12 years a slave

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La p’tite Pal de Poupouche / Edition #2

OIPIl revient à ma mémoire des souvenirs oubliés… Douce France… Cher pays de mon enfance… Bercée de tendres insouciances, je t’ai gardé dans mon cœur… (Charles Trenet).

En furetant dans ma bibliothèque en quête de lectures champêtres pour honorer le challenge Cottagecore, je suis tombée sur ces deux jolis livres pour enfants : Caroline et ses amis. L’une de ces deux éditions m’avait été offerte par mes parents lorsque je n’étais qu’une petite fille, et je l’ai conservée précieusement pendant toutes ces années. Nous avions coutume de lire cette collection ensemble le soir. Depuis, j’ai institué à mon tour ce rituel avec la Poupouche pour lui donner le goût de la lecture mais aussi des animaux qui tiennent une place particulière dans mon cœur tout comme dans ma vie.

Si Martine demeure encore aujourd’hui la référence incontournable de lecture enfantine des 3 à 7 ans. Ma préférence a toujours été à Caroline et ses amis car cette héroïne d’une dizaine d’années était aussi courageuse que déterminée. Elle était aussi toujours accompagnée d’un nombre incalculable de compagnons à quatre pattes, tous plus adorables les uns que les autres. Ces petites boules de poils si charmantes formaient à ses côtés un drôle d’équipage. Les histoires de Caroline plantaient par ailleurs la plupart du temps leurs décors dans des cadres bucoliques bien franchouillards et la campagne était également souvent le théâtre des aventures rocambolesques de cette jolie blonde.

En somme, ces histoires courtes enfantines reflètent à mon sens une époque presque disparue, un temps où l’on savourait et collectionnait encore chaque instant comme de jolis coquillages dénichés sur une plage…

Caroline à la mer est l’un de mes titres favoris. Caroline et sa petite équipe partent découvrir la mer. La petite fille a trouvé une ravissante demeure sur le bord de plage à louer et elle a bien l’intention de profiter de l’été pour vivoter dans les dunes. Malheureusement à leur arrivée, le beau temps n’est pas vraiment au rendez-vous et les cirés vont devoir faire leur retour … Ouf ! Une éclaircie semble timidement poindre à l’horizon, l’occasion pour cette adorable bande d’intrépides compagnons de tester la température de l’eau. Tout semble aller comme sur des roulettes jusqu’à ce que Youpi, le petit chien au pelage roux de Caroline se perde en ramassant des coquillages. La marée monte et le voilà pris au piège ! Pas de panique, Caroline arrive à la rescousse pour secourir son ami ! 

Ce titre est adorable et les paysages rappellent étrangement le décor normand du Pays d’Auge. On se croirait à Cabourg. On y retrouve d’ailleurs les manoirs à colombage que l’on peut apercevoir sur la digue en bord de plage. J’aime ses paysages bucoliques si familiers…

Caroline-et-ses-amis-dans-leur-maisonCaroline et ses amis dans leur maison est aussi une belle lecture. La petite fille a dégoté la perle rare, une ravissante maison de campagne à un prix défiant toute concurrence ! Mais il va falloir se retrousser les manches car la demeure est un poil vétuste et les loirs s’y sont installés … Caroline n’est pas au bout de ses peines lorsqu’elle s’attèle au travail de rénovation. Ses compagnons poilus s’efforcent de l’aider mais les catastrophes s’accumulent …  

J’aime particulièrement cette dière histoire qui me rappelle mes vacances dans notre maison rurale en Normandie. La maison de Caroline ressemble à s’y méprendre à celle où j’ai séjourné durant mon enfance… Cette lecture a donc fait ressurgir des souvenirs chers et tendres de ma jeunesse.

En outre, j’ai été surprise de constater la qualité de l’écriture de ces courts albums illustrés. Le vocabulaire est étoffé et les histoires sont plutôt élaborées malgré leur brièveté. Il y a toujours une petite touche didactique présente en filigrane. Les enfants apprennent ainsi l’importance de l’amitié, la camaraderie est en effet au cœur des aventures de Caroline. La générosité et l’empathie sont aussi des valeurs importantes et souvent mises à l’honneur dans ces doux récits.

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En bref : ces lectures de jeunesse ont ravivé de jolis souvenirs de vacances à la campagne et au bord de mer. Les Caroline sont des livres aux illustrations pastelles vintage fleurant bon les plaisirs désuets. Cette héroïne si sympathique et tellement mignonne, tout comme ses compagnons attachants, touchent le cœur des petits tout comme des plus grands qui s’émerveillent en suivant ses pérégrinations au fil des pages. Ainsi, les aventures de Caroline et ses amis réussissent encore avec brio (même une soixantaine d’années après sa première parution!) à embellir le quotidien des enfants et leurs rappellent avec finesse que chaque jour recèle son lot d’aventures. Les surprises ne sont en effet jamais bien loin ! Il suffit d’ouvrir les yeux !

Ces lectures délicieuses un tantinet nostalgiques s’inscrivent ainsi merveilleusement bien dans l’ambiance du Cottagecore pour les catégories : Retour aux sources, Rêveries au bord de l’eau et Propriétés et jardins dissimulés.
 
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Emma de Autumn de Wilde/ soirée ciné Popcorn #7

emma-poster-3-384x576 (1)C’est l’heure du billet mensuel Soirée Popcorn ciné organisé avec Maggie, j’ai décidé de visionner la dernière adaptation d’Emma de 2020 dans le cadre du Challenge Cottagecore. Maggie quant à elle a choisi de sélectionner un film japonais, Les 47 rônins de Carl Rinsch. Pour lire sa chronique c’est ici !

XIXème siècle au milieu de la campagne anglaise. Emma Woodhouse, une jeune fille aisée, passe le plus clair de son temps à s’immiscer dans la vie de ses amis pour jouer les marieuses. Elle-même a prêté serment de ne jamais se laisser passer la bague au doigt. Son père étant âgé et vulnérable, elle refuse de l’abandonner. D’autant plus que ce dernier n’a toujours pas digéré le mariage de sa fille aînée qui l’a lâchement désertée pour vivre sa vie d’épouse comblée à l’autre bout du comté. Pour occuper ses journées d’oisiveté, Emma décide de dégoter un parti convenable pour son amie Miss Harriet Smith, une jeune fille de basse extraction qui devient sa demoiselle de compagnie. A mesure que notre héroïne tisse des projets matrimoniaux extravagants pour sa petite protégée, les déboires s’accumulent pour former un imbroglio de quiproquos ridicules et farfelus … 

Difficile de résumer cette intrigue alambiquée qui enchaîne sans cesse les situations rocambolesques. J’avais découvert il y a déjà de nombreuses années, cette comédie des mœurs délicieuse grâce à l’adaptation brillante de 1996 par Douglas McGrath qui m’avait grandement plu. Je m’étais par ailleurs empressée de lire Emma. Aujourd’hui, j’en garde un souvenir un peu flou bien qu’agréable. Aussi, l’idée de dépoussiérer un peu cette petite pépite d’écriture en visionnant pourquoi pas une version un peu plus libre me semblait, bien qu’un pari risqué, une initiative alléchante…

Cette énième adaptation que nous propose Autumn de Wilde, une réalisatrice novice anglaise, a fait beaucoup parler d’elle à sa sortie en salle en 2020 … Les critiques ont été plutôt mitigées. Certains ont adoré ce projet d’avant-garde qu’ils ont qualifié d’audacieux, d’autres au contraire ont tiré à boulet rouge sur cette nouvelle version … Je dois avouer avoir été pour ma part un brin décontenancée par ce film …

Si le cadre tout comme les costumes m’ont paru somptueux malgré un décor frisant parfois le carton pâte à la sauce Tim Burton, la mise en scène m’a semblé complètement chaotique. Certains passages m’ont par ailleurs franchement ennuyée, au point de devoir rembobiner le film pour pouvoir maintenir mon intention déjà défaillante dès les premières scènes. Et quelles scènes d’ouverture ! Le film débute sur des chapeaux de roue avec le postérieur nu de Mr Knightley qui est assisté de ses deux valets. Cette scène aguicheuse un tantinet cavalière n’apporte rien à la trame de l’histoire et déconstruit totalement l’univers fantasmé austenien. Tout l’art des romans prenant pour toile de fond l’époque victorienne et en particulier l’ère de la Régence anglaise réside dans la suggestion des scènes romantiques, de la nudité à peine effleurée des personnages. C’est le sentiment de frustration qui provoque l’excitation. Ici donc le ton de cette nouvelle version cinématographique est d’emblée donné, ce film s’autorise de multiples libertés d’interprétations quitte à pervertir au passage l’œuvre originale en modifiant drastiquement la personnalité même de l’héroïne du roman. 

J’avais le souvenir d’une jeune fille un brin capricieuse et hautaine mais qui malgré tout possédait un cœur d’or. Certes, elle manquait parfois de jugeote mais n’était foncièrement qu’une demoiselle trop inexpérimentée faisant preuve d’un certain manque d’immaturité. Elle apprenait graduellement de ses erreurs et grandissait au fur et à mesure de l’histoire. 

Or, dans cette version, Emma est une pimbêche hautaine et vaniteuse, souvent même mesquine et un poil trop antipathique pour qu’on s’y attache vraiment. Je l’ai trouvé d’un bout à l’autre détestable (on a souvent envie de lui claquer la figure) et on se demande comment cette garce peut réussir à toucher le cœur d’un gentleman comme Mr Knightley, un homme d’une droiture exemplaire. En somme, la demoiselle ne le mérite franchement pas.

Les traits de personnalités des protagonistes manquent donc ici cruellement de subtilité, ils sont grossis jusqu’à la caricature, au point d’en devenir ridicules. 

Le passage où Emma remonte sa robe pour offrir son derrière à la cheminée dans le but de se réchauffer est franchement vulgaire et inutile. La réalisatrice avec ses gros sabots accentue sans cesse ses scènes douteuses pour illustrer la vérité crue de cette époque souvent trop romancées. Mais est-ce vraiment ce que l’on recherche lorsqu’on visionne ou même lit une « austinerie » ? A-t-on besoin d’imaginer nos héros sur leur cabinet d’aisance ou en train de se curer le nez (j’exagère mais on s’en rapproche dangereusement) ?…

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D’ailleurs, la scène de la déclaration d’amour entre Mr Knightley et Emma, au cours de laquelle son nez se met justement à saigner comme une fontaine, est complètement grotesque (un peu cracra quand même). C’est la pire scène romantique que j’ai dû visionner. Mais quelle horreur !!!

Je n’ai donc pas été particulièrement convaincue par le jeu des acteurs qui semblent parfois improviser certaines scènes (on a la désagréable impression de les voir évoluer en roue libre). S’il est vrai que l’actrice principale, Anya Taylor-Joy joue plutôt bien le rôle d’une garce notoire, je l’ai trouvée dénuée de charme et finalement assez quelconque. Bill Nighy qui incarne magistralement son père hypocondriaque est comme à son habitude impeccable. Quant au héros masculin, Johnny Flynn, il apporte une certaine fraîcheur au personnage de Mr Knightley, et reste sans aucun doute le plus touchant de l’histoire.

Ainsi donc, les acteurs masculins sauvent à peine le film en tentant tant bien que mal de porter à bout de bras cette bouffonnerie un peu indigeste. Malgré leurs vains efforts, ce long-métrage (effectivement terriblement long) est à mon sens raté. Emma, cette entremetteuse envahissante, est bien trop agaçante à mon goût.

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La réalisatrice n’y va pas non plus avec le dos de la cuillère pour dénoncer l’oisiveté et la condescendance de ces personnages snobinards. Les domestiques sont aussi trop stéréotypés. Ils semblent ici seulement présents pour servir la soupe et font parfois preuve d’une insolence décalée..

Pour conclure, ce film m’a rappelé l’adaptation tout aussi terne d’un roman brillant Les proies par Sofia Coppola. Le résultat était un esthétisme sublime mais une coquille vide sans grand intérêt. Un exercice de style  qui s’était révélé inabouti et finalement vain.

En outre, la réalisatrice pose un regard trop moderne sur Emma, et l’on en vient même à se demander si elle a bel et bien lu l’œuvre de Jane Austen et l’apprécie vraiment… Reste que le résultat est dissonant et le film est malheureusement desservi par une mise en scène trop maladroite et éparpillée. Quel gâchis ! 

la bande-annonce ici :  (181) emma trailer 2020 vost – YouTube

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Cette soirée ciné s’inscrit dans le challenge Cottagecore dans les catégories Les propriétés et jardins dissimulés ainsi que Retour aux sources. Et voici aussi une nouvelle participation au challenge A year in England organisé par Lou, Titine et Cryssilda.

 

Soirée pop corn chez Missycornish et Maggie &

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Les tendres plaintes de Yôko Ogawa

les-tendres-plaintes-510370-264-432A la suite d’une déception amoureuse douloureuse, Ruriko décide de tout quitter, Tokyo et son rythme de vie effréné, pour s’installer en pleine forêt dans un chalet. Là-bas, elle tente de se reconstruire en s’adonnant à sa passion, la calligraphie dont elle doit désormais vivre chichement. Non loin de sa “cabane”, à la lisière de la forêt, elle fait la rencontre d’un curieux duo à la fois tranquille et discret : Nitta, un ancien pianiste tourmenté devenu facteur de clavecins et sa jolie apprentie, Kaoru, qui cache un terrible passé. Tous deux sont toujours accompagnés de leur vieux chien, le touchant Dona complètement aveugle et à moitié-sourd. Nitta est incapable de jouer en présence d’un public, pourtant un matin, Ruriko surprend l’homme jouer un morceau mélancolique pour Kaoru, Les tendres plaintes. Cette scène secrète où la sérénité semble presque palpable bouleverse Ruriko …

Voilà une lecture que je suis pas prête d’oublier de si tôt… Ce doux roman est un petit joyau d’écriture. Si l’intrigue est quasi-inexistante, cette histoire d’une lenteur déconcertante m’a paradoxalement beaucoup plu. Je me suis complètement laissée bercer par la musicalité de l’écriture de Yôko Ogawa, qui a un talent inné de conteuse. Elle excelle à décrire les sentiments complexes qui envahissent les protagonistes au fil de l’histoire.

Ruriko est un personnage féminin profondément émouvant. Cette femme blessée par un mari volage va tenter vainement de s’immiscer dans la bulle de quiétude qui enveloppe cet étrange couple. Nitta et Kaoru sont-ils d’ailleurs amants, amis ou de simples collègues de travail? Difficile de déterminer cette relation toujours nimbée de mystère, qui n’appartient qu’à eux. Ses deux personnages vivent à la fois en osmose avec la nature mais sont également totalement complémentaires. Ruriko ne peut malheureusement appartenir à leur monde et bien qu’elle s’évertue à se glisser entre eux, espérant partager leur passion, elle demeurera d’un bout à l’autre du roman qu’une piètre spectatrice, celle d’un univers mystérieux et coupé de tout, dont elle ne saisit pas les codes.

Cette œuvre d’une écriture épurée mais sensible, intrigue donc autant qu’elle fascine. La traduction est par ailleurs remarquable car la plume est d’une grande fluidité. Si les descriptions de paysages sont particulièrement intenses, les sons ont eux aussi une place  importante dans le roman, c’est pourquoi le grincement d’un plancher, le bruissement d’une feuille tout comme la répercussion de l’onde du lac sur l’eau impactent inlassablement l’humeur des personnages. J’ai ainsi aimé le rôle que jouait la musique pour rappeler les souvenirs enfouis de ses personnages abîmés par la vie. Ces protagonistes insaisissables sont fascinants et l’adoration plus que l’amour qui unit Kaoru à Nitta est bouleversante. 

Les pique-niques au bord de l’eau, les balades sans but dans la forêt, ces instants de bonheur fugace sont ici admirablement bien rendus. L’autrice pose également un regard tendre sur les animaux et en particulier sur Dona, ce chien vieillissant, avili par la maladie et qui a lui aussi un rôle important à jouer dans l’équilibre de cet étrange équipage.

Enfin, j’ai trouvé ce portrait de femme en mal d’amour que dépeint avec finesse Yôko Ogawa, tout simplement poignant. Incontestablement un beau livre, une énigme aux vertus étrangement apaisantes, qui nous hante même après avoir tourné la dernière page.

En bref : un roman complexe sur le pouvoir des liens amoureux, triste et un tantinet désespérant mais tellement beau. Une belle découverte qui m’a rappelé par certains aspects l’atmosphère poétique et mystérieuse du Mur invisible de Marlen Haushofer …. J’y ai ressenti les mêmes sensations étranges, cette douceur à la fois mélancolique et ensorcelante. On a parfois presque l’impression d’entendre la forêt nous murmurer ses secrets… 

Une douce lecture nipponne qui vient clôturer en beauté le challenge Un mois au Japon, et qui introduit parfaitement bien le Challenge Cottagecore que je viens tout juste d’amorcer en s’inscrivant dans les catégories : Retour aux sources et Rêveries au bord de l’eau

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Publié dans Challenge Cottagecore, Challenge Un mois au Japon, Littérature asiatique | 9 commentaires
325095ae29ddbc659ced1b9408bd40b1--umbrellas-parasols-peaceful-placesEt voilà ! Il était grand temps qu’un challenge littéraire soit enfin lancé sur Artdelire ! J’ai vu quantité de défis fleurir au fil des années, si bien qu’après plusieurs mois d’hésitation et d’appréhensions, j’ai eu finalement l’envie de proposer à mon tour un tout petit challenge de rien du tout pour accueillir les beaux jours… Le blog s’apprête à célébrer ses douze années d’existence… (Eh oui, le temps file à une vitesse vertigineuse). Quelle meilleure excuse donc pour apporter une petite touche festive par ici !

Je lance officiellement dès le 1er mai Le challenge Cottagecore ! Ce défi s’achèvera le 30 septembre (pour nous laisser suffisamment le temps de poster à notre rythme de croisière et sans pression). Pour ceux et celles qui ne savent pas encore de quoi il s’agit, voici la définition un brin ironique de cette catégorie que j’ai dénichée sur Google: 

“Le Cottagecore est l’art de mettre en scène une version romancée (et très idéalisée) de la vie agreste (avec le bon angle et le bon filtre)”. Pour ce qui est du domaine littéraire, c’est avant tout une sous-catégorie qui invite le lecteur à célébrer la nature dans tous ses états. L’ambiance enchanteresse et bucolique d’Anne de Green Gables donne parfaitement le ton de ce nouveau genre qui tire principalement son inspiration des ambiances champêtres du XIXème siècle. 

Je vous propose donc de nous inspirer aussi de cette tendance pour aborder la lecture avec optimisme. L’objectif principal est de découvrir des lectures réconfortantes (pouvant aussi être parfois mélancoliques) afin de renouer avec les petits plaisirs de la vie. Ce challenge fait ainsi avant tout l’éloge de la nature. Le printemps pointe timidement son nez et si les températures demeurent encore fraîches, le soleil fera bientôt son retour, les barbecues devraient pouvoir également reprendre du service. Si je compte passer les prochaines semaines en extérieur à folâtrer deci delà, le temps n’étant pas particulièrement clément, les lectures demeurent encore un moyen d’évasion idéal pour patienter. Alors suivez le guide !  Rejoignez-moi dans ses festivités !

Le confinement a mis en avant les ambiances Cottagecore. Les motifs floraux, les tricots, patchwork, chapeau de paille, robes légères à fleurs et porcelaines sont légion sur Pinterest, de quoi nous contaminer. Pour ma part, j’ai été d’emblée séduite par ce curieux phénomène. L’idée de s’éloigner un petit peu de la civilisation (et de l’influence néfaste des médias entre autres) pour effectuer une petite retraite spirituelle en se reconnectant avec l’essentiel, me paraît somme toute une belle façon d’accueillir les beaux jours. Pique-niquer sur une nappe à carreaux, assise dans l’herbe, ou admirer la mer et marcher sans fin dans les dunes accompagnée de mes chiens, ou bien encore errer dans la forêt et cueillir des cerises dans l’arbre fruitier du jardin sont des passe-temps parfaits pour moi. N’oublions pas la lecture et le plaisir de bouquiner en paressant dans le jardin sur un banc, au soleil… C’est pourquoi ce challenge semblait logique pour mettre en valeur ses petites passions du quotidien. 

Voici donc le petit programme que j’ai spécialement concocté pour vous .

Cinq catégories simples à suivre pour vous aiguiller et vous accompagner dans le choix de vos lectures :

*The cottagecore lifestyle :

Magazines, documentaires autour du jardinage, couture, cuisine, ambiances cocooning

*Retour aux sources :

Des histoires qui se déroulent en pleine campagne, dans la forêt, (peut-être loin de la civilisation).

Exemple: Loin de la foule déchaînée, Les forestiers de Thomas Hardy, La petite maison dans la prairie, etc…

*Les propriétés et jardin dissimulés :

(secrets de familles, sagas familiales à la campagne dans un cottage ou manoir)

Le jardin secret, Les brumes de Riverton, etc.

*Rêveries au bord de l’eau :

Des histoires qui se déroulent au bord de la mer, d’un étang, marais tout en conservant une ambiance champêtre et romantique : Les dames de la côte de Nina Companeez, Le blé en herbe de Colette, Le chant des écrevisses, etc.

*Contes et légendes campagnards :

Des éditions illustrées telles que les mythes des Léprechauns ou les histoires pour enfants de Beatrix Potter. 

A noter qu’une lecture peut bien entendu très bien entrelacer plusieurs catégories, voire toutes ! 

Pour valider complètement le challenge, voici cependant quelques conditions:

Lire au moins un livre qui :

♦contient le mot “cottage”

♦a une couverture qui évoque la nature

♦raconte une histoire d’amour dans les landes ou dans les bruyères. 

♦est un classique champêtre (exemple Middlemarch, Raison et sentiments, Cranford…)

Pour les plus courageux, pourquoi pas aussi une lecture en version originale? Enfin, les cinéphiles peuvent aussi se faire plaisir en rédigeant des billets critiques de films, dessins-animés et animés sur cette thématique ! (je pense entre autres aux films des studios Ghibli).

Et pour en apprendre un peu plus sur la tendance Cottagecore, je vous invite à découvrir cette vidéo très interessante qui vous donnera des idées de lectures :

(168) 🌼 Cottagecore books, movies, tv shows || to feel all the springtime vibes 🌼 – YouTube

Darling Desi a une chaîne Youtube bien sympathique que je vous encourage à voir, pour y jeter un oeil c’est par ici !

Ce billet d’introduction au challenge sera également disponible en billet récapitulatif sur la page d’accueil du site. Pour vous inscrire c’est donc par ici ! Un groupe de discussion privé dédié au challenge est aussi ouvert : Le challenge Cottagecore et une page Instagram #challengecottagecoreartdelire sont désormais actifs pour permettre à un large public de participer à l’événement. Quelques rendez-vous de lectures sont aussi programmés, même si tout participant est libre de faire comme bon lui semble.

♦Le 30 mai : une lecture qui met à l’honneur les animaux, insectes et fleurs (un roman ou même un documentaire, pourquoi pas).

♦Le 30 juin : une lecture qui évoque les pique-niques et balades dans les champs.

♦Le 30 juillet : une lecture mettant en avant les baignades

♦Le 31 Août : un livre sur les jardins cachés

♦Le 30 septembre : un roman qui se déroule dans la forêt ou qui introduit l’automne … 

Voici les logos à votre disposition :

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Et les logos des copinautes :

Eleonore B du blog Dusoirenete nous a concocté ce joli logo :

N’oubliez pas d’ajouter à chaque billet le logo du challenge ainsi que le lien du blog Artdelire.

Vous pouvez aussi proposer d’autres logos et me les soumettre, n’hésitez pas à laisser libre cours à votre talent créatif ! Je vous présente un échantillon de ma “Petite Pal” dans laquelle je compte piocher selon mon gré :

Voilà donc le programme de ces prochains mois !  Hâte de lire vos contributions ! Bon challenge et bonnes découvertes livresques ! Vous trouverez sous la bannière du blog, une page dédiée à vos billets de récapitulatifs.

https://www.facebook.com/artdelireleblog/

Publié le par missycornish | 52 commentaires

Le destin blanc de Miyuki /Le kimono blanc

OIPEn furetant à la médiathèque de ma ville, j’ai déniché deux albums illustrés jeunesse qui m’ont d’emblée tapé dans l’œil. Si ces deux beaux livres sont davantage destinés à des enfants, je me suis tout de même régalée à leur lecture. J’ai admiré la finesse des illustrations d’un goût exquis, et ai eu finalement envie d’acquérir mes propres versions pour compléter la petite bibliothèque de ma fille. 

En sélectionnant ces deux histoires, j’ai réalisé avec surprise que les thématiques abordées étaient étroitement liées. En effet, elles évoquent toutes deux avec grâce les thèmes de la mort et du passage du temps. Elles mettent également en scène des fillettes ravissantes à la chevelure d’ébène. 

Le destin blanc de Miyuki est un grand coup de coeur. Ce conte très étrange mais enchanteur prend pour toile de fond le Japon féodal. Deux clans se querellent depuis de nombreuses années, les royaumes des Takeshi et de Chikao. Un jour, Takeshi franchit le point de non retour en enlevant la fille adorée de Chikao et en effaçant toute trace de son passé. Il lui donne une nouvelle identité et la confie à un couple de paysans. A mesure que les années passent et que la jeune fille désormais surnommée Aiko s’embellit, Takeshi s’éprend de sa captive et décide de l’épouser. De leur union naît une petite fille au caractère doux et aussi jolie que sa mère. Malheureusement, Miyaki semble hantée par les fantômes du passé de ses parents. La nuit, elle fait de curieux rêves qui la mèneront à rencontrer son grand-père malade et mourant …

downloadCette histoire émouvante qui traite avec habileté de la vieillesse tout comme de la vie et de sa finalité est étonnamment dense pour un livre de jeunesse. La parcours initiatique de cette petite fille sensible nous transporte dans un univers doux et rythmé par le passage des saisons. La nature tient d’ailleurs une place prépondérante dans ce conte. Il en va de même dans Le kimono blanc. Cette courte histoire nous conte également les liens intergénérationnels et l’empreinte indélébile que laissent les aïeux à leurs descendants. Ces derniers font partie d’eux-mêmes. Dans cette petite histoire, une petite fille attend fébrilement à chaque printemps l’arrivée de sa grand-mère qui franchit les sentiers du Fujisan pour venir cueillir des herbes médicinales. Cette année, l’aïeule n’a pu parcourir le chemin tortueux ; elle a préféré rester pour contempler la montagne qui s’offre à elle. Elle est fatiguée et ne se nourrit plus que de bouillon que lui apporte son fils de plus en plus inquiet. Keiko attend patiemment son arrivée jusqu’au jour où sa grand-mère lui annonce qu’elle veut revêtir le kimono blanc…

Voilà encore un joli conte teinté de mélancolie qui annonce avec finesse la mort inéluctable aux enfants. Cette thématique est en effet suggérée avec délicatesse. Si ce petit livre est d’une tristesse à pleurer, il pose néanmoins un regard intéressant sur le deuil qui diffère grandement de notre vision occidentale. La mort, incarnée par la couleur blanche très présente ici (les japonais croyant que le défunt se transforme en corps de lumière à sa disparition), n’est ainsi pas perçue comme une fin en soi mais comme un prolongement. L’âme du grand-père brisé par le chagrin dans Le destin blanc de Miyuki tout comme celle de l’aïeule de Keiko rejoignent avec dignité, lorsque leur mission semble terminée sur terre, les neiges blanches. Une image d’une beauté saisissante renforcée par des illustrations aux couleurs écarlates et ocres somptueuses.

En bref : ces deux albums illustrés sont de toute beauté. Ils racontent avec tendresse et grâce l’amour indéfectible de deux enfants pour leurs aïeux et la disparition de ces êtres chers qui ont marqué leur jeunesse. A mettre entre toutes les mains et à découvrir à partir de trois/quatre ans. Une façon intelligente d’introduire ce sujet délicat et si douloureux aux jeunes enfants.

Lectures effectuées dans le cadre du challenge Un mois au Japon organisées par Lou et Hilde

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Publié dans Album illustré, blablas littéraires, Challenge Un mois au Japon, Littérature asiatique | 6 commentaires

Read-a-thon un mois au Japon ( journal de bord et post de suivi) 2021

Cette galerie contient 4 photos.

Le temps n’étant pas particulièrement clément en Normandie et les températures ayant à nouveau chuté (on se caille ici et la cheminée a repris du service), je n’ai malheureusement pas pu profiter de ce début de printemps pour me balader … Lire la suite

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Les amants du Spoutnik de Haruki Murakami

download (1)Après avoir lu respectivement, il y a deux ans, Au sud de la frontière, à l’ouest du soleil dont je garde un souvenir plutôt tiède et flou et 1Q84 (voir ma chronique ici) que j’avais détesté avec passion (…), j’ai souhaité me replonger une fois de plus dans l’univers intriguant de Murakami, espérant enfin comprendre l’engouement, voire l’adulation de certains lecteurs pour cet auteur japonais médiatique … Au risque d’en décevoir plus d’un, mon ressenti n’a pas changé d’un iota. Voici donc ma troisième tentative infructueuse de lecture murakamienne.

Quel dommage ! Le titre racoleur avait pourtant d’abord attiré mon œil scrutateur tout comme la couverture qui était très aguicheuse. Le début du roman était de surcroît plutôt encourageant, même si l’intrigue manquait quelque peu d’originalité.

Le récit, à mon grand regret, est assez creux : le narrateur dont l’identité demeure inconnue jusqu’à la dernière page, s’éprend de sa meilleure amie Sumire, une jeune femme un peu exubérante et passionnée qui rêve de devenir une grande romancière. Mais elle n’éprouve aucun désir charnel pour lui puisqu’elle est lesbienne et même amoureuse de Miu, une business woman mariée et, cerise sur le gâteau… hétéro ! Tout un programme donc…

Il faut bien l’admettre, bien que Murakami, comme beaucoup d’écrivains médiatisés de son temps, n’ait pas grand chose à dire, il reste malgré tout un excellent conteur dont le talent d’écriture est palpable dès la première page tournée. Cette fluidité particulière presque envoûtante qui caractérise son écriture pousse malgré tout le lecteur à poursuivre coûte que coûte le récit. C’est pourquoi, j’ai tenu à persévérer avant de le clouer au pilori pour de bon.

Malheureusement, les personnages principaux trop banals et peu attachants ont tôt fait de m’agacer ; quant aux états d’âme de Sumire, ils m’ont laissée complètement de marbre. Je suis en outre restée complètement hermétique à la souffrance du narrateur qui traîne son spleen d’un bout à l’autre du roman. J’ai finalement préféré suivre les pérégrinations de ce frêle héros dans la recherche de son amour perdu. En effet, la deuxième partie du livre consacrée à la disparition soudaine de Sumire, son amie et son âme-soeur spirituelle qui s’est étrangement volatilisée durant un séjour en Grèce, était sans doute la partie la plus intéressante du roman. 

Cet épisode m’a d’ailleurs étrangement rappelé l’intrigue géniale mais malheureusement non aboutie de Picnic at Hanging Rock, où trois jeunes filles d’un pensionnat se volatilisent dans le bush australien sans laisser de trace. L’inspiration de l’auteur est flagrante. Certes, Murakami a bien des lettres mais il semble incapable de fixer son attention sur un seul angle d’écriture et une seule idée directrice. Son indécision finit par frustrer le lecteur car cet épisode aurait pu ouvrir la voie (même tardivement) à une enquête haletante.

A l’évidence, Murakami excelle davantage dans la nouvelle que dans le roman où son univers “éparpillé” semble plus contenu et où il réussit mieux à instiller un véritable malaise et une atmosphère étrange, presque surréaliste, qui détonne avec la réalité crue dans laquelle ses protagonistes sont toujours embourbés. 

Un seul passage a suscité un sursaut d’intérêt pour mes yeux fatigués et m’a désarçonnée, le récit étrange au-delà du réel que fait Miu à Sumire, où l’histoire bascule subrepticement dans le fantastique. Cette envolée géniale est un éclair dans cette nébuleuse : l’épisode terrifiant de la grande roue m’a non seulement  glacé les sangs mais m’a aussi rappelé Le Horla de Maupassant tout comme les récits glauques de Stephen King. 

Cette histoire contée sous forme d’anecdote anodine était excellente, dommage encore une fois que l’écrivain ne l’ait pas davantage exploitée. On sent poindre dès la moitié du livre des signes d’essoufflement dans l’élaboration de l’intrigue qui s’effiloche au fil des chapitres. 

Murakami est aussi un auteur très inspiré (peut-être un peu trop…), et certaines scènes semblent de ce fait tout droit sorties d’un film de la nouvelle vague.  J’y ai ainsi noté quelques références bancales au Mépris de Godard. La Grèce est dépeinte comme un paradis terrestre en apparence, mais où les âmes torturées de nos héros feront inévitablement naufrage.

L’écrivain nippon renoue pour finir avec ses plaisirs racoleurs en décrivant dans le menu détail les désirs refoulés des personnages. On a ainsi le droit à quelques passages d’une poésie sublime où il nous décrit à plusieurs reprises la toison pubienne (soyeuse et en forme de triangle !) de Sumire, fantasmée par notre narrateur inconnu (bof bof…). 

Les propos fumeux des personnages ont fini de ternir cette lecture déjà bien laborieuse… Je vous laisse profiter de cet extrait particulièrement percutant :

“Je crois que quelque part -dans un univers très improbable- j’ai tranché la gorge de je ne sais quel animal. J’ai aiguisé mon couteau, et je l’ai fait avec un cœur de pierre. Symboliquement, comme pour bâtir une porte chinoise. Tu comprends ce que je dis?” (moi pas vraiment …)

R9b9c5bf00ec89f72b3d4812ef394e26dEn bref :  l’auteur bourre un tantinet trop son récit de péripéties et de réflexions pseudo-philosophiques nébuleuses dont on se passerait bien et qui ont rendu le récit interminable. Ses scènes passablement érotiques semblent aussi davantage un appât mercantile et un brin malhonnête pour relancer l’attention déjà défaillante du lecteur qui n’est malheureusement pas dupe… Si les thèmes chers de l’écrivain sont bien présents ici, tels que l’angoisse de la page blanche, le néant spirituel ou l’amour non partagé, il n’en restent pas moins abordés avec maladresse et superficialité. La trame est aussi décousue.

Et une nouvelle contribution au challenge de Lou et Hilde, Un mois au Japon.

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Shikanoko : l’enfant cerf

Rd340cc39ee8623ed6c4614837bcdb374Abandonné par son oncle qui convoite son titre tout comme ses terres, puis laissé pour mort dans une forêt enchantée, le jeune Shikanoko est recueilli par un sorcier mystérieux. Ce dernier lui façonne un étrange masque aux pouvoirs inquiétants, à partir d’un crâne d’animal sauvage. Il devient dès lors “l’enfant cerf”. Grâce à ses nouveaux dons qu’il doit encore apprendre à maîtriser, Shikanoko peut désormais parler aux créatures de la forêt tout comme aux fantômes. Lorsqu’il se retrouve malgré lui plongé en pleine débâcle politique, alors que le puissant empereur vieillissant se meurt et que deux clans s’affrontent pour obtenir le trône, les Kakizuki encore au pouvoir, et les Miboshi, Shikanoko n’a d’autre choix que de ruser en mettant sa magie au service des puissants pour pouvoir naviguer à travers les multiples complots qui menacent l’équilibre déjà fragile du royaume…

Résumer un livre d’une telle envergure n’est pas une tâche aisée car les personnages y fourmillent comme les intrigues d’alcôves. Ainsi, chaque chapitre alterne entre le destin des multiples protagonistes qui peuplent ce roman.

J’avais adoré lire, il y a une quinzaine d’années déjà, l’illustre saga Le clan des Otoris qui reste incontestablement l’une des mes lectures de jeunesse favorites. Aussi, lorsque j’ai découvert qu’un préquel à cette série de livres extraordinaires avait vu le jour, je me suis empressée de me procurer le premier tome pour renouer avec ce plaisir de lecture nostalgique.

Si j’ai d’emblée retrouvé la plume fluide et poétique des romans précédents de Lian Hearn, ce premier volet m’a pourtant, à mon grand regret, paru quelque peu ardu. Il faut en effet s’armer d’une grande patience pour pouvoir réussir à mémoriser les noms et se familiariser avec tous ces personnages. Et il y en a tant qu’il est parfois difficile de ne pas perdre le fil de l’intrigue ! Il m’a fallu une bonne centaine de pages pour vraiment saisir les relations entre les multiples protagonistes. Les enjeux politiques m’ont par ailleurs parfois semblé flous et un peu nébuleux. Je dois avouer avoir dû relire quelques passages pour m’assurer de n’avoir rien manqué … Cette lecture nécessite donc plus qu’un minimum d’attention… 

Ce manque de fluidité dans l’histoire s’est de ce fait révélé au départ un brin frustrant… L’univers est également particulier car l’auteure a puisé sa principale inspiration dans la mythologie tout comme dans les contes ancestraux japonais. Il faut s’habituer à cette ambiance étrange teintée de mysticisme où de puissants sorciers ont la capacité de réanimer à la vie les morts et d’invoquer des esprits délétères capables de tuer les vivants pour protéger la demeure d’un seigneur. Il semble que l’auteure ait davantage accentué la part fantastique déjà présente dans ses premiers romans et qu’elle lui ait donné une place plus prépondérante dans ce récit, ce qui m’a un peu déstabilisée de prime abord, puis finalement séduite à mesure que l’intrigue se développait. Il faut finalement prendre le temps d’apprivoiser cet univers et de connaître tous ses codes pour l’apprécier pleinement.

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La romancière dépeint en outre avec maestria un monde médiéval nourri de combats épiques, de complots secrets, d’honneur exacerbé ainsi que d’amours sacrifiés. Tous les ingrédients d’un roman d’aventure efficace ! Je dois admettre que Lian Hearn n’est pas avare d’idées pour relancer et captiver l’attention de son lectorat grâce à une imagination débordante. Malgré la complexité des relations des protagonistes, il faut bien l’admettre, on ne s’ennuie guère au fil de la lecture.

Certes, Shikanoko n’égale pour l’instant en rien le valeureux héros du Clan des Otoris, Takéo, dont je garde encore aujourd’hui un souvenir impérissable. Toutefois, on retrouve quelques traits familiers dans sa personnalité tout comme dans ses origines. Shikanoko est lui aussi d’une certaine manière un orphelin, contraint de renoncer à ses principes et à ses racines pour adopter ceux d’un nouveau clan. Il possède également des dons exceptionnels qui feront de lui un grand guerrier… Ces similitudes poussent le lecteur à vouloir en découvrir davantage sur son destin futur…

J’ai été en revanche surprise de voir que cette série de romans avait été éditée pour la jeunesse. Non seulement elle s’adresse à un lectorat averti et rodé de par son écriture ambitieuse, mais certaines scènes sont de plus quelque peu « gores » et d’une brutalité parfois un tantinet excessive. Les effusions de sang ne manquent pas, et les têtes volent décapitées par les sabres aiguisés des seigneurs impitoyables. En somme, ça découpe à tour de bras ! Enfin, des seigneurs sont traqués pour leurs crânes et utilisés dans des cérémonies cannibales… Bref, âmes trop sensibles s’abstenir … 

Pour finir : bien que ce premier tome m’ait paru un peu trop longuet et parfois complexe à lire, ce livre semblait néanmoins nécessaire pour planter le décor et introduire l’intrigue de cette nouvelle saga féodale épique. Ce roman foisonnant reste néanmoins prometteur, c’est pourquoi j’ai décidé de persévérer en poursuivant la lecture du deuxième tome, qui est d’ailleurs déjà bien plus accessible et rythmée.

Je vous en parlerai donc dans un prochain billet. Affaire à suivre.


Et une nouvelle participation au challenge Un mois au Japon !

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Publié dans Challenge Un mois au Japon, Lire du fantastique, Littérature asiatique, Roman jeunesse | 11 commentaires

Enola Holmes/ Tome 1 La double disparition (B.D)

downloadEnola Holmes, sœur cadette du grand détective Sherlock Holmes, apprend avec effroi le jour de son anniversaire la disparition mystérieuse de sa mère. Cette dernière s’est volatilisée sans crier gare. A-t-elle été enlevée ou est-elle partie de son plein gré ? La demoiselle, digne sœur de son frère, décide d’enquêter après avoir découvert parmi ses présents de sa mère, un curieux recueil contenant un mystérieux message codé…

Là voilà prête à abandonner derrière elle le manoir familial en décrépitude, et la menace imminente d’une éducation rigide en pension de jeunes filles. Durant sa fugue, Enola se retrouvera malgré elle, après moult aventures, impliquée dans le kidnapping d’un jeune marquis. Parviendra-t-elle seule à retrouver sa mère disparue et réussira t-elle à échapper aux griffes de ses deux frères aînés, Sherlock et Mycroft, partis eux-aussi à ses trousses et bien déterminés à la remettre sur le droit chemin ?

Acquise sur Vinted pour une bouchée de pain, cette jolie bande-dessinée me faisait de l’œil depuis plusieurs mois déjà. Je l’avais en effet repérée dans la librairie de ma ville en furetant dans le rayon jeunesse. La couverture sublime m’avait d’emblée charmée. Voilà le genre de B.D idéale pour paresser tranquillement le soir sur le canapé au coin du feu.

OIP (4)Il y a quelques mois, j’avais découvert avec un plaisir délectable la fameuse adaptation télévisée du premier tome de la saga Enola Holmes de Nancy Springer (je n’ai malheureusement pas eu encore l’occasion de me plonger dans cette saga estampillée policier mais compte bien remédier à cette lacune d’ici les prochaines semaines). Le film gentillet avait eu au moins le mérite de renforcer mon désir de lire la série de romans jeunes adultes de Nancy Springer. D’autant plus qu’elle avait remporté un joli succès lors de sa sortie en France, en 2009 …

J’avais particulièrement aimé cette héroïne dans l’ère du temps, un modèle de courage et de détermination et une belle inspiration pour les jeunes filles d’aujourd’hui (incarnée à l’écran par la ravissante Millie Bobby Brown qui avait fait une entrée fracassante dans le monde du petit écran après sa belle performance dans Stranger Things).

Certes, ce personnage féminin, créé de toutes pièces à partir de l’oeuvre de Sir Arthur Conan Doyle, avait eu quelques déconvenues avec la presse, tout comme avec les descendants de l’illustre écrivain, qui s’étaient empressés de faire un procès à Netflix, après lui avoir reproché d’avoir perverti dans son adaptation télévisée (effectivement pas très fidèle), la personnalité du grand détective Sherlock Holmes. Notre héros est en effet bien plus humain et empathique dans cette version modernisée que dans l’œuvre littéraire originale. Qu’importe, les puristes peuvent gronder, pour ma part je n’ai pas boudé mon plaisir et ai profité pleinement de ce divertissement sans retenue. 

J’ai d’ailleurs parcouru cette jolie bande-dessinée en conservant la même approche et en appréciant l’objet pour ce qu’il est, un album illustré conçu avant tout pour plaire et divertir le jeune lecteur, un pari largement relevé ! Serena Blasco, illustratrice, peintre et auteure française de talent, a adapté avec brio les aventures de cette détective en herbe. Le style graphique est particulièrement bien rendu et les dialogues enlevés sont même dans certains passages particulièrement drôles. 

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Enola Holmes est ici portraiturée sous les traits d’une jolie brunette piquante, un poil maladroite et au caractère des plus têtu. Des traits de personnalité charmants. Spécialiste de la débrouille, elle n’hésite pas à se grimer pour se fondre dans le décor des rues londoniennes. Certaines scènes de ce premier tome sont d’ailleurs assez rocambolesques et un brin théâtrales. J’y ai  ainsi retrouvé quelques clins d’oeil flagrants à l’atmosphère victorienne so British des romans de Charles Dickens, ce qui bien évidemment m’a grandement plu.

Les illustrations aux contours arrondis sont en outre représentées à la manière d’un conte pour enfant, à travers de magnifiques aquarelles. Les teintes ocres et violines qui dominent principalement dans cet album donnent de ce fait un rendu très harmonieux à l’ensemble. C’est un vrai régal pour les yeux.  

Seul petit point noir (on pinaille un peu !), le premier volet suivant à la lettre l’intrigue des romans originaux, nous laisse cependant un peu sur notre faim. On termine ainsi cette bd avec une seule envie, connaître la suite de l’enquête ! 

Pour finir, cette adaptation en bande-dessinée du premier tome du roman de paralittérature de Nancy Springer à la fois originale et distrayante est une jolie réussite.

En bref : un bel album illustré à mettre entre toutes les mains ! Et une lecture détente qui tombait à point nommé !

La bande-annonce du film encore disponible sur Netflix : (72) Enola Holmes | Official Trailer | Netflix – YouTube

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Mon voisin Totoro

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La geisha et le joueur de banjo de Jérôme Hallier

9782290201107Kyoto, début du XXème siècle. 

O-miya, une jeune geisha ravissante aux talents musicaux exceptionnels, vit confinée depuis son enfance dans une maison de thé. Lorsqu’elle se voit confier une mission inattendue et insolite, celle de jouer de son shamisen en Europe durant l’Exposition Universelle à Paris, la jeune femme voit enfin une issue à sa condition de captive. Accompagnée d’une délégation de timides geishas et surveillée de près par un général japonais inflexible, O-miya embarque pourtant à sa grande surprise sur un grand paquebot. Cette traversée merveilleuse lui donnera goût à la liberté et lui fera entrevoir un monde aux antipodes de sa culture traditionnelle. 

Au même moment, de l’autre côté du globe, dans les Appalaches, un ancien casseur de pierres, Tommy, délaisse ses amis tout comme son travail pour embrasser sa passion dévorante pour le banjo. Après de multiples rencontres inoubliables qui l’aideront à peaufiner et perfectionner sa technique musicale, le jeune homme posera lui aussi ses bagages à Paris. 

Enfin, un étrange et mystérieux olibrius, muni de son phonographe flambant neuf, parcourt pendant ce temps les allées de l’Exposition Universelle avec une seule et unique obsession, celle d’enregistrer toutes les musiques du monde afin de les rendre éternelles …

Ces trois étranges personnages, à première vue diamétralement opposés vont donc croiser leurs routes, attirés par leur intérêt commun : leur amour de la musique !

Comme j’ai aimé cette lecture insolite qui m’a transportée dans un univers extraordinaire et emprunt de poésie où les instruments possèdent d’étranges pouvoirs capables d’envoûter à la fois leurs propriétaires tout comme ceux qui les écoutent ! Le shamisen d’O-miya, surnommé Mille larmes, semble enchanté car un étrange luthier l’a confectionné expressément pour elle sans vouloir lui dévoiler la provenance de la peau de l’instrument… Une inquiétante malédiction plane ainsi sur celui qui aurait le malheur de le détenir en sa possession. Quant au banjo de Tommy, il a également sa propre identité. Le jeune musicien l’a nommé affectueusement Etoile du Nord en référence à ses origines. Le lien presque magique qui lie chaque musicien à son instrument est une trouvaille tout simplement géniale de l’écrivain et s’intègre parfaitement bien dans le récit.

Si ce roman étonnamment riche, malgré sa petite épaisseur (à peine 220 pages) serait le tout premier roman de l’auteur, il n’en reste pas moins très prometteur. Ce romancier caennais, un grand amoureux de la culture nippone ayant vécu cinq ans au Japon, maîtrise à la perfection l’art de l’ellipse. Il réussit, en outre, à alterner trois univers bien distincts d’une page à l’autre, sans pour autant perdre le fil de son intrigue. L’attention du lecteur est, de ce fait, ferrée dès les premières lignes. L’écriture est d’ailleurs particulièrement fluide. 

6580c98a55bbba89e7b7f1ca54d36f81L’originalité de ce récit réside également dans la description de ses personnages qui ne sont finalement que des esquisses, comme des aquarelles aux contours flous et insaisissables. Ils ne sont au fond qu’un prétexte d’écriture pour mettre en lumière une époque époustouflante, celle des années 1900 et de la grande Exposition Universelle de Paris (la cinquième officiellement mais l’une des plus marquantes de l’Histoire française) et l’événement de ce siècle. Le lecteur découvre avec émerveillement cette période mémorable de notre patrimoine français, on y entrevoit au passage la première installation d’un trottoir roulant mécanique pour permettre aux visiteurs (comme à Disney !) de se déplacer plus rapidement, ou bien encore la création d’un gigantesque Globe Céleste (“l’attraction des astronautes de fauteuils”…). 

Cette attraction vulgarisée sera malheureusement le théâtre d’un drame funeste… Une semaine après l’ouverture de l’exposition universelle inaugurée par le président de la République Emile Loubet, la passerelle (à soixante mètres de hauteur) menant au globe, s’effondre en entraînant dans sa chute de nombreuses personnes. Cinq visiteurs périssent dans l’accident mettant fin pour de bon à cette prouesse technique digne d’une invention futuriste steampunk. Les inventeurs n’auraient d’ailleurs jamais été rémunérés en contrepartie pour le travail titanesque fourni…

Le romancier relate donc avec panache à travers les destins entrecroisés de ses personnages, ce fait divers glaçant.

Si le parcours de chaque protagoniste m’a captivée, je dois avouer avoir préféré celui d’O-miya. J’ai toujours été fascinée par l’univers des geishas, ces créatures mystérieuses et inaccessibles que l’on prend souvent pour des courtisanes. Leur place dans la société japonaise demeure encore confuse dans  le regard occidental. 

Certes, les geishas nourrissent aussi à leur façon les fantasmes masculins, toutefois, elles sont avant tout des femmes vénérées et respectées. O-miya est par ailleurs soumise à une éducation extrêmement rigide et ne peut être abordée avec familiarité. 

Lorsque la jeune héroïne se frotte à la culture occidentale durant son séjour en France, son horizon s’élargit, elle découvre au passage le monde scandaleux et émancipé des actrices. A la différence des geishas qui se doivent de rester discrètes, leur visage demeurant toujours impassible sans qu’aucune émotion ne puisse transparaître même lorsqu’elles dansent, les actrices ont la possibilité d’exprimer une large palette de sentiments… Cet aspect du livre est aussi très intéressant car il juxtapose avec finesse deux cultures aux codes bien dissemblables. 

En bref : pour conclure cette lecture originale, une balade musicale merveilleuse mêlant habilement un univers poétique japonisant et un décor à la Jules Verne étonnant, fut une très belle découverte. Cet étrange conte sur les rendez-vous amoureux manqués est un vrai coup de cœur et une introduction parfaite pour débuter le challenge Un mois au Japon

Et pour découvrir en images l’Exposition Universelle de 1900, je vous invite à visionner cette courte vidéo qui nous entraîne dans les faubourgs parisiens de la Belle-Epoque :  
 
 
Première contribution au challenge Un mois au Japon
 
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Publié dans Challenge Un mois au Japon, littérature française | 21 commentaires

Challenge Un mois au Japon 2021

un-mois-au-japon-2020Le challenge littéraire Un mois au Japon, organisé par Hilde et Lou, remet le couvert pour sa quatrième édition, à ma plus grande joie ! Il a débuté le 1er avril et s’achèvera le 30, de quoi j’espère me laisser suffisamment de temps pour contribuer au défi. L’année dernière, j’avais manqué malheureusement le coche. Les établissements scolaires étant actuellement fermés jusqu’au mois de mai, je profite finalement de cette aubaine inattendue pour y participer enfin ! Le programme est assez flexible même s’il propose de nombreux rendez-vous, c’est pourquoi je ne m’imposerai aucune limite ni entrave et publierai à mon rythme de croisière habituel (pas de stress !).

Nous voilà donc parti pour un mois consacré officiellement à la culture nipponne (littérature et cinéma seront au rendez-vous sur Art De Lire), même si bien entendu d’autres lectures hors challenge sont comme d’habitude prévues !

Voici un petit aperçu de ma PAL “japonaise” bien fournie. La bibliovore que je suis a également succombé à la tentation de se procurer d’autres livres pour compléter cette liste non exhaustive… J’ai l’intention de puiser parmi tous ces titres selon l’envie, même si je sais pertinemment bien que je ne pourrais en venir à bout en un seul mois ! Je suis une incorrigible optimiste, que voulez-vous ! 

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Je partagerai aussi avec vous mes deux nouveaux plaisirs du moment: les mangas et les animés que j’ai découverts tout récemment. Je me réjouis d’avance de lire les billets d’humeurs de mes copinautes. Un read-a-thon serait également programmé dans le mois, peut-être y participerais-je…

Je vous retrouve donc très vite pour commencer cette petite incursion dans ce pays enchanteur qu’est le Japon et découvrir avec vous la beauté tout comme la richesse de cette culture étonnante. Dépaysement garanti !  Pour s’inscrire et voir les modalités du défi c’est ici.

Publié dans blablas littéraires, Challenge Un mois au Japon | 13 commentaires

Little Miss Sunshine/ Soirée Popcorn #6

little miss sunshine 3C’est aujourd’hui le rendez-vous mensuel de notre soirée Popcorn ciné avec Maggie. Nous avons décidé de présenter pour cette nouvelle édition un film mettant en avant une héroïne. Après moults hésitations et tergiversations, mon choix s’est finalement porté sur Little Miss Sunshine, un long-métrage américain et une belle comédie dramatique de 2006 que je viens tout juste de visionner et qui m’a particulièrement plu. Je me demande encore comment j’ai pu passer si longtemps à côté d’un tel bijou. 

Olive, à sept ans, aspire à devenir une reine de beauté, un rêve improbable pour cet enfant un poil potelé et somme toute ordinaire. Lorsque la petite décroche à la surprise générale de son entourage, une invitation pour concourir pour le titre prestigieux de Little Miss Sunshine en Californie, toute la famille Hoover prend la route, entassée comme des sardines à bord d’un antique combi jaune Volksvagen. Ce périple incroyable sur les routes de l’Ouest américain marquera à jamais leur existence et leur fera prendre conscience de l’importance de croire coûte que coûte en ses rêves…

Voilà bien une tragi-comédie brillante qui mérite incontestablement sa place parmi les meilleurs films hollywoodiens de ces quinze dernières années ! Le temps file ! Ce road-trip drôlissime, malgré quelques scènes un tantinet sombres, s’est révélé particulièrement fabuleux. Les premières scènes débutaient pourtant sur une touche d’une tristesse absolue, l’oncle de la petite Olive est hospitalisé après avoir tenté de mettre fin à ses jours… Le ton profilait de ce fait une atmosphère quelque peu déprimante. Fort heureusement, l’histoire prend rapidement un tournant inattendu et un brin loufoque pour le grand plaisir (et soulagement !) de son audience. 

Quant à l’interprétation des acteurs, elle est tout simplement magistrale. Steve Carell incarne un homosexuel désabusé et mélancolique particulièrement convainquant, et Greg Kinnear interprète avec brio un père franchement pénible mais pourtant si touchant, même si son ambition démesurée frise parfois l’absurde.

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Je dois avouer que les deux acteurs masculins m’ont totalement bluffée. Je reste toujours surprise par leur capacité d’autodérision tout comme la palette d’émotions qu’ils sont capables d’exprimer d’un film à l’autre. J’avais par ailleurs déjà repéré Steve Carell, vu pour la toute première fois dans une série franchement grotesque The office, dans un registre plutôt comique où il m’avait fait rire aux larmes, aussi j’ai eu l’agréable surprise de le retrouver ici dans un rôle plus sensible et moins caricatural. Tout comme dans Dan in real life (Coup de foudre à Rhode Island), une petite bluette un peu bancale mais sympathique, Steve Carell prouve encore son talent exceptionnel d’interprète.  

Le personnage d’Olive, la vraie héroïne du film, est également lumineuse. Elle crève l’écran dès les premières scènes. Avec ses lunettes cul de bouteille, sa frimousse est irrésistible et  nous émeut dès les premières images. Le numéro final où Olive présente sa chorégraphie endiablée qu’elle avait préparée avec son grand-père et un tantinet subversif devant un public collet monté avec pourtant tellement d’innocence, est un grand moment d’anthologie ! Je l’ai trouvé génialissime. 

Si cette petite puce adorable fait fondre le public, autour d’elle gravite une famille dysfonctionnelle complètement barrée tout aussi attachante et fascinante : un grand-père extravagant à la diarrhée verbale incontrôlable qui “sniffe” en douce de l’héroïne pour pallier une vieillesse humiliante, un adolescent daltonien qui rêve de devenir pilote de chasse, un oncle suicidaire et spécialiste universitaire éminent de Proust, à l’humour noir qui, après une déconvenue amoureuse, se noie dans son vague à l’âme, et enfin un père “gourou” de la réussite à la sauce américaine et auteur raté d’un guide de développement personnel …  Sans oublier la mère, Sheryl qui semble peut-être la plus équilibrée de cette tribu complètement déjantée. Toute cette équipée n’a qu’un seul et unique point commun qui l’unit : son amour inconditionnel pour la petite Olive. J’ai aimé ce message bourré d’optimisme, la volonté chevillée au corps d’une famille qui est prête à remuer ciel et terre pour simplement rendre heureuse une gamine de sept ans.

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Derrière un ton un peu loufoque se cache en outre une critique acide des concours de beauté où des petites filles sont encensées par des parents mégalomanes et monstrueux qui sont prêts à tout pour jeter en pâture leur propre progéniture sous les feux des projecteurs, quitte d’ailleurs à les mettre en danger et à les confronter à des prédateurs sexuels dans le seul but de satisfaire leur propre vanité … On y découvre au passage un univers malsain où les fillettes sont sexualisées dès leur plus jeune âge, façonnées à l’image de poupées de cire… Une vision qui fait froid dans le dos. Olive ne rentre bien évidemment pas dans le moule, sa différence est au fond sa principale force. 

Pour finir, je ne peux que vous encourager à découvrir (si ce n’est déjà pas fait !), ce joli petit film d’auteur. Une comédie douce-amère jubilatoire surprenante. A voir sans modération !

La bande-annonce:  (25) Little Miss Sunshine – Official Trailer [HD] – YouTube

Et pour lire la chronique de Maggie, c’est ici. Elle nous présente un film déjanté américain: I don’t feel at home in this world anymore.

Soirée pop corn chez Missycornish et Maggie &

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La crique du Français de Daphne du Maurier

Milieu du XIXème siècle. 

Lady Dona de St Columb, une jeune et jolie aristocrate lassée des frasques londoniennes, abandonne son époux bedonnant et son potentiel amant pour s’isoler dans le manoir familial de Narvon en Cornouailles aux côtés de ses enfants. A son arrivée, l’endroit est totalement isolé. Un domestique à la personnalité singulière et un tantinet effronté l’accueille … Le personnel sans raison apparente a vidé les lieux. Où sont-ils donc tous passés et pourquoi la jeune femme trouve t-elle dans le tiroir de sa chambre, censée être inhabitée depuis son départ, du tabac frais tout comme un recueil de vers français? 

En flânant du côté de la crique déserte située dans sa propriété, Lady Dona découvre à son enchantement un étrange voilier qui semble y avoir été ancré secrètement. Elle fera la connaissance du capitaine du navire, un pirate français charmeur et séduisant qui l’invitera à le suivre dans ses errances nocturnes … 

Le rendez-vous du Book Club mensuel a sélectionné cette fois la thématique de l’Amour avec un grand A … Vaste sujet qui m’a particulièrement inspirée. En fouinant dans ma bibliothèque, j’ai déterré quelques trésors d’écriture, des romans de poche à la couverture un poil poussiéreuse mais à l’odeur irrésistible (je suis une fan inconditionnelle des vieilles éditions vintage). Cette couverture kitchouille à souhait me faisait terriblement envie. Vouant également une admiration sans borne à Daphne du Maurier, ce roman ne pouvait que me plaire et bien évidemment le charme a une fois de plus opéré. Une fois ouvert, impossible de le lâcher. Je n’en ai fait qu’une bouchée. 

Cette romancière britannique a un talent inné de conteuse. Sa plume est d’une fluidité exceptionnelle. La crique du Français, qui à l’instar de l’Auberge de la Jamaïque et de Ma cousine Rachel, plante son décor en Cornouailles, est une petite pépite littéraire. La campagne anglaise, tout comme son bord de mer, est par ailleurs dépeinte avec brio. On sentirait presque les embruns et on y entendrait sans doute le cri des mouettes sur les dunes sablonneuses… Ayant travaillé dans ma jeunesse près de Bodmin où se déroule l’intrigue, j’ai été heureuse de redécouvrir à travers l’écriture limpide de l’auteure ces endroits pittoresques. 

Le roman n’est pas non plus avare de rebondissements. L’audacieuse héroïne, la belle Lady Dona de St Columb, rappelle par certains traits de caractère l’impétueuse Angélique marquise des Anges. Ne vous détrompez-pas, si cette œuvre oscille incontestablement entre le roman de cape et d’épées et l’intrigue historique, la romance n’est bien évidemment jamais très loin. Cet aspect du livre n’est pas pour déplaire car l’auteure réussit avec brio à entremêler les genres. La trame narrative est particulièrement haletante et les coups de théâtre ne manquent pas d’inciter le lecteur à tourner les pages à un rythme effréné, aussi ai-je achevé cette lecture le sourire aux lèvres, des étoiles plein les yeux. 

Je dois bien l’admettre, j’ai un petit faible pour les récits de piraterie, et si celui-ci très romanesque manque certainement de crédibilité, la lecture est néanmoins très distrayante. On repassera donc ici pour le souci d’authenticité. Cette aventure fantasmée relève davantage de la fiction que de la réalité. Qu’importe, le talent d’écriture est bien là, et si la finesse tout comme la noirceure psychologique qui caractérisent si bien l’oeuvre de Daphne du Maurier, semblent moins présentes, ce beau roman d’aventures aborde cependant des thèmes chers à l’auteure, tels que la soif de liberté d’une femme prisonnière de son milieu tout comme son tirallement entre deux existences malheureusement incomptatibles : pour pallier ce dilemme,  Lady Dona de St Columb s’invente par ailleurs deux personnalités et donne ainsi naissance à deux personnages qui incarnent à la fois cette femme mûre et sage, maîtresse de maison et mère dévouée très terre-à-terre, et celui d’un jeune mousse, avide d’évasions… La duplicité féminine est de ce fait bien présente dans cette œuvre. 

Certes, La crique du Français n’est certainement pas le meilleur roman de Daphne du Maurier. Les pirates s’y donnent des faux airs de Robin des bois charmeurs et l’amant français n’a guère l’étoffe d’un héros ténébreux mystérieux. L’héroïne quant à elle est un brin trop capricieuse pour qu’on s’attache véritablement à son sort ; son rapport à ses enfants m’a  d’ailleurs parfois dépitée bien qu’il était coutume à cette époque que les femmes ne soient pas particulièrement attachées à leur progéniture… Sa personnalité capricieuse et quelque peu colérique m’a également rappelé celle de Scarlett O’Hara. Comme cette dernière, Lady Dona de St Columb traite avec peu d’égard son mari qui bien qu’étant foncièrement sot n’en reste pas moins un pauvre diable … La fin demeure malgré tout conventionnelle …

Pour finir, j’ai tout de même adoré l’introduction au roman qui débute comme un rêve. L’atmosphère est presque fantasmagorique et l’histoire est narrée comme un conte. Une trouvaille originale qui m’a happée dans la lecture dès les premières pages.

En bref : un petit roman d’aventures plein de charme et hautement addictif pour s’évader en Cornouailles sur les traces de pirates romantiques. 

Je n’ai désormais qu’un désir, relire une fois encore l’Auberge de la Jamaïque tout comme La chaîne d’amour dont je garde encore aujourd’hui, une quinzaine d’années plus tard, un souvenir impérissable.  J’aimerais aussi pouvoir visionner l’adaptation The Frenchman’s creek de 1944…

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Chocolat de Joanne Harris

IMG20210327171552Vianne Rocher, une chocolatière séduisante, et sa petite fille Anouk, s’installent à Lansquenet, un petit village français pour ouvrir une confiserie non loin de l’église. L’endroit semble idéal pour prendre racine mais dès leur arrivée, les commérages vont bon train. Si certains villageois cèdent à la gourmandise, d’autres ne voient pas d’un bon œil ce temple de la tentation. Craignant que les habitants sombrent peu à peu dans l’oisiveté et le péché de gourmandise, le prêtre Reynaud tente l’impossible pour saborder la chocolaterie …

Voici une lecture savoureuse, un doux roman de facture classique qui m’a enchantée. J’ai pris mon temps pour achever cette lecture, d’où mon billet tardif, car si elle présente indéniablement quelques petites longueurs, la plume fluide et épurée de l’auteure m’a tout de même transportée dans une bulle de quiétude particulièrement revigorante. On suit en effet comme le doux courant d’un ruisseau au bord de l’eau, le rythme lent de cette œuvre charmante tout en sachant pourtant pertinemment bien l’issue inéluctable du livre. Point de surprise, Vianne et sa fille sont vouées à errer inexorablement sur les routes… Chaque lieu n’est qu’une étape, une escale où elles trouvent toutes deux un asile pour fuir les démons de leur passé. 

La thématique du deuil prend par ailleurs une place prépondérante dans ce roman. Vianne Rocher cultive le souvenir de sa mère disparue, avec qui elle entretenait une relation fusionnelle. Sans cette figure maternelle qui lui servait de guide dans sa vie, elle parcourt inlassablement le monde en quête d’un pied-à-terre, d’un refuge pour apaiser son chagrin. Sa petite fille Anouk sur ses talons, Vianne est incapable de se fixer véritablement. Cet aspect du roman qui garde pourtant d’un bout à l’autre une touche d’optimisme demeure malgré tout un tantinet sombre… 

Si la mère était une femme empreinte de mysticisme et nourrie de superstitions païennes, Vianne a quant à elle une façon détournée d’employer ses dons divinatoires. Le chocolat demeure pour elle un moyen de sonder l’âme humaine. Chaque friandise est ainsi révélateur d’une personnalité tout comme d’un trait de caractère propre à chaque individu. Alors que certains lisent dans les feuilles de thé ou dans les cartes de tarot comme sa propre mère avait coutume de le faire avant elle, Vianne leur préfère le chocolat… Une idée originale qui m’a plu dès les premières pages.

J’ai beaucoup apprécié cette galerie de personnages étranges et mystérieux qui peuplent ce drôle de roman tout comme le cadre de l’intrigue, ce village pittoresque, oh combien cliché qui semble tout droit sorti d’une scène pastorale. Bien entendu, je garde une préférence toute particulière pour l’héroïne, Vianne Rocher, une femme fascinante à l’esprit un peu bohème. Cette enchanteresse réchauffe les cœurs blessés et rabiboche les âmes querelleuses. A son contact, les villageois  prennent peu à peu goût à la vie… Comme réveillés d’un profond sommeil, leurs sens sont davantage aiguisés sous les effluves chocolatés de La Céleste Praline. 

Certains passages du roman sont également touchants. La relation qu’entretient le vieux maître d’école du village avec son fidèle compagnon, son petit chien vieillissant, m’a émue jusqu’aux larmes. Si le prêtre Reynaud se moque avec une pointe de mesquinerie de cet amour “ridicule” et excessif pour les bêtes qui sont à ses yeux dénuées d’âmes, Vianne Rocher comprend au contraire cette relation particulière et insolite qui lie ces deux êtres vivants. Une vision déjà avant-gardiste pour son temps, et qui s’écarte de la pensée traditionnelle… 

Ainsi donc, Joanne Harris nous prouve bien qu’un bon chrétien peut se révéler paradoxalement un piètre être humain. La bonté tout comme la générosité sont deux qualités qui loin d’être innées ne s’apprennent pas nécessairement sur les bancs de l’église… L’école de la vie demeure encore avant tout le meilleur moyen d’accéder à la sagesse… 

En bref:  l’auteure n’y va pas avec le dos de cuillère pour fustiger sous cape la religion catholique tout comme la peur parfois ridicule et obsessionnelle du péché. Les personnages tentent vainement de résister au plaisir gourmand qui les titille. Le prêtre Reynaud, un Frollo rigide et implacable, garde un œil scrutateur sur la petite vertu de ses paroissiens mais à son grand dam, avec ses chocolats, Vianne Rocher sèmera la zizanie dans les chaumières. 

Au risque de manquer d’objectivité, j’ai savouré ce petit roman tendre et enlevé. Les personnalités croquées sont irrésistibles et la vie provinciale française est ici dépeinte avec une ironie débridée truculente. 

Certes, ce livre présente quelques faiblesses d’écriture, en particulier dans la dernière partie où l’intrigue s’essouffle quelque peu. Toutefois, il se dégage de cette atmosphère étrange et envoûtante un certain je ne sais quoi qui pousse à poursuivre malgré tout la lecture jusqu’à la dernière page avalée. 

R1ad85462ea6495bdb17e3bf9affaf862Qu’en est-il du film?

J’ai bien évidemment visionné l’adaptation cinématographique de 2001. 

Le film transpose la trame de l’histoire dans les années 50, un choix finalement judicieux car elle permet de donner un certain cachet au décor qui malheureusement dans le livre manque parfois cruellement de caractère. En effet, le roman est censé prendre pour toile de fond les années 80 mais finalement très peu d’indices temporels permettent d’imaginer cette époque. 

L’adaptation cinématographique du roman est à mon sens plus réussie car elle possède une touche magique parfois un peu trop absente dans l’œuvre originale. Juliette Binoche incarne merveilleusement bien la séduisante Vianne Rocher. Le rôle lui colle à la peau. Vianne est ici une femme au tempérament de feu qui n’aime guère qu’on la contrôle. Elle se méfie instinctivement de la religion et puise d’ailleurs sa foi tout comme sa spiritualité autre part, dans un univers qui lui correspond davantage, façonné selon sa propre image. Tolérante et généreuse, sa chocolaterie deviendra un refuge, un foyer chaleureux si différent de l’atmosphère froide et marmoréenne de l’église … N’étant moi-même pas particulièrement pratiquante ni soucieuse des qu’en dira-t-on, j’ai beaucoup aimé ce personnage féminin. Rebelle par ses convictions, Vianne Rocher demeure malgré tout étonnamment féminine, ce qui la rend particulièrement redoutable et  aussi dangereuse pour le prêtre Reynaud, accablé par ses désirs réfrénés. 

Un dernier mot sur cette jolie édition : j’ai pris plaisir à lire ce roman dans ce grand format dégoté en seconde main sur Vinted dans une édition quasi-neuve. Je me suis empressée de commander également Les cinq quartiers d’orange qu’il me tarde de lire. Je vous en parlerai je l’espère prochainement…

La bande-annonce :

 

 

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Les sept mercenaires (2016)/ Soirée Pop Corn rétro #5

Emma Cullen, une jeune veuve revancharde accompagnée de son associé Teddy Q, engage une armée de sept mercenaires pour protéger sa petite ville de Rose Creek, qui est sous la coupe de Bartholomew Bogue, un industriel despotique souhaitant piller son or. Désespérée, elle fait appel à des hors-la-loi à la morale flexible. Ces sept mercenaires de prime abord motivés par un opportunisme mercantile, ne se doutent pas du combat qui les attend pourtant à leur arrivée… Cette mission suicidaire remettra en question leurs principes fondamentaux…

Notre dernier rendez-vous ciné avec Maggie avait pour thème les films rétros. Pour voir son billet c’est ici, elle  nous parle d’un classique de Disney, le beau dessin-animé de Mulan.

N’ayant pu visionner la version originale des Sept mercenaires faute de temps pour me la procurer, j’ai finalement opté pour la version moderne de 2016. Antoine Fuqua, que l’on connaît grâce au franc succès des deux volets de The Equalizer (sortis respectivement en 2014 et 2018), des films d’action étourdissants particulièrement bien rythmés et également adaptés d’une vieille série des années 80, a tenu à relever le pari fou mais ambitieux de s’atteler au remake du film culte des années 60.

Si les puristes du western trouvent bien entendu toujours à redire, pour ma part, je n’ai pas boudé mon plaisir.  Le résultat reste à mon sens complètement bluffant ! Je dois bien l’avouer ce western sensationnel est devenu l’un de mes films d’action favori. Je ne me lasse pas de le visionner ! Le réalisateur américain, Antoine Fuqua, s’est approprié le genre pour nous proposer sa vision personnelle de l’ouest américain en ajoutant un peu plus de diversité, tout en conservant malgré tout certains codes du western classique : à savoir des personnages misogynes à souhait et quelques peu bourrus qui dissimulent finalement un cœur d’or. 

Même si le quota a bel et bien été respecté, pour une fois, les personnages ne sont pas simplement décoratifs comme à l’accoutumée, mais ont bel et bien un rôle essentiel à jouer dans le développement de l’intrigue. Ainsi, chaque protagoniste a son moment de gloire. Grâce à cette transposition moderne, le réalisateur a aussi pu s’offrir un panel d’acteurs remarquable : Ethan Hawke interprète avec panache l’ange de la mort, le fameux Goodnight Robicheaux, Denzel Washington, star fêtiche du réalisateur est le leader Sam Chisholm de cette opération risquée, Vincent D’Onofrio, lui-même acteur et réalisateur incarne l’ours mal léché collectionneur de scalps, Martin Sensmeier est le bel indien solitaire, Manuel Garcia-Rulfo campe un “texicain” hors-la loi ténébreux, Chris Pratt habitué à la comédie, cabotine dans le rôle de Josh Faraday, un petit malfrat ivrogne, enfin Billy Rocks est interprété par la célèbre star sud-coréenne Lee Byung-Hun.

Cette association donne un cocktail particulièrement détonnant. Si les sept mercenaires sont bien les héros de cette épopée incroyable, deux autres figures héroïques ont rejoint la bande : une femme bien évidemment, la farouche Emma Cullen, à la chevelure flamboyante, jouée avec brio par Haley Bennett, “Jeanne d’arc” comme la surnomme avec ironie Sam Chisholm (Denzel Washington) au début du film, lorsqu’il la présente au groupe, et le séduisant mais discret cow-boy, Luke Grimes, un jeune acteur au fort potentiel, repéré dans la série à succès Yellowstone aux côtés de Kevin Cosner ! Un casting qui fait franchement rêver… 

Certes, le scénario est assez simpliste, en outre le méchant bien vilain et sans grande finesse, a tout du cliché. Cependant, l’intrigue demeure plutôt bien ficelée et le film commence dès les premières images sur des chapeaux de roues. Point de temps mort dans ce long-métrage mené tambour battant qui nous prouve bien que le western n’a pas encore pris de plomb dans l’aile et suscite un regain d’intérêt depuis plusieurs années. Il n’y a qu’à voir le catalogue séduisant que nous propose Netflix. La série en sept épisodes de Godless a été une très belle réussite et a d’ailleurs été nominée à plusieurs reprises, il me tarde de la revoir pour vous en parler également ; tout comme News of the world mettant en scène un Tom Hanks vieillissant mais encore bien en forme. Ce western un brin trop intello et scolaire a reçu un accueil assez chaleureux, malgré quelques lenteurs et des scènes contemplatives trop présentes à mon goût. 

Pour finir, Les septs mercenaires est un film épique qui passe de justesse dans la catégorie « tout public » grâce à une réalisation intelligente. Antoine Fuqua nous prouve par ailleurs qu’il est encore possible aujourd’hui de produire un film à succès dans la lignée des meilleurs block-busters, sans effusions de sang ni scènes de sexe trash et si la tension sexuelle est parfois bien palpable, elle reste cependant toujours suggérée. Les dialogues fleuris entre les membres de l’équipe de mercenaires sont aussi un vrai régal. Enfin, les costumes sont tout simplement somptueux et mettent particulièrement bien en valeur les acteurs masculins, incroyablement sexy!

Ainsi donc, ce remake dans l’ère du temps est à la fois intelligent et bien tourné. Pour une fois le film n’est ni bavard ni contemplatif. Je garde un souvenir mitigé de Jane got a gun, un biopic bancal et brouillon sorti également en 2016 sur Calamity Jane avec Nathalie Portman qui s’était révélé finalement assez soporifique et décevant.

Place ici avant tout à l’action . Les sept mercenaires, largement sous-estimé à sa sortie en salle par les critiques, deviendra à mon sens culte comme l’original dans les prochaines années car il a su renouveler le genre tout en honorant malgré tout le western classique. Les dialogues sont piquants et les personnages inoubliables. Denzel Washington en chasseur de prime mystérieux tout de noir vêtu est la classe incarnée (comme d’habitude me direz-vous !). J’ai d’ailleurs trouvé que tous les acteurs avaient pour une fois un charisme fou, ce qui manque malheureusement de plus en plus au cinéma. Ces hommes sans foi ni loi (ou presque !) bourrés de testostérone sont avant tout ici des mâles, un choix assumé du réalisateur qui m’a particulièrement plu !

En bref:  Voici donc un film explosif, avec une brochette de beaux mecs bourrés de sex-appeal et des scènes de bastons légendaires. En somme, un sacré bon divertissement ! A voir sans modération et en famille !

La bande-annonce:

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Ku Klux Klan, des ombres dans la nuit

J’ai découvert la collection Histoire et société en flânant au hasard sur la blogosphère. Blandine en faisait une critique positive (voir sa chronique ici). Cette édition très originale m’avait d’emblée tapé dans l’œil. Le contenu ne déçoit d’ailleurs pas. Pour chaque volume, une thématique bien particulière est proposée, incluant un court roman percutant, suivi d’un dossier complet et vulgarisé en rapport avec le contexte historique de l’œuvre. Le livret est donc très instructif et s’adresse à un large public, il est à la fois accessible pour le collège-lycée tout comme pour des adultes. 

L’histoire est plutôt bien troussée, et l’écriture sans fioriture est efficace. On est tout de suite happé par le récit, celui que fait Billy Caldwell à son petit-fils Jim, un enfant métis qui vient passer quelques jours avec lui dans son bayou. Après avoir été honoré par le président Barack Obama à la Maison blanche pour ses exploits dans la lutte pour les droits civiques, le vieillard lui raconte un épisode marquant de son enfance…

En 1953, au Mississipi, alors qu’il n’a encore que 10 ans, Billy Caldwell vit aux côtés de son père veuf dans une petite bourgade américaine du Sud. Ce dernier, un homme effacé, travaille d’arrache-pied en tant qu’éditeur-imprimeur pour le journal local Le Clairon. Après l’école, Billy a l’habitude de l’épauler dans sa tâche. Il est admiratif de son père qui lui a transmis sa passion des livres. Ses héros préférés sont ceux d’Alexandre Dumas, Mark Twain et Jack London. Le petit garçon aspire d’ailleurs à devenir lui aussi un modèle de bravoure. Avec ses deux camarades Herb et Jerry, il sillonnent toute la journée la campagne en quête d’aventures. 

Un jour, alors qu’ils s’ébattent dans une grange derrière une botte de foin, les garnements découvrent une étrange malle en bois. Les jeunes garçons intrigués en extirpent un curieux accoutrement, une tenue de fantôme…

L’oncle de Herb, qui les surprend à fouiner leur confie que cette tenue est “la plus belle chose qu’un blanc puisse porter”, et qu’elle doit demeurer cachée. Viendra un jour où peut-être s’ils se montrent dignes de la porter, les trois garçons pourront à leur tour devenir membres du clan particulier, qui revêtent à la nuit tombée cet uniforme secret.

Les enfants sont hypnotisés par cette étrange révélation. Billy Caldwell sait bien qu’il ne peut s’agir que du Ku Klux Klan. Bercé par ses lectures chevaleresques, il s’imagine appartenir à cette mystérieuse confrérie. Il se voit déjà endosser l’uniforme blanc et chevaucher un magnifique destrier en brandissant au clair de lune une torche lumineuse… Lorsqu’une nuit, en désobéissant à son père, il suit ses camarades pour assister à l’une des cérémonies clandestines du clan, Billy déchante, la bile au ventre… L’horreur le submerge devant le spectacle effroyable qui se déroule sous ses yeux… Son destin en sera irrévocablement bouleversé.

Quelle belle découverte ! Ce court roman m’a profondément remuée !  Le personnage de Billy est touchant. On éprouve beaucoup d’empathie pour lui tout comme pour son père,  qui deviendront victimes des soldats de l’ombre du Ku Klux Klan. Accusés d’être des “lèche-négros”, amis des noirs, ils se retrouveront mis au ban de la société. Leur courage dans une époque où la ségrégation est encore particulièrement active, est exemplaire. J’ai aussi aimé la relation subtile, teintée de respect bien que distante, qu’entretient le petit Billy avec la petite fille de sa femme de ménage, Madame Parker. Le jeune garçon en pince secrètement pour elle. Billy ne peut, en dépit de ses sentiments, s’adresser à elle, car Angela est noire et n’évolue pas dans la même sphère que lui.

Malgré tout, ce petit garçon courageux va s’embarquer dans un combat extraordinaire, au péril de sa vie et de celle de son père, pour les droits civiques des noirs. Ces désillusions seront nombreuses et Billy découvrira avec amertume l’acharnement des barbares encapuchonnés. Leurs expéditions nocturnes punitives contre les noirs, loin d’être des actes nobles, sont d’une lâcheté exécrable. Comment de telles exactions ont-elles pu être commises ?

En outre, cette édition est agrémentée de clichés des plus grandes figures de l’Histoire des droits civiques telles que Rosa Parks et Martin Luther King, mais aussi d’images-choc. Une photographie m’a tout de même mise pronfondément mal à l’aise : on y voit une scène de lynchage en noir et blanc d’une pauvre victime pendue à un arbre. Au premier plan, on découvre des blancs de tout âge, souriant, y compris des enfants rassemblés là comme pour une kermesse. Ce cliché est en fait une carte postale, la preuve que ces crimes étaient tolérés par la loi. Quelle horreur ! 

Ainsi donc, nombre d’américains sudistes étaient embrigadés dès leur plus jeune âge, comme sur cette photographie vue sur la toile. Cette parade glaçante des années 20 aux Etats-Unis ressemble à s’y méprendre à un rassemblement bon enfant… Affligeant !

Sans oeillères, l’auteur nous dévoile ici la triste vérité derrière le mythe romanesque du Ku Klux Klan. Cette lecture nécessaire entre de ce fait en résonance avec le contexte actuel du mouvement Black lives Matter, car bien que la télévision américaine nous présente encore aujourd’hui parfois un patchwork multicolore, à l’instar de Netflix, cette vision naïve d’un melting pot réussi s’écarte grandement de la réalité. Le combat contre le racisme perdure. 

En bref : J’ai achevé cette lecture, l’œil brillant et la boule au ventre. Cet ouvrage concis mais d’une densité finalement étonnante est tout simplement passionnant. Si l’auteur maîtrise plutôt bien l’écriture stylistique propre aux romans de jeunesse, à savoir l’usage régulier de paragraphes relativement courts, l’intrigue élaborée du roman risque cependant de rebuter les jeunes lecteurs ; les adultes y trouveront davantage leur compte.

Un deuxième tome est paru en 2011 : Les cagoules de la terreur. J’ai eu bien du mal à me procurer le second tome qui nous raconte les origines du KKK en reprenant le fil de l’histoire là où il s’était arrêté dans le précédent livre. Hâte donc de connaître la suite !

Je vous laisse en compagnie de Billie Holiday qui interprète la célèbre et poignante chanson Strange Fruit, une ode à la liberté et une dénonciation vibrante du sort des afro-américains durant la ségrégation. Cette interprétation personnelle de Billie Holiday raconte le lynchage d’un homme de couleur. Un étrange fruit pend à la branche d’un arbre et oscille au rythme de la brise sudiste qui souffle… Les paroles sont d’une puissance désarmante. L’interprétation de Billie Holiday donne des frissons car la douleur dans son regard est palpable. Superbe.

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L’aviatrice de Paula Mclain

Après la lecture en demie-teinte de Baronne Blixen, j’étais assez frileuse à l’idée de poursuivre une quelconque incursion dans l’œuvre de l’auteure de La ferme africaine et pourtant, ce roman magnifique, paru presque simultanément avec celui de Dominique de Saint Pern (à un an près !), a eu raison de mes préjugés. Une fois le livre ouvert, impossible de m’en détacher…

On retrouve avec plaisir dans L’aviatrice les mêmes personnages entrevus dans la Baronne, à la différence près que l’oeuvre se focalise ici principalement sur une autre figure féminine populaire contemporaine de Blixen, la célèbre Beryl Markam, qui fut la première pilote a avoir réussi le pari fou de traverser en avion et en solitaire, l’Atlantique d’est en ouest.  Mais également la toute première entraîneuse féminine de courses hippiques dans un milieu à cette époque essentiellement masculin. Un sacré bout de femme !

Le décor est également planté dans le Kenya des années 20, un pays de cocagne sous le protectorat britannique, offrant encore de multiples opportunités d’enrichissement et d’expansion. Beryl Markham débarque à l’âge de deux ans sur ces terres africaines. Les colons affluent pour se lancer dans l’aventure des plantations, entre autres de café. C’est ce que son père tentera lui aussi de faire en entraînant sa famille à l’autre bout du globe mais les conditions spartiates de leur vie ternissent peu à peu les relations avec son épouse qui décide finalement de jeter l’éponge et de retourner en Angleterre avec son fils aîné. La petite Beryl Markham est dès lors abandonnée derrière, à l’âge de quatre ans. Quel crève-cœur ! Livrée à elle-même dans un univers rude et sauvage, elle mène une vie assez solitaire ce qui renforcera un peu plus son caractère indépendant. 

Beryl aura donc une enfance non conventionnelle mais extrêmement enrichissante qui fera d’elle un être à part. Elle n’appartient en effet pas vraiment au milieu anglo-saxon et n’est pas sensible à la culture occidentale. Son éducation, du reste, est plutôt chaotique. Elle ne trouve son équilibre qu’aux côtés de son père, un passionné de chevaux qui lui transmet sa passion, et près de la tribu Kipsigi, qui l’adopte lorsqu’elle se retrouve sans mère. La savane sera donc son aire de jeu préférée. 

Son amour des bêtes et sa philosophie de la vie m’ont par ailleurs profondément touchée. Lorsqu’un jour, petite fille, elle est attaquée par un fauve, un lion domestiqué ayant repris ses instincts sauvages, la jeune Markham n’éprouve aucune haine ni désir revanchard pour l’animal qui a bien failli l’estropier, elle est au contraire saisie d’une profonde tristesse, car la bête a été à ses yeux pervertie par l’homme. Une belle âme en soi. Alors que Karen Blixen aime les sensations que procure la chasse, Beryl quant à elle ne tue que par nécessité.

Sa vie est elle aussi marquée par de nombreuses déceptions amoureuses : trois divorces et un enfant frêle qu’on lui retire très vite pour l’élever en Angleterre loin d’elle. Elle aurait été le second grand amour de Denys Finch Hatton, celle pour laquelle ce célèbre chasseur, collectionneur de trophées, impliqué en son temps dans le commerce de l’ivoire (et oui aussi…) et pilote de brousse, aurait quitté l’énigmatique Baronne Blixen… La romance immortalisée dans les mémoires africaines de la Baronne s’écartent donc en effet quelque peu de la réalité. 

Paula Mclain revient d’ailleurs sur cet étrange triangle amoureux : Beryl Markham, Denys Finch Hatton et Karen Blixen. Quelle drôle d’époque où les couples se faisaient et se défaisaient inlassablement dans la chaleur et la poussière des colonies africaines… La relation qu’entretenait Karen avec Beryl est fascinante. Si elles étaient toutes deux rivales, elles étaient cependant aussi de grandes amies qui se vouaient une admiration sans faille. Elles se sont partagées les faveurs du même homme sans se l’avouer …

De gauche à droite: Beryl Markham, Denys Finch Hatton et Karen Blixen avec ses Kikuyus…

Il est intéressant de noter le contraste de personnalités entre les deux femmes. Bien que Karen Blixen, mondaine, fût incontestablement l’âme sœur spirituelle de Denys, Beryl, au caractère indomptable, fût peut-être finalement son seul vrai grand amour. Elle aurait en effet été éprise de ce curieux romantique, un homme sans frontières ni attaches, incapable de vraiment se fixer. En somme, une énigme indéchiffrable. Elle deviendra d’ailleurs, tout comme lui après sa disparition, pilote de brousse.

Le portrait de Beryl Markham que dépeint avec finesse Paula Mclain, est étonnement touchant. Son parcours de femme libre dans un monde fait pour les hommes est inspirant tout comme ce désir chevillé au corps de vivre pleinement sans contrainte ni restriction. Elle aura réussi, à l’instar de Karen Blixen, à se réinventer elle aussi à maintes reprises. Elle était également écrivaine même si son roman fut qualifié à sa sortie de piètre qualité littéraire… J’ai déjà commandé son livre, Vers l’ouest avec la nuit, et compte bien le lire pour me faire ma propre opinion. 

Si j’ai adoré suivre le destin légendaire de cette femme exceptionnelle, j’ai également été époustouflée par la description des paysages majestueux de l’Afrique dans ce roman. Elles m’ont rappelé mon expérience personnelle lorsque je vivais adolescente au Zimbabwe. Le roman foisonne d’informations épatantes sur cette époque incroyable. On assiste de ce fait aux balbutiements de l’aviation, les premiers vols et l’arrivée en masse des touristes européens en quête de frissons et d’adrénaline. J’avais visionné avec un certain dégoût Mogambo, un film de John  Ford, qui même s’il était considéré comme un grand classique du cinéma avec Ava Garner, Clark Gable et Grace Kelly, m’avait malgré tout un peu révoltée. Il m’aura au moins permis d’avoir une vision claire de cette époque. Les animaux étaient traités sans égard, chassés pour le seul plaisir du sport, ou capturés pour l’étude dans des zoos animaliers. J’avais par ailleurs découvert avec effroi que la direction du film sur le tournage de Mogambo avait elle-même maltraité d’innombrables bêtes sans trucage pour renforcer l’authenticité du contexte historique. Navrant. 

Je dois l’avouer, j’ai tout de même eu une furieuse envie de revoir le film Out of Africa (encore me direz-vous !) et de relire La ferme africaine dont je garde un souvenir malheureusement flou. Peut-être étais-je trop jeune alors pour savourer l’écriture contemplative de Blixen, je trouvais les descriptions interminables et j’attendais avec une impatience fébrile, le passage consacré à sa liaison avec le mystérieux Denys Finch Hatton. J’avais été déçue de découvrir que son accident tragique en avion dans le roman n’était qu’anecdotique. J’ai donc l’intention de réparer cette déconvenue en relisant cette année le livre. 

En bref : Beryl Markam semble indéniablement aux yeux de Paula Mclain, la vraie héroïne de l’histoire, (une prise de position assez culottée mais très intéressante), celle qui fut volontairement oubliée. Karen Blixen ayant repris ses droits sur son ancien amant à sa mort, enterre les restes de sa dépouille sur ses propres terres et conserve jalousement son souvenir pour devenir l’amante éplorée.

Ainsi donc, L’aviatrice est un très bon complément au roman de Dominique de Saint Pern. Cette biographie romancée apporte une touche plus humaine au personnage de Karen Blixen qui me paraissait un tantinet trop froid dans cette dernière lecture (voir critique ici)

Pour conclure, cette aventure humaine époustouflante donne le tournis, elle retrace avec panache les destins hors du commun de deux femmes admirables et audacieuses. Cette fresque romanesque remarquable est un grand coup de cœur et ravira les lecteurs en quête d’évasion. D’une plume fluide et efficace, Paula Mclain fait renaître avec maestria le Kenya colonial, joyau alors encore intact de la couronne britannique.  A lire sans plus tarder !

Je vous invite à découvrir aussi cette courte vidéo qui nous propose une petite visite guidée dans le musée consacré à l’ancienne ferme de Karen Blixen où aimaient se retrouver les trois héros de L’aviatrice. Ce court documentaire de 2,59 minutes a été réalisé par la petite nièce de Blixen, ce qui apporte un caractère personnel des plus intéressant. Je ne rêve que d’une chose : partir un jour sur ses traces pour poursuivre le rêve…

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Home de Toni Morrison

Années 50

Frank, rescapé de la guerre de Corée et traumatisé par la mort de ses camarades tout comme par l’assassinat d’une petite fille autochtone, rentre au bercail, chez lui en Géorgie. Seul survivant de cette boucherie humaine, il dissimule un lourd secret qu’il traîne comme un fardeau. Des images de son passé trouble le hantent. Les morts se mêlent aux vivants comme prisonnier sans fin d’un sortilège. Ses crises hallucinatoires qui l’empêchent d’appréhender le présent en couleur l’affaiblissent toujours un peu plus, le coupant de la réalité. 

Lui qui souhaitait à tout prix oublier ce trou perdu, n’a d’autres choix que de revenir aux sources pour retrouver et secourir sa sœur cadette, souffrante. Un appel alarmant le convainc de rentrer car la jeune fille a subi des supplices infligés par un médecin, un homme en apparence doux et honnête qui s’est révélé être un ignoble boucher…

Ainsi s’entremêlent deux histoires étranges et dérangeantes, celle de Frank, ancien vétéran de la guerre, et celle de sa petite soeur Cee, une jeune femme qui a tout au long de son existence subit d’innombrables maltraitances. 

Ce court roman de 150 pages est assez déroutant, il est en effet parfois difficile de saisir toute la portée philosophique du livre. Si l’intrigue est circulaire, le fil de l’histoire se dévide cependant en plusieurs ellipses. Ce choix d’écriture déstabilise parfois le lecteur qui se retrouve confronté à l’élucidation d’un mystérieux puzzle dont les pièces s’imbriquent peu à peu pour former un roman au dénouement somme toute percutant. Pas étonnant puisque Toni Morrison est une excellente romancière afro-américaine et une ardente défenseuse de la lutte contre le racisme. Elle est encore à ce jour la seule écrivaine noire à avoir été récompensée du prix Nobel, une distinction littéraire prestigieuse qu’elle recevra en 1993. Son oeuvre est donc marquée par son combat sans fin contre toute forme d’oppression, celui des noirs américains qui ont subi et subissent encore les préjugés racistes à leur encontre, mais aussi celui de la femme, écrasée sous le machisme ambiant d’une époque toujours principalement dirigée par les hommes. Ces convictions morales sont ici bien présentes. Le roman prend de ce fait pour toile de fond une Amérique encore très ancrée dans la Ségrégation. C’est ainsi que les personnages principaux, tous deux afro-américains, sont toujours confrontés à ce système absurde et intraitable qui rythme leur vie. 

Cee se retrouve maltraitée par un médecin blanc sudiste.  Employée officiellement comme infirmière, elle est finalement traitée comme un vulgaire cobaye. Frank, quant à lui, est blessé et tabassé à plusieurs reprises durant son périple… Il est d’ailleurs emprisonné au début du roman et interné dans un asile d’aliénés malgré ses médailles de héros de guerre à cause de sa carnation. S’il a combattu et a risqué sa vie pour son pays, celui-ci lui reproche encore à son retour ses origines. Une situation paradoxale ridicule qui ne manque pas d’ironie !

Les passages de violences gratuites décrites avec une certaine acuité dans le livre sont particulièrement glaçantes et donnent à réfléchir sur cette époque honteuse … L’auteure évoque d’ailleurs une scène de lynchage. Le Ku Klux Klan n’est jamais bien loin. Le premier chapitre m’a ainsi mise profondément mal à l’aise. Les deux principaux protagonistes encore enfants, sont les témoins d’un événement morbide qui les marquera tout au long de leur vie d’adulte : le cadavre d’un homme de couleur, sorti d’une camionnette et enterré à l’abri des regards, une nuit à la lisière d’un haras. Sans véritable sépulture, il est jeté dans un trou béant comme une simple charogne. On ne sait ce qui est arrivé à ce misérable mais c’est à la fin du livre qu’on découvrira avec horreur, son triste sort. Ce passage m’a fait l’effet d’une claque, j’y ai retrouvé la plume acerbe et le goût aigre des romans précédents de Toni Morrison, cette étrange violence sous-jacente que j’avais déjà perçue dans les premières pages de Beloved. Le roman était assez malsain et il me hante encore aujourd’hui. Je doute de le relire de si tôt !

Certes, la puissance évocatrice de la prose poétique et sombre de l’auteure ferre le lecteur dès les premières pages. Impossible dès lors de lâcher le livre étant subjuguée par cette écriture envoûtante. Toutefois, le sujet m’a déstabilisé. Le récit demeure un peu trop alambiqué à mon goût.  Le titre de cette étrange œuvre, “Home”,  censé symboliser le retour aux sources et la dignité retrouvée, m’a finalement laissée songeuse. J’ai eu l’impression un peu frustrante d’être passé à côté du message final de l’écrivaine, qui demeure malheureusement, jusqu’à la dernière page, une énigme indéchiffrable. La portée philosophique de l’œuvre est à mon sens noyée dans un trop grand nombre d’ellipses plombant finalement le rythme du récit. 

Si derrière une économie du langage se cache un conte presque onirique puissant et marquant relatant la rédemption de Frank, un homme capable du pire comme du meilleur, je n’ai malheureusement pu apprécier cette lecture pleinement car les thématiques restent aussi trop pessimistes à mon goût. Traqué par les fantômes du passé qui s’immiscent sans cesse dans sa réalité, Frank n’est pas non plus, un personnage plus honnête. En découvrant son fameux secret, un secret en outre effroyable, j’ai éprouvé des difficultés à avoir de la sympathie pour lui. On éprouve plus de compassion pour le personnage féminin trop naïf de Cee. Dès sa naissance, elle est déjà condamnée par sa propre famille. Le déterminisme social semble avoir raison de son destin. Sa grand-mère Lénore, qui devrait être une figure protectrice, la maltraite et l’humilie constamment parce qu’elle n’est pas née dans une maison mais sur la route, aussi considère-t-elle qu’ elle n’a pas de vraies racines. Cee recherche elle aussi son foyer, sa maison. Le personnage de Lénore, une femme cruelle, acariâtre et ouvertement mesquine est particulièrement exécrable. On découvre au passage, la méchanceté féminine dans ce qu’elle a de plus vil. Toni Morrison n’y va pas avec le dos d’une cuillère pour dénoncer également les coups bas portés par les femmes à l’encontre de leur semblable. Cette thématique du roman porte à réfléchir sur les relations féminines.

En bref: Si cette parabole un tantinet complexe donne incontestablement du grain à moudre en offrant de multiples réflexions sur le racisme tout comme sur la position de la femme dans la société, elle demeure selon moi en dessous des précédents écrits de Toni Morrison et en particulier de Beloved, une oeuvre dont je garde encore un souvenir indélébile. Il est regrettable que ce roman bien trop bref s’apparente plus à une ébauche qu’à un livre abouti et soit dépourvu d’un véritable fil conducteur. Un avis donc plutôt en demi-teinte malgré des thématiques essentielles qui ne peuvent laisser indifférent… 

 

 

 

Publié dans Littérature américaine, roman philosophique | 21 commentaires
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