L’Ombre du Vent/ Marina de Carlos Ruiz Zafon

Après une longue absence sur la blogosphère due à une année particulièrement chargée, je profite de cette parenthèse inédite que nous offre paradoxalement ce confinement historique pour revenir vers vous et vous faire part de mes toutes dernières lectures.

Je dois l’avouer, je n’ai pas été une lectrice très vorace pendant ces derniers mois mais finalement grâce à cette retraite forcée j’ai pu enfin me consacrer à cette brique qui prenait depuis trop longtemps la poussière sur mes étagères. Il était grand temps de déterrer ce trésor ! Et quelle bonne pioche ! J’avais lu il y a quelques années, Les lumières de Septembre que j’avais grandement apprécié, et je dois vous avouer, L’ombre du vent a largement dépassé mes attentes ! Une fois de plus la magie a opéré car j’ai été très vite happée par le récit. Carlos Ruiz Zafon a même réussi à me faire renouer avec mon plaisir de lecture, c’est vous dire ! J’ai d’ailleurs découvert que notre bibliothèque familiale regorgeait de ces œuvres. J’ai donc enchaîné aussitôt avec la lecture de Marina.

J’ai en effet choisi de me confiner en compagnie d’écrivains hispaniques, c’est pourquoi je ne vous parlerai pas ici d’un livre mais de deux !

J’aime ce vieux Barcelone que dépeint avec tant de brio l’auteur. Dans l’ombre du vent, roman baroque destiné à un lectorat adulte, celui-ci nous transporte dans une ville d’après-guerre marquée par les drames de l’époque franquiste.

L’histoire débute par une matinée brumeuse de 1945… Daniel Sempere, le narrateur qui n’est encore qu’un petit garçon, découvre un endroit magique et énigmatique dans le quartier gothique barcelonais, « Le cimetière des Livres oubliés ». Son père qui l’accompagne, lui fait prêter serment, il ne devra divulguer son existence à quiconque. Parmi la multitude de livres abandonnés sur les étagères poussiéreuses de cette gigantesque bibliothèque clandestine, Daniel doit, selon la tradition familiale, « adopter » un livre pour lui insuffler une nouvelle vie. Son choix se porte sur un titre mystérieux, L’ombre du vent. Il ne se doute pas que cette décision bouleversera à jamais son existence, le propulsant malgré lui dans une aventure vertigineuse à la recherche de Julian Carax, un écrivain maudit tombé dans l’oubli pour s’être volatilisé à la suite d’un duel sanglant…  Je n’en dévoilerai pas davantage au risque de « spoiler » ce roman flamboyant qui est d’ailleurs un hommage flagrant au genre littéraire gothique du XIXème siècle dont il s’inspire grandement.

Résumer une œuvre d’une telle envergure, c’est révéler une entreprise particulièrement complexe car si la trame principale suit l’enquête du jeune narrateur à la recherche du passé énigmatique de Carax, elle ne résume en rien le sel même de l’histoire. Ce roman baroque exceptionnel est ainsi construit à l’image d’un kaléidoscope où les intrigues s’imbriquent pour finalement forger un gigantesque puzzle. Et c’est bien ce qui en fait son originalité ! Carlos Ruiz Zafon a un talent indéniable pour également brosser des personnalités. Il croque ainsi avec panache, le portrait haut en couleur, de Fermin, un ancien espion reconverti malgré lui en clochard puis en libraire et bouquiniste rompu. Ce personnage éclatant demeure incontestablement mon préféré. J’ai particulièrement aimé ses tirades et répliques savoureuses, à la fois drôles et enlevées qui pimentent les dialogues. Si cette galerie plaisante de personnalités farfelues m’a incontestablement plu, l’attraction pour cette œuvre est pourtant ailleurs, elle est sans-doute dans cette écriture graphique, propre à l’auteur qui m’a d’emblée séduite. On a parfois l’impression de sentir et pouvoir presque toucher les pierres de cette vieille Barcelone. En outre, cette plume poétique est d’une fluidité exceptionnelle. Je ne rêve à présent que d’une chose, partir sur les traces du narrateur pour reproduire son parcours et visiter enfin cette ville que l’on dit ensorcelante… Un jour peut-être lorsque nous serons à nouveau libres de prendre le large. En attendant, je compte m’évader par la pensée en poursuivant cette tétralogie avec la découverte du deuxième volume : Le jeu de l’Ange

Ainsi donc, il est peu surprenant que L’Ombre du vent soit aujourd’hui considéré comme un classique contemporain. Tous les ingrédients sont par ailleurs présents pour en faire un petit chef-d’œuvre d’écriture : une histoire d’amour tragique, une demeure vétuste abandonnée derrière des grilles rouillées par le passage du temps, des destins funestes auréolés de mystère, enfin des secrets de familles qui ternissent encore le présent de nos héros. En somme, vous l’aurez deviné, cette lecture est addictive !

 Enfin, les situations théâtrales qui ponctuent le récit, parfois critiquées par des lecteurs tatillons, n’ont en rien terni mon plaisir de lecture, j’y ai décelé un bel hommage aux romans à tiroirs rocambolesques de Dumas. Mon ressenti manque surement d’objectivité !

Qu’à cela ne tienne, cette œuvre foisonnante empreinte de mystère, une ode à la littérature, est pour moi un grand coup de cœur. Une lecture chronophage que j’ai engloutie en quelques jours. J’ai également lu Marina avec avidité, quand bien même l’écriture tout comme l’intrigue fantastique semblent à mon sens moins abouties. Cette lecture séduira assurément le jeune public et demeure une bonne introduction à l’œuvre de Carlos Ruiz Zafon. J’ai bien entendu aimé retrouver la plume fluide de cet écrivain espagnol tout comme cet univers baroque envoutant.

Un dernier mot sur les éditions Robert Laffont, qui ont fourni un écrin somptueux aux romans de Carlos Ruiz Zafon en soignant avec goût ses couvertures. Les photographies en mode sépia un brin désuètes sont tout simplement sublimes.

 Si vous avez aimé ce type de romans, je vous conseille de lire également dans la même veine, Le treizième conte

 

 

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6 commentaires pour L’Ombre du Vent/ Marina de Carlos Ruiz Zafon

  1. Lilly dit :

    Bon retour !
    Il attend depuis très longtemps sur mes étagères aussi. Ton lien avec « Le Treizième conte » ne peux que me rendre très curieuse, j’ai adoré ce livre.

  2. Marjorie de Bazouges dit :

    L’un de mes auteurs favoris.
    J’aime son univers un peu étrange.
    Contente de te retrouver sur le net.

  3. Merci de nous ouvrir cette perspective sur deux romans de cet auteur espagnol que je ne connais pas. Je note, ne serait-ce que pour le dépaysement assuré et l’étrangeté du sujet.

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