Les feuilles mortes de Thomas H. Cook

L’automne se profilant doucement à l’horizon, ce titre de roman me semblait tout à fait à propos pour me mettre au diapason. Mon book club mensuel avait désigné ce mois-ci le roman policier/thriller comme thématique principale, une occasion rêvée pour renouer avec mon plaisir de lecture en extirpant de ma PAL un nouveau roman de Thomas H. Cook. Je garde de cet auteur un souvenir agréable si ce n’est mémorable. J’avais lu avec un certain plaisir Au lieu-dit du noir étang, un roman au souffle romanesque un tantinet faiblard mais au concept plutôt original, sans toutefois le considérer comme un véritable coup de cœur.  L’idée initiale du roman noir vaguement inspiré de l’œuvre de Daphne du Maurier, m’avait de prime abord charmée ; par certains aspects le livre rappelait en effet l’ambiance claustrophobe de Mademoiselle de la Ferté de Pierre Benoît. Malheureusement, à ma grande déception, le dénouement de cette intrigue en apparence prometteuse fut quelque peu brouillon, voire même frustrant. Finalement, je ne garde de cette lecture qu’un souvenir flou. C’est donc, avec une certaine méfiance, que je me suis lancée cette fois-ci dans ce thriller moderne… Je rechigne d’ailleurs souvent à lire des romans contemporains, ces lectures me paraissent souvent fadasses.

Et il faut bien reconnaître qu’il est bon de ne pas rester campé sur ses préjugés ! Ce titre s’est révélé une belle surprise ! J’avoue sans détour avoir été époustouflée par les talents d’écriture de cet auteur. Le thème de l’adolescence souffreteuse et torturée a d’emblée aiguisé ma curiosité. Enseignante au collège, je côtoie quotidiennement des adolescents, et il m’arrive souvent de me questionner sur leur comportement. On oublie en effet souvent cette phase un peu chaotique de notre vie, faisant parfois peu de cas de leurs états-d ’âmes…

Résumé:

Éric Moore, un petit commerçant sans grande ambition de photomaton, mène une existence paisible aux côtés de son épouse, professeur d’anglais et de son fils, un adolescent introverti et réservé dans une petite banlieue américaine. Un jour que Keith, son fils de quinze ans, garde la petite fille de ses voisins, cette dernière est portée disparue le lendemain. Le jeune garçon se retrouve nécessairement dans la ligne de mire de la police qui le suspecte de l’enlèvement. L’imagination collective encensée par la presse avide de drames sordides fissure peu à peu les convictions tout comme la confiance d’Éric Moore envers les siens. L’attitude de son fils confuse et agressive ne le rassure pas davantage. Car comme le narrateur le proclame dès les premières pages : « les photos de famille mentent… ». Éric Moore qui n’a pas réussi à faire le deuil de son propre passé, sait pertinemment bien que les apparences sont parfois trompeuses… Son fils est-il foncièrement mauvais ? Ses émotions tout comme ses doutes trahissent Éric qui y voit un mauvais présage, se pourrait-il que les ombres de son passé trouble le rattrapent ? Son fils est-il comme tout le porte à croire monstrueux ?

La difficulté de communiquer avec un adolescent en proie avec ses propres soucis sont ainsi l’un des principaux thèmes de ce roman.  Ce conflit de génération inévitable entre un père et son fils est ainsi finement abordé. Toutefois, si Thomas H. Cook traite avec tact des discordes intergénérationnelles au sein d’une famille américaine tout ce qu’il y a de plus commun, il évoque également les dégâts qu’engendrent la suspicion tout comme les non-dits. De ce fait, la cellule familiale des Moore suffoque progressivement, asphyxiée par manque de communication. Le ressentiment tapi au fond du cœur du narrateur gangrène peu à peu ses relations familiales.

 

Verdict?

J’ai englouti cette lecture addictive en l’espace de quelques jours. Impossible de la lâcher ! Il me fallait découvrir le fin mot de l’histoire ! Et quelle histoire ! Le dénouement pour le moins original m’a particulièrement surprise ! Derrière, cette simplicité d’intrigue qui n’est qu’apparente, le kidnapping d’une petite fille, se cache finalement un roman fort, en mode sépia, sur fond d’hypocrisie latente d’une famille trop bien sous tout rapport. Car comme le dit si bien le proverbe, méfiez-vous de l’eau qui dort. Connaissons-nous vraiment notre entourage, tout comme les membres de notre propre famille ? Chaque individu dissimule ainsi une part d’ombre, un secret, une honte jalousement gardée. Traînant comme une enclume ses propres démons, ceux d’une enfance trouble et malheureuse, le personnage principal en fera lui-même les frais.

Sans effusion d’hémoglobine, ni de vulgarité ou de violence crue, Thomas H. Cook nous prouve qu’il est encore possible d’écrire un bon roman noir. Les feuilles mortes, une lecture teintée de nostalgie, mérite largement sa récompense littéraire du prix Barry du meilleur roman (2008).

En bref : Une très bonne pioche ! Je compte poursuivre mon exploration de l’œuvre de Thomas H. Cook. J’ai en effet repéré sur la toile de nombreux titres alléchants… Reste à trouver le temps suffisant pour écluser cette liste non exhaustive. Je piocherai selon l’envie.  J’ai d’ailleurs pour projet de me constituer ma petite collection personnelle de ces romans que j’ai dégotés sur Vinted pour de modiques sommes, de quoi m’occuper durant ces prochains mois de grisaille…

Cette lecture est ma petite contribution au Pumkin Autumn Challenge de la blogueuse/ vlogueuse Le terrier de Guimause dans la catégorie de menu « Automne frissonnant » (Je suis Médée, vieux crocodile) pour le thriller.  Une façon pour moi d’y participer même si je doute pouvoir respecter à la lettre les menus proposés. Qu’à cela ne tienne ! J’adore son univers ! Pour y faire un tour c’est par ici !

Je vous laisse en compagnie de Doris Day. J’adore son interprétation un brin rétro de la chanson Les feuilles mortes …

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9 commentaires pour Les feuilles mortes de Thomas H. Cook

  1. Shunt dit :

    Bonjour,
    un de mes auteurs favoris.J’ai adoré les leçons du mal mais je pense que c’est un auteur qui est à présent sur le déclin.Les derniers livres que j’ai lus de lui notamment le crime de julian wells m’ont déçu.Si tu aimes les romans sombres et psychologiques je me permets de te recommander Julien Green qui était surnommé le quatrième Brontë.

    • missycornish dit :

      Je ne connais pas beaucoup Thomas Cook. Je vais acheter ce titre si tu me le conseilles. J’ai très envie de découvrir un peu plus son univers. Je ne lirai pas ses nouveaux romans alors.

  2. La Gueuse dit :

    Je ne suis pas du tout roman mais alors là ça me donne envie. Ca me rappelle beaucoup un livre dont l’intrigue est plantée dans les années 1950 : un gamin va se baigner avec sa mère et revient seul. On l’accuse ensuite d’avoir tué sa mère et il grandit avec le poids de cette culpabilité. Une idée du titre ? Il y a eu une superbe adaptation BBC dans mon souvenir.

    • missycornish dit :

      Ah ça m’intéresse! Je le lirai bien si tu te rappelles du titre du livre. Je pense que ce roman te plaira. C’est un bon roman, l’intrigue est très bien troussée. Si tu trouves aussi l’adaptation BBC n’hésite-pas à revenir me donner le titre. En ce moment je découvre le thriller et le roman noir, deux genres qui ne m’attiraient pourtant pas avant. Et je dois dire je me régale!

  3. cora85 dit :

    C’est toujours un tel plaisir de te lire !
    Merci de m’avoir faite découvrir un roman dont je n’avais jamais entendu parler !
    « Les feuilles mortes » me noue toujours la gorge ; merci de me faire découvrir cette adaptation.
    A très vite !
    Bonne fin de semaine !

  4. J’adore les polars sur écran, moins en livre, mais je viens de savourer ton article avec gourmandise. Tu as conservé cette plume alerte qui m’a toujours séduite. Et le goût de la lecture chevillé à l’esprit.

    • missycornish dit :

      Merci Armelle pour ce retour! Je suis contente de reprendre mes activités sur le blog. Je vais essayer de tenir mes résolutions. Je ne suis pas particulièrement friande de thriller ni de polar en règle générale mais mon club lecture a voté cette thématique. J’ai donc tenté le coup. Cela m’aura au moins permis de sortir de ma zone de confort en découvrant un nouveau genre. Merci de votre visite, j’espère que vous vous portez bien.

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