en danger et à les confronter à des prédateurs sexuels dans le seul but de satisfaire leur propre vanité … On y découvre au passage un univers malsain où les fillettes sont sexualisées dès leur plus jeune âge, façonnées à l’image de poupées de cire… Une vision qui fait froid dans le dos. Olive ne rentre bien évidemment pas dans le moule, sa différence est au fond sa principale force. 

Pour finir, je ne peux que vous encourager à découvrir (si ce n’est déjà pas fait !), ce joli petit film d’auteur. Une comédie douce-amère jubilatoire surprenante. A voir sans modération !

La bande-annonce:  (25) Little Miss Sunshine – Official Trailer [HD] – YouTube

Et pour lire la chronique de Maggie, c’est ici. Elle nous présente un film déjanté américain: I don’t feel at home in this world anymore.

Soirée pop corn chez Missycornish et Maggie &

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La crique du Français de Daphne du Maurier

Milieu du XIXème siècle. 

Lady Dona de St Columb, une jeune et jolie aristocrate lassée des frasques londoniennes, abandonne son époux bedonnant et son potentiel amant pour s’isoler dans le manoir familial de Narvon en Cornouailles aux côtés de ses enfants. A son arrivée, l’endroit est totalement isolé. Un domestique à la personnalité singulière et un tantinet effronté l’accueille … Le personnel sans raison apparente a vidé les lieux. Où sont-ils donc tous passés et pourquoi la jeune femme trouve t-elle dans le tiroir de sa chambre, censée être inhabitée depuis son départ, du tabac frais tout comme un recueil de vers français? 

En flânant du côté de la crique déserte située dans sa propriété, Lady Dona découvre à son enchantement un étrange voilier qui semble y avoir été ancré secrètement. Elle fera la connaissance du capitaine du navire, un pirate français charmeur et séduisant qui l’invitera à le suivre dans ses errances nocturnes … 

Le rendez-vous du Book Club mensuel a sélectionné cette fois la thématique de l’Amour avec un grand A … Vaste sujet qui m’a particulièrement inspirée. En fouinant dans ma bibliothèque, j’ai déterré quelques trésors d’écriture, des romans de poche à la couverture un poil poussiéreuse mais à l’odeur irrésistible (je suis une fan inconditionnelle des vieilles éditions vintage). Cette couverture kitchouille à souhait me faisait terriblement envie. Vouant également une admiration sans borne à Daphne du Maurier, ce roman ne pouvait que me plaire et bien évidemment le charme a une fois de plus opéré. Une fois ouvert, impossible de le lâcher. Je n’en ai fait qu’une bouchée. 

Cette romancière britannique a un talent inné de conteuse. Sa plume est d’une fluidité exceptionnelle. La crique du Français, qui à l’instar de l’Auberge de la Jamaïque et de Ma cousine Rachel, plante son décor en Cornouailles, est une petite pépite littéraire. La campagne anglaise, tout comme son bord de mer, est par ailleurs dépeinte avec brio. On sentirait presque les embruns et on y entendrait sans doute le cri des mouettes sur les dunes sablonneuses… Ayant travaillé dans ma jeunesse près de Bodmin où se déroule l’intrigue, j’ai été heureuse de redécouvrir à travers l’écriture limpide de l’auteure ces endroits pittoresques. 

Le roman n’est pas non plus avare de rebondissements. L’audacieuse héroïne, la belle Lady Dona de St Columb, rappelle par certains traits de caractère l’impétueuse Angélique marquise des Anges. Ne vous détrompez-pas, si cette œuvre oscille incontestablement entre le roman de cape et d’épées et l’intrigue historique, la romance n’est bien évidemment jamais très loin. Cet aspect du livre n’est pas pour déplaire car l’auteure réussit avec brio à entremêler les genres. La trame narrative est particulièrement haletante et les coups de théâtre ne manquent pas d’inciter le lecteur à tourner les pages à un rythme effréné, aussi ai-je achevé cette lecture le sourire aux lèvres, des étoiles plein les yeux. 

Je dois bien l’admettre, j’ai un petit faible pour les récits de piraterie, et si celui-ci très romanesque manque certainement de crédibilité, la lecture est néanmoins très distrayante. On repassera donc ici pour le souci d’authenticité. Cette aventure fantasmée relève davantage de la fiction que de la réalité. Qu’importe, le talent d’écriture est bien là, et si la finesse tout comme la noirceure psychologique qui caractérisent si bien l’oeuvre de Daphne du Maurier, semblent moins présentes, ce beau roman d’aventures aborde cependant des thèmes chers à l’auteure, tels que la soif de liberté d’une femme prisonnière de son milieu tout comme son tirallement entre deux existences malheureusement incomptatibles : pour pallier ce dilemme,  Lady Dona de St Columb s’invente par ailleurs deux personnalités et donne ainsi naissance à deux personnages qui incarnent à la fois cette femme mûre et sage, maîtresse de maison et mère dévouée très terre-à-terre, et celui d’un jeune mousse, avide d’évasions… La duplicité féminine est de ce fait bien présente dans cette œuvre. 

Certes, La crique du Français n’est certainement pas le meilleur roman de Daphne du Maurier. Les pirates s’y donnent des faux airs de Robin des bois charmeurs et l’amant français n’a guère l’étoffe d’un héros ténébreux mystérieux. L’héroïne quant à elle est un brin trop capricieuse pour qu’on s’attache véritablement à son sort ; son rapport à ses enfants m’a  d’ailleurs parfois dépitée bien qu’il était coutume à cette époque que les femmes ne soient pas particulièrement attachées à leur progéniture… Sa personnalité capricieuse et quelque peu colérique m’a également rappelé celle de Scarlett O’Hara. Comme cette dernière, Lady Dona de St Columb traite avec peu d’égard son mari qui bien qu’étant foncièrement sot n’en reste pas moins un pauvre diable … La fin demeure malgré tout conventionnelle …

Pour finir, j’ai tout de même adoré l’introduction au roman qui débute comme un rêve. L’atmosphère est presque fantasmagorique et l’histoire est narrée comme un conte. Une trouvaille originale qui m’a happée dans la lecture dès les premières pages.

En bref : un petit roman d’aventures plein de charme et hautement addictif pour s’évader en Cornouailles sur les traces de pirates romantiques. 

Je n’ai désormais qu’un désir, relire une fois encore l’Auberge de la Jamaïque tout comme La chaîne d’amour dont je garde encore aujourd’hui, une quinzaine d’années plus tard, un souvenir impérissable.  J’aimerais aussi pouvoir visionner l’adaptation The Frenchman’s creek de 1944…

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Chocolat de Joanne Harris

IMG20210327171552Vianne Rocher, une chocolatière séduisante, et sa petite fille Anouk, s’installent à Lansquenet, un petit village français pour ouvrir une confiserie non loin de l’église. L’endroit semble idéal pour prendre racine mais dès leur arrivée, les commérages vont bon train. Si certains villageois cèdent à la gourmandise, d’autres ne voient pas d’un bon œil ce temple de la tentation. Craignant que les habitants sombrent peu à peu dans l’oisiveté et le péché de gourmandise, le prêtre Reynaud tente l’impossible pour saborder la chocolaterie …

Voici une lecture savoureuse, un doux roman de facture classique qui m’a enchantée. J’ai pris mon temps pour achever cette lecture, d’où mon billet tardif, car si elle présente indéniablement quelques petites longueurs, la plume fluide et épurée de l’auteure m’a tout de même transportée dans une bulle de quiétude particulièrement revigorante. On suit en effet comme le doux courant d’un ruisseau au bord de l’eau, le rythme lent de cette œuvre charmante tout en sachant pourtant pertinemment bien l’issue inéluctable du livre. Point de surprise, Vianne et sa fille sont vouées à errer inexorablement sur les routes… Chaque lieu n’est qu’une étape, une escale où elles trouvent toutes deux un asile pour fuir les démons de leur passé. 

La thématique du deuil prend par ailleurs une place prépondérante dans ce roman. Vianne Rocher cultive le souvenir de sa mère disparue, avec qui elle entretenait une relation fusionnelle. Sans cette figure maternelle qui lui servait de guide dans sa vie, elle parcourt inlassablement le monde en quête d’un pied-à-terre, d’un refuge pour apaiser son chagrin. Sa petite fille Anouk sur ses talons, Vianne est incapable de se fixer véritablement. Cet aspect du roman qui garde pourtant d’un bout à l’autre une touche d’optimisme demeure malgré tout un tantinet sombre… 

Si la mère était une femme empreinte de mysticisme et nourrie de superstitions païennes, Vianne a quant à elle une façon détournée d’employer ses dons divinatoires. Le chocolat demeure pour elle un moyen de sonder l’âme humaine. Chaque friandise est ainsi révélateur d’une personnalité tout comme d’un trait de caractère propre à chaque individu. Alors que certains lisent dans les feuilles de thé ou dans les cartes de tarot comme sa propre mère avait coutume de le faire avant elle, Vianne leur préfère le chocolat… Une idée originale qui m’a plu dès les premières pages.

J’ai beaucoup apprécié cette galerie de personnages étranges et mystérieux qui peuplent ce drôle de roman tout comme le cadre de l’intrigue, ce village pittoresque, oh combien cliché qui semble tout droit sorti d’une scène pastorale. Bien entendu, je garde une préférence toute particulière pour l’héroïne, Vianne Rocher, une femme fascinante à l’esprit un peu bohème. Cette enchanteresse réchauffe les cœurs blessés et rabiboche les âmes querelleuses. A son contact, les villageois  prennent peu à peu goût à la vie… Comme réveillés d’un profond sommeil, leurs sens sont davantage aiguisés sous les effluves chocolatés de La Céleste Praline. 

Certains passages du roman sont également touchants. La relation qu’entretient le vieux maître d’école du village avec son fidèle compagnon, son petit chien vieillissant, m’a émue jusqu’aux larmes. Si le prêtre Reynaud se moque avec une pointe de mesquinerie de cet amour “ridicule” et excessif pour les bêtes qui sont à ses yeux dénuées d’âmes, Vianne Rocher comprend au contraire cette relation particulière et insolite qui lie ces deux êtres vivants. Une vision déjà avant-gardiste pour son temps, et qui s’écarte de la pensée traditionnelle… 

Ainsi donc, Joanne Harris nous prouve bien qu’un bon chrétien peut se révéler paradoxalement un piètre être humain. La bonté tout comme la générosité sont deux qualités qui loin d’être innées ne s’apprennent pas nécessairement sur les bancs de l’église… L’école de la vie demeure encore avant tout le meilleur moyen d’accéder à la sagesse… 

En bref:  l’auteure n’y va pas avec le dos de cuillère pour fustiger sous cape la religion catholique tout comme la peur parfois ridicule et obsessionnelle du péché. Les personnages tentent vainement de résister au plaisir gourmand qui les titille. Le prêtre Reynaud, un Frollo rigide et implacable, garde un œil scrutateur sur la petite vertu de ses paroissiens mais à son grand dam, avec ses chocolats, Vianne Rocher sèmera la zizanie dans les chaumières. 

Au risque de manquer d’objectivité, j’ai savouré ce petit roman tendre et enlevé. Les personnalités croquées sont irrésistibles et la vie provinciale française est ici dépeinte avec une ironie débridée truculente. 

Certes, ce livre présente quelques faiblesses d’écriture, en particulier dans la dernière partie où l’intrigue s’essouffle quelque peu. Toutefois, il se dégage de cette atmosphère étrange et envoûtante un certain je ne sais quoi qui pousse à poursuivre malgré tout la lecture jusqu’à la dernière page avalée. 

R1ad85462ea6495bdb17e3bf9affaf862Qu’en est-il du film?

J’ai bien évidemment visionné l’adaptation cinématographique de 2001. 

Le film transpose la trame de l’histoire dans les années 50, un choix finalement judicieux car elle permet de donner un certain cachet au décor qui malheureusement dans le livre manque parfois cruellement de caractère. En effet, le roman est censé prendre pour toile de fond les années 80 mais finalement très peu d’indices temporels permettent d’imaginer cette époque. 

L’adaptation cinématographique du roman est à mon sens plus réussie car elle possède une touche magique parfois un peu trop absente dans l’œuvre originale. Juliette Binoche incarne merveilleusement bien la séduisante Vianne Rocher. Le rôle lui colle à la peau. Vianne est ici une femme au tempérament de feu qui n’aime guère qu’on la contrôle. Elle se méfie instinctivement de la religion et puise d’ailleurs sa foi tout comme sa spiritualité autre part, dans un univers qui lui correspond davantage, façonné selon sa propre image. Tolérante et généreuse, sa chocolaterie deviendra un refuge, un foyer chaleureux si différent de l’atmosphère froide et marmoréenne de l’église … N’étant moi-même pas particulièrement pratiquante ni soucieuse des qu’en dira-t-on, j’ai beaucoup aimé ce personnage féminin. Rebelle par ses convictions, Vianne Rocher demeure malgré tout étonnamment féminine, ce qui la rend particulièrement redoutable et  aussi dangereuse pour le prêtre Reynaud, accablé par ses désirs réfrénés. 

Un dernier mot sur cette jolie édition : j’ai pris plaisir à lire ce roman dans ce grand format dégoté en seconde main sur Vinted dans une édition quasi-neuve. Je me suis empressée de commander également Les cinq quartiers d’orange qu’il me tarde de lire. Je vous en parlerai je l’espère prochainement…

La bande-annonce :

 

 

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Les sept mercenaires (2016)/ Soirée Pop Corn rétro #5

Emma Cullen, une jeune veuve revancharde accompagnée de son associé Teddy Q, engage une armée de sept mercenaires pour protéger sa petite ville de Rose Creek, qui est sous la coupe de Bartholomew Bogue, un industriel despotique souhaitant piller son or. Désespérée, elle fait appel à des hors-la-loi à la morale flexible. Ces sept mercenaires de prime abord motivés par un opportunisme mercantile, ne se doutent pas du combat qui les attend pourtant à leur arrivée… Cette mission suicidaire remettra en question leurs principes fondamentaux…

Notre dernier rendez-vous ciné avec Maggie avait pour thème les films rétros. Pour voir son billet c’est ici, elle  nous parle d’un classique de Disney, le beau dessin-animé de Mulan.

N’ayant pu visionner la version originale des Sept mercenaires faute de temps pour me la procurer, j’ai finalement opté pour la version moderne de 2016. Antoine Fuqua, que l’on connaît grâce au franc succès des deux volets de The Equalizer (sortis respectivement en 2014 et 2018), des films d’action étourdissants particulièrement bien rythmés et également adaptés d’une vieille série des années 80, a tenu à relever le pari fou mais ambitieux de s’atteler au remake du film culte des années 60.

Si les puristes du western trouvent bien entendu toujours à redire, pour ma part, je n’ai pas boudé mon plaisir.  Le résultat reste à mon sens complètement bluffant ! Je dois bien l’avouer ce western sensationnel est devenu l’un de mes films d’action favori. Je ne me lasse pas de le visionner ! Le réalisateur américain, Antoine Fuqua, s’est approprié le genre pour nous proposer sa vision personnelle de l’ouest américain en ajoutant un peu plus de diversité, tout en conservant malgré tout certains codes du western classique : à savoir des personnages misogynes à souhait et quelques peu bourrus qui dissimulent finalement un cœur d’or. 

Même si le quota a bel et bien été respecté, pour une fois, les personnages ne sont pas simplement décoratifs comme à l’accoutumée, mais ont bel et bien un rôle essentiel à jouer dans le développement de l’intrigue. Ainsi, chaque protagoniste a son moment de gloire. Grâce à cette transposition moderne, le réalisateur a aussi pu s’offrir un panel d’acteurs remarquable : Ethan Hawke interprète avec panache l’ange de la mort, le fameux Goodnight Robicheaux, Denzel Washington, star fêtiche du réalisateur est le leader Sam Chisholm de cette opération risquée, Vincent D’Onofrio, lui-même acteur et réalisateur incarne l’ours mal léché collectionneur de scalps, Martin Sensmeier est le bel indien solitaire, Manuel Garcia-Rulfo campe un “texicain” hors-la loi ténébreux, Chris Pratt habitué à la comédie, cabotine dans le rôle de Josh Faraday, un petit malfrat ivrogne, enfin Billy Rocks est interprété par la célèbre star sud-coréenne Lee Byung-Hun.

Cette association donne un cocktail particulièrement détonnant. Si les sept mercenaires sont bien les héros de cette épopée incroyable, deux autres figures héroïques ont rejoint la bande : une femme bien évidemment, la farouche Emma Cullen, à la chevelure flamboyante, jouée avec brio par Haley Bennett, “Jeanne d’arc” comme la surnomme avec ironie Sam Chisholm (Denzel Washington) au début du film, lorsqu’il la présente au groupe, et le séduisant mais discret cow-boy, Luke Grimes, un jeune acteur au fort potentiel, repéré dans la série à succès Yellowstone aux côtés de Kevin Cosner ! Un casting qui fait franchement rêver… 

Certes, le scénario est assez simpliste, en outre le méchant bien vilain et sans grande finesse, a tout du cliché. Cependant, l’intrigue demeure plutôt bien ficelée et le film commence dès les premières images sur des chapeaux de roues. Point de temps mort dans ce long-métrage mené tambour battant qui nous prouve bien que le western n’a pas encore pris de plomb dans l’aile et suscite un regain d’intérêt depuis plusieurs années. Il n’y a qu’à voir le catalogue séduisant que nous propose Netflix. La série en sept épisodes de Godless a été une très belle réussite et a d’ailleurs été nominée à plusieurs reprises, il me tarde de la revoir pour vous en parler également ; tout comme News of the world mettant en scène un Tom Hanks vieillissant mais encore bien en forme. Ce western un brin trop intello et scolaire a reçu un accueil assez chaleureux, malgré quelques lenteurs et des scènes contemplatives trop présentes à mon goût. 

Pour finir, Les septs mercenaires est un film épique qui passe de justesse dans la catégorie « tout public » grâce à une réalisation intelligente. Antoine Fuqua nous prouve par ailleurs qu’il est encore possible aujourd’hui de produire un film à succès dans la lignée des meilleurs block-busters, sans effusions de sang ni scènes de sexe trash et si la tension sexuelle est parfois bien palpable, elle reste cependant toujours suggérée. Les dialogues fleuris entre les membres de l’équipe de mercenaires sont aussi un vrai régal. Enfin, les costumes sont tout simplement somptueux et mettent particulièrement bien en valeur les acteurs masculins, incroyablement sexy!

Ainsi donc, ce remake dans l’ère du temps est à la fois intelligent et bien tourné. Pour une fois le film n’est ni bavard ni contemplatif. Je garde un souvenir mitigé de Jane got a gun, un biopic bancal et brouillon sorti également en 2016 sur Calamity Jane avec Nathalie Portman qui s’était révélé finalement assez soporifique et décevant.

Place ici avant tout à l’action . Les sept mercenaires, largement sous-estimé à sa sortie en salle par les critiques, deviendra à mon sens culte comme l’original dans les prochaines années car il a su renouveler le genre tout en honorant malgré tout le western classique. Les dialogues sont piquants et les personnages inoubliables. Denzel Washington en chasseur de prime mystérieux tout de noir vêtu est la classe incarnée (comme d’habitude me direz-vous !). J’ai d’ailleurs trouvé que tous les acteurs avaient pour une fois un charisme fou, ce qui manque malheureusement de plus en plus au cinéma. Ces hommes sans foi ni loi (ou presque !) bourrés de testostérone sont avant tout ici des mâles, un choix assumé du réalisateur qui m’a particulièrement plu !

En bref:  Voici donc un film explosif, avec une brochette de beaux mecs bourrés de sex-appeal et des scènes de bastons légendaires. En somme, un sacré bon divertissement ! A voir sans modération et en famille !

La bande-annonce:

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Ku Klux Klan, des ombres dans la nuit

J’ai découvert la collection Histoire et société en flânant au hasard sur la blogosphère. Blandine en faisait une critique positive (voir sa chronique ici). Cette édition très originale m’avait d’emblée tapé dans l’œil. Le contenu ne déçoit d’ailleurs pas. Pour chaque volume, une thématique bien particulière est proposée, incluant un court roman percutant, suivi d’un dossier complet et vulgarisé en rapport avec le contexte historique de l’œuvre. Le livret est donc très instructif et s’adresse à un large public, il est à la fois accessible pour le collège-lycée tout comme pour des adultes. 

L’histoire est plutôt bien troussée, et l’écriture sans fioriture est efficace. On est tout de suite happé par le récit, celui que fait Billy Caldwell à son petit-fils Jim, un enfant métis qui vient passer quelques jours avec lui dans son bayou. Après avoir été honoré par le président Barack Obama à la Maison blanche pour ses exploits dans la lutte pour les droits civiques, le vieillard lui raconte un épisode marquant de son enfance…

En 1953, au Mississipi, alors qu’il n’a encore que 10 ans, Billy Caldwell vit aux côtés de son père veuf dans une petite bourgade américaine du Sud. Ce dernier, un homme effacé, travaille d’arrache-pied en tant qu’éditeur-imprimeur pour le journal local Le Clairon. Après l’école, Billy a l’habitude de l’épauler dans sa tâche. Il est admiratif de son père qui lui a transmis sa passion des livres. Ses héros préférés sont ceux d’Alexandre Dumas, Mark Twain et Jack London. Le petit garçon aspire d’ailleurs à devenir lui aussi un modèle de bravoure. Avec ses deux camarades Herb et Jerry, il sillonnent toute la journée la campagne en quête d’aventures. 

Un jour, alors qu’ils s’ébattent dans une grange derrière une botte de foin, les garnements découvrent une étrange malle en bois. Les jeunes garçons intrigués en extirpent un curieux accoutrement, une tenue de fantôme…

L’oncle de Herb, qui les surprend à fouiner leur confie que cette tenue est “la plus belle chose qu’un blanc puisse porter”, et qu’elle doit demeurer cachée. Viendra un jour où peut-être s’ils se montrent dignes de la porter, les trois garçons pourront à leur tour devenir membres du clan particulier, qui revêtent à la nuit tombée cet uniforme secret.

Les enfants sont hypnotisés par cette étrange révélation. Billy Caldwell sait bien qu’il ne peut s’agir que du Ku Klux Klan. Bercé par ses lectures chevaleresques, il s’imagine appartenir à cette mystérieuse confrérie. Il se voit déjà endosser l’uniforme blanc et chevaucher un magnifique destrier en brandissant au clair de lune une torche lumineuse… Lorsqu’une nuit, en désobéissant à son père, il suit ses camarades pour assister à l’une des cérémonies clandestines du clan, Billy déchante, la bile au ventre… L’horreur le submerge devant le spectacle effroyable qui se déroule sous ses yeux… Son destin en sera irrévocablement bouleversé.

Quelle belle découverte ! Ce court roman m’a profondément remuée !  Le personnage de Billy est touchant. On éprouve beaucoup d’empathie pour lui tout comme pour son père,  qui deviendront victimes des soldats de l’ombre du Ku Klux Klan. Accusés d’être des “lèche-négros”, amis des noirs, ils se retrouveront mis au ban de la société. Leur courage dans une époque où la ségrégation est encore particulièrement active, est exemplaire. J’ai aussi aimé la relation subtile, teintée de respect bien que distante, qu’entretient le petit Billy avec la petite fille de sa femme de ménage, Madame Parker. Le jeune garçon en pince secrètement pour elle. Billy ne peut, en dépit de ses sentiments, s’adresser à elle, car Angela est noire et n’évolue pas dans la même sphère que lui.

Malgré tout, ce petit garçon courageux va s’embarquer dans un combat extraordinaire, au péril de sa vie et de celle de son père, pour les droits civiques des noirs. Ces désillusions seront nombreuses et Billy découvrira avec amertume l’acharnement des barbares encapuchonnés. Leurs expéditions nocturnes punitives contre les noirs, loin d’être des actes nobles, sont d’une lâcheté exécrable. Comment de telles exactions ont-elles pu être commises ?

En outre, cette édition est agrémentée de clichés des plus grandes figures de l’Histoire des droits civiques telles que Rosa Parks et Martin Luther King, mais aussi d’images-choc. Une photographie m’a tout de même mise pronfondément mal à l’aise : on y voit une scène de lynchage en noir et blanc d’une pauvre victime pendue à un arbre. Au premier plan, on découvre des blancs de tout âge, souriant, y compris des enfants rassemblés là comme pour une kermesse. Ce cliché est en fait une carte postale, la preuve que ces crimes étaient tolérés par la loi. Quelle horreur ! 

Ainsi donc, nombre d’américains sudistes étaient embrigadés dès leur plus jeune âge, comme sur cette photographie vue sur la toile. Cette parade glaçante des années 20 aux Etats-Unis ressemble à s’y méprendre à un rassemblement bon enfant… Affligeant !

Sans oeillères, l’auteur nous dévoile ici la triste vérité derrière le mythe romanesque du Ku Klux Klan. Cette lecture nécessaire entre de ce fait en résonance avec le contexte actuel du mouvement Black lives Matter, car bien que la télévision américaine nous présente encore aujourd’hui parfois un patchwork multicolore, à l’instar de Netflix, cette vision naïve d’un melting pot réussi s’écarte grandement de la réalité. Le combat contre le racisme perdure. 

En bref : J’ai achevé cette lecture, l’œil brillant et la boule au ventre. Cet ouvrage concis mais d’une densité finalement étonnante est tout simplement passionnant. Si l’auteur maîtrise plutôt bien l’écriture stylistique propre aux romans de jeunesse, à savoir l’usage régulier de paragraphes relativement courts, l’intrigue élaborée du roman risque cependant de rebuter les jeunes lecteurs ; les adultes y trouveront davantage leur compte.

Un deuxième tome est paru en 2011 : Les cagoules de la terreur. J’ai eu bien du mal à me procurer le second tome qui nous raconte les origines du KKK en reprenant le fil de l’histoire là où il s’était arrêté dans le précédent livre. Hâte donc de connaître la suite !

Je vous laisse en compagnie de Billie Holiday qui interprète la célèbre et poignante chanson Strange Fruit, une ode à la liberté et une dénonciation vibrante du sort des afro-américains durant la ségrégation. Cette interprétation personnelle de Billie Holiday raconte le lynchage d’un homme de couleur. Un étrange fruit pend à la branche d’un arbre et oscille au rythme de la brise sudiste qui souffle… Les paroles sont d’une puissance désarmante. L’interprétation de Billie Holiday donne des frissons car la douleur dans son regard est palpable. Superbe.

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L’aviatrice de Paula Mclain

Après la lecture en demie-teinte de Baronne Blixen, j’étais assez frileuse à l’idée de poursuivre une quelconque incursion dans l’œuvre de l’auteure de La ferme africaine et pourtant, ce roman magnifique, paru presque simultanément avec celui de Dominique de Saint Pern (à un an près !), a eu raison de mes préjugés. Une fois le livre ouvert, impossible de m’en détacher…

On retrouve avec plaisir dans L’aviatrice les mêmes personnages entrevus dans la Baronne, à la différence près que l’oeuvre se focalise ici principalement sur une autre figure féminine populaire contemporaine de Blixen, la célèbre Beryl Markam, qui fut la première pilote a avoir réussi le pari fou de traverser en avion et en solitaire, l’Atlantique d’est en ouest.  Mais également la toute première entraîneuse féminine de courses hippiques dans un milieu à cette époque essentiellement masculin. Un sacré bout de femme !

Le décor est également planté dans le Kenya des années 20, un pays de cocagne sous le protectorat britannique, offrant encore de multiples opportunités d’enrichissement et d’expansion. Beryl Markham débarque à l’âge de deux ans sur ces terres africaines. Les colons affluent pour se lancer dans l’aventure des plantations, entre autres de café. C’est ce que son père tentera lui aussi de faire en entraînant sa famille à l’autre bout du globe mais les conditions spartiates de leur vie ternissent peu à peu les relations avec son épouse qui décide finalement de jeter l’éponge et de retourner en Angleterre avec son fils aîné. La petite Beryl Markham est dès lors abandonnée derrière, à l’âge de quatre ans. Quel crève-cœur ! Livrée à elle-même dans un univers rude et sauvage, elle mène une vie assez solitaire ce qui renforcera un peu plus son caractère indépendant. 

Beryl aura donc une enfance non conventionnelle mais extrêmement enrichissante qui fera d’elle un être à part. Elle n’appartient en effet pas vraiment au milieu anglo-saxon et n’est pas sensible à la culture occidentale. Son éducation, du reste, est plutôt chaotique. Elle ne trouve son équilibre qu’aux côtés de son père, un passionné de chevaux qui lui transmet sa passion, et près de la tribu Kipsigi, qui l’adopte lorsqu’elle se retrouve sans mère. La savane sera donc son aire de jeu préférée. 

Son amour des bêtes et sa philosophie de la vie m’ont par ailleurs profondément touchée. Lorsqu’un jour, petite fille, elle est attaquée par un fauve, un lion domestiqué ayant repris ses instincts sauvages, la jeune Markham n’éprouve aucune haine ni désir revanchard pour l’animal qui a bien failli l’estropier, elle est au contraire saisie d’une profonde tristesse, car la bête a été à ses yeux pervertie par l’homme. Une belle âme en soi. Alors que Karen Blixen aime les sensations que procure la chasse, Beryl quant à elle ne tue que par nécessité.

Sa vie est elle aussi marquée par de nombreuses déceptions amoureuses : trois divorces et un enfant frêle qu’on lui retire très vite pour l’élever en Angleterre loin d’elle. Elle aurait été le second grand amour de Denys Finch Hatton, celle pour laquelle ce célèbre chasseur, collectionneur de trophées, impliqué en son temps dans le commerce de l’ivoire (et oui aussi…) et pilote de brousse, aurait quitté l’énigmatique Baronne Blixen… La romance immortalisée dans les mémoires africaines de la Baronne s’écartent donc en effet quelque peu de la réalité. 

Paula Mclain revient d’ailleurs sur cet étrange triangle amoureux : Beryl Markham, Denys Finch Hatton et Karen Blixen. Quelle drôle d’époque où les couples se faisaient et se défaisaient inlassablement dans la chaleur et la poussière des colonies africaines… La relation qu’entretenait Karen avec Beryl est fascinante. Si elles étaient toutes deux rivales, elles étaient cependant aussi de grandes amies qui se vouaient une admiration sans faille. Elles se sont partagées les faveurs du même homme sans se l’avouer …

De gauche à droite: Beryl Markham, Denys Finch Hatton et Karen Blixen avec ses Kikuyus…

Il est intéressant de noter le contraste de personnalités entre les deux femmes. Bien que Karen Blixen, mondaine, fût incontestablement l’âme sœur spirituelle de Denys, Beryl, au caractère indomptable, fût peut-être finalement son seul vrai grand amour. Elle aurait en effet été éprise de ce curieux romantique, un homme sans frontières ni attaches, incapable de vraiment se fixer. En somme, une énigme indéchiffrable. Elle deviendra d’ailleurs, tout comme lui après sa disparition, pilote de brousse.

Le portrait de Beryl Markham que dépeint avec finesse Paula Mclain, est étonnement touchant. Son parcours de femme libre dans un monde fait pour les hommes est inspirant tout comme ce désir chevillé au corps de vivre pleinement sans contrainte ni restriction. Elle aura réussi, à l’instar de Karen Blixen, à se réinventer elle aussi à maintes reprises. Elle était également écrivaine même si son roman fut qualifié à sa sortie de piètre qualité littéraire… J’ai déjà commandé son livre, Vers l’ouest avec la nuit, et compte bien le lire pour me faire ma propre opinion. 

Si j’ai adoré suivre le destin légendaire de cette femme exceptionnelle, j’ai également été époustouflée par la description des paysages majestueux de l’Afrique dans ce roman. Elles m’ont rappelé mon expérience personnelle lorsque je vivais adolescente au Zimbabwe. Le roman foisonne d’informations épatantes sur cette époque incroyable. On assiste de ce fait aux balbutiements de l’aviation, les premiers vols et l’arrivée en masse des touristes européens en quête de frissons et d’adrénaline. J’avais visionné avec un certain dégoût Mogambo, un film de John  Ford, qui même s’il était considéré comme un grand classique du cinéma avec Ava Garner, Clark Gable et Grace Kelly, m’avait malgré tout un peu révoltée. Il m’aura au moins permis d’avoir une vision claire de cette époque. Les animaux étaient traités sans égard, chassés pour le seul plaisir du sport, ou capturés pour l’étude dans des zoos animaliers. J’avais par ailleurs découvert avec effroi que la direction du film sur le tournage de Mogambo avait elle-même maltraité d’innombrables bêtes sans trucage pour renforcer l’authenticité du contexte historique. Navrant. 

Je dois l’avouer, j’ai tout de même eu une furieuse envie de revoir le film Out of Africa (encore me direz-vous !) et de relire La ferme africaine dont je garde un souvenir malheureusement flou. Peut-être étais-je trop jeune alors pour savourer l’écriture contemplative de Blixen, je trouvais les descriptions interminables et j’attendais avec une impatience fébrile, le passage consacré à sa liaison avec le mystérieux Denys Finch Hatton. J’avais été déçue de découvrir que son accident tragique en avion dans le roman n’était qu’anecdotique. J’ai donc l’intention de réparer cette déconvenue en relisant cette année le livre. 

En bref : Beryl Markam semble indéniablement aux yeux de Paula Mclain, la vraie héroïne de l’histoire, (une prise de position assez culottée mais très intéressante), celle qui fut volontairement oubliée. Karen Blixen ayant repris ses droits sur son ancien amant à sa mort, enterre les restes de sa dépouille sur ses propres terres et conserve jalousement son souvenir pour devenir l’amante éplorée.

Ainsi donc, L’aviatrice est un très bon complément au roman de Dominique de Saint Pern. Cette biographie romancée apporte une touche plus humaine au personnage de Karen Blixen qui me paraissait un tantinet trop froid dans cette dernière lecture (voir critique ici)

Pour conclure, cette aventure humaine époustouflante donne le tournis, elle retrace avec panache les destins hors du commun de deux femmes admirables et audacieuses. Cette fresque romanesque remarquable est un grand coup de cœur et ravira les lecteurs en quête d’évasion. D’une plume fluide et efficace, Paula Mclain fait renaître avec maestria le Kenya colonial, joyau alors encore intact de la couronne britannique.  A lire sans plus tarder !

Je vous invite à découvrir aussi cette courte vidéo qui nous propose une petite visite guidée dans le musée consacré à l’ancienne ferme de Karen Blixen où aimaient se retrouver les trois héros de L’aviatrice. Ce court documentaire de 2,59 minutes a été réalisé par la petite nièce de Blixen, ce qui apporte un caractère personnel des plus intéressant. Je ne rêve que d’une chose : partir un jour sur ses traces pour poursuivre le rêve…

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Années 50

Frank, rescapé de la guerre de Corée et traumatisé par la mort de ses camarades tout comme par l’assassinat d’une petite fille autochtone, rentre au bercail, chez lui en Géorgie. Seul survivant de cette boucherie humaine, il dissimule un lourd secret qu’il traîne comme un fardeau. Des images de son passé trouble le hantent. Les morts se mêlent aux vivants comme prisonnier sans fin d’un sortilège. Ses crises hallucinatoires qui l’empêchent d’appréhender le présent en couleur l’affaiblissent toujours un peu plus, le coupant de la réalité. 

Lui qui souhaitait à tout prix oublier ce trou perdu, n’a d’autres choix que de revenir aux sources pour retrouver et secourir sa sœur cadette, souffrante. Un appel alarmant le convainc de rentrer car la jeune fille a subi des supplices infligés par un médecin, un homme en apparence doux et honnête qui s’est révélé être un ignoble boucher…

Ainsi s’entremêlent deux histoires étranges et dérangeantes, celle de Frank, ancien vétéran de la guerre, et celle de sa petite soeur Cee, une jeune femme qui a tout au long de son existence subit d’innombrables maltraitances. 

Ce court roman de 150 pages est assez déroutant, il est en effet parfois difficile de saisir toute la portée philosophique du livre. Si l’intrigue est circulaire, le fil de l’histoire se dévide cependant en plusieurs ellipses. Ce choix d’écriture déstabilise parfois le lecteur qui se retrouve confronté à l’élucidation d’un mystérieux puzzle dont les pièces s’imbriquent peu à peu pour former un roman au dénouement somme toute percutant. Pas étonnant puisque Toni Morrison est une excellente romancière afro-américaine et une ardente défenseuse de la lutte contre le racisme. Elle est encore à ce jour la seule écrivaine noire à avoir été récompensée du prix Nobel, une distinction littéraire prestigieuse qu’elle recevra en 1993. Son oeuvre est donc marquée par son combat sans fin contre toute forme d’oppression, celui des noirs américains qui ont subi et subissent encore les préjugés racistes à leur encontre, mais aussi celui de la femme, écrasée sous le machisme ambiant d’une époque toujours principalement dirigée par les hommes. Ces convictions morales sont ici bien présentes. Le roman prend de ce fait pour toile de fond une Amérique encore très ancrée dans la Ségrégation. C’est ainsi que les personnages principaux, tous deux afro-américains, sont toujours confrontés à ce système absurde et intraitable qui rythme leur vie. 

Cee se retrouve maltraitée par un médecin blanc sudiste.  Employée officiellement comme infirmière, elle est finalement traitée comme un vulgaire cobaye. Frank, quant à lui, est blessé et tabassé à plusieurs reprises durant son périple… Il est d’ailleurs emprisonné au début du roman et interné dans un asile d’aliénés malgré ses médailles de héros de guerre à cause de sa carnation. S’il a combattu et a risqué sa vie pour son pays, celui-ci lui reproche encore à son retour ses origines. Une situation paradoxale ridicule qui ne manque pas d’ironie !

Les passages de violences gratuites décrites avec une certaine acuité dans le livre sont particulièrement glaçantes et donnent à réfléchir sur cette époque honteuse … L’auteure évoque d’ailleurs une scène de lynchage. Le Ku Klux Klan n’est jamais bien loin. Le premier chapitre m’a ainsi mise profondément mal à l’aise. Les deux principaux protagonistes encore enfants, sont les témoins d’un événement morbide qui les marquera tout au long de leur vie d’adulte : le cadavre d’un homme de couleur, sorti d’une camionnette et enterré à l’abri des regards, une nuit à la lisière d’un haras. Sans véritable sépulture, il est jeté dans un trou béant comme une simple charogne. On ne sait ce qui est arrivé à ce misérable mais c’est à la fin du livre qu’on découvrira avec horreur, son triste sort. Ce passage m’a fait l’effet d’une claque, j’y ai retrouvé la plume acerbe et le goût aigre des romans précédents de Toni Morrison, cette étrange violence sous-jacente que j’avais déjà perçue dans les premières pages de Beloved. Le roman était assez malsain et il me hante encore aujourd’hui. Je doute de le relire de si tôt !

Certes, la puissance évocatrice de la prose poétique et sombre de l’auteure ferre le lecteur dès les premières pages. Impossible dès lors de lâcher le livre étant subjuguée par cette écriture envoûtante. Toutefois, le sujet m’a déstabilisé. Le récit demeure un peu trop alambiqué à mon goût.  Le titre de cette étrange œuvre, “Home”,  censé symboliser le retour aux sources et la dignité retrouvée, m’a finalement laissée songeuse. J’ai eu l’impression un peu frustrante d’être passé à côté du message final de l’écrivaine, qui demeure malheureusement, jusqu’à la dernière page, une énigme indéchiffrable. La portée philosophique de l’œuvre est à mon sens noyée dans un trop grand nombre d’ellipses plombant finalement le rythme du récit. 

Si derrière une économie du langage se cache un conte presque onirique puissant et marquant relatant la rédemption de Frank, un homme capable du pire comme du meilleur, je n’ai malheureusement pu apprécier cette lecture pleinement car les thématiques restent aussi trop pessimistes à mon goût. Traqué par les fantômes du passé qui s’immiscent sans cesse dans sa réalité, Frank n’est pas non plus, un personnage plus honnête. En découvrant son fameux secret, un secret en outre effroyable, j’ai éprouvé des difficultés à avoir de la sympathie pour lui. On éprouve plus de compassion pour le personnage féminin trop naïf de Cee. Dès sa naissance, elle est déjà condamnée par sa propre famille. Le déterminisme social semble avoir raison de son destin. Sa grand-mère Lénore, qui devrait être une figure protectrice, la maltraite et l’humilie constamment parce qu’elle n’est pas née dans une maison mais sur la route, aussi considère-t-elle qu’ elle n’a pas de vraies racines. Cee recherche elle aussi son foyer, sa maison. Le personnage de Lénore, une femme cruelle, acariâtre et ouvertement mesquine est particulièrement exécrable. On découvre au passage, la méchanceté féminine dans ce qu’elle a de plus vil. Toni Morrison n’y va pas avec le dos d’une cuillère pour dénoncer également les coups bas portés par les femmes à l’encontre de leur semblable. Cette thématique du roman porte à réfléchir sur les relations féminines.

En bref: Si cette parabole un tantinet complexe donne incontestablement du grain à moudre en offrant de multiples réflexions sur le racisme tout comme sur la position de la femme dans la société, elle demeure selon moi en dessous des précédents écrits de Toni Morrison et en particulier de Beloved, une oeuvre dont je garde encore un souvenir indélébile. Il est regrettable que ce roman bien trop bref s’apparente plus à une ébauche qu’à un livre abouti et soit dépourvu d’un véritable fil conducteur. Un avis donc plutôt en demi-teinte malgré des thématiques essentielles qui ne peuvent laisser indifférent… 

 

 

 

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Baronne Blixen de Dominique de Saint Pern

Il y a quelques semaines, j’ai revu avec nostalgie le film Out of Africa, un long métrage magnifique aux paysages grandioses qui m’a émerveillée autant qu’il m’a passionnée. Il m’a donné l’envie de me replonger dans des lectures consacrées à l’Afrique coloniale pour explorer un peu plus cette période toute particulière et si controversée de l’Histoire. J’avais conscience que la trame du film avait été quelque peu magnifiée pour séduire le public qui se nourrissait à l’époque de récits de voyages exotiques édulcorés. Mais j’étais néanmoins loin de me douter que cette vision romantique fantasmée de l’Afrique s’écartait autant de la réalité … 

Dominique de Saint Pern nous dévoile ici la face cachée de l’autrice de La ferme africaine, les coulisses de l’oeuvre de Karen Blixen, de sa jeunesse dorée, ses amours contrariées au Kenya avec son époux infidèle le Baron Bror Fredrik Von Blixen, son amant Denys Finch Hatton, jusqu’à son retour au Danemark où, démunie, elle se réinventera en écrivant ses fameux Contes gothiques qui l’élèvent au statut d’auteure renommée du XXème siècle. Un tel programme paraissait donc alléchant. La promesse d’une mise en abîme passionnante dans l’univers de cette romancière aventurière si complexe aurait dû m’enchanter… Or il n’en est rien, cette lecture s’est finalement révélée assez décevante. Le livre m’est littéralement tombé des mains et ce, à plusieurs reprises. Impossible de m’attacher à cette femme certes bien talentueuse, mais à la personnalité fort antipathique. 

Il vaut parfois mieux s’en tenir à la fiction et occulter la réalité pour faire perdurer le rêve. Pourquoi publier une telle biographie, même romancée? Quel intérêt de dévoiler la vérité? Etait-ce vraiment nécessaire de découvrir une telle femme? D’autant plus que ce document fiction n’apporte pas un éclairage inédit sur l’auteure. Certains passages et en particulier dans la première partie du livre semblent ainsi trop calqués sur le film Out of Africa. Mieux vaut dès lors revoir l’adaptation cinématographique de Sydney Pollack, d’une qualité artistique nettement supérieure, et oublier cette tentative de biographie ratée.  

Le récit manque également d’authenticité car il est censé être relaté par la secrétaire de Blixen, Clara Svendsen. Cette dernière est sollicitée par l’actrice Meryl Streep qui s’apprête à tourner au Kenya l’adaptation du livre La ferme africaine. La jeune comédienne a en effet du mal à saisir le caractère complexe de la Baronne et espère en savoir un peu plus sur elle en s’entretenant avec sa confidente et son amie la plus intime, celle qui est restée à ses côtés jusqu’à son dernier souffle. Cette secretaire, devenue au fil des années son esclave consentante, l’épaulera dans ses écrits et ne sera en contrepartie jamais rémunérée par Karen Blixen pour ses services ! 

Si la secrétaire est chargée de restituer fidélement l’histoire de la baronne, on apprend au fil de la lecture qu’elle n’a en vérité jamais mis les pieds en Afrique ! Elle base donc son témoignage sur des souvenirs que lui auraient racontés Karen Blixen… J’ai trouvé ce choix d’écriture un peu saugrenu car il crée encore plus une distanciation entre le lecteur et l’héroïne du roman dont les traits de personnalités sont par ailleurs floutés. 

En somme, cette lecture laborieuse m’a laissée un arrière- goût amer. 

Le visage de Meryl Streep a finalement embelli et modifié la réalité assez décadente du personnage originel. Karen Blixen n’était en effet pas une femme attachante. Elle était certes une survivante, sorte d’Amazone guerrière faisant parfois preuve d’une certaine bravoure, mais sa personnalité n’était nullement généreuse. Ainsi, le lecteur découvre avec effroi le véritable tempérament de l’écrivaine. A son arrivée en Afrique, Karen Blixen que l’on a longtemps dépeinte comme une chasseresse intrépide, a participé au massacre de plus d’une quarantaine d’animaux de la faune africaine à elle seule et pour son bon plaisir. La jeune femme alors fraîchement débarquée s’est ainsi donc adonnée à la chasse pour tromper son ennui… Certes, cette pratique était coutumière de l’époque, toutefois, elle ne peut que choquer le lecteur contemporain qui connaît désormais les conséquences désastreuses qu’ont entraînées ce loisir aujourd’hui. Quelle tristesse de savoir qu’elle a contribué volontairement à la disparition de ces animaux (lions, éléphants, cheetahs et autres). 

Le mythe romantique de la ferme africaine prend donc du plomb dans l’aile. Karen Blixen était par ailleurs une femme assez volage, elle était aussi une piètre fermière qui fera pérécliter sa fameuse fabrique de café au Kenya, par démesure et entêtement. Délaissée par un époux qui lui préfère les peaux d’ébène à la blancheur maladive de sa carnation tout comme les formes voluptueuses à sa silhouette chétive, Karen Blixen demeurera une figure solitaire. Son mariage aboutira malheureusement à un échec et lui laissera une blessure cuisante, l’empreinte des nombreuses infidélités de son époux volage: la syphilis, une maladie vénérienne qui l’accable tout au long de sa vie. Son amant Denys, qui inspirera le personnage séduisant fictif incarné par Robert Redford, l’abandonnera à son tour pour une femme plus jeune et plus saine de corps… Lorsque son avion s’écrase, l’aristocrate anglais a déjà tourné la page, il s’est épris d’une autre femme, Beryl Markham… 

Karen Blixen aux côtés de son amant Denys Finch Hatton en 1922 au Kenya

Capricieuse et colérique, Karen Blixen fera également vivre un enfer à son entourage et en particulier à son personnel lorsqu’elle se consacre à l’écriture au Danemark. Aussi sournoise qu’une mante religieuse, elle prend un malin plaisir à s’immiscer dans la vie de ses amis, brisant selon ses caprices leur mariage. Ainsi, la romancière danoise auréolée de succès en Europe tout comme en Amérique, se prend d’affection à son retour d’Afrique pour un jeune poète au talent prometteur, Thorkild. Karen Blixen tente tout pour éloigner le jeune homme de son épouse et de son petit garçon, le façonnant à sa guise comme un vulgaire pantin. Son épouse malheureusement tentera de mettre fin à ses jours de chagrin. 

En outre, Karen Blixen se révèle être, à l’instar de la Marquise de Merteuil qu’elle admire sans rougir, une grande manipulatrice, à la fois glaçante et redoutable. Cet aspect de sa personnalité est tout aussi déroutant. Elle terminera sa vie anorexique, éprouvant un plaisir jouissif mais profondément malsain à observer les autres manger, une manière pour elle de se sustenter par procuration. Cette femme aux allures de sorcière rachitique aime par ailleurs se grimer pour mieux déconcerter son entourage prenant volontiers les traits d’un pierrot décharné en accentuant un peu plus la lividité de son visage … 

Karen Blixen, romancière danoise (1885-1962 )

Au fond, cette écrivaine pleine de ressentiement était une énigme, un monstre sacré de la littérature du XXème siècle certes, mais aussi une figure monstrueuse tout court. Elle est indéniablement fascinante, cependant sa personnalité extravagante et tordue m’a mise profondément mal à l’aise. 

En tentant de rescussiter cette « diablesse » comme la romancière danoise aimait elle-même se décrire, Dominique de Saint Pern égratigne malheureusement à mon sens son image qui au final n’est pas des plus glorieuse…

Certaines anecdotes m’ont d’ailleurs laissée assez songeuse : où est l’intérêt de savoir que le véritable Denys avait le crâne dégarni, qu’il dissimulait, complexé, cette calvitie précoce sous des grands chapeaux ?  La crinière blonde de Robert Redford était de ce fait peu réaliste… (mince alors!) Leur relation était aussi davantage platonique et intellectuelle que physique. On est donc loin d’une passion torride suggérée dans Out of Africa… Une sacrée douche froide pour les fans inconditionnels du film !

En bref: ces bribes de souvenirs un peu épars et plutôt chaotiques se sont révélées parfois un brin indigestes. On s’y perd dans ce dédale de personnages. Les protagonistes sont ici à peine esquissés. Le livre s’adresse donc à un lectorat averti qui connaît déjà l’univers de Karen Blixen. Pour ma part, je me suis fait violence pour le terminer. Certains passages consacrés à l’Afrique étaient bien trop anecdotiques à mon goût pour véritablement susciter mon intérêt, et la partie dédiée à sa vie au Danemark m’a mortellement ennuyée. Dommage. Je doute de garder un souvenir impérissable de cette lecture… Le portrait de cette femme aux mille facettes s’effritera sans-doute avec le temps, cependant son oeuvre demeurera… N’est-ce pas finalement l’essentiel? 

Je préfère donc revoir Out of Africa, des étoiles plein les yeux et oublier cette déconvenue. 

La bande-annonce du film:

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Les secrets de Cloudesley de Hannah Richell

Et voilà, les vacances scolaires tant attendues débutent enfin ! L’occasion de souffler et de profiter pleinement de cette parenthèse pour se ressourcer un peu. Et quelle meilleure manière de savourer ces instants de calme et de tranquillité qu’au coin du feu une lecture cocooning à la main. Ce petit roman anglo-saxon élégant, mêlant avec finesse la romance gothique tout comme le suspens, tombait donc à pic ! La couverture est par ailleurs franchement suberbe ! J’ai été très contente d’acquérir ce livre en grand format grâce à Vinted où j’ai pu le dégoter d’occasion comme neuf, une aubaine ! 

Années 50.

Lilian, jeune et ravissante orpheline de la guerre, épouse Charles Obéron, un riche collectionneur veuf. Ce dernier lui promet une vie merveilleuse de fastes à Cloudesley. Mais derrière les portes de cette demeure splendide, le caractère rude et cruel de Charles se révèle, et les promesses d’amour ne sont plus que chimères. Le conte de fée devient cauchemar. Lilian se retrouve à la merci d’un homme tyrannique qui exerce sur elle une emprise malsaine et sournoise. Elle n’est guère plus qu’un joli bibelot ajouté à la collection de Charles, un caprice coûteux, une œuvre d’art qu’il garde jalousement à l’abri des regards envieux pour pouvoir la contempler à sa guise … Lorsque Charles engage Jack Fincher, un peintre prometteur pour décorer la nurserie du manoir, il ne se doute pas que cette rencontre chamboulera son existence comme celle de son épouse Lilian qui en restera marquée à jamais. 

Hannah Richell tisse ici une romance gothique plutôt bien troussée même si je dois l’avouer,  j’ai dernièrement lu des lectures bien plus abouties. Ce roman m’a en effet laissé un peu sur ma faim… Le style bien trop moderne n’était à mon sens pas à la hauteur du sujet. Les dialogues sont en outre un tantinet trop présents à mon goût et l’atmosphère gothique demeure au final trop superficielle. J’ai d’ailleurs éprouvé de la difficulté à situer l’histoire dans son contexte historique car les références à cette époque sont bien peu nombreuses. Parfois, l’ambiance se rapprochait davantage des années folles. Ainsi le décor dépeint manque selon moi de conviction tout comme d’un certain réalisme, c’est pourquoi on observe l’histoire se déplier avec une distance un peu froide sans vraiment parvenir à être touché par le sort tout comme le destin funeste de ces protagonistes. Ils ne réussissent d’ailleurs pas à susciter vraiment d’émotions. Les personnages n’évoluent pas particulièrement et demeurent embourbés comme statiques, ce qui rend parfois la lecture un brin frustrante. 

Le personnage de Charles Obéron, le mari violent, frise de ce fait parfois l’archétype grossier de l’homme tyrannique, dépourvu de nuances psychologiques. Il m’a d’ailleurs beaucoup fait penser à l’époux arriviste de Daisy, Tom Buchanan, dans Gasby le Magnifique. L’inspiration était d’ailleurs assez flagrante. Fabuleusement riche, Charles Obéron est un veuf dominateur qui collectionne les trophés en tout genre. Sa fortune indécente le pousse à tous les vices. Cet arriviste aux caprices extravagants a été blessé au plus profond de son âme par la guerre. Son passé le pèse et le rend colérique et brutal. Cet aspect de sa personnalité aurait pu être davantage exploité pour le rendre plus humain, plus torturé à la manière de Rochester dans Jane Eyre, malheureusement, son caractère demeure d’un bout à l’autre du roman détestable. Il est totalement dépourvu de qualités expiatoires…

Quant à Lilian, cette figure frêle et malléable qui rappelle bien évidemment l’héroïne anonyme de Rebecca de Daphne du Maurier, elle finit  elle aussi par agacer. On espère de ce fait qu’elle finira par se rebeller contre le caractère exécrable de son mari, en vain. Elle subira en silence, passive, les innombrables humiliations qui jalonnent son existence bien misérable.  Elle appartient au décor de Cloudesley comme les paons au plumage flamboyant de Charles Obéron qui embellissent le parc arboré de la propriété anglaise. Elle n’est qu’un vulgaire ornement, un bel oiseau exotique prisonnier d’une cage dorée. Si j’ai moyennement aimé son tempéramment docile, j’ai cependant été touchée par son amour indéfectible pour son beau-fils, Albie, un petit garçon vulnérable qui subit lui aussi la tyrannie de son père, tout comme la relation privilégiée qu’elle entretient avec sa petite-fille Maggie également délaissée par ses parents.

L’intrigue du roman alterne par ailleurs les sauts dans le temps, l’histoire suit ainsi le passé de Lilian et sa liaison adultérine avec le séduisant peintre Jack Fincher, un doux rêveur ; et le présent chaotique de la petite fille de Lilian, Maggie qui s’efforce tant bien que mal de préserver l’héritage de sa famille, la demeure de Cloudesley, qui croûle malheureusement sous les dettes. Je dois admettre que la partie du roman dite « contemporaine » était moyennement captivante. Elle avait tendance à plomber un peu le rythme du récit … J’avais eu le même problème à la lecture du roman tant adulé de Eve Chase, Un manoir en Cornouailles.  Finalement, je m’étais un peu ennuyée dans les derniers chapitres et j’avais achevé cette lecture, assez mitigée. 

En bref: Si cette petite romance se lit agréablement bien, elle demeure toutefois un tantinet trop fadasse à mon goût. Ce petit roman de vacances est loin d’être un chef-d’œuvre d’écriture. Il pêche parfois par un manque cruel de finesse psychologique et une dépiction d’un cadre temporel bien trop lisse. En outre, certaines thématiques abordées,  telles que l’art comme échapatoire à la banalité de l’existence, ouvrant une fenêtre sur un monde infini, la maternité refusée, le lien de l’amour plus profond que celui du sang, ou bien même la violence conjugale, étaient potentiellement intéressantes. Il est regrettable qu’une fois de plus, ces pistes d’écriture soient toujours survolées.

La principale caractéristique du roman gothique est  aussi sa capacité à planter un décor inquiétant, auréolé de mystère ainsi qu’une atmosphère sombre où la tension est palpable à chaque coin de page. Or, le principal bémol de ce livre est l’absence de véritables descriptions étoffées du lieu dans lequel l’histoire est censée évoluer. Les secrets de Cloudesley est bien trop axé sur la romance et moins finalement sur une véritable ambiance gothique. Le cadre devient ainsi plus un prétexte d’écriture, un moyen mercantile un peu bancal pour appâter le lecteur. 

Rebecca évoquait avant-tout l’histoire d’une demeure et moins celle de ses occupants, ici c’est tout le contraire. La demeure se révèle n’être qu’un joli écrin, une coquille vide ravissante certes, mais renfermant finalement un secret peu renversant.  

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R.A.T gourmand de la Saint-Valentin (billet de suivi)

Le Read-a-thon gourmand de la Saint-Valentin du 13 et 14 février et organisé à quatre mains par les copinautes Bidib et Fondant Grignote débute dès aujourd’hui et devrait s’achever dimanche à minuit ! L’occasion de  marquer le coup malgré cette période encore un peu trouble et un brin tristounette. Pour ma part, j’ai prévu de cocooner comme tous les weekends au coin du feu entourée de mes toutous, un livre sur les genoux et une tasse bien fumante à la main. Je ne sais pas encore si l’Homme de cro et moi allons vraiment célébrer la Saint-Valentin cette année… Ici, en Normandie, il fait un froid sibérien, je n’ai envie de rien et suis donc emmitouflée dans un plaid.

Ce read-a-thon tombe donc à pic pour clôturer cette fin de semaine qui a été à l’école pour ma part particulièrement chargée. Vivement les vacances ! Les participantes sont nombreuses: BidibFondantBlandineChicky PooHildeJojoL’Or RougeMarielleMyrtille  et Touloulou.

Le but de ce rendez-vous bien sympathique est de poster des billets d’humeurs cinéma et lectures autour de deux thématiques bien particulières : la cuisine et bien entendu l’amour.

En fouinant dans mes étagères, j’ai déniché ces quelques titres. Je suis actuellement plongée dans la lecture de L’Art de la Joie de Goliarda Sapienza, un ovni littéraire, j’aimerais poursuivre cette lecture étrange et envoûtante durant le weekend. Toutefois, j’ai également deux romans dans ma PAL qui me font de l’œil depuis plusieurs mois et que j’aimerais peut-être débuter durant ces deux jours de repos. Je n’ai pas non plus visionné Le Chocolat depuis plusieurs années, j’ai bien envie de le redécouvrir ce soir…

Nous voici donc partis pour un doux weekend de partage. Je compte participer modestement à l’événement étant particulièrement érintée ce weekend. Si je ne suis pas un fin cordon bleu, je tenterai aussi tout de même de préparer une petite tarte pomme, un crumble ou un banana bread pour le goûter.  A voir selon l’envie. Bon read-a-thon à tous et toutes ! Et à toute à l’heure !

13h07: L’après-midi commence et je n’ai pas pu lire une seule page de mon livre ! ça promet pour la suite. Ma petite Poupouche est intense ! J’ai donné un cours d’anglais ce matin puis j’ai eu juste le temps de remettre la maison à niveau pour pouvoir me poser… 

14h37: La Poupouche se repose et j’en ai profité pour commencer la lecture de Chocolat Amer, un drôle de roman entremêlant des recettes de cuisine mexicaines et l’histoire d’une jeune fille prénommée Tita. Cette dernière aime secrètement le fiancé de sa sœur aînée… La jolie Tita est la benjamine de sa famille. Selon la tradition, elle ne peut se marier car son rôle sera de s’occuper de sa mère durant ses vieux jours. Elle est donc destinée à rester vieille fille jusqu’à sa mort. Pour l’instant, l’histoire semble un peu anecdotique… Étant plongée en parallèle dans l’Art de la Joie, une lecture beaucoup plus dense, j’ai un peu de mal à rentrer dans Chocolat Amer même si le style est plutôt fluide. J’ai lu 50 pages. 

18h45: Je profite d’un petit moment de répit pour revenir vers vous. L’après-midi a filé à une vitesse vertigineuse. Après un passage éclair chez le coiffeur, une promenade dans le jardin avec la Poupouche et une séance papouillage de mes animaux dans ma petite ménagerie, nous sommes rentrés au chaud pour jouer un peu sur le nouveau tapis d’éveil de notre Poupouche. J’ai eu très peu de temps pour lire et n’ai au final réussi à parcourir qu’une trentaine de pages de Chocolat Amer. Le roman est assez étrange bien qu’agréable à lire. Les personnages sont un peu fantasques et certaines scènes sont plutôt rocambolesques parfois même un brin grotesques. 

Le personnage de Tita est une sorte d’enchanteresse mexicaine. De curieux phénomènes touchent tous ceux qui ont le plaisir tout comme le malheur de goûter à ses plats divins. Ainsi, lorsque Tita apprend le mariage de sa sœur avec l’homme de son cœur, elle s’empresse de concocter des mets délicieux pour les festivités. Au banquet du mariage, les invités se retrouvent victimes d’un étrange sortilège qui les rend mélancoliques. Au souvenir, de l’amour de leur vie, ils sont étonnement pris de sanglots… Les larmes que Tita a en effet versé durant la préparation du gâteau se sont mêlées à la pâte et se sont métamorphosées en un sort redoutable.

Si ces scènes teintées de réalisme magique propre à la littérature hispanique m’enchantent, les passages consacrés au gavage tout comme à l’abattage des bêtes destinées à passer à la casserole pour les plats de Tita me déplaisent franchement. Elles sont parfois trop crues à mon goût… Je vous retrouve toute à l’heure, le devoir m’appelle !

20h48: Et me revoilà ! La Poupouche s’est finalement endormie après un début de soirée mouvementé. Nous avons dansé sur des mélodies de Disney, jouait pendant une bonne heure dans sa chambre à la dinette avant qu’elle ne se couche. En ce moment, c’est un peu notre rituel du soir. Je profite de cette petite pause pour faire un tour sur les blogs des copinautes et jeter un oeil à leurs billets de suivi (mon passage préféré des read-a-thon :). Black s’est installé confortablement sur le canapé en attente de calîns. Il n’a pas eu sa dose et fait exprès de se coucher sur mon livre pour m’empêcher de lire… Comme vous pouvez le constater le pauvre, il a plus de panier, il n’a pas d’autre choix que de dormir, près de la cheminée sur le canapé… Quelle vie tout de même…

L’homme de cro vient tout juste de me rejoindre pour une soirée télé… Nous n’avons pas encore décidé de ce que nous allons voir ce soir… Je lirai peut-être quelques pages avant de me coucher si j’en ai le courage. Et vous qu’avez-vous prévu ce soir? 

21h01: L’homme de cro s’est finalement lancé dans une partie de jeu en ligne interminable… J’en profite donc pour lire quelques pages de Chocolat amer en patientant gentiement :). J’ai lu une cinquantaine de pages depuis que Poupouche s’est endormie. J’ai bien envie de me préparer un petit banana bread mais je doute que ce soit raisonnable à une heure aussi tardive. Tant pis, je me rattraperai demain pour cuisiner quelques gourmandises…

23h40: Je regarde Le Chocolat, l’Homme de cro est tout aussi captivé que moi par le film. J’avais oublié à quel point l’interprétation de Juliette Binoche était magistrale. J’ai réalisé que j’avais dans ma PAL le roman en version originale, j’ai dû l’acheter d’occasion il y a quelques années et l’oublier. Je pense commencer le livre dès demain. J’aime beaucoup l’ambiance du film. 

14 février 2021

8h20: Que vous ayez décidé de passer une journée en famille en toute simplicité, tout seul ou avec votre tendre, je vous souhaite une joyeuse Saint-Valentin ! Pour ma part, nous avons un repas avec des amis de la famille prévu ce midi (nous espérons pouvoir nous faire une petite séance en amoureux de rattrapage cette semaine). Nous serons donc sages:) Étant enrhumée, j’ai dû hier soir aller faire un test Covid de dernière minute pour être sûre de ne pas contaminer mes amis. Ouf, je suis négative, j’ai donc juste attrapé une vilaine grippe… Je frissonne, je n’ai pas de fièvre mais la tête un peu embrumée par manque de sommeil. 

Hier, j’étais bien trop fatiguée pour poursuivre mes lectures et j’ai malheureusement passé une grande partie de la nuit en apnée, le nez bouché :), aussi j’ai décidé de lire quelques pages ce matin pendant que Poupouche danse au rythme de la chanson “Sous l’océan” de La petite sirène, une mélodie qu’elle affectionne en ce moment. Je poursuis encore Chocolat Amer mais je compte alterner avec ma lecture en anglais de Le Chocolat de Joanne Harris pour poursuivre un petit peu la magie du film visionné hier…

8h53: Je n’ai toujours pas réussi à prendre mon petit dèj ni à lire quelques pages de mon roman. Notre ange à la queue fourchue s’est dit que ce matin, l’ambiance était bien trop calme, la maison était toute propre je m’étais lancée hier soir dans un gros ménage pour me réveiller dans un endroit sain… La Poupouche a donc décidé de courir à fond les ballons autour du canapé en éclatant de rire et d’asperger l’intégralité du salon avec de la compote (pompote pour être exacte)… Vous imaginez le carnage. Je viens de passer la dernière demie-heure à récurer l’ensemble de la pièce… Il y avait de la compote partout, y compris sur les jolis rideaux, les livres, mon sac de classe ainsi que la télévision. Poupouche ne fait en effet pas les choses à moitié ! Allez, maintenant que le salon est à nouveau propre, que notre diablotin semble un peu plus posé depuis que nous avons rouspété, (on dirait presque un ange, elle minaude, me fait les yeux doux et est en mode Koala), nous allons donc pouvoir déjeuner… en paix. 

18h38: Me revoilà enfin parmi vous ! La journée est passé bien trop vite. Comme je vous l’avez dit précédemment nous avons été invités chez des amis de la famille. Cela nous a fait un bien fou ! Nous nous sommes régalés au repas de midi. Au menu: une salade de noix et  de pâté à tomber, un gratin dauphinois succulent et un crumble aux fruits accompagné d’une glace vanille (préparé avec amour par l’Homme de cro), suicide diététique garanti ! Un vrai régal, de quoi nous tenir chaud. Nous avons traînasser un peu sur les sentiers de campagne et sommes partis juste avant le couvre-feu pour profiter un maximum du beau temps. Nous avons beaucoup marché pour essayer de digérer ce repas riche. Nous avons découvert près de Douvres-la- Délivrande un très joli parc de six kilomètres pour promener les chiens et permettre à la Poupouche de gambader en toute liberté. Le bonheur ! Elle a découvert aujourd’hui pour la toute première fois la balançoire tout comme le toboggan. Il n’y avait pratiquement personne dans le parc, aussi nous avons pu délaisser nos masques. Quel plaisir de marcher dans cet endroit magnifique et de pouvoir respirer autre chose que notre dioxyde de carbone habituel ! J’ai eu un petit moment de nostalgie en voyant des enfants et des adultes éparpillés un peu partout, le sourire aux lèvres et détendus. C’était étrange de voir les visages des gens. Bref, une belle journée qui fait du bien au moral. 

Le magnifique crumble aux fruits de l’Homme de cro que nous avons dégusté cette après-midi. 🙂

Si je n’ai pas pu bouquiner de la journée, je ne regrette pas d’être sortie un peu et d’avoir pu socialiser avec mes amis. La Poupouche a passé du temps avec sa marraine qui ne l’avait pas vu depuis plusieurs mois et nous sommes tous rentrés sereins comme requinqués. Le temps était sec mais il faisait un froid de canard. Malgré la petite brise qui nous piquait le visage, nous sommes restés au grand air bien une heure ! Nous avons fait le plein de vitamine D.

18h51: La Poupouche était claquée après cette longue journée. Même si elle a somnolé sur le chemin du retour en voiture, elle n’a pas pu vraiment se reposer. Le temps de rentrer, de s’occuper de mes petites bêtes (chiens, chats, poules, boucs et cochon nain) qui nous attendait avec impatience, elle ne désirait qu’une seule chose: un bibi et au lit ! Je viens à peine de me poser, je vais donc  pouvoir reprendre le fil de mes lectures en poursuivant Chocolat Amer. Je reviendrai toute à l’heure pour vous en parler un peu plus et rattraper la lecture des billets de suivi des copines ! 🙂 En attendant, je vais enfiler ma tenue de combat (mon pyj pilou pilou à la Bridget Jones) et me blottir contre l’homme de cro en sirotant une tisane chaude. A toute !

19h51: Je suis de plus en plus happée par ma lecture. Le personnage de Tita est profondément touchant. Son amour pour Pédro est désespérant. Certains passages du romans sont émouvants. L’enfant que Tita avait élevé comme le sien est mort faute de malnutrition. La scène où Tita décide de s’enfermer dans le pigeonnier de la maison pour pleurer tout son sou est magnifique et en particulier quand le médecin de famille vient la chercher pour l’emmener à l’asile parce qu’elle a perdu le goût de la vie et la parole. Ce dernier, par amour, se ravise et l’héberge chez lui pour tenter de panser ses plaies du cœur. 

Tita en ayant perdu la parole, semble avoir gagné des dons de médium et voit des esprits dans la maison du médecin et en particulier celui de son arrière-grand-mère qui veille sur sa descendance. Ces passages typiques du réalisme magique des romans hispaniques sont un vrai régal de lecture. Ce roman me rappelle un peu l’œuvre de Carole Martinez, Le coeur cousu. Bref, je suis finalement conquise. J’ai lu une vingtaine de pages.

22h30: Il est temps de  vous dire bonne nuit ! J’ai tenté de lire un peu plus. Finalement, je n’ai réussi à parcourir qu’une trentaine de pages supplémentaires… J’ai été un peu distraite par l’Homme de cro qui m’a tenté avec une série complètement loufoque à la télévision: What we do in the shadows (ce que l’on fait dans les ombres). Le ton n’est pas franchement sérieux. L’intrigue est assez farfelue, un groupe de vampires est suivi dans son quotidien par une équipe de journalistes qui effectue une sorte de documentaire. En gros, c’est du grand n’importe quoi. La série est une parodie de toutes les grandes œuvres littéraires tout comme cinématographiques liées au vampirisme. C’est de l’humour noir second degré à la sauce anglo-saxonne, c’est pas mal à petite dose 🙂 Bref, une série hautement intellectuelle (heureusement que je la visionne en anglais !) mais on rigole bien.

Je vous parlerai dans un billet spécifique de ma lecture de Chocolat Amer. Je compte terminer le roman demain si j’ai un peu de temps libre. En attendant, je vous remercie de m’avoir accompagné dans cette édition spéciale Saint-Valentin. Merci à Fondant et Bidib qui nous ont encore une fois concocté un super événement ! J’ai aimé vous lire, papoter avec vous et échanger un peu plus dans ce billet d’humeur particulier, un format qui nous permet de se connaître un peu plus et de découvrir également l’univers de chacune d’entre nous. 

Mon bilan pour ces deux jours n’est pas particulièrement brillant, mais cela importe peu au final. J’ai passé un très bon moment avec vous et c’est l’essentiel!

Je viendrai flâner demain matin sur les blogs de copinautes pour lire leur dernier bilan avant de dire adieu (du moins pour cette année) au Read-a-thon gourmand de la Saint-Valentin. Des bisous masqués ! Je vous retrouve très vite pour de nouveaux billets littéraires !

 

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Pachinko de Min Jin Lee

Les années 30.

Yangjin, une jeune coréenne sans le sou épouse Hoonie, un estropié au grand cœur qui l’accueille dans sa pension familiale. Malgré leurs différences, ce couple incongru mène une existence harmonieuse et a une jolie fille, Sunja, qui les comble de bonheur. Mais à la mort de Hoonie, la veuve Yangjin se retrouve démunie. Elle s’échine au travail pour subvenir au besoin de sa fille bien-aimée. Cette dernière peine elle aussi à ses côtés pour faire tourner leur petite pension chancelante.

Lorsque la jeune Sunja rencontre un riche étranger, elle succombe très vite à ses belles paroles et à son charme diabolique et débute avec lui une idylle illicite. Sunja est convaincue que Hansu l’épousera mais ses rêves illusoires se heurtent malheureusement très vite à la triste réalité : la jeune femme s’est fait berner, cet homme d’âge mûr et énigmatique est marié au Japon, et est aussi père de famille. Enceinte, la voilà face à un cruel dilemme : devenir la seconde épouse coréenne de son amant et entacher l’honneur de sa famille jusqu’ici respectable, ou épouser un pasteur chétif et tuberculeux aux idées romantiques pour dissimuler la honte d’un enfant bâtard de naissance… Sunja ne se doute pas que sa décision finale scellera à jamais son destin et aura des répercussions dramatiques sur sa lignée future…

Et c’est ainsi que débute ce roman formidable qui conte le destin inoubliable d’une petite famille coréenne partie de rien et qui se retrouvera malgré elle étroitement liée à l’expansion du Pachinko (un jeu d’argent et de hasard) au Japon. L’intrigue se déploie ainsi sur quatre générations (de 1932 à 1989).

Barack Obama s’est lui-même émerveillé à la lecture de cette histoire multi-générationnelle lors de la parution du roman en 2017. L’ancien président américain a eu le nez fin, cette œuvre est une vraie pépite ! Si le coût du livre m’a de prime abord fait hésiter, cet achat s’est révélé finalement une très bonne pioche !

Il aura fallu pas moins de quatre ans pour que les éditions françaises se décident enfin à traduire ce petit chef-d’œuvre d’écriture. L’attente fut longue mais elle en vaut la peine car les éditions Charleston nous ont produit un livre “écrin” somptueux et se sont également appliquées pour la traduction de cet ouvrage. La plume modeste et sans fioriture de l’auteure sert d’ailleurs parfaitement bien le caractère pudique des personnages de ce roman qui évoluent selon des us et coutumes ancestrales coréennes.

Si le livre est une sacré brique de 622 pages, une épaisseur qui peut sans-doute paraître intimidante, la lecture n’en reste pas moins passionnante. Les pages ont défilé à un rythme affolant. Impossible de lâcher ce livre ! J’étais complètement happée par cette histoire incroyable, au point d’en perdre la notion du temps. Certes, on peut parfois déplorer un manque de souffle romanesque, on est en effet peu habitué à tant de retenue, cependant, Min Jin Lee arrive tout de même à faire renaître avec brio une période historique longtemps passée sous silence: l’immigration de pauvres au Japon traités comme des pestiférés par la population locale durant et après la colonisation de l’Empire Coréen. 

Outre une toile de fond historique maîtrisée, la psychologie des personnages est particulièrement bien soignée. Si l’intrigue se focalise avant tout sur Sunja, un petit brin de femme courageuse et droite, l’histoire suit également le parcours tumultueux de ses enfants et petits enfants stationnés au Japon. On s’attache dès lors à cette galerie de personnages hauts en couleur et résilients qui grandit et évolue dans un univers parfois âpre et cruel. Cette petite tribu coréenne tente tant bien que mal de s’intégrer au Japon.  Ainsi l’amour indéfectible qui les lie est profondément touchant. L’auteure nous fait aussi découvrir deux cultures très peu connues de nous occidentaux, la culture coréenne et nipponne, où l’honneur prime sur la raison et est poussé jusqu’au sacrifice, à l’instar de Sunja dont l’entêtement tout comme sa droiture inflexible la poussent à faire des choix qui auront des conséquences dramatiques sur sa famille.

Derrière une fiction en apparence anodine se dissimule également un témoignage poignant des conditions de vie déplorables des “zainickis”, les coréens maltraités et constamment humiliés par les japonais qui ont été très tôt élevés dans la haine de ces immigrants (ces préjugés perdurent encore à l’heure actuelle). La Corée a en effet été très tôt écartelée entre l’Amérique et son pays voisin délétère, le Japon. Les coréens ont dû assimiler non pas une culture mais trois ! Les personnages de ce roman vont être ballotés d’un pays à l’autre en quête de leurs racines. Cet aspect est d’ailleurs admirablement bien traité par la romancière. On découvre un mode de pensée étonnamment éloigné du nôtre où l’esprit communautaire demeure la principale force de cette famille, c’est pourquoi, les aînés ne sont pas considérés comme un fardeau, ils doivent être traités avec égards et compassion. Tous les membres de cette tribu fonctionnent donc dans l’entraide. Les relations hommes-femmes évoluent aussi selon les générations. La femme est tenue de respecter son époux qui la domine et qui est le seul maître du pouvoir décisif. Cette facette un tantinet archaïque du couple s’effrite peu à peu au fil des chapitres, à mesure que les personnages se frottent progressivement à la culture américaine. Les filles se peignent les bouches d’un rouge écarlate et délaissent le kimono, ce vêtement traditionnel ample pour dévoiler leur courbe. 

Ce roman restera longtemps gravé dans ma mémoire, je n’oublierai jamais le destin tragique de ce pauvre pasteur emprisonné pour ses convictions, ni la résilience, tout comme le courage admirables des personnages de ce roman, des êtres ordinaires profondément humains, sans cesse accablés par les coups du sort et subissant inlassablement les préjugés racistes à leur encontre. La dureté de leur vie est désespérante. Les premières pages du roman sont de ce fait d’une tristesse désolante. 

On y trouve par ailleurs une petite pension familiale minuscule où les hommes s’entassent dans la promiscuité faute d’espace. Une rotation est d’ailleurs établie pour permettre à un grand nombre d’y dormir… On se croirait presque à certains moments dans une œuvre victorienne du XIXème siècle comme les romans sombres de Charles Dickens. Toutefois, j’ai regretté qu’il n’y ait pas davantage d’émotions dans l’histoire. Si j’ai adoré la première partie du roman consacré à Sunja, je dois avouer avoir moins aimé celle dédiée aux enfants car l’héroïne vieillie et avec elle, tout un monde disparaît progressivement…Le lecteur voit ainsi la culture coréenne doucement absorbée et gommée sous le poids de la culture occidentale et nipponne… Un bien triste constat. 

En bref: Voici donc un très bon roman, servi par une écriture tout en retenue. J’ai été complètement captivée par cette saga familiale historique. Min Jin Lee retrace avec maestria l’exil d’une petite famille coréenne sur quatre générations. Cette belle histoire de résilience et de compassion reste une bonne découverte, un véritable dépaysement !  

Une adaptation pour le petit écran serait actuellement en cours. Apple a en effet obtenu les droits et s’attaquerait à la réalisation d’une série télévisée qui devrait être diffusée très prochainement… La plateforme de vidéos souhaiterait par ce biais conquérir le marché asiatique… La série devrait également être tournée simultanément en anglais, coréen et japonais ! Un projet ambitieux ! On attend avec impatience le résultat !

L’annonce de la série t.v en préparation:

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Karaté Kid/ Soirée Pop Corn rétro #4

C’est le retour de notre rendez-vous mensuel, Les soirées pop corn avec Maguy pour partager avec vous (en toute légèreté et sans prétention) notre passion commune pour le cinéma. Nous avions sélectionné pour cette nouvelle édition des films rétros (je suis en retard !) J’avais tout d’abord l’intention de visionner un grand classique du cinéma (un film de John Ford), malheureusement, mon ordinateur n’en a fait qu’à sa tête, mon dvd s’est révélé illisible… Bref, qu’à cela ne tienne, je me suis rabattue sur une valeur sûre, un bon petit film de la culture pop qui a bercé mon enfance et les premières années de mon adolescence: Karaté Kid ! J’ai donc visionné ce weekend le premier volet. 

Et oui, cette sélection de film paraît à première vue improbable pour un blog de livres, mais, voyez-vous, Karaté Kid, c’est un peu ma madeleine de Proust. J’ai visionné les deux premiers films très jeune et j’en garde encore aujourd’hui un souvenir mémorable. Ma soeur et moi étions complètement fans. Nous avions visionné la série de films en boucle et nous connaissions les dialogues par cœur. 

Le héros, Daniel (dans lequel nous nous retrouvions un peu) découvre le Karaté et un moyen d’affronter les “bullies” de son lycée, ces élèves mesquins qui le brutalisent et l’humilient continuellement. A l’école, c’est la loi de la jungle et il n’a d’autre solution pour survivre que de se battre pour conserver sa dignité et se faire respecter (en gros, un pied dans la figure vaut bien mieux que de tendre l’autre joue (…). Ma sœur et moi n’avions malheureusement pas de cours de Karaté à disposition dans notre village, c’est pourquoi nos parents nous avaient finalement inscrits à des cours d’Aïkido. Pas grave, nous nous prenions pour des petits samouraïs (les “samouraïs en sucre” comme nous surnommait notre Sensei avec ironie…). Pendant de nombreuses années, nous pratiquions avec plus ou moins de sérieux et de talent cette noble discipline. Parfois, nous nous retrouvions trois fois par semaine pour tenter de maîtriser le Bokken (le sabre en bois japonais) tout comme le Nunchaku qui atterrissaient respectueusement bien souvent sur nos doigts de pieds, nous laissant au passage des marques violacés, ou en pleine tête, sonnés, avec des hématomes gros comme des oranges… Qu’importe, nous avions l’impression de combattre comme des pros.

Karaté Kid c’est aussi le début de mes tout premiers émois pour la littérature japonaise. Je découvrais dans la foulée avec émerveillement la magnifique fresque épique du Clan des Otoris, une série de romans d’aventure pleine de poésie qui contait le destin d’un jeune samouraï dans le Japon féodal. Cette saga m’a donc ouvert les portes de l’univers infini des livres… Depuis, presque une vingtaine d’années plus tard, je suis toujours aussi fascinée par la culture nippone tout comme par les arts martiaux. 

Aussi, lorsque j’ai eu l’occasion de revoir ces deux petits films d’anthologie, je n’ai pas boudé mon plaisir. L’histoire de Karaté kid tout le monde la connaît plus ou moins. Un jeune ado, Daniel Larusso, déménage en Californie à Reseda avec sa mère qui l’élève seule. Il est persécuté à l’école par ses nouveaux camarades de classe qui voient en lui un “plouc” texan. Comment peut-il supporter cette situation qui devient de plus en plus intolérable? Doit-il lui aussi se tourner vers la violence pour s’intégrer au sein d’un groupe? Sa rencontre avec un vieux sage japonais énigmatique transformera sa vision du monde… Daniel apprendra grâce au Karaté à maîtriser ses émotions et à affronter ses plus grandes peurs…

Sortie durant les années 80, cette série de films (qui en compte au total quatre !) est devenue au fil des années culte, au même titre que les Goonies. Elle aura marqué toute une génération. “Le coup du héron”, cette technique de Karaté pour mettre son adversaire K.O reste une scène de combat d’anthologie. Il faut dire que la réalisation a bien vieilli. En effet, les films tiennent aujourd’hui plutôt bien la route. Le réalisateur de Rocky s’était appliqué.  Les dialogues sont assez drôles et enlevés. On en redemande. Le personnage de Daniel Larusso est aussi touchant. Ce jeune garçon, doux et aimant, à la gueule d’ange, est plein d’insouciance. Sa gentillesse est son talon d’Achille, il devient malgré lui le souffre-douleur de ses camarades.

Si j’adore ce héros fort attachant, je lui ai cependant toujours préféré son maître aux allures de Yoda…  La scène des baguettes et de la mouche reste l’une de mes scènes favorites. J’ai d’ailleurs visionné dans la foulée le remake de 2010 avec Jackie Chan, qui calque l’intégralité de l’intrigue transposée cependant en Chine (le seul bon point du film reste le fameux clin d’oeil aux baguettes) et même si certaines scènes tentent d’égaler l’humour caustique des films originaux, je n’ai malheureusement pas retrouvé le souffle épique de Karaté Kid. Alors oui, les mauvaises langues diront aujourd’hui que les films originaux étaient un pot-pourri éhonté de stéréotypes ethniques et présentaient une vision manichéenne du monde, un brin trop tronquée (les gentils sont récompensés pour leur cœur pur, les méchants prennent une claque sur la main). Honnêtement, je m’en moque royalement ! Cette série de films ne prétend à rien d’autre que de divertir son audience et elle remplit à mon sens pleinement sa fonction. J’ai toutefois été un peu décontenancée par le dénouement abrupt de chaque film qui n’a pas vraiment de conclusion. Le méchant prend la poussière et boom ! Le rideau se ferme ! Générique et c’est plié ! Pas le temps de faire de la poésie et d’ajouter des dialogues bavards…  

D’ailleurs, j’ai découvert avec bonheur sur Netflix, une série savoureuse et jouissive, Cobra Kaï, qui raconte la suite de Karaté Kid et reprend avec brio son filon.  Le pitch est une trouvaille tout simplement géniale. L’histoire se focalise avant tout sur le bad boy des premiers films, Johnny, l’un des ennemis de Daniel Larusso et nous fait découvrir une autre facette de l’histoire originale. L’action se déroule une trentaine d’années plus tard, après la victoire de Daniel Larusso à un tournoi de Karaté. Le casting est explosif, on y retrouve quasiment tous les anciens acteurs de Karaté Kid (à l’exception malheureusement du professeur de Daniel, décédé depuis). 

Johnny, le perdant de ce tournoi, est devenu un homme paumé, un “traîne savate” qui noie ses regrets dans l’alcool. Lui qui appartenait dans sa jeunesse au club très sélect des golden boys se retrouve à la cinquantaine bien sonné à vivre, faute de moyens, dans le quartier pauvre de Reseda (là où ça craint…). Daniel Larusso quant à lui a tout réussi, il est désormais un business man réputé qui se sent malgré tout lui aussi un peu perdu sans les conseils de son mentor disparu… Lorsque Johnny décide de faire revivre le célèbre dojo Cobra Kaï, il ne se doute pas que sa rivalité avec son ennemi de toujours Daniel vient également de refaire surface. Ces deux adversaires pourront-ils parvenir à trouver un jour un terrain d’entente et ce, malgré la rancœur qu’ils gardent au fond d’eux depuis toutes ses années?

Voici une série à l’humour abrasif excellent. J’ai visionné l’intégralité des quatre saisons en quelques mois seulement et attend fiévreusement la suite. C’est devenu incontestablement l’une de mes séries fétiches. Le personnage de Johnny campé par William Zabka est un Senseï de prime abord raté mais complètement déjanté et qui se révèlera à sa propre surprise un bon professeur, à l’écoute de ses élèves. Je l’adore ! Il est infâme, vulgaire et un chouilla cracra mais aussi profondément humain et parfois même touchant. 

Enfin, la réussite de cette série nostalgique, réside principalement sur le ton moyennement politiquement correct des dialogues qui sont parfois quelque peu “fleuris”. Certains passages sont franchement hilarants. L’intrigue est aussi très rythmée et les scènes de combat sont un pur régal pour les yeux (ça bastonne dur d’un bout à l’autre). Le scénario ne manque d’ailleurs pas de rebondissements. Du divertissement comme on les aime ! 

En bref, une série qui dépote ! Cobra Kaï est un bel hommage à Karaté Kid et au kitch des années 80 ! A voir sans modération !  

Le teaser:

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L’oeil du léopard de Henning Mankell

Se sentant coupable de la disparition tragique de Janine, sa maîtresse, Hans décide d’honorer sa mémoire en partant pour l’Afrique en Zambie, à Mutshatsha, sur les traces d’un missionnaire suédois du XVIIème siècle qui aurait perdu l’intégralité des siens au cours d’un voyage sinistre dans les contrées sauvages africaines. A son arrivée, Hans déchante très vite, l’endroit est chaotique, la misère tout comme la mort règnent sans partage sur ce no man’s land. Hans, à la fois fasciné et effrayé par cette Afrique insaisissable, s’éternise et y pose finalement ses valises. Lorsque Judith, une femme un peu rêche qu’il connait à peine lui propose de reprendre la direction de sa ferme, il y voit l’opportunité de mettre en oeuvre ses idéaux dans un paradis terrestre où tout semble à reconstruire, et de réaliser aussi un rêve d’enfance. Se pourrait-il qu’il trouve également une réponse au sens de sa vie ?  Hans ne se doute pas de ce qui l’attend là-bas… Le réveil sera d’autant plus brutal…

Difficile de dire si j’ai vraiment aimé cette lecture ; l’atmosphère est en effet particulièrement sombre et oppréssante. Si le thème de l’Afrique m’a de prime abord attirée, j’ai été très vite décontenancée par le ton aigre du récit car il prend au fil des pages une tournure des plus glauques. L’histoire oscille par ailleurs toujours entre deux univers : l’un froid et claustrophobe de la Suède, l’autre aride et étouffant de la Zambie, au coeur de l’Afrique australe. On suit ainsi au fil des pages les pérégrinations de ce héros qui n’en est d’ailleurs pas véritablement un. Je n’ai malheureusement pas réussi à m’attacher à cet homme indécis qui est toujours entre deux eaux. En somme, c’est un lâche qui souhaite échapper à sa propre vie et se retrouve malgré lui précipité dans un monde âpre qu’il ne comprend pas lui-même. La Zambie semble de prime abord l’endroit idéal pour se “planquer”, un endroit où les jours s’égrènent avec lenteur et où on remet toujours au lendemain les grandes décisions… 

J’ai donc eu beaucoup de difficultés à rentrer dans ce livre. La première partie en Suède m’a de ce fait un tantinet ennuyée puisqu’il ne s’y passe pas grand-chose. Le narrateur nous relate des bribes de son enfance partagée entre le traumatisme de son abandon très jeune par une mère démissionnaire et son éducation bancale assurée par un père alcoolique et rustre qui ne rêve que d’une chose, reprendre la mer et s’évader de sa forêt opaque où il coupe inlassablement du bois. Hans mène ainsi une existence d’une tristesse désespérante. Quel étouffement !

Son amitié teintée d’envie avec son camarade Sture, un “gosse” de riche, semble lui apporter un temps une certaine quiétude, jusqu’au jour fatal où son ami est victime d’un accident stupide qui le laisse paralysé pour le restant de ses jours. Ce passage est particulièrement effroyable car Hans est en partie responsable de ce drame. Le poids de la culpabilité pèse sur ses épaules et il finira par abandonner son propre camarade à son triste sort… Hans a tout d’un anti-héros. Il est toujours fuyant dans tout ce qu’il entreprend et manque cruellement de courage. 

On rencontre également dans cet étrange récit pour le moins macabre, une drôle de femme, une dame qui, à la suite d’une opération hasardeuse a perdu son nez et se promène avec le nez rouge d’un clown pour dissimuler le trou béant situé au milieu de son visage… Un trait de la littérature nordique qui m’a laissée dubitative (…) Hans n’est alors qu’un jeune collégien lorsqu’il croise sa route. Il vibrera d’amour pour elle dès sa première rencontre et entretiendra une relation ambiguë avec cette dernière. Cette partie du roman est tout aussi malsaine et à mon sens déroutante car on se demande bien comment l’auteur va nous emmener en Afrique… La mort subite et effroyable de cette femme sans nez, Janine, qui se suicide après avoir été abandonnée par son jeune amant Hans, étant une fois encore en partie responsable, scelle son destin. Il décide dès lors de réaliser le rêve de cette défunte en partant à la découverte de la Zambie. 

Ce pèlerinage étrange ne lui apportera aucun réconfort. Il fuira finalement un champ de ruines pour un autre.

La partie africaine relate les années post-indépendance de la Zambie  (le roman s’achève avec les années 90) qui est une véritable poudrière prête à exploser à n’importe quel moment. Les colons blancs ont été en majorité chassés du pays, seuls quelques-uns fiers et entêtés ont conservé leurs fermes et leurs propriétés. Hans se croit différent de cette population blanche anglo-saxonne raciste et étriquée qui maltraite les noirs. Donneur de leçons arrogant, il est d’ailleurs convaincu de comprendre la mentalité des africains et de savoir ce qu’ils désirent vraiment tout comme de connaître leurs besoins. Ainsi, il se voit comme un bon sauveur venu redorer en quelque sorte son blason. Lorsqu’il se retrouve à la direction d’une ferme de poules pondeuses et de 200 employés, la tête lui tourne et les désirs de grandeur prennent petit à petit forme dans son esprit. Ses idéaux se heurtent malheureusement à la sombre réalité de l’Afrique, les africains n’ont pas besoin des blancs pour vivre et survivre, ils agissent selon leurs propres codes, influencés par des croyances et des superstitions incompréhensibles pour l’esprit trop terre à terre blanc. Ainsi donc Hans comprend qu’il est lui-même un intrus sur cette terre sauvage et indomptable. Après 17 ans de vie en Afrique, il n’a toujours pas trouvé réponse à ses interrogations… Il repartira lui-aussi les mains pleines de sang…

Voici donc une lecture qui ne laisse pas de marbre (ou plutôt de glace…). A travers ce récit un brin glauque et inquiétant, Henning Mankell nous fait découvrir la face cachée de l’Afrique où la corruption tout comme le fatalisme tiennent malheureusement une place prépondérante dans son destin. On en ressort un peu désillusionné (ou traumatisé) comme notre “héros” Hans. Si le jour, cette terre sublime semble tout droit sortie d’un rêve, la nuit, elle devient le théâtre des pires horreurs. La ferme de Hans se métamorphose progressivement en prison dorée, un vrai bunker où, pour se protéger de l’extérieur, il n’aura d’autre choix que de se calfeutrer. J’ai trouvé l’analyse de l’auteur particulièrement fine lorsqu’il dépeint le milieu des anciens colons blancs. Si les noirs cultivent la haine des blancs, ces derniers ne sont pas tout à fait innocents non plus puisqu’ils méprisent sans cesse les noirs. 

En bref: Mankell décrit avec un certain talent la solitude des expatriés et la complexité de leur relation avec les noirs, la moiteur du climat, l’angoisse diffuse d’un pays au bord du cataclysme tout comme l’avidité des hommes qui le gouvernent. L’œil du léopard, c’est cette fièvre délirante qui attaque et ronge l’âme d’Hans lorsqu’il est pris de crises de paludisme, c’est l’Afrique qui prend peu à peu possession de lui, tapie dans l’ombre prête à bondir à l’instant propice pour venger ses torts…

J’ai d’ailleurs découvert que dans certaines parties du continent, il existait (et existe toujours) des sociétés secrètes basées sur des croyances animistes (et parfois cannibales) où des chefs sorciers étaient entraînés comme guerriers impitoyables pour devenir des “hommes léopards”. Ces êtres aux habiletés extraordinaires auraient la capacité de projeter leur conscience dans celle d’un léopard ou de simuler les attaques de cette bête sauvage. Leurs crimes étaient la plupart du temps motivés par la vengeance… Cette trouvaille de l’auteur demeure, selon moi, la partie la plus intéressante du roman, dommage qu’il l’ait peu exploitée dans son intrigue. Si je n’ai fait qu’une bouchée de ce livre, cette lecture contemplative fascinante reste cependant un brin trop pessimiste à mon goût. Elle aura toutefois eu le mérite de me faire réfléchir et de me donner l’envie de me recentrer sur des lectures plus légères.

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